C. Laplatte
1. CAULET (François-Étienne de) (1610- IG80), né à Toulouse le 19 mai 1610, fit ses études chez les jésuites du collège de La Flèclie; il choisit comme directeur le P. de Condren et fut associé à M. Olier pour la fondation du séminaire de S.-Sulpice à Vaugirard. En 1627, il fut pourvu de l'abbaye de S.-Voluzien de Foix (dioc. de Pamiers); n'ayant 1)U réformer cette abbaye, il donna sa démission. Il fut nommé à l'évèché de Pamiers, le 4 juin 1644, sur la i)roposition de S. Vincent de Paul. Il s'appliqua aussitôt à le réformer, par des mesures parfois austères, et il commença par la réforme du chapitre. Deux grandes afiaires rendirent Caulet célèbre : l'aflaire du jansénisme et l'affaire de la régale, et il joua un rôle capital jusqu'à sa mort (7 août 1680).
1° A la suite du P. Rapin, on a accusé Caulet d'avoir suivi aveuglément Nicolas Pavillon, évèque d'Alet, son voisin, qui était très attaché à la doctrine de Jansénhis : en fait, Caulet ne signa point la requête des S8 évêques cjui demandaient à Rome la condamnation des cinq propositions de Jansénius, mais il publia dans son diocèse la bulle Cum occasionc qui, en 16.53, condamnait ces propositions. Lorsque les jansénistes, avec Arnauld, acceptèrent la condamnation des cinq propositions en droit, mais non en fait, Caulet, avec les évêques réunis à Paris, demanda que les évêques fissent observer dans leurs diocèses les résolutions de l'assemblée du clergé touchant la soumission aux bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII contre le jansénisme; il était toujours très attaché à M. Vincent et à M. Olier. Mais, après la mort de ses deux amis, il se laissa entraîner par Pavillon dans la question du Formulaire, qu'il refusa de signer; lorsque Alexandre VII condamna de nouveau les cinq propositions et ordonna la signature du Formulaire (15 févr. 1665), Caulet, avec les évêques d'Alet (Pavillon), de Beauvais (Buzenval) et d'Angers (Henri Arnauld),
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j n'accorda qu'une signature équivoque : ces évêques ! s'inclinaient respectueusement sur le fait, en déclarant qu'en cette matière l'Église peut être surprise... Sur ce point, Caulet était d'accord avec les jansénistes et avec Arnauld, à qui d'ailleurs on attribua la rédaction du mandement des quatre évêques. Le mandement de Caulet porte la date du 1" juin et, après un arrêt du Conseil d'État du 20 juill., Caulet publia le 31 juill. un second mandement qui condanniait la signature pure et simple du Formulaire. Alexandre VII nomma une commission pour examiner le mandement des quatre évêques, niais il mourut le 22 mai 1667. Son successeur. Clément IX, reçut une lettre des quatre évêques (28 août 1667); ils se plaignaient de l'ingérence des assemblées du clergé qui avaient envenimé la question du Formulaire : il suffisait de condamner les cinq propositions hérétiques, sans décider si ces propositions se trouvaient en fait dans l'Auguslinus; d'autres évêques se joignirent aux quatre premiers et, après des démarches assez longues, on aboutit à la i)aix de Clément IX. La soumission de Caulet fut-elle sincère? Vidal (op. infra cit.) décrit Caulet toujours flottant entre Arnauld et S.- Sulpice et il termine (p. 396) : « Pour la doctrine, Caulet fut suspect tour à tour aux orthodoxes et à leurs adversaires. Il donna l'impression d'un homme toujours en communion d'idées avec son interlocuteur pourvu que cet interlocuteur s'imposât à lui, par la science, le raisonnement, l'éloquence persuasive. » Les jésuites l'ont toujours regardé comme janséniste et les jansénistes le tiennent pour un de leurs partisans. I.e pape Innocent XI, dans sa lettre du 23 sept. 168(» adressée aux vicaires généraux et au chapitre de I^imiers (Vidal, p. 397, 398), fait un très bel éloge de Caulet, et M. Bertrand (Bibliotlièque .siilpicienne, m, 22-55) s'ajiplique à montrer que Caulet ne fut jamais vraiment janséniste, mais que, par des mesures disciplinaires très sévères, il provoqua de multiples oppositions qui ne désarmèrent pas même après sa mort.
2° La régale était un droit en vertu duquel le roi disposait du revenu des évêchés durant leur vacance (régale temporelle) et conférait les bénéfices sans charge d'âmes à la collation de l'évêque défunt (régale spirituelle), et cela jusqu'à ce tjue le serment du nouvel élu fût enregistré. Sous l'influence des légistes et malgré les protestations des évêques, ce droit tendait à devenir universel et une déclaration royale de Louis XIV, le 10 févr. 1673, le rendait en fait universel. Les uns après les autres, les évêques cédèrent; seuls, Pavillon et Caulet résistèrent, mais, comme Pavillon mourut le 8 déc. 1677, Caulet resta seul opposant. Malgré les conseils du P. de La Chaise, Caulet refusa de faire enregistrer le serment qu'il avait fait, le 12 mars 1645, lors de sa nomination épiscopale. Dès lors, il se trouvait sous le coup de la déclaration royale de 1673. Il n'accorda pas la mise en possession d'un bénéfice accordé à un bachelier du diocèse de Laon, Pierre Poucet; celui-ci lit appel à l'archevêque de Toulouse, le métropolitain, qui ordonna de recevoir Poncet (1"' sept. 1679), mais Caulet déclara nulle la sentence de l'archevêque (26 oct.) et fit appel à Rome de la décision. Innocent XI accueillit favorablement la requête de Caulet. Cet apjiel provoqua la colère des régalistes et les biens de la mense épiscopale de Pamiers furent séquestrés. Plusieurs brefs (18 janv. et 21 déc. 1()79) approuvèrent la conduite de (iaulet. C'est à cette occasion que fut rédigé le Traité de la régale, i)ublié (1680) ))ar ordre de l'évêque de Pamiers. Indomptable pour défendre les immunités de l'Église, Caulet publia, le 31 mars 1680, un mandement qui excommuniait ceux qui postuleraient la régale, ceux qui accepteraient de prendre possession
CAULET
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du bénéfice ou en percevraient les fruits, et même les personnes qui leur prêteraient conseil. L'archevêque de Toulouse cassa cette ordonnance et le Parlement, par un arrêt du l«f mai 1680, condamnait le mande- ' ment.
Après la mort de Caulet, le 7 août 1680, les polémiques continuèrent dans le diocèse de Pamiers, (jui resta vacant jusqu'à la nomination de Jean-Baptiste de Verthamon, le 8 sept. 1693. L'afïaire de la régale eut son contre-coup à l'assemblée du clergé de 1682 : on mit en doute la suprématie du pape sur le souve- \ rain, sur l'épiscopat et la suprématie des canons de l'Église universelle sur les libertés de l'Église gallicane. Les quatre articles de 1682 sont la charte du gallicanisme politique et religieux.
Durant son épiscopat, Caulet s'occupa des proies- j tants de son diocèse, il poursuivit l'œuvre de son prédécesseur, Henri Sponde, et s'éleva contre la condescendance de Louis XIII. Par les mémoires qu'il rédigea, il prépara les documents qui serviront plus tard à la révocation de i'Édlt de Nantes. En fait, cet Édit n'é- ! tait plus respecté à Pamiers sous l'épiscopat de Caulet. I
Les œuvres de Caulet ont toutes pour objet plus ou moins direct l'administration de son diocèse : Ordonnance faisant défense aux ecclésiastiques de son diocèse de jouer, manger on boire dans tes tavernes de teurs résidences, 24 janv. 1649; Mandement de Mgr t'évêque de Pamiers sur ta signature du Formutaire. 31 juill. 1665; Lettre circulaire à tous Nosseigneurs les pré- 1 lats de France sur l'affaire des jésuites de son diocèse i qu'il a excommuniés, 21 févr. 1668; Lettre circulaire de Mgr l'évêque de Pamiers qu'il a adressée à tous les prélats du royaume en leur envoyant la relation qui suit : Rel(dion de ce qui s'est passé entre Mgr l'évêque de Pomiers et les jésuites du collège de la même ville, 12 mai 1668; Ordonnances synod(des pour le diocèse de Pamiers, faites ou renouvelées et publiées dans le synode, le 'J et le 10 nov. 1672, Toulouse, 1673, in-12, réimprimées par le successeur de Caulet, Mgr .Jean-Haptiste de Verthamon, Toulouse, 1702. in-12; Inventaire des pièces concernant j l'affaire de V f:gtise de Pamiers, s. 1., 1681, in-4» : cet inventaire contient les actes de Caulet dans l'affaire de la régale, depuis l'ordonnance du 27 août 1677 jusqu'à celle du 14 juill. 1680; Traité général de la régate, s. 1., 1681, in-4o : cet écrit qui. d'après Besoigne, se trouvait dans les papiers de Caulet, allait paraître, lorsqu'il mourut; il fut traduit en italien, Trattalo générale delta rcgalia, s. 1.. 1680, in-4» (autre éd. en 1682), et en latin, Tractatus generalis de regalia in quatuor libros distributus. qui primus gallico sermone prodiit; nunc latino donatus auctior et correctior editur cum aliis opusculis ad eamdem materiam speclanlibus, s. 1., 1689, in-4o. Le Traité de la régale fut probablement mis au point par Charlas. grand vicaire de Caulet. qui se retira à Rome après la mort du prélat et y mourut le 7 avr. 1698. Le Testament de Caulet a été publié dans l'opuscule intitulé : lîelation de ce qui s'est passé durant la dernière maladie et à tu mort de défunt Messire François- Etienne de Caulet, évêque de Pamiers, s. 1., s. d., p. 37-47, in-Pi. \
Outre les dictionn. qui, pour la plupart, donnent la | biogr. de I".-É. de Caulet, on peut citer les ouvrages de \ G. Doublet qui fut professeur au collège de Foi.x : Lci 1 protestants sous l'épiscopat de Caulet (1644-1680), Toulouse,
1895, in-8» (extrait des Annales du Midi, vu, 1895); Un prélat janséniste, F. de Caulet, réformateur des chapitres de Foix et de Pamiers, Paris, 1895, in-8°; F. de Caulet, évêque de Pamiers, et la vie ecclésiastique dans un dioc. \ ariégeois sous Louis XIV, Foix, 1896, in-8°; Un dioc. I pyrénéen sous Louis XIV; la vie populaire dans la vallée de l'Ariège sous l'épiscopat de F.-É. de Caulet, Toulouse,
1896, in-S"; Documents complémentaires sur l'épiscopat de F. de Caulet à Pamiers, dans La Semaine catholique de Pamiers, 1897-1898. — Besoigne, Vie des quatre éuêques
engagés dans la cause de Port-Royal, pour servir de supplément à l'hist. de Port-Royal en six vol., Cologne, 1756, in-8''. — Laliondes, Annales de Pamiers, u, Toulouse, 1884, p. 1.35-77, 209-26, in-8<>. — L. Bertrand, Bibliolh. sulpicienne ou Hist. littér. de la Compagnie de S.-Sulpice, III, Paris, 1900, p. 19-61, 3 vol. in-8°. — Le P. Dubruel, dans Bull, de littér. ecclés., Toulouse, années 1911, 1917, 1923; Rev. des questions hist., 1907, 1910, 1922; Recherches de science relig., 1917-18; Rev. d'hist. de l'Ëglise de France, 1923, 1926, 1927. — J.-M. Vidal, Hist. des évoques de Pamiers, t. V, F.-Ê. de Caulet, évêque de Pamiers (1610-1680), Paris, 1939, 639 p., in-S". — La biblioth. municipale de Toulouse, n. 730, possède un ms.. De vita et geslis religiosissimi ac Reverendissimi Domini Stephani Francisci Cauleti episcopi Apamiensis, 56 feuillets.
J. Carrkyul:.
2. CAULET (Jean du) (1693-1771), petitneveu de François de Caulet, devint en 172() évêque de Grenoble. A ce titre, il fut mêlé aux controverses jansénistes alors encore très ardentes; quoique partisan de la bulle Unigenilus, il travailla très activement à pacifier les esprits : au concile d'Embrun (1727-28), il prêta son concours à l'archevêque Tencin pour la condamnation de l'évêque de Senez, Soanen ; très gallican au début de son épiscopat, peu à peu, il modéra ses tendances, tout en défendant jalousement les iirérogatives de l'épiscopat et son indépendance. Bref, il contribua à maintenir la paix dans son diocèse qu'il ne quitta guère. Il mourut à Grenoble, le 27 sept. 1771.
En tant que secrétaire de l'assemblée du clergé, au couvent des augustins en 1725. Caulet a rédigé, avec Machéco de Prémeaux, le procès-verbal de cette assemblée. On a conservé de lui quelques discours. Il publia en outre : Instruction pastorale sur le sacrement de pénitence et sur la comnmnion, Grenoble, 1749, 2 vol. in-4° : c'est une réponse à l'instruction pastorale de Mgr de Rastignac sur la même question et sur le livre de P. Pichon; Lettres sur les immunités ecclésiastiques, s. 1., 1751, in-4''; Lettres contre les Lettres « Se repugnate», s. 1., 1751-1752, 3 vol. in-4»; Lettres de l'évêque de ... à l'archevêque de 8 sept. 1761, Avignon, 1762, in-12 (sur les jésuites); Dissertation à l'occasion des actes de l'assemblée générale du clergé de France de 1765 sur la religion, s. 1., 1767, in-4''.
Annales du départ, de l'Isère, 3 avr. 1808. — L. Bassctle, Jean Caulet, évêque et prince de Grenoble (1693-1771), Grenoble, 1946, in-S".
J. Carkeyri;.
CAULIANA, Cauliancnse, Caulinianense, monastère wisigothique situé dans la province de Badajoz, mentionné dans les Vilae Patrum Emeritensiuni (P. L., Lxxx, 19) et dans l'épître du moine Tarra au roi Récarède (ibid., 122). Son nom est rapporté dans les mss. avec imprécision : à côté de Cauliana ou Caiiliniana, on trouve Colona, Coloniana et même, d'aprc.s Sandoval {Fundae, n. 3, fol. 11), Careliana. Moreno Vargas ( op. infra cit., 239-241) suppose que les Romains l'appelaient Caularanae (caulae = pâtures, du Guadiana, Anas), les Goths Cauliniana, et les Maures (hibitlana. D'autres auteurs, avec moindre fondement, font dériver Crniliana ou C.otomana du latin colonia Emeriln Auguslana et marquent son site à Calamonle (Badajoz). Quoi qu'il en soit, il est sûr qu'il était constitué par un groupe de cellac, qu'il avait un jardin avec des vignes et une école pour enfants. Parmi ses abbés on connaît Renovatus, plus tard métropolitain de Mérida, vers 612; on connaît aussi le moine que décrit le Pseudo-Paul dans les Vitae, c. II. Tout ce qu'ont ajouté à ces maigres renseignements les dilïérents auteurs rappelés par P. N. Garvin (Tlie vitae, 312-314) manque de fondement solide.
Flôrez, XIII, 241-42, 415. — Mabillon, Annales, i, 70, 202, 368. — B. Moreno Vargas, Ilistoria de In Ciudad de
11 CAULIANA — CAUNES 12
Mérida, Madrid, 1633 et 1892, p. 221-41. — P. Pérez de Urbel, Los Monjes espanoles en la Edad Media, Madrid, 1933, p. 257-59. — P. N. Garvin, The vitœ SS. Patrum Emeritensium, Washington, 1946, p. 312-14.
M. Alamo.
/ 1. CAUMARTIN (François Le Febvre de), évêque d'Amiens (1618-1652). II était coadjuteur de Geoffroy de la Martlionie depuis 1613, avec le titre d'évêque in partibus d'HiérapoIis; il eut un des pontificats les plus longs de ce diocèse et des plus féconds en œu^Tes.
L'épiscopat de C. fut marqué d'abord par la fondation de nouvelles maisons ou la réforme des anciens ordres religieux (v. H. Breinond, Hist. litl. du sentiment religieux..., surtout t. ii, L'invasion mystique, c. IV, vi). Furent établis dans le diocèse : 1. les ursulines à Abbeville (1615), à Amiens (1616) et à Montdidier (1623); — 2. les feuillants à Amiens (1620); les capucins à Montreuil (1621) et à Montdidier (1624) ; —
3. les Mères minimes ou Minimesses, fondées à Abbeville (1621-1624) (v. P. Simon Martin, Vie de la Vénérable Mère Catherine de Vis, Paris, 1650, in-12); —
4. les Filles dévotes, bientôt appelées Filles de la Croix, fondées à Roye (1625) (v. abbé Corblet, Les origines royennes de l'institut des Filles de la Croix, dans Mémoires de la Soc. des antiquaires de Picardie, xxii, 1869, p. 317-343; A. de Salinis, S. J., Madame de Villeneuve..., fondatrice et institutrice de la société de la Croix, Paris, 1918; H. Bremond, op. cit., t. xi. Le procès des mystiques, c. iv, Les illuminés de Picardie, p. 103-113); — 5. les brigittins à Auxi-le-Chàteau (1627); — 6. les prêtres de l'Oratoire à Amiens (1628);
— 7. les célestins, qui reçurent en 1634 l'abbaye
5. -Martin-aux- Jumeaux, unie en 1564 à la mense épiscopale (v. D. H. G. E., ii, 1258; Mantel, L'abbaye de S. -Martin-aux- Jumeaux, Amiens, 1934, p. 206-276);
— 8. les religieuses de l'ordre de Fontevrault, qui se réfugient à Amiens (1636), de même que les visitandines (1640) et les cisterciennes (1647); — 9. les carmes déchaussés à Abbeville (1640) et à Amiens (1648); — 10. les carmélites à Amiens (1636); — 11. les visitandines à Amiens (1649). En 1625 et 1635, Gaumartin est député de la province de Reims à l'assemblée générale du clergé de France. Le 4 sept. 1629, est érigée dans l'église des augustins une confrérie de N.-D. de F'oi dont Louis XIII et ses successeurs firent partie. En 1634-1635, Gaumartin eut de graves difTicultés à la suite de la translation d'une partie des reliques de S. Vulphy (v. abbé Gorblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens, iv, 102, et Actes de l'Église d'Amiens). Il encouragea les missions populaires prêchées par les oratoriens ou M. Olier (v. Faillon, Vie de M. Olier, 1, 1873, p. 232), de même que la fondation d'instituts de charité. En 1625, il reçut à Amiens Henriette de France, reine d'Angleterre, et sa suite. Louis XIII y séjourna en 1632 et 1640. Gaumartin mourut le 27 nov. 1652. Il est le premier des évêques d'Amiens qui ait porté la croix pectorale.
En dehors des ouvrages cités dans l'art. : Daire, Hisl. de la ville d'Amiens, u, Paris, 1757, p. 432. — Darsy, Bénéfices de l'Église d'Amiens, Amiens, i, 1862, p. 103, 120 sq. (2 vol. in-4».) — Gall. christ., x, 1209. — La Morllère. Les antiquilés de la ville d'Amiens, Paris, 1642, p. 106 sq., 250 sq., in-fol. (vers en son honneur). — Ed. Soyez, Notices sur les évêques d'Amiens, p. 204. — Actes de l'Église d'Amiens, t. i, p. Lxu, 219, 238 sq. — Decourt, Mém. cliron., mss. d'Amiens, 802-03, t. i, p. 825.
A. MOLIEN.
2. CAUMARTIN (Jean-François-Paul Le FÈvRE DK), évêque de Vannes (1717), de Blois (1719, t 1733). Né le 16 déc. 1668, il devint successivement abbé de N.-D. de Buzay (dioc. de Nantes) (1676), membre de l'Académie française (1694), docteur en théologie (1097), doyen du chapitre de Tours (1713).
évêque de Vannes (17 sept. 1717), enfin évêque de Blois (1719). Après sa nomination à Vannes, Gaumartin résigna son décanat tourangeau en faveur d'Antoine Cyprien de Pechpeirou de Guitaud. Ensuite il alla se faire sacrer à Dinan (17 juill. 1718) par l'évêque de S.-Malo, Vincent-François Desmarets, neveu de Colbert. Ge choix du consécrateur démontrait amplement combien le nouvel évêque de Vannes versait déjà dans les idées de Port-Royal : Desmarets
j était ouvertement favorable au jansénisme. A Vannes, Gaumartin n'eut pas à s'inquiéter longtemps de son
j nouveau poste, car le cardinal de Noailles, qui le voulait plus près de lui, obtint pour lui en 1719 le siège de Blois, devenu vacant par la mort du premier évêque de ce diocèse fondé depuis peu, David-Nicolas de Bertier. Celui-ci, pendant ses vingt et un ans d'épiscopat, avait cherché avant tout à reprendre en mains ses diocésains au point de vue spirituel. Gaumartin voulut plutôt compléter l'organisation de son diocèse et ainsi le séparer tout à fait de son ancien chef-lieu,
I Ghartres. En 1730, il publia un rituel spécial à Blois. et plus tard un bréviaire aussi blésois. L'église cathédrale choisie par de Bertier était l'église S.-Solemne; Gaumartin voulut la consacrer et en même temps changer le patronage; il la consacra le 9 juill. 1730, en lui donnant comme patron S. Louis. Gaumartin se montra favorable aux jansénistes; s'il ne fut pas appelant lui-même, il ménagea vraiment trop, au dire de tous ses contemporains, les opposants à la bulle Unigenitus. D'ailleurs, le concile d'Embrun eut en lui un opposant acharné et il ne changea de conduite que lorsque le cardinal de Noailles adhéra à la bulle. Gependant, il laissa des convulsionnaires s'installer dans le diocèse et faire grand bruit. La faveur qu'il montra au jansénisme sembla, à un moment donné, gagner le clergé lui-même, mais cela ne dura pas. Le Nécrologe des amis de la Vérité (c.-à-d. des jansénistes) mentionne son nom. II mourut le 30 août 1733. Auparavant, dès 1729, il avait obtenu l'union de l'abbaye bénédictine N.-D. de Pontlevoy à son évêché.
Armand Jean, Les évêques et archevêques de France depuis 1682 jusqu'à 1801, 1891, p. 293-94, 455. — Gall. christ., XIV, 1856, col. 151, 864, 938. — Abbé Gaudron, Essai histor. sur le dioc. de Blois et le départ, de Loir-et- Cher, Blois, 1870, p. 298-304. — Abbé Tresvaux, L'Église de Bretagne, 1839, p. 173-74, 245, 554.
P. Galendini.
CAUMONT, Calmontnm, couvent de moniales de l'ordre de Prémontré, situé au dioc. de Laon, près de N.-D. de Liesse et de Marie, départ, de l'Aisne, relevant de la circarie de Floreffe et filiale de Thenailles. Ce monastère fut fondé entre 1131 et 1134 et remonte probablement aux origines de l'ordre, car il fut doté par Barthélémy de Joux, évêque de Laon. Déjà en 1087 la maison servait de résidence à des ermites. Elle passa aux Prémontrés avec l'approbation de l'archevêque .Salmon de Reims et du pape Eugène III en 1147. On raconte qu'au début une ; fille de chevalier fut introduite de force dans la maison j par son père. L'abbé Walfride de Thenailles la ren- I voya dans sa famille, mais celle-ci se vengea en ruinant les possessions du monastère. Le pape Alexandre III approuva (18 mars 1160) la décision prise à ce sujet par l'abbé et par le chapitre général de l'ordre. Le monastère cessa d'exister quelques années plus tard par suite de la décision de l'ordre de ne plus recevoir i de moniales.
î C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 537. — - Gall. christ., I, 567. — R. Van Waefelghem, Répertoire, 52.
M. -A. Erens.
CAUNES, ancienne abbaye se trouvant dans la commune de Cannes (départ, de l'Aude, anc. dioc. de Narbonne, act. dioc. de Carcassonne). .\ ne pas
confondre avec le prieuré S.-Étienne de Cannes (également dép. de l'Aude, mais sur la commune de Fonties-d'Aude), qui relevait de La Grasse. L'église monastique est devenue paroissiale. La nef date du xiv« s., mais le transept, les absides et le clocherporche au nord de la nef remontent au dernier tiers «lu xii"; le mobilier, très riche, est l'œuvre du xviii" s.
Les documents conservés aux archives départ, de l'Aude ou transcrits au xvii' s. nous renseignent bien sur l'histoire du monastère, et plus d'un nous donne des détails intéressants sur la vie des religieux. L'abbaye d'ailleurs, tout en tenant une place importante dans la région, n'a jamais joué un rôle de premier plan.
L'abbaye de Cannes doit son origine à deux monastères fondés vers 775. L'un, sous le titre des SS.-Pierreet-Paul, commençait à être construit par l'abbé Daniel, au lieu même de Caunes, dit Businlis. L'autre, appelé S. -Jean in Exlorio, ou Exequariensis, se trouvait un peu au Nord, sans doute près de Citou; il était dirigé par l'abbé Anian, qui gouvernait également le monastère S. -Laurent in Otibeyio. Il règne quelque obscurité sur l'identilication de ce dernier monastère : le mieux semble être de le situer à S. -Laurent de Ver- Mosoubre, près de S.-Chinian (Hérault); son importance minime l'aurait fait dépendre, après 897, de l'abbaye S.-Aignan de S.-Chinian (fondée en 826); il lui aurait été uni par une union personnelle, avant 899, puis par une union réelle : en effet, à partir de cette dernière date, le monastère de S.-Chinian porte le titre des SS.-Laurent-et-Aignan, tandis que S. -Laurent de Vernosoubre n'a plus d'abbé propre.
L'abbé Daniel ne tarda pas à placer SS.-Pierre-el - Paul sous l'autorité d'Anian, qui gouverna ainsi trois monastères, comme le montrent les documents de la fin du VIII*' s. Mais SS.-Pierre-et-Paul fusionna avec S.-Jean; et Citou ne fut plus qu'une dépendance, le monastère principal étant à Caunes (Cnunae, de Caunis), dans l'ancienne villa de Busintis, ou Buftnlis. L'ensemble du terroir de Caunes est donné à Anian, en 791, par Milon, comte de Narbonne. Le 10 juill. 794, Anian était à Francfort, où il se plaçait sous le maimbour royal, tandis que Charlemagne confirmait les biens, déjà importants, du monastère. En 817. Louis le Débonnaire n'en comptera pas moins Caunes parmi les monastères qui ne doivent que des prières ])our le roi. Anian était un ])ersoiinage assez considérable, en relation avec S. lîenoît d'Aniane et Théodulphe d'Orléans. Un de ses premiers soins avait été d'achever la construction du monastère; la dédicace de l'église se jilace un 13 novembre.
On ne saurait entrer dans le détail des actes d'administration, qu'on trouvera indiqués soit par le Gullia ou par de Vie et Vaissete, soit mieux par Mahul ou par Béziat. Pendant tout le ix"" s. et le x"", Caunes étend ses possessions, non seulement aux environs de la vallée de l'Argentdouble, mais bien au delà, ce qui amènera parfois les abbés à faire des échanges avec d'autres Églises. Ainsi se constitue un territoire homogène, qui n'est d'ailleurs pas toujours à l'abri des fléprédations et des usurpations, comme en témoignent plusieurs plaids (802, 821, 852, 873) et des chartes de conlirniation. Ils sont nombreux ceux qui cherchent à se constituer un domaine et à se bâtir une forteresse aux dépens des biens du monastère, qni linira par prendre un avoué.
C'est au cours du x'' s. que les saints de (faunes font leur apparition dans l'histoire : une charte de 983 les mentionne pour la première fois. On ne les retrouve pas ensuite avant 1080. Ils sont quatre : Aniand. I.uce, Alexandre, Audalde. La légende fait découvrir leurs corps dans un champ, par un laboureur. L'histoire de ces saints, fêtés le 5 juin, est très obscure.
Leurs Actes peuvent avoir un fond authentique : ils auraient été martyrisés à Nivedunum, sans doute près de Genève. Mais rien ne permet de savoir comment leur culte a pu s'établir à Caunes. ; Au début du xi<= s., l'avouerie de Caunes appartient ; au comte de Carcassonne, sans doute depuis un certain temps; elle passera bientôt à l'évêque de Girone, qui, en 1034, la transmettra à son neveu Roger \", comte de Foix. L'évêque de Girone avait sans doute d'autres droits sur l'abbaye, puisque c'est lui qui, en 1021, confirme l'élection de Guillaume, moine de La Grasse. Cette élection fut d'ailleurs attaquée, comme simoniaque, par l'archevêque de Narbonne, Guifred de Cerdagne, ou plutôt par ses tuteurs; et Guillaume ne fut reconnu qu'en 1059. Il n'en avait pas moins régi son monastère et reconstruit son église. En 1067, l'abbaye est possédée par le comte de Rouergue : dans l'échange du comté de Carcassonne, Raymond Bérenger la cède en fief à Raymond-Bernard Trencavel et à sa femme qui, en 1070, s'engagent à ne la vendre ni aliéner en faveur de qui que ce soit.
Les départs pour la croisade furent l'occasion de nouvelles donations, ou de restitutions. De leur côté, les abbés rachetaient des biens et droits tombés en mains séculières. On voit, au début du xii'' s., un effort I de l'abbaye pour consolider sa situation et se libérer I de tutelles gênantes : la bulle de Gélase II, confirmant j en 1119 les biens du monastère, couronne cet effort. ; En même temps, les moines fortifient leur monastère ! et ses dépendances. Et en 1136, Roger, comte de ! Carcassonne, accorde des lettres de sauvegarde. A la fin du siècle, le comte abandonnera l'abbaye à l'abbé et aux moines. Au cours de la même époque, d'autre part, les habitants de Caunes s'organisent et obtiennent des moines le rachat de certains droits (1149). Le xin<= s. a])porte île grands changements dans le ! Midi toulousain. Ils ont leur répercussion à Caunes, ' où les abbés règlent leur conduite d'après les événements. Leur tendance générale est de prendre le parti du roi, et d'en profiter pour augmenter leurs domaines, recevant leur part des biens confisqués aux hérétiques. Ces accroissements sont loin de compenser la diminution de valeur des anciennes possessions, ruinées i)ar la guerre. En 1236, le monastère compte ! quatorze religieux, chacun pourvu de bénéfices, ce qui ne favorisait guère la |)auvreté dans une maison relativement riche et peu nombreuse, .\ussi, lorsque i l'abbé Pierre Raymond voulut imposer une vie plus I sévère, se heurta-t-il à une vive résistance, qui fut assez longue à se calmer. Le monastère a, en même temps, des difiicultés avec l'archevêque de Narbonne, à propos des églises à lui données. De leur côté, , les habitants de Caunes, et d'autres villages, obtiennent, en 1239, la suppression des droits de mainmorte. Sous des dehors brillants, le monastère de Caunes subit donc une crise, que les fluctuations de la situation politique sont loin d'apaiser. Les difficultés ' qu'il vient de traverser pendant la première moitié du xiiC s. se renouvellent, sur d'autres points, pendant la seconde : les rapports avec les différentes autorités, religieuses ou laïques, sont souvent l'occai sion de contestations. On assiste au développement de la puissance royale dans le Minervois, tandis que la |)apauté adresse, de loin, ses témoignages de bienveillance et de protection. U faudrait, en regard des bulles peu nombreuses, mettre la longue liste des hommages, sentences arbitrales, assemblées des ordres de la sénéchaussée, ventes domaniales, lettres royaux. J Et la vie intérieure semblera assez terne, si on la juge par le seul document qui nous la fasse connaître i pour ce siècle : un règlement culinaire, augmentant j les rations afin d'encourager la conventualité. La succession de Sicard de Montignac, en 1301, est
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