CÉSAIRE D'ARLES (Saint). I. Sa vie
II. Son action pastorale. III. Son action liturgique. IV. Son action canonique et administrative. V. Son rôle théologique. VI. Son rôle politique. VII. Son œuvre littéraire et oratoire. VIII. Conclusion.
I. Sa vie. — L'histoire de S. Césaire, évêque d'Arles au vi" s., nous est connue surtout par une Vila, œuvre collective de quelques-uns de ses disciples ou confidents, dont le principal rédacteur fut l'évêque Cyprien de Toulon, et, d'autre part, par un certain nombre de documents officiels concernant son épiscopat.
Né en 470 probablement, dans le pays de Chalonsur-Saône en territoire burgonde, il renonce au monde à l'âge de 18 ans et se confie à Sylvestre, évêque de la ville. Mais, épris d'ascétisme, il s'échappe de son pays natal à l'insu de sa famille et se fait admettre au monastère de Lérins (vers 491) que dirigeait alors l'abbé Porcarius. Là il s'initie aux exigences de la discipline monastique et à la pratique étroite de la règle. Chargé de l'office de cellérier, il s'acquitte de ses fonctions avec une ponctualité qui soulève des murmures. D'ailleurs épuisé bientôt par les austérités, il doit, sur l'ordre de son supérieur, retourner à Arles pour refaire sa santé. Accueilli dans une famille amie, chez Firminus, dont la femme Grégoria lui était parente, il aurait pu s'initier auprès de Julien Pomerius à la culture intellectuelle du temps. Mais il renonça très vite, si jamais il y goûta, à l'attrait des écrivains profanes et de la philosophie. L'évêque Éone (^Eonius) d'Arles, auquel il est présenté et qui est également son parent, l'agrège à son diocèse. A Lérins, Césaire s'était assimilé les principes de la liturgie et de la théologie catholiques; dans les rangs du clergé d'Arles, à partir de 496 environ, il va apprendre ce qu'on pourrait appeler sa mission sociale de prêtre et se familiarise avec les besoins physiques et moraux du peuple chrétien. Il est bientôt chargé de l'administration d'un monastère dont le dernier abbé n'avait pas su maintenir la discipline (499). Césaire se replonge donc pendant trois ans dans l'isolement du cloître. Arrivé au déclin de sa vie, Éone voit dans ce jeune prêtre énergique un successeur idéal et propose son nom aux suffrages du clergé et du peuple arlésien et à la ratification des gouvernants wisigoths. Césaire, se conformant à un précédent presque rituel et qui mettait en relief l'humilité des appelés au pontificat, simule une fuite et on le retrouve caché dans la nécropole des Alyscamps. (En 503, d'après la chronologie communément admise; plus vraisemblablement en 502, d'après Krusch, M. G. H., SS. rer. merov., m, 444.)
Dès le début de son épiscopat, Césaire se trouve en présence d'une tâche compliquée : au point de vue reUgieux, organiser la vie liturgique et paroissiale, non seulement dans son diocèse, mais dans sa province; maintenir ou faire revivre les prérogatives d'honneur et de juridiction, anciennement reconnues au siège métropolitain et vicarial d'Arles et fortement atteintes par les revendications contraires de l'évêque de Vienne
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(S. Avit); au point de vue politique, imposer aux chefs wisigoths le respect de sa personne sacerdotale, défendre près des ministres et des rois ariens les droits de la population catholique et assurer la continuation de relations normales et d'offices charitables entre les habitants catholiques de Provence et du pays d'Arles (royaume wisigothique), et ceux du Rhône supérieur (royaume des Burgondes).
Suspect au gouvernement d'Alaric II en raison de ses affinités burgondes, il est exilé à Bordeaux en 505 et profite de son séjour dans cette ville pour entrer en rapport avec l'épiscopat de l'ouest des Gaules, Cyprien de Bordeaux, Ruricius de Limoges. S'étant justifié, il gagne la confiance d'Alaric et, pour répondre aux vues du prince, prépare et dirige en fait la grande conférence qui, dans un but d'unification législative, réunit le clergé aquitain et le clergé provençal : concile d'Agde (sept. 506). La défaite d'Alaric, vaincu à Vouillé par Clovis (507), déclenche une invasion des Burgondes et des Francs en Provence et Arles doit endurer pendant plusieurs mois un siège rigoureux et dévastateur. Césaire, compromis par la fuite à l'ennemi d'un de ses jeunes parents, encourt un péril grave, mais momentané. Après l'intervention de Théodoric et la libération de la ville (508), Césaire s'applique à réparer les désastres causés aux églises, aux monastères et aux populations : relèvement des ruines et rachat des captifs. Il consacre le 26 août 512 le monastère des moniales. Mais en 513, il est appelé à Ravenne pour se justifier d'une accusation dont on ignore la portée exacte. Son prestige, son innocence certaine et sa charité généreuse lui valent l'amitié définitive de Théodoric. Poursuivant son voyage à Rome, il obtiendra du pape Symmaque, non seulement la confirmation des droits de son Église (6 nov. 513), le renouvellement ou l'extension du vicariat sur les Gaules et les Espagnes (11 juin 514), mais encore l'honneur de porter le pallium 11 dans toutes les régions de la Gaule » et des distinctions pour le clergé d'Arles (port de la dalmatique pour les diacres). Alors s'étend la période fructueuse et paisible de l'épiscopat de Césaire : pendant vingt ans, fidèlement soumis aux instructions des papes, qu'il sollicite d'ailleurs de lui-même, agissant en complet accord avec le gouvernement de Ravenne et le préfet catholique d'Arles, le patrice Libère (Marcellinus Félix Liberius), Césaire donne la pleine mesure de son activité : institutions charitables, constructions d'églises, visites pastorales, enseignement dogmatique et prédication absorbent tous ses instants. Il s'attache à mettre en vigueur des règles qui fixeront d'une manière indiscutable les usages liturgiques, le statut des biens ecclésiastiques, les droits et devoirs précis des évêques, des clercs et des laïcs. Des tournées d'inspection, des réunions conciliaires fréquentes et qu'il semble avoir voulu rendre périodiques lui donnent l'occasion de contrôler la morahté et l'obéissance du clergé, de promouvoir son instruction et son zèle, de combattre dans le peuple l'ignorance religieuse, les superstitions païennes et le dérèglement : conciles d'Arles (juin 524) et de Vaison (nov. 529) qui rappellent ou complètent la législation canonique codifiée à Agde; manifeste théologique d'Orange (juill. 529); conciles de Carpentras (527) et de Marseille (533), véritables assises devant lesquelles sont traduits des évêques insoumis ou fautifs : Agrecius d'Antibes, Contumeliosus de Riez.
L'effondrement de la souveraineté gothique en 534- 35 eut pour conséquence la substitution en Provence du pouvoir des rois francs, fils de Clovis, à celui des princes héritiers de Théodoric. Césaire salua avec joie, disent ses biographes, l'instauration d'un régime catholique : royauté de Childebert. Affaibli par l'âge, il n'assista pas au concile d'Orléans de 541 et consacra
ses derniers soins à assurer, après lui, la conservation du monastère des moniales que dirigeait alors l'abbesse Césarie la Jeune. Il mourut la veille de la fête de S. Augustin, le 27 août 542, d'après Krusch, en 543, d'après la chronologie commune, après quarante ans d'épiscopat.
II. Son action pastorale. — Césaire a mis en pratique les plus hautes vertus sacerdotales. Ses biographes nous ont rapporté des exemples héroïques de sa charité, qui ne reculait devant aucun sacrifice et n'avait égard ni à la fatigue ni aux risques personnels. Pendant la période tragique marquée par l'invasion de 508, le siège d'Arles et le repli des Burgondes, il a déployé des prodiges d'énergie et de diplomatie pour ravitailler les indigents et les exilés, pour arracher à la servitude et au péril d'apostasie au service de maîtres ariens ou juifs les prisonniers catholiques. Il n'hésita pas à vendre, pour le rachat des captifs, les vases et les trésors de l'Église et obtint de Théodoric le rapatriement de la population d'Orange, déportée en masse.
Sa vie exemplaire, sa physionomie illuminée d'un éclat surnaturel, l'autorité de sa parole lui créent, jeune encore, un renom de sainteté. Les malades font appel à sa pitié. Mais Césaire a moins que quiconque l'orgueil du thaumaturge : ses miracles n'ont rien de « spectaculaire ». Quand on l'appelle près d'un malade, il fait écarter les témoins, se prosterne à terre, implore le Seigneur et se retire ensuite, laissant agir la miséricorde divine. D'ordinaire, il préfère charger un de ses compagnons de bénir l'affligé. Il disait que celui auquel incombe le soin des âmes ne devait s'occuper qu'avec une forte crainte de la guérison des corps : fortiter iimere.
Il ne voulait pas non plus que le souci des questions matérielles le détournât de sa fonction essentielle qui était de prêcher la parole de Dieu. Aussi se déchargeait-il du souci de la distribution des aumônes et de la gestion des affaires sur ses diacres et ses ordinatores, ceux-ci assermentés et soumis à un contrôle {Vita, I, 15). Il avait fondé près de sa cathédrale un hôpital très vaste, servi par un personnel spécialisé et d'où les malades pouvaient, sans se déranger, entendre les offices {Yila, i, 20). Ce fut d'ailleurs un grand bâtisseur : il avait travaillé de ses mains à l'édification du monastère des moniales et, après les désastres du siège, le reconstruisit en bordure même de l'église Ste-Marie, dans laquelle était réservé l'emplacement des tombes des religieuses. Il avait réuni dans un quartier unique la demeure de l'évêque et du clergé, le monastère féminin, rigoureusement clôturé, l'hôpital et les greniers d'approvisionnement : l'église était un édifice d'architecture tripartite : triplicem in una conclusione basilicam, dont une aile, celle de l'hôpital, était dédiée à S. Martin, l'autre à S. Jean (côté du monastère), tandis que la nef centrale, surélevée et plus belle, était dédiée à la Vierge Marie. Il en fit la consécration le 6 juill. 524.
Mais l'activité de Césaire ne se borne pas à des « fondations », ou, du moins, ses plus belles fondations sont d'ordre spirituel. En dehors de la création d'une communauté de moniales, ut... ctiam virginiim choris Arelatensium ornaretur ecclesia, qui resta l'une des plus chères préoccupations de sa vie, il s'est efforcé d'imprimer non seulement dans son diocèse, mais dans tout le ressort de son siège métropolitain, le respect d'une discipline commune fondée sur la tradition la plus saine. Il avait compris, comme moine, l'importance de la règle et son activité pastorale peut se résumer en disant qu'il s'est efforcé d'inculquer à tous les échelons du peuple chrétien l'observance des lois de l'Église. Il oblige le clergé et en particulier les évêques, souvent épris d'indépendance et de faste, à l'accomplissement strict des devoirs de leur charge. Il leur
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prescrit spécialement le devoir de la prédication, leur rappelant l'obligation d'évangéliser sans distinction tous les fidèles, même les esclaves. En cas de désobéissance ou de scandale, il les censure et même les brise (afïaires d'Agrecius et de Contumeliosus). A l'égard des fidèles, il ne lui suffit pas de les mettre en garde contre la superstition, l'ignorance et l'inconduite et de modérer avec une sévérité qui semble presque indiscrète l'exercice de leur vie conjugale; il s'efforce de les plier à des habitudes religieuses : il insiste pour qu'ils apprennent par cœur les prières usuelles, le Paler, le Credo, les psaumes l et xc. Il leur facilite l'assistance aux offices du soir, même en semaine; il veut un recueillement absolu pendant la messe qui doit être entendue jusqu'au bout; il généralise, en dépit des résistances, l'usage de la génuflexion. Enfin, il fait de la dîme versée au clergé une obligation rigoureuse.
III. Son action liturgique. — Faut-il voir en Césaire un des fondateurs de la liturgie gallicane mérovingienne? (J.-B. Thibaut, L'ancienne liturgie gallicane, son origine et sa formation en Provence aux et F7«s. sous l'influence de Cassien et de S. Césaire d'Arles, Paris, 1929.) Ce que nous savons de son caractère, de sa fidélité à toutes les traditions montre assez qu'il ne faut pas s'attendre à voir en lui un novateur. S'il a modifié quelque chose aux usages d'Arles, ce fut sans doute pour donner plus de vie et d'éclat aux cérémonies, pour y attirer une plus nombreuse assistance. Dès sa consécration, il institua dans la basilique S.- Étienne l'office public quotidien de tierce, sexte et none. Il a mis ses efforts à associer le peuple fidèle (laicorum popularitas) à la récitation des psaumes, au chant des hymnes; pour l'intéresser à la célébration de la messe, il lui permet des cantiques et des répons en grec et en latin, apparemment pour satisfaire aux goûts d'une population bilingue : alii graece, alii latine prosas antiphonasque cantarent. Mais il est douteux qu'il ait touché à la structure de la messe. Il s'est borné à enrichir le cérémonial des messes ordinaires de certains éléments qui n'appartenaient qu'aux messes solennelles, tel le Sanctus, et, par les canons 3 et 5 du concile de Vaison, il invite à pratiquer, non seulement à la messe, mais encore à la fin des psaumes, à matines et à vêpres, la récitation du Kyrie et à dire le Gloria Patri; il recommande en outre de faire à la messe mémoire du pape régnant. A en juger par ce que nous apprend la Régula sanctarum virginum (c. 66-69), Césaire s'est proposé, en ce qui concerne l'ordo des psaumes et des leçons, de généraliser purement et simplement l'usage adopté à Lérins. Par ailleurs, son titre vicarial, sa dévotion au siège de Pierre, le port même dans son clergé d'insignes sacerdotaux romains lui faisaient un devoir de ne pas aggraver, bien au contraire, les divergences existant entre le rit gallican et le rit suivi par Symmaque et Hormisdas. S'il a contribué à transformer les coutumes gallo-romaines, soyons persuadés que ce n'est pas pour accentuer les particularismes ni pour favoriser des liturgies d'aspect oriental.
IV. Son action canonique et administrative. — Beaucoup plus que sur la liturgie, l'action de Césaire a porté sur la discipline générale de l'Église. Profondément respectueux de ce qu'il appelle « les usages anciens des Pères », il s'attache à les maintenir en vigueur, tout particulièrement en ce qui concerne le recrutement, la formation théologique et morale et la hiérarchie du clergé. Il voulait que tout diacre, avant son ordination, eût lu quatre fois le texte de l'A. et du N. T. (Vita, I, 56). Il a toujours insisté sur les conditions d'âge et de savoir requises pour l'ordination et l'épiscopat. L'œuvre canonique du concile d'Agde est, à cet égard, éminemment représentative : moins ori-
ginale peut-être qu'on ne l'a cru, car de nombreux canons ne sont qu'une transcription plus clairement rédigée des Staluta Ecclesiae aniiqua ou un rappel des prescriptions antérieures édictées à Angers (453), à Tours (461) et à Vannes (465), la législation d'Agde n'en constitue pas moins un code d'une importance et d'une autorité considérables, auquel se sont implicitement conformés tous les conciles contemporains ou postérieurs, qu'ils se soient tenus en pays burgonde (Épaone, 517) ou franc (Orléans, 541) et même en Espagne (Tarragone, 517 et Ilerda, 527). Les dérogations ou précisions que Césaire sollicita de Symmaque (P. L., Lxii, 53; Mansi, viii, 211; M. G. H., Epist. merov., i, 37-40) touchant la disposition des biens d'Église, la profession des vœux féminins et pour enrayer l'accession indue ou vénale à l'épiscopat de laïques puissants, les dispositions d'Arles (524) au sujet de l'âge des ordinands, de Carpentras (527) relatives à l'administration temporelle des paroisses, et de Vaison (529) recommandant, selon l'usage italien, de créer des centres d'enseignement pour la jeunesse ne constituent en somme que des amendements à l'œuvre capitale promulguée à Agde. Ce sont les canons d'Agde qui fixaient la doctrine en tout ce qui touchait à la juridiction épiscopale et ses limites, aux droits et obligations des clercs, spécialement le célibat, au statut des communautés monastiques ou des clercs et moines errants, enfin et surtout aux exceptions qui pouvaient être apportées, sous certaines garanties, au principe de l'inaliénabilité des biens d'Église (Mansi, VIII, 319-88). Dans quelle mesure faut-il admettre que les Statuia qui ont fourni la majeure substance des prescriptions d'Agde sont l'œuvre de Césaire? Malnory, dans son S. Césaire, 50-58, a fourni en faveur de cette thèse des présomptions très fortes, combattues par dom Morin (Rev. bénéd., xxx, 1913, p. 334-43) qui a montré que Césaire, lorsqu'il a parlé des Statuta, a toujours été bien loin d'en revendiquer la paternité. Il est certain que Césaire n'a pu prendre sur lui de rédiger les statuts; mais n'a-t-il pu parfois en retoucher le texte, en opérer le classement? En tout cas, il les a étudiés de très près; il en révère l'autorité et en général il s'y tient. De là, l'embarras qu'il éprouve lorsque la jurisprudence gallicane est en conflit avec la jurisprudence romaine. Ce fut, par ex., le cas lorsqu'il voulut faire reconnaître la validité de certaines cessions ou dévolutions effectuées au profit des moniales ou d'œuvres charitables, cessions auxquelles les papes résistèrent ou du moins n'acquiescèrent que très difficilement (cf. Malnory, op. cil, 118-19); ou encore dans l'affaire de Contumeliosus, cassée pour vice de procédure et au cours de laquelle le pape Agapet reprocha à Césaire de n'avoir pas respecté le caractère suspensif de l'appel et d'avoir soumis un évêque à la pénitence de droit commun (M. G. H., Epist. merov., I, 56-57; éd. Morin, ii, 30-31).
Ces refus ou ces blâmes des papes, tout aussi bien que leurs sanctions approbatrices, ne font que mettre en lumière la docilité filiale et absolue de Césaire à l'égard du siège de Rome. Il ne lui suffisait pas d'avoir pour lui la tradition des conciles ou la coutume de son diocèse et de ses compatriotes. Aucun soupçon chez lui d'autonomisme épiscopal ou national. Il ne se considère qualifié pour agir qu'en qualité de mandataire du pape et, même dans son diocèse, une question d'ordre intérieur, comme l'établissement de franchises spéciales en faveur de moniales, sera expressément soumise, non seulement à la signature des évêques coniprovinciaux, mais encore à la ratification des papes.
Ce recours permanent à l'autorité suprême, en vertu duquel Césaire exerçait son action disciplinaire, comportait naturellement à son profit et de la part de cette
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même autorité la reconnaissance et la délimitation indiscutée de sa juridiction territoriale. Depuis plus d'un demi-siècle, les évèques d'Arles exerçaient leur autorité métrojiolitaine sur les diocèses compris entre la Drôme et la Durance. Or les prétentions des évèques de Vienne et l'expansion de l'État burgonde avaient remis en question cette autorité; indifférent aux vicissitudes des frontières, Symmaque maintint au profit de Césaire, comme il l'avait fait au profit d'Éone, les droits traditionnels de l'évêché d'Arles, et lorsqu'en 513 il lui renouvela son privilège vicarial, il spécifia que celui-ci s'étendait sur les Gaules et l'Espagne, c.-à-d. en fait sur la chrétienté transalpine. Notons d'ailleurs que cette charge, bien qu'attribuée à l'évêque d'Arles, n'en impliquait pas moins un caractère de mission personnelle : c'est parce qu'il jouit personnellement de la confiance du S. -Siège qu'il est investi d'un si large pouvoir et il n'en use, en fait, qu'en qualité de lieutenant et mandataire de Rome, à titre de conseiller, d'inspirateur plutôt que de chef, sans qu'on puisse dénoncer de sa part en Espagne, dans le royaume franc, ni même dans la province limitrophe de Vienne, une démarche abusive ou seulement indiscrète.
V. Son ROLE théologique. — Il ne faudrait pas en conclure que pour Césaire sa charge de vicaire ne fut qu'un organisme de liaison, un poste de contrôle où il n'aurait eu qu'à assurer l'expédition des affaires disciplinaires ou temporelles. Délégué permanent du pontife, il se doit de veiller au maintien de l'orthodoxie et cela dans le sens le plus nettement « catholique romain ». Cela explique son intervention, lors des conciles de Valence et d'Orange, au sujet des questions de la grâce et du libre arbitre. Tandis que l'influence dite semi-pélagienne, propagée surtout par l'enseignement de Cassien et de Faustus de Riez, restait profonde dans une partie de l'épiscopat gallo-romain, Césaire, depuis toujours admirateur d'Augustin et probablement impressionné par une polémique récente de Jean Maxence et par les traités de Fulgence de Ruspe, se montra, de plus en plus ouvertement, partisan de l'action prévenante et indispensable de la Grâce. Au concile de Valence (sept. 528?), tenu en pays burgonde, il fit défendre son point de vue par son meilleur disciple, Cyprien de Toulon. Déçu probablement de n'avoir pu enlever l'approbation des évèques de Valence, il se tourna vers Rome et présenta un avantprojet en dix-neuf capitula (Mansi, viii, 722-24) que Rome revisa, corrigea et compléta par l'addition de « sentences » augustiniennes empruntées à Prosper. (Cf. M. Cappuyns, L'origine des « Capitula » d'Orange, dans Recherches de Ihéol. ancienne et médiévale, vi, 1934, p. 121-43 et nos observations dans Fliche et Martin, Hist. de l'Église, iv, 416 et 418, n. 1.) De là un document nouveau qui fut proclamé solennellement lors de la dédicace de la basilique d'Orange le 3 juin. 529, et que Césaire faisait suivre encore d'une explication insistant sur les conséquences du péché originel, sur la nécessité initiale et la coopération irremplaçable de la grâce, mais aussi sauvegardant, en des termes auxquels on n'a pas toujours prêté suffisamment attention, l'efficacité du libre arbitre restauré par la grâce du baptême. Ainsi se trouvait établi un texte qui, dans la pensée de Césaire, devait clore définitivement le débat sur la grâce, et pour lequel, après une élaboration aussi minutieuse, non content de l'adhésion de treize évèques sufiragants et de la signature de laïques illustres, tels que le patrice Libère, il voulut une fois de plus avoir la ratification apostolique du document entier. Cette ratification lui fut accordée par Bonitace II, successeur du pape Félix IV, et Césaire la fit précéder de la mention « Que quiconque croira au sujet de la grâce autrement que le
fixe cette autorité (du pape) et que l'a établi ce synode sache qu'il se met en contradiction avec le Siège apostolique et avec toute l'Église dans le monde entier » (éd. Morin, ii, 66; Malnory, op. cit., 154).
On a souvent parlé du « rôle théologique » de S. Césaire (cf. P. Lejay, Rev. d'hist. et de litt. religieuse, x, 1905, p. '250 sq. et D. T. C, ii, 2108-85). Si on s'attendait par là à un travail d'approfondissement, à un effort spéculatif de recherche ou de synthèse, on ne trouvera rien de tel. En dogmatique comme en discipline, Césaire a toujours cherché la formule précise, sans équivoque et sûre, « fondée sur les définitions des Pères », qui doit prendre force de loi et être admise de tous. Sa théologie franche s'exprime par sentences successives et vigoureuses qui enlacent la vérité, sans ambages ni enjolivements. On a voulu le qualifier : « un augustinien de la stricte observance » (Lejay, D. T. C, II, 2178). Cette formule appelle des réserves : augustinien, plein de respect et de dévotion pour le grand évêque d'Hippone, certes il le fut. Mais sans étroitesse, sans fanatisme : sa théologie, humaine, compréhensive, n'a pas le rigorisme de Fulgence de Ruspe ni même de Prosper d'Aquitaine dans ses premiers écrits. Sa foi entière dans la puissance de la grâce ne l'amène pas à sous-estimer les efforts du libre arbitre, au moyen duquel tout chrétien baptisé peut et doit combattre pour gagner son salut. Ce même souci d'exactitude et de modération, ce même goût des définitions nettes et simples le guide dans sa théologie trinitaire. 11 est difficile d'apprécier son De myslerio S. Trinitatis et son Breviarium adv. haereticos (éd. Morin, ii, 165-180, 182-208), œuvres de vulgarisation dont la substance et l'argumentation proviennent en grande partie d'éléments empruntés, et il n'est pas absolument prouvé que le fameux symbole Quicumque, dit de S. Athanase, soit de lui {Rev. bénéd., xliv, 1932, p. 206-19); mais il est certain qu'il en a accueilli et propagé les formules avec prédilection comme un compendium très clair de la foi catholique, particulièrement utile en un pays de confessions multiples, pour bien caractériser la doc-trine à rencontre de l'hérésie arienne. (Cf. C. H. Turner, The history and use of ihe Creeds... in the early centuries of the Church, Londres, 1906, p. 70-74 et dom G. Morin, Rev. bénéd., xviii, 1901, p. 337-63 et xliv, 1932, p. 216-219.)
VI. Son ROLE politique. — Le rôle politique, et, si l'on peut dire, historique de Césaire mérite d'être étudié de près. Son épiscopat représente le premier essai durable de « normalisation » des rapports officiels de l'Église avec les royautés barbares. Jusqu'alors il n'y a eu que des contacts précaires, orageux. Les évèques ont essayé de leur mieux de protéger leurs peuples, de sauvegarder la liberté religieuse et la propriété des églises, de limiter les spoliations. L'exil les attend à la première velléité de résistance. Les bons rapports que S. Avit et S. Remi ont réussi à entretenir avec leurs souverains burgondes et francs tiennent uniquement à leur prestige personnel et à leur diplomatie; ils ne reposent pas sur un pacte précis. Le wisigoth Euric s'est montré extrêmement soupçonneux. L'épiscopat de Césaire ne sera pas de tout repos ; mais dès son entrée en charge, sa compréhension, son réalisme le mettent en mesure de collaborer à la politique stabilisatrice d'Alaric. Le concile d'Agde fait mieux que de jeter les bases d'une politique d'entente; il fixe un statut parfaitement équitable qui, sur beaucoup de points, touche aux lois civiles, concernant la condition des personnes et des biens. En matière politique, Césaire professait « qu'en tout lieu, ibi et ubique, l'Église devait rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu; qu'il fallait obéir selon l'Apôtre aux rois et aux puissances dans leurs prescriptions justes », mais chez un prince arien, il tenait en mépris « la fausseté de
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ses dogmes » ( Vila, i, 23). Cette règle de loyalisme ne pouvait en venir à partager les préventions ethniques des vainqueurs. Césaire s'est toujours senti galloromain. Il a profité de l'expansion du royaume gothique pour nouer des rapports plus étroits avec l'épiscopat de l'ouest des Gaules, avec celui d'Espagne et avec l'évêque de Pavie, Ennodius. Il n'a pas cessé, au péril de sa situation, de considérer comme des compatriotes les catholiques burgondes et d'entretenir avec leurs rois des relations qui furent profitables aux jours de détresse ( Vita, ii, 9). Il ne semble pas qu'il ait jamais tourné les yeux vers Justinien; mais la royauté catholique de Clovis s'élevait comme une promesse. Césaire avait subi en 508 les ravages de l'invasion franque ; mais, du moment que le changement de régime se faisait sans violence, il salua avec joie en 538 l'arrivée d'un prince catholique. Si en effet il avait pu apprécier pendant vingt ans le libéralisme de Théodoric et si, de la part du patrice Libère, il avait rencontré le concours empressé et constant du pouvoir civil, il connaissait trop le fanatisme arien des éléments militaires goths pour ne pas appréhender le retour des tracasseries passées. L'avènement de Childebert était au moins à cet égard une garantie et une consolation. D'ailleurs l'existence de frontières politiques arbitraires avait souvent gêné son action métropolitaine : tout le temps que les Burgondes occupèrent la rive droite de la Durance, ses ressortissants s'étaient rattachés en fait à l'obédiencd' de Vienne et c'est ainsi qu'ils avaient participé en 517 au concile d'Épaone. Sous l'hégémonie de rois francs qui d'ailleurs favorisaient son Église de dotations et d'immunités, il avait lieu d'espérer que ces ennuis ne se reproduiraient plus; il ne pouvait prévoir qu'Arles était destinée à perdre sa primauté religieuse en même temps que son importance civile et que l'activité politique allait se transporter vers les capitales du Nord : Orléans, Paris, Metz. Néanmoins le mandat vicarial devait encore être expressément renouvelé, sous réserve de l'approbation des rois francs, en faveur des successeurs directs de Césaire : Auxanius, Aurélien et Sapundus par les papes Vigile et Pélage, en 545, 546 et 557 (M. G. H., Epist. merov., i, 59, 60 et 63).
VII. Son œuvre littéraire et oratoire. — Césaire n'a jamais songé à faire montre de qualités littéraires; les préoccupations stylistiques d'un S. Avit ou d'un Ennodius lui sont toujours restées indifférentes. Son œuvre, relativement copieuse, ne comprend donc que des écrits d'affaires et des textes de sermons. Les premiers se ramènent en somme à des actes d'administration : Lettre à Ruricius (P. L., xii; Mansi, viii, 43) et à Agraecius (Mansi, viii, 343); Postulata présentés à Symmaque (Mansi, viii, 211 et 228); Règle des moines (éd. Morin, ii, 149-55) qui semble à bien des égards une codification de la coutume de Lérins ; Ci'rcu/ai're justificative et accusatrice au sujet de Contumeliosus (Mansi, viii, 811-14, M. G. H., Epist. meroy., i, 45-57) ; enfin son Testament (éd. Morin, ii, 281-89), sorte d'adjuration adressée à l'évêque successeur et dans laquelle s'exprime une dernière fois sa sollicitude à l'égard des moniales. Il faut mettre à part la Régula sanetarum virginum (éd. Morin, ii, 99-129 ; F/on7e^. patristicum, xxxiv), chef-d'œuvre d'expérience abbatiale et de psychologie judicieuse qui prévoit, organise, exhorte, mais aussi met en garde avec une dilection vigilante contre des défaillances possibles. Une assez longue recapitulalio additionnelle au texte primitif est signée de .534. On doit aussi attribuer à Césaire la rédaction des canons d'Agde et surtout de Vaison (Mansi, viii, 725-28), peut-être aussi celle des xix Capitula sancti Augustini in Urbe Roma transmissa (Mansi, viii, 722-24), et enfin la troisième partie de la Déclaration dogmatique d'Orange (Mansi, viii, 7 1 1-1 7).
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
Le De mysterio sanctae Trinitatis et le Breviarium ado. haerelicos contre les ariens sont des ouvrages d'apologétique et de propagande, clairs et convaincants, mais dont la documentation et la valeur démonstrative doivent être rapportées aux « sources » que Césaire a suivies. Il ne semble pas que le travail exégétique sur l'apocalypse (P. L., xxxv, 2417-52) que D. Morin a voulu lui attribuer {Reu. bénéd., xlv, 1933, p. 43-61) soit plus original. Enfin, les deux (ou trois) lettres d'exhortation adressées à l'abbesse Césarie et à une religieuse inconnue qu'un lapsus a fait désigner sous le nom d'Oratoria {P. L., lxviii, 1125-38; Floril. patrist., xxxiv, p. 33-52) ne sont qu'un recueil de passages édifiants parmi lesquels on est surpris de rencontrer des formules et des phrases empruntées presque intégralement à des textes antérieurs, par ex. à la Lettre à Démétriade, de Pélage. D'autres écrits (éd. Morin, ii, 159-64), sur la grâce, ne sont guère que des « dossiers » de textes scripturaires ou patristiques {Rev. bénéd., xiii, 1896, p. 435-49; xxi, 1904, p. 226-35).
Les œuvres oratoires de Césaire présentent un intérêt beaucoup plus grand. Non pas qu'elles aient en soi un cachet plus littéraire, au contraire, mais parce qu'elles constituent un exemple excellent, presque un modèle d'éloquence populaire. Ce sont des entretiens : sermones, des leçons : admonitiones, dans lesquels la simplicité fraternelle du ton n'atténue en rien l'autorité des commandements divins et la rigueur des devoirs inculqués. Aucune virtuosité de style, aucun souci de la copia. Des phrases familières, des exemples concrets, d'ailleurs très expressifs, empruntés à la réalité rustique, à la vie quotidienne. Les textes sacrés, qui fondent l'obligation, toujours cités en vedette; des impératifs nombreux, qui reprennent incessament les mêmes devoirs et mettent en garde contre les mêmes défauts. Un plan assez fiottant, mais d'ordinaire, en guise de péroraison, un résumé, recapitulqtio, à l'usage des esprits obtus ou distraits, détachant les conclusions les plus importantes qu'il faut retenir et rapporter à ses voisins.
En général, les considérations théologiques sont écartées; les commentaires de l'Écriture, rapides et sans inutile subtilité, orientés vers une application pratique. Les Sermons de Césaire sont avant tout un rappel des enseignements de la morale chrétienne. Rien n'est banal ou oiseux dans cette prédication ; elle combat des défauts ou des crimes qui étaient les tares d'une civilisation en pleine transformation : la superstition, résidu vivace des croyances païennes (Append. Aug., 130 et 278; éd. Morin, 54 et 193); l'ivresse brutale, importation des envahisseurs {Append. Aug., 294; Morin, 46); l'infanticide et l'avortement, effet de la corruption des mœurs ou conséquence de la misère (Append. Aug., 292; Morin, 44); des fautes qui sont de tous les temps, l'inconduite et l'infidélité aux lois du mariage (Append. Aug., 289; Morin, 43); d'autres moins graves mais contre lesquelles il s'élève avec indignation : la mauvaise tenue au cours des offices divins (Append. Aug., 286; Morin, 77). Telle instruction, comme le sermon 265 (Morin, 13), Sermo in parochiis necessarius, ou le sermon 295 (Morin, 47), Ammonitio contra ebrietatis malum, nous donne bien l'idée des vérités que Césaire ne se lassait pas de redire. 11 aimait à parler en toute circonstance, heureux d'exercer le ministère de la parole divine, habile à saisir les allusions opportunes, les comparaisons frappantes, les mots qui tombent juste et (|u'on n'oublie point. Il aurait pu tirer de son propre fonds la substance de ses sermons; il s'en est rarement donné la peine. Plein d'une humble vénération pour les Pères en général, et pour S. Augustin en particulier, il a estimé inutile de chercher à faire mieux qu'eux, et sans le moindre souci de propriété et surtout d'orgueil
CÉSAIHK D'ARLRS
— CÉSATRF,
littéraire, il a tout simplement adapté à son usage les richesses, authentiques ou non, de la collection augustinienne.
Indifférent aux recherches du style, il resserre le développement, élague les subtilités, « fusionne » entre elles plusieurs pensées; ce qui ne l'empêche pas de garder en tête du texte ainsi refondu le nom de son auteur (éd. Morin, Sermons. 17, 21, 24, 38, 177, 185, etc.). Ailleurs, il utilise des exhortations de Faustus de Riez (éd. Morin, 56, 57, 58), et encore de S. Sédatus (193) et de S. Éphrem (72. 77). D'autres pièces sont de véritables centons, des excarjjsu ou des excerpla (cf. Serm., 2(), 6G, 69, etc.). Sur les 238 sermons édités par dom Morin, 84 sont alïectés d'un signe critique dénotant une source étrangère et il faudrait bien se garder de conclure que les 154 autres sont purement originaux.
La Sugyeslio humilis (Malnory, op. cil.. 294-307; éd. Morin, Serm., 1 ), instruction pastorale adressée à ses frères de l'épiscopat, montre toute l'importance que Césaire attachait au devoir de la prédication : la parole divine étant la véritable nourriture des âmes dont les évêques et les prêtres sont les dispensateurs responsables. C'est pourquoi il fit accorder aux diacres le droit de lire les instructions des Pères aussi bien dans les centres ruraux que dans les cités. Il avait organisé un véritable centre d'édition et de propagande consacré à la diffusion de ses propres œuvres et de ces sermons augustiniens et faustiens qui, adaptés et revisés par lui, copiés probablement dans le scriptorium des moniales (cf. Vila, i, 58), étaient par ses soins remis à tous les visiteurs ou expédiés au loin : longe vero positis in Francia (c.-à-d., en Germanie) in Galliis atque in Italia, in Hispania dioersisque provinciis constituas transmisit per sacerdoles qui in ecclesiis suis praedicare facerent {Vita, i, 55).
Un tel travail ne fut pas perdu. Si, d'un point de vue purement littéraire, on peut regretter que Césaire ait défiguré l'aspect authentique de la grande éloquence du v" s., il n'en reste pas moins qu'il a doté les missionnaires d'un fonds homilétique infiniment précieux, suppléant à l'ignorance du clergé et à l'insuffisance des orateurs. Ses instructions, d'une haute valeur pratique, d'un enseignement admirablement api)roprié aux besoins d'une société qui allait s'enfoncer de plus en plus dans la barbarie, sont devenues, dans le haut Moyen Age, le bien commun de la prédication chrétienne. Remaniées encore par S. filoi et S. Boniface, elles ont servi à évangéliser les pays bataves et germaniques (Malnory, op. cit.. 242-44).
VIII. Conclusion. — S. Césaire reste l'une des figures les plus attachantes et les plus représentatives de l'épiscopat dans la première moitié du vi" s. Il a rempli sa tâche pastorale avec un zèle admirable. Il n'a cessé de s'intéresser à l'éclat et à la piété des actes liturgiques. S'il n'a pu établir un régime durable de coopération avec le large emi)ire de Théodoric, il a du moins contribué à régler le statut de l'Église au sein des nationalités nouvelles. 11 a eu l'honneur de promulguer à Orange un des textes capitaux de la théologie de la grâce. Par son action en faveur de l'instruction du clergé, il a retardé l'obscurcissement des siècles barbares ; par son œuvre, directe ou indirecte, de prédicateur, il a maintenu dans les masses un minimum de moralité et de sens religieux. Et cependant personne n'a moins songé que lui à mettre en avant des conceptions personnelles : l'efficacité et le mérite de son action viennent peut-être de l'abnégation avec laquelle il s'est effacé devant la tradition des Pères et des conciles, devant les instructions des papes. Ce fut sans doute la force de sa législation d'être moins une réforme originale qu'une promulgation mieux définie de la jurisprudence usuelle, comme c'est sa fidélité à la
doctrine de S. Augustin et aux enseignements de Rome qui a fondé l'indiscutable autorité de la déclaration d'Orange.
Vita sancti Caesarii, dans A. S., août, vi, 50-83; P. L., Lxvn, 1007-42, et surtout éd. B. Krusch, dans M. G. H., Merov., m, 457-501 ; cf. S. Cavallin, Literarhistorische und texikritische Studien zur Vita S. Caesarii Arelatensis, Lund, 1934. — D. Germain Morin a travaillé pendant plus d'un demi-siècle à la préparation d'une édition magistrale, dont le vol. I comprend les oeuvres oratoires, Sancti Caesarii episcopi Arelatensis opéra omnia : Sermones seu Admonitiones, Maredsous, 1937, cxv-1056 p., et le vol. n (Opéra varia), Maredsous, 1942, ix-39ô p., les lettres, les actes des conciles, les écrits théologiques et la Vita; la Régula sanctarum viryinum, ainsi que les Lettres à Césarie ont été éditées à part, dans le Florilegium patristicum, fasc. XXXIV, Bonn, 1933. D'autres ou^Tages ou opuscules de Césaire ont été publiés ou analysés dans la collection de la Revue bénédictine, notamment : xvi, 1899, p. 97-112 (Testament de S. Césaire); xiii, 1896, 433-43 et xxi, 1904, p. 226-39 (Opuscules sur la grâce) ; xlv, 1933, p. 43-61 (Explication de l'Apocalypse); xlvi, 1934, p. 190-205 (Traité la Trinité). — L'édition des œuvres de Césaire dans la P. L. de Migne est très défectueuse (P. L., Lxvii). Les œuvres oratoires, très infidèlement reproduites, étaient groupées dans l'Appendice des œuvres de S. Augustin (P. L., xxxix); Mansi, viii, donne les actes des conciles d'Agde, d'Arles, de Carpentras, d'Orange et de Vaison.
Parmi les ouvrages modernes consacrés à Césaire d'Arles, deux sont particulièrement remarquables : C.-F. Arnold, Caesarius von Arelate und die gallische Kirche seiner Zeit, Leipzig, 1894. — A. Malnory, S. Césaire, évéque d'Arles, 503-43 {Biblioth. de l'École des Hautes-Études, 103), Paris, 1894. — Outre ces travaux importants on peut consulter : P. Lejay, Le rôle théologique de Césaire d'Arles, dans Revue d'hist. et litt. religieuse, x, 1905, et l'article Césaire d'Arles, dans D. T. C, ii, 2168-85. — M. Chaillan, S. Césaire (Les Saints), Paris, 1912. — Bardenhewer, Geschichte der altkirchl. Literatur, iv, Fribourg-en-Br., 1924, p. 345-56. — Moricca, Storia délia letteratura latina cristiana, III, ii, Turin, 1934, p. 1129-1200. — Fliche et Martin, His<. de l'Église, iv, II" part., ch. vi, p. 406-19, par G. de Plinval, Paris, 1937; et v, ch. xv, p. .506, par René Aigrain, 1938.
G. DE PlinvaL-
CÉSAIRE D'ARLES (RÈGLES DE s.)- Voir D. D. Can., m, 260-78; D. H. G. E., xii, 213-14.
7. CÉSAIRE, moine cistercien d'HEISTER- BACH, ou Val-S. -Pierre, diocèse de Cologne. Il naquit vers 1180 à Cologne ou dans les environs; il suivit les écoles de cette ville durant une dizaine d'années et au début de 1199 il entra à Heisterbach où il terminera ses jours vers 1240. Dans ses charges d'instructeur des novices puis de prieur, il eut l'occasion d'exercer ses talents d'inlassable conteur et de donner libre cours à son activité littéraire. Il a lui-même énuméré tous ses travaux dans une lettre écrite vers la fin de sa vie (Epistola catalogica). De ses six ouvrages, quatre seulement nous restent : Dialogus miraculorum; Homiliae; Libri VIII diversarum visionuni; Actus, Passio et miracula Engelberti. Les écrits de Césaire furent beaucoup lus et imités en leur temps; leur succès dans la région du Rhin et en Hollande nous est garanti par le nombre considérable de mss. encore existants. Par ailleurs, grâce au travail de M. J.-Th. Welter, nous connaissons mieux la place que tint V Exemplum dans la lillérature religieuse et didactique du Moyen Age (thèse de doct., Paris, 1929). En cette matière, notre cistercien n'a pas innové; il continue une tradition qui ne disparaîtra pas avec lui, mais plus qu'aucun autre peut-être il est représentatif de son époque. De nos jours encore on voit paraître fréquemment de nouvelles études sur le personnage et ses écrits.
J. Greven, Kleinere Studien zu C. von H., dans Ann. bist. Ver. Nieder., xcix, 1916, p. 1-35; L. T. K., ii, 779. — Alf. Hilka, Die Wundergescbicbten des C. von H., Bonn, 1937. - — A. Meister, Die Fragmente der Libri VIIJ...,