RI NI
(10 janv. 1432; Altmann, dans Regesta Imperii, xi, n. 9004; Martène et Durand, viii, 54).
Se sentant épaulé par Sigismond, C. décida de ne pas quitter Bâle, tout en gardant ses coudées franches vis-à-vis du concile. Sa présence à Bâle serait purement platonique. 11 refusa de signer l'encyclique conciliaire du 21 janv. protestant contre le décret de dissolution. A la séance du 8 févr., il récusa la présidence de l'assemblée certis de causis animum suum ad hoc movenlibus (C. B., II, 27). Le 11 févr., il s'abstint de paraître aux délibérations, puis il envoya un message aux Pères pour leur demander de suspendre les réunions du concile, en attendant le retour de leur délégation envoyée à Rome. 11 fut soutenu par l'abbé de Cîteaux, mais les autres passèrent outre et, d'un commun accord, la ii« session générale fut fixée au 15 févr. (C. B., II, 32). G. n'y parut pas.
Retiré sur son Aventin, le président du concile garda néanmoins le contact avec l'assemblée : il continua d'assister aux cérémonies du culte et de trancher les cas difRciles, pour lesquels il restait, comme auparavant, l'arbitre ou le conseiller. Pourtant, l'attitude de Rome risquant de passer pour de l'obstination, C. se vit contraint de lâcher du lest : à partir du 20 mars, il recommença à assister aux réunions de la députation de communibus dont il était président; à partir du 16 mai (C. B., ii, 114), après avoir laissé sans réponse pendant plus de deux semaines (C. B., ii, 110-12), quelques Pères venus pour le fléchir dulcibus et koneslis verbis (C. B., ii, 100), il présida à nouveau les congrégations générales. Aux iv«, v« et vi« sessions (20 juin, 9 août, 6 sept.), il fit acte de présence, mais refusa d'acquiescer aux démarches faites pour qu'il reprît la présidence (C. B., ii, 193, 216, 219).
11 espérait toujours qu'un revirement poindrait du côté de Rome. Dans ce but, il adressa, le 5 juin, une nouvelle lettre au pape; non content de faire valoir des raisons d'opportunité, il y abordait cette fois le fond du débat et réfutait toutes les objections soulevées contre le concile (M. C, ii, 203; Valois, i, 160-61).
Pourtant les nouvelles qui arrivaient de Rome au compte-gouttes étaient décourageantes. L'ambassade conciliaire revint le 2 mai avec un rapport très défavorable. Elle fut suivie, le 14 août, par une ambassade pontificale, conduite par l'archevêque de Tarente. La commission des Douze, chargée d'étudier son message et d'y répondre, se réunit toutes les après-midi sous la direction et dans la maison de C. (C. B., ii, 202). Le 3 sept., C. communiquait la réponse négative aux envoyés d'Eugène IV.
Un autre événement contribua grandement à détacher C. de son attitude expectante : l'arrivée à Bâle de ses deux amis, le cardinal Dominique Capranica et Nicolas de Cues, venus rejoindre le concile (Becker, p. 25- 26). Très influençable par l'attitude de ses amis, cette arrivée, ainsi que le déni de justice dont Capranica avait été victime de la part du pape, le firent réfléchir : le 12 sept., il accepta de reprendre la présidence des sessions, à condition toutefois de pouvoir s'en démettre quand bon lui semblerait (C. B., ii, 219). 11 présida donc la vu» session (6 nov. ; C. B., ii, 263), ainsi que la viii« (18 déc. ; M. C, ii, 288) qui, pour la troisième fois, mettait le pape en demeure de retirer son décret de dissolution dans les soixante jours.
Ce délai étant venu à expiration, la x« session (19 févr. 1433) risquait de prendre une mesure irréparable en déclarant le pape contumace. C. réussit, par une habile manœuvre, à différer l'éclat (Hefele- Leclercq, vu, 792). Ce fut heureux, car à cette date Eugène IV avait enfin modifié son attitude : le 5 mars (C. B., v, 43), une ambassade romaine, conduite par Jean de Mella, arrivait à Bâle, ppur proposer
DisT. d'hist. et de géogr. ecclés.
le choix entre quatre solutions transactionnelles (C. B.y II, 366-67).
Peu après, une nouvelle bulle (14 févr. 1433; lue à Bâle le 27 mars) acceptait la continuation du concile à Bâle, sans toutefois ratifier ce qui y avait été accompli, en particulier concernant les décrets de Constance sur les rapports entre pape et concile (cf. Mansi, xxix, 569; M. C, ii, 370). Enfin, le 1" mars, le pape désignait quatre prélats pour présider le concile, sans spécifier s'ils devaient remplacer C. ou siéger avec lui (Raynaldi, ann. 1433, n. 8). Seulement, ces prélats étant retenus à Rome par le couronnement imminent de Sigismond fixé au 31 mai, le pape manda à Jean de Mella et â ses compagnons d'assumer la présidence: intérimaire (7 mai) et leur adjoignit C. (8 mai) (Mansi, XXX, 539, 540; Martène et Durand, viii, 586-87),.
A Bâle, C. avait répondu, dès le 4 avr., aux envoyés romains, que le concile ne pouvait se rallier aux propositions dont ils étaient porteurs (Mansi, xxx, 512). Aussi, le 5 juin, leur demande de pouvoir partager la; présidence du concile avec C. eut-elle pour effet de réveiller l'animosité des Pères (C. B., i, 313 sq.; II, 420-21). Sentant approcher l'orage, C. essaya, une fois de plus, de le conjurer. Le 19 juin, il écrivit à l'empereur, le priant d'user de toute son influence auprès du pape {D. RA., xi, n. 6, p. 40); il joignait l'ébauche d'une formule d'adhésion au concile (Dudum sacrum, publ. dans Becker, 94) que l'empereur était prié de faire accepter au pape. En même temps, il écrivit au pape, lui promettant de prendre sa cause en mains s'il s'engageait à suivre ses 'conseils (M. C, ii, 484).
Entre temps, le concile ayant achevé sa réponse aux propositions pontificales, C. la fit connaître le 16 juin (M. C, II, 373; Mansi, xxix, 267); par ailleurs, se considérant comme président légitime, il refusa d'user de sa nouvelle investiture (Valois, i, 246). Le lendemain, sous la conduite de l'évêque de Coire, une délégation des ambassadeurs de tous les souverains représentés au concile — sauf le roi de France — se rendit auprès du légat, le priant de faire en sorte que tout éclat contre le pape fût évité, aussi longtemps que les présidents définitifs désignés par le pape ne seraient pas arrivés (C. B., II, 433). De son côté, le cardinal Orsini écrivit de Rome au légat une lettre suppliante (15 juill. ; texte dans E. Kônig, 116). Toutefois, dans les députations, la majorité soutint la solution extrémiste, qui fut admise en congrégation générale (19 juin; C. jB., ii, 434). Des voix désavouées par le légat s'ét-aient même élevées pour soumettre à examen la légitimité de l'élection d'Eugène IV (M. C, ii, 385). Bien qu'il eût luimême proposé une formule plus bénigne (G. B., ii. 441) qui fut rejetée par 34 voix contre 16, C. rédigea le décret, sévère dans sa forme, accordant au pape un délai de soixante jours pour comparaître (Mansi, XXIX, 56; M. C, ii, 398).
Par mesure de condescendance, la xii» session, où il devait être publié, fut retardée de dix jours : elle se tint le 13 juill., au milieu d'une très grande confusion (C. B., I, 66-68).
Le terme du délai approchant, une nouvelle tentative dilatoire fut entreprise par le protecteur du concile, le duc de Bavière. A sa requête C. répondit fort raidement que la responsabilité de tout schisme éventuel retomberait sur le pape et non sur le concile dont la mansuétude éclatait à tous les yeux; il conclut que lapso termina concilium procedei prout Spiritus Sanctus diclaverii, et taliter quod dominas imperator et totus mundus meriio debebit contentari (17 août; C. B., il, 465; M. C, II, 408; X). iîA., XI, n. 20, p. 53). .
Ignorant ce nouveau raidissement des milieux bàlois, le pape, sollicité par Sigismond, publia trois nouvelles bulles dont la principale, datée du 1^'' août, n'était autrç que l'ébauche Dudum sacrum. Seulement,,
CESARINI
au lieu de jouer franc jeu, Eugène IV voulut finasser. La bulle parut sous une double rédaction. Une première, destinée à être mise sous les yeux de l'empereur, reprenait le texte de l'ébauche en n'y modifiant que deux mots (volumus et contentamur au lieu de decernimus et declaramus). Une seconde sensiblement plus modifiée fut envoyée à Bâle. Il se fit que le texte de la première, parvenu à Bâle par des voies détournées, y fut connu avant .celui de la seconde. Dès qu'il en eut connaissance, C. vit le danger. 11 alerta l'empereur et insista pour qu'il obtînt du pape le texte intégral de l'ébauche proposée. L'empereur, qui avait déjà quitté Rome pour se rendre à Bâle, mit en branle la diplomatie vénitienne (voir, sur la double rédaction Dudum sacrum, D. RA., xi, 15-16 et les documents qui y sont cités).
Auprès du concile Sigismond obtint juste à temps (7 sept.), et grâce à l'entremise du légat, une promesse de prorogation ultime de trente jours. La xiii'= session (11 sept.), où cette prorogation devait être publiée, fut très nerveuse et faillit tourner à l'orage. Le promoteur du concile ayant déclaré le pape contumace, les ambassadeurs pontificaux accoururent pour protester; par une intervention habile et éloquente, C. apaisa les passions (C. B., ii, 479; M. C, ii, 444; D. RA., XI, n. 27, p. 61).
Pendant le mois qui suivit (certainement dès avant le 16 sept.), C, tombé malade, dut se faire remplacer à la présidence par le cardinal placentin Branda de Castiglione.
La tension atteignit son point culminant quand, le jour même de l'expiration du délai (11 oct. 1433), le concile étant réuni sous la présidence du cardinal Branda, l'empereur s'y présenta, arrivant tout droit d'Italie. Sa première parole fut pour demander que le cardinal de Saint-Ange reprît, si possible, ses fonctions (M. C, II, 464). Par considération pour Sa Majesté, le délai pontifical fut prorogé de huit jours.
Le surlendemain (13 oct.), C, à peine convalescent et craignant encore de prendre l'air (rapport de .lean de Montoison à l'abbé de Cluny; C. B., i, 255), reprit néanmoins la présidence. Lecture fut faite de la bulle Dudum sacrum qui, examinée en députation, fut rejetée à l'unanimité comme insuffisante. C. prit une part très active aux discussions qui eurent lieu les jours suivants dans sa propre maison eu présence de l'empereur (C. B., II, 504; M. C, ii, 468; bon résumé dans D. RA., xi, 20-21).
Le 16, au cours d'une entrevue restreinte, il prit la parole au nom du concile. Dans un discours qui dura au moins une heure (D. RA., xi, 111), il contesta au pape le droit de dissoudre un concile général. L'archevêque de Spalato, Zabarella, ayant pris la défense du pape, C. l'interrompit par deux fois et gratifia ensuite son auditoire d'un nouveau discours (Mansi, XXX, 645; M. C, u, 475). Finalement de nouveaux délais furent accordés qui permirent le succès d'une tentative de médiation proposée par l'empereur et les Vénitiens. L'accord de principe eut gain de cause au concile (7 nov., xiv« sess., Mansi, xxix, 72), ainsi qu'à Rome (15 déc; M. C, ii, 565; Mansi, xxix, 78). La paix fut scellée à Bâle au cours de la xvi" session (5 févr. 1434; M. C, ii, 564).
Ainsi le premier conflit entre le pape et le concile s'était terminé par une victoire bâloise. De fil en aiguille, Eugène IV avait dû céder à peu près sur toute la ligne : reconnaissance du concile et du lieu où il était réuni, approbation rétroactive des décisions prises, levée des sanctions prononcées contre deux cardinaux, adoption jusqu'au dernier mot de la formule proposée pour reconnaître le concile.
Si le schisme put être évité, on le doit avant tout à l'action médiatrice personnelle de Sigismond et de C.
Lorsque plus tard ces deux appuis feront défaut, à cause de la question grecque, le concile de Bâle ne tardera pas à se séparer de l'obédience romaine.
4° La question hussite. — L'ancien compagnon de légation du cardinal Branda n'oublia jamais l'importance de cette question pour la paix de l'Europe. La solution violente ayant échoué à Taus, C. se mit, avec la même ardeur, à rechercher un terrain d'entente pacifique. Ses principales interventions en ce domaine sont :
1. Envoi aux hussites d'une invitation à venir au concile (15 oct. 1431; M. C, i, 135; ii, 38; Mansi, xxix, 233). Eugène IV se montra fort mécontent de cette initiative; elle fut une des causes de son acte du 18 déc. (Mansi, xxix, 567). Dans ses lettres au pape des 23 janv. et 8 févr. 1432, C. tenta de se justifier. Faisant état de la tournure favorable prise par les négociations avec les Tchèques, il demanda au pape de surseoir à la dissolution du concile au moins jusqu'en juin. (Mansi, xxix, 665; M. C, u, 104). Pendant près d'un an il travailla sans relâche à obtenir des Tchèques l'envoi d'une délégation à Bâle (M. C, i, 135-258). Peut-être fut-il aussi l'inspirateur ou le rédacteur du traité inédit De justificatione vocationis Bohemorum (Valois, I, 143, note);
2. Discours d'accueil très conciliant adressé, le 12 oct. 1432, aux deux premiers Tchèques arrivés à Bâle;
3. Négociations avec la délégation hussite officielle durant son séjour à Bâle (4 janv.-14 avr. 1433). A cette occasion, il prononça trois discours remarqués : a) le 10 janv. (texte dans Mansi, xxix, 492-522; M. C, II, 299 sq.), discours de deux heures très émouvant (Palacky, iii-3, 73); — ft^ le 28 janv., discours très irénique, comportant les 28 articles extraits des œuvres de Wiclefî, au sujet desquels les Tchèques étaient priés de se prononcer (Mansi, xxx, 258); — c) le 13 avr., discours d'adieu (A/. C, i, 352 sq.). C. prit aussi une part prépondérante aux échanges de vues en séances publiques et en commissions (cf. M. C,
I, 258-86 : Jean de Raguse, Tractatus de reductione Bohemorum: ibid., 289-356 : Petrus Zatecensis, Liber diurnus de gestis Bohemorum in concilia Basiliensi). Enfin, il savait mieux que personne combien visites et banquets peuvent briser la glace : il noua ainsi avec plusieurs membres de la délégation tchèque de solides contacts personnels (Palacky, iii-3, 75-76);
4. Relations avec les deux ambassades du concile envoyées à Prague pour y continuer les conversations (avr. et sept. 1433) qui aboutirent aux Compactata de Prague;
5. Négociations avec le concile, l'empereur et son chancelier, Kaspar Schlick, au sujet de l'aide à apporter aux catholiques de Bohême, surtout à la ville de Pilsen assiégée par les hérétiques. D'abord très réticent aux ouvertures de Sigismond (7 et 8 nov. 1433), les interventions de C. se firent plus pressantes au début de l'année suivante (M. C, ii, 584);
6. Projet de rencontre à Nuremberg entre l'empereur et les hussites (janv. 1434; cf. propositions du légat à l'empereur, à ses conseillers et réponse de l'empereur, D. RA., xi. n. 141-43, p. 270-74; M. C,
7. Lettre sévère à Martin Lupac, réclamant l'obser-^ vation par les Tchèques des Compactata de Prague! (26 févr. 1434; Mansi, xxx, 823; M. C, i, 735); |
8. Contacts épistolaires avec les nouvelles ambas-J sades conciliaires chargées de poursuivre les pourparJ 1ers avec les hussites à Ratisbonne (août 1434), Vienna (févr. -avr. 1435), Brunn (juill. 1435), Stuhlweissen-I burg (Alba Regalis, déc. 1435-janv. 1436), Iglaii (juill. 1436). Voir sur ces diverses ambassades et leurs relations avec Bâle : G. Carlier, Liber de legationibusA
CESA
RINI
dans M. C, i, 361-700; T. Ebendorfer, Diarium geslorum per legatos concilii Basil., ibid., 736-83; J. de Tours, Regeslum actorum in legationibus a sacro concilio in Bohemiam, ibid., 790-867;
9. Réception de la dernière légation hussite à Bâle (18 août 1437; discours d'accueil, M. C, n, 1062); direction des conversations avec les hussites touchant la communion sous les deux espèces; discours à leur départ (29 nov. ; M. C, ii, 1080); préparation du décret du 23 décembre.
5" Travaux de réforme. — C. y consacra le plus clair de son activité, surtout durant les deux années calmes (1434 et 1435). Chaque semaine les députations lui confiaient la solution de plusieurs questions en litige, de celles surtout qui intéressaient l'extirpation des abus. Impossible d'énumérer toutes ses initiatives en ce domaine. La première mesure prise dès qu'il arriva à Bàle fut d'organiser une visite canonique du clergé de la ville (oct. 1431 ; C. B., i, 7; ii, 6). Une nouvelle visite fut prescrite en août 1434. Toutes deux furent fructueuses : la première fut suivie de sanctions sévères contre les clercs dont la conduite n'était pas régulière (C. B., I, 14). A la suite de la seconde, il publia les statuts de réforme pour le chapitre de Bâle (C. B., vni, 182 sq.). De 1434 à 1437, le concile lui accorda aussi à plusieurs reprises des pleins pouvoirs pour faire visiter certains monastères allemands (énumération dans Becker, 40 sq. ; Zeibig, Beitrûge zur Geschichte der Wirksamkeit des Basler Konzils in Oesterreich, Sitzungsber. der Wiener Akad. der Wiss., viii, 522 sq.).
A l'intérieur du concile, il inspira la rédaction du règlement De modo Vivendi in concilio (résumé et références dans Valois, i, 314; cf. Mansi, xxix, 382). Il rappelait inlassablement aux Pères qu'un de leurs objectifs primordiaux devait être le travail de réforme (ainsi les 30 mars et 20 avr. 1434, les 25 févr. et 7 août 1436; C. B., ni, 53, 76; iv, 58, 238). Du dehors on s'adressait à lui pour qu'il agît en ce sens (Martène et Durand, viii, 740; D. RA., xii, n. 17, p. 31). On lui doit un projet de décret contre la simonie, présenté le 30 mars 1434 (C. B., m, 53; M. C, u, 676; R. Zwôlfer, 217), qui suscita l'hostilité des prélats et dut être fortement remanié avant son admission en 1435.
Le principal obstacle à l'avancement de ces travaux était la manie du concile de s'occuper de toutes les questions d'administration courante de l'Église, en lieu et place du pape et des services romains. Il s'ensuivait un embouteillage de l'ordre du jour des députations par des causes de toutes espèces : suppliques, dispenses, procès, etc. Pour y remédier, plusieurs suggestions proposées par C. furent admises : interruption, à certains jours déterminés, de tout travail autre que celui de la réforme; simplification de la procédure pour des causes profanes ou d'importance mineure (août 1435 et févr. 1436; C. B., m, 477; iv, 60) : les causes matrimoniales et les dispenses ob defecium natalium furent directement confiées au légat, qui reçut aussi le pouvoir de lever les censures réservées à la Curie (M. C, ii, 342); — il fut même question, le 16 mars 1436, de lui confier le règlement de toutes les dispenses (C. B., iv, 83).
Durant ce temps, C. travaillait en privé à une œuvre de plus grande envergure, pour laquelle il sollicitait la collaboration des bonnes volontés. Le vol. viii du C. B. renferme (p. 33-181) le texte de 21 projets de réforme datant de l'été 1432 au début de 1435. Ces mémoires, annotés en marge par le légat, passèrent par la suite en possession d'un autre grand promoteur de la réforme, Nicolas de Cues : ils furent retrouvés par J. Haller dans un codex de la bibliothèque de l'hôpital de Cues (J. Haller, Die Kirchenreform, 10; C. B., vin, 4).
Muni de ce précieux dossier, le légat se retira, fin
févr. 1435 (C. B., lu, 324), durant trois semaines, à la chartreuse de Klein Basel, pour le travailler. Les Pères reçurent l'avis de lui faire connaître leurs suggestions. Le 4 avr. 1435, Ulrich Stôckel manda à son couvent de Tegernsee que C. avait achevé un beau plan de réforme en sept parties et qu'il en soumettait l'ébauche, partie par partie, aux députations conciliaires (C. B., I, 89, 92).
Ce plan n'a pas été conservé. Le décret De cultu divine (xxi« sess., 9 juin 1435; M. C, n, 802) s'est inspiré directement d'une de ses parties, comme aussi des statuts de réforme du chapitre de Bâle (C. B., VIII, 25, note et 28).
Par la suite, le projet C. fut relégué dans l'ombre par des questions plus brûlantes, mais il ne tomba pas entièrement dans l'oubli : en 1440 et 1441, longtemps après le départ de son auteur, des Pères de Bâle s'informèrent encore des « cahiers » de l'ancien légat (C. B., VII, 237, 389).
6° Armistice avec Rome et question des annales. — L'accord conclu de mauvaise grâce, à la fin de 1433, était loin de dissiper toutes les préventions réciproques. Préoccupé par les troubles graves qui avaient éclaté en 1433 dans ses États (troubles soutenus en sous-main par le duc de Milan et aussi, malgré les démentis de C, par une fraction des Pères de Bâle), Eugène IV dut se montrer plus accommodant envers le concile. Plus encore, en 1434, lorsqu'il fut contraint de fuir sa capitale pour chercher refuge à Florence. Il n'empêche : la lettre doucereuse, qu'en juill. 1434 il envoya de Florence à C. et dans laquelle il présente la suite des événements comme s'il n'y avait jamais eu entre Rome et Bâle de désaccord quant au fond (C. B., I, 328), ne réussit pas à donner le change. Eugène IV se méfiait toujours des Pères de Bâle et redoutait, non sans raison, leurs réactions antiromaines. Même en C. il n'avait pas une confiance absolue : personnellement, il reconnaissait sa loyauté (lettre d'Eugène IV au doge : Raynaldi, ann. 1433, n. 19; Hefele-Leclercq, 815); mais sa bulle du 17 déc. 1433 était ainsi rédigée qu'elle ne lui reconnaissait le pouvoir de présider le concile que conjointement avec quatre nouveaux présidents (Mansi, xxix, 578; M. C, ii, 604). Et puis, C. n'était pas tout le concile. Parmi le clergé de second rang, les tendances démagogiques s'accentuaient. Elles avaient déjà mis la diplomatie de C. à une rude épreuve. La paix entre Rome et Bâle tenait à un fil.
Le fil résista jusqu'au printemps 1435. Bien que non sans peine (M. C, ii, 606 sq.; Valois, i, 320-29), les quatre nouveaux présidents nommés par le pape furent incorporés (24 avr. 1434; C. B., m, 80). Deux jours après, la xvii« session, en présence de l'empereur et de 106 prélats mitrés, fut présidée par eux en même temps que par C. Il en fut de même dans la suite, pour un grand nombre de réunions. Toutefois, C. continua à tenir une place beaucoup plus importante qu'eux dans les délibérations. A plus d'une reprise, il assuma même seul la présidence, en particulier à la xviii* session, où furent renouvelés les décrets de 1415 sur la suprématie conciliaire (26 juin 1434; C. B., m, 134; Mansi, xxix, 91 ; M. C, ii, 712).
En 1435, un nouveau conflit surgit au sujet des annales. La suppression des annales et le dédommagement éventuel à accorder au pape avaient déjà figuré en 1433 à l'ordre du jour des travaux conciliaires, mais ils ne furent qu'effleurés; leur discussion reprit en 1435. Une congrégation générale et la xxi'= session, présidées toutes deux par le seul C. — les présidents pontificaux ayant protesté publiquement (C. B., m, 408, 412- 13) — décrétèrent la suppression des annales (3 et 9 juin 1435; Mansi, xxix, 104; M. C, ii, 801). Le coup était d'autant plus sensible pour Eugène IV que,
CESA
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se trouvant exilé à Florence, il ne touchait plus les revenus de ses États. Très mécontent de cette décision, le pape en rejeta la responsabilité sur le légat (C. B., 1, 91) et envoya à Bâle une nouvelle légation conduite par le général des Camaldules, Ambroise Traversari. Il ne pouvait mieux choisir son messager. Traversari et Cesarini étaient d'anciens amis. Les trois mois que Traversari passa à Bâle eurent sur l'attitude du légat une influence décisive, malgré les apparences.
Les lettres de Traversari sont des témoignages de première valeur sur l'attitude psychologique du légat et son évolution dans la question pontificale. Excellent observateur, Traversari se rendit fort bien compte de la position de C. au concile. A son arrivée à Bâle, il trouva un légat systématiquement soupçonneux et méfiant envers tout ce qui portait une empreinte romaine, très susceptible aussi vis-à-vis de ses coprésidents (Epist., cxxvi, éd. Mehus, col. 177). En 1434, C. avait été fortement impressionné par la grandeur avec laquelle le pape avait subi son humiliation. Il lui en garda toujours une profonde admiration et ne se faisait pas faute de le dire (Valois, i, 321). Mais il y avait entre lui et les milieux romains une opposition de principe. Profitant du séjour à Bâle de Traversari, le pape fit pressentir G. (sept. 1435) pour qu'il s'entremît entre lui et le concile. C. accepta et proposa au pape une formule à rédiger en ce sens, en insistant toutefois pour qu'Eugène IV fît un « geste audacieux » dans la question des annates et des indulgences, afin de balayer d'un coup toute la rancœur des Pères de Bâle (mémoire de C. au pape, 4 oct. 1435; C. B., i, 387 sq.).
Pendant tout son séjour, Traversari eut avec C. des conversations quotidiennes. Le général camaldule n'épargna pas son ami; il lui parla à cœur ouvert; il déploya tous ses efforts pour lui faire abandonner son préjugé conciliaire (lettres à l'évèque de Cervia, cxcxxv, col. 141-76). Plus d'une fois il crut l'avoir emporté, pour constater le lendemain que rien n'était fait. C. ne se livrait pas. Traversari se plaignit souvent de ne pouvoir lire au fond de sa pensée.
Dans ses lettres au pape (xii-xvi, col. 28-35), Traversari s'exprime à son sujet d'une manière où alternent l'espoir et le découragement : saepe spes subit, saepe desperatio (xv, col. 33). Une même hésitation se manifeste dans sa lettre xliii (col. 80) au cardinal Orsini, et sa lettre li (col. 86-88) écrite à C. peu après son départ de Bâle et où il le conjure de rester dans la bonne voie.
Extérieurement, la mission de Traversari se solda par un échec. Aux déclarations et propositions qu'il fit en public C. répondit en prenant la défense des décisions conciliaires (3 nov. ; M. C, ii, 819; Mansi, XXIX, 273). Mais le grand helléniste était assez fin psychologue pour remarquer qu'un réel changement s'était opéré dans la mentalité du légat (lettre cclv, à Cosme de Médicis, col. 333; lettres dcii, dciii, à son confrère Mariotto Allegri, col. 710, 712).
Pendant les premiers mois de 1436, on ne remarqua aucun revirement dans l'attitude extérieure du légat; il défendit quant au fond les principaux projets conciliaires, même les moins favorables aux prérogatives romaines, pourvu toutefois que l'on tînt compte de l'équité et de la conciliation; il eut des paroles très sévères au sujet du pape (Valois, ii, 30-31); mais jamais il ne donna son assentiment à un acte susceptible d'entraîner une rupture.
Lorsqu'il fut question de nouveau d'envoyer un monitoire au pape pour « qu'il révoquât toutes les mesures prises contre les décrets conciliaires concernant la réforme dans le chef et dans les membres », il proposa plutôt l'envoi d'une ambassade chargée d'exhorter le pape à agir en ce sens; il rédigea le texte des instructions à lui confier et expliqua la manière dont elle aurait à se comporter (13 et 20 janv. 1436; C. B.,
IV, 18, 20-24). Les présidents pontificaux s'étant abstenus de paraître à ces réunions par manière de protestation, C. occupa seul la présidence et n'hésita pas, malgré cela, à prononcer la conclusion (C. B., iv, 21).
Il fit de même d'une façon habituelle, depuis le 11 avr., un nouveau conflit ayant surgi au sujet des indulgences que les Bâlois projetaient de décréter pour subvenir aux frais du concile d'union avec les grecs. Quand ce projet fut déposé pour la première fois, C. demanda que l'on suspendît la décision jusqu'à l'arrivée des délégués pontificaux envoyés à cet effet (9 mars; C. B., iv, 75). La proposition dont ils étaient porteurs n'ayant pas donné satisfaction, C. le leur notifia au cours d'un exposé où il prit catégoriquement fait et cause pour la théorie conciliaire. Il s'appuyait sur une interprétation erronée des circonstances historiques qui entourèrent le décret similaire pris à Sienne, le 8 nov. 1423 (M. C, ii, 868; C. B., iv, 106).
Pendant les trois mois suivants, il continua (sauf durant le mois de juin où il fut malade) à tenir en cette affaire une place de vedette : il répond aux délégués romains (11 mai; C. B., iv, 132); il demande, à trois reprises, que l'on accélère les discussions à ce sujet (C. B., IV, 143, 154, 160); il est chargé de rédiger les instructions aux envoyés conciliaires (C. B., iv, 164); il mène les négociations avec l'ambassade du roi de France (C. B., iv, 190, 202, 227); il propose qu'on lui laisse choisir six ou huit compétences qui aient le pouvoir de prendre une décision (12 et 14 juill.; C. B., IV, 204, 207). Il finit toutefois par comprendre que cette question des indulgences était subordonnée à celle du lieu choisi pour la réunion avec les grecs : le 29 oct., il déclara s'opposer à toute imposition de décime, aussi longtemps que le choix du lieu restait incertain (C. B., iv, 318).
7° La question de l'union des grecs et du transfert. — La rupture entre C. et ses propres troupes, déjà perceptible lors du conflit des annates, élargie par l'action personnelle d'Ambroise Traversari auprès du légat, s'étala à tous les yeux à l'occasion de la question du transfert du concile. Un des motifs allégués par Eugène IV, au début de son pontificat, quand il essaya de transférer le concile à Bologne, avait été que cela faciliterait une rencontre avec les grecs. A cette époque, C. taxa ce prétexte de « vieille rengaine » (M. C, II, 105). Forcé de s'incliner devant Bâle, Eugène IV attendit des temps meilleurs. Ceux-ci s'annoncèrent bientôt. Les grecs ayant répondu aux avances du concile par une ambassade qui séjourna à Bâle de juill. 1434 à juin 1435, l'union des Églises revint à l'avant-plan de l'actualité.
Le légat surtout en comprit toute l'importance : son discours de réception à l'arrivée de la délégation grecque (Mansi, xxix, 1245; xxx, 671; cf. C. B., i, 335), ses interventions à la commission des Cinquante, qui se réunissait quatre fois par semaine avec les grecs, montrent un partisan convaincu de l'union. Plus tard, la correspondance qu'il échangea avec Jean de Raguse et ses compagnons, envoyés par le concile à Constantinople, le confirmèrent dans ses sentiments (Cecconi, n. Lxxv, Lxxviii, Lxxix, Lxxxi; C. B., i, 372).
La grande pierre d'achoppement était la question du lieu où se tiendrait la réunion. Par sa seule existence désormais reconnue, le concile de Bàle était en possession. Le transférer n'était justifiable que moyennant un motif sérieux, homologué par une décision conciliaire. Seulement Bâle était trop loin au gré des orientaux. Ils avaient demandé que l'on fit choix d'une ville riveraine de la Méditerranée ou, à la rigueur, de quelque autre ville cisalpine (Cecconi, n. clxiv,