CXLVI, CLXXVII, CLXXX, CLXXXII, CLXXXIV, CLXXXV
Ce motif était-il suffisant pour transférer le concile? La question fut discutée à partir du 5 juill. 143
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(C. B., IV, 196) et plus encore après la mi-octobre (C. B., IV, 305). C. était partisan d'un transfert et, avec lui, la grande majorité des Pères de Bâle. Mais leur conclusion n'était pas la même. Le légat, ayant reçu de la part de Florence des propositions très avantageuses (promesse d'un prêt de 100 000 florins et autres faveurs, 14 et 28 août 1436; cf. Cecconi, n. lxxxviii, Lxxxix, xc, cxxxiii; G. Miiller, 161), pressenti depuis longtemps par le pape (correspondance épistolaire, automne 1436; C. B., i, 428, 430), et sollicité par les délégations des souverains (demande de l'ambassade française : C. B., iv, 190; réponse, M. C, ii, 893; — pourparlers avec un représentant impérial : M. C, II, 915; D. RA., xii, n. 17, p. 31), était d'avis que, faute de pouvoir rester à Bâle et y amener les grecs, il fallait accepter ne des villes proposées par eux (de préférence Udine, Pavie ou Florence). Son avis était partagé par un groupe qui se considérait comme la pars sanior du concile. Par contre, beaucoup d'autres, surtout parmi le clergé inférieur et les Français, prétendaient qu'ils ne quitteraient Bâle que pour se rendre en Avignon ou en Savoie.
C. s'apercevait toujours mieux que le sentiment dominant chez ce groupe de Pères restés à Bâle (plusieurs cardinaux, entre autres ceux qu'il estimait le plus : Castiglione et Capranica, étaient partis depuis longtemps) était, non le souci du bien de l'Église, mais une hostilité de fond envers le pape.
Son crédit auprès d'eux avait considérablement baissé au bénéfice du cardinal Aleman (Pérouse, p. 247-48, trace un beau parallèle entre les deux cardinaux). Déjà Traversari et Piccolomini avaient noté ce recul : pauciora jam cepit passe quam velit, écrit Traversari au cardinal Orsini (lettre xliii, col. 80; cxxvi, col. 177), et Piccolomini, dans une lettre à Piero da Noceto (21 mai 1437; Wolkan, i, 64-65), risque une comparaison avec Cicéron, Démosthène et même avec le Christ. Alors qu'extérieurement il tenait encore au concile, dans le fond du cœur C. évoluait déjà. Il se froissait surtout de se heurter à tout instant à l'omnipotence démagogique du clergé inférieur et de sentir les prélats à la merci de la loi du plus grand nombre. C'est sur son ordre que Jean de Torquemada compila, en 1437 à Bâle, ses Flores senlenliavum B. Thomae de auctoritate Summi pontificis, oslendentes papam esse super omnes (Valois, ii, 115).
Le 10 nov. 1436, inaugurant sa politique de défense agressive, C. introduisit une demande quod nihil deliberetur contra Summum pontificem... nisi prius audiatur. Il ajoutait quod si non concederetur exnunc, illud quod fiai contra Sedem apostolicam, déclarât irritum et inane (C. B., iv, 327; M. C, ii, 914). La réponse qu'il fit, le 17 nov., au promoteur du concile en dit tout aussi long sur l'évolution de sa mentalité : il entend auctoritate Sedis apostolice eligere locum ad quem inlendebat Iransire et qui vellet eum sequi sequeretur (C. B., IV, 336).
Le surlendemain, au cours d'une cérémonie d'apparat, il remit à Nicod de Menthon, capitaine de la flotte devant partir pour Constantinopk au nom du concile afin d'y embarquer les grecs, le vexillum Ecclesiae et les insignes de son grade (C. B., iv, 337; M. C, ii, 916; D. RA., XV, 783, 845). Le 21, il exposa en congrégation générale son opinion au sujet du lieu à choisir pour le concile d'union et proposa un projet en ce sens (M. C, ii, 917; C. B., iv, 339-40). Les votes furent exprimés au cours des journées suivantes. On fit le compte le 5 déc. : Avignon ayant recueilli une majorité dépassant les deux tiers, C. refusa de proclamer cette décision ; finalement il admit de proclamer le seul choix de Genève en Savoie (Cecconi, n. xcvii; Mansi, xxxi, 229; C. B., iv, 358-59) — concession de pure forme : il savait le trésor ducal incapable de pour-
voir aux frais d'installation d'une si nombreuse assemblée (C. B., I, 445). Ce vote scindait le concile en deux groupes; l'épreuve de force commençait.
Toute l'année 1437 ne fut qu'une longue lutte du légat pour amener la majorité à reconsidérer sa position, et éviter ainsi une rupture. Il profita d'abord de toutes les occasions pour faire obstacle à la décision de la majorité. Le 23 févr., il refusa d'assister à l'assemblée générale (M. C, ii, 937). Le 12 avr., à l'échéance du terme fixé, la ville d'Avignon n'ayant pas payé la totalité des 70 000 florins promis pour le transfert du concile, C. prétendit faire dénoncer par le concile son accord avec cette ville et en revenir à la thèse défendue par la minorité. Cette proposition donna lieu à des discussions orageuses : suivant un témoin, « des buveurs dans un cabaret eussent eu une meilleure tenue » (Aeneas Sylvius, dans Mansi, xxxi, 223).
Voyant la majorité s'obstiner, le légat changea de tactique. A la tête de son groupe (55 adhérents sur 430 : rapport du concile à Sigismond; C. B., i, 449), il prétendit opposer sa façon de voir jusqu'à l'imposer. Dans les députations et à l'assemblée générale du 26 avr., ce fut la guerre ouverte; les voies de fait ne furent pas rares. La session du 27 avr. fut si houleuse qu'elle dut être renvoyée. Un nouvel essai, en dépit des exhortations pathétiques du légat, n'eut pas plus de suite (4 mai; Mansi, xxxi, 227; M. C, ii, 963 sq.).
Enfin, le 7 mai 1437, la xxv" session se tint dans une confusion complète et se termina par la lecture simultanée de deux décrets : le " grand » (de la majorité, pour Bâle, Avignon, ou la Savoie; Cecconi, n. cxxi) et le « petit » (du légat et des siens, pour Florence, Udine ou tout autre lieu qui conviendrait au pape et aux grecs; Cecconi, n. cxx). Voir le récit dans Valois, II, 58-59. Quand le moment vint de sceller le « grand décret », la bulle s'avéra introuvable. C. l'avait mise en lieu sûr, décidé à ne la livrer que si on l'apposait sur les deux documents. Pour le fléchir, il fallut recourir à une intervention de l'empereur (C. B., i, 451-54) et s'en remettre à un arbitrage (M. C, ii, 970-75; Valois, II, 60). Seul le « grand décret » reçut la bulle du concile.
Quelques membres de l'entourage du légat ne se tinrent pas pour battus. Dans la nuit du 13 au 14 juin, à l'insu de leur chef (M. C, ii, 982), ils défoncèrent le •coffre contenant le sceau, plombèrent un exemplaire du " petit décrèt » et remirent tout en place (récit de la double bullation : D. RA., xv, 789 sq.; Valois, ii, 62- 63). Trois jours plus tard, la fraude fut découverte. C. réussit, non sans peine, à dégager sa responsabilité. Il exigea qu'à l'avenir des mesures fussent prises pour assurer une meilleure préservation des instruments de bullation (20 juin; Valois, n, 66).
En juin. 1437, le groupe majoritaire reprit son projet de monitoire au pape (M. C, ii, 1010-13). C. fut écarté de la commission chargée de le rédiger. Dans les assemblées, il défendit la cause du pape, demanda un sursis de trois jours pour rédiger un mémoire et, celui-ci lui étant refusé (M. C, ii, 1005), il protesta contre la précipitation déployée en cette affaire et refusa de proclamer le vote (29 juill. 1437; M. C, ii, 1001; Valois, ii, 105). A la session du 31 juill. il s'abstint de paraître, « pour des raisons de conscience » (Mansi, xxxi, 234).
Auprès du pape, tous les monitoires conciliaires furent sans effet. Eugène IV avait reçu communication du « petit décret » et s'était empressé de lui donner son approbation (30 mai), décidé à aller de l'avant dans la voie de l'union, sans plus se soucier des Bâlois. Le 18 sept., par la bulle Doctoris gentium (Mansi, xxxi, 146; M. C, ii, 1033-40; Cecconi, n. clviii, CLix), il transférait le concile à Ferrare, permettant seulement qu'à Bâle on poursuivît durant un mois les conversations engagées avec les hussites au sujet de la communion sous les deux espèces.
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A Bâle aussi le vent était à la rupture : à la xxvii" session (26 sept.), les mesures hostiles furent renforcées; le 1"' oct. (xxvin« sess.), Eugène IV fut déclaré contumace. C. refusa de paraître à ces deux sessions; il joignit une note de protestation, offrant de se rendre lui-même auprès du pape pour trouver un terrain d'entente. Enfin, comme grâce personnelle, il demanda un sursis de quelques jours (Valois, ii, 108). Sa demande fut rejetée.
Malgré la rupture virtuelle résultant des dernières mesures prises, il continua d'espérer contre tout espoir. Pendant trois mois, il tint bon, se résignant à un effacement graduel. A partir d'oct. il n'exerça plus la présidence, qui fut assumée par le patriarche d'Aquilée et le cardinal Aleman; il n'intervint dans les commissions que pour discuter de la seule question hussite. Le 20 et le 27 déc, il lança deux derniers appels aux Pères pour rétablir un accord avec le pape; il parla chaque fois pendant plus d'une heure; il évoqua la paix promise aux hommes de bonne volonté et proposa la médiation de l'empereur, dont il ignorait encore la mort (M. C, ii, 1114-22, 1131-39; Mansi, xxix, 1258-69; Cecconi, n. clxvhi). Ce fut en vain. Jadis « lumière » et « colonne » du concile, il était devenu maintenant « Julien l'Apostat » (M. C, ii, 918; Valois, II, 115, note 4); on le comparait « au berger qui abandonne ses brebis quand il voit venir le loup » ( M. C, II, 1130). Sa parole irénique n'éveillant plus d'écho, il décida de hâter son départ. Il aurait même offert des i montures et un viatique à ceux qui voudraient partir avec lui (lettre de En. Sylv. Piccolomini, 11 janv. 1438, Wolkan, i, 79). Sa décision était prise depuis longtemps : dès que l'arrivée des grecs serait annoncée, il irait à leur rencontre. Le 7 juin, il avait écrit en ce sens au duc de Médicis (Cecconi, n. cxxx). En sept., il fit pressentir le gouvernement de Venise au sujet d'un séjour éventuel en cette ville et de certains avantages pécuniaires. Il en obtint une réponse favorable datée du 23 sept, (lorga, dans Revue de l'Orient latin, vi, 388). Sur sa demande, Venise le tint régulièrement au courant des nouvelles concernant l'arrivée des grecs (lettres des 7 et 21 déc. 1437; lorga, ibid., 392, 393). Il était aussi en relations épistolaires avec le marquis de Mantoue (cette correspondance, du plus haut intérêt, n'a pas encore été publiée). Dans la dernière lettre qu'il lui adressa de Bâle (7 janv. 1438; Valois, ii, 118), il annonçait son départ dans les trois jours.
III. Au CONCILE DE Ferrare-Florence. — 1" Ferrare (8 mars 1438-10 janv. 1439). — Invité par une lettre particulière à se rendre n en vertu de la sainte obéissance » au concile qui allait s'ouvrir à Ferrare, le 8 janv. (3 janv. 1438 : G. Hofmann, Epistolae..., n. 114 bis, p. 151 ; Cecconi, n. clxxii), C. avait prévenu cet ordre en quittant Bâle le 9 janv. (M. C, m, 11; pourtant une lettre de Piccolomini datée du 11 janv., Wolkan, i, 79, annonce son départ imminent). Les Pères l'escortèrent jusqu'en dehors de la ville, satisfaits au fond de ne plus être gênés par sa présence (Pérouse, 246).
Au cours de son voyage, il fit au moins deux haltes : une première à Venise, où il rencontra la délégation grecque (sauf-conduit, 21 janv.; arrivée entre le 18 et le 20 févr. ; départ, 1" mars : cf. lorga, dans Rev. de l'Orient latin, vi, 396, 397, note; Cecconi, n. clxxxv; Traversari, lettre cxl, col. 196; Sanuto, dans Muratori, anc. éd., 1053, 1055); une seconde à Mantoue (Sanuto, ibid., 1056; Hardouin, ix, 742).
L'opinion, dont on trouve un écho dans une déclaration de Thomas Ebendorfer à la diète de Mayence en 1441, et suivant laquelle le légat se serait rendu à Venise pour y persuader les grecs d'entreprendre quand même le chemin de Bâle, est dénuée de tout fondement. Celle du nonce pontifical à Londres,
Pietro del Monte (lettre du 30 mars 1438 à l'archevêque d'York, dans Orientalia christiana periodica, V, 1939, p. 415), l'est tout autant : C, indécis, aurait voulu voir d'où venait le vent; constatant que les grecs se rendaient à Ferrare, « comme un prudent nautonnier, il aurait suivi le courant ». Le contraire est plus vraisemblable : il aurait contacté la délégation grecque à Venise pour la détacher définitivement de la cause bâloise. Traversari, alors présent à Venise, signale son arrivée, « prêt à mourir pour Sa Sainteté, s'il le fallait «(lettre xxx, col. 59; Cecconi, n. clxxxiii). D'ailleurs, ce ne fut pas le seul motif de son passage par Venise. On a conservé le texte d'une supplique de C, adressée le 25 févr. au Conseil de Venise (publ. dans Becker, 94 sq.), sollicitant la médiation de la Sérénissime auprès du pape pour qu'il lui « fasse avoir son droit » et en outre, si possible, un bénéfice en terre vénitienne (Lazarus, 98, n. 64).
Accompagné de Traversari, C. arriva à Ferrare le
8 mars 1438 (description dans Ricordanze di Messer Gimignano Inghirami, p. 54; cf. Hofmann, Ferrara, 139). Quantum ego sentio sincerus et integer et rébus nostris maxime ulilis et necessarius, dit de lui Traversari dans sa lettre lviii au gouverneur de Bologne (col. 96; voir aussi lettre ccclv, col. 466). Quand tous les orientaux furent arrivés, il prononça le discours d'ouverture devant le pape, 9 cardinaux, 107 évêques, abbés et supérieurs généraux d'ordres latins,
1 l'empereur d'Orient, son frère et 35 métropolites et grands dignitaires orientaux (9 avr. 1438; G. Hofmann, Ferrara, 413). Même les grecs adversaires de l'union, tels Syropoulos, rendirent hommage à son éloquence. Excellent juriste et diplomate consommé, C. joua au concile d'union un rôle de premier plan.
La reprise des sessions publiques ayant été fixée au
9 oct., C. proposa, dès la première réunion préparatoire (peu après le 24 avr. ; G. Hofmann, Ferrara, 413-18), la formation d'une commission pour examiner les questions controversées entre orientaux et occidentaux, afin de déblayer le terrain durant les six mois d'intervalle. Pour vaincre la répugnance des grecs, il se rendit chez le basileus. On tomba d'accord que, des quatre points en litige : origine du S. -Esprit, pain azyme, primat romain et purgatoire, les deux derniers pourraient faire l'objet des discussions préparatoires (Syropoulos, v, c. viii, p. 122-24).
Le 4 juin 1438, C. ouvrit le feu par son exposé de la doctrine catholique du purgatoire (texte de son mémoire : éd. Petit, dans Patrol. orientalis, xv, 25-38; éd. Hofmann, dans Orientalia christiana..., x\i, 1929). Les discussions se poursuivirent jusqu'en juill.; C. intervint à de nombreuses reprises (récit dans G. Hofmann, Ferrara, 418-24).
Il invitait aussi à sa table les principales notabilités grecques, en particulier Bessarion (Syropoulos, v, c. II, p. 113) et Marc d'Éphèse (P. O., xvii, 310), et s'entretenait avec eux de questions philosophiques. Ces agapes furent par la suite interdites par le patriarche de Constantinople; l'interdiction ne fut pas bien observée (G. Hofmann, Ferrara, 410).
A partir de la reprise des sessions publiques, C. fut la vedette principale des latins dans leurs joutes théologiques avec Bessarion et Marc d'Éphèse. Théologien moins subtil que Jean de Raguse, controversiste moins fougueux que l'archevêque de Rhodes, il était meilleur diplomate, plus brillant orateur et plus versé dans la connaissance des Pères de l'Église. C. leur ayant concédé l'initiative de la fixation de l'ordre du jour (ni« sess., 13 oct.), la première question proposée fut celle de savoir si toute addition au symbole de Nicée, même explicative, est interdite ou si cette interdiction ne doit s'entendre que d'une addition hérétique. Après
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un exposé par Bessarion, C. parla sur ce thème les 1 1 et 15 nov., 4, 8 et 13 déc. 1438 (cf. texte latin et grec de son exposé, éd. Hofmann, dans Orientalia christiana..., xxii, 1931, p. 5-62; résumé des discussions, G. Hofmann, Ferrara, 431-35). Bessarion fut fortement ébranlé par son argumentation (E. Candal, Bessarion Nicaenus in concilio Florentino, dans Orientalia christiana..., vi, 1940, p. 437).
Ces séances, qui se prolongeaient jusqu'à 23 heures dans un froid glacial, étaient épuisantes. Et le résultat ne répondait pas aux efforts. C. s'en rendait compte. Il insista à plusieurs reprises auprès du pape pour qu'il veuille s'entendre avec l'empereur afin qu'on commence la discussion sur la question principale : la procession du S. -Esprit. Il lutta aussi contre l'abus des interruptions intempestives : même l'empereur se fit rappeler à l'ordre par lui, à la séance du 4 déc, pour être intervenu jusqu'à cinq fois dans une discussion où il n'avait pas la parole.
Dès ce moment, le pape avait rendu à son ancien antagoniste toute sa confiance. Il eut recours à lui pour faire savoir à Traversari son désir de le voir participer aux travaux conciliaires (Traversari, lettre DcccxLviii, col. 976). Traversari se fit longtemps prier (G. Hofmann, Episiolae..., n. 146). Dans l'entourage pontifical, tous n'étaient pas aussi confiants : il arrivait à Torquemada d'appeler son collègue « l'orateur des Bâlois ■> (Apparatus super decretum Florentinum unionis graecorum, xxxiv, note 2, éd. E. Candal, Concilium Florenlinum, sér. B, vol. n-1, Rome, 1942). Même les Pères de Bàle nourrissaient encore des illusions à son sujet; ils lui firent proposer de travailler à Ferrare pour gagner des adhérents à leur cause {M. C, III, 32 sq.).
2» Florence (25 févr. 1439-début 1442?). — Le siège du concile ayant été transféré à Florence, pour se rendre de Ferrare en cette ville, C. fit route, non avec le pape et les autres cardinaux, partis le 16 janv. 1439, mais avec l'escorte du patriarche de Constantinople. Le voyage et la réception à Florence furent marqués d'imprévus (récit dans Mansi, xxxi, 702, 1561 ; Diario Fioreniino, dans Arch. stor. ital., V« sér., xiv, 1894-2, p. 296-97). Ayant quitté Ferrare, le 26 janv., d'abord en bateau puis à cheval, ils arrivèrent à Faenza, où ils restèrent bloqués faute de moyens de transport. Un mot de C. à Cosme de Médicis fit dépêcher de toute urgence un convoi d'une centaine de mules (lettre publ. dans Orientalia christiana..., v, 1939, p. 233). Les grecs arrivèrent devant Florence le 7 févr. L'empereur y fit son entrée le 13, le patriarche deux jours après, quand C. eut réussi à leur procurer des logements (Millier, Documenti, p. 172). Ce fut aussi C. qui se chargea d'assurer divers services, aux frais du concile : envoi de courriers, achat de livres, transcription de documents grecs. En déc. 1439 le pape le fit rembourser (Gottlob, 60, 61, 63, 66).
Durant les neuf premières sessions (du 25 févr. au 24 mars 1439), il fut question de la procession du S. -Esprit, sujet proposé par C. qui demanda aussi que les séances publiques fussent tenues au moins une fois la semaine. Au cours de ces séances il n'intervint que par quelques remarques et des tentatives de conciliation. La mésentente entre les grecs, divisés entre partisans de Bessarion et de Marc d'Éphèse, ayant fait surgir des difficultés sur la procédure à suivre, une délégation latine vint trouver les grecs dans la demeure du patriarche malade. C. prit la parole au nom des latins pour redemander la reprise des réunions publiques communes. Mais il ne put vaincre la répugnance de l'empereur (15 avr. ; Mansi, xxxi, 967; Syropoulos, viii, c. xii, p. 234).
On décida d'un commun accord que deux délégations de dix membres consacreraient huit réunions à
poursuivre la discussion des points controversés. C. fit partie de la délégation latine.
Parallèlement à ces réunions bi-partites, C. intervint encore souvent, seul ou avec deux autres cardinaux latins, dans toutes les circonstances et démarches plus délicates. Le pape le désigna comme son porte-parole, lorsque le basileus sollicita une audience pontificale pour obtenir un accommodement au sujet du Filioque. C. eut alors avec le basileus trois entretiens importants (15, 21 et 22 mai; Mansi, xxxi, 978 sq.). Il assista aussi aux deux audiences accordées par le pape à la délégation grecque ou à certains de ses I membres (27 mai, 8 juin). Au cours de cette dernière I réunion, on se mit d'accord sur le Filioque. Il fut en- ! core un des cardinaux désignés par le pape pour propo- ! ser à l'empereur un programme d'aide matérielle et militaire contre la menace turque (l'"' et 2 juin; Mansi, xxxi, 999; G. Hofmann, Ftorenz, 393). Enfin, il fut du nombre des trois prélats latins invités par l'empereur au synode grec du 13 juin, après la mort du patriarche de Constantinople.
I-e 9 juin, le pape fit connaître à une délégation grecque les quatre points moins capitaux sur lesquels ! il fallait encore s'entendre, avant d'avoir réalisé ■ l'union : purgatoire, primauté romaine, matière de i l'eucharistie, épiclèse (Mansi, xxxi, 1004). Au cours { des discussions qui se tinrent les jours suivants, C. apj porta quelques précisions aux deux discours de Jean ' de Raguse sur le primat du pape et à celui de Jean de Torquemada sur l'usage de l'azyme (16 et 20 juin; Mansi, xxxi, 1666, 1671, 1676; Hardouin, ix, 958-66). Une formule résumant les quatre points précités fut proposée par les latins. C. réussit à dissiper à son endroit les préventions des grecs et surtout du basileus (Mansi, xxxi, 1014; Hardouin, ix, 966 sq.). Une diffi- 1 culté surgit encore en dernière heure au sujet de la i primauté romaine; elle faillit compromettre toute l'union, le basileus refusant que le séjour des grecs en Occident se prolongeât davantage. C. manœuvra assez habilement pour éviter la rupture (Mansi, xxxi, 1018). Une nouvelle commission bi-partite de deux fois 6 membres fut désignée le 26 juin (Hardouin, IX, 978). A C. revint l'honneur d'y avoir proposé, dès le lendemain, une formule transactionnelle, qui fut admise par les deux parties.
Le terrain ainsi déblayé, un synode partiel des latins fut tenu le 27 juin, en présence du pape. C. y fit un exposé d'ensemble de l'état des pourparlers avec les grecs, sur tous les points controversés, et donna leci ture des cinq articles sur lesquels un accord avait été réalisé (Mansi, xxxi, 1689-93; Hardouin, ix, 979 sq.). Les latins nommèrent alors une commission de 12 membres pour rédiger, en accord avec les grecs, la bulle d'union (Hardouin, ix, 982). Cette commission siégea sous la présidence de C, matin et après-midi, dans l'église de S. -François (Mansi, xxxi, 1022 sq.; Hardouin, ix, 983). Quand son travail fut terminé, C., au cours d'un nouveau synode latin, rendit compte au pape du résultat obtenu (4 juill. ; Mansi, xxxi, 1689- 92; Hardouin, ix, 983). Le 6 juill. 1439, dans la cathédrale de Florence, nouvellement recouverte de sa coupole par Brunelleschi, eut lieu la séance solennelle qui dura douze heures (récit dans Ricordanze di Messer Gimignano Inghirami, p. 57 sq. ; liste des souscriptions, dans G. Hofmann, Florent, 414-17). Après la grand'messe, C. donna lecture du texte latin du décret I d'union, ensuite Bessarion lut le texte grec, puis les deux prélats, les principaux artisans de l'union réalisée s'embrassèrent. Le seul exemplaire authentique de l'acte d'union fut remis au cardinal C. qui le déposa dans une cassette d'argent recouverte de velours et en confia la garde à la Seigneurie de Florence où elle est conservée encore aujourd'hui (publ. dans C. Milanesi,
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Giornale slorico degli archivi Toscani, Florence, 1857, p. 210-25). A la promotion du 18 déc. 1439, Bessarion reçut la pourpre; cette nomination fut en bonne partie l'œuvre de Cesarini.
Après l'arrivée à Florence de la délégation arménienne (13 août 1439), C. fut désigné pour prendre part aux conversations qui aboutirent à la signature du décret d'union le 22 nov. (G. Hofmann, Die Einigung (ter armenischen Kirche mil der katholischen Kirche, dans Orienlalia chrisliana..., v, 1939, p. 151-85).
Ayant réalisé l'union avec les grecs et parallèlement aux conversations avec les arméniens, Eugène IV s'occupa aussi de la question conciliaire. Loin de se borner à une condamnation radicale de toutes les mesures prises à Bâle depuis la convocation du concile de Ferrare (Constitution Moyses, 4 sept. 1439; Hardouin, IX, 1004 ; M. C, m, 382), il s'attaqua au fond de là question : les rapports entre pape et concile. Dans ce but, il organisa (sept.-oct. 1439) une dispute contradictoire sur la suprématie conciliaire telle qu'elle avait été établie à Constance et à nouveau définie à Bâle (Valois, ii, 202-04). C. fut choisi comme avocat de la thèse conciliaire. Le texte de son exposé n'a pas été conservé. On peut en conjecturer la trame par la réponse qu'y fit, le lendemain, l'avocat de la thèse •pontificale, Jean de Torquemada (Hardouin, ix, 1236 sq., surtout 1250-76). Dans cette réponse, Torquemada ne nomme jamais son antagoniste, mais il le fit plus tard dans sa Summa de Ecclesia, \: II, C. A ce moment, l'évolution de C. vers le parti pontifical s'était encore accélérée, par suite de l'étude approfondie des textes canoniques à laquelle il s'était livré au cours de ses discussions avec les grecs (M. C. m, 1319). Il interprétait alors, semble-t-il, les décrets de Constance comme établissant une subordination du pape au concile, mais seulement quand I9 constitution générale de l'Église est en danger (Valois, 11, 304, note 3).
Cette évolution se poursuivit encore. Plus tard, dans un entretien qu'il eut à Vienne avec Aeneas Sylvius, il reconnut sans ambages qu'il s'était trompé (Raynaldi, ann. 1440, n. 10). Il rédigea même sur ce sujet un traité (1440 ou 1441) que les Bàlois qualifièrent de Tractatus Juliani Apostate magis perniciosus et plus furiosus (M. C, m, 1319).
Lorsqu'on apprit à la Curie la nomination par le concile de Bâle de l'antipape Félix V (5 nov. 1439), C. fut le seul à juger l'événement avec sang-froid : aucun schisme, déclara-t-il, n'était à redouter d'un pape qui avait des enfants et dont la nomination n'était que le résultat d'intrigues familiales et financières (Giaconius, 11, 862; Pérouse, 334).
Le 12 mars 1440, C. fut un des neuf membres de la commission chargée de déterminer la procédure à Suivre pour condamner Félix V, ce qui eut lieu le 23 du même mois (Ricordanze di Messer Gimignano Inghirami, dans Arcfi. slor. itaL^V^ sér., i, 1888-1, 60-61).
On ne sait à partir de quelle date C. cessa de participer aux travaux du concile de Florence. Après juin 1440 on n'y relève plus aucune trace de sa présence. Sôn'nam ne flgure-pas au bas du décret d'union dès jacobltes, signé le 4 févr. 1442.
'■■•TV. Les dernières années. — 1° Charges el titres divers. Tout en continuant souvent à se faire appe- '1er cardinal de S.-Ange, C. échangea son titre cardinalice contre celui de cardinal-prêtre de Ste-Sabine. Sur la date de cet échange, Eubel se contredit à une page de distance (1442 : 11, 76; 1440 : 11, 75). Les deux dates sont d'ailleurs inexactes, comme le prouvent de nombreux documents antérieurs à 1440, où le titre de Ste-Sabine lui est donné, ainsi que les souscriptions où 11 signe de son nouveau titre. Ce titre apparaît pour la première fois dans un document pontifical du 17 févr.
1435 (Mansi, xxix, 580); celui de S.-Ange lui est donné pour la dernière fois le 12 nov. 1434 (C. B., m, 249); cependant, il n'est fait mention d'une grand' messe célébrée par le légat qu'à l'occasion de la fête de Pâques 1436 (8 avr.; C. B., iv, 102).
En févr. 1439, C. fut nommé administrateur de l'évêché de Grosseto (Ughelli, m, 671). Mais Vespasiano se trompe, lorsqu'il affirme que le cardinal Julien refusa toujours d'accepter un autre bénéfice. De 1440 au 7 mars 1444, il administra aussi en commende le siège métropolitain de Tarente (Ann. pont., 1932, p. 130; Eubel, 11, 270, rem. 1). Depuis juin 1439, il eut en commende le monastère cistercien de S.-Pastor au diocèse de Rieti (Eubel, 11, 6, n. 8). Il avait aussi en commende le monastère de S. -Basile à Rome, qu'il résigna le 18 avr. 1440 (ibid., 27, n. 5a). En 1439 encore, il fut nommé archiprêtre de S. -Pierre à Rome et, depuis le 23 mai 1443, il fut grand pénitencier (E. Celani, p. 241, n. lxx; E. Gôller, Die pàpstliche Poenitentiarie in ihrem Ursprung bis zur Umgestallung durch Plus V., ii-l, Rome, 1911, p. 9). A partir de juin (?) 1439 il fut aussi cardinal protecteur des Franciscains (Wadding, Annales Minorum, t. ix, anc. éd., p. 79; nouv. éd., p. 91). A Ferrare, il fut désigné comme protecteur spécial des Lieux saints et, en cette qualité, il envoya à Jérusalem le commissaire de la province orientale des Franciscains, Jean Capistran, pour y destituer de sa charge le procurateur séculier des Lieux saints (Wadding, op. cit., xi, anc. éd., p. 47; nouv. éd., p. 53). Enfin, le 6 ou 7 mars 1444, tandis qu'il était absent en légation, il fut promu cardinal-évêque de Tusculum (Eubel, 11, 29, n. 56a; 71 et 75; Celani, n. lxviii, p. 241).
2" Légation en Europe danubienne. — Envoyé comme légat a latere dans les pays danubiens, auprès de Ladislas II, roi de Pologne et de Hongrie, avec des pouvoirs très étendus (14 bulles datées du 1" mars 1442 sont conservées aux archives Sforza-Cesarini, liste dans Celani), C. partit de Florence le 14 mars (Eubel, II, n. 22).
Le but de sa mission était : a ) d'empêcher le roi de suivre les conseils de son cousin, le patriarche d'Aquilée, en prenant parti pour l'antipape bâlois; b) de trouver un arrangement entre la reine mère Élisabeth et Ladislas au sujet de la succession au trône de Hongrie; c) et surtout d'écarter le danger ottoman de la plaine danubienne, en promouvant une croisade à laquelle prendraient part les armées coalisées de Ladislas, de Jean Hunyade, voïévode de Transylvanie, et de Georges Brankovitch, prince de Serbie (Dlugosz, 768). Par faveur spéciale pour un croisé, les cardinaux lui avaient reconnu le droit de toucher sa part de leurs revenus communs, malgré son absence et pendant toute la durée de celle-ci (Eubel, 11, 28, n. 22).
Pour cette croisade, la collaboration de la flotte vénitienne était nécessaire, afin d'intercepter les Dardanelles. Au cours de son voyage d'aller, C. passa par Venise, dont il obtint facilement le concours (arrivé le 10 mars, d'après Sanuto, dans Muratori, 1103). Il y prolongea cependant son séjour jusqu'au delà du 26 avr. (lorga, dans Revue de l'Orient latin, vu, 61), sans doute pour régler avec la succursale vénitienne de la banque des Médicis le paiement de sa provision de 500 florins par mois (lorga. Notes..., 11, 21-22).
Cela fait, il continua sa route, d'abord vers Vienne afin d'y gagner le Roi des Romains au parti d'Eugène IV (Fraknoi, 108). Mais Frédéric était absent et le légat fut plutôt mal reçu. Il quitta Vienne le jour de la Fête-Dieu (M. C, m, 978-79; 1318-19).
Dès son arrivée auprès de Ladislas (avant le 27 mai), le légat réussit sans peine à neutraliser l'influence bâloise (cf. Fraknoi, 19-20; T. Zegarski, Païen und das Baseler Konzil, Fribourg, 1910, p. 65). Le règlement de
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la question dynastique fut plus ardu. C. dut se rendre à deux reprises à Raab (Gyôr), auprès de la reine mère Élisabeth, mais les conditions du compromis qu'il proposa furent rejetées, les unes par Élisabeth, les autres par la diète hongroise inspirée par Jean Hunyade. Il ne réussit à obtenir qu'un armistice d'un an, avec la promesse de négociations directes entre les deux parties rivales (8 août 1442; Dlugosz, 769 sq. ; Fraknoi, 21 sq.). La mort subite d'Élisabeth trancha le différend.
Dans un autre domaine encore, la légation de C. auprès de Ladislas se révéla fructueuse : par un acte daté de Buda (22 mars 1443), Ladislas reconnut aux Églises ruthènes de rite oriental se trouvant dans ses États des droits égaux à ceux dont jouissaient les Églises de rite latin en Pologne et en Hongrie (texte dans M. Harasiewicz, Annales Ecclesiae Ruthenicae, Leopol, 1862, p. 78 sq.). C. avait eu une grande part à la concession de ce privilège, qui correspond bien à ses sentiments unionistes (A. Ziegler, Die Union des Konzils von Florenz in der russischen Kirche, dans Das ôstliche Christentum, fasc. xlv, Wurtzbourg, 1938, p. 114). Il se pourrait qu'en automne 1442 il soit rentré en Italie. Eubel (ii, 28, n. 25a) le signale parmi les membres présents à la Curie le 24 octobre.
Restait le problème principal : la croisade. Eugène IV en promulgua la bulle, le 1" janv. 1443 (Raynaldi, ann. 1443, n. 14-19; G. Hofmann, Epistolae..., n. 261). Pour la rendre possible, il fallait le soutien de Venise et la neutralité de Vienne. Afin d'obtenir cette dernière, C. fit sonder les dispositions de Frédéric III par l'entremise d'Aeneas Sylvius Piccolomini, entré depuis peu au service de la cour autrichienne (Wolkan, I, n. 45, p. 127); il avait écrit dans le même sens au chancelier Kaspar Schlick. Il reçut en réponse une invitation, en date du 6 mai, à venir à la diète de Presbourg (de Schlick, Wolkan, ii, 7 sq. ; de l'empereur, ibid., 12 sq.). C. s'y rendit et y obtint la promesse d'un pacte de non-agression entre Frédéric et Ladislas (lorga, dans Revue de l'Orient latin, vu, 80, 83 sq.). Une lettre de Piccolomini à Jean Vrunt, secrétaire de Cologne, donne des détails sur ces tractations et sur le rôle qu'y joua C. (27 mai 1444; Wolkan, i, n. 141, p. 320 sq.). Durant ce séjour (juin 1443), il eut aussi de longues conversations avec Piccolomini, dans le but de le détacher du parti de Bâle. Dans sa bulle de rétractation du 26 avr. 1463 (Fea, 157), Piccolomini, devenu Pie II, et désireux de s'accorder le beau rôle, donne à ces conversations un relief qu'elles n'eurent pas au moment même, si l'on en juge par le contenu d'une lettre écrite par lui, juste après le passage de C. en Autriche, et dans laquelle il s'exprime au sujet du légat et de sa croisade sur un ton hautain et dénigreur (Wolkan, i, n. 63, p. 165).
De Venise, C. avait déjà obtenu l'envoi de 10 000 livres de poudre pour appro\asionner l'armée de terre (8 août 1442; lorga, dans Rev. de l'Orient latin, vu, 73). Mais il fallait une aide plus effective. N'ayant pu trouver l'occasion, comme il l'escomptait, de se rendre à Venise, il y suppléa par d'abondantes relations épistolaires (lorga, ibid., 73, 79, note, 94, 398, 409, 416 sq.). La Sérénissime, en froid avec le pape, se montrait méfiante sous des dehors empressés, mais le légat lui promit qu'elle obtiendrait Gallipoli et Salonique pour prix de son concours (Fraknoi, 42, 54; Ljubitch, 201).
Ainsi garanti, Ladislas décida d'ouvrir les hostilités. Le 22 juin., l'armée des croisés se mit en route. C. l'accompagnait (Dlugosz, 779). Ayant franchi le Danube, elle défit les Ottomans à Nisch (3 nov.) et entra victorieuse à Sofia (lettre de C. à Frédéric III; Wolkan, I, 281; L. Kupelwieser, Die Kàmpfe Ungarns mit den Osmanen bis zur Schlacht bei Mohacs, Vienne,
1895, p. 67-71, avec carte des opérations militaires). Mais, malgré une seconde victoire à Kounovitsa (24 déc. 1443), les rigueurs de l'hiver et les difficultés d'approvisionnement contraignirent les chrétiens à rejoindre leurs bases de Hongrie. C. rentra à Buda le 2 févr. 1444 (Fraknoi, 39).
Apprenant ces succès et convaincu que la croisade reprendrait avec le retour de la bonne saison, le pape étendit la légation de C. à la Grèce « et aux régions voisines et transmarines » (12 févr. 1444; Theiner, op. infra cit., Slav., i, n. 549; G. Hofmann, Epistolae..., n. 274). Les récits et les allusions relatifs à un retour de C. en Italie au cours de sa légation ne s'appuient sur aucun témoignage valable. Par contre, Eugène IV et C. restaient en rapports étroits par messagers : Christophe, évêque de Coron, Étienne de Hongrie, Gérard de Cologne, Revenus de Liège (lorga. Notes..., ir, 21-22).
3° Les pourparlers d'Andrinople et de Szeged (été 1444). — Les événements qui séparent la campagne de 1443 de celle de 1444 ne sont pas rapportés de manière identique par les historiens. Il faut s'y arrêter, car de la solution adoptée dépend le bien-fondé de la principale accusation qui plane sur la mémoire du cardinal légat.
Jusqu'en ces derniers temps, l'opinion commune était la suivante : conseillé par ses alliés Brankovitch et Hunyade et peu soutenu par l'Occident, Ladislas prêta l'oreille aux ouvertures de son ennemi vaincu. Les pourparlers aboutirent à une trêve de dix ans, conclue à Szeged, le 15 juill. 1444. Après quoi, Mourad II abdiqua, cédant le pouvoir à Mahomet II, encore mineur. Mais C, adversaire de toute trêve et mécontent de n'avoir pas été consulté, mit tout en jeu pour obtenir la dénonciation de l'accord et la continuation de la croisade. Sous l'effet de cette contrainte morale, Ladislas reprit sa parole et ses armes.
Ce récit classique des événements peut s'appuyer sur un ensemble impressionnant de sources (Bleyer, 127 sq.) : sources grecques : Laonicus Chalcocondylas, Historiarum libri decem, éd. Bekker, 1. VI, Bonn, 1843, p. 316-17, 324-25, dans Corpus script, hist. Byzant.; Doucas, Historia Byzantina, éd. Bekker, Bonn, 1834, c. xxxii, p. 218, 220, ibid.; — sources turques : en particulier deux lettres de Mahomet II, datées de janv. 1445; — sources chrétiennes : Dlugosz, 789 sq. ; Aeneas Sylvius Piccolomini, lettre à l'évêque de Passau, 28 oct. 1445 (Wolkan, i, 566); — message de la Diète polonaise de Piotrkow à Ladislas, énumérant les conditions de l'accord (26 août 1444; A. Sokolowski, Codex epistolaris saec. xv, i, dans Monum. medii aevi historica res gestas Poloniae illustrantia, ii-l, Cracovie, 1876, n. cxxv, p. 141-42; — chronique du Bourguignon Jean de Wavrin, dont le neveu Walerand, en sa qualité de commandant de la flotte auxiliaire bourguignonne, avait vu de ses propres yeux le document scellant l'accord conclu (Wavrin, p. 41-46). Tous les auteurs anciens et la plupart des historiens modernes non polonais admettent en substance le même récit. Le jugement qu'ils formulent contre C, responsable de ce « parjure », varie d'après l'appartenance confessionnelle et nationale de ces auteurs. Frankl (p. 42-76) en donne une vue d'ensemble.
Plusieurs historiens polonais n'admettent pas ce récit. D'après eux, il n'y aurait eu aucune trêve conclue entre chrétiens et turcs, tout au plus des pourparlers qui — exception faite de la défection de Brankovitch — n'aboutirent pas (cf. A. Cieszkowski, Fontes rerum Polonicarum e tabulario reipublicae Venetae, sér. I,fasc. n, Posen, 1890, p. 122, n. 6; A. Prochaszka, Uwagi krytyczne o klesce warnenskiej , « Observations critiques sur la bataille de Varna », dans Rozprawy Akademii Umiejel nosci, « Travaux de l'Acad. des sciences », sect. hist. et philos., II« sér., xiv, Cracovie, 1900, p. 1-60).
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Ce non-lieu sans restriction s'appuie sur le silence des sources italiennes capitales : le rapport vénitien (9 sept. 1444) au commandant de la flotte des Dardanelles, qui ne mentionne que « certains pourparlers » (texte dansLjubitch, 212) ; — le récit d'Andréa de Palacio, d'après lequel les pourparlers furent engagés par les deux alliés de Ladislas, à l'insu de ce dernier (16 mai 1445; A. Lewicki, Codex epislolaris saec. xr, II, dans Monum. medii aevi historica res gestas Poloniae iltustranlia, xii, Cracovie, 1891, n. 308, p. 459).
La découverte d'une nouvelle source italienne a permis de renouveler cette question, sans réussir toutefois à trancher le point central de la controverse. Il s'agit d'un groupe de lettres inédites de l'humaniste Ciriaco d'Ancona, de passage à Andrinople vers cette époque. En combinant cette source nouvelle avec les précédentes, on peut résumer comme suit les événements de l'été 1444.
Le 15 avr. 1444, la diète hongroise se réunit à Buda. Le légat y assista et y fit un discours électrisant (Frankl, 19, 26; le texte donné par AntoniusBonflnius, Rerum Ungaricarum décades, déc. III, 1. V, Hanovre, 1606, p. 445-46, est incertain). Le roi s'engagea par serment à reprendre la croisade, à condition d'être soutenu par l'Occident (lorga. Noies..., ni, 108). C. combina un plan de campagne : les armées de terre longeraient le Danube, puis suivraient le rivage de la mer Noire jusqu'à leur jonction avec la flotte qui déboucherait des Dardanelles à leur rencontre. La correspondance échangée entre C, l'ambassadeur Giovanni De Reguardatis et les autorités vénitiennes en mai et juin 1444 parlent de la croisade comme d'un événement décidé (cf. Cieszkowski, op. cit., 91-96, 106- 113; Pall, Ciriaco..., 27, 37).
Tandis que cela se passait au vu et au su de tous, Ladislas, cédant sans doute aux suggestions de Brankovich et de Hunyade, crut devoir répondre aux avances turques sollicitant des pourparlers : le 22 avr. 1444, il envoya Stoïka Gisdanich, muni de pleins pouvoirs. Celui-ci, accompagné des délégués serbes et transylvains, rencontra le sultan à Andrinople et conclut avec lui, le 12 juin 1444, une trêve de dix ans, qui devait être ratifiée par le roi. La délégation des chrétiens rentra alors en Hongrie, accompagnée d'une nombreuse ambassade turque (J. Turoczi, Cfironica Hungarorum, part. IV, c. xli, dans Scrip- (ores rerum Hung., i, Vienne, 1746); elle arriva à Szeged vers la fin juill. Ici les récits divergent. Certains voudraient qu'à ce moment Ladislas eût ratifié le traité conclu par son chargé de pouvoirs. Il y aurait donc eu une paix conclue entre les deux parties, conformément aux indications contenues dans la majorité des sources. Seule la date devrait en être reportée du 15 juill. à la fin du même mois (voir les deux articles de F. Pall). D'autres estiment que tout ce que disent les sources se rapporte à l'accord conclu à Andrinople (cî. surtout les études de O. Halecki).
Quoi qu'il en soit, le 4 août 1444, le roi lança un manifeste annonçant la reprise de la croisade (texte dans Frankl, 48-50; Cieszkowski, op. cit., 119-25; Dlugosz, 794). Aucune allusion n'y est faite à un traité qui aurait été conclu ou ratifié moins d'une semaine auparavant (Becker, 85).
Du point de vue de la critique historique, le problème n'est donc pas résolu. Néanmoins, le revirement qu'il faudrait admettre chez le roi, passant en moins de huit jours de temps de la ratification d'une trêve à la décision de reprendre les hostilités, n'est psychologiquement explicable que pour un motif de la plus haute gravité. Ce motif aurait pu être un événement important (il n'y en eut aucun), ou une influence extérieure, par ex. celle du légat, doublée ou non d'une menace d'excommunication (Pall, Ciriaco..., 44).
Une autre hypothèse, c'est que le roi aurait, dès le début, tenté de miser sur les deux tableaux. Toutes les négociations avec Mourad furent menées dans le plus grand secret. Extérieurement, Ladislas poursuivait ses préparatifs de croisade. La veille même de son départ pour rencontrer la délégation turque à Szeged, il écrivit au roi de Bosnie qu'il « était sur le point de partir pour détruire ces maudits Turcs » (24 juill. 1444; lorga, Notes..., u, 407).
Il est certain que des chrétiens considéraient alors avec assez de légèreté une parole donnée à un infidèle, surtout lorsqu'ils étaient liés par ailleurs envers d'autres chrétiens. Faut-il alors supposer que le roi Ladislas, d'accord ou non avec C, aurait dès le début joué la comédie, engagé et mené à terme des pourparlers qu'il était décidé à rompre dès le lendemain? Le légat était un fin diplomate, mais sa vie antérieure montre qu'il a toujours su respecter la frontière séparant la finesse de la fausseté.
Si Ladislas a joué un double jeu (ce qui est loin d'être prouvé), C. n'en fut pas responsable. Rien ne prouve qu'il avait eu connaissance des pourparlers en cours. L'insinuation de Dlugosz (col. 790) ne s'appuie sur rien. Autre chose est qu'ayant appris la conclusion d'un accord désastreux pour la politique chrétienne en Orient, le légat ait considéré un tel accord comme invalide et ait absous le roi de son serment. A en juger par les reproches contenus dans une lettre adressée en juin 1445 par la reine Sophie, mère de Ladislas, à la diète de Hongrie, la thèse de la rupture y aura trouvé de chauds partisans (cf. Sokolowski, op. et toc. cit., ii-l, Cracovie, 1876, p. 5; Pall, Varna, 12). Bien entendu les prétextes invoqués à cette occasion pour rejeter la responsabilité de la rupture sur les infidèles, et dont Dlugosz (col. 793) se fait l'écho, ne tiennent pas.
4" La croisade de Varna. — Décidé à reprendre les armes, Ladislas fut encouragé par les nouvelles favorables que C. venait de recevoir au sujet de la flotte chrétienne croisant dans les Dardanelles et par une missive du basileus Jean VIII Paléologue le suppliant de ne pas déposer les armes et lui promettant le soutien des forces byzantines (texte dans Dlugosz, 790; cf. O. Halecki, La Pologne et l'Empire byzantin, dans Byzantion, vu, 1932, p. 64-65; F. Dôlger, dans Byzanl. Zeitschr., 1932, p. 439-40, tient cette lettre pour inauthentique).
La guerre fut donc rallumée (opérations dans Kupelwieser, op. cit., 83). Mais le retard consécutif aux négociations, la défection de Brankovitch, l'incompétence du commandement de la flotte alliée, et l'aide accordée par les Génois à la flotte ottomane expliquent le désastre qui frappa l'armée chrétienne à Varna (10 nov. 1444).
S'étant heurtée devant les murs de cette ville à des forces turques très supérieures en nombre, l'armée chrétienne accepta la bataille, malgré l'avis du légat qui conseillait de se renfermer dans les murs de la ville. Sur la bataille de Varna (sources et études stratégiques), voir les ouvrages mentionnés dans Pastor, i. 335 et Becker, 86 : surtout H. Zeissberg, Analekten zur Geschichte des xv. Jahrhunderts, ii, Erinnerungen an die Schlacht bei Warna, dans Zeitschr. fur die oesterr. Gymnasien, xxii« année, 1871, p. 81-114. Le détachement commandé par C. et portant la bannière de l'Église occupait une position de choc à l'aile droite. Il fut bousculé dès le premier engagement. Quoique blessé, le légat accourut alors au centre de la mêlée pour défendre l'étendard de S. Ladislas. C'est là qu'on le vit pour la dernière fois. Nul ne sut jamais ce qu'il devint (Andréas Palacius de Palacio, Litterae de clade Varnensi ad Ludovicum cardinalem, éd. A. Lewicki, op. infra cit., n. 308, p. 459-69).
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Les bruits les plus contradictoires coururent : le légat aurait été tué dans la fuite (Laonicus Chalcocondylas, Historiarum de origine atque rébus gestis Turcorum et imperii Graecorum libri X, Paris, 1650, p. 337); achevé par un passeur valaque tandis qu'il se débattait dans les eaux du Danube (Dlugosz, 810); tué par des fuyards de sa propre armée (Piccolomini, dans Wolkan, i, 538, 567). Un autre récit voudrait qu'il ait été fait prisonnier, conduit devant le sultan et soumis à de cruelles tortures pour lui faire abjurer la foi; ainsi il serait mort martyr (récit de Gilles Charlier, doyen de Cambrai, qui se prétendit témoin oculaire; cf. Baluze, Miscellanea, ui, Paris, 1680, p. 301). Tous ces récits sont dépourvus de toute garantie.
On raconta même qu'il était encore vivant en Valachie, ainsi que le roi Ladislas, disparu comme lui, et qu'ils expiaient dans un ermitage le parjure dont ils étaient coupables. Ce bruit ayant circulé à Rome, le pape envoya à Ladislas et au voiévode de Valachie un message demandant des renseignements et une enquête (A. Lewicki, Codex epistolaris saec. xr, ii, dans Monum. medii aevi hisiorica res gestas Poloniae illustrantia, xii, Cracovie, 1891, n. 304-05, p. 452-53).
La nouvelle de sa mort ne parvint à Rome que le 25 juin. 1445; le lendemain un service funèbre fut célébré pour sa mémoire par le Sacré Collège (Eubel, II, 30, n. 72-73). Son oraison funèbre fut prononcée par le Pogge, dans le style ampoulé du temps (texte dans A. Mai, Spicil. Romanum, x, Rome, 1844, p. 374-84).
V. Portrait. — Pour juger équitablement Julien Cesarini, il faut distinguer le caractère de l'homme et l'attitude du théologien.
Même en un siècle aussi fécond en éloges dithyrambiques, même en faisant la part des exagérations et des clichés, il est rare de rencontrer une telle unanimité à reconnaître chez un homme un si bel ensemble de qualités humaines et de vertus chrétiennes.
Le plus beau portrait psj'chologique de G. est sans doute celui de son ami Traversari dans sa lettre ex à l'évêque de Cervia (éd. Mehus, col. 141-42). Le Pogge dans son éloge funèbre et Vespasiano qui l'avait approché à Florence sont aussi très louangeurs. De même Aeneas Silvius Piccolomini ne tarit pas d'éloges à son endroit (voir lettre clxvii au duc de Milan; Wolkan, I, 490). Jean de Ségovie, qui se trouvait pourtant alors dans le camp opposé au sien, le qualifie de homo indeviabilis et inflexibilis (M. C, m, 688; D. RA., xv-2, n. 350, p. 760). Le cardinal Branda avait coutume de dire que si toute l'Église venait à se corrompre, lui seul suffirait à en donner une image dans sa pureté primitive. Il entretenait sa pureté de conscience par une confession quotidienne. Guiraud (p. 318) a rassemblé une belle collection de détails sur sa piété, son esprit de mortification, sa charité. Cette dernière était proverbiale : il lui arrivait de passer une journée entière à visiter les malades; même s'il s'agissait d'un simple palefrenier ou d'un gâte-sauce, ses domestiques malades devaient recevoir deux fois par jour la visite du médecin. Se souvenant de ses débuts difficiles, il aidait volontiers les étudiants pauvres en payant leurs études à Pérouse, Bologne ou Sienne.
Toutes ces belles qualités étaient rehaussées par un extérieur attrayant et un tact sachant allier la simplicité des rapports privés avec le sens de la grandeur due à son rang. A en juger par une médaille commémorative dont le seul exemplaire connu est au British Muséum (reprod. dans Becker, frontispice; description, ibid., p. 13-14, note 27), c'était un homme aux traits doux et réguliers.
C. n'était pas riche et ne le devint jamais. Il ne profita pas de ses hautes fonctions pour s'enrichir; il trouvait l'argent de ses aumônes en renonçant au luxe de
la table et en vendant les doubles de sa bibliothèque. Ses contemporains ont pourtant exagéré son détachement, en affirmant qu'à part l'évêché de Grosseto il ne posséda aucun bénéfice. Il savait les demander et les accepter avec modération ; ses plaintes ne sont pas l'expression d'un désir de lucre mais de réelles difficultés à subvenir au train d'une maison qui ne comptait que 30 personnes et 18 mules. Le fonctionnaire de la Curie qui rédigea, vers 1436, un plan destiné à circonvenir le légat alors à Bâle et à payer son adhésion au parti pontifical par l'octroi de quelque bon bénéfice (C. B., I, 436-37) témoigne d'une méconnaissance de son caractère.
Pas assez riche pour être mécène, il comptait pourtant parmi les meilleurs soutiens de l'humanisme naissant du Quattrocento. Chez les Latins, ses modèles préférés étaient Cicéron, S. Augustin et Lactance (Voigt, Aeneas Sylvius, i, 216). Il avait reçu des leçons de grec de Traversari et se fit offrir par lui, à l'occasion de sa promotion cardinalice, la traduction d'une Vie de S. Grégoire de Nazianze (Epist., lxiii, cccv et dcccxxxvii, 101, 396, 959; cf. Guiraud, 140). Il emprunta encore à Traversari diverses traductions, dont un S. Jean Chrysostome, que le camaldule faisait recopier par deux moines de Ste-Marie-des-Anges, Michel et Nicolas (Epist., ccxxix, cDxcviii, cdxcix, 300, 616, 617). Il profita du séjour à Bâle de son ami helléniste pour parfaire sa connaissance du grec dans un « Boèce grec et latin » (ibid., cdxcix, 617). Un autre traducteur, Lapo da Castiglionchio, lui traduisit les Vies d'Aratus et de Pélopidas par Plutarque (Traversari, Epist., CMXLviii, 1117; Guiraud, 149, 255). Léonard l'Arétin lui dédia une histoire de la guerre contre les Goths (Mancini, 177, 191). C. profitait de ses déplacements en pays étrangers pour acquérir, à son compte ou à celui de ses amis comme le Pogge et Niccolo Niccoli, des livres ou des manuscrits anciens dont il avait la passion (G. Voigt, Die Wiederbelebung des klassisctien Altertums, 3« éd., i, Berlin, 1893, p. 234, 249, 298). Pour tous les frais de transport de livres, il avait conclu un arrangement avec la banque de Médicis (Traversari, Epist., cDxcviii, DcccxLviii, 616, 977). A partir de 1438, l'humaniste Giovanni Tortelli fit partie de sa maison (cf. Mancini, lac. infra cit.). A Florence, C. compta parmi le cercle d'humanistes réunis en cette ville à l'occasion du concile. Par l'entremise de Bessarion il entra en relations avec des lettrés byzantins. Il apprit aussi l'hébreu avec Gianazzo Manetti et Vespasiano rapporte (i, 172) qu'il gagna à la foi chrétienne et baptisa de ses propres mains un autre membre de ce cercle de lettrés, le médecin Israélite Giovanni Agnolo.
Il s'intéressait aussi aux choses rares et curieuses. Peu avant la fin de sa vie, il fit expédier des Balkans à Eugène IV un dromadaire capable d'abattre 100 milles en un jour (Attichy, 121 ; Mancini, 201).
Quoi qu'on en ait dit, il ne semble pas qu'un reproche sérieux puisse être adressé à son attitude extérieure. En vrai juriste de son époque, ancien élève de Bologne et de Padoue, C. ne pouvait être qu'un adhérent convaincu de la théorie conciliaire, adversaire de tout curialisme. Il était persuadé que, dans le conflit entre Rome et Bâle, le pape défendait une position intenable et il croyait agir dans l'intérêt supérieur de l'Église en le suppliant de modifier son attitude. Et il ne se gênait pas pour le lui dire (par ex. lettre du 5 juin 1432; M. C, ii, 209). Mais il n'était pas partisan d'une politique de coups d'épingles. D'accord pour combattre tout ce qui pouvait être à l'origine d'abus, il voulait que les mesures prises dans le cadre d'une rejormatio capitis tinssent compte des exigences de l'équité (provision à assurer en échange de la suppression des annales), et s'opposait à des projets dont
CESARINI
le seul résultat eût été d'attenter à la dignité du Siège apostolique sans aucun profit pour la réforme (pouvoirs de légat a lalere proposés pour l'ambassade conciliaire en France). Lorsque l'expérience lui eut ouvert les yeux, en toute loyauté il ne s'obstina pas et se rallia consciemment à une tlièse qu'il avait d'abord combattue. Ainsi qu'il l'expliqua plus tard à Piccolomini, " c'est le privilège de l'être libre que de pouvoir abandonner l'erreur pour la vérité » (Fea, 157-58).
Œuvres. — La trop courte vie de C, accaparée par les fonctions extérieures, ne lui laissa pas le temps de produire d'œuvres importantes. Les écrits cfu'il composa à l'occasion des travaux conciliaires (discours de controverse théologique ou d'apparat) ont été signalés à leur place au cours de cet article. En dehors d'eux, il ne reste de lui qu'une abondante correspondance (aucun inventaire ni édition d'ensemble).
Sources. — Aeneas Sylvius Piccolomini (Pie II), Opéra omnia, Bâle, 1551, p. 3-81, 115-24. — W. Altmann, Die Urkunden Kaiser Sigmunds, 1410-1437, Innsbruck, 1896- 1900, 2 vol., dans Regesta Imperii, xi. — François Baix, La Chambre apostolique et les « Libri annatarum » de Martin V (1417-1431), vol. i, Bruxelles-Rome, 1947, p. xcviii, dans Analecta Vaticano-Belgica, xiv. — E. Cecconi, Studi storici sul concilio di Firenze, i, Florence, 1869. — E. Celani, Le pergamene delV archivio Sforza-Cesarini, dans Arch. délia Soc. rom. di storia patria, xv, 1892, p. 238-41. — Chevalier, B. B., 844. — Concilium Basiliense. Studien und Quellen zur Geschichte des Concils von Basel, éd. par la Historische und antiquarische Gesellschaft uon Basel, Bâle, 1896-1936, 8 vol. (sigle : C. B.). Comprend diverses sources, dont la principale est le Protocole du concile d'après le manuale du notaire Pierre Brunei, éd. J. Haller (vol. ii-iv). — Bartolommeo di Michèle del Corazza, Diario Fiorentino, ann. 1405-1438, dans Arch. stor. ital., V» sér., xiv, 1894, p. 282, 296-97. — Deutsche Reichstagsakten, vol. ix-xii, xv- XVI, Gotha, 1898-1935 (sigle : D. RA.). — ,1. Dlugosz, Historia Polonica, éd. Leipzig 1711, vol. i, 1. XII, col. 768- 810. — Eubel, I, 34, 49; ii, 6, 27-29, 71, 75, 76. — Fabricius, Bibliotheca latina mediae et infimae aetatis, vi, Padoue, 1754, p. 16, 18. — C. Fea, Plus II Pont, majcimus a calumniis vindicatus, Rome, 1823. — H. Giustiniani, Acta sacri oeciimenici concilii Florentini, Rome, 1638. — Hardouin, Acta concilioruni, viii-ix, Paris, 1714. — G. Hofmann, Concilium Florentinum : i, Erstes Gutachten der Lateiner ùber das Fegfeuer, dans Orientalia christiana periodica, XVI, 1929; III, Denkschrift des Kardinals Cesarini tiber das Symbolum, ibid., xxii, 1931, p. 5-62; Briefe eines pâpstlichen Nunzius in London ûber das Konzil von Florenz, ibid., V, 1939; Epistolae ponlificiae ad concilium Florentinum spectantes, Rome, 1940-46, 3 vol. — N. lorga. Notes et extraits pour servir à l'hist. des croisades du XV' s., vol. ii, ni, Paris, 1899-1902. Avaient paru en partie dans Revue de l'Orient latin, iv, 1896, p. 25-118, 226-320, 503-622; v, 1897, p. 108-212, 311-88; vi, 1898, p. 50-143, 370-434; VII, 1899-1900, p. .38-107, 375-429; viii, 1900-01, p. 1-115, 267-310. — S. Ljubid, Listine o odnosajih izmedyn juznoga slavenstva i Mletacke Republike, « Documents sur les relations entre les Slaves du Sud et la république de Venise », IX, 183 sq., 192 sq., 212, 216, dans Monumenta spectantia historiam Slavorum meridionalium, xxi, Zagreb, 1890. — Mansi, xxix-xxxi. — E. Martène et U. Durand, Veterum scriptorum et monumentorum... amplissima collectio, vin, Paris, 1733. — Monumenta conciliorum generalium s. XV, '4 vol. (sigle M. C). En particulier : t. i, Jean de Raguse, Inititim et prosecutio Basiliensis concilii, éd. Palacky; t. ii-iii, .Jean de Ségovie, Historia gestorum generalis synodi Basiliensis. — G. Mliller, Documenli sulle relazioni délie città Toscane colV Oriente cristiano e coi Turchi, Florence, 1879. — L. Petit, Documents relatifs au concile de Florence, i, La question du purgatoire à Florence; ii. Œuvres anticonciliaires de Marc d'Êphése (cf. R. GralTm-F. Nau, Patrologia orientalis, t. xv-1, xvii-2), Paris, 1920, 1923. — Poggius Florentinus (Bracciolini), Oratio in funere Rev. card. D. Jul. Cesarini Romani, éd. Mai, dans Spicilegium Romanum, x, Rome, 1844, p. 374-84. — Repertorium Germanicum, Pontifikat Eugens IV., vol. i, par R. Arnold, Berlin, 1897. — Ricordanze di Messer Gimignano Inghirami, dans Arch. stor. ital., V sér., i, 1888-1, p. 20-68. — Marino Sanuto, Vite dei duchi di Venezia, dans Muratori, Rerum ital. scriptores, anc. éd., xxii, 1053-56, 1103, 1109-13. — S. Syropoulos,'l<rrop(a Tfjs tv <I>XcopEVTi<y cruv65ou,éd. R.Creygh-
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Travaux. — La seule biographie moderne de Cesarini est formée par un ensemble de deux thèses, se complétant l'une l'autre : H. Fechner, Giuliano Cesarini bis zu seiner Ankunft in Basel, diss. Marbourg, Berlin, 1907; P. Becker, Giuliano Cesarini, diss. Kallmunz, 1935. — • Voir en outre : F. Abert, Papst Eugen IV., Mayence, 1884 (voir sur cet ouvrage Becker, op. cit., p. 19, note 13). — G. Andres, Catalogo de codici manoscritti délia famiglia Capilupi di Mantova, Mantoue, 1797, p. 27, 100-16. — D. Angyal, Le traité de paix de Szeged avec les Turcs (1444), dans Revue de Hongrie, vu, 1911, p. 254-68, 374-92. — Ann. pont., 1932, p. 130. — B. Arle, Beitràge zur Geschichte des Kardinalkollegiums in der Zeit vom Konslanxer bis Tridentiner Konzil, diss. Bonn., 1904, p. 35 sq. — J. Aschbach, Geschichte Kaiser Sigmunds, Hambourg, 1838-45, 4 vol. — L. d'Attichy, Flores hist. S. R. E. cardinalium, ii, Paris, 1660, p. 105-22. — J. Bleyer, Einige Bemerkungen ûber den Szegediner Friedensschluss und die Schlacht bei Warna, dans Mitt. des Instituts fur oesterreich. Gesch., xxv, 1904, p. 127-37. — E. Bursche, Die Reformarbeiten des Basler Konzils, diss. Bâle, 1921. L. Cardella, Memorie storiche de' cardinali délia santa romana Chiesa, III, v-2, Rome, 1793. — M. Catalanus, De oita et scriptis Dominici Capranicae cardinalis, Fermo, 1793. — A. Ciaconius-Oldoinus, Vilae et res gestae Pont. Romcui. et S. R. E. cardinalium,
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CESARINI
CÉSAROPOLIS
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Roger MoLs.
3. CESARINI (Julien) junior (1466-1510), petit-neveu du précédent. Fils de Gabriel Cesarini et de Giulina (ou Godina) Colonna. Né à Rome, le 20 mai 1466. Cette date est prouvée par une inscription commémorative de la diaeta slatuaria dédicacée le jour anniversaire de ses trente-quatre ans (Lanciani, Storia degli scavi, i, 133). Dès 1484, il est conservatore di Roma et se voit confier la seconde garde du Vatican durant le conclave d'Innocent VIII. Entre autres postes honorifiques, il occupa ceux de protonotaire apostolique, chanoine de S. -Pierre au Vatican (probablement depuis 1490), 43« abbé de S. -Michel de Cuxa (dioc. de Perpignan), d'archiprêtre de Ste-Marie- Majeure (début 1503); il obtint aussi sous Jules II l'abbaye de Nonantule, dont les revenus étaient estimés à 1 600 florins d'or.
Alexandre VI le nomma cardinal-diacre du titre des SS.-Serge-et-Bacchus (20-23 sept. 1493). Promu au siège d'Ascoli-Piceno le 14 févr. 1500 (Eubel, ii-2, 108; Ughelli et Gams donnent le 19 févr.), il ne résida jamais dans son diocèse. Il échangea son titre cardinalice contre celui de S. -Ange, le 29 nov. 1503 (Eubel, m, 82; Cristofori donne le 31 mai).
Grandis, pomposus et totus in vita et virtute magnificus, dit de lui Grassi dans son Diaire (cf. Burchard, Liber notariim, p. 462). Il fut traité avec des honneurs inaccoutumés par Charles VIII, lors du passage de celui-ci à Rome le 2 janv. 1495 (récit authentique dans Pastor, m, 409, note 2). Du 27 mai au 27 juin, il fut du nombre des vingt cardinaux qui accompagnèrent le pape, lorsque celui-ci se retira à Orvieto, puis à Pérouse, pour éviter de rencontrer le roi de France. Grâce au Liber notarum de Jean Burchard, il est -possible de suivre ses principaux faits et gestes, de 1496 à 1506; la table alphabétique des matières donne l'énumération détaillée de plus de cent cérémonies auxquelles il assista, durant les pontificats d'Alexandre VI et de Jules II.
Au conclave de sept. 1503, il fut le seul à avoir voté, dès le premier tour, pour les deux cardinaux qui occupèrent cette année même la chaire de S. Pierre : Pie III et Jules II. Au conclave d'oct. 1503, son vote était acquis d'avance au cardinal délia Rovere. Il accompagna Jules II durant sa première expédition à Bologne : voyage d'aller, 26 août-11 nov. 1506;
séjour à Bologne; voyage de retour, 22 févr.-28 mars 1507 (nombreux détails dans le Diaire de Paride Grassi, maître des cérémonies de la chapelle pontificale). A peine rentré à Rome, Cesarini repartit sans délai pour l'Italie du Nord, où son passage à MUan et à Brescia pour des affaires privées est signalé fin avr. (Sanuto, VII, 56-58).
Il fut emporté subitement, après une maladie de six jours, le 1" mai 1510, à Rome, et fut inhumé à Ste-Marie in Ara Coeli. Mécène accompli, on lui doit l'aménagement du plus ancien « jardin antique » (diaeta statuaria) destiné « à ses études et au délassement honnête de ses familiers ». L'inauguration en eut lieu le 20 mai 1500, jour anniversaire de ses trentequatre ans (voir l'inscription dans Hiilsen, p. vi).
F. Albertini, De mirabilibus novae urbis Romae, éd. A. Schmarsow, Heilbronn, 1886, p. 28. — Ann. pont., 1935, p. 115. — Johannis Burckardi « Liber notarum », dans Muratori, éd. Città di Castello, t. xxxii, part. I, p. 610-611. — Cardella, Memorie storiche de' Cardinali, III, 263-64. — Ciacconius-Oldoinus, m, 179. — Eubel, II-2, 23; III, 5, 9, note. — Paride Grassi, Le due spedizioni militari di Giulio II, traite dal « Diario », éd. L. Frati, Documenti e studi pubblicati per cura délia R. deputaz. di storia patria per la provincia di Romagna, i, Bologne, 1886. — 0. Hiilsen, Rômische Antikengàrten des XVI. Jahrh., dans Abhandl. der heidelb. Akad. der Wiss., Phil.hist. Kl., IV, Heidelberg, 1917, p. vi. — M. Sanuto, I diarii, vol. i-x. — UgheUi, i, 470-71.
CÉSAROPOLIS (KaiaapÔTToAis), évêché de la Macédoine II®, dépendant de Philippes. Cette ville est de fondation assez tardive et ne remonte probablement pas au delà du ix« s. de notre ère. Elle portait le titre d'un césar byzantin et l'on a tout lieu de croire que ce personnage n'est autre que Mousélé, un des gendres de l'empereur Théophile, qui conduisit des opérations militaires dans cette région vers 830. En tout cas, l'évêché paraît pour la première fois dans la Notice épiscopale dite de Léon le Sage (H. Gelzer, Ungedruckte und ungenûgend verôffentliche Texte der Notitiae episcopatuum, dans Abhandl. der kgl. bayer. Akad. der Wiss., part. I, t. XXI, sect. III, p. 558). On le retrouve au xi« s. dans la Nova Tactica (H. Gelzer, Georgii Cyprii descriptio orbis Romani, p. 80, n. 1707), et dans une notice contemporaine de Basile II le Bulgaroctone (G. Parthey, Hieroclis Synecdemus et Notitiae graecae episcopatuum, p. 123, n. 578).
On ne connaît pas l'histoire de ce diocèse, sauf qu'il fut plus tard soumis à la métropole de Zichna. Il dut disparaître au xiv« s., lorsque les Turcs s'emparèrent de la région. La ville se trouvait dans le thème de Serrés, et Stilpon P. Kyriakidès (dans BujavTival lasAÉrai, ii-iv, Thessalonique, 1939, p. 268-70) a proposé d'en voir le site sur la colline appelée Yilan Kale; d'autres le placent à SarU.
Il n'a pas encore été découvert d'évêques grecs de ce siège tardif. En revanche le titre de Césaropolis a été conféré plus de dix fois dans l'Église romaine depuis le xvir" s. : Julien de S. -Germain, auxiliaire à Paris; François Picquet (1674-85), vicaire apostolique de Chypre, Alep et Tripoli; Louis Gorski, des Écoles pies (17 sept. 1781-t après 1821), sufïragant de Coujavie; Joseph Pecci (23 nov. ISSg-l^' mars 1841), coadjuteur à Gubbio; Sigismond Deaky (12 juill. 1841-t 1872), auxiliaire à Gyor; Jean-Cuthbert Hedley, O. S. B. (25 juill. 1873-18 févr. 1881), coadjuteur à Newport; Pierre Stumpf (13 mai 1881-17 nov. 1887), coadjuteur à Strasbourg; Félix Midon, M. E. P. (23 mars 1888- 15 juin 1891), vicaire apostolique du Japon central; Étienne Porro (8 avr. 1908), auxiliaire à Serajevo; Hermann-Joseph Straeter (19 juin 1922-16 mars 1943), auxiliaire à Cologne, puis à Aix-la-Chapelle; Marc Glaser (10 juin 1943), adm. apostoUque de Jassy.
CESAROPOLIS — CESLAS
Stilpon P. Kyriakidès, dans Bu3avTival pEXérai, ii-iv, Thessalonique, 1939, p. 266-70. — Ann. pont., 1916, p. 387.
R. Janin.
CESCOMES (Arnauld). Voir Arnauld (7), D. H. G. E., IV, 500-08.
CÉSÈNE, ville des Romagnes (province de Forli), d'environ 20 000 habitants. Les origines de son siège épiscopal ne nous sont point connues, car on ne peut accorder aucun crédit à la tradition qui rattache sa hiérarchie aux disciples de S. Paul, Timothée et Philémon. De même les dix-neuf premiers personnages qui figurent dans la liste d'Ughelli appartiennent à la légende. Les premières données certaines ne remontent pas au delà de la deuxième moitié du vi« s., date à laquelle le siège était occupé par Natale. Au cours du siècle suivant et vraisemblablement pour des raisons politiques, Césène, qui jusque-là avait relevé directement du S. -Siège, passa sous la juridiction de Ravenne. Occupée par les Grecs, puis par les Goths, elle fit partie de l'exarchat, et son histoire n'est autre que celle des Romagnes. Détruite par Bérenger, elle fut concédée par Grégoire V à Gerbert, patriarche de Ravenne (998). Ville épiscopale jusqu'au xi« s., elle devint, à cette époque, une ville libre, tantôt alhée, tantôt ennemie des cités voisines. En 1333, Francesco Ordelaffi en fut nommé vicaire par Jean XXIL Assiégée et prise par Albornoz, Césène passa sous l'autorité directe du S. -Siège et fut gouvernée par des recteurs. Concédée par Urbain VI aux Malatesti (1379), cette famille la conserva jusqu'à la mort de Malatesta Novello (1465). Incorporée définitivement aux États de l'Église, Jules II dota la ville d'une constitution qu'elle conservera, avec de légères modifications, jusqu'à la Révolution française. En 1777, Pie VI rattacha au diocèse de Césène un certain nombre de paroisses qui avaient appartenu autrefois à celui de Rimini. De nos jours, le diocèse de Césène compte environ 95 000 âmes réparties en 68 paroisses. Parmi les monastères fondés dans la ville épiscopale, le couvent des frères mineurs a droit à une mention spéciale en raison de la bibliothèque que Matteo Nuti y édifia, de 1447 à 1452, grâce à la munificence de Malatesta Novello. Au fonds primitif, riche de manuscrits et d'imprimés rares, fut unie, en 1878, la bibliothèque Piana, que Pie VII avait léguée aux bénédictins de Sta Maria di Monte (A. Campana, Bibl. délia provincia di Forli, dans Tesori bibliograflci d'italia : Emilia, Milan, 1931, p. 83-110).
Liste des évêques. — Natale, c. 560. — Concordio, 603. — Mauro, 649, 672 (?). — Floro, 680. — Costantino de Césène, 690. — Candido, 702. — Marcello, 709.
— Claudio Mancio, 742. — Antonio, 769. — Giovanni, 804. — Romano, 826. — Floro, 858, 861. — Pietro, 877. — Mauro, 934-46. — Costanzo, 946. — Goiïredo de Césène, 954-70. — Guido, 972-88. — Sergio, 997, 1001. — Mannazio, 1016. — Giovanni de Césène, 1042- 57. — Desiderio de Césène, 1057-64. — Aldebrando, 1065-82. — Gebizone Ottardi, 1083. — Ugone de Césène, 1106-25. — Benno de' Cocliti, 1126-49. — Oddone de Césène, 1149-59. — Leonardo, 1175-85. — Leto de Césène, 1186-1207. — Oddone Mainardi, 1207c. 1223. — Manzino de Césène, 1232-58. — Michèle de Césène, 1259-62. — Francesco de Césène, 1263-c. 1270.
— Averardo de Saxe, 1271-c. 1274. — Aimerico de Césène, 1274-91. — Leonardo de Césène, 1291-1313. — Giovanni Ricciardelli, 1313-21. — Gerardo de Fano, 1323-24.— Tommaso del Murro, 1324-26.— Ambrogio, 1326-33. — Giovanni Acciaiuoli, 1334. — Bernardo Martellini, 1342-48. — Guglielmo Mirogli, 1348-58. — Vitale de Césène, 1358-63. — Bencivenne de Bologne, 1363-64. — Lucio SavelH, 1364-74. — Giovanni Bertet, 1374-76. — Luigi Alvisi, 1376-78. — Giacomo,
1378 (?). — En 1380, Clément VII, ayant transféré au siège d'Angoulême G. Bertet, nomme à celui de Césène Zenobio, évêque de Tortiboli. — Giacomo Boschetti, 1391-94. — Giacomo Saladini, 1398-1404. — Gregorio Malesardi, 1405-19. — Vittore de Rimini, 1419-25. — Paolo de Césène, 1425. — Paolo de Meldola, 1426-31.
— Antonio de Fossombrone, 1436-75. — Domenico Camisati, 1475. — Giovanni Venturelli, 1475-86. — Pietro Mezi, 1487-1504. — Fazio Santori, 1504-10. — Cristoforo Spiriti, 1510-56. • — Odoardo Gualandi, 1557-88. — Camifio Gualandi, 1588-1609. — Michelangelo Tonti, 1609-22. — Francesco Sacrati, 1622-23.
— Lorenzo Campeggi, 1623-28. — Pietro Bonaventura, 1628-53. — Flaminio Marcellini, 1655-77. — Giacomo Elefantucci, 1677-79. — Vincenzo M. Orsini, 1680-86. — J. Casimiro Denhoff, 1686-97. — Giovanni Fontana, 1697-1716. — Marco Battaglini, 1716-17. — Francesco Sav. Guicciardi, 1718-25. — Giov. Batt. Orsi, 1725-34. — Guido Orselli, 1734-63. — Francesco Aguselh, 1763-91. — Carlo Bellisomi, 1795-1808. — Francesco Sav. Castighoni, 1816-21. — Antonio M. Cadolini, 1822-38. — Innocenzo Castracane, 1838-48. — Enrico Orfei, 1848-60. — Vincenzo Moretti, 1860-67.
— Paolo Bentini, 1871-81. — Giovanni M. Strocchi, 1881-87. — Alfonso M. Vespignani, 1888-1904. — Giovanni Cazzani, 1904-15. — Fabio Berdini, 1915-26.
— Alfonso Archi, 1927-39 (avec le titre personnel d'archevêque). — Beniamino Socche, 1939-45. — Vincenzo Gili, 1946.
Avec les listes épiscopales dressées par Gams et par Eubel, on consultera : D. Bazzocchi-G. Galbucci, Cesena nella storia, Bologne, 1915. — G. B. Braschi, Memoriae Caesenates, Rome, 1738. — P. Burchi, Le prime visite ed i primi sinodi posttridentini a Cesena, dans R. di storia délia Chiesa in Italia, ii, 1948, p. 166-182. — Cappelletti, n, 525- 56. — Kehr, It. pont., v, 127-31. — Lanzoni, 426-27, 466-67.
— Fr. Lanzoni, Cronotassi dei vesc. di Cesena, dans Appendice al sinodo diocesano di Mons. G. Cazzani, vesc. di Cesena, Gatteo, 1912. — F. A. Zaccaria, Séries episcoporum Caesenatensium..., Césène, 1779. — Ughelli, ii, 441-67. — R. Zazzeri, Storia di Cesena dalla sua origine fino ai tempi di Cesare Borgia, Césène, 1890.
M.-H. Laurent.
CESLAS (Bienheureux), frère prêcheur (t 1242). D'après une tradition qui s'exprime au milieu du xive s. dans la Vie de S. Jacko (Hyacinthe), écrite par le dominicain Stanislas le Lecteur (Bibl. hag. lal., n. 4052), Ceslas aurait été frère de Jacko et comme lui neveu de l'évêque de Cracovie Ives Odrowaz (1218- 29) ; les deux frères auraient accompagné leur oncle à Rome et seraient entrés dans l'ordre des Frères prêcheurs du vivant de S. Dominique. Une fois profès, ils seraient venus à Cracovie et y auraient fondé avec l'appui de l'évêque le premier couvent de l'ordre. En réalité, on sait que sur les trois premiers dominicains polonais deux au moins sont des Silésiens : Jacko d'Opole (Oppeln) et Gérard de Breslau; le troisième qui est Ceslas paraît avoir la même origine; on ne peut rien affirmer de leur parenté avec l'évêque de Cracovie. C'est à Paris, où ils étudiaient, qu'ils connurent les premiers frères prêcheurs et qu'ils s'afiîlièrent à l'ordre naissant. Le couvent de Cracovie fut fondé, en 1222, par Jacko d'Opole et Henri de Moravie auxquels l'évêque Ives donna l'église de la Ste-Trinité. Vers ce temps on trouve Ceslas à Prague; il y fonde, avec un compagnon du nom de Jérôme, le premier couvent dominicain près de l'église de S. -Clément. Ceslas arrive avant 1226 à Breslau où l'évêque Laurent lui donne l'église de S.-Adalbert; il sera le premier prieur du couvent de Breslau et, selon toute probabilité, le second provincial, après Gérard de Breslau, de la province polonaise fondée en 1228. Il mourut à Breslau le 15 juill. 1242 et fut enterré dans l'église de S.-Adalbert. Son culte se développa parallèlement à
CESLAS — CEUTA
celui de S. Jacko; il était honoré à Breslau dès le xiv» s. et son corps reposait sous un autel à lui dédié. En 1607 Abraham Bzowski (Bzovius) transféra ce corps dans une chapelle spéciale de l'église de S.-Adalbert; il tenta sans succès de faire ouvrir une procédure de canonisation. En 1713 Clément XI autorisa le culte du Bx Ceslas dans le diocèse de Breslau et Benoît XIV, en 1748, fixa sa fête au 20 avril.
C. Blasai, Der selige Ceslaus, Breslau, 1909; Geschichte von Kirche urtd Kloster S. Adalbert zu Breslau, Breslau, 1912. — B. Altaner, Die Dominicanermissionem des XIII. Jahrh., 1924. — M. Nlwlnski, au mot Czeslaw, dans Polski slownik biograficzny, t. iv-4, p. 357. — J. Woroniecki, O. P., Blogoslaiviony Czeslaw Dominikanin, Opole,
P. David.
CESSATOR (Saint), est cité comme 32« évêque de Limoges (viii® s.) par Bernard Itier, moine et chroniqueur de S. -Martial au xiii« s. Mais son nom ne figure pas encore dans la liste due à Adhémar (j 1034). Cessator est le nom d'un saint local, honoré le 15 nov.
Duchesne, i, 47-50. — Gall. christ., n, 499, 544-660; appendice, 162-204. — Gams, 564.
R. Van Doren.
CESSIA, Cassia, mentionnée au martyrologe hiéronymien comme martyre à Terracine, est une pure graphie.
A. S., nov., I, 82-83. — Mari. Hier., éd. Delehaye, 582.
R. Van Doren.
CESSUS (Saint), Cessius, est cité par le martyrologe hiéronymien le 10 juill. comme martyr à Nicopolis en Arménie mineure, après Million, et le 11 juill. dans un groupe de martyrs de Rome. Ce nom ne désigne aucun personnage connu.
A. S., juUl., III, 34, 178. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 365, 366, 367, 369.
R. Van Doren.
CESTROS (KéoTpoç), ou mieux Cestroi (Kécrrpoi, Kécrrpa), évêché d'Isaurie, dépendant de Séleucie. D'après Hiéroclès (Synecdemus, n. 7095), la ville de Cestroi se trouvait sur les frontières de l'Isaurie et doit probablement se confondre avec celle de Caystros que Ptolémée signale dans la même région. Elle devait être dans la plaine, au sud-ouest de Germanicopolis (auj. Ermenek). On n'a pas encore réussi à l'identifier.
L'évêché fut fondé probablement au cours du iv« s. On ne lui connaît d'ailleurs qu'un seul titulaire grec, Épiphane, qui assista au concile de Chalcédoine et en signa les actes (451; Mansi. vi, 569 B, 944 B, 981 E, 1090 A; VII, 37 B, 121 B, 144 B), et qui souscrivit la lettre des évêques de la province d'Isaurie à l'empereur Léon au sujet du meurtre de Protérius d'Alexandrie (458; Mansi, vu, 553 C).
Le titre de Cestros a déjà été conféré au moins six fois dans l'Église romaine : Jean Pearson (1691), à Francfort; Stanislas Sieracowski (1731-39), coadjuteur; Pie Vidi (24 août 1886-t 28 août 1906), coadjuteur du vicaire apostolique du Chen-si septentrional; Barnabé Pietrabuena (16 déc. 1907-8 nov. 1910), auxiliaire à Tucuman; Édouard-Denys Kelly (9 déc. 1910janv. 1919), auxihaire à Détroit; Jean Scheifes (7 mars 1921-?), auxiliaire à Munster; Édouard Bresson, mariste (l«f juill. 1937), vicaire apostolique de la Nouvelle-Calédonie.
Le Quien, ii, 1025-26. — Ruge, Kestros, dans Pauly- Wissowa, XI, 359. — Ann. pont., 1916, p. 387.
R. Janin.
CETHEUS (Saint), évêque d'Amiterno (t vers 600). D'après les Acta (B. H. L., 1730-31) qui ne méritent pas entièrement créance, Cetheus, au moment de l'invasion de sa ville épiscopale par deux chefs lombards Alais et Umbolus, s'enfuit d'abord auprès du pape S. Grégoire le Grand. Il retourna cependant
à Amiterno, mais pour être bientôt accusé par Umbolus d'avoir aidé Alais, qui avait permis l'attaque de la ville par Vitalien, comte de Ortona. Il fut jeté dans la Pescara. Son corps retrouvé à Zara (Dalmatie) y fut enseveli avec honneur sous le titre de Peregrinus. C'est sous ce nom qu'il est inscrit au martyrologe romain qui, de cette victime d'une haine politique, a fait un martyr de la foi.
A. S., juin, m, 181-90. — B. H. L., n. 1730-31. — Chevalier, B. B., i, 844; ii, 3575. — Lanzoni, i, 363. — Mort. Rom., 235-36. —D. H. G. E., s. v. Amiterno, u, 1291.
R. Van Doren.
CEUTA (ÉVÊCHÉ). — I. Histoire. — La mythologie grecque parle des « Colonnes d'Hercule », dont l'une aurait été placée à Abyla (Pauly-Wissowa, i-l, col. 98), très probablement l'Excelisa de Ptolemée, la Ceuta actuelle. Les Grecs l'appelaient "EiTTàSeAçoi 6p05, à cause des sept collines sur lesquelles elle se trouve bâtie {ibid., 2. Reihe, iv, 1550). La traduction latine d'"ETrrà56X90i, Septem fratres, a donné lieu au nom actuel de Ceuta (septem, en arabe : sebta = Ceuta). Au début Ceuta fit partie de l'empire de Carthage; plus tard, sous la domination romaine, elle devint capitale de la Mauritania Tingitana, et l'empereur Othon (t 69) l'attacha au Convenlus juridique de Cadix. Lorsque les Vandales traversèrent le détroit de Gibraltar, ils s'emparèrent de Ceuta, mais ils en furent chassés par Justinien. Suintila, général et successeur de Sisebut, roi des Visigoths d'Espagne, en expulsa à son tour les impériaux; quoique cette dernière affirmation ne soit pas entièrement sûre, il est néanmoins certain qu'au moment où les Arabes s'emparèrent de Ceuta, elle se trouvait sous la domination des Goths. A en croire S. Isidore (Hist. Goth.), déjà le roi Theudis avait tenté de la conquérir, mais sans succès. Les Arabes restèrent maîtres de Ceuta jusqu'en 1415 (14 août), date à laquelle elle fut rachetée par D. Jean !«% roi de Portugal. En 1580, sous Philippe II, elle devint avec tout le royaume de Portugal possession espagnole. Lorsqu'en 1640 le Portugal reprit son indépendance, Ceuta resta soumise à l'Espagne, à laquelle elle fut définitivement incorporée en vertu de l'art. 2 du traité du 13 févr. 1668. Depuis cette date, elle resta acquise à l'Espagne, nonobstant les efforts réitérés des Maures pour secouer la domination étrangère.
II. L'ÉVÊCHÉ. — Après la conquête de Ceuta, une des premières préoccupations du roi D. Jean I" fut d'y ériger un évêché. Par sa bulle Romanus Pontifex (4 avr. 1417), le pape Martin V chargea l'archevêque de Braga, Ferdinand de Guerra, et l'évêque de Lisbonne, Diego Alvarez de Brito, d'examiner le bienfondé de ce projet et les autorisa à procéder éventuellement à l'érection du nouveau siège épiscopal. Ce qu'ils firent effectivement le 6 sept. 1420. Martin V, par le bref Romani Pontificis (5 mars 1421), confirma le premier évêque de Ceuta, Fr. Aymar, O. F. M., d'origine anglaise.
Primitivement l'évêché de Ceuta s'étendait à tout le royaume de Fez; mais au cours des années, ses limites ont été souvent modifiées (v. carte, art. Cadix, supra, XI, 109). Durant le Grand Schisme d'Occident, comme la Castille adhérait au pape d'Avignon et le Portugal à celui de Rome, le territoire portugais appartenant à l'évêché de Tuy, c.-à-d. la région de Valenza do Minho, se détacha de sa métropole et quelques chanoines de cette Église se constituèrent en chapitre indépendant entre 1381 et 1392. En outre, la contrée d'Olivenza, Campo Mayor et Onguella, soumise à l'évêché de Badajoz (supra, v, 105-06), suivit l'exemple de Valenza et se détacha aussi de sa métropole (aujourd'hui cette région appartient à l'Espagne). Ces deux territoires restèrent indépendants jusqu'à ce que le pape Eugène IV,