‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 6 sur 282 · CAVA · texte numérisé non relu

CAVA

Chaque monastère exerçait la cura animarum. Si l'on compte que la congrégation groupa environ 400 maisons et églises, on se fera une idée de son importance pour la vie religieuse et le ministère des âmes dans le sud de la péninsule à cette époque. L'aire de la domination de Gava couvrait le territoire compris au sud d'une ligne partant de Naples vers Capoue, Bénévent, Luceria et le mont Gargano, jusques et y compris la Sicile. Dans l'île, Gava occupa les églises de Paternô, de Petralia, de Tramutola. En 1176, Guillaume II lui donna la splendide abbaye de Montréal qu'il venait de fonder et qui fut élevée, dès 1182, à la dignité de siège archiépiscopal. Sur toutes ces provinces, Gava régna sans rival, tandis que le Mont- Gassin dominait au nord de la ligne susdite, surtout dans le Capouan et le Bénéventain.

L'ordo Cavensis était organisé à peu près comme celui de Gluny, avec quelques divergences. Il n'avait pas dû, en efl'et, passer par les tâtonnements qui marquèrent les origines de l'ordre clunisien. Il avait pu profiter des expériences faites par son modèle. Moins étendu, concentré en une seule région, il recevait plus régulièrement les visites de son chef. Il formait un corps plus homogène, dont les éléments lui étaient pacifiquement soumis. Sans doute, les avantages civils et économiques dont jouissaient les maisons de Gava contribuaient-ils à cette heureuse harmonie et resserraient-ils les liens qui les unissaient. Ges maisons l)ou valent se partager en trois groupes : les prieurés et les celles qui ne formaient qu'une famille monastique avec la communauté de Gava; les monastères soumis à Gava, mais qui gardaient leur autorité sur leurs propres dépendances et recevaient des novices pour leur propre compte; enfin, les abbayes qui n'avaient avec Gava que la communauté d'observance; c'était le cas, entre autres, de Montréal.

Pendant près de trois siècles, la congrégation de Gava prospéra. Elle représente, en somme, la seule réussite durable de l'idée ckinisienne, hors de Gluny même. Son développement coïncida avec la formation de la féodalité dans l'Italie méridionale, résultat de la conquête normande, résultat si différent de ce qui se passa dans les autres régions de la péninsule.

Déjà, en 1260, les guerres entre les maisons d'Anjou et de Souabe furent désastreuses pour les possessions de Gava et la discipline monastique de ses monastères. L'abbé Léon (1268-95) parvint heureusement à ré))arer les désastres. Plus graves furent les coups portés, sous les papes d'Avignon, par les conflits qui mirent aux mains les princes d'Aragon et ceux d'Anjou. L'ordre s'eûrite; il perd de nombreuses maisons et églises, des possessions étendues. Plusieurs monastères deviennent des bénéfices ciue le pape confère directement à ses créatures, à des séculiers. L'abbaye elle-même en donne à des étrangers, voire à des franciscains. Avec le système bénéficiai, le faste et la mondanité s'introduisent dans la congrégation. Les avantages temporels l'emportent sur les intérêts spirituels. L'abbé Mainerius (1340-1366) est plus séculier qu'ecclésiastique. Tout annonce le proche déclin. Le 7 août 1394, Boniface IX, sur les instances du roi de Naples, Ladislas, élève l'abbaye au rang d'évêché, et Gava aura à sa tête quatre abbés-évêques (1394- 1431). Le dernier, Angelotto de Fosco, créé cardinal en 1431, retint en commende l'évêché de Gava. Ge fut le début de l'ère des commendataires (1431-97). Désormais, on ne ])eut plus guère parlèr de la congrégation de Gava. A Gava, vivaient une douzaine de religieux stipendiés par les commendataires; au dehors, quelques moines, disséminés dans les prieurés et les paroisses, y vivaient en bénéficiers. La juridiction spirituelle et temporelle était exercée par les cvêques nommés par les commendataires.

Le dernier cardinal qui eut la commende de Gava, Olivier Garafa (1485-1497), était un prélat sincèrement j pieux. Il offrit aux moines de Gava d'y faire refleurir ! la vie religieuse. G'est grâce à lui que l'abbaye, avec toutes ses dépendances, finit par être incorporée à la congrégation de Ste- Justine de Padoue; le cardinal résigna sa commende et l'évêché fut supprimé (1497).

L'église paroissiale de Gorpo di Gava ayant été déclarée siège du nouvel évèché de Gava, en 1513, il s'ouvrit une période, longue de près de deux siècles, remplie de conflits incessants entre l'abbaye d'une part et soit la Gurie romaine, soit la cour de Naples d'autre part. L'abbaye voulait qu'on reconnût ses droits et ses privilèges, tout spécialement son exemption, et sa juridiction d'Ordinaire sur ses dépendances et les quelques paroisses qui constituaient son petit diocèse.

Aux xvie et xvii" s., l'union à la congrégation de Ste-Justine, dite peu après cassinienne, se révéla très profitable pour Gava, jusqu'à la fin du xviii« s. Les sécularisations causées par l'invasion des troupes françaises révolutionnaires faillirent supprimer l'abbaye. Mais le nouveau roi de Naples, Joseph Bonaparte, fit pour Gava ce qui avait été décrété pour le Mont-Cassin et Montevergine : il déclara le monument « Archives du royaume », lui donnant le nom d'établissement national. Les moines en habit laïque en étaient les gardiens, avec une rente annuelle de dixsept mille lires. Restaurée en 1825, l'abbaye recouvra la majorité de ses biens, grâce à Pie VII. En 1866, la loi de suppression des couvents atteignit Gava. Cette fois encore, les moines purent y demeurer en qualité de gardiens du monument national et l'abbé fut reconnu comme Ordinaire diocésain. En 1867, l'abbaye ouvrit un collège pour jeunes gens laïques; peu après, elle rouvrit le séminaire pour jeunes ecclésiastiques.

Rappelons qu'en 1830 trois bénédictins espagnols de la congrégation de Valladolid supprimée se réfugièrent à Gava où ils firent profession. Deux d'entre eux partirent ])our les missions d'Australie dont ils furent les pionniers célèbres : c'étaient doin Rudesinde Salvado et Joseph Serra, qui fondèrent le territoire de Nuova Norcia. Salvado devint évèque de Porto Vittorio; Serra fut évêque de Perth.

Liste des abbés perpétuels de Cava, jusqu'à l'union à la congrégation de Ste-Justine qui n'admettait que des abbés temporaires : S. Alferio Pappacarbone, 1011-50. — S. Leone, 1050-79. — S. Pietro Pappacarbone, 1079-1123. — S. Costabile, 1123-24. — B. Simeone, 1124-41. — B. Falcoiie, 1141-46. — B. Marino, 1146-70. — B. Benincasa, 1171-94. — B. Pietro II, 1191-1208. — B. Balsamo, 1208r32. — B. Leonardo, 1232-55. — Tommaso, 1255-64. — Giacomo, 1264-66. — Americo ou Amico, 1266-68.

— B. Leone II, 1268-95. — Rainaldo, 1295-1300. — l'.oberto, 1301-11. — Bernardo de Starreri, 1311-16.

— Filippo de Laia, 1316-31. — Guttardo, 1332-40. — Mainerio, 1340-66. — Golferio, 1366-74. — Antonio, 1374-83. — Ligorio de Maiorini, 1383-94.

Abbés-évêques : Francesco de Aiello, 1394-1407. — Francesco Mormille, 1407-19. — Sagace dei Conti, 1419-26. — Angelotto de Fusco, 1426-31.

Cardinaux commendataires : Angelotto de Fusco, 1431-44. — Luigi Scarampa, 1444-65. — Giovanni d'Aragon, 1465-85. — Oliviero Garafa, 1485-97.

Annales Cauenses, dans M. G. H., SS., m, 185-97. — Morcaldi, Synopsis historico-diplorQatica monasterii et tabularii..., t. i du Codex diplomaticus Cavensis, Naples-Mllan, 1873-93, 8 vol. — Clironicon Cavense, dans Muratori, Rev. liai, medii aei>i script., vu. — Leone Mattci Cerasoli, La badia delta SS. Trinitù di Cava (1011-1928), dans j Ullalia benedettina, Rome, 1929, p. 155-227. — La badia I délia SS. Trinità di Cava. Cenni storici, Cava, 1942. —

Page 1