‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 63 sur 282 · U R-SAO N E · texte numérisé non relu

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donc encore à la cité d'Autun; l'existence de l'évêque Donatien, mentionné vers 350 par des documents suspects, est douteuse. Mais un fragment d'inscription, gravée sur une chaire épiscopale de marbre dont on possède quelques débris, paraît rappeler la consécration de cette chaire en 449 ; et vers 470 une lettre de Sidoine Apollinaire mentionne l'évêque Paul comme mort depuis peu ; ce serait l'un des premiers évêques, sinon le premier.

Outre S. Marcel et S. Valérien, les saints propres du diocèse sont d'abord les évêques Agricole, Sylvestre et Loup, objets d'un culte ancien, puis Jean, Flavius et Grat ajoutés au x« s. en même temps que les évêques apocryphes Véran, de Cavaillon, et Tranquille, moine cité par Grégoire de Tours. On considéra aussi comme évêque S. Didier, ermite de Gourdon, dont Grégoire de Tours montre le corps vénéré dès sa mort au vi« s. Tous ces évêques ou considérés comme tels firent l'objet d'une fête commune instituée en 1315. Le diocèse honorait également comme saints le roi Gontran et Gervais, diacre du Mans assassiné par des brigands sur le territoire de Chalon en revenant d'un pèlerinage à Rome, au v^ s. semble-t-il.

IL Étendue et circonscriptions. — Le diocèse de Chalon, tel qu'il apparaît au milieu du Moyen Age, s'étendait sur une partie des départements actuels de Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or et avait une forme singulière. Outre un noyau de forme à peu près circulaire autour de Chalon, correspondant au pagus Cabilonensis, il comprenait une antenne s'insérant le long de la rive droite de la Saône entre les diocèses d'Autun et de Besançon jusqu'à celui de Langres où elle se fragmentait en trois enclaves; cette bande de terre occupait une partie de l'Oscheret, ou pays de l'Ouche, pagus Oscarensis. Aucune explication sûre n'a été donnée de cette forme singulière. Le diocèse semble avoir adopté le cadre d'une circonscription administrative ou militaire chargée d'assurer la surveillance de la Saône sur une large partie de son cours, avec une tête de pont en Bresse vis-à-vis de Chalon; l'extrémité nord en aurait été morcelée par l'établissement postérieur d'un couloir donnant passage à la route de Dijon à S. -Jean de Losne. Mais on ignore complètement l'époque de ces créations; le chanoine Chaume les plaçait volontiers au i»' s. avant notre ère lorsque Éduens, Lingons et Séquanes se disputaient le contrôle de la Saône.

Le diocèse, 3"= de la province de Lyon, comprenait un peu plus de 200 paroisses dont les principaux patrons étaient l'évêque (plus de 60 cures), le chapitre cathédral et l'abbaye S. -Pierre de Chalon (une trentaine chacun); il n'y avait que quelques patrons laïcs. Jusqu'en 1189, le nombre des archidiacres cités dans les textes ne dépasse jamais trois; depuis cette date, on en trouve quatre. On ignore quand des circonscriptions déterminées leur furent attribuées ; l'archidiaconé de Chalon est mentionné pour la première fois en 1179, celui de Bresse en 1185, celui d'Oscheret en 1113, celui de Tournus en 1234 (toutes ces dates antérieures à celles que donne Longnon dans les Pouillés de la province de Lyon). Au-dessous des archidiaconés étaient des archiprêtrés. Alors qu'on a la mention d'un archiprêtré de Bresse dès 1130, les autres ne sont connus qu'à partir de la fin du xii« et du début du XIII» s. Leurs noms mêmes ne paraissent avoir été définitivement fixés que dans le premier tiers du xiii« s. C'étaient les archiprêtrés de la Montagne, de Demigny, de Bresse et de Tournus, et le doyenné d'Oscheret (doyenné étant le terme usité dans le diocèse de Langres où l'Oscheret était en partie enclavé). Ces archiprêtrés ou doyennés correspondaient chacun à un archidiaconé, sauf les deux premiers qui se partageaient celui de Chalon. Au moment de l'éta-

blissement du premier pouillé connu, vers 1360, les limites des différentes circonscriptions étaient les suivantes : l'archidiaconé de Bresse comprenait toute la rive gauche de la Saône, terre d'Empire; celui d'Oscheret, tout ce qui était au nord de la Dheune; celui de Tournus, la partie du diocèse entre la Saône et la Grosne et, en outre, le territoire compris entre cette dernière rivière et le Droux, petit affluent de la Saône à quelques km. en aval de Chalon, très court ruisseau formé par la réunion de la Corne, de l'Orbize et de la Thalie, et qui servit souvent de limite au Moyen Age; on rencontre plusieurs fois dans les textes l'expression inter Gronam et Derolum qui a embarrassé Longnon ; l'archidiaconé de Chalon avait le reste du diocèse, la limite entre l'archiprêtré de Demigny au Nord et celui de la Montagne au Sud étant constituée par la voie romaine de Chalon à Autun.

Vers 1670 apparaissent seize nouveaux archiprêtrés qui se répartissent ainsi dans les quatre archidiaconés dont les limites furent légèrement modifiées : Esbarres et Les Maillys dans celui d'Oscheret; Tournus et Brancion dans celui de Tournus; Chalon, Rully, S. -Jean de Vaux, Jambles, Buxy, S.-Gengoux, Mont- S. -Vincent dans l'archidiaconé de Chalon ; Ormes, Mervans, Branges, Alleriot et Verdun dans celui de Bresse.

III. Liste des évêques. — Le catalogue contenu dans un cérémonial du xiii« s., aujourd'hui perdu, se révèle exact depuis la fin du 1x1= s., mais il est, pour la période antérieure, dans un désordre complet, ne donne pas certains évêques connus par ailleurs et en renferme d'apocryphes comme S. Véran, Tranquille et Didier; les évêques connus uniquement par ce catalogue sont donc douteux, ou au moins de date incertaine. En éliminant Donatien, la liste épiscopale peut s'établir comme suit : Paul, mentionné, comme il est dit plus haut, par Sidoine Apollinaire qui rapporte les circonstances de l'élection de son successeur Jean, vers 470. — Jamblique, Jamhjchus, évêque dont on conserve la pierre tombale, n'était peut-être pas sur le siège de Chalon, à moins que ce ne soit V Amblacus du catalogue. — S. Sylvestre (probablement 490, t 532), S. Agricole (532, t 580), S. Flavius (580, t après 591), connus notamment par Grégoire de Tours. — S. Loup, dont la date n'est pas assurée mais dont on possède une Vie très simple dans laquelle il apparaît comme de la même lignée que les évêques précédents et qu'il n'y a nulle raison de repousser jusqu'au début de la période carolingienne, comme le fait Besnard (la crosse dite de S. Loup, conservée à S. -Vincent, est du xiii« s.). — Anleslis, cité en 614. — Wadeliniis, évêque qui possédait des biens à Chalon mais n'était peut-être pas évêque de la ville. — Gelderinnus ou Gilderinus, cité uniquement par la Vie de S. Grat comme prédécesseur de celui-ci. — S. Grat, dont la Vie, tardive et remplie d'anecdotes légendaires, n'a aucune valeur, mais qui est connu par ailleurs, vers 650-54. — Didier, persécuteur de S. Léger vers 670, n'était peut-être pas évêque de Chalon. — A l'époque troublée de la fin des Mérovingiens correspond une lacune où il faut peutêtre placer Legonce, Théodore et Agnibert, donnés uniquement par le catalogue. — Les évêques certains reparaissent seulement à la fin du vjii« s. : Hubert, vers 779-90. — ■ Garnoul, Warnulfus, indiqué à cette place par le catalogue. — Fova, vers 826-37. — Milon, d'après le catalogue également. — Josseau, Godesaldus, clerc du palais nommé par Charles le Chauve, vers 849-62, ainsi que Gerbaud, Gerboldus, vers 864-86, qui obtint de Charles le Gros que son successeur serait élu par le chapitre. — Étienne, vers 887. — .\ndré, Ardradm, vers 890-920, appelé dans le catalogue par une mauvaise lecture Axorantis, dont on a fait à tort un autre évêque. — Stacteus, vers 922. — Durand, indiqué ici par le catalogue. — Gibaud, Mil-

C H A JL U iN - S U R - S A 0 N E

deboldus, Gildebotdus, vers y3b-54. — Frogier, vers 960. — Hugues, Indiqué ici par le catalogue. — Raoul, vers 977-84, le premier dont on connaisse la famille; il était frère 'du comte I>ambert. — Lambert, vers 990- 94, parent sans doute du précédent. — Geoffroi de Semur, vers 999-1039. — Gui, vers 1044-56. — Achard, vers 1059-70. — Rodenus, vers 1072-78, qui semble identique à Rodericus cité dans un diplôme de Philippe I''' (Prou, n. 86). — AT)rès un intrus dont on ignore le nom, installé par Philippe I'''' et déposé par Grégoire VII, l'archidiacre Gautier de Couches — et ce fut désormais la règle — fut élu par le chapitre, 1080- 1120. — Josseau, Jotsaldus, connu par des chartes non ou mal datées, mais placé ici par le catalogue. — Gautier de Sercy, vers 1129-57. — Pierre de S. -Marcel, vers 1164-78. — Engilbert, vers 1179-82, se fit chartreux. — Robert, vers 1185, t 1216. — Durand du Puy, 1216, t nov. 1231. — (iuillaume de la Tour de Chenôves — à tort appelé de Chevannes — juin 1231, transféré à Besançon le 21 mars 1245. — Alexandre de Montaigu, mai 1245, f déc. 1261. — Thibaut, 1263, t déc. 1264. — Gui de Sennecey, 1265, j 19 mai 1269. — Ponce de Sissey, 24 juill. 1269, t 14 févr. 1273. — Guillaume du Blé, 1273, t 7 sept. 1294. — Guillaume de Bellevêvre, 1294, t nov. 1301. — Robert de Dezize (et non de Decize en Nivernais), nommé par Boniface VIII le 25 mai 1302 à la suite d'une élection contestée où il était en minorité, mais après laquelle il s'était rendu à Rome et avait résigné tous ses droits entre les mains du pape; t fin 1315. — Bertaut de la Chapelle de Villars, 1316-33.

Avec Hugues de Corabœuf, haut fonctionnaire ducal (15 mars 1333, f entre mars 1341 et juin 1342), s'ouvre une nouvelle période de l'histoire des évêques qui furent désormais non plus élus, mais nommés par le pape ; ce furent souvent des clercs du roi, du duc de Bourgogne ou de la Cour pontificale, qui parfois conservèrent leurs fonctions administratives et ne résidèrent pas. Hugues de Corabœuf appartenait à la noblesse locale; mais ses successeurs seront généralement étrangers à la région. — Pierre de Chalon, ancien maître des ports et passages du royaume, 26 juin 1342, f 15 mars 1345. — Jean Aubriot, haut fonctionnaire ducal, 21 mars 1345, t 18 déc. 1350. — Renaud Chauvel, dont on n'a connu longtemps que le nom latinisé Chavelli, maître des comptes du roi, 3 janv. 1351, transf. à Châlons-sur-Marne le 2 oct. 1353. — Jean de Mello, 2 oct. 1353, transf. à Clermont le 8 févr. 1357. — Jean l" Germain ou de Dixmont, 8 févr. 1353, transf. à Auxerre le 18 juin 1361. — Jean de S.-Just, le maître bien connu de la Chambre des comptes de Paris, 18 juin 1361, t 27 mai 1369. — Geoffroy de Salagny, qu'on a dédoublé à tort en Jean de Salorney et Guillaume de Saligny, 18 juin 1369, transf. à Bayeux le 14 avr. 1374. — Nicolas de Vères, 12 mai 1374, t 8 nov. 1386. — Olivier de Martreuil, 29 janv. 1387, t 15 mars 1405, eut avec son chapitre un conflit auquel mit fin — c'en est un des premiers exemples — un arrêt du parlement de Paris. — Étienne de Semur, doyen du chapitre, fut élu le 31 mars 1405 par les chanoines désireux de recouvrer la liberté d'élection et qui s'adressèrent pour la confirmation au pape de Rome Innocent VIII; mais celui d'Avignon, Benoît XIII, à l'obédience duquel le roi de France s'était de nouveau rangé en 1403, nomma Jean de la Coste, 6 avr. 1405, transf. à Mende le 10 mars 1408. — Phihbert de Saulx, 10 mars 1408, transf. à Amiens le 14 avr. 1413. — Jean d'Arsonval, 14 avr. 1413. t 27 août 1416. — Hugues d'Orges, élu par le chapitre sous la pression de la duchesse de Bourgogne, le 3 sept. 1416, transf. à Rouen le 19 janv. 1431. — Jean Rolin, nommé par le pape le 26 janv. 1431, transf. à Autun le 20 août 1436. — Jean II Germain,

transf. de Nevers, 20 août 1436, t 2 févr. 1461, auteur de nombreux ouvrages, chancelier de la Toison d'Or. — Jean I" de Poupet, élu par le chapitre sur la recommandation du duc et promu par le pape le 27 mai 1361, résigna en faveur de son neveu. — André de Poupet, 14 juill. 1480, résigna aussi en faveur de son neveu. — Jean II de Poupet, 11 déc. 1503, t 28 déc. 1531, inaugura le cumul du siège épiscopal et d'abbayes tenues en commende. — Antoine de Vienne nommé par le roi en vertu du concordat, malgré les protestations des chanoines, le

23 févr. 1532, t févr. 1552. Louis Guillart, 16 oct. 1553, transf. à Senlis le 4 sept. 1560, ne résida pas, non plus que ses deux successeurs, Antoine Erlault (15 avr. 1561, t 28 sept. 1573) et Jacques Fourré (16 nov. 1573. f 20 janv. 1578). — F>ontus de Thiard ou Tyard, l'un des i)oètes de la Pléiade, 17 mars 1578, chassé de la ville par les ligueurs, prit son neveu comme coadjuteur en 1592 et résigna en sa faveur. — ■ Cyrus de Thiard, 24 janv. 1594, t 3 janv. 1624, présida à la fondation de plusieurs maisons religieuses, supprima la « danse des chanoines » et la fête des Innocents, et fit adopter dans le diocèse le rite romain. — Jacques de Neuchèze, 7 oct. 1624, t l*"' mai 1658, continua la Contre-Réforme. — Jean de Maupeou, 31 juill. 1658, t 2 mai 1677, fonda le séminaire. — Henri Staix, dit Henri-Féhx de Tassy, 18 juin 1677, 1 10 nov. 1711, défendit le curé de S. -Vincent accusé de quiétisme, fut soupçonné de sympathies pour le jansénisme et vit ses Ordonnances synodales saisies en 1701 comme « contraires aux libériez de l'Église gallicane ». — François de Madot, 24 déc. 1711, t 6 oct. 1753, publia la bulle Unigenilus, prit des mesures contre les « appelants », entra en conflit avec son clergé qui estimait trop sévère ses statuts synodaux. — Louis-Henri de Rochefort d'Ally, fin 1753, t 14 juin 1772, ramena les fêtes chômées de 43 à 17 et substitua dans la liturgie le rite parisien au rite romain. — Joseph-François d'Andigné de la Châsse,

24 juin 1772, démiss, en 1781. — Jean-Baptiste du Chilleau, sacré le 30 déc. 1781, fonda des écoles gratuites, ne fut pas élu aux États généraux, les curés du diocèse ayant monté une « cabale et complot » contre le haut clergé; émigra en Suisse et ne démissionna qu'en 1816. — A cette époque, il fut question de rétablir l'évêché de Chalon supprimé en 1790 et un titulaire fut même désigné, Paul-Ambroise Frère de Villef rançon. — Un bref de 1853 a donné à l'évêque d'Autun le titre d'évêque d'Autun, Chalon et Mâcon.

Les évêques de Chalon possédaient un domaine important dont un des premiers éléments paraît être une donation de S. Loup au vi« s. Il était constitué essentiellement par « dix-sept villages » (dont plusieurs n'étaient que des hameaux) situés pour la plupart au nord de Chalon, relevant directement du roi (voir supra, Chalon (Ville) : Histoire); les derniers vestiges de leur indépendance ne disparurent qu'en 1561, presque un siècle après la réunion du duché à la couronne; depuis le xvii" s., l'évêque s'intitula évêquecomte de Chalon. Le domaine épiscopal comprenait en outre des biens et des redevances dans un grand nombre d'autres localités. Parmi les droits épiscopaux figure la suzeraineté sur le duc de Bourgogne pour tout ce que celui-ci possédait en Chalonnais (attestée depuis 1218) et sur le comte de Tonnerre pour le « parcours S. -Vincent » autour des Riceys (.\ube).

IV. Établissements religieux. — A la Révolution le diocèse comptait : cinq abbayes d'hommes : S. -Pierre de Chalon (voir Ville); l'abbaye de chanoines réguliers de Tournus. ancien monastère bénédictin sécularisé en 1627; les abbayes cisterciennes de Cîteaux, chef d'ordre, La Ferté et Maizières (voir ces noms); deux abbayes de femmes : bénédictines de Lan-

c;UALUiN-SbK-SAUiNE —

charre (voir Ville), cisterciennes de Molaise (voir ce nom). Les anciens pouillés donnent une longue liste de prieurés; on peut y distinguer : les prieurés-cures, églises paroissiales dépendant d'une abbaye, oîi la vie conventuelle, si elle exista jamais, cessa très tôt, et dont plusieurs furent « éteints » au xviii*' s. (tel était S. -Laurent de Chalon); — les prieurés indépendants, comme Lancharre avant son érection en abbaye, et Époisses (comm. de Bretenière, Côte-d'Or), de l'ordre de Grandmont, connu depuis 1189, supprimé en 1771 au profit du séminaire; — les prieurés proprement dits, distincts des cures des paroisses dans j lesquelles ils se trouvaient, tel le jjrieuré S. -Pierre de ; Sermesse, prieuré de l'abbaye clunisienne de Baume, i uni en 1513 au collège de S. -Jérôme de Uole (du ' diocèse de Besançon jusqu'au xvi'^ s., puis de Chalon), non identifié par D. Cottineau; — enfin les anciens | monastères indépendants soumis ensuite à d'autres abbayes, comme S. -Marcel (voir ce nom), abbaye mérovingienne agrégée à Cluny. Il faut y ajouter les monastères disparus : Gourdon, où Grégoire de Tours montre des moines réunis au vi" s. autour du saint ermite Didier; les deux prieurés de femmes subordonnés à Lancharre, La Chaux (comm. de Cuisery) et le Puley, cités depuis le xiii« s. et réunis à Lancharre, le premier au xiv» s., le second en 1615.

Il y avait : cinq couvents d'hommes, les récollets à Tournus, les quatre autres à Chalon ; cinq de femmes, tous à Chalon depuis la réunion en 1752 des ursulines de S.-Gengoux à celles de Chalon. L'ordre de Malte possédait deux commanderies : celle de Bellecroix (comm. de Chagny), possession primitive de l'ordre de S.-Jean de Jérusalem, dont dépendaient cinq maisons parmi lesquelles le Temple de la Chapelle de Demigny; celle de Chalon, venue de l'ordre du Temple, dont dépendait huit maisons et à laquelle fut réunie la commanderie des antonins de Chalon (voir Ville).

Les collégiales étaient : celle de S. -Georges de Chalon (voir Ville), celle de Cuisery, fondée en 1348, formée d'un doyen et de six membres portant le titre de chapelains ou concurés — c'était donc plutôt un de ces « méparts » que l'on trouvait dans la plupart des bourgs, à Buxy dès 1263, à Givry, créé en 1485, à Chagny, à S.-Gengoux. La collégiale de trois chanoines fondée vers 1270 à S. -Martin de Gâtinois, transférée en 1301 à Allerey et portée à un doyen et sept chanoines, disparut pendant la guerre de Cent Ans.

Le grand séminaire fut installé en 1675 chez les oratoriens de Chalon; le petit séminaire fut créé à Tournus en 1688 et réuni le plus souvent au collège municipal de cette ville, jusqu'en 1699, puis de 1733 à 1742, puis de 1766 à la Révolution. Les jésuites dirigèrent le collège de Chalon.

Enfin, outre les hôpitaux de Chalon et de quelques petites villes, toute une série de maisons-Dieu avaient existé le long des vieilles routes, quelquefois loin des agglomérations — ce qui les a fait souvent prendre pour des léproseries — mais à un carrefour ou un passage important : celle du Pont de Grosne (comm. de Beaumont), disparue au xvi« s.; celles de Givry et Rully, réunies en 1696 à l'hôpital de Chalon; celle de Chagny, dont le pape Clément VIT en 1394 ordonnait la restauration, comme « située sur le chemin qui mène de Paris à Avignon »; celle de Marloux dont l'histoire est bien connue grâce aux archives de Remiremont dont elle dépendait.

P. Besnard, Les origines et les premiers siècles de l'Église chalonnaise, dans Mém. de la Soc. d'hist. et d'archéol.de Chalon, xvri, 1920; xviii, 1922 (dont il parut une première version inoiiis complète dans la Revue d'iiisl. de l'Ëi/tise de ! France, 1911). — J.-L. Bazin, Ilisl. des évéciues de Chalon, dans Mém. de la Soc. de Chalon, xiv, l" part., 1914-17; xv, I

CllALU.NS-bUfl-MA H iN K

1918 (sûr seulement à partir du xv» s.; donne en tète du t. I une carte du dioc. avec toutes les paroisses). — Mlle M. Pellechet, Notes sur les livres liturgiques des dioc. d'Autun, Chalon et Mâcon, Autun, 188.3, in-8°. — P. Gras, Notes sur deux pouillés du dioc. de Chalon publiés par Longnon, dans Mém. de la Soc. de Chalon, xxx, 1943. — Mme C. Dickson, Les églises romanes de l'ancien dioc. de Chalon, Mâcon, 1935, in-8''. — Mlle Y. Fernillot, Les églises gothiques de l'ancien dioc. de Chalon, dans École nationale des chartes. Positions des thèses de la promotion 1946. — Chan. L. Ravenet, L« 7iiaison-/)i«ii (/p Notre-Dame de Marloux, Aiitun, 1945.

1'. Gkas.

CHALONS (Aubeut oe), O. P., inquisiteur de France de 1330 à 1332. Son activité est connue par diverses bulles de Jean XXII (éd. J.-M. Vidal, ISullaire de l' Inquisition française an SiV" s., Paris, 1913). Sa probité paraît suspecte, car le pape intervint exceptionnellement en faveur du chirurgien Anselme de Gènes et d'un clerc auxerrois, mis indûment en prison sous faux prétexte d'hérésie et de sorcellerie et délivrés de geôle après avoir encouru d'injustes et lourdes peines, et même sous promesse de ne rien révéler des iniquités qu'ils avaient souffertes. L'offîcial de Paris était, il est vrai, pareillement compromis dans l'affaire.

G. MOLLAT.

CHALONS-SUR-MARNE. — l. VILLE.

— 1. Origine et histoire sommaire. IL Établissements ecclésiastiques. III. Événements religieux.

I. Origines et histoire sommaire. — - La cité de Chàlons était à l'origine une simple bourgade du pays des Rèmes : Durocatalaunum ou Catalaunum (Reims, la ville des Rèmes, s'appelait Durocortorum Remorum). On suppose qu'elle fut fondée au i" s. de notre ère; elle ne fut transformée en municipe distinct que sous l'empereur Aurélien, sans doute après la victoire que celui-ci remporta sur les troupes de l'usurpateur Tetricus, près de Châlons, en 273. C'était un « gîte d'étape » à l'endroit où la route de Boulogne à Langres traversait la Marne et ses aflluents, le Nau et le Mau, sur un pont dont on a retrouvé les fondations. Cette route y rencontrait une autre voie qui, par Autun, Auxerre et Troyes, menait également du centre de la Gaule vers la Bretagne. Châlons fut très probablement entourée d'une enceinte à la fin du in« ou au début du iv» s., mais le tracé de cette muraille n'a pu être déterminé jusqu'ici d'une manière satisfaisante. Les rives de la Marne étaient jadis très marécageuses.

Au iv« s., les nécessités militaires exigent un regroupement des circonscriptions administratives de l'Empire : Châlons fut détachée de la civitas de Reims dans la première moitié du iv^ s. et érigée en civitas indépendante. La Notifia Galliarum la signale comme étant la troisième des douze cités de la Belgique seconde. On suppose cjue la nouvelle civitas fut constituée par démembrement des cités des Rèmes et des Tricasses : on jugeait sans doute que la distance était trop grande entre Troyes et Reims pour organiser la défense contre les Barbares; or Châlons constituait un précieux point d'appui sur le cours moyen de la Marne. Le territoire de la civitas Catalaunensis s'étendait à l'Est jusqu'au Perthois et au Sud-Est jusqu'en amont de S.-Dizier.

La cité elle-même était une importante ville de garnison où étaient cantonnés, au début du iv« s., des cavaliers dalmates. C'était aussi un endroit de repos pour les troupes de Bretagne. Ammien Marcellin, qui connaissait l'importance militaire de la cité, en parle à deux reprises. Vers 450, Châlons vit passer non loin de ses murs les hordes d'Attila (épisode de S. Alpin).

M. Vercauteren - - à qui nous empruntons de nombreux éléments de cette notice — estime (ju'à partir du Bas Empire la superficie de Châlons était de 6 à

CHALONS-S

UR- MARNE

7 ha. (alors que celle de Reims était de 20 à 30 ha.)- H est probable que la cité de Chàlons fut soumise par les Francs peu après la prise de Reims, c.-à-d. vers 486. Après le décès de Clovis, en 511, elle fit partie du royaume d'Austrasie de Sigebert I", et elle resta austrasienne après la mort de ce souverain (575) puisqu'en 581 Brunehaut en était encore maîtresse. Grégoire de Tours en parle une fois seulement et la nomme urbs Calalaunensis {De gloria confessorum, Lxvi); mais il emploie à plusieurs reprises l'adjectif Calalaunensis en parlant de l'évêque ou d'un diacre de la cité. La ville avait quelque importance : c'est là que Thierry I" réunit des légistes pour recueillir et coordonner la Loi des Francs ripuaires.

L'histoire de Châlons durant les longues guerres dynastiques du vi'^ s. nous échappe complètement. On sait toutefois qu'il y avait dans la cité, à l'époque mérovingienne, un atelier monétaire. La plupart des pièces trouvées qualifient Châlons de civitas; une seule l'appelle caslrum, ce qui laisse entendre que la ville avait conservé son enceinte du Bas Empire.

On ne sait rien des églises que comptait la cité de Châlons avant les v et vi^ s.; Grégoire de Tours signale l'existence d'une basilique dédiée à S. Memmie et située en dehors des murs. Il est possible que l'église S. -André, consacrée depuis 860 à S. Alpin et sise également dans le subitrbium, existait déjà au v« s. Ce suburbium, qui s'étendait à l'est de la cité, semble avoir été l'endroit oiî furent construits les premiers établissements religieux de Châlons... On ignore si, au v« s. déjà, la cité comptait une église urbaine; la tradition qui attribue à S. Alpin la construction, à l'emplacement de la cathédrale actuelle, d'une chapelle dédiée à S. "Vincent, est incontrôlable et sans doute sans valeur. Au viii^ s., on érigea dans le suburbium, à côté des basiliques S. -André et S. -Memmie, une chapelle qui devint par la suite N.-D.-en-Vaux.

La cité échappa aux désastres que les invasions normandes accumulèrent dans la Francia. En 887-88, les Normands s'approchèrent de la cité, mais ne l'attaquèrent pas, sans doute parce que ses murailles romaines leur parurent trop difficiles à emporter. Mais la cité eut beaucoup à souffrir au x« s. des guerres continuelles que se livraient les grands de la région : elle fut brûlée deux fois; les évoques Bovon II et Gibuin eurent à relever ses ruines.

Cependant l'activité commerciale prit à Châlons un rapide essor. Au ix"' s. la ville en est au stade de l'économie domaniale. Mais un diplôme tend à démontrer que l'économie-argent n'avait pas complètement disparu à cette époque : le 22 nov. 865, Charles le Chauve établit à Châlons un atelier monétaire à la prière de l'évêque Erchenraus. Au siècle suivant, la foire annuelle est signalée dès 963; au xi« s., les faubourgs étaient peuplés de boutiques et d'auberges. A cette époque, le suburbium n'est plus une région exclusivement rurale. Vers 1050 l'évêque Roger II obtint de Eudes II, comte de Champagne, la promesse qu'aucune fortification ne serait construite dans un périmètre de huit lieues autour de la cité : c'était sans doute pour rassurer les marchands et les paysans qui peuplaient les suburbia.

On suppose qu'aux ix« et x" s. le nombre des hommes libres vivant dans la cité était très restreint. Les non-libres étaient soumis à l'autorité de l'évêque : une déclaration du temporel de l'évêché de Châlons, fournie au roi Charles VI le 12 mars 1383, nous fait connaître les taxes que l'évêque percevait sur ses serfs et hommes de corps.

Dès la seconde moitié du xi« s., le territoire de Chàlons et de ses faubourgs était partagé entre quatre juridictions qui, au siècle suivant, donneront naissance aux quatre bans ou « seigneureries » qui dureront jus-

qu'à la fin de l'Ancien Régime : le ban de l'Ile ou de l'abbaye de Toussaints, le ban de S. -Pierre ou de l'abbaye S.-Pierre-aux-Monts, le ban des Clercs ou du chapitre de S.-Étienne, le ban de l'évêque-comte de Châlons.

Des deux abbayes que nous venons de citer la plus importante était celle de S.-Pierre-aux-Monts, située à l'est de la cité, dans le suburbium. La tradition lui attribue une origine fort ancienne, mais aucun texte authentique n'en fait mention avant le début du xi^ s. Un diplôme délivré par le roi Robert II en 1028, et qui confirme des donations faites à S. -Pierre par l'évêque Roger, est le premier document qui nous apprenne quelque chose de positif sur le compte de cette abbaye. Elle reçut en 1028 tout le quartier ou burgus situé dans le suburbium autour de l'abbaye; dans la cité, elle entra en possession de l'église S. -Alpin, avec les maisons voisines, d'un four et d'un moulin. A ces libéralités, l'évêque ajouta encore le tonlieu qui se percevait au marché tenu dans le cimetière de S. -Alpin. En 1043 un diplôme d'Henri I" confirma l'abbaye dans la possession de ses biens et y ajouta l'église S. -Germain, trois moulins situés dans la cité et presque toute la partie du suburbium sise entre N.-D.en-Vaux et S. -Pierre. Tout cela formait une immense propriété. L'abbaye fut restaurée au début du xi« s. Elle était à ce point entourée de maisons et de constructions diverses qu'elle constituait une vraie petite agglomération au milieu du faubourg. Afin de la protéger efficacement, elle fut entourée d'une enceinte et, dès l'an 1028, cette agglomération porte le nom caractéristique de burgus. L'abbaye tenait une place éminente dans le diocèse. Les moines instruisaient la jeunesse. En 1700, on y trouvait vingt religieux, mais il n'y en avait plus que quatorze en 1789. Le cardinal de Richelieu, qui en était l'abbé commendataire, y avait introduit la réforme de S. -Vanne en 1627. Aujourd'hui, les bâtiments sont devenus une caserne (Annales S. Pétri Calalaunensis, dans M. G. H., SS., XVI, 488-90; G. Robert, Le temporel de S.-Pierre-aux- Monts en 13S4, dans Nouvelle revue de Champagne et de Brie, 1929, p. 154; Jean-E. Godefroy, Les bénédictins de S.-Vanne et la Révolution (nombreuses références); Drouet, Note sur les abbayes de S.-Pierre-aux-Monts et de Toussaints, dans Congrès archéol. de France, 1865, p. 271).

L'abbaye de Toussaints, située au nord de la civitas, dans une petite île, fut fondée vers le milieu du XI'' s. et dotée par l'évêque Roger II. Une charte de 1062, qui confirme sa fondation, énumère aussi ses propriétés; elles consistaient en terres, en maisons, en moulins situés dans les faubourgs de l'Ouest et du Nord; la charte y ajoutait des redevances à percevoir sur les auberges de ces suburbia. Un diplôme du roi Philippe 1'=', délivré avant le 4 août 1065, céda en outre aux moines la dixième partie des taxes levées au marché de Châlons. Roger II avait fait venir des chanoines réguliers; il la plaça sous les vocables de Notre-Dame et de Tous-les-saints. Les évêques de Troyes portèrent constamment un grand intérêt à cette maison : l'évêque Hatton lui céda une cure de son diocèse. C'était une abbaye très riche. Cinq prieurés en relevaient. Les moines étaient fréquemment en conflit avec le chapitre de la cathédrale : cette hostilité latente donna lieu en 1344 à une scène scandaleuse au cours de la procession traditionnelle du mardi de la Pentecôte. Le pape excommunia l'abbaye, sentence qui ne fut levée qu'en 1350. En 1392, l'abbaye, située alors extra muros, fut brûlée par les Anglais; elle fut reconstruite en 1544 à l'intérieur de la cité. La réforme y fut introduite en 1644 : elle fut rattachée à la congrégation de Ste-Geneviève (abbé Lalore, Chartes de Toussaints; chan. Prévost, Le dio-

CHALOiNS-S

UR-MARNE

cèse de Troyes, i, 1923, p. 74; U. Robert, Charte de S. Bernard, dans Bibl. de l'École des chartes, xxxviii, 1876, p. 238).

Le chapitre de S.-Étienne partageait avec l'évêque et les deux abbayes précitées la juridiction de la ville. Nous avons déjà vu l'origine et le développement de sa puissance.

Nous avons dit également comment l'évêque avait acquis l'ensemble des pouvoirs comtaux dans sa cité épiscopale et nous avons décrit cette « absorption du comitatus par l'episcopatus » qui se produisit vers la fln du x« s. Le « ban de l'évêque » comprenait la portion du territoire de la ville correspondant à l'ancienne civitas gallo-romaine. A l'intérieur de celle-ci, l'évêque exerçait seul les droits régaliens. Afin de pourvoir à l'administration de la cité, il déléguait l'exercice de son pouvoir temporel à un vidame. L'existence de cet ofTicier est certaine, dès 1062 au moins. L'évêque lui abandonnait certains droits utiles, notamment une partie des taxes de formariage et de mainmorte levées sur les serfs, ou hommes de corps épiscopaux.

Quelle fut, dans leur cité épiscopale, la politique des évêques de Châlons? Nous connaissons seulement leur attitude à l'égard du mouvement communaliste, sans pouvoir dire, d'ailleurs, si cette attitude fut constante : vers 1146, l'évêque Gui s'oppose à l'établissement d'une commune à Châlons, sous prétexte que des droits régaliens lui ont été délégués (cf. Mlle Maillet, Les classes rurales dans la région marnaise, S.-Dizier, 1921, p. 66). Luchaire cite une déclaration d'un évêque de Châlons qui se réjouit de constater que « la fraternité frauduleuse » des bourgeois de sa cité n'a eu qu'une existence éphémère (Les communes, Paris, 1890, p. 240; voir aussi : P. Pélicier, Deux lettres de l'an 1255 relatives à V intervention de S. Louis dans les démêlés de l'évêque avec les bourgeois de Châlons, dans Mém. de la Soc. d'agriculture, sciences et arts de la Marne, 1892, p. 23). En matière sociale, Philippe VI contesta aux évêques de Châlons le principe d'une autorité sur les collèges d'artisans, mais les évêques n'abdiquèrent jamais leurs prétentions à cet égard (cf. Coornaert, Les corporations en France avant 1789, Paris, 1941, p. 98). Ils faisaient bénéficier les pauvres d'une immunité fiscale sur le marché de la ville (cf. A. de Barthélémy, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1882, p. 504). La juiverie de Châlons fut, elle aussi, une cause de conflit entre la royauté et les évêques de Châlons. Ceux-ci prétendaient que les Juifs étaient leurs hommes et, à ce titre, revendiquaient leurs biens, confisqués au xiv" s. au profit du trésor royal. Un procès était pendant en 1314 au parlement de Paris. Dans le dessein, sans doute, de parvenir à un arrangement, Philippe le Bel fil, à cette date, donation à l'évêque du cimetière juif de Châlons (cf. Rev. des études juives, ii, 72 et xviii, 269).

II. Établissements ecclésiastiques. — - 1° Les églises. — Il semble bien que les églises suburbaines soient plus anciennes que la cathédrale de la civitas. La basilique S.-Memmie, dont Grégoire de Tours signale l'existence dans le suburbium, ne se trouve pas parmi les treize églises que comptait Châlons à la veille de la Révolution, comme en 1362 (cf. un document pontifical de cette date publié dans Rev. de Champagne et de Brie, 1881, p. 365). En revanche, S. -André s'y retrouvait, mais sous le vocable de S. Alpin : reconstruite au xii« s., cette église est toujours debout, avec son chevet du xvi« et ses beaux vitraux (Mgr Hurault, Les vitraux de S.-Alpin, s. d.). — L'église S. -Jean est actuellement la plus ancienne, avec sa nef qu'on date du milieu du xp s.; sa façade occidentale est du xi\'*. — N.-D. -en-Vaux, la plus belle, possédait, avant la Révolution, cinq flèches et, malgré l'amputation qu'elle a subie, elle reste un ma-

gnifique chef-d'œuvre de l'art champenois, fortement influencé par les écoles rhénanes. En 1107, une bulle de Pascal II la qualifie « église et paroisse »; elle formait alors un édifice roman, qui se retrouve pour partie dans l'édifice actuel; au milieu du xii« s., elle fut reconstruite; dans sa forme nouvelle, elle servit de modèle pour voûter le chevet de S.-Remi de Reims (cf. L. Demaison, Les chevets de N.-D. de Châlons et de S.-Remi de Reims, dans Bull, archéol., 1899, p. 84 sq.; Richard Hamann, Geschichte der Kunst, Berlin, 1933, p. 204, en donne une excellente photographie). Le chœur, comme dans les églises de l'école germanique, est cantonné par deux clochers; l'église possède un carillon important. On a relevé des influences normandes dans l'architecture de ce monument (cf. M. Anfray, L'architecture normande, son influence dans le nord de la France aux x/« et xii" s., Paris, 1939 et discussion de cette thèse dans La Semaine religieuse de Châlons, 21 oct. 1949 et 18 nov. 1949). Les verrières racontent la vie de S. Jacques. N.-D. -en-Vaux était desservie par un collège de chanoines, qui ne furent jamais plus de dix : en 1114, ils étaient six; en 1159, Alexandre III permit d'en augmenter le nombre (chan. Hubert, N.-D. -en-Vaux, Épernay, 1941). Ils étaient très fiers d'avoir la garde du « Saint Nombril ». Quand Noailles supprima cette dévotion bizarre, il se heurta à une vive opposition : un mémoire des chanoines protestant contre cette mesure fut imprimé et distribué (1707). — La cathédrale, dédiée à S. Étienne, fut consacrée par le pape Eugène III en 1147, mais elle fut presque entièrement reconstruite de 1230 à 1280 (V. Mortel et P. Deschamps, Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture, ii, 109-11). Elle n'a certes pas la réputation de ses sœurs de Reims, Beauvais, Coutances ou Chartres, mais elle n'est pas sans beauté (cf. Mlle G. Maillet, La cathédrale de Châlons-s.- Marne, Paris, 1946).

Des autres églises châlonnaises, sept furent supprimées, vendues et détruites sous la Révolution : Ste- Catherine, S.-Éloi, Ste-Marguerite, qui se trouvaient toutes les trois dans la même rue, S.-Sulpice, S. Nicaise, S. Antoine (cf. une note sur cette église dans Rev. de Champagne et de Brie, 1886, p. 239), La Trinité, collégiale qui n'était séparée de la cathédrale que par une ruelle (cf. L. Grignon, L'ancien orgue de l'église de La Trinité, ibid., 1882, p. 311). Il y avait donc deux collégiales à Châlons; il fut un temps où il y en avait une troisième : S. -Nicolas, mais elle fut réunie à La Trinité au xiii« s. (L. de Barthélémy, Diocèse ancien de Châlons, i, 118). Une autre église, S. -Germain, située à proximité de Notre-Dame et de S.-Alpin, avait été supprimée, d'accord avec l'évêque, quelques années avant la Révolution (cf. L. Grignon, Reliques des églises S.- Germain et S. -Antoine, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1881, p. 387). Sauf La Trinité, c'étaient des édifices peu importants. Des « treize » églises de naguère, il ne reste donc que la cathédrale, Notre-Dame, S.-Alpin, S. -Jean, et S. -Loup, érigée en paroisse en 1245 — l'édifice actuel a été commencé vers 1400 (cf. L. Grignon, Historique et description de l'église et paroisse S.-Loup de Châlons-sur-Marne, ibid., 1880, p. 150). La construction récente de Ste- Pudentienne ne peut, de toute évidence, compenser les pertes. On a découvert récemment des vestiges de l'église S.-Sulpice (cf. La Croix de Paris, du 30 nov. 1946).

Les églises de Châlons sont riches en beaux vitraux. Nous avons signalé ceux de S.-Alpin, dont l'un montre le curieux symbole de la « Vierge à la Fontaine » (cf. M. Vloberg, La Vierge, notre médiatrice, p. 141). Ceux de la cathédrale ont été « découverts » aux alentours de 1900. Le plus remarquable est celui qui représente la « Vision du prêtre Lucius » (cf. G. Maillet, Les vitrauxde

} 1 A H ) i\ s- S LJ K- M A K N )■.

Châlons, Châlons, 1925; un vitrail représentant 1 l'église se trouve rei)roduit dans le livre de P. Ladoué, \ Clochers, p. 121; un autre, qui montre la synagogue portant la couronne d'épines, instrument du supplice de Jésus, est l'objet d'une note dans la Rco. des études juives, xlvii, 189). Les vitraux sont pour la plupart des vitraux romans (cf. Les vitraux romans de la cathédrale de Châlons, dans La Semaine religieuse du 2 dée. 1949).

2» Religieux. — Nous avons parlé des aljbayes de [ l'oussaints et de S.-Pierre-aux-Monts; c'étaient les deux maisons les plus importantes, qui abritaient, l'une des auguslins. l'autre des bénédictins.

Abbés de Toussaints (d'après Barthélémy). - - Haine- ■ vard, 1047. Odoii, 1092. - Orbert, li21. - Eus- i tache, 1128. — Kainibaud. li;{5. Pierre I". 114.'). ! .Jacob 1", 1148. — Hugues-Hoger, 1174. - iMilon, 1196. — Jacob II, 1202.— Gérard, 1213. Pierre II, 1235. — Guillaume I", 1259. — Clarin, 1280. — Pierre Eistres, 1299. — Henri-Gauthier, 1300. — Égide, 1323. — Pierre d'Antre, 1344. — Ferry de Beauseys, 1369. — Pierre IV, 1373. — Robert, 1373. — Michel, 1384. — Guillaume Braux, 1419. — Nicolas de Mailles, 1 1433. — Michel Joly, 1461. — Jean le Marmel, 1483. '

— Jacob Lambesson, 1521. — Claude de Godet de Farémont, 1557. — Antoine Trusson, 1574. — Louis de j Clèves, 1609. — Jean de Clèves, 1619. — Charles j de Clèves. — Charles Édeline, 1631. — J. Lescot, 1656. '

— Antoine Talon. — Arthur Talon. — Joseph Élian, 1720. — Panage le Maître de Paravis, 1768. — N. de Chamillard, 1789.

Abbés de S. -Pierre (d'après Barthélémy). — Richard, t 1060. — Odilard, 1070. — Lambert, 1099. — Warnier, 1106. — Widon,1110. — Benoît, 1118. — Raoul, 1129. — Hugues, 1140. — Louis, 1166. — Thomas, 1187. — Pierre de Briei, 1192. — Guillaume-Roland, 1213. — Jacob I", t 1298. — Walcher. — Jacob II. — Nicolas de Saint-Germain, 1240. — Théobald I", 1266.

— Nicolas II. — Théobald II, 1287. — Jacob de Join- j ville. — Othon de Poitiers. — Gérard de Podion. — I Jean Charpentier, 1377. — Hugues de Villeneuve, , 1403. — Jean de Triancourt, 1421. — Thomas de Bruères, 1446. — Jacob Noisette, 1492. — Guillaume Piédieu, 1500. — Pierre Ganisson, 1531. — Jérôme Bourgeois. — Cosme Clausse, 1572. — Richelieu. — Bichi, 1657. — Mazarin. — Pierre de Beauvilliers. — Saint-Aignan, 1664. — Paul de Beauvilliers, 1671. — Guillaume de Furstemberg. — François de Valpergue de Mazin, 1680. — N. de Raigecourt, 1738-89.

L'ordre de Cîteaux avait une maison-refuge à Châlons, qui porte, aujourd'hui encore, le nom bizarre de Haute- M ère-Dieu; elle appartenait à l'abbaye de Haute-Fontaine. L'évêque Guillaume du Perche (1210-26) attire en 1219 les dominicains, en 1224 les cordeliers, en 1225 les trinitaires (ou mathurins); ce fut dans le couvent des dominicains que se donnèrent, au xv« s., les représentations des mystères qui étaient très en vogue à Châlons; ce fut aussi dans cette maison que se tinrent les séances de la chambre du parlement de Paris transférée à Châlons en 1590-91, puis, jusqu'en 1612, celles du présidial. Le couvent comptait huit religieux en 1789.

Les cordeliers n'étaient que cinq à la même date; leur maison dépendait de la custodie de Reims, et non de la custodie de Champagne (cf. Rev. d'histoire franciscaine, 1926, p. 233). Dès l'année 1225, l'évcque avait chargé les mathurins de desservir un hôpital situé hors de Châlons, entre l'abbaye de Toussaints (alors dans une île) et l'église S.-Sulpice. Ils furent placés tout d'abord sous la dépendance de l'abbé de Toussaints, ([ui leur cétla l'hôpital, la cha|)elle, le cimetière el le ; clos où ils s'installèrent. A la suite de difficultés, leur maison fut déclarée indépendante en 1257. Leur cou- 1

vent fut à peu près rase au temps des guen'es de Charles-Quint. Ces religieux faisaient partie d'un ordre qui se consacrait au rachat des captifs en Barbarie. Notons à ce propos que, venant de Marseille, les processions de captifs libérés passaient par Châlons (cf. Motte, L'Église et les prisonniers, Paris, 1942, p. 32). L'un de ces religieux, le P. Bazire, publia en 1668, sous le titre : Tableau de piété envers les captifs, la relation d'un voyage à Tunis et à Alger, fait en 1666 et 1667 (cf. L. Grignon, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1887, p. 194). Sur le couvent des mathurins (ou trinitaires) de Châlons-s. -Marne, on peut consulter La Croix, du 6 févr. 1947. - Les ermites de S.-Augustin s'étaient installés en 1292 : leur couvent était situé presque à l'extrémité des rues de Chastillon et des .\ugustins. 11 y avait encore six religieux et un frère convers en 1790. Les templiers possédaient, depuis le XIII» s., un établissement dit « la maison de Rhodes «, entièrement soustrait à la juridiction de l'évêque. Ils possédaient également une foulerie, qui fut l'occasion de nombreux litiges. — Des frères hospitaliers dits Rillettes étaient établis à Châlons depuis l'épiscopat de Guy de Joinville (1164-90). Après avoir été soumis à la règle de S. François, ils adoptèrent la règle de S. Augustin. Ils disparurent en 1641. — La même année fut supprimée une communauté très curieuse, celle des moines mariés. Il s'agissait, en réalité, d'une sorte de tiers ordre, dont les membres soignaient les aveugles. — Les récollets (ou frères mineurs de l'étroite observance) s'étaient installés en 1610, sous l'épiscopat de Cosme Clausse. Dans la seconde moitié du xvii« s., leur maison abritait un peintre de talent, le frère Luc, qui vécut ensuite au Canada et dont on a plusieurs toiles à la chapelle de l'hospice de Sézanne. En 1789, elle comptait 11 religieux. Leur maison, bâtie au xviiF s., fut occupée depuis l'an XIII jusqu'en 1945 par les religieuses de la congrégation N.-Dame (J. Chénon. Les treize couvents du vieux Châlons, dans Almanach Matot- Bruine, 1929, p. 323). — Sous l'Ancien Régime, il y avait à (Châlons un prieuré S. -Joseph : les bénédictines qui l'occupaient dépendaient de l'abbaye d'Avenay (cf. chan. Lucot, Le prieuré conventuel des bénédictines de S.-Joseph (1614-1788) et la maison de S.-Joseph de Châlons, d'après des documents originaux, Châlons, 1889.

3° Établissements hospitaliers. — Selon une tradition, il n'y aurait pas eu moins de quinze hôpitaux à Châlons. Il est certain que l'hôpital S.-Étienne existait en 920 : le chapitre S.-Ètienne en avait la haute direction (cf. Antoine Héron de Villefosse, Chartes relatives à l'hôpital S.-Étienne de Châlons, dans Rev. de Champagne et de Rrie, 1880, p. 5). — L'hôpital S.-Maur aurait été fondé par S. Alpin. En réalité, son existence n'est attestée qu'à partir du xii« s. Par la suite, il fut confié aux religieuses du Bon-Pasteur. Rebâti en 1594 et en 1645, il ne servait plus, à cette époque, qu'au logement des mendiants. — L'Hôtel-Dieu, desservi par des trinitaires et par des religieuses, existait en 1197. Il fut rasé en 1544, à cause de sa situation hors des murs du faubourg de Marne. — L'hôpital du S. -Esprit existait en 1224, date d'une autorisation donnée par Innocent IV pour l'érection d'une chapelle. Les passants et malades étrangers y étaient soignés par des religieux et des religieuses. Des béguines y furent introduites en 1539. — On cite encore les maisons de Ste-Syre, Ste-Pome, S.-Liénard, S. -Léger ou des Aveugles, des Dix-deniers. — Aux xii« el xiii« s., l'abbaye de Toussaints recevait les pestiférés, qui furent ensuite soignés à la maison de S. -Nicolas à La Neuville (A. Perret, Les hôpitaux de Châlons-s.- Marnc jusqu'au Wll" s., dans Positions de llièses de l'École des chartes. 1946, p. 123.)

Un arrêt du 18 févr. 1616 réunit au « grand Hôtel-

3U'J CilALUiNs-S

Dieu 'I, c.-à-d. à l'hôpital S.-Étienne, tous les hôpitaux et maisons de charité de la ville. L'hôpital de Châlons possède de très riches archives.

4° Enseignement. — Le collège de Chàlons fut dirigé par les jésuites de 1617 à 1763 (P. Delattre, Les établissements des Jésuites en France depuis quatre s., Wetteren, 1949, fasc. 4, cf. Châlons; sur la chapelle, Rev. de Champagne et de Brie, 1897, p. 140). Après leur expulsion, il fut confié à des prêtres séculiers. L'abbé | Ménard, qui était principal en 1786, fut l'un des pro- I moteurs des plantations de pins en Champagne pouil- I leuse (cf. L. Aubry, Origine des plantations de sapins à ! Soudron, dans Almanach AI atot-B raine, 1913, p. 179). Les religieuses de la congrégation N.-D.-de-S. -Pierre | Fourier donnaient l'instruction aux filles (voir Diocèse). On y comptait jusqu'à 60 religieuses, non coni- i prises les s(Kurs converses. — Il y avait également des | ursulines et des dames-régentes ou nouvelles catholiques. Pour la fondation et les débuts du séminaire, V. infra. A la veiUe de la Révolution, le personnel se réduisait à quatre lazaristes et quatre frères lais. Un petit séminaire, transféré, après un incendie, place des Ursulines, comptait 25 élèves en 1785.

III. Événements religieux. — Les conciles de Châlons de 1113, de 1115 et de 1129 et la préparation de la seconde croisade par S. Bernard en 1147 sont, semble-t-il, les événements les plus saillants de l'his- i toire religieuse de la ville au Moyen Age. Mansi (xx, 591) cite un concile de Châlons de 1084, mais le document qu'il publie à ce sujet prouve que cette assemblée eut lieu sous Louis VI, roi de France à partir de 1108 : il s'agit donc, vraisemblablement, du concile de 1113 (cf. Hefele-Leclercq, v, 286). En 1115, un j concile se tient à Châlons sous la présidence du car- j dinal légat Conon (ibid., 549) et, en 1129, un autre, présidé par le légat Mathieu d'Albano, qui est réuni pour trancher le ditîérend mettant aux prises Henri, évêque de Verdun, et ses diocésains qui l'accusaient de simonie.

Pour l'époque moderne, ou ne relève pas de fait notable jusqu'à la Révolution. Le 16 brumaire .an II (6 nov. 1793), les statues de N.-D. -en-Vaux sont brisées; dix jours plus tard, ce furent de nouvelles scènes de vandalisme dans cette église et dans les autres. Il y eut des massacres à Châlons en sept. 1792, mais aucun prêtre n'en fut victime (Caron, Les massacres de Septembre, Paris, 1935, p. 374 sq.). Le 29 sept. 1789, les religieux de l'abbaye de S. -Pierre protestèrent auprès de la Constituante contre les menaces visant les moines (Jean-E.-Godefroy, Les bénédictins de S. -Vanne et la Révolution, Paris, 1918, p. 93). L'abbaye de S.- Pierre devint « maison de réunion » pour les moines (ibid., p. 140 sq.).

En l'an II, N.-D. -en-Vaux devint « temple de la Raison » (cf. É. de Barthélémy, La fête de l' inauguration du temple de la Raison à Châlons, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1888, p. 349). Il semble que les fêtes civiques aient eu un certain succès à Châlons : pour figurer la déesse Raison, on trouvait dix candidates (cf. Souvenirs d'un vieux Châlonnais, dans Mém. de la Soc. d'agriculture, II'' sér., xvi, 281). — En 1940, tout un quartier de Châlons, voisin de N.-D. -en-Vaux, a été détruit : aucune église n'a été gravement endommagée.

La cathédrale, brûlée six fois avant 1230, une septième fois en 1668, reçut une torpille en mai 1940, fut encadrée par dix bombes, le 16 juill. 1944, qui ébranlèrent son flanc nord (cf. art. de P. Labutte, dans La Croix de Paris, du 25 août 1946).

On se reportera à M. G. H., SS. reriim nteroiK, i-2, p. XO.'Î. P. (iarnier, (^liàlon (iiicien et iioiiiieaii, payen et chrétien, depuis son origine jusqu'en 1726, éd. .\ubert, 1865. — ■I. Garinct, ilisl. de l'église cathédrale de Chàlons et de son

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chapitre, Chàlons, 1840. — Df Barthélémy, llisl. tle la ville de Châlons-sur-Marne, Châlons, 1854; 2' éd., 1888. — D'Hastel, Hist. de la ville de Chàlons depuis 1789, Châlons, 1854. — Barbat, Hist. de la ville de Chàlons et de ses monuments, Châlons, 18G8, 2 vol. — De Barthélémy, Cartulaire de l'évêché et du chapitre S.-Êtienne de Chàlons, 1853. — A. Aubert, Notices sur les chanoines de la cathédrale de Chàlons, 1871. — Anatole et Édouard de Barthélémy, Recueil des pierres tombales des églises et couvents de Chàlons, Paris, 1888. — L. Grignon, Topographie historique de la ville de Chàlons, Chàlons, 1889. — P. Pélicier, Cartulaire de S.-Êtienne de Chàlons, dans Mém. de la Soc. d'agriculture, 1825, p. 1-11. — L. Demaison, Les églises de Chàlons, Caen, 1913. - - Pithois, Le journal d'un jésuite cliàlonnais an XVII'' s. (1637-80), dans Mém. de la Soc. d'agriculture, XXI, 1925, p. 345. H. Boullet, Lu vie municipale à Chàlons-sur-Marnc sous l'Assemblée Con.stiluante (mém. ms., 1922), ms. de la Bibl. de Châlons 1237. - Carrez, //i.s7. de l'abbé Champenois (curé et restanrateiir de N.-U. -en-Vaux, au xix» s.). — U. Nicolas, L'esprit public et les élections dans le déparlement de la Marne de 1790 à l'an VIIl, Chàlons, 1909. — Journal de Michel Cochelet, marguillier de S.-Jean de Chàlons, dans Mém. de la Soc. d'agriculture, II« sér., XIII, 21 1 sq. — Chanoine Gauroy, Jeanne d'Arc à Chàlonssur-Marne, Chàlons, 1947.

il. DIOCÈSE. — • I. Assiette géographique. II. Origines chrétiennes. III. Les évêques de Chàlons. IV. Liste épiscopale. V. Principaux événements religieux. VI. Le diocèse à la veille de la Révolution. VII. La Révolution. VIII. Le xix« s. et l'époque contemporaine. IX. Établissements religieux. X. Pèlerinages.

I. Assiette géographique. — Le diocèse actuel, qui a près de 6 500 km^ est tout entier compris en (Champagne. C'est une région de plaine, pauvre et sèche au centre et au Sud, humide et boisée à l'Est, où, par l'Argonne, elle touche à la Lorraine, et qui, à l'Ouest, vient buter contre la Falaise de l'Ile-de- F'rance. Le diocèse actuel s'étend sur trois régions naturelles : VArgonne, au Nord-Est, dont nous venons d'indiquer les affinités lorraines, la Champagne pouilleuse, au centre et au Sud (Perthois), la Brie champenoise, dont Sézanne est la capitale, à l'Ouest. Cette dernière région manquait à l'ancien diocèse, qui s'étendait en revanche beaucoup plus au Sud sur le Voilage, par où il touchait au plateau de Langres. Les trois régions qui composent le diocèse actuel sont assez dissemblables : la zone centrale est crayeuse, l'Argonne et la Brie sont argileuses. L'Argonne est « un pâté d'argile que les eaux ont isolé ». Cette composition tripartite vérifie l'observation de Jean Bruhnes : « La Champagne ne s'est jamais suffi à elle-même... elle n'a développé ses prédispositions qu'en enveloppant des territoires d'autres régions » (Géogr. humaine de la France, i, 3;1). L'expression traditionnelle « Champagne et Brie » illustre bien cette observation.

Il est admis que le diocèse de Châlons fut établi sur le territoire de la civitas Catallaunorum; toutefois, à l'Est, le diocèse comprit dès le début quelques localités situées en dehors de la civitas : Ancerville, Sommelonne, Savonnières, Couzances et Couzancelles. Des origines à la Révolution, on ne voit apparaître aucune modification territoriale. Sous l'Ancien Régime, le diocèse comprenait 392 paroisses réparties en quatre archidiaconés : Joinville (qui comprenait 2 doyennés : Joinville et Perthes); Astenay (2 doyennés : Ste- Menehould et Possesse); Chàlons (3 doyennés : Châlons, Coole et Vitry-le-Château, en Perthois); Vertus (un seul doyenné). Le doyenné de Châlons était de beaucoup le plus petit : outre Châlons, il ne comptait que 29 paroisses.

A la Révolution, 75 cures de l'ancien diocèse furent doiMiées aux diocèses de Verdun et de l.angres. F'n revanche, le diocèse reçut, quand il fut reconstitué en 1824, 181 paroisses des diocèses de Reims, Sens,

CHALONS-S

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Soissons et Troyes. Le diocèse nctiiel comprend donc 498 paroisses.

II. Origines chrétiennes. — Le diocèse de Châlons est un de ceux pour lesquels la question de l'apostolicité a été le plus vivement débattue. Le premier — en date — de ses historiens, le P. Rapine (xvii« s.), accrédita la légende de S. Memmie, évangélisateur et premier évêque de Chàlons, envoyé par S. Pierre en Champagne. Cette thèse, combattue par le P. Lelong {Biblioth. histor. de la France, 183), par les auteurs de la Gallia et par les Bollandistes {A. S., août, II, 15), connut cependant un grand succès au XIX* s., grâce aux chanoines Boitel, Pannet et Lucot : prédications, discours, vitraux exaltèrent à l'envi la mission de S. Memmie dont on précisait la date à une année près : 46 apr. J.-C, ce qui revient à dire que Châlons aurait reçu la Bonne Nouvelle plusieurs années avant Athènes. On donne les détails les plus précis sur les origines de S. Memmie que l'on proclame membre de l'illustre gens Memmia et parent de Regulusl En réalité, rien de tout ceci ne résiste à un examen critique : sauf une réserve, exposée ci-dessous, le catalogue des évêques de Châlons étant considéré comme de bon aloi (Duchesne, m, 92 sq.), on ne peut placer l'épiscopat de S. Memmie avant la fin du III» s., sous peine de se heurter à une énorme lacune dans la succession des évêques : il faudrait supposer que S. Memmie a occupé durant quatre-vingts ans le siège de Chàlons et que ses deux disciples, S. Donatien et S. Domitien, venus avec lui de Rome, ont attendu au moins leur centième année pour recueillir sa succession (cf. J. Leflon, Hist. de l'Église de Reims du i" au r« s., Reims, 1942, p. 90).

A ces objections tirées de l'histoire locale primitive s'ajoutent diverses considérations portant sur les conditions dans lesquelles a pris naissance cette légende. La plus ancienne Vie de S. Memmie est du viii^ s.; le nom est écrit de façons très différentes : Minimius, Mius, Misonius, Mangius. Jusqu'au P. Rapine, la tradition est incertaine et tous les anciens bréviaires de Châlons attribuent l'envoi de S. Memmie à S. Clément, c.-à-d. après la mort de S. Pierre. (Sur le rôle de S. Memmie en Belgique, à Dînant et à Namur, cf. Éd. de Moreau, Hisl. de l'Église en Belgique, i, 2« éd., p. 30.)

Dans la préface de son premier ouvrage. Rapine reconnaît lui-même que sa découverte au sujet de S. Memmie a vivement peiné les vieux Châlonnais. D'autre part, l'attachement à l'apostolicité ne fut pas toujours désintéressé : au début du xviii« s., il s'agissait de sauver la relique du Saint Nombril, conservée dans l'église Notre-Dame depuis 1389 et que le cardinal de Noailles venait de supprimer (10 mai 1707), au grand scandale de certains : le meilleur moyen de démontrer l'authenticité de la relique n'était-il pas de reculer le plus possible dans le temps l'introduction du christianisme à Châlons? C'est ainsi que, dans un mémoire, Pierre Garnier, curé de Férébrianges (1 694-1 736), soutient que Châlons, fondée « peu après le déluge » par les Cattes, était dotée dès le i" s. apr. J.-C. de sept titres de confréries et d'hôpitaux.

Ces élucubrations étant éliminées, il reste que la date exacte de l'évangélisation de Châlons et de sa région n'est pas connue, ce dont il n'y a pas lieu de s'étonner; on s'accorde pour ne pas la faire remonter plus haut que le ni« s., approximation admise pour toute cette région du nord-est de la Gaule (le 4'' évêque de Reims, Betause, assiste avec son diacre Primogenitus au concile d'Arles de 314). La première donnée chronologique certaine se rapporte au 9'' évêque, Amandinus, qui assista en 461 au concile de Tours. « Cette donnée, écrit Mgr Duchesne, permettrait de remonter à peu près à la même antiquité qu'à Soissons ». Or, selon le même auteur, l'organisation auto-

nome de cette Église remonterait aux environs de l'an 300 (i, 14).

Les noms des six successeurs de S. Memmie n'apparaissent que dans la Vita S. Memmii; « le catalogue épiscopal reproduisant textuellement ce passage, il ne faut accorder aucune créance à cette liste » (Vercauteren, Étude sur les o civitales » de la Belgique seconde, 139). A partir de l'épiscopat de S. Alpin, nous possédons quelques certitudes historiques. On a de ce personnage deux biographies : la première, ancienne, mais courte et sans grand intérêt, la seconde, plus étendue, mais postérieure à 867-68.

III. Les évêques de Chalons. — L'évêque de Châlons était l'un des personnages les plus importants de l'ancienne monarchie, de sorte qu'on pourrait écrire une histoire politique des évêques de Châlons. Des liens traditionnels, dont nous ignorons l'origine en raison de leur ancienneté, rattachent étroitement le siège de Châlons à la cour de France. S. Élaphe, 17* évêque, est un des familiers de Sigebert I»'', roi d'Austrasie; il meurt en 580 en Espagne où la reine Brunehaut l'avait envoyé comme ambassadeur. Loup II vit dans l'intimité de Louis le Débonnaire; Willebert fut trésorier du même prince. Plus tard, Roger II est chargé d'aller demander au grand-duc de Russie la main de sa fille Anne, pour Henri I". La présence à la tête du diocèse de prélats engagés si avant dans les affaires politiques n'était pas sans présenter quelques inconvénients, car le diocèse se ressentait des querelles des grands. D'autre part, les évêques négligeaient parfois leurs fonctions propres : en 1097, l'évêque Philippe s'adresse à l'évêque d'Arras et le prie de venir conférer les ordres dans sa ville épiscopale; « les affaires dont il est accablé ne lui permettant pas de s'acquitter de ce devoir ». Ajoutons que Châlons eut — mais c'est un trait commun à tous les sièges épiscopaux — ses évêques casqués : on cite le belliqueux épiscopat de Gui de Joinville (1164-90) qui fit, en compagnie de l'évêque de Verdun, le siège de Ste-Menehould.

L'évêque de Châlons était l'un des grands seigneurs terriens de France : il était même suzerain des comtes de Champagne (en ce qui concerne la châtellenie de Bussy-le-Château) (cf. Longnon, La formalion de l'unité française). A la fin du viii* s., divers diplômes nous apprennent que les rois sécularisent ])lusieurs domaines de l'Église de Châlons, mais il est probable que les biens que l'évêque possédait à l'intérieur de l'enceinte ne furent pas atteints par cette mesure.

L'évêque de Châlons était comte de sa ville épiscopale. Vers la fin du x« s., on assiste, selon l'expression de M. Vercauteren, à « l'absorption du comitatus par l'episcopatus ». Nous avons de bonnes raisons de supposer qu'il existait encore un comte laïc à Châlons au IX* s. Flach écrit (Les origines de l'Ancienne France) que c'est sous l'épiscopat de Gibuin, c.-à-d. dans la seconde moitié du x* s., que l'évêque de Châlons acquit l'ensemble des pouvoirs comtaux dans la cité. Cependant aucun texte ne peut être cité à l'appui de ces dires, et, selon toute vraisemblance, le passage des pouvoirs régaliens aux mains de l'évêque ne s'est pas produit aussi rapidement et aussi complètement que le pense Flach. Jusqu'au milieu du x* s., le comte laïc conserve le droit de prélever une part des revenus de la foire et du marché urbain, droits qui étaient des regalia. Mais, dans le courant de ce siècle, son autorité disparaît peu à peu dans la cité. Les évêques prennent le titre de comtes, avec des droits régaliens qui ne seront rachetés par le roi qu'en 1640, pour la somme de 2 000 livres (droits sur les fouleries, la jauge, le poids, etc.). Ils battaient monnaie, percevaient les tonlieux : le 29 déc. 1306, à l'époque où le roi, après un affaiblissement de la monnaie, décide un

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retour à la monnaie de S. Louis, un des sergents de l'cvêque de Chàlons est pris à partie au moment où, percevant les tonlieux, il en exige le paiement en bonne monnaie. Il en résulte une véritable émeute.

L'autorité des évêques absorbe pendant plusieurs siècles toute autorité à Châlons. Leur titre de pair de France apparaît pour la première fois en 1142 avec Gui de Montaigu. La cour épiscopale était digne d'un évêché aussi puissant. Son organisation était due, croit-on, à Gibuin II (vers l'an 1000); elle comptait six ecclésiastiques et six laïques (sans doute à l'image des douze pairs). On y voyait un maréchal, un chambellan, un bouteiller, un maître d'hôtel, un chapelain et un écuyer.

En face de l'évêque se dressait une autre puissance, le chapitre de S.-Étienne, avec lequel il était presque continuellement en différend. On ne sait pas exactement à quelle époque une communauté de chanoines fut établie dans la cité de Châlons. Ce fait a dû se produire dans la première moitié du ix»^ s., et, plus probablement, au début de ce siècle, selon l'hypothèse de M. Vercauteren.

La séparation du temporel en menses capitulaire et épiscopale eut lieu assez tôt : un diplôme de Charles le Chauve du 17 avr. 850, qui confirme une donation faite par l'évêque Loup II au chapitre, montre que la mense canoniale existait à cette date. Outre certains biens fonciers, les chanoines possédaient également, depuis 865, les revenus de l'atelier monétaire et probablement les droits de quai et de passage qui se percevaient le long des rives de la Marne. Dans le suburbium, ils étaient propriétaires de l'église N.-D. -en-Vaux. D'abord assez faiblement organisé, le chapitre se fortifia singulièrement après qu'il eut obtenu la constitution de son ban particulier, qui comprenait le cloître, les maisons des chanoines, l'Hôtel-Dieu, etc. En 1113, il comptait, indépendamment des huit dignitaires, le doyen, les quatre archidiacres, le trésorier, le chantre et le sous-chantre, quarante chanoines; en 1377, on y ajouta deux vicaires perpétuels; de 39 chanoines et fiO chapelains en 1690, le chapitre était réduit en 1789 à 28 chanoines, 2 vicaires, 3 prêtres habitués et 2 vicaires quart-prébendés. Il possédait d'immenses domaines, une justice, une police (douze francs-sergents).

En 1246, au cours d'un conflit entre l'évêque Geoffroy de Grandpré et le chapitre, le doyen fit suspendre l'ofïice divin dans la cathédrale. En 1268, l'évêque ayant, de sa propre autorité, affranchi quelques serfs, le doyen fit cesser le jeu des orgues, obtint du prélat une indemnité de 1 100 livres tournois et ne fit recommencer à jouer l'orgue que sur une bulle du pape, en mars 1269. En 1284, nouvelle querelle avec l'évêque, Jean de Châteauvillain. Les chanoines étaient soutenus par le pape Honorius IV, qui avait été lui-même chanoine de Châlons : dès son avènement, il donna à ses anciens confrères deux bulles leur reconnaissant le droit d'excommunier ceux qui feraient tort à l'église S.-Étienne (c.-à-d. la cathédrale) et de faire arrêter et punir ceux, clercs ou laïcs, qui commettraient des crimes dans le cloître. L'évêque, blessé dans sa suprématie, se plaignit au parlement et au roi : les chanoines cessèrent de nouveau l'office divin. Jean de Châteauvillain se fit ouvrir de force la cathédrale, y célébra la messe, mais le parlement lui donna tort; obsédé de ces perpétuelles discussions, il s'éloigna de Châlons, mais, ce faisant, il n'échappait pas à son chapitre, qui le relança en lui adressant une monition des plus sévères pour qu'il eût à revenir sur son siège « et à cesser de mener une vie vagabonde » (1295). Ce pénible conflit ne prit fin qu'en 1300. Àu xiv« et au xv" s., les pouvoirs et l'indépendance du chapitre par rapjiort à l'autorité épiscopale ne cessent de croître; en 1452, le parlement permit aux chanoines de refuser

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le serment de foi et hommage. Il y eut une réaction au I xvi^ s. et, quand les chanoines prétendirent que leur évêque n'avait ni siège ni juridiction, ni autres droits épiscopau.x dans l'église cathédrale, ni séance dans le chapitre et qu'il devait être considéré par eux comme une sorte de co-évêque, le parlement de Paris leur donna tort. Cet arrêt, rendu le 15 févr. 1564, ne mit pas fin au conflit, car les Mémoires du clergé rapportent encore trois autres décisions postérieures se rapportant à cette querelle. En 1690, le chapitre de Châlons, de nouveau en conflit avec son évêque, demande une consultation à tous les chapitres de France.

IV. Liste épiscopale. — Memmius, Donatianus, Domitianus, Amabilis, Desiderius, Sanctissimus, Pro- ! vinctus (v. supra). — • Alpinus (v. supra, ii, 764, et Dicl. de biogr. Iranç., ii, 318; en plaçant Alpinus avant Amandinus, nous suivons l'ordre adopté par la liste épiscopale). — Amandinus. — Florendus. — Provide- 1 rius. — Productor. — Lupus I" (qui assiste en 535 au ' concile de Clermont; cf. Vacancard, Études d'histoire ! et de critique religieuses, P« sér., p. 145; il serait mort I en 541 au concile d'Orléans). — Papio. — Eucharius 1 (vers 577). — Teutmodus. — Elasius. — S. Lumier i (t vers 595). — Félix I" (assista en 627 au concile de I Clichy). — Regnault I". — Landebert. — Arnulfe I (t vers 665). — Berthoend (vers 693). — Félix II. — j Bladier (vers 754). — Scaric (vers 77)). ■ — Ricaire. — I Gillebaud (vers 775). — Bovon I" (v. supra, x, 300). — S. Hildegrin (qui devait évangéliser la Saxe et mourir à Werden le 20 juin 827). — Aderin. — Loup II (vers j 850). — Erchenraus (vers 860). — Guillebert (f le 2 janv. 878). — Bernon. — Rodoald. — Mancion I (vers 900). — Letolde (assista en 909 au concile de Troslé, près de Soissons). — Bovon II (917-47; v. j supra, x, 301). -— Gibuin l" (947-98). — Gibuin II (998-1001). — Gui (1001-06). — Roger I". — Roger II. — Roger III, dit de Thuringe. — Philippe de Champagne (1094-1100). — Hugues (1100-13). — Guillaume de Champeaux (1113-22). — Ebaldus (1122-25). — Albéric de Reims (1125-27). — Erlebert (1127-30). — Geoffroy (1131-42). La succession de ce dernier donna lieu à de graves incidents. Le roi Louis le Jeune était alors en guerre avec Thibaut de Champagne; il mit opposition aux élections et, le chapitre de Châlons ayant passé outre à la défense, il refusa l'investiture à l'élu Guy II de Montaigu, cependant que les troupes royales occupaient Chàlons et ravageaient tout. A ce prélat (1142-46) succéda Barthélémy de Sentis (1147-52) qui mourut en Terre sainte.

Viennent ensuite : Aimon de Bazoches (1153), V. D. H. G. E., i, 1191. — Bovon (1153-61), ibid., x, 301. — Guy de Joinville (1164-90). — Rotrou du Perche (1190-vers 1200). — Gérard de Doucy (f 1210).

— Guillaume II du Perche (1210-26). — Philippe II de Nemours (j 1236). — Geoffroy de Grandpré (assiste le 13 mars 1239 à l'autodafé du Mont-Aimé). — Pierre I" de Hans (f 1261). — Conon de Vitry (f 1270).

— Arnould de Loss (ou de Loches) (t 1273). — Rémy de Somme-Tourbe. — Jean I" de Châteauvillain (1285-1313). — Pierre de Latilly (1313-27). — Simon de Châteauvillain (1327-vers 1331). — - Phihppe III de Melun (1335-39).— Jean II de Mandevillain. — Jean III de Happe (t 1350). — Regnault II (t 1356).

— Archambault de Lautrec (t vers 1390). — Charles de Poitiers (1390-1413). — Louis de Bar (1413-20; V. supra, VI, 543 sq.). — Jean de Sarrebruck (1420- 38). — Jean Tudert (1439; ne vint pas à Châlons). Guillaume III le Tur (1441-53). — Geoffroy III de S.-Géran (f 1503). — Gilles III de Luxembourg (1503- 35). — Robert de Lénoncourt (1535-49). — Philippe IV de Lénoncourt (1550-56). — Jérôme Bourgeois (1556-73). — Nicolas Clausse de Marchaumont (1573-74). - ■ Cosme Clausse (1574-1624). — Henri

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Clausse (1024-40). Félix Vialart de Hevsc (l(;44-80). — Louis-Antoine de Noailles (108(1-95). — (}aston de Noailles (1096-1720). Nicolas de Saulx-Tavannes \ (1721-34). — Choiseul-Beauprc (1734-63). — De Juigné (1764-81). — De Clermont-Tonnerre (1781-90).

Pour la suite, voir col. 322 sq.

V. Principaux événements religieux. — Le supplice de nombreux hérétiques au Mont-Aimé, près de Vertus, autodafé que présida l'évèque Geoffroy de Grandpré, le 13 mai 1239, est l'événement de l'histoire du diocèse de Châlons au Moyen Age qui a le plus marqué dans la mémoire des hommes. Depuis longtemps déjà, l'hérésie s'était attaquée au diocèse. Au ix^ s., dans l'abbaye d'Orbais, sise dans le diocèse de Soissons, mais à quelques km. seulement de la frontière du . diocèse de Châlons, le moine Gottescalc enseigne le prédestinatianisme. Vers l'an 1000, les manichéens, i partis de Bulgarie, se manifestent à Orléans, Châlons, ; Liège, Soissons. Quelques années plus tard, les sec- j taires pullulent dans le diocèse de Châlons. L'évèque consulte Wazon de Liège sur les mesures à prendre : il semble que la population était « enragée » contre les hérétiques. Or l'évèque jugeait ces sentiments odieux (E. Vacandard, L' Inquisition, Paris, 1907, p. 41).

C'est une hérésie de type populaire. A Vertus, un simple paysan, Leutard, se déclare inspiré de l'Esprit- Saint, renvoie sa femme « pour obéir au précepte évangélique », brise les crucifix et se fait bien voir des cultivateurs en leur enseignant qu'ils ne doivent pas la dîme. Il fait un choix dans les Écritures, disant qu'il ' ne fallait croire qu'une partie de ce que les prophètes avaient prêché. L'évèque de Châlons, Gibuin, le fait , saisir et l'oblige à avancer qu'il ne sait rien de la | doctrine de l'Église, ce qui le discrédite aux yeux de j ses partisans. " Quand il se vit vaincu et abandonné de i ses disciples, ajoute Raoul Glaber, il se jeta la tête la ' première dans un puits » (Lavisse, Hist. de France, i II, II« part., p. 196). Au xii« s., le canton de Vertus est de nouveau gagné à l'hérésie. Cette région fut le ber- ' ceau de la secte des apostoliques, contre laquelle lutta S. Bernard. I

Beaucoup de Juifs étaient établis au Moyen Age à Vitry en Perthois, pays avoishiant la région troyenne où se trouvait une juiverie très importante. En 1321, il y eut un pogrom, les Juifs étant accusés d'avoir pro- i pagé la peste en empoisonnant les fontaines.

Au xvi« s., le diocèse fut très troublé par la Réforme. La région de Wassy — alors du diocèse de (;;hâ- j Ions, aujourd'hui rattachée à Langres — fut particulièrement atteinte. C'est là que se produisit, le ! 1" mars 1562, le massacre qui inaugura les guerres de religion en France. Peu avant cet incident, l'évèque de Châlons, Jérôme Bourgeois, très zélé contre l'hérésie, avait été chargé par Antoinette de Bourbon, la mère des Guise, de ramener à l'orthodoxie les habitants de ' Wassy dont beaucoup s'étaient donnés à la Réforme. ! Il s'y était rendu avec un moine, mais, à la suite d'une ! sorte de joute théologique, il avait dû se retirer. Déjà, | en déc. 1561, il avait eu à Troyes une discussion pubUque avec Jean Gravelle, pasteur de Dreux, qui avait tourné au désavantage de l'évèque. A cette j époque, quoique en minorité, les calvinistes étaient très agissants à Châlons (Lavisse s'avance trop en disant qu'ils en étaient les maîtres). L'évèque Bourgeois avait fait garder en 1561 par des soldats la rue S.-Martin où devait se tenir un prêche et, de concert avec les échcvins, il avait obtenu du roi que les protestants ne pourraient plus servir à la garde des remparts et des portes, mais qu'ils seraient tenus de payer un impôt spécial, pour compenser cette exemption.

Le Perthois (région de Vitry) est la partie du diocèse \ où l'hérésie avait fait le plus de progrès (cf. G. Hérelle, ' Documents inédits sur te protestantisme ù Vitnj-le-

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