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François, Épensv, Heillz-lc-Maurupi , Nettancourt et Wassy, dans Soc. des sciences et arts de V il ry-le- François, xxvi, 1907, p. 1). Vitry est une position-carrefour, ouverte aux influences convergentes. Dès 1524, un certain Jean Châtelain, venu de Lorraine, dénonce avec hardiesse les abus de l'Église romaine à Vitry; l'année suivante, il est brûlé à Metz (R. Crozet, Le protestantisme et la Ligue à Vitry-le-François et en Perthois, dans Rev. historique, clvi, 1). En 1554, les réformés de Vitry-le-François attaquent l'abbaye S.-Martin de Huiron, pour y enlever des reliques. Ce sont les Guise, maîtres de la région, par leurs terres de Joinville et d'Éclaron, qui prirent l'initiative de la répression. Dès 1559, le cardinal de Lorraine, entreprend d'extirper l'hérésie de S.-Dizier et de la région environnante. L'un des agents les plus actifs de cette répression fut un procureur du roi appelé Léonard Bernard (ou Bernacle) qui se fit redouter par sa brutalité, tant à S.-Dizier qu'à Vitry-le-François. Le milieu protestant de Vitry se recrutait parmi les gens les plus puissants, les plus riches et les plus cultivés.
Le diocèse ne fut pas épargné par les troubles de la Ligue : Joinville était l'un des bastions des Guise. En 1585, Guise s'empara de Vitry et de Châlons. La ville était restée fidèle au roi, et, par la suite, l'évèque Cosme Clausse, ligueur convaincu, reçut interdiction d'y rentrer. (Châlons était le refuge des royalistes troyens exilés (Henri de la Perrière, Nicolas de Haut, 1927, ]). 49). i.e 1''' mai 1589, le roi installe à Châlons une chambre du iiarlement de Paris. Ces événements sont un épisode de la rivalité traditionnelle entre Vitry et Châlons : Vitry fait figure de ville rebelle et Châlons de ville fidèle.
Guerres et troubles laissaient le diocèse dans un état très fâcheux d'où le tirèrent les épiscopats réparateurs du xviii= s. Celui de l'évèque Cosme Clausse (1574-1024) les inaugure : ce prélat, malheureusement compromis par la politique, fut en effet un évêque très zélé, qui fonda, dans son diocèse, de nombreuses maisons religieuses. Il favorisa la fondation à Châlons, en 1614, du premier établissement de la congrégation N.-D. de S. Pierre Fourier qui ait été institué hors du duché de Lorraine, où la congrégation avait pris naissance (cf. L. Pingaud, >S. Pierre Fourier, Paris, 1898, p. 64). Mais c'est surtout l'épiscopat de Vialart (1644-80) qui régénéra moralement le diocèse. Formé par S. Vincent de Paul, ce prélat, qui avait reçu, tout jeune, la bénédiction de S. François de Sales, était un assidu des « Conférences du mardi ». Cousin de M. Olier, il avait été son collaborateur. En 1658, 1664 et 1665, il organise des missions générales, confiées aux oratoriens, aux jésuites, ou à la congrégation de S. Jean Eudes (Malart devait à S. Jean Eudes son élévation à l'épiscopat ; cf. Boulay, Vie de S. Jean Eudes, m, Paris, 1907, p. 463). En 1658, les missions de "Wassy et de Holmoru (aujourd'hui Heiltz-le-Maurupt) furent de magnifiques manifestations religieuses (cf. Claude-Pierre Goujet, La Vie de Messire Vialart; E. de Barthélémy, Un évêque de Châlons sous Louis XIV, Châlons, 1856; Gazier, Les dernières années du cardinal de Retz). Le diocèse avait beaucoup souffert des guerres et de la Fronde : c'est lui qui fut l'un des premiers à bénéficier de l'action charitable des filles de S. -Vincent de Paul. Dès 1653, ce dernier les installe à Châlons, à la demande de la reine, avec mission de soigner les blessés militaires (M. Coste, Le grand saint du Grand siècle, passim). En revanche, le nom de Châlons ne figure pas sur la liste des villes où des Compagnies du S. -Sacrement furent établies par celle de Paris (cf. liste dressée par dom H. Bcauchet-Filleau, Annales de la Compagnie du S. -Sacrement, Marseille, 1902).
Louis et Ciaston de Noailles, qui ont les honneurs des Mémoires de Saint-Simon, furent do bons évô-
CHALONS-S
UR-MARNE
ques. Louis-Antoine (1680-05) était appelé à devenir archevêque de Paris et cardinal. Il avait porté sur le siège de Châlons « son innocence baptismale ». Saint- Simon le loue d'avoir gardé « une résidence exacte » et d'avoir été « uniquement appliqué aux visites, au gouvernement de son diocèse et à toutes sortes de bonnes œuvres » (cf. Barthélémy, Le cardinal de Noailles, Paris, 1883). Son frère, Gaston, qui lui succéda (1696- 1720), était « un prélat d'un grand exemple, d'une grande piété et d'une grande fermeté contre la bulle Unigenitus. Son savoir et ses lumières étaient médiocres ». Il fonda l'établissement du Bon-Pasteur pour les filles repenties.
A la révocation de l'Édit de Nantes, la plupart des protestants du diocèse se retirèrent en Westphalie. Une colonie se fixa à Francfort-sur-l'Oder. Malheureusement, l'hérésie janséniste fit, à cette époque et à l'époque suivante, d'immenses ravages dans le diocèse. L'évêque Vialart y a sa part de responsabilité. L'abbaye de Hautefontaine, près de Vitry, était un foyer très actif où se trouvaient des presses clandestines : c'est là qu'étaient imprimées les fameuses Nouvelles ecclésiastiques. Sompuis était un autre foyer janséniste. Cette paroisse avait été « évangélisée » (sic ) par l'abbé Paul Collard (de la famille de Royer- Collard) (cf. Gazier, Hist. générale du mouvement janséniste, II, 244; Rev. d'hist. ecclés., v, 96, et E. Jovy, L'histoire religieuse de Vitry et les « Nouvelles ecclésiastiques », dans Bull, de la Soc. des sciences et arts de Vitry, XXI, 692). « Pour le diocèse de Châlons, écrit M. Dedieu, l'énumération [des actes d'appel contre la Constitution ] se poursuit dans une sorte de décor théâtral. Nous voyons les curés des divers doyennés se mettre en route pour Vitry-le-François, Ste-Menehould, Vitry-le-Château, Vertus, Coole, Neuville-au- Pont, Perthes, Joinville, Nettancourt, Givry, Wassy, S.-Dizier et donner avec enthousiasme leur acte d'appel, en protestant qu'ils veulent défendre Quesnel et son livre des Réflexions morales, qui a pris naissance, disaient-ils, dans ce diocèse et qui n'a fait que du bien ». (Sur la pénétration janséniste dans le diocèse, voir V Inventaire de la coll. Languet, dans Introduction aux études d'hist. ecclés. locale, m, 535).
Nicolas de Saulx-Tavannes (1721-34) tenta de réduire par la douceur l'opposition janséniste, mais il n'obtint que de maigres résultats; l'un des chefs de la résistance était l'austère curé de Vitry-le-François, Jean Le Boucher, célèbre par son entêtement.
En 1735, le diocèse passa aux mains de Claude de Choiseul-Beaupré, aumônier du roi, gallican et quelque peu philosophe (en 1748, il recevra Voltaire à Sarry), qui rappela et réintégra les curés jansénistes exilés; il se montra très hostile aux Jésuites. Son successeur, Juigné (1764-81), futur archevêque de Paris, suivra une politique opposée. Ce prélat, très attaché à ses devoirs d'évêque, était d'une charité inépuisable. A son arrivée dans le diocèse, les jansénistes le comblèrent d'éloges, mais il déçut leurs espérances. Quand il eut établi dans son diocèse la fête de S. -Vincent-de- Paul, ils déclarèrent que Juigné était « aussi imbu de préventions qu'aucun évêque constitutionnaire ». Mgr de Juigné fit preuve d'un courage et d'un dévouement admirables lors de l'incendie de S.-Dizier en 1775 (cf. Pisani, L'Église de Paris sous la Révolution, i, Paris, 1908, p. 79).
VI. Le diocèse a la veille de la Révolution. — 1° L'évêque. — En 1789, l'évêque de Châlons était Anne-Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre (1781- 1808). Voici comment Sicard {Les évêques avant la Révolution, Paris, 1912, p. 95) nous présente ce personnage dans le cadre de sa cité épiscopale : " L'évêque de Châlons, M. de Clermont-Tonnerre, n'est pas moins magnifique. Il passe l'été à Sarry, maison de campagne
de l'évêché, et n'a qu'un pied-à-terre à la ville, sur l'emplacement même de la maison habitée aujourd'hui par l'archiprêtre. Tous les dimanches et jours de fêtes, il se fait porter à la cathédrale par une voiture attelée de quatre chevaux blancs. Un piqueur se tient à chaque portière. Au devant, marche un de ses ofTiciers à cheval, portant l'épée nue, pour montrer que l'évêque, comte de Châlons, a droit de vie et de mort. Il est reçu à l'entrée de la ville. M. de Clermont-Tonnerre, qui avait rebâti presque entièrement le château de Sarry, se disposait à en faire combler les fossés, quand éclata la Révolution... Châlons était une des très rares villes dépourvues de palais épiscopal, celui bâti en 1469 par Geoffroy Soreau s'étant effondré en 1709, et celui entrepris à cette époque par Gaston de Noailles n'ayant pas été achevé » (sur le cérémonial d'entrée des évêques, cf. L. Grignon, L'entrée de quelques évêques à Châlons, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1884, p. 83).
2° État moral du diocèse. — • Il nous est révélé par les comptes rendus des visites archidiaconales : 23 registres sont conservés aux archives départementales de la Marne, qui correspondent aux années 1696- 1764. Ils ont été analysés par M. Gabriel Le Bras (dans Nouv. rev. de Champagne et de Brie, 1935). D'après ces documents, le nombre des non-pascalisants ne dépasse pas 10 % pour l'ensemble du diocèse. Leurs noms nous sont communiqués : ce sont surtout des bourgeois et des cabaretiers. Il y a peu de manifestations de piété; on relève beaucoup de négligence dans l'envoi des enfants au catéchisme, d'où la faiblesse de l'instruction religieuse. On constate d'assez nombreuses infractions à la loi du dimanche, et l'on se plaint de la mollesse des pouvoirs civils qui appliquent sans rigueur les ordonnances sur la fermeture des cabarets.
3" L'instruction. — Le premier essai de séminaire date de 1572 : l'évêque Jérôme Bourgeois avait décidé la fondation d'un établissement de ce genre et il avait constitué en sa faveur une rente sur ses biens, mais il fallut deux arrêts du parlement pour contraindre ses héritiers à fournir les sommes nécessaires à l'acquisition de cette rente (arrêts de 1591 et de 1606). Ce premier séminaire fut, malheureusement, absorbé par le collège des Jésuites. En 1624, Clausse de Marchaumont reprend le projet : il demande à Bourdoise douze prêtres de sa communauté, mais il ne peut en obtenir que deux et la tentative échoue. Il appartiendra à son successeur, Vialart, de la réaliser. Dès l'année de son installation, il achète une maison à Châlons et y place des prêtres d'élite auxquels il confie les aspirants au sacerdoce; en 1650, il obtient en faveur de son séminaire des lettres patentes. En 1660, il y appelle les Pères de la Doctrine chrétienne; mais, ces religieux ne lui ayant pas témoigné une soumission à son gré suffisante, il les remplace, en 1679, par des oratoriens, qui doivent eux-mêmes céder la place à des lazaristes, à la suite d'un arrêt du 5 sept. 1680, qui les exclut du séminaire. On s'inquiétait des tendances jansénistes qui régnaient dans cette maison.
Dans son ensemble, le clergé paraît honorable, sérieux, niais sans ardeur. Le recrutement sacerdotal était suffisant : il y avait environ 80 élèves au grand séminaire en 1787. Le diocèse se suffisait. Il envoyait même de ses prêtres aux diocèses voisins (Auxerre) et surtout à Paris. Du 7 avr. 1787 au 7 mars 1789, Mgr de Clermont-Tonnerre ordonna 38 prêtres. En 1790, 7 prêtres du diocèse de Châlons étaient employés dans le ministère à Paris. En revanche, quelques prêtres des diocèses de Trêves, de Coutances et de Besançon étaient incorporés au clergé du diocèse de Châlons. Ce clergé jouissait en grande majorité de l'estime de la population.
L'instruction publique était développée. On comp-
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vil 1789, 37Î) écoles primaires de garçons ou écoles mixtes, servant aux 392 paroisses du diocèse. Cent vingt religieuses, appartenant à quatre congrégations différentes, desservaient 95 écoles gratuites de filles. Six écoles normales formaient des maîtresses (abbé Puiseux, L'instruction primaire dans le diocèse ancien de Châlons-sur- Marne, dans Mém. de la Soc. d'agriculture de la Marne, xxiv, 1880, p. 305, et xxv, 1882, p. 231; Maggiolo, Les écoles dans les anciens diocèses de Châlons et de Verdun avant 1789, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1881, p. 237). On trouvait des collèges : à Châlons (tenu par les Jésuites, de 1617 à 1763), à Vitry-le-François (Pères de la Doctrine chrétienne, depuis 1665 : 8 professeurs, tous prêtres), à Ste-Menehould, à Vertus (collège dirigé par les bénédictins de S. -Sauveur).
4° Confréries. — On en trouvait dans la plupart des paroisses rurales. A Châlons, il y en avait deux : celle de S. -Jacques de Compostelle et celle des Frères des Dix-deniers, qui accompagnaient les convois des pauvres et soignaient les malades : ils furent, en 1616, attachés à l'Hôtel-Dieu. — A Joinville, la confrérie de la Ste-Croix groupait hommes et femmes; les premiers portaient un sac de toile, les femmes une cape de serge noire.
Nous sommes mal informés de la pénétration des idées nouvelles à la veille de la Révolution. On cite le cas de Morelly, régent à Vitry-le-François qui, dès le milieu du xviii'^ s., prêche le communisme dans divers écrits : Le prince, ou les délices du cœur, 1751; Le code de la Nature, 1753. A la fin du xvm» s., il y avait des prêches à Wassy, Heilz-le-Maurupt, au Mesnil-Oger (G. Hérelle, Le protestantisme à Vitry (1596-1789), dans Bull, de la Soc. des science.'! et arts de Vitry-le- François, XXII, 1904, p. 3).
VII. La Révolution. — La Révolution n'eut pas, dans la Marne, le caractère violent qu'on lui connaît ailleurs. Il y eut des incidents à Châlons, lors du départ de l'évèque, Mgr de Clermont-Tonnerre, qui faillit être écharpé; mais ce fait est isolé. Sous réserve de ce que nous dirons des déportations de Fructidor, le diocèse ne donna guère qu'une victime à la persécution sanglante : l'abbé Nicolas Musard, curé de Somme-Vesle, prêtre réfractaire qui, rentré d'émigration en 1795, fut arrêté l'année suivante et guillotiné à Reims. Dom Leclercq a raconté sa fin édifiante (Les martyrs, xii, 397 sq.).
Le siège épiscopal de Châlons fut supprimé et il n'y eut plus qu'un « évêché de la Marne », dont Reims était le siège. La municipalité de Châlons protesta le 8 juin 1790; elle intervint également en faveur du chapitre, mais en vain, puisque la cathédrale de Châlons fut fermée le 19 nov. 1790. Mgr de Clermont- Tonnerre et l'archevêque de Reims, Talleyrand-Périgord, ayant refusé le serment, ce fut Diot, curé de Vendresse (Ardennes), né à Reims en 1744, qui fut élu évêque de la Marne (13 mars 1791). Le clergé du diocèse de Châlons avait été vivement troublé par des écrits — la plupart anonymes — publiés pour attaquer ou pour défendre la Constitution civile. Diot était l'auteur d'une de ces brochures. C'était un prêtre de valeur. Il vénérait l'archevêque de Reims, et la lettre qu'il lui écrivit le 28 mars pour le supplier de se soumettre à la loi paraît sincère. C'est à tort que l'abbé Puiseux affecte d'y voir « un chef-d'œuvre d'hypocrisie » (Semaine religieuse de Châlons, 1891, p. 144). Dans sa Lettre de communion, adressée à Pie VI, Diot conservait cette attitude : il avait accepté le siège vacant, mais il était prêt à se retirer aussitôt que le titulaire se mettrait dans le cas de pouvoir y remonter. Il fut sacré le 1" mai 1791 par Gobel. (Abbé Millard, Le clergé du diocèse de Châlons : la Révolution, Châlons, 1903.)
Les preslalions de serment furent nombreuses dans \ la Marne, surtout dans les régions qui ne faisaient pas partie de l'ancien diocèse de Châlons : 46 jureurs sur 116 prêtres dans le district de Châlons, mais 53 sur 66 dans celui d'Épernay et 104 sur 122 dans celui de Sézanne, d'après l'abbé Millard. De nombreux religieux acceptèrent d'être élus curés constitutionnels; le même auteur en compte 33 dans ce qui forme aujourd'hui le diocèse de Châlons. Bien des serments restrictifs furent validés grâce à la complaisance du directoire du département, « qui se montrait partisan des compromis et recommandait de fermer les yeux sur le serment des ecclésiastiques qui reconnaîtraient le nouvel évêque ». C'est pourquoi, en certains endroits, les restrictions ajoutées aux serments furent omises dans les procès-verbaux. Des curés s'en arrangeaient à merveille, d'autres protestaient. « Enfin, il y eut cent irrégularités, toutes les finasseries de paysans retors » (dom Leclercq, L'Église constitutionnelle, Paris, 1934, p. 298). C'est, semble-t-il, la région de Vitry qui marqua le plus d'opposition à Diot ; ce dernier se plaint que les curés de ce district ne font pas usage des saintes huiles consacrées par lui (sur Diot, Pisani, Répertoire de l'épiscopal constitutionnel, Paris, 1907, p. 199 sq.). Il y eut un « séminaire constitutionnel de la Marne », j mais il découragea successivement trois supérieurs, ! qui, d'ailleurs, ne manquaient pas de mérite. L'un ■ d'eux, F. Detorcy, reste l'une des personnalités les plus fortes de l'Église constitutionnelle, éclipsant au concile de 1802 la plupart des évêques, tenant tête à Grégoire, qui doit compter avec lui (J. Leflon, Le clergé sous le Consulat et le Premier Empire, dans Rev. d'hist. de l'Église de France, 1945, p. 103).
Mgr de Clermont-Tonnerre laissa l'administration de son diocèse à l'abbé Dubois de Crancé et se retira à Rome. Bien placé pour connaître les sentiments et les intentions de la Cour pontificale, il prêche la soumission aux lois de la République en l'an IV, ce qui lui valut d'amers reproches du parti des princes (cf. Theiner, Documents inédits, i, 458; ii, 86; Mgr de Beauséjour, Les Clermont-Tonnerre comtois, Besançon, 1929; Pisani, L'Église de Paris et la Révolution, ii, 232). Il refusa d'adhérer au Concordat, mais donna sa démission en 1801 (cf. Latreille, Napoléon et le S.-Siège, Paris, 1934, p. 206; — sur ses relations avec Talleyrand, cf. Henri Malo, Le beau Montrond, Paris, 1926, p. 50).
VIII. Le xix«^ siècle et l'époque contemporaine. — Ni le diocèse de Châlons, ni le diocèse de Reims ne furent rétablis au Concordat : la Marne était rattachée au diocèse de Meaux. Mgr de Barrai, évêque de ce siège, établit un conseil spécial pour ce département. En 1821, à la suite des difficultés de ratification du concordat de 1817, on forma le diocèse de Reims, couvrant la Marne et les Ardennes. Le 6 oct. 1822, le diocèse de Châlons fut enfin rétabli, par la bulle Pnternne caritatis. (Pour ses limites, v. carte.)
Le premier évêque fut Mgr de Prilly (1823-60) qui restaura l'administration diocésaine. C'était un ancien militaire de l'Empire. En 1825, il présida une grande mission, qui se termina par l'érection d'un calvaire, placé aujourd'hui dans la cathédrale. En 1830, son hôtel fut pillé et, le 11 nov., le petit séminaire fut la proie des flammes (Ami de la religion, 25 nov. 1830, p. 167). En 1832, il confia le grand séminaire aux Lazaristes et fit construire, en 1838, le petit séminaire S.- Memmie. Fa\ 1843, il écrivit contre l'LIniversité une lettre si vive que le gouvernement en appela comme d'abus au Conseil d'État. L'affaire fit tant de bruit que Victor de Balabine. secrétaire de l'ambassade de Russie, en fait mention dans son Journal, au 18 nov. 1843 (cL Le Correspondant, 25 oct. 1913, p. 293). Voir la biographie de Mgr de Prilly par l'abbé Puiseux : Vie
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et Mires de Myr de l'rilly, évoque de Châkms, liS87. Ou a prétendu qu'il avait peu d'action sur son clergé, lequel n'avait alors, d'après les rapports ofliciels, que peu d'influence sur la population (cf. Jean Maurain, La politique ecclésiastique de Napoléon III, 285). En 1856, on lui donna un coadjuteur, Mgr Bara, qui lui succéda à sa mort en 1860. Mgr Bara, t 1864, fut remplacé par le futur cardinal Meignan. Les Lazaristes donnant un enseignement qu'il juge trop inférieur, si l'on en croit Houtin, il les renvoie (sur l'enseignement au séminaire de Châlons après la guerre de 1870, voir les Mémoires de Loisy, dont un chapitre est intitulé Un grand séminaire en 1874-1878, i, 35 sq.). En 1882, il est nommé à l'évêché d'Arras; le jour même où sa nomination paraît à l'Officiel (20 sejit.), il quitte Châlons sans prévenir personne et va s'installer à Paris où il attend ses bulles, procédé qui donne à entendre que ses rapports avec son clergé laissaient à désirer (abbé Boissonot, Vie du cardinal Meignan, Paris, 1899). — Mgr Sourrieu, qui arrive à Châlons le 14 déc. 1882, rétablit, l'année suivante, les Lazaristes au grand séminaire. Il quittera le diocèse en 1894 pour Rouen. — Mgr Latty, futur archevêque d'Avignon, gouverne le diocèse de 1894 » 1907. 11 préside à la réforme des études cléricales, en édictant pour son grand séminaire d'excellents règlements, qu'il devait compléter en 1902 par sa Lettre aux directeurs du grand séminaire (Brugcrette, l^e prêtre français et la société contemporaine, ii, 272). — l^e futur cardinal Sevin prit possession de l'évêché en 1908. Il le quitta en 1912 pour Lyon. Il réprima rigoureusement le modernisme et le Sillon, ce qui lui a valu la réputation d'un esprit étroitement intransigeant, penchant vers l'intégrisme (cf. Louis de Lacger, Mgr Mignol, Paris, 1933, p. 115). Cependant Loisy crut voir dans son mandement de prise de possession un appel paternel et cordial qui lui était adressé (Loisy était prêtre du diocèse de Châlons; cf. Mémoires, m, 27). La mémoire du cardinal Sevin a trouvé un défenseur bien informé en M. le chan. Alloing, dont la Vie du cardinal Sevin fl8ô2-19]6j, Paris, 1931, contient un tableau précis de l'état du diocèse de Châlons au début du xx« s. — A l'inverse de ce prélat son successeur, Mgr Tissier, restera fidèle au siège de S. Memmie. Sa belle conduite durant la guerre de 1914 lui vaudra le titre d' « évêque de la Marne ».
La première guerre mondiale fut cruelle au diocèse de Châlons : nombre d'églises furent endommagées; plusieurs villages — tel Tahure — furent entièrement rasés; ils ne furent pas reconstruits. Plusieurs prêtres périrent à leur poste, victimes de la guerre, tel le doyen de Sompuis. Le curé d'Esternay faillit être fusillé. D'autre part, plusieurs prêtres se distinguèrent alors par leur patriotisme et rendirent d'éminents services à leurs concitoyens.
IX. Établissements religieux. — La Gallia christiana énumère pour l'ancien diocèse de Châlons 19 abbayes, dont 16 abbayes d'hommes : 7 appartenaient à l'ordre de S. -Benoît, 4 à l'ordre de S. Augustin, 7 relevaient de Cîteaux, 1, enfin, appartenait à l'ordre de Prémontré.
1° Ordre de S.-Augustin. — D'après la tradition, la plus ancienne abbaye du diocèse était celle de S. -Memmie, sise aux portes de Châlons, qui portait le nom de son fondateur. En réalité, on connaît mal l'histoire de cette maison, où les chanoines réguliers s'installent en 1131. Au milieu du xviii'' s., on n'y trouvera plus que six religieux. — Châtrices, sur l'Aisne, dans la région de Ste-Menehould, fondée par Albéron, évêque de Verdun, qui y envoya huit chanoines réguliers, entre 1137 et 1145; l'abbaye donna naissance à un village (cf. L. Brouillon, L'abbaye de Châtrices, dans Travaux de l'académie de Reims, cxii, 1903, p. 1-108). — Tous-
suints t \. J).-dr ), à Châlons, fondée on 1013 pail'évèque Roger II. rattachée en 1644 à la congrégation de Ste-{icneviève. - Vertus (N.-D.-dc-), dont les moines sont venus de S.-Médard de Soissons, appelés par Thibaut I'^''; cette maison fut brûlée trois fois durant la guerre de Cent ans.
2" Ordre de S.-Benoît. — Le plus célèbre monastère du diocèse était l'abbaye de Montierender, qui aurait été fondée au vii« s. par S. Berchaire, fils d'un seigneur d'Aquitaine. Elle fut restaurée au ix« s. par l'abbé Hatton, qui fit venir des moines de Stavelot. Au xii« s., l'abbé Vuiter y établit une école qui acquit une certaine renommée. L'église de l'abbaye est un monument de grande valeur (cf. de Lasteyrie, L'architect. relig. en France à l'époque goth., u, 115). — Lors des guerres de religion, les moines firent preuve d'un esprit très belliqueux, allant jusqu'à prendre les armes; le cardinal de Guise était leur abbé (A. Drion, Récils historiques et pittoresques sur l'ancien monastère de Montier-en-Der, Versailles, 1842; M. Prou, Un diplôme faux de Charles le Chauve pour l'abbaye de Montierender, dans Mémoires de l'Académie des inscriptions, ix, 215; Ferdinand Lot, Xote sur la date du polyptyque de Montierender, dans Le Moyen Age, 1I« sér.. XXVI, 107; I,éon Delessard, î,' abbaye de Montierender des origines à ta fin du x V s., dans Positions des thèses de l' hJrole des chartes, 1923; Inventaire des reliques... de Montierender, dans Annales de la Soc. d'hist. de Chauniont, v, 1930, p. 318). — S.-Urbain, près de Joinville, fondé vers 862 par l'évèque Erchenrad, fut la première étape de la chevauchée de Jeanne d'Arc (cf. Louis Leclerc, Proposition d'une rectification à la « Gallia christiana », dans Bull, histor. et philçl. du Comité des travaux historiques, 1889, p. 102; H. Patry, Le bénédictin Claude-Cyrille Peuchot, premier archiviste de la Hte-Marne (1743-1817), dans Le bibliographe moderne. 1899, 20; G. Robert, L'acquisition de Chamouilley par S. Urbain, dans Nouv. rev. de Champagne et de Brie, 1935, p. 226). — S.-Martin de Huiron, fondé vers 1070 par l'évèque Roger III, fut d'abord simple prieuré (cf. dom Baillet, Chronique de l'abbaye de Huiron, éd. Hérelle, dans La Réforme et ta Ligue en Champagne; Prinet, L'abbaye de Huiron, description topographique et historique, dans Rev. de Champagne et de Brie, iv, 1878, p. 195; A. de Barthélémy, L'abbaye de Huiron, ibid., v, 18; de Lasteyrie, L'architecture relig. à l'époque golh., i, 225). — Moiremont, aux confins des diocèses de Châlons et de Verdun, aurait, d'après la tradition, été fondé au début du vii^' s. Manassès. archevêque de Reims, y envoya des bénédictins en 1074. En 1622, elle est gagnée à la réforme de S.- Vanne. Elle possédait de grands biens (cf. É. de Barthélémy, Ann. de la Marne, 1865, p. 471 ; G. Robert, La ville de Florent, dans Travaux de l'acad. de Reims, cxLiii, 1931 , p. 98, et La ville neuve de Lu Neuville-au- Ponl, ibid., cxliv, 1932, p. 112). — S.-Sauveur de Vertus, fondé par le comte Thibaut I''' en 1080. Au XVIII'-" s., les moines y tenaient école et l'un de ses maîtres, dom Mabille, s'acquit une grande réputation (cf. Maupassant, Notice sur l'abbaye S.-Sauveur de Vertus, dans Séance publique de la Soc. d'agriculture de la Marne, Châlons, 1839, p. 211 ; L. Grignon, L'abbaye de S.-Sauveur-lès- Vertus, dans Rev. de Champagne, xxi, 1886, p. 225; Néret, Vertus, glanes d'histoire, Avize, 1916, p. 15). En 1789, la situation financière de cette maison était difficile : ses maigres revenus ne lui permettaient pas d'amortir 11 000 livres de dettes criardes (cf. .I.-E. Godefroy, Les l>énédictins de S.- Vanne et la Révolution, Paris, 1918, p. 126). Bénédictines de l'abbaye à'Andecy (v. D. H. G. E., ii, 1556 sq.) — Enfin S.-Pierre-aux-Monts (v. supra, col. 304).
3" Ordre de Ctteaux. La très riche abbaye de Trois-Fontaines, fondée par le comte de Champagne
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Hugues l", CM 1 1 U). eut. dès 1 i;57, six abbayes filiales dont Cheminon. Montiers-en-Argoniie (voir ei-dessous) et Haiitefontaine. (dioc. de (;hâlons). La Chnrmoyc, fondé en 1167, par le comte de Champagne Henri le Libéral. — Montiers-en-Argonne, fondé par l'évêque Godefroy I'''' en 1134, fut d'abord occupé par des augustins. Des cisterciens les remplacent en 1144; filiale de Trois-Fontaines. — S.-Jacques de Vitry, fondé en 1235 par Thibaut, comte de Champagne, incendié avec le bourg en 1420. — N.-D. de S.-Dizier, plus connue sous le nom de S.-Pantaléon, fondée en 1227 par Guillaume de Dampierre et Marguerite de Flandre.
4" Ordre de Prémontré. — N.-D. et S. -Maurice de Moncelz, filiale de Braine, abbaye fondée en 1142, qui ne devint jamais très importante. Ni les guerres du Moyen Age, ni celles de la Ligue ne lui portèrent préjudice. En 1789, on y trouvait un abbé et quatre religieux (cf. Rev. Mabillon, m, 51 ; Diderot a fait de cette maison le cadre de son roman Jacques le fataliste). — Dans son livre Le diocèse ancien de Ctiàlons-sur-Marne (i, 214), Barthélémy signale un monastère à Hancourt, mais il déclare lui-même n'en avoir trouvé qu'une siïiiplc mciilioii flans un titre des archives (l'Ulmoy.
.")" Prieurés. L'un des i)rieurés les plus iniporlanis du diocèse était Épineuseval, près de Wassy (act. dioc. de Langres); fondé par la famille de Dampierre, ses biens étaient considérables. U dépendait de l'abbaye du Val des Écoliers. Il disparut à la Révolution et il n'en reste plus, pour ainsi dire, pierre sur pierre (cf. Valin, Le prieuré d' Épineuseval, Wassy, s. d., [1930]). — Cette région comptait eu outre : le prieuré S.-Fincre de Mathons, connu sous le nom de Maison des Bonshommes, établi dans les dernières années du xii" s., probablement à l'instigation du l)aron de Joinville; il fut peuplé par des moines de Grandmont (É. de Barthélémy, Cartulaire du prieuré de Mathons, dans Mém. de la Soc. d'agricult. de la Marne, Châlons, 1883, p. 89). - A S.-Dizier, nous rencontrons le i>rieuré S.-Thiéhaut (cf. C. Petit, Le prieuré de S.-Thiébaut de Passeloup à S.-Dizier, dans Nouv. rev. de Champagne et de Brie, XII, 1934, p. 129), et, aux environs, le prieuré de Perthes. — A Joinville, des bénédictins occupaient le prieuré Ste-Anne (D. H. G. E., ii, 1146) et des bénédictines le prieuré N.-D. de Pitié, maison fondée en 1553 par Antoinette de Bourbon. En 1557, Paul I\' prononça l'annexion à cette maison du prieuré voisin de S.-Jacques; en 1842, les bâtiments furent occupés par les religieuses de l'Annonciade (cf. G. Robert, N.-D. de Pitié de .Toinville, dans Nouv. rev. de Champagne et de Brie, ix, 1931, p. 100). — Près de Joinville, le prieuré de bénédictines, N.-D. de Valdine ou d'Osne-le-Val, qui dépendait de Molesmes, fit fâcheusement parler de lui au début du xvii« s. Il fut transféré en 1701 près de Charenton par Noailles; il abritait alors une prieure et 35 religieuses (cf. Jobin.Le prieuré du Val d'Osne à Charenton, Paris, 1883, et Vatin, Le prieuré d' Épineuseval, 49). Non loin de là, dans le canton actuel de Joinville, se trouvait le prieuré de femmes de Vecqueville (ou Évêque-Ville). — A Wassy, le prieuré Notre-Dame, relevant de Montierender, appartient d'abord, à partir de 1625, aux jésuites de Reims, pour revenir ensuite aux bénédictins. — A 4 km. de cette ville, le prieuré des Ermites de Wassy relevait de la fameuse abbaye du Val des Écoliers. On trouve également, dans le voisinage, les prieurés de Planrupt, Trois-Fontaines-Ville et Villiers-aux-Bois. Le prieuré de Trois-Fontaines-Ville était situé à Épinlieu; il a laissé de beaux restes d'une église du xii» s. A Villiers-aux-Bois, le prieuré Ste-Anne (omis, semblet-il, dans Cottineau), fondé, selon toute probabilité, par un sire de Joinville, relevait de Montierender.
Dans le diocèse actuel de Cliàlons. c'est dans la ( région du Perthois (qui touche d'ailleurs au territoire du diocèse actuel de Langres) que les prieurés étaient les plus nombreux. Dans cette région, le prieuré bénédictin de Sermaize relevait de l'abbaye de S.-Oyan (dioc. de Dijon). En 1428, le prieur-curé de Sermaize était Henri de Vouthon, frère d'Isabelle Romée, oncle \ de Jeanne d'Arc (cf. A. Lesort, Les chartes de fondation du prieuré de Sermaize, dans Bull, philol. et hist. du Comité des trav. hist., 1922-24, p. 99). — A Heiltz-le- Maurupt (ch.-l. de cant. du Perthois), le prieuré d'Ulmoy, O. S. B., relevant de S. -Bénigne de Dijon (cf. ! de Barthélémy, Cartulaire du prieuré d'Ulmoy, dans j Mém. de la Soc. d'agriculture de la Marne, Châlons, I 1883, p. 89), et, non loin de ce bourg, prieurés de Va- \ naull-le-Châtel et de Vanault-les^Dames. Ce dernier j abrita d'abord des religieuses, puis des chanoines réguj liers (Longnon, Pouillé, vi, 146, 1G4, 173, 716). — j Vitry-le-Brûlé, à 4 km. de Vitry-le-François, comptait deux prieurés : Ste-Croix, O. S. B., relevant de S.- Pierre de Châlons, et S.~Thibaud, qui abritait des clunistes. — Les prieurés de Charmont, de Possesse (S.- ' Crépin), de Larzicourt, situés dans la même région, ! n'ont pas laissé de souvenirs notables. — De l'autre ' côté de la Marne, vers S.-Remy-en-BouzemonI , le 1 prieuré de S.-Chéron n'a pas jeté plus d'éclat, î Au centre du diocèse, le prieuré de Melette (village situé près de l'Épine, cjui disparut vers le xvii" s.) relevait de l'abbaye de Toussaints; celui de Courtisais, sous le vocable de Ste Madeleine, passa au séminaire; celui de S.-Michel-lès-Châlons (comm. de Fagnières), qui relevait, lui aussi, de Toussaints, fut détruit par les Anglais en 1351. Nous ne savons rien du prieuré de i Chepy. Quant à celui de Vinets, occupé par des béné- ! dictines soumises à Molesme, il était situé tout d'abord ! dans la commune de S.-Martin-sur-le-Pré, aux portes ! de Châlons, et émigra, au début du xvii« s. , à l'intérieur i de Châlons (cf. O. Beuve, Rapport sur le concours j d'histoire, dans Mém. de la Soc. d'agriculture de la i Marne, xvii, Châlons, 1920, p. 63). — Dans le nord du diocèse, sur l'Aisne, le prieuré S.-Laurent de Chaudefontaine relevait de l'abbaye S. -Vanne de Verdun; il lui fut enlevé en 1606 pour être donné aux jésuites; Braux-S.-Remy, maison importante (cf. G. Robert, Visite des prieurés de S.-Remi de Reims en 1560 et 1561, Reims, 1913; voir aussi note dans Rev. de Champagne et de Brie. 1887, p. 211); Ste-Menehould. fondé vers le milieu du xiii'' s. j^ar l'abbaye de Moiremont, et Ante, près de Dommartin-sur-Yèvre, qui relevait de l'abbaye de Toussaints. — Au Nord-Ouest, Grauves, Montmort (prieuré Notre-Dame, dépendant de La Charité-sur-Loire), Oger (fondé en 1153, dépendant de Toussaints), Mesnil-sur-Oger, Chainlrix n'ont guère laisse que leurs noms. — Quant aux prieurés de Gumonl et de Boucheraumont (sous le vocable de S. Louis), nous n'avons pu les localiser; nous savons seulement qu'ils faisaient partie du doyenné de .loinville. C'est de Boucheraumont que sont venus les religieux qui, en 1299, [irirent en charge le couvent des Rillettes à Paris (Dumoulin et Ontardel, I^es églises de la Seine, Paris, 1936, p. 94).
6» Ordres mendiants. — L'évêque Guillaume du Perche avait appelé les dominicains et les cordeliers à Châlons. Cosme Clausse y appela les récollets, malgré la vive opposition des cordeliers. On trouvait également des récollets à Vitry-le-François et des cordeliers à Joinville (cf. Note sur les récollets en Champagne, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1884, p. 262). Les capucins étaient établis à Ancerville, à S.-Dizier depuis 1613, à Ste-Menehould depuis 1619, à Joinville depuis 1635, à Wassy depuis 1643. Dans cette ville, c'étaient des capucins irlandais, du moins depuis 1685 (J. Massiet du Biest, Notes sur les archives des capucins irlan-
(. Il A I () \ S-SI' R- M \ I! \ K
dais, (ians Travaux de VAcad. ludionah de Reims. cxxxviii, 1924, 1). 245). Kn général, les ciipucins reii contrèrent dans le diocèse la plus vive opposition : c'est ainsi que, malgré les instances de Richelieu, la ville de Châlons leur ferma ses portes et qu'ils ne purent s'y installer. — Il y avait des ermites de S.- Auguslin à Châlons et des minimes à l'fipiiie (lfi24) et à Vitry (1616).
7" Autres ordres. — Les trinitaires avaient une maison à Châlons, à Vitry (depuis 1225), à I.a Veuve, à Fère-Champenoise, à Ste-Notre-Dame (Deslandes, L'ordre des Trinitaires, i, 1903, p. 484). — L'ordre du Temple avait de nombreuses maisons en Champagne. C'est au concile de Troyes de 1128 que sa règle fut solennellement approuvée. Hugues de Payens fonda, dès avant 1132, la préceptorerie de La Neuville-au- Temple, puisqu'à cette date nous voyons l'évêque de Châlons donner des terres « au Temple qui est à La Neuville ». Cette maison fut richement dotée. Les Templiers reçurent le village de S.-Hilaire. En 1142, ils prennent la direction d'un hôpital à Possesse; en 1166, ils s'établissent à Maucourt, là-même où s'élèvera Vitry-le-François. Entre 1177 et 1191, ils fondent la maison de Noirlieu, appelée La Neuville-lez-Épense, puis celles de S.-Amand (près de Vitry) et de Bussy (près (le Châlons). — L'ordre de S.-Jean de Jérusalem avait un hôtel à Châlons, établi vers 1140, une maison à Aultrecourt, un petit hôpital à Hraux (près de Ste- Menehould), l'hôpital de Wassy, une maison à S.- Amand. La destruction de l'ordre du Temple, en 1312, ne produisit aucune commotion dans le diocèse et l'ordre de S.-Jean hérita paisiblement des biens de son rival (cf. E. de Barthélémy, Notes sur les établissements des ordres religieux et militaires du Temple, de S.-Jean de Jérusalem et de S. -Antoine de Viennois dans l'ancien archidiocèse de Reims, dans Travaux de l'Acad. nationale de Reims, lxx, 1882, p. 1; A. de Barthélémy, Les maisons du Temple en Champagne, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1891, p. 391).
8" Congrégations diverses. — On trouvait des jésuites et des lazaristes à Châlons-sur-Marne; des ursulines, depuis 1646, à S.-Dizier, et, dans cette ville, des Dames régentes de la congrégation des Filles de la Croix, qui donnaient l'instruction gratuite. Elles continuèrent à vivre en communauté jusqu'au 2 août 1794. Il y avait en outre de nombreuses religieuses desservant les établissements hospitaliers.
9° Établissements hospitaliers. — 11 est difficile de faire confiance à la tradition selon laquelle il n'y aurait pas eu moins de quinze hôpitaux à Châlons, dont certains auraient été fondés par S. Memmie ou S. Alpin. Cependant, d'après Barthélémy, il y existait, dès 920, un hôpital S.-Étienne, dont le chapitre avait la direction. Pour les autres établissements hospitaliers de Châlons, voir la première partie de cet article : Châlons (Ville). — L'hôtel-Dieu de Vitry-le-François, fondé en 1567, était desservi en 1575 par quatre Pères de la Charité qui s'affilièrent par la suite à l'institut des Frères de S.-Jean-de-Dieu (cf. H. Adenet. Origines et fondation de l'hôpital général de Vitryle-François, dans Almanach- Annuaire Matot-Braine, 1906, p. 359). Celui de Wassy fut, à l'origine, desservi par l'ordre de S.-Jean de Jérusalem; celui de S.-Dizier devait sa fondation aux sires de Dampierre, mais il ne prit jamais un grand développement. On sait, d'autre part, qu'il existait des Maisons-Dieu à Hans (près de Ste-Menehould, établissement important), à Romicourt, à Boucheraumont, à Joinville, à Arzillières. à S.-Chéron, à Possesse et, sans doute, à 3 autres endroits e)>core. Quand on constate que le bourg de S.-Memmie possédait sa léproserie, on est en droit de supposer que les établissements de ce genre étaient nombreux dans le diocèse (sur la léproserie de Vertus,
cf. I.. Le Giaiid, Pour composer l'histoire d'un établisse ment hospitalier, dans Introd. aux études d'hisi. rrriés. locale. 11, 456 et 457).
10° Collégiales. — • On en comptait trois à Châlons (cf. supra, col. 306), une à Joinville (le chapitre S.- Laurent, fondé au xii'' s. par Geoffroy III de Joinville) ; une à Vitry-en-Perthois, qui se trouvait sous la dépendance de l'abbaye de S.-Pierre-aux-Monts et du chapitre S.-Étienne de Châlons et qui fut transférée à Vitry-le-François après l'incendie de Vitry-en-Perthois; une à Vertus (chapitre S. -Jean-Baptiste, qualifié, dans les deux derniers siècles de l'Ancien Régime : « Chapitre royal »; fondé en 1188, il comprit jusqu'à 24 chanoines, mais, à la fin, il n'en comptait plus que 7).
X. PÈLERINAGES. — On ne connaît guère qu'un pèlerinage, celui de N.-D. de l'Épine, près de Châlons. Son origine est la découverte — classique — d'une vierge dans un buisson par un jeune berger. L'événement serait de 1409 ou de 1419. L'église, commencée presque aussitôt, fut bâtie en trois campagnes : elle ne fut achevée qu'en 1524. Les Lorrains fréquentaient volontiers ce pèlerinage (cf. Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domrémy, Paris, 1887, p. 272). L'église est grande comme une cathédrale; elle imite S.-Nicaise et Notre-Dame de Reims (cf. E. Misset, N.-D. de l'Épine près Châlons-sur-Marne, la légende, l'histoire, le monument et le pèlerinage, Paris, 1902; H. Stein, N.-D. de l'Épine à l'époque révolutionnaire, dans Nouv. rev. de Champagne et de Brie, 1935, )). 212; sur l'église, cf. de Lasteyrie, L'architecture relig. en France à l'époque gothique, i, Paris, 1926, p. 528; ii, 491; Luc Benoist, N.-D. de l'Épine, Paris, 1933).
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