CHANOINES. LA REFORME GREGORIENNE
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. ex. dans la personne d'Yves de Chartres. L'idée de retour à la tradition de l'Église primitive est dans l'air; les initiatives se sont fait jour un peu partout, indépendamment les unes des autres.
Des ecclésiastiques de tous grades, depuis le simple clerc jusqu'au pape, des moines et des ermites, des laïcs enfin participent à des titres divers à la réforme. Souvent ce sont les chanoines eux-mêmes qui choisissent la vie commune stricte. Malheureusement, les sources, surtout lorsqu'elles sont de nature juridique, insistent davantage sur le rôle de l'organisateur du temporel d'une fondation plutôt que sur le promoteur de la conversion. Celle-ci peut prendre, comme nous le verrons plus loin, des aspects variés.
Lorsqu'un évêque approuve une réforme ou une fondation nouvelle, il se conforme parfois simplement à un devoir imposé par le droit canon. Mais plusieurs d'entre eux ont pris vraiment à cœur la vie régulière en suscitant ou en appuyant de tout leur pouvoir les initiatives. Telle fut certainement l'attitude de Gervais de Reims, Altmann de Passau, Anselme de Lucques, Bertrand et Oldégaire de Barcelone, Yves de Chartres, Conrad de Salzbourg, Othon de Freising et plusieurs autres que nous rencontrerons dans la suite. Quelques-uns sortaient d'ailleurs des rangs des réguliers. Dans ce domaine comme en bien d'autres, l'action de la papauté fut considérable, ainsi que nous le montrerons en étudiant la doctrine des réformateurs.
En Italie surtout, les premières régularisations semblent avoir été faites sous l'influence directe des promoteurs du monachisme nouveau, tels Romuald, Jean Gualbert et Pierre Damien. Dans la suite, on rencontre encore souvent des ermites à l'origine des vocations de réguliers. Tel fut le cas pour S. Norbert et Gerhoh de Reichersberg. De leur côté, S. Bernard, les Cisterciens et les Chartreux favorisent la nouvelle institution. Nous n'avons, par contre, rencontré nulle part une action importante de Cluny.
De leur côté, les laïcs participent à des titres divers à la réforme. Certains prennent l'initiative de fondations hospitalières qui se rattacheront plus ou moins étroitement à l'ordre canonial régulier. Pour être moins directe, l'action de la Pataria n'est pas moins considérable à Milan et dans le nord de l'Italie. Ces grégoriens farouches favorisent naturellement l'établissement d'un clergé « apostolique ». Ailleurs, les rois et les grands féodaux contribuent à l'établissement temporel des réguliers. Signalons parmi les plus zélés Henri I""' et la reine Anne en France, Henri I" et la reine Mathilde d'Angleterre, Sanche Ramirez dans l'Espagne de la Reconquista.
3. L'idéal. — Restaurer parmi les chanoines la pauvreté apostolique pratiquée par le clergé des premiers siècles, tel est, nous l'avons vu, l'idéal des réformateurs. De Romuald à Gerhoh de Reichersberg en passant par Pierre Damien, Hildebrand et Urbain II, cette doctrine essentielle va se développer et se diversifier quelque peu. En Italie comme en France, les premières réformes se font au nom de la vita apostolica ou de la vita ad instar primitivae Ecclesiae. Au concile de 1059 et plus tard dans sa règle, Grégoire VII ne connaît pas d'autre autorité. Se basant sur la lettre de S. Jérôme ad Nepotianum et sur les sermons de S. Augustin, Pierre Damien invoque comme argument l'étymologie du mot clericus. Comment celui qui, par définition, est la possession de Dieu et dont Dieu est le partage peut-il se laisser attirer comme un simple laïc par l'appât de la propriété privée (De communi vita canonicorum, P. L., cxlv, 504)? Par sa collection canonique et un libellas fort répandu dans les communautés italiennes, Anselme de Lucques élargit encore la base traditionnelle de la réforme en l'appuyant sur l'autorité des Fausses Décrétales des papes Clément et
! Urbain, sur celle du concile de Tolède, de S. Jérôme, S. Augustin et S. Grégoire le Grand. En groupant ces textes, il vise évidemment à démontrer la continuité de la pratique de la vie commune durant les sept premiers siècles de l'Éghse. Cette charte de la vie commune va être largement diffusée par les promoteurs de la réforme, Yves de Chartres, Pierre de Honestis, Lietbert de S.-Ruf, Gerhoh de Reichersberg, etc. Mais, plus que tout autre peut-être, Urbain II a contribué à la reconnaissance ofTicielle de cette doctrine. Le premier, en effet, il introduit dans les bulles pontificales une formule qui rappelle les origines apostoliques de la vie commune et l'accueil qu'elle a reçu chez les principaux Pères de l'Église (cf. P. L., cli, 338-39). Fréquemment repris dans la suite, ce texte servira de base à plusieurs privilèges importants des réguliers. Désormais les formules Vita regularis ou Vita canonica employées jadis pour désigner la règle d'Aix servent uniquement à caractériser la vie commune stricte. Le terme saecularis commence à être employé pour désigner le clerc propriétaire, même s'il suit la règle d'Aix.
Line fois établi le caractère traditionnel de leur doctrine, les réformateurs ne pouvaient que juger sévèrement le code carolingien. Plusieurs s'accordent à le condamner, dans la mesure même où il s'écarte de VInstilutio apostolica, c.-à-d. dans les chapitres qui permettent le pécule. Jamais les législateurs n'auraient dû admettre comme un principe ce qui n'était tout au j plus qu'une exception. Cette attitude intolérante, qui j est celle d'Hildebrand, de Pierre Damien et de I Gerhoh de Reichersberg, n'est pourtant pas adoptée par tous. Le can. 4 du concile romain de 1059, repris en 1063, prouve en effet que la majorité des Pères préféra urger l'application de la règle d'Aix comme un minimum, tout en conseillant vivement la pratique de la vita apostolica. De fait, beaucoup d'évêques estiment que la discipline régulière complète la vie séculière, plutôt qu'elle ne s'y oppose. Sur ce point comme sur tout le reste du programme grégorien, les réformateurs prennent une attitude intransigeante ou plus modérée (voir P. Fournier, op. cit., 155).
Notons enfin que si les réformateurs attachent tant d'importance à la pauvreté, c'est à cause de la valeur intrinsèque de cette vertu évangélique, mais aussi parce qu'ils la considèrent comme le fondement et la garantie de la chasteté, de l'obéissance et de la concorde, en un mot, de tout l'idéal canonial. Elle seule aussi donne à l'apostolat toute son efficacité, en libérant le clerc des enclaves causées par l'avarice (cf. Ch. Dereine, Le problème de la vie commune chez les canonistes, d'Anselme de Lucques à Gratien, dans Studi Gregoriani, m, 287-98).
4. L'expansion. — Il n'est pas possible, dans l'état actuel des recherches, de donner une idée exacte de l'expansion de la réforme canoniale, surtout au début du xi« s. Tantôt la rareté des sources ou l'ambiguïté des formules ne permet pas de déterminer la nature exacte de la discipline adoptée par une communauté, tantôt le caractère spontané d'une fondation, ermitage ou hôpital, ne permet pas de fixer le moment où les convertis adoptent la profession canoniale.
Nous continuerons de donner au cours de l'exposé les indications bibliographifiucs qui préciseront l'état de la question. Notons ici les services très appréciables que peuvent rendre Kehr, Gerni. pont, et II. pont., de même que les séries des Papsturkiinilen. Par contre, Cottincau ne sera utilisé qu'avec prudence, à cause de l'imprécision des dates de fondation et des erreurs au sujet du type de régularité. Seul .1. C. Dickinson, The origins oj Ihe Aiistin cations and their introduction inio England, fournit pour l'Angleterre les précisions souhaitables. — Cf., pour l'Irlande, P. .1. Dunning, The Arrosian order in médiéval Ireland, dans Irish hist. slndies, iv, 1945, p. 297-316. - Pour l'Iîspagne,