‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 81 sur 282 · CHA^Oll^ES. la kéfo · texte numérisé non relu

CHA^Oll^ES. la kéfo

trice, avec sou radicalisme et ses vues quelque peu subjectives, s'y trouvent nettement marqués dès l'année 1059. Le développement de l'idéal canonial par Urbain H, Yves de Chartres, Philippe de Harvengt, Anselme de Havelberg, Arno et Gerhoh de Reichersberg marque une étape importante dans l'histoire de la spiritualité. Aux problèmes des rapports entre clercs et moines, entre vie active et contemplative, ils apportent des solutions originales qui préparent celles des théologiens du xiii"= siècle.

Dans le domaine plus largement compris de la vie î religieuse et de la théologie, les chanoines réguliers ont ! encore rendu de grands services. Faut-il rappeler ; l'œuvre de Richard et Hugues de S. -Victor et des j autres maîtres de cette école trop peu étudiée? Par I son De claustro aninuie, Hugues de Fouilloy se rendit , non moins célèbre dans les communautés canoniales et j monastiques. Par ses trois livres de dialogues. An- j selme de Havelberg vulgarise les idées de Grégoire de | Nazianze sur le développement du dogme, tout en ré- j futant les objections des orientaux. Gerhoh de Reichersberg prit part lui aussi aux discussions théologiques de son temps.

.J. de Ghellinck, L'essor delà littérature latine au A//" s., table. — .J. C. Dickinson, op. cit., 18.5. — G. Schreiber, Praernonslratenserkiiltiir des XII. Jht, dans Anal. Prae- 1 monstratensia, xvi, 1940, p. 41-107. — Pli. Delhaye, L'organisation scolaire au XII' s., dans Spéculum, v, 1947, p. 241- 47. — .J. Chàtillon, Le contenu, l'authenticité et la date du i « Liber exceplionum » et tles « Sermones centum » de Richard de Saint-Victor, dans Hev. du Moyen Age lat., iv, 1948, ! p. 23-52 e( 343-66. — A. Cordoliani, Note sur un auteur peu 1 connu, Gerland de Besançon, ibid., i, 1944, p. 411 sq. — | F. Pelster, Die anonyme Verteidigung der Lehre Gilberts i uon Poitiers..., dans Sludia Medievalia in hon. R. Martin, Bruges, 1918, p. 113-46. 1

Nous avons déjà signalé plus haut le rôle joué par les chanoines réguliers dans l'organisation des routes de 1 pèlerinages, spécialement dans celle de S. -Jacques de ! Compostelle. Notons encore leur influence dans le do- i maine de l'art. S.-Sernin de Toulouse, S.-Jean-des- Vignes de Soissons, Airvault, La Couronne et S.-Ruf d'Avignon devinrent des centres importants d'archi- j lecture, tandis que Neufmoustier, près de Huy, et j Oignies, abritèrent les grands orfèvres mosans, Renier de Huy, Godefroid de Claire et Hugo d'Oignies.

Les faits rassemblés au cours de cette enquête permettent de mieux saisir la portée des considérations faites plus haut à propos des origines des chanoines réguliers. La connaissance de la doctrine des réformateurs nous empêche de considérer leur œuvre comme une simple tentative de « monachisation » du clergé, quelle que soit l'importance des emprunts faits aux diverses législations monastiques. Par contre, nous avons constaté que la cura animarum, dont l'exercice par les réguliers est loin d'être systématique, ne constitue pas un trait essentiel de leur profession. Quant aux motifs qui déterminent le choix de la règle de S. Augustin, ils varient suivant que l'on entend par cette formule la Régula tertia ou l'Ordo monasterii. Les partisans de ce dernier y trouvent une justification de leur ascétisme extrême, tandis que les promoteurs de la première y voient une explication de leur idéal de I vita apostolica. Cette expression sans cesse reprise par les réguliers nous donne vraiment la solution du problème. Mais, pour en saisir la signification, il faut se rappeler la grande inquiétude religieuse du xi« S., la i lutte pour le bon ordre et le retour aux traditions de ! l'Église primitive qui forment les traits essentiels de la | mentalité grégorienne. Tout comme le moine veut retrouver au delà de toute adaptation la discipline des Pères du désert ou la lettre de S. Benoît, de même le i chanoine rejette la législation d'Aix et reprend la vie i comnunie stricte adoptée, pense-l-il, aux origines de

KME (i H EGO RI EN ni: 'i04

l'ordre, à l'exemple des apôtres et des premiers chrétiens. Le même esprit de fidélité à la tradition le pousse à reviser les autres points de la discipline, entre autres la liturgie.

Mais cet idéal canonial qui, à l'origine du moins, ne compte pas l'exercice de la cura animarum comme un élément essentiel, est-il vraiment original? Ne faut-il pas admettre avec l'auteur du Dialogus inter Cluniacensem et Cisterciensem que, malgré leur prétention, les chanoines réguliers ne sont que des moines? Telle n'était certes pas la pensée d'Urbain II lorsqu'il interdisait le passage ad vitam arctiorem, ni celle des promoteurs de la vie canoniale dont nous avons analysé les œuvres. Pour comprendre leur position, il faut, croyons-nous, se placer dans la perspective d'une église entièrement « apostolique ». En face d'un monachisme de type cistercien, retiré au désert, adonné au travail manuel et refusant les biens ecclésiastiques ou séculiers, les chanoines, observant la vie commune stricte, y auraient trouvé une place définie et nettement différenciée. Mais, en réalité, la réforme aboutit à la juxtaposition des chanoines séculiers et réguliers, des moines blancs et noirs. En face de ces derniers qui prétendent unir la plénitude du sacerdoce à la profession monastique, les clercs fidèles à la uita apostolica n'offraient pas une grande originalité, si ce n'est dans le mode d'habillement et la manière de clianter l'office — deux points d'ailleurs très importants aux yeux des médiévaux. Cette complexité de la vie spirituelle et la diversité des coutumes canoniales ont certainement contribué à affaiblir, dans la seconde moitié du xii« s., l'originalité de la réforme dont les premiers promoteurs avaient un sens très aigu. Mais, au cours des siècles suivants, plusieurs mouvements religieux trouveront encore dans la vie canoniale régulière la formule de spiritualité adaptée à leurs besoins. Au xiii« s., le Val-des-Écoliers, les Croisiers belges et d'autres congrégations font revivre l'érémitisme, tandis que S. Dominique organise dans le même cadre ses Prêcheurs. Plus tard encore, le Latran en Italie, Chancelade et Ste-Geneviève de Paris, Windesheim et Groenendael, centres de la mystique des Pays-Bas, reprendront les traditions canoniales du xi« siècle.

Bibliographie. — Elle a déjà été dressée en grande partie dans les articles déjà cités du D. A. C. L., du D. D. Can. et du D. de Spir. — Parmi les anciens ouvrages, il faut surtout retenir : E. Amort, Vêtus disciplina canonicorum saecularium et regularium, Venise, 1747. — [A. Lelarge], De ordine canonicorum disquisitiones, Paris, 1697. — J. \. Zunggo, Hisloria generalis et spccialis de ordine canonicorum regularium S. Augustini Prodromus, Tiguri, 1742, 2 vol. — Des listes précieuses de cartulaires des cathédrales et collégiales sont fournies par A. Hauck, iv, in ftne, pour l'Allemagne, et par E. Lesne, Hist. de la propriété ecclés. en France, vi. Églises et monastères centres d'accueil..., LiUe- Paris, 1943, in fine, pour la France. — Parmi les travaux déjà cités, voir, pour leur portée générale : .J. C. Dickinson, The origins oj the Austin canons and their introd. inio England, Londres, 1950. — E. Fournier, Nouv. rech. sur les curies, cliapitres et universités de l'ancienne Église de France, Arras, 1942. — L. Hertling, Kanoniker, Auguslinerregel, Augustinerorden, dans Zeitschr. fur kath. Théologie, un, 1930, p. 335-69. — L. Levillain, Études sur l'abbaye de S.-Denys à l'époque mérovingienne, dans Bibl. de l'École des chartes, lxxxvi, 1925, p. 5-99. — E. Lesne, Ilist. de la propriété ecclés. en France, dans Mém. publ. par la Fac. cath. de Lille, fasc. 6, 19, 30, 34, 44, 46, 50, 53, Lille-Paris, 1910-43. — J. P. Llamazares, Clerigos y monjes, Léon, 1934. — P. Mandonnet, M. -H. Vicaire et R. Landner, S. Dominique, l'idée, l'homme et l'œuvre, ii, Paris, 1937. — A. Poeschl, Bischofgut und « nwnsa cpiscopalis », Bonn, 1908. — H. Schaefer, Pjarrkirchc und StiH im M. A., dans Kirchenrechtl. Abh., fasc. 3, Stultgart, 1903. — G. Sclireiber, Kurie und Kloster im XIT. Jht, ibid., fasc. 67-

68, Stuttgart, 1910. J. Wirgt-s. J)ie Anfànge der Augus-

tincr-Chorherren.... Diss., Betzdorf, 1928. — On trouvera une bibliographie courante dans les AnalecUi Prae-

Page 1