C HA R.LES
- CHARLES IV
mandes continuaient à désoler le pays. Pendant plusieurs années, elles se renouvelèrent, suivies de pillages et de massacres. Charles battit plusieurs fois les envahisseurs; mais il n'obtint pas de résultat décisif.
En 911, les Normands avaient pour chef Rollon qui, après avoir essayé de prendre Paris, ravagea le Dunois et le pays chartrain. Mais le comte Robert, assisté d'autres grands, lui infligea une sérieuse défaite devant Chartres. Le roi en profita pour entamer une négociation avec le chef normand. Charles et Rollon eurent une entrevue à S.-Clair-sur-Epte, où ils conclurent la paix. Rollon s'engagea à embrasser le christianisme et à cesser ses dévastations. Le roi lui abandonna en Neustrie un territoire que les barbares occupaient depuis longtemps et dont il n'y avait guère d'espoir de les déloger : il avait pour centre la ville de Rouen et comprenait plusieurs comtés voisins de la basse Seine, de l'Epte jusqu'à la mer.
Ce traité eut pour conséquence d'incorporer les Normands à la civilisation franque. Rollon fut baptisé par l'archevêque de Rouen. Ses compagnons suivirent son exemple; les Normands furent de bons chrétiens. Bientôt les abbayes anciennes se relevèrent de leurs ruines et de nouvelles furent fondées. Rollon prêta aussi l'hommage à Charles le Simple : il prit place parmi les grands du royaume, en qualité de comte de Rouen, et fut toujours fidèle à son roi. Les hommes qui l'avaient suivi épousèrent des femmes du pays et se mirent à parler la langue romane.
Désormais l'ère des grandes invasions normandes était close. Sans doute, des courses de pillage furent encore entreprises, les années suivantes, dans des pays voisins, comme la Bretagne; mais elles venaient de l'initiative de quelques bandes, sans que Rollon y participât.
Tranquille du côté de l'Ouest, Charles le Simple se tourna vers la Lorraine, où depuis longtemps il avait des partisans. Le roi de Germanie, Louis III l'Enfant, qui y dominait, mourut le 24 sept. 91 1 : l'occasion parut favorable. Les Lorrains étaient très attachés à la famille carolingienne qui était originaire de leur pays. Ils refusèrent de reconnaître Conrad, le nouveau roi de Germanie, qui avait été élu par les grands d'outre- Rhin, firent appel à Charles le Simple, qui restait le dernier descendant de Charlemagne, et le proclamèrent roi. Charles prit possession de l'héritage de ses ancêtres, dès la fin de l'année 911, sans éprouver de résistance sérieuse. Désormais il fit, dans ce pays, de longs séjours, le préférant à tout autre.
Le royaume de Charles s'étendait maintenant jusqu'au Rhin, réunissant la Francia média et la Francia occidentalis. Plus que les autres rois, à qui étaient échus quelques morceaux de l'empire de Charlemagne, il pouvait se considérer comme roi des Francs. Jusqu'alors, il s'était intitulé dans ses diplômes rex tout court, sans indiquer la nation sur laquelle il régnait. Il reprit le titre de rex Francorum, qui avait été délaissé depuis la mort de Charlemagne.
Malheureusement, depuis un siècle, l'autorité royale avait bien diminué. Un roi devait ménager ses grands, évêques et comtes, qui, appuyés sur leurs vassaux, tendaient à l'indépendance. Charles manifestait trop ouvertement pour les Lorrains une préférence qui mécontenta les grands de France occidentale. Ceux-ci lui reprochaient de se passer de leurs conseils pour suivre les avis d'un certain Haganon, d'origine lorraine, mais de basse extraction. A partir de 920, ils lui firent une vive opposition.
En 922, le comte de Paris, Robert, qui était longtemps resté fidèle au roi, se révolta et fut suivi par plusieurs grands au nombre desquels était son gendre Raoul, duc de Bourgogne. Robert, élu roi le 30 juin par les rebelles, fut sacré le lendemain à S.-Remi de Reims,
par l'archevêque de Sens Gautier qui, déjà en 888, avait donné l'onction sainte à son frère Eudes.
Charles rassembla une armée, composée principalement de Lorrains. Les deux partis se rencontrèrent en armes à Soissons, le 15 juin 923. Robert fut tué dans la mêlée; mais Charles dut battre en retraite, dans le plus grand désordre. Les insurgés victorieux élurent comme roi Raoul de Bourgogne, qui fut sacré le 13 juill. par
' l'archevêque de Sens.
Charles croyait encore pouvoir soutenir la lutte. Beaucoup de grands n'avaient pas pris parti. Le comte de Vermandois, Herbert, feignit de se soumettre.
j Charles crut en sa parole et vint à lui en pleine confiance. Il fut aussitôt arrêté, pour demeurer aux mains d'Herbert jusqu'à sa mort. Il mourut prisonnier, à Péronne, le 7 oct. 929.
; E. Favre, Eudes, comte de Paris et roi de France, 1893. —
i R. Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 1898. — A. Eckel, Charles le Simple, 1899. — Lauer,
i Robert I" et Raoul de Bourgogne, rois de France, 1910. — Prentout, Essai sur les origines et la fondation du duché de Normandie, 1911 ; Étude critique sur Dudon de S.-Quentin et son histoire des premiers ducs normands, 1916. — A. Fliche, L'Europe occidentale de 888 à 1125, tome ii de la section du Moyen Age, dans G. Glotz, Hisl. générale, 1930, p. 60- 82. — J. Dhondt, Études sur la naissance des principautés
: territoriales en France (IX^-X' s.), Bruges, 1948.
A. Dumas.
CHARLES IV LE BEL, roi de France (1322- 28). Il fut, conformément à la tradition capétienne, un ami de l'Église, mais aussi un défenseur des droits de l'État. L'année même de son avènement, il se disposait à partir en Terre sainte, sur la demande de ! Jean XXII, pour secourir les rois de Chypre et d'Arménie; le projet n'eut pas de suite. Dans la lutte entre Jean XXII et Louis de Bavière, il se rangea aux côtés I du pape : il eut même, à ce sujet, un entretien, à Barj s. -Aube, le 17 juill. 1324, avec le duc Léopold d'Autriche, qui lui promit l'Empire : l'aventure échoua. De même, dans l'affaire de succession de Majorque. Le I conseil de régence, malgré l'opposition de quelques ; seigneurs et pour faire échec aux convoitises du roi d'Aragon, avait désigné comme tuteur du jeune roi don Philippe de Majorque : Jean XXII avait approuvé ce choix. Charles IV prit fait et cause pour le pape : il ' signifia au comte de Foix qu'il devait cesser toute intrigue dans le Roussillon et il ordonna à ses sénéchaux j du Languedoc de soutenir le candidat pontifical ; (11 juin 1325).
Mais lorsque Jean XXII voulut lever un subside dans le midi de la France, pour financer la guerre que son légat Bertrand du Poujet faisait aux Visconti et I aux gibelins, Charles IV s'y opposa; il pria le sénéchal de Beaucaire, le 12 oct. 1326, d'interdire cette levée et I demanda des explications au pape. Quand celui-ci j l'eut autorisé à percevoir le produit de deux années de j dîmes, Charles IV consentit à la levée du subside (Lea, Hist. de l'Inquisit. au M. A., m, Paris, 1902, j p. 80). De même, les conflits de juridiction qui oppo- ! salent depuis un siècle et plus les tribunaux laïques aux officialités, s'ils s'apaisèrent dans la pratique, demeurèrent en théorie aussi aigus. Si le roi et le parlement défendent les privilèges des clercs (affaires de Laon, juill. 1322; d'Arras, 21 sept. 1322; de Carcassonne, 30 avr. 1323; de Montreuil, 10 févr. 1327; de Senlis, 20 juin 1327), ils font aussi respecter contre les clercs les droits du pouvoir séculier (affaire de I Luçon, 5 mai 1323; d'Amiens, 23 févr. 1324; d'Or- I léans, 10 mai 1324; de Lisieux, 21 mai 1326...).
Ordonnances des rois de France, i. — Isambert, Rec. gén. des anc. lois franç., m. — Devic-Vaissete, Hist. gén. de Languedoc, IX. — E. Lavisse, Hist. de France, iu-2, Paris, 1901, par Langlois. — Fournier, Les officialités au Moyen Age, Paris, 1880; Le royaume d'Arles et de Vienne, Paris, 1891. —
CHARLES IV
— CHARLES V
Olivier-Martin, L'assemblée de Vincennes de 1329..., Paris, 1909. — G. Mollat, Les piipes d'Aviqnon. 9» éd.. Paris, 1950. — Fawtier, L'Europe occidentale de 1270 à 1380, 1" part., Paris, 1940, coll. Glotz. — Pirenne, etc., La fin du Moyen Age, I" part., Paris, 19.31, coll. Halphen. — Registre de Jean XXII, vi, vu.
H. Maisonneuve.
CHARLES V LE SAGE, roi de France (1365- 1380). Deux idées fondamentales s'imposent : d'une part, la très grande piété du roi, qui prenait S. Louis pour modèle (Christine de Pisan, Livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles V; Ph. de Mézières, Le songe du vieux pèlerin); d'autre part, l'autonomie du pouvoir royal envers le pouvoir ecclésiastique (Ph. de Mézières (?), Le songe du verger). On étudiera : I. La politique commune du roi et du pape. IL Les conflits de juridiction. III. L'affaire du Schisme.