III. La PREMIÈRE GUERRE RELIGIEUSE
ET LA FIN DU CONCILE (1563). — La guerre ne tarde pas à s'engager, et chacun, comme il est de règle quand de très graves intérêts sont en jeu, fait appel à l'étranger : Catherine recourt à Philippe II, à Emmanuel-Philibert de Savoie, et à Pie IV; Élisabeth se fait promettre Calais. Mais les chefs de partis disparaissent rapidement, en particulier Guise assassiné devant Orléans. La pacification d'Amboise accorde peut-être la liberté de conscience, mais l'édit de janv. est limité à une ville par présidial, aux seigneurs haut-justiciers, et ne s'étend pas aux vicomté et prévôté de Paris (19 mars 1563). Le protestantisme risque ainsi de paraître aristocratique.
L'affaiblissement des adversaires va permettre à Catherine de faire prévaloir la politique de modération, d'autant qu'elle parvient à régler rapidement l'affaire de Calais avec Élisabeth (avant 1564).
Cependant sa politique subit un autre échec du fait de la reprise du concile de Trente, le 18 janv. 1562. Sans doute, le concile renvoie au pape le problème de la concession du calice aux laïques, mais les décrets sur le sacrifice de la messe montrent bien que le concile reste dans la ligne des premières réunions. Or les instructions données aux prélats français non seulement demandent l'usage du calice en France, mais réclament l'administration des sacrements, le chant des psaumes à la messe ainsi qu'aux vêpres en langue française, enfin le mariage des prêtres « et autres telles choses » (J. Dupuy). Les ambassadeurs du gouvernement sont arrivés en mai, Lorraine seulement le 13 nov. 1562. Les Français appuient les impériaux et demandent une réforme du pape et de la Curie romaine. Le 24 janv. 1563, du Ferrier proteste contre un membre de phrase du projet de décret : « Le pape régit l'Église »; les instructions recommandent de sauvegarder les principes gallicans. Le prestige de Lorraine est grand et, après la mort du cardinal de Mantoue, certains pensent à lui pour la présidence du concile; mais son attitude gallicane lui fait préférer Morone (17 mars 1563), qui a l'adresse de se concilier l'empereur et Lorraine. Dès lors, les obstacles principaux sont. franchis. A l'ofiensive dirigée contre la Curie, les légats répondent par la nécessité d'une réforme des princes; du Ferrier, en particulier, proteste le 22 sept, par un discours qui indigne les évêques français eux-mêmes. Néanmoins, si l'autorité suprême du pape est affirmée, sa supériorité sur le concile n'est pas définie, mais Morone a l'habileté de la faire admettre implicitement le 4 déc, en demandant au pape l'approbation, et en ajoutant que les décrets conciliaires n'auraient de force que saloa apostolicae Sedis auctoritate.
L'ensemble des décisions est trop contraire à la politique de la reine pour que celle-ci puisse en imposer l'application. D'ailleurs la condamnation tant implicite que parfois explicite du gallicanisme, au moins
CHARLES IX
royal, est une raison de plus dans le même sens. Aussi, le conseil privé du 22 janv. 1564 se prononce pour la négative, malgré Lorraine. Plus tard, il en sera de même quand le pape citera des évêques suspects d'hérésie, et quand il déposera Jeanne d'Albret, reine de Navarre, comme protestante.
Il n'en reste pas moins qu'en dépit de l'échec subi au concile la politique de la reine mère paraît avoir des chances de succès, au moins momentanément.