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IV. La seconde guerre de religion (1567-68) et

LA FIN DE LA POLITIQUE DE L'HOPITAL. En effet

une politique de renforcement du pouvoir royal s'affirme (proclamation de majorité du roi à Rouen; ordonnance de Moulins), alors que les catholiques, si les protestants parlent haut, n'ont plus comrne chef que le septuagénaire Montmorency. D'ailleurs, les étrangers (Rome, Espagne, Empire, Savoie) poussent en faveur d'une application stricte des décrets conciliaires, mais Catherine trouve des raisons pour éluder ces propositions. A Rayonne notamment (14 iuin-2 juill. 1565), durant le célèbre voyage du roi, elle s'engage à ne « porter remède aux choses de religion » qu'une fois le voyage terminé; l'engagement lui-même est au surplus bien vague et équivoque. L'Espagne le comprend bien, et les relations entre les deux pays ne font qu'empirer; le pape Pie V peut cependant éviter une rupture, tout en faisant remarquer à la reine que « plus vous serez indulgente pour les hérétiques et plus s'accroîtront leurs audaces » (17 juin 1566).

Des violences, locales, se produisent (Languedoc, juin 1566), dont l'autorité vient à bout; au conseil privé, elle impose la réconciliation aux Guise et aux Chastillon. Mais les protestants se plaignent que l'exercice du culte réformé soit interdit en tout lieu où le roi séjournera (déclaration de Lyon, 24 juin 1564), de même que soit prohibé le travail à boutique ouverte les jours de fêtes catholiques (14 juin 1564), et que la liberté du culte soit restreinte aux lieux où était célébré le culte protestant lors de l'édit d'Amboise. Là-dessus, éclate le soulèvement des Pays-Ras (août 1566) : la tension déjà existante avec l'Espagne ne peut-elle être accrue? Malgré Coligny, Condé tente un coup de main sur la famille royale, et en même temps une révolte générale éclate dans les centres d'Orléans et du Ras-Languedoc. L'Hôpital tente bien de ramener la paix, mais les protestants réclament le rétablissement des institutions libres et la convocation des États généraux. Il faut se résigner à la guerre. Les négociations ne tardent cependant pas à s'engager; la paix de Longjumeau (23 mars 1568) rétablit la pacification d'Amboise sans limites ni restrictions. Cette paix, conclue malgré l'Espagne et Pie V, entraîne d'ailleurs la disgrâce de L'Hôpital; la reine ne lui pardonne pas l'échec de sa politique à l'égard des protestants, à qui pourtant elle accorde avec l'amnistie le maintien des avantages antérieurs (24 mai 1568). Elle paraît décidée à abandonner la politique de modération.

V. La Saint-Rarthélemy et ses origines (1568- 72). — De fait, la politique protestante s'est aliéné l'opinion par ses maladresses et ses violences, alors que le redressement catholique se manifeste. Aux moines, réorganisés et populaires, s'ajoutent les jésuites, reconnus depuis le Colloque de Poissy; comme ils le font à cette même date en Allemagne, ils développent l'enseignement; à Rillon, Mauriac, Tournon, Toulouse, Lyon, Paris, Chambéry, Rordeaux, Cambrai, S.-Omer, Douai, Verdun se sont fondés des collèges, de 1559 à 1566, pour enrayer l'attrait des nouveautés hérétiques. Par ailleurs, des confréries et des ligues se constituent, et le duc d'Anjou, fils préféré de Catherine, prend la tête du mouvement de réorganisation catholique. Il ne peut être question d'une intervention en faveur des Pays-Ras, où momentanément triomphe Philippe IL

Néanmoins, l'exemple donné par la conduite du duc d'Albe à l'égard de Hornes et d'Egmont est une indication pour Catherine. Aussi, Coligny et Condé prennent peur; ils se retirent à La Rochelle, en adressant au roi un manifeste (23 août 1568) dans lequel ils déclarent être obligés d'en appeler aux armes pour se défendre contre le cardinal de Lorraine et sa politique. Appuyée par Pie V, qui met à la disposition du roi les biens du clergé « pour réprimer le soulèvement des huguenots hérétiques et rebelles », Catherine interdit tout culte autre que le culte catholique, tout en maintenant la liberté de conscience (édit du 28 sept. 1568). Malgré Jarnac (13 mars 1569) et Moncontour (3 oct.), les opérations traînent en longueur; aussi, devant les maux engendrés dans le pays par cette lutte, des négociations s'engagent; mais Charles IX s'emporte quand les protestants réclament la liberté du culte et deux places de sûreté. Cependant les hostilités leur deviennent favorables, alors que les Guise veulent le mariage d'Henri de Guise avec Marguerite de Valois, et que Philippe II écarte le projet de mariage en vue avec cette même princesse. Irrités, le roi et Catherine consentent à la paix de S. -Germain; les libertés de conscience et du culte sont admises comme avant guerre, sauf autour des résidences royales et de Paris; les protestants obtiennent quatre places de sûreté, qu'ils rendront deux ans plus tard, s'il y a pacification (8 août 1570).

L'épuisement des combattants était une des causes de cette paix, d'autant que, comme après la pacification d'Amboise, les chefs les plus acharnés sont morts ou en disgrâce. Mais l'animosité du roi et de la reine mère contre Philippe II leur fait envisager une aide au soulèvement prévu par Guillaume d'Orange aux Pays- Ras; cette politique entraîne un rapprochement avec l'Angleterre; Philippe II ne soutient-il pas les prétentions de Marie Stuart contre Élisabeth? Enfin, la clientèle française en Allemagne et en Italie, la Turquie même peuvent être appelées à la rescousse. Ces projets supposent une réconciliation : Henri de Navarre ne peut-il épouser Marguerite de Valois? En tout cas, Coligny est appelé au Conseil (15 sept. 1570).

Ce n'est qu'après le 17 juill. 1572, lors de la déroute de Genlis venu au secours des révoltés dans les Pays- Ras, que Catherine se rend compte des réalités : Elisabeth a déjà refusé le mariage avec le duc d'Anjou, les princes luthériens d'Allemagne sont réticents, les princes italiens, Cosme I" de Toscane en particulier, négocient avec l'empereur et Philippe II, les Turcs sont dispersés à Lépante, mais surtout la puissance militaire espagnole s'avère invincible; aussi, à tout prix, faut-il s'opposer à la guerre préconisée par Coligny, ne serait-ce que pour éviter le retour des luttes civiles en France.

Les traditions politiques italiennes donnent le moyen de se débarrasser des gêneurs; mais pour éviter une réaction trop violente des protestants Catherine attend qu'ait été célébré le mariage d'Henri de Navarre avec Marguerite de Valois (18 août 1572). Le 22, Maurevel, l'assassin à gages du roi, tire un coup d'arquebuse sur Coligny. Quoique l'amiral n'ait été que j blessé, la colère des protestants est extrêmement vive; j ils accusent les Guise, et même le duc d'Anjou. Comment faire pour se tirer de ce pas? Catherine apeurée propose à certains membres du Conseil la mise à mort des chefs protestants, tous présents à Paris. Charles IX résiste d'abord; mais la reine mère, qui connaît son pouvoir sur son fils, et le caractère de ce dernier, parvient à lui arracher la décision pour éviter le pire. Les chefs seuls doivent être mis à mort, sauf Henri de Navarre et le jeune prince de Condé; mais le peuple ne fait pas de distinction et, malgré l'ordre donné le 24 entre 3 et 5 heures, on massacre encore le lendemain et

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le surlendemain. Il y a à Paris deux à trois mille morts, et en i)rovince, où le massacre continue jusqu'au 3 oct., plus d'un millier.

La mort des chefs empêchera-t-elle une nouvelle guerre?

VI. La fin de Charles IX et l'apparition du PARTI POLITIQUE. — L'absencc de préméditation, sauf à l'égard de Coligny, était certaine, même de la part des Guise, malgré certains propos du cardinal de Lorraine; mais il fallait donner une justification. Le roi ordonne au Parlement l'ouverture d'une instruction contre Coligny et ses complices, coupables de conjuration contre la famille royale. Grégoire XIII, Philippe II, le Sénat de Venise, Cosme I" et Philibert- Emmanuel acceptent l'explication, mais Maximilien II, Élisabeth, les princes protestants d'Allemagne, les Suisses et la population vénitienne la rejettent plus ou moins vivement.

Quant à Catherine, elle ne songe qu'à exploiter la décapitation du parti protestant, et reprend les négociations matrimoniales avec Philippe II, sans parler de nouvelles conversations avec les princes protestants d'Allemagne et des Pays-Bas ou avec Élisabeth.

Mais le sentiment religieux est trop ancré dans certains milieux populaires protestants pour ne pas les entraîner à la résistance : dans le Midi, à Sancerre, à La Rochelle, la lutte reprend immédiatement, et l'édit de Boulogne (juill. l.'îTS) accorde la liberté de conscience dans tout le royaume, et la liberté du culte à La Rochelle, Nîmes et Montauban, villes auxquelles on ajoute Sancerre (19 août).

Toutefois ces concessions ne lavent pas les crimes commis : les protestants de Montauban exigent la réhabilitation des victimes, et d'autres estiment toute réconciliation impossible avec la reine mère. L'opposition ne peut que passer sur le terrain politique, et François Hotman publie la Franco- Gallia où il s'efforce de donner une base historique aux théories proclamées dans les États d'Orléans. D'autre part, un certain nombre de catholiques (du Ferrier, Montmorency, Turenne, Matignon) souhaitent une entente avec les protestants, afin de sauver l'intérêt commun du pays. François d'Alençon, d'accord avec le roi de Navarre, tente d'imposer la retraite de Catherine. Mais, si une entente aboutit avec les protestants, la reine réagit avec vigueur.

Subitement, la santé de Charles IX s'aggrave; son caractère s'était assombri depuis la Saint-Barthélemy, cependant que le prenaient des accès d'activité fiévreuse qui l'entraînaient à la chasse plusieurs jours de suite. Son organisme, miné physiquement et moralement, devait le faire succomber le 30 mai 1574.

Quelle est la situation religieuse de l'Église de France à la fin du règne? Les ruines, tant physiques que morales, accumulées par les guerres, surtout par la crise de 1562-63, sont considérables (V. Carrière), quoique bien des contrées aient échappé aux dévastations (H. Sée, A. Rebillon, E. Préclin, Le XF/* s., Paris, 1942, p. 396). Néanmoins, si le parti des politiques a fait son apparition (cf. F. de Crue), certaines positions des catholiques et des protestants sont si irréductibles que la paix religieuse ne semble pas encore poindre à l'horizon.

Sources. — II. Hauser, Les sources de l'hist. de France, XVI" s., m, Paris, 1906-lC. — V. Carrière, Intr. aux ét. d'hist. eccl. locale, i, Paris, 1940. — .1. Héritier, Catherine de Médiris, Paris, 1941. — L. Cristiani, L'Église à l'époque du conc. de l>ente, Paris, 1947, p. 357, note; p. .39fi, note 1.

Travaux. — .I.-H. Mariéjol, La Réforme et la Ligue, coll. Hist. de France d'ii. Lavisse, vi-1. — John Viénot, Hist. de la Héforme française des orig. à l'Édit de Nantes, Paris, 1926. — J. W. Thompson, The uiars of rel., Chicago, 1909. — L. Romier, Le royaume de Catherine de Médicis, Paris, 1922; Catholiques et huguenots à la cour de Ch. IX,

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Paris, 1924. — J.-H. Mariéjol, Catherine de Médicis, Paris, 1920; Marguerite de Valois, Paris, 1928. — P. Van Dyke, Catherine de Médicis, New- York, 1922. — J. Héritier, Catherine de Médicis, Paris, 1941. — G. Delaborde, Vie de l'amiral de Coligny, Paris, 1878-82. — E. Marcks, G. de Coligny, sein Leben und das Frankreich sein. Zeil, Leipzig, 1918. — H. Amphoux, M. de l'Hôpital et la liberté de conscience au XVI^ s., Paris, 1900. — A. E. Shaw, M. de VIL and his policy, Londres, 190,5. — J. Deseymard, La sagesse auvergnate du chanc. l'Hôpital, dans Rev. des Deux Mondes, Paris, 1941. — • A. Renaudet, La France de 1559 à 1610, Paris (cours de Sorbonne), 1946. — E. Doucet, Les institutions de la France au XVI" s., 1948, p. 661 sq.

Sur les réunions de Poissy : L. Romier, Catholiques et huguenots à la cour de Ch. IX, Paris, 1924; H. O. Evenett, Card. of Lor. and Ihe counc. of Tr., Cambridge, 1930; Roserot de Melin, Rome et Poissy, dans Alélanges de l'École de Rome, xxxix, 1921; L. Serbat, Les assemblées du clergé de France, dans Bi67. de l'École des hautes études, fasc. 154; N. Valois, Les essais de conciliation religieuse, dans Rev. d'Iiist. de l'Église de France, 1945. — Sur la S.-Barthélemy : L. Romier, La S.-Barthélemy, dans Rev. du XFI' s., i, 1913, p. .529-60; S. L. England, The mass. of St Barth., Londres, 1938; H. Hauser, Le P. Ed. Auger et le mass. de Bord., dans Bull. hist. du prot. français, 1911, p. 289-311. — Sur le concile de Trente et son application : P. Richard, Le concile de Trente, Paris, 1930-31; H. O. Evenett, op. cit.; V. Martin, Le gallicanisme et la Réforme cath., Paris, 1919; Ch. Hirschauer, La politique de S. Pie V en France, dans Bibl. de l'École française de Rome, Paris, 1922, fasc. 120. — Situation religieuse : J. Grente, Une paroisse à Paris sous l'Ancien Régime, Paris, 1897; A. Lefranc, La vie quotidienne an temps de la Renaissance, 1938; V. Carrière, Les épreuves de l'Église de France au XVI^ s., dans Introd. aux études d'hist. eccl. locale, 1, Paris, 1936. — L. Febvre, Le problème de l'incroyance au XVI' s., Paris, 1942.

Ch. Lefebvre.

« CHARLES X». — Charles de Bourbon-Vendôme naquit en 1517, cinquième fils de Charles de Bourbon et de Françoise d'Alençon, et ainsi frère d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre. Il est archevêque de Rouen et cardinal, quand meurt le duc d'Anjou, frère de Henri III, et héritier présomptif de la couronne (10 juin 1583). La Ligue se refuse à admettre Henri de Navarre, désormais plus proche parent de Henri III, comme successeur possible; sur ses instances, le cardinal de Bourbon signe à Péronne (30 mars 1585) un manifeste : Déclaration des causes qui ont amené Monseigneur le cardinal de Bourbon et les pairs, princes, seigneurs, villes et communautés catholiques de ce royaume de France de s'opposer à ceux gui, par tous moyens, s'efforcent de subvertir la religion cattiolique et l'État. Ce document est en même temps un appel aux mécontents. Quatre ans plus tard, le jour même de l'assassinat du duc de Guise (23 déc. 1588), le cardinal est arrêté. Dès l'assassinat de Henri III (1" août 1589), Mayenne, chef de la maison de Guise et de la Ligue, le fait cependant proclamer roi sous le nom de Charles X. Mais il meurt le 15 mai 1590.

H. Hauser, Les sources de l'Iiist. de France. Le XVI' s., Paris, 1906-16. — E. Saulnier, Le rôle politique du cardinal de Bourbon, dans Bibl. de l'École des hautes études, 1912.

Ch. Lefebvre.

CHARLES X, roi de France (1824-30). I. L'Ancien Régime. II. L'exil. III. Les première et seconde Restauration. IV. Le règne. 1° La politique religieuse; législation, gallicanisme, mennaisianisme. 2° Le ministère Martignac et les ordonnances de 1828. 3° Le ministère Polignac. V. Dernières années.

I. L'Ancien Régime. — Charles-Philippe, comte d'Artois, naquit à Versailles, le 9 oct. 1757; quatrième enfant du dauphin, fils de Louis XV, et de Marie- Josèphe de Saxe. Jusqu'en 1764, il reçoit de son père une éducation très soignée; mais, à la mort de celui-ci, il a comme gouverneur le duc de La Vauguyon, qui a déjà assumé la formation de ses trois frères : le duc de Bourgogne, mort à dix ans, le duc de Berry (futur

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