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Louis XVI), et le comte de Provence. Aimable, généreux, spontané et quelque peu désinvolte, il n'est pas guerrier, comme beaucoup de Bourbons; affranchi de toute contrainte, il passe très vite à une indépendance absolue.
Le 16 nov. 1773, il épouse Marie-Thérèse, fille de Yictor-Amédée III, roi de Sardaigne; il en aura deux lils, Louis, duc d'Angoulême, né en 1775, et le duc de Berry, né en 1778. Grand seigneur, il mène une existence royale mais frivole dans l'aile gauche du château; le soir, de somptueux dîners sont suivis d'un bal qui se prolonge tard dans la nuit. Ce train de vie amène des difficultés financières; en 1780, le roi lui avait donné 14 millions et demi de livres; lors de la Révolution, il a 16 millions de dettes exigibles. Aussi, son crédit diminue à la cour et ses frivolités le compromettent aux yeux de la noblesse.
En politique au moins, le comte d'Artois se montre tout de suite adversaire irréductible de toutes les idées nouvelles; toute sa vie, il restera le défenseur de l'absolutisme, le fidèle partisan des institutions de l'Ancien Régime; son aveugle intransigeance à l'égard du tiers devait être lourde de conséquences. D'abord, la politique de Necker reçoit son approbation, car elle le favorise; dès que Necker propose la création d'assemblées provinciales (1779), d'Artois prend la défense des privilégiés; son opposition se précise avec la publication du Compte rendu (1781). Sa réaction est aussi vive quand Galonné propose, dans le mémoire du 20 août 1786, tout un plan de réformes, dont le remplacement des vingtièmes par la « subvention territoriale », impôt sur toutes les terres sans exemption pour personne; dans l'assemblée des notables, réunie le 29 déc. suivant, l'hostilité de l'aristocratie est telle, surtout à la suite de l'Avertissement de Gerbier, que Galonné finit par être renvoyé (8 avr. 1787). Brienne, qui a été son adversaire, le remplace, mais reprend ses projets; quand la question des nouveaux impôts est portée devant le bureau dirigé par le comte d'Artois, La Fayette aurait proposé la convocation d'une assemblée générale : « Quoi, se serait écrié le comte, vous demandez la convocation des États généraux? — Oui, Monseigneur, et même mieux que cela. » L'idée devait être reprise, mais l'aristocratie comptera l'exploiter à son propre avantage. Après le renvoi de l'assemblée, le Parlement se montre aussi irréductible; le 14 août, il est exilé à Troyes; mais des troubles éclatent, et le 17 le comte est mal reçu à la Cour des aides où il est allé faire enregistrer l'édit de la « subvention »; la Cour réclame publiquement la convocation des États généraux. Après les incidents qui marquent la fin de 1787 et le printemps de 1788, l'arrêt du Conseil du 5 juill. annonce la réunion des États généraux, fixée au 1" mai 1789, par l'arrêt du 8 août. La noblesse, en lutte avec le souverain, espère en faire sortir définitivement sa prépondérance.
Mais la question financière reste pendante, d'où l'appel de Necker à une seconde assemblée des notables; elle va fournir au comte d'Artois l'occasion de préciser la position de l'aristocratie. Le mémoire du 12 déc. 1788 rappelle qu'il faut « conserver la seule forme de convocation des États généraux qui soit constitutionnelle..., la distinction des ordres, le droit de délibérer séparément, l'égalité des voix, ces bases inaliénables de la monarchie française ». Ce mémoire accroît l'hostilité contre les privilégies : le tiers devient le parti national; le souverain semble prendre le parti de ce dernier en admettant le doublement dans le Résultat du Conseil du 27 déc. 1788.
Toutefois, il n'est pas précisé que le vote aura lieu « par tête », et la lutte s'envenimera jusqu'il la réunion des États le 5 mai suivant. Le comte d'Artois se montre en particulier intraitable : à Necker qui offre sa
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démission, il répond : « Nous vous garderons comme otage, et nous vous rendrons responsable de tout ce qui pourra arriver» (J. Flammermonl, Lr deuxième ministère Necker, dans Reu. Iiist., 1891, p. 25). Son activité ; est grande, fin juin et début de juill., pour en finir avec I l'Assemblée nationale; il ne tardera pas à en subir les conséquences.
II. L'exil. — Le 14 juill., au Palais-Royal, sa tête est mise à prix; et le 16, il reçoit du roi l'ordre de quitter le territoire. Son départ précipité semble donner à la noblesse le signal de l'exil.
Mais le comte d'Artois n'est pas admis à Bruxelles ; il part pour Turin, chez le roi de Sardaigne, son beau-père, qui l'accueille avec quelque appréhension pour ce milieu voltairien. De La Vénerie, d'Artois pense agir pour sauver le roi, rallier les émigrés et faire appel aux puissances étrangères. Rejoint par Galonné et une centaine de gentilshommes, il envoie des émissaires soulever les catholiques contre les protestants à Montauban, le 10 mai 1790, et à Nîmes, le 10 juin. Entre temps I le prince Victor de Broglie est dépêché à Rome pour ; influencer les dispositions du pape dans un sens hostile au régime nouveau. Dans l'affaire des princes allemands dépossédés par les décrets des 5-11 août, il délègue le marquis de Larouzière à Ratisbonne en vue d'aboutir à un conflit; l'attitude de Léopold à Venise ruine ses espoirs.
Après avoir assisté à Turin au passage de ses tantes. Mesdames Victoire et Adélaïde, en route pour Rome, le comte d'Artois rejoint Madame de Polastron à Vienne. Sa première entrevue avec l'empereur, le 17 mai 1791, manifeste l'intention de celui-ci de lui voir suspendre son activité. Il se rend alors à Coblence (17 juin), où il espère meilleur accueil de la part des I princes allemands; Monsieur l'y rejoint le 7 juill. On I connaît l'état religieux des émigrés; les pascalisants j n'y sont guère qu'une dizaine, suivant le témoignage 1 de Calonne.
\ Une seconde entrevue avec Léopold à Vienne n'est i pas plus encourageante que la première; mais la décla- I ration de Pillnitz ne tarde pas à rendre l'optimisme j au comte d'Artois. Survient la déclaration de guerre ■ du 20 avr. 1792. et il espère pouvoir rétablir la mo- ' narchie grâce à l'armée constituée avec Condé; il ne peut que suivre l'armée prussienne, et, après Valmy, est entraîné dans la retraite. Il échoue à Hamm (Westphalie), où l'a précédé Monsieur. Ils y apprennent la j mort du roi.
; Monsieur, devenu régent, nomme son frère lieute- ; nant général du royaume et l'envoie en cette qualité à I S.-Pétersbourg; d'Artois en revient avec un projet de [ débarquement en Bretagne. Mais dès son arrivée en ; Angleterre, le cabinet britannique l'invite à regagner Hamm. Revenu le 7 août 1795, il y apprend l'écrasement des royalistes à Quiberon; malgré son ignorance, il est rendu responsable de l'échec (Ch. Robert, iîxpedition des émigrés à Quiberon, Paris, 1899). Pour venger ce désastre, le gouvernement britannique autorise un débarquement; le 2 oct., il est à l'île d'Yen, face aux armées républicaines; Charette l'attend, mais n'indique pas d'endroit propice; les troujjes anglaises se découragent, de même que les conseillers du prince, qui lui représentent les dangers d'une opération; le 10 nov., la flotte repart pour l'Angleterre. D'Artois devait tenter de se justifier en arguant d'un ordre du cabinet anglais. Il se retire alors à Holy-Rood, avec une pension de 500 livres. L'isolement, l'aigreur, la jalousie amènent une mésentente avec son frère; le mariage de son fils, le duc d'Angoulême, avec .Madame Royale consomme la rupture (1799).
Louis XVIII est hostile à un autre projet de débarquement en Bretagne et d'Artois abandonne l'idée de .se mettre, en sept. 1799, à la tête d'une armée suisse
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jointe aux Russes. Il annonce cependant toujours son arrivée en France, encourageant les attentats contre le Premier Consul. L'échec du complot de Cadoudal, qu'il avait patronné ouvertement, lui aliène tout le pays. La rentrée des émigrés accroît ses déceptions. Làdessus meurt Madame de Polastron qui lui avait fait promettre de changer de vie. Le prince devait être fidèle à son serment, mais lui serait-il donné un jour de servir un pays qu'il semblait comprendre de moins en moins?
IIL Les première et seconde Restaurations. — Les défaites de Napoléon tirent le comte d'Artois, Monsieur, de l'oubli où il est tombé; le 27 janv. 1814, il débarque à Scheveningen, près de La Haye, et lance une proclamation au peuple français; de là, il gagne Bâle, puis Vesoul. Mais les alliés n'ont pour lui que méfiance et dédain; aucun prince ne croit même à la possibilité d'un retour des Bourbons; le peuple français lui-même, témoigne A. Cournot (Souvenirs, 1760- 1860, Paris, 1913, p. 120), a oublié son nom. Vitrolles cependant plaide sa cause auprès de Metternich; comme la route de Paris est ouverte, Monsieur reçoit à Vitry-le-François communication de la constitution adoptée par le Sénat; la nation appelle de ses vœux le roi — mais n'est-ce pas nier le « dogme » de la monarchie de droit divin? Pourtant, le 12 avr., lui est réservé un accueil enthousiaste, et d'Artois prend la tête du gouvernement provisoire : « Rien n'est changé en France, dit-il, si ce n'est qu'il s'y trouve un Français de plus. »
Mais les émigrés ne se sont rendu compte que dans une certaine mesure de leurs erreurs; la plupart sont revenus à l'Église, mais en même temps, ils identifient leur cause avec celles de la religion et de la monarchie; ils vont tendre à « restaurer l'autorité de ces deux puissances, afin de rétablir leur situation et leurs privilèges ». Ils seront « ultras et cléricaux » (J. Leflon). Monsieur précisément prend la direction de ce mouvement; à côté du gouvernement royal s'organise bientôt un gouvernement occulte; « le pavillon de Marsan, où il demeure, est l'asile et la forteresse de l'Ancien Régime » (S. Charléty, p. 32). Par l'intermédiaire de l'abbé de Latil, son aumônier, Monsieur est au courant des intentions du comité ecclésiastique, et peut influer dans le sens de l'abolition du Concordat de 1801. En ce qui concerne l'Université, il aurait, dès le 13 avr. 1814, fait préparer un projet de réforme (J. Poirier, L'Université provisoire, dans Rev. d'hisi. moderne, 1926, p. 249), sans parler d'une influence au moins indirecte sur les mesures qui devaient suivre.
L'épopée des Cent Jours balaie les réorganisateurs, mais dès le 8 juill. Louis XVIII est de retour, et les élections du 22 août, préparées par les Chevaliers de la foi, donnent la majorité aux ultras; Monsieur devient chef de parti. Il encourage les représailles; à la tête de la garde nationale, il se croit maître de la France. Cette attitude partage la cour en deux camps : partisans et ennemis de la Charte. Après le renvoi de la Chambre introuvable, il continue ses attaques contre le parti constitutionnel, sans jamais comprendre les efforts du roi pour faire vivre côte à côte la monarchie et la France nouvelle. Il n'hésite pas à organiser un vaste complot qui assurerait le renvoi de tous les ministres; dans une note secrète rédigée par Vitrolles, il demande le maintien des troupes étrangères sur le sol national. L'assassinat du duc de Berry (13 févr. 1820) entraîne la chute de Decazes et provoque le redoublement des attaques contre Richelieu. Avec la complicité de Madame de Cayla, l'amie du roi, il pousse au pouvoir Villèle, avec qui, peut-on dire, commence son règne. La mort de Louis XVIII (16 sept. 1824) consacre ce pouvoir; le nouveau souverain fait son entrée à Paris le 27 suivant.