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IV. Le RftGNE DE Charles X. - — 1" Politique reli

gieuse. — Il inaugure une politique réactionnaire, principalement orientée vers le côté religieux, comme l'attestent le sacre et le couronnement à Reims. Le pape Léon XII, dans son allocution du 25 mai 1825, souligne les espoirs fondés sur le nouveau roi. De fait, Charles X, que certains croient même prêtre et affilié à la Congrégation, estime que le seul moyen de consolider le trône est de le placer sous la sauvegarde du clergé : l'Église lui paraît la seule force capable de résister aux révolutions. Il ne se rend pas compte que le clergé, discrédité lui aussi, ne peut que compromettre les Bourbons. A partir de 1824 surtout, les nobles catholiques envahissent les hauts postes administratifs et les ministères; l'administration, si forte- I ment centralisée, passe au service des ultras. Le grou- ! pement de ces derniers dans une association religieuse, ] la Congrégation du P. Delpuits, mais surtout dans l'orj ganisation secrète de l'Association des bannières, ne > pouvait manquer d'accroître leur influence (G. Bertier I de Sauvigny, Ferdinand de Bertier, p. 406). ; 1. Mesures législatives. — Les ultras déploraient no- I tamment que la Charte n'ait pas rendu un hommage [ solennel à la religion, malgré la reconnaissance de son caractère de « religion d'État » (art. 6). Le 4 janv. 1825 I sont déposés deux projets. L'un devait devenir la loi sur le sacrilège du 20 avr. Elle punit des travaux forcés, de mort simple, ou de mort selon le mode d'exécution des parricides, le crime de sacrilège. La discussion, où interviennent en particulier Bonald et Royer- Collard, met en relief l'opposition entre les principes de la législation laïque et ceux de l'Église. Cette loi consti- ! tue une véritable révolution dans le droit public moj derne. Elle ne devait d'ailleurs pas être appliquée. Le second projet touchait les congrégations de femmes; il faisait suite à un projet de 1824 donnant l'autorisation, par simple ordonnance, à toute congrégation religieuse; la Chambre des pairs l'avait repoussé. La nouvelle loi du 24 mai 1825 réglemente la situation juridique des seules religieuses; une loi reste obligatoire, conformément au décret du 3 messidor an XII (art. 4), pour la fondation de toute nouvelle congrégation de femmes; une simple ordonnance cependant suffira pour la reconnaissance de congrégations existant déjà en fait, et pour la formation d'établissements appartenant à des congrégations autorisées avant le 1" janv. 1825; deux types de congrégations subsisteront ainsi côte à côte. Les établissements des congrégations autorisées reçoivent, par simple ordonnance royale, l'autorisation de posséder et de recevoir; quant aux religieuses, pour éviter l'accroissement des biens dits de mainmorte, elles ne peuvent disposer en faveur de leur ordre que du quart de leurs biens, sans que ce quart puisse dépasser 10 000 francs. De plus, les congrégations doivent préalablement faire approuver leurs statuts par l'évêque; ceux-ci sont ensuite soumis à la vérification et à l'enregistrement du Conseil d'État. Quant aux établissements, le consentement de l'évêque et du conseil municipal suffisent.

Ce programme est complété par le projet de loi sur le droit d'aînesse et le milliard aux émigrés, ainsi que par de nombreuses mesures concernant les personnes, la garde nationale et la presse.

2. Gallicanisme. — La politique de Charles X reste d'ailleurs inspirée des principes traditionnels. Le souverain proteste contre la communication faite par le nonce Macchi aux Ordinaires de la bulle du jubilé; le roi doit avoir revêtu cette dernière de son placet. L'ordonnance du 26 janv. 1826 autorisant ensuite la publication de cette bulle précise qu'elle n'entend pas approuver « les clauses, formules ou expressions qu'elle renferme, qui pourraient être contraires à la Charte constitutionnelle, aux lois du royaume, aux franchises, libertés et maximes de l'Église gallicane ». Pour la même

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raison, Charles X interdit V Exhortation aux frères dissidents appelés communément anticoncordatistes, par laquelle Léon XII veut faire rentrer dans l'unité des adhérents de la Petite Église. Le gouvernement exigera même que les procès canoniques des évêques passent par le ministère des Affaires étrangères. Les nominations épiscopales d'ailleurs sont parfois faites sans l'approbation du S. -Siège; ainsi, le roi accepte la démission de Mgr Tharin, évêque de Strasbourg, et désigne immédiatement son successeur. Ceci, sans faire mention de la pression exercée pour évincer Fesch du siège de Lyon au profit de Mgr du Pin, administrateur apostolique du diocèse. Léon XII proteste contre les uns et les autres de ces actes (archives des Affaires étrangères, Rome 962, fol. 19-21), et il ne cédera pas sur la question du remplacement de Fesch.

Le haut et le bas clergé sont, au surplus, aussi gallicans dans leur ensemble. La déclaration de 1682 est enseignée dans les séminaires; douze diocèses seuls sur quatre-vingts font des réserves sur le rappel qui en est fait par la circulaire de Corbière, en mars et mai 1824 (F. 19 3955). La position des « Tablettes du clergé » est caractéristique sur ce point, et Frayssinous obtient l'adhésion de tous les évêques, sauf trois ou quatre (en particulier Bonald, du Puy et d'Aviau, de Bordeaux), à une déclaration protestant contre l'ouvrage de Lamennais, De la révolution considérée dans ses rapports avec la politique (1825). Ce gallicanisme semble un mélange des doctrines d'Ancien Régime et des doctrines concordataires fCh.-H. Pouthas, L'Église et les questions religieuses, Paris, cours de Sorbonne, 1946, p. 295).

3. Mennaisianisme. — Le problème soulevé par Lamennais n'est pas moins net; dès cette date, Il exerce déjà une sorte de « dictature » (F. Duine, Lamennais, 1. II, La dictature de L.). Dès la fin de 1823, devenu chef d'école, il s'oriente vers les idées libérales dans le Mémorial catholique, tout en gardant son antigallicanisme, qui stigmatise r« erreur théologique », et aussi 0 révolutionnaire », des doctrines gallicanes.

Son souci de libérer l'Église le mène à abandonner ses positions absolutistes; le gallicanisme de la monarchie, son cléricalisme impolitique soulèvent l'opinion contre le « parti-prêtre »; la mise en tutelle de l'Université et les autres lois d'inspiration religieuse aboutissent à des résultats diamétralement opposés à ceux qui sont recherchés. Aussi faut-il, comme le disait le publiciste Eckstein {Le catholique, ni, 225), « changer l'esprit par l'esprit i>, refaire la société (ibid., vu, 116). Si l'épiscopat royaliste, aristocratique et gallican, réplique par une déclaration collective, le jeune clergé est cependant attiré par le novateur.

Les prélats insistent auprès du roi pour une intervention du pape. Léon XII reçoit Lamennais en 1824 et, finement, le juge : « C'est un de ces amants de la perfectibilité qui, si on les laissait faire, bouleverseraient le monde..., c'est un homme qu'il faut conduire avec la main dans son cœur. » Aussi, Rome garde le silence « qui est toujours le parti qui convient le mieux à la religion et à la politique » (archives des Affaires étrangères, Rome 960, fol. 267-70). L'attitude du nonce Lambruschini, en 1827, sera identique.

4. Le « Mémoire à consulter ». — Outre la réaction de Lamennais, la politique du souverain devait provoquer celle de Montlosier. Reprenant en partie les reproches adressés par les libéraux, il dénonce (févr. 1826) quatre fléaux particulièrement dangereux : la Congrégation, les jésuites, l'ultramontanisme, et l'esprit d'envahissement des prêtres. Les jésuites, en effet, qu'il ne faut pas confondre avec les Pères de la Foi ou les Pères du Sacré-Cœur, ne pouvaient, quoi qu'ait pensé le P. de Clorivière, rentrer officiellement. Profitant des dispositions de la Charte, ils reviennent s'attacher à l'œuvre

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.

des petits séminaires et des missions; la société des Missions de France exerce un apostolat extrêmement fécond à travers toute la France (E. Sevrin, Les missions religieuses, p. 100 sq.). A eux aussi était due la célèbre Congrégation, alors dirigée par l'abbé Legris- Duval et le P. Ronsin, et dont l'activité propre est exclusivement religieuse, quels que soient ses liens avec l'Association des bannières. Pourtant, en 1824, la Compagnie de Jésus ne comprend qu'un effectif de 108 prêtres et de 212 scolastiques ou frères coadjuteurs. Mais les évêques ont beau protester, et Frayssinous louer « l'excellence et l'utilité de cet ordre comme corps enseignant », les accusations vont leur chemin. En 1827, Bellema estime à plus de cent cinquante les ouvrages parus depuis un an contre les jésuites (Trois procès en un, Paris, 1827, p. 75).

2° Ministère Martignac et ordonnances de 1828. — Ces tendances, jointes aux lois impopulaires sur la presse (1827), achèvent de discréditer le gouvernement Villèle. Après les élections de nov., le roi fait appel à Martignac, sans abandonner pour autant sa politique réactionnaire; Villèle n'aurait dû sa chute qu'à son impopularité personnelle.

Le nouveau ministère songe à des concessions libérales sur le terrain religieux. Le 10 févr. 1828, Vatimesnil reçoit la direction du nouveau ministère de l'Instruction publique; il s'appliquera à réduire la portée des directives de Mgr Frayssinous. Le 21 avr., les évêques se voient retirer sur les écoles les droits obtenus de l'ordonnance de Corbière du 8 avr. 1824; mais un comité de neuf membres, présidé par le délégué de l'évêque, et dont deux autres ecclésiastiques sont membres, statuera sur la nécessité d'ouvrir de nouvelles écoles; le recteur décidera. En ce qui concerne les écoles secondaires ecclésiastiques, la commission d'enquête, nommée le 28 janv., trouve 53 écoles en fraude sur 197 : huit ont été confiées aux jésuites. Après un rapport de Mgr Feutrier, ministre des Affaires ecclésiastiques, le ministère publie deux ordonnances, le 16 juin : la première, de Portails, ministre de la Justice, expulse les jésuites des établissements indiqués et exige de leurs successeurs une déclaration écrite qu'ils n'appartiennent à aucune congrégation non autorisée; la seconde, signée de Mgr Feutrier, limite à vingt mille les élèves des petits séminaires, et oblige ceux-ci, après deux ans de séjour, au port du costume ecclésiastique. Un comité de défense, présidé par Mgr de Quélen, proteste en vain dans un mémoire rédigé par Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse; soixante-dix évêques y adhèrent. Mais le S.- Siège finit par conseiller de s'en remettre à la piété du souverain (A. Garnier, Les ordonnances du 16 juin, Paris, 1929). Les écoles en question furent ramenées au chiffre de 127 avec 16 858 élèves en 1829 (Ch.-H. Pouthas, op. cit., p. 223 sq.), d'où une grave diminution de cet enseignement (ibid., p. 300).

Charles X n'avait signé ces ordonnances qu'à contrecœur; aussi, la droite redouble-t-elle ses attaques, alors que les libéraux se montrent plus exigeants encore.

30 Ministère Polignac. — Devant l'ampleur des questions politiques qui se posent, les problèmes religieux passent au second plan. Le clergé soutient le programme de la droite; quelques évêques même publient des mandements contre les 221; Lamennais, bien au courant de la mentalité du jour, se plaint des « extravagances » du clergé : « Si la religion se perd en France, c'est lui seul qui l'aura perdue. » Les ordonnances du 25 juin. 1830 sonnent le glas de la Restauration; la royauté entraîne dans sa chute le clergé et l'Église en France. L'alliance du trône et de l'autel est une cause, à laquelle il faut joindre la mentalité voltairienne de la bourgeoisie qui accède au pouvoir, sans parler des classes populaires aigries par la crise écono-

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