‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, ou, Répertoire de toutes les questions relatives à la santé publique considérées dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions, les établissements et institutions d'hygiène et de salubrité (volume 2)Chapitre 19 sur 81 · PAVAGE · texte numérisé non relu

PAVAGE

ditions générales d'assainissement des villes, et en particulier le balayage et l'enlèvement des boues, ont déjà fait pressentir l'importance que présentent, au point de vue de la salubrité, l'état du sol des lieux habités, et les moyens employés pour en entretenir la viabilité et la propreté. Ces considérations, agrandies par l'esprit profond et investigateur de notre savant M. Chevreul, ont besoin d'être développées ici.

Tout ce qui tend à imprégner le sol de matières organiques" peut être considéré comme une cause prochaine ou éloignée d'insalubrité; et tout ce qui tend à empêcher cette imprégnation, à la limiter ou à détruire les matières infiltrées, est une cause d'assainissement. Le pavage se présente à la fois, quoique inégalement, sous ce double aspect. D'autre part, il s'oppose en partie à l'imprégnation du sol par les détritus organiques de toutes sortes qui, dans une cité populeuse, se répandent à sa surface, ou du moins il limite cette imprégnation ; mais, de l'autre, en empêchant l'introduction des eaux pluviales dans le sol, il diminue l'action salutaire que ces eaux exerceraient en dissolvant les matières imprégnées et en renouvelant les sources et les nappes d'eau souterraines qui alimentent les puits dans un sol perméable. C'est ce que Franklin exprimait en disant que « le sol de la ville étant pavé ou couvert de maisons, la pluie était charriée au loin, et ne pouvait point pénétrer dans la terre et renouveler et purifier les sources : ce qui est cause que l'eau des puits devient chaque jour plus mauvaise, et finira par ne plus être bonne à boire, ainsi qu'il arrive dans toutes les anciennes villes. » — Malgré cette restriction dont il ne faut pas exagérer la portée, le revêtement du sol par une couche imperméable, pavage, dallage, macadamisage ou autre, offre des avantages supérieurs à ces inconvénients.

Le pavage des rues est donc nécessaire, ainsi que le reconnaît M. Chevreul : non-seulement il assure la circulation du public en prévenant l'inconvénient des ornières, des mares d'eau, des boues dans la saison pluvieuse, mais il diminue beaucoup les effets fâcheux de la poussière dans la saison sèche ; enfin le pavage des rues a encore l'avantage d'éloigner des fondations des maisons une grande partie des eaux pluviales et des eaux qui ont servi aux usages domestiques. Il existe entre les pavés des grandes villes et dans la couche de sable sur laquelle ils reposent une matière noire qui n'est autre que du fer oxydé et sulfuré provenant des roues de voiture, des fers de chevaux, etc., et qui, tendant à passer à l'état de peroxyde, retient l'oxygène des eaux d'infiltration, oxygène qui eût été nécessaire à la destruction des matières organiques contenues dans le sol, et par conséquent à son assainissement. Nous n'avons pas besoin de dire combien il importe d'éviter que les intervalles mal joints des pièces

de pavage deviennent des foyers infects de matières en décomposition et d'eaux croupissantes ; et, par conséquent, d'entretenir avec soin le pavage des cités populeuses.

La matière employée pour le revêtement du sol des grandes villes n'offre pas, au point de vue de l'hygiène, une importance assez directe pour que nous nous y arrêtions longuement. Nous avons dû indiquer seulement les conditions que doit remplir un bon système de pavage.

Bibliographie. — Mémoire sur plusieurs réactions chimiques qui intéressent l' hygiène des cités populeuses, par M. Chevreul [Annales d'hygiène publique, Paris, 1853, t. L, p. 5). — Études sur le pavage, le macadamisage et le drainage, par E. Boudin {Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XLV, p. 263). — Rapport officiel sur le pavage de Londres et de Paris, adressé d M. le ministre des travaux publics, par M. Darcy. Paris, 1850.

PEAUX. — Voy. CORROIERIES, TANNERIES.

PÉBÉRASTIE. — Voy. PROSTITUTION.

PEINTRES. — Voy. Plomb.

PEIiIiA.GRE. — Vers le milieu du siècle dernier, la pellagre, maladie inconnue aux anciens, s'est montrée sur divers points de l'Europe, et, malgré les améliorations apportées depuis cette époque aux conditions d'existence des peuples, on a vu celte maladie se répandre et s'aggraver chaque jour,. décimant sans bruit une partie des populations agricoles, et menaçant de les entraîner dans une dégradation physique et morale irrémédiable. Actuellement, la pellagre, dont la marche est encore entourée d'une certaine obscurité, s'étend sur plusieurs royaumes, et alors que la plupart des médecins français la considéraient comme une maladie exotique, une série de travaux importants vient de la montrer fixée et endémique dans nos provinces du Midi, et même jusque dans le centre de la France.

C'est vers 1730, qu'on peut faire remonter la première notion de la pellagre. Casai, médecin de Philippe V et exerçant à Oviedo dans les Asturies, l'aurait distinguée le premier du groupe d'affections avec lesquelles on la confondait.

îl Pavait nommée mal de la rosa. Mais ses manuscrits ne furent guère connus que vingt-ans après par la description que ïhiéri en donna d'après lui. D'un autre côté, en Italie, vers 1770, Antonio' Pujati décrivit à Padoue une maladie particulière sous le nom de e scorbut alpin, et en 1771, Francesco Frappoli décrivit à Milan unee affection qu'il appela pellagre, de deux mots latins, pellis agra.

Ces études eurent assez de retentissement pour que le grand conseil de Milan fondât dans la petite ville de Legnano, en 1786, un hôpital spécial pour soixante pellagreux dont la direction fut confiée à Strambio. Malheureusement cet hôpital fut fermé quatre ans après. Enfin, en 1789, Francesco Fanzajo, jeune médecin, plus tard professeur à l'université de Padoue, montra que le scorbut alpin et la pellagre milanaise n'étaient qu'une seule et même maladie. Depuis ce temps, Strambio fils fit paraître en 1820 un traité delà pellagre. La France n'est pas restée en arrière, et nos compatriotes y ont apporté tous leurs soins, si bien qu'aujourd'hui plusieurs d'entre eux font autorité dans cette question. Nous ne mentionnerons ici que MM. G. Hameau, Brierre de Boismont, Th. Roussel, Costallat et Landouzy, comme ayant particulièrement éclairci la question de la pellagre, et nous renvoyons pour lès autres à la bibliographie qui termine cet article.

Nous admettons avec M. Th. Roussel, et jusqu'à preuve démonstrative contraire, que la pellagre est une maladie nouvelle en Europe ; que son origine ne remonte pas au delà du xvme siècle, môme dans les pays qui en ont été attaqués les premiers; que partout elle a suivi, dans ses progrès et dans son influence sur les populations, les progrès de la culture et de la part plus grande du maïs dans la consommation.

On peut définir la pellagre, une maladie cachectique, le plus souvent endémique, quelquefois sporadique, caractérisée par un érythème particulier, un dérangement des fonctions digestives , un trouble profond du système nerveux, et notamment des facultés intellectuelles, et une altération de toutes les forces de l'économie, et probablement produite par une altération parasitaire du maïs ou d'autres céréales.

La multiplicité et la diversité des phénomènes qui caractérisent la pellagre, l'irrégularité de leur marche, rendent une description méthodique difficile. Frappoli avait distingué trois périodes, une commençante, une confirmée et une désespérée. Strambio le père, qui était à la tête de l'hôpital de Legnano , exclusivement destiné aux pellagreux, avait également établi trois degrés fondés sur les carac-* tères des lésions cutanées et sur la marche des accidents. Dans le premier degré, la maladie est intermittente, la peau est le siège d'une rougeur érythémateuse ou érysipélateuse ; dans un deuxième, la maladie est rémittente, et la peau est couverte d'un plus ou moins grand nombre de vésicules ; dans un troisième., la maladie est continue, l'épiderme se dessèche et tombe sans que l'on observe ni tuméfaction ni rougeur. Sans tenir grand compte de ces divisions, qui, surtout la dernière, ne comprennent pas toute l'évolution de la

maladie, on peut dire que la pellagre débute quelquefois brusquement, mais qu'elle s'annonce ordinairement par un malaise général, de l'abattement, de la tristesse, de l'éloignement pour le travail, état dont la durée varie depuis plusieurs jours jusqu'à plusieurs semaines. Quelquefois il s'y joint de la céphalalgie, des vertiges ou un peu de diarrhée ; puis apparaissent les symptômes de la maladie ; on constate alors trois groupes de symptômes : les uns, caractérisés par une éruption, apparaissent sur les parties découvertes ; les autres portent sur les fonctions digestives et nerveuses. Ces troubles n'apparaissent pas tous en même temps ; les phénomènes cutanés commencent en général la scène, bientôt accompagnée des troubles digestifs et suivie des troubles nerveux. Bien que cette succession ne soit pas fatale, comme elle est la plus fréquente, c'est cet ordre que nous suivrons dans noire description.

C'est en général vers l'équinoxe du printemps qu'apparaît l'érythème sur les mains, le visage, le cou, la poitrine et parfois les pieds, en un mot, sur les parties découvertes et exposées au soleil, si bien que l'érythème cesse brusquement au niveau où ces vêtements viennent couvrir les membres. Pour les mains, c'est surtout à la face dorsale qu'on trouve l'érythème; cependant il peut envahir même la face palmaire, comme l'avait déjà vu G. Hameau père, et y former des crevasses assez douloureuses. M. Landouzy, qui a vu le même fait, pense en outre qu'à Reims l'érythème est plus intense que dans les Landes.

Cette affection cutanée est constituée d'abord par une simple rougeur avec un peu de tuméfaction, et ressemble au .coup de soleil ; puis au bout de quelque temps la peau se fendille et se desquame. Rarement voit-on apparaître des bulles ou vésicules ; en même temps il y a de la démangeaison et de la chaleur. Au niveau de la séparation de la peau saine et de la peau malade, il y a une zone noirâtre, plus foncée chez les malades des Landes que chez ceux des autres parties de la France. Ces accidents peuvent se reproduire une seconde ou une troisième ibis pendant la saison d'été, si le malade s'expose de nouveau au soleil ; le plus souvent on les voit cesser pour reparaître plus intenses l'année suivante. Strambio, cependant, a signalé des cas où, après un ou plusieurs érythèmes, la peau n'offrait plus l'année suivante que de la desquamation.

La peau reste en général altérée après la guérison de l'érythème ; il existe des épaississements et des rides, surtout au niveau des jointures où la peau doit se plier pour obéir aux mouvements des membres. Cette sorte de cicatrice ressemble à ce qu'on voit persister après le lichen invétéré : elle a recule nom de peauansérine, par une analogie facile à comprendre.

Si le printemps est la saison où l'érythème se montre le plus souvent, on peut le voir néanmoins, par exception, dans d'autres. M. Hameau père, après une première manifestation enoctobre, etMM.Billod et Gintrac fils ont vu des récidives en hiver.

L'intensité et la gravité de l'érythème coïncident en général avec l'intensité et la gravité de la diathèse ; cependant la cachexie et la mort même peuvent survenir avec des éruptions légères ou d'intensité moyenne.

A la dermatose se rattachent d'autres phénomènes : les ongles prennent une teinte noire, affection qui disparaît à mesure que les anciennes couches de l'ongle sont remplacées par des nouvelles. La teinte noire ne se montre pas qu'aux limites de l'érythème, il se produit quelquefois une teinte bronzée sur d'autres régions, comme l'épigastre, le ventre et les lombes, sans qu'il se fasse d'érythème en ce point. Ce fait, observé d'abord par le docteur Bonacossa, à Turin, a été vu deux fois à Reims par M. Landouzy, puis plus tard sur un assez grand nombre de malades de Sainte-Gemmes et des Landes. M. Landouzy fait remarquer que ce fait doit être pris en sérieuse considération en raison de l'obscurité qui règne encore sur la maladie d'Addison; il ne le croit pas lié à une complication scorbutique ou cachectique, il l'a constaté en particulier chez un malade de force herculéenne, qui n'est souffrant que six semaines chaque année à l'époque du printemps.

L'érythème s'accompagne presque toujours, et dès le principe, d'un malaise général ordinairement plus marqué du côté des fonctions digestives. Une diarrhée rebelle s'établit et se complique fréquemment d'embarras gastrique, de crampes d'estomac, de gastralgie, quelquefois simplement de boulimie, d'appétit vorace ; la langue se couvre de gerçures plus prononcées dans les pays à maïs. On trouve sur la face dorsale de la langue des sillons profonds qui la parcourent en tous sens, sans rougeur, et pouvant exister seuls sans grands troubles digestifs ; d'autres fois il n'y a que de simples gerçures de la muqueuse qui se compliquent d'un état scorbutique des gencives, auquel s'ajoutent quelquefois des ecchymoses disséminées sur les membres, véritable scorbut qui avait fait donner à cette maladie le nom de scorbut alpin par Antonio Pujati (de Padoue) avant que Francisco Fanzajo eût reconnu l'identité de cette maladie avec la pellagre de Lombardie , que Francisco Frappoli avait observée à Milan.

La pellagre n'est pas une maladie fébrile ; le pouls est rare, en général, et considérablement ralenti. Les malades se plaignent en outre de faiblesse dans les extrémités inférieures ; ils éprouvent des douleurs le long de la colonne vertébrale ou dans les membres, par-

fois une chaleur brûlante à la plante des pieds. Leur démarche, mal assurée, traînante et comme tremblante, s'accompagne de vertiges, d'éblouissements, d'une grande tendance à la tristesse, et parfois de troubles variés dans les organes des sens.

L'aliénation mentale chez les pellagreux est un fait qui a dû frapper tous les observateurs ; aussi elle a été l'objet d'une élude particulière de la part de quelques médecins spécialement voués à l'étude de la folie. Ceux-ci ont montré que la plupart des malades deviennent souvent , au début, tristes, moroses, chagrins, taciturnes; ils ne prennent plus d'intérêt à leurs travaux, s'éloignent quelquefois de leur maison, de leurs compagnons, ou se montrent insensibles à leurs plaisirs et à leurs jeux ; la conversation les fatigue. Chez plusieurs les accidents de l'hypochondric so'nt très prononcés; le mal s'accroissant, le désordre de l'intelligence acquiert plus de gravité, quelquefois il se borne à un délire aigu ; mais le plus communément la folie éclate; elle roule presque exclusivement sur des sujets religieux. Le malade a la physionomie sombre, abattue, exprimant l'angoisse et le désespoir; il ne veut parler à personne, fuit la société, joint les mains, marmotte des prières, lève les yeux au ciel, regarde fixement la terre, s'accuse de ses péchés , veut se confesser , se croit poursuivi par la vengeance divine, chante la messe, prêche, ou bien se croit prêtre, Dieu, apôtre, etc. La manie du suicide est très fréquente à cette époque. Beaucoup de malades cherchent à terminer leurs jours dans les flots, disposition qu'il faut sans doute attribuer à la chaleur brûlante et aux douleurs qu'ils ressentent à l'intérieur. Strambio a donné à cette variété de suicide le nom d'hydromanie. En outre, le docteur Piantada a constaté que les pellagreux étaient souvent poursuivis par l'envie de se jeter par la fenêtre et de s'étrangler. Un fait curieux qui a été noté par ce praticien, et qui a été confirmé par M. Brierre de Boismont, c'est que la plupart des pellagreux aliénés ont l'idée d'étrangler ou de noyer leurs enfants; quelques-uns disent qu'ils veulent les soustraire à la mort, d'autres qu'ils désirent les faire jouir du bonheur céleste avant qu'ils aient commis un péché mortel. Beaucoup ne peuvent rendre compte de ce penchant. La manie s'observe assez fréquemment dans cette période. Les malades sont agités, quelquefois furieux, menaçants. On est alors obligé de les maintenir; mais, au milieu du désordre de leur raison, il n'est pas rare de voir régner les idées religieuses. Quelques écrivains ont également noté l'existence de la démence. Il est plus ordinaire de l'observer, ainsi que l'imbécillité, dans la dernière période du mal. La proportion des individus atteints de délire pellagreux est considérable. A l'hôpital de la Sinabre, où il y a environ 500 aliénés, le

nombre est presque constamment des deux tiers. Strambio , au contraire, a été loin d'admettre une aussi forte proportion, mais MM. Brierre de Boismont, Piantada et Panceri confirment tous ce nombre.

La folie, comme nous l'avons dit, ne vient qu'après les autres symptômes ; le cas où la pellagre débute par la folie est l'exception.

La maladie ne parcourt pas les différentes périodes d'une manière suivie et régulièrement progressive. Après une durée variable d'un à plusieurs mois, l'érythème change d'aspect : Fépiderme durcit, prend un aspect rugueux et une teinte gris sale ou brunâtre, se fendille en petites lamelles et s'exfolie lentement, en laissant à la peau une apparence lisse, unie et une coloration rouge qui persiste assez longtemps. La diarrhée et les phénomènes nerveux s'amendent en môme temps, ordinairement vers la fin de l'été ; mais l'année suivante les accidents reparaissent à l'époque du printemps. Les attaques se répètent ainsi d'année en année, tantôt avec prédominance des symptômes nerveux, tantôt des symptômes gastriques, et à mesure qu'elles se renouvellent, elles augmentent de gravité. La peau, dans la partie affectée, se creuse de sillons plus ou moins profonds, derhagades ; l'épiderme parcheminé acquiert une épaisseur et une coloration foncée toute particulière, qui simule aux mains une espèce de gant. Après un nombre très variable de récidives, la maladie devient continue, la diarrhée et l'état scorbutique atteignent le plus haut degré d'intensité. Il survient parfois, dans les contrées basses et humides, de l'anasarque et des hydropisies; l'intelligence s'altère à son tour, les malades tombent dans un état de mélancolie lypcmaniaque avec hallucinations et tendance au suicide poussée jusqu'à la stupidité. Us succombent enfin, soit à l'étendue des lésions intestinales, soit dans le marasme qui accompagne le dernier degré de la démence, soit enfin à une affection aiguë des méninges ou de l'abdomen ou à quelque complication tuberculeuse. Quelques malades cependant résistent à un grand nombre de récidives, et leur vie n'est pas abrégée par la pellagre.

On voit donc, par ce qui précède, que la pellagre est une maladie des plus graves, et que non-seulement elle conduit à la folie, qui est une mort intellectuelle, mais qu'elle conduit même presque fatalement à une mort réelle, en faisant passer par des maux horribles. On peut donc la regarder comme un des grands fléaux qui ont sévi sur l'humanité depuis un siècle.

Quant à l'anatomie pathologique de la pellagre, elle est bien peu avancée ; le plus grand nombre de pellagreux morts n'a pas été examiné, et les autopsies dont nous possédons la relation ne permettent pas d'en donner, à l'heure qu'il est, une description. Dans quelques-

unes faites en France, on a regardé, il est vrai, tous les organes principaux, mais sans y découvrir des lésions qui, mises à côté des symptômes, pussent fournir un ensemble avec l'harmonie que nous trouvons dans les maladies dont l'étude cadavérique nous paraît sinon terminée, du moins très avancée. On a noté fréquemment un ramollissement de la moelle souvent localisé, et occupant presque exclusivement la substance blanche; mais si l'on considère combien il est difficile de distinguer un ramollissement cadavérique d'un ramollissement morbide, et si l'on ajoute que ces ramollissements de la substance blanche n'ont été accompagnés d'aucun phénomène de paralysie du mouvement ou de la sensibilité, on se demande quelle importance on doit lui accorder. La physiologie expérimentale et l'étude de l'anatomie pathologique, si scrupuleusement faite depuis le commencement de ce siècle, ne nous ont pas habitués à de pareils résultats. A côté de cela, le ramollissement de la muqueuse digestive n'a pas eu plus de succès. Dirons-nous que M. Roussilhe a trouvé le sang pauvre en globules? Ce ne serait, guère nous en apprendre davantage. Nous pouvons donc dire, sans crainte d'être taxé d'exagération, que les connaissances d'anatomie pathologique que nous possédons sur la pellagre se bornent aux lésions extérieures, qui, accessibles à notre exploration pendant la vie, constituent les symptômes de la maladie et ont été décrits comme tels. L'histoire des lésions internes est encore tout entière à faire.

Il nous reste à traiter les deux points les plus importants de la pellagre, et malheureusement les plus obscurs" : l'étiologie et les mesures d'hygiène qui s'y rattachent, puis le traitement.

Les causes qui ont été données comme pouvant produire la pellagre sont l'alimentation par le maïs, l'influence solaire ; la misère, dans laquelle on peut faire rentrer l'insuffisance ou l'altération dans l'alimentation générale et les privations de toute nature. .

Si nous considérons d'abord quels sont les pays envahis par la pellagre, nous voyons que cette maladie ne règne pas partout. Nous la voyons sévir plus particulièrement sur l'Italie, l'Espagne, le midi de la France et quelques autres provinces ; tandis que nous ne la voyons à Paris que comme une très rare exception. On ne pourra dire qu'elle y soit méconnue; cette objection de M. Landouzy ne saurait être admise. Il suffit de rappeler que presque tous les dermatologistes de Paris en ont vu des exemples envoyés ou amenés à Paris par des médecins de province, et que plusieurs d'entre eux ont même donné la relation des faits qui se sont présentés de loin en loin. A cela nous ajouterons que de jeunes médecins, ayant fait leurs études à Paris, mais familiers avec cette maladie qu'ils avaient pu étudier dans leur pays natal, ont fait de la pellagre le sujet

de leur thèse inaugurale, sans pouvoir en rencontrer à Paris. L'attention ainsi éveillée n'aurait certes pas laissé passer inaperçus les faits de pellagre qui se seraient développés à Paris : aussi nous croyons-nous en droit d'affirmer que cette maladie ne règne pas à Paris. Le soin que nous mettons à démontrer ce fait pourrait sembler puéril, s'il ne servait de base à l'examen de Pédologie de la pellagre.

Une maladie ne peut en effet rester confinée dans un endroit que pour deux raisons : la première, parce qu'elle y. est produite et entretenue par des causes tenant à la localité ; la seconde, parce qu'il s'agirait d'une maladie contagieuse dont la sphère d'action n'aurait pas encore pris une grande extension. Eh bien ! la pellagre n'est pas contagieuse : la plupart des observateurs sérieux l'ont nié formellement. Ils ont fort bien remarqué que parmi les populations pauvres où sévissait cette maladie, jamais ni le curé, ni le médecin, ni le notaire, ni les agents du gouvernement qui vivent au milieu des pellagreux, ne la contractaient.

C'est pourquoi Facheris, en réfléchissant à ce fait si constant, disait :

Qu'est-ce qu'une maladie contagieuse qui respecte les rangs et les conditions sociales?

Buniva s'inocula lui-même, et inocula à plusieurs personnes de la salive, du sang de pellagreux, et môme de la matière qui suintait des fissures existant sur les portions malades de la peau. Il n'obtint jamais rien de ces inoculations.

Le dilemme que nous avons posé plus haut place donc nécessairement la misère et ses dérivés dans la catégorie des causes prédisposantes : c'est sous ce titre que nous l 'étudierons plus tard.

Il n'en est pas de même de l'action du maïs. La zone où. se voit la pellagre est comprise entre le U2C et le /i6e degré de latitude. On sait déplus qu'à ce niveau, le maïs commence à ne plus avoir ses qualités normales, et si au-dessous de cette zone il mûrit parfaitement, au-dessus il n'en est plus de même, et il semble devenir plutôt une plante fourragère qu'une véritable céréale. Aussi n'est-il pas étonnant que l'attention ait été portée tout de suite sur le maïs comme cause de pellagre. Le docteur Balardini, qui le premier a pensé que la cause de la pellagre était le maïs altéré, s'appuyait sur ces données : « La pellagre n'est pas une maladie ancienne, c'est de nos jours et peu de temps après l'introduction et la généralisation du maïs, qu'elle s'est manifestée et propagée. Cette affection sévit avec fureur, et d'une manière générale, dans toutes les provinces de la grande vallée du Pô, où le maïs est devenu une nourriture générale et exclusive du paysan. La pellagre n'existe pas dans quelques pays,

et même dans une province entière de l'Italie supérieure, la Valteline, où régnent à un degré égal, et supérieur même, les autres causes et influences qui, à l'exclusion du blé de Turquie, sont accusées de produire la nouvelle maladie.

Or, le maïs, dans ces endroits, est cultivé en très petite quantité, et l'on en use encore moins. La maladie épargne ceux qui se nourrissent d'autres aliments, et cesse entièrement si l'économie .n'a pas été atteinte trop profondément chez ceux qui discontinuent l'usage du pain et de la polenta de maïs, pour se nourrir d'un autre genre d'aliments. La maladie du blé de Turquie, altération du grain dite vcrtde-gris, produite par une maturité imparfaite, est assez commune chez nous, dans les contrées froides, pour qu'on considère le maïs comme exotique dans nos climats, tandis qu'il est indigène dans les régions les plus chaudes. Cette altération ou maladie, favorisée par l'humidité et modifiée parles qualités physiques et chimiques, le rend acre et propre à causer une certaine forme de maladie. Cette altération consiste dans un véritable, champignon propre au maïs (Sporisorium du maïs). » Ces conclusions, bien qu'adoptées incomplètement par le congrès scientifique de Milan, l'ont été entièrement par M. Th. Roussel, qui a étudié l'affection dans le pays môme et a examiné trois mille pellagrcux.

Déplus, on peut y ajouter le témoignage de la plupart des médecins italiens.

Le docteur Guiseppe Azzaroli, à Monte Grimano, assure que le développement de la pellagre y a coïncidé avec l'introduction de la culture du maïs, il y a cinquante ans à peine. Cette action du maïs, comme cause de la pellagre, est acceptée également en Italie par Girolani, Tintori, Francesco Rartolucci, Rrucci, Cassiano Tozzoli, Gambari, Galloni, etc. De son côté, le docteur Guizzardi a fait observer qu'à Mercatello il n'y a pas de pellagre, et qu'on y fait usage du maïs d'une façon très restreinte. En France, cette opinion est soutenue énergiquement par M. Costallat. De son côté, M. Pons (de Bazas) a fait voir que des paysans très misérables des Landes, ne mangeant pas de maïs parce qu'ils n'avaient pas de quoi en acheter, et se nourrissant de pain que leur donnaient leurs maîtres, n'ont pas eu la pellagre pendant que leurs voisins moins pauvres en étaient atteints. M. Gazailhan (de Biscarrosse) se range également à cette opinion. En présence d'arguments si puissants, nous disions dernièrement dans un rapport au comité d'hygiène sur les travaux de M. Costallat : « Si quelques faits exceptionnels, dont l'origine et surtout la nature ne sont pas à l'abri de toute contestation, ont été établis, il n'en reste pas moins certain que la pellagre n'existe que dans les pays à maïs, et qu'elle ne sévit que sur des individus qui s'en nourrissent princi-

paiement. » Faut-il enfin rappeler l'observation du docteur Nardi, de ce paysan atteint de pellagre, qui s'en guérit trois fois quand il rentrait domestique à Milan, et la reprenait aussitôt en arrivant dans son pays. Bien plus, le malade de M. Brierre de Boismont atteint de pellagre héréditaire en fut débarrassé tant qu'il voyagea, et n'en fut atteint de nouveau que quand il fut rentré dans son pays.

Le verdet, verderame ou vert-de-gris, est un parasite dont le siège est facile à trouver. Il occupe toujours le sillon oblong du. grain. D'après Balardini et M. Gh. Robin, il se compose de spores unicellulaires, sphériques, brunes, à surface lisse, à contenu homogène, toutes larges de 0mm,00i à 0mm,006. C'est le Sporisorium maydis du baron Cesati, le Reticularia ustilago de Linné, la quatrième espèce du charbon maïs de M. Bosc, VUstilago carbo de M. Tulasne. C'est une affection tellement fréquente, qu'il faut avoir choisi et conservé le grain d'une manière toute particulière, pour qu'il n'en soit pas atteint. Depuis M. Jules Kuhn, il y aurait dans le verdet, non pas une seule espèce de champignons vénéneux, mais plusieurs.

Pour qu'un poison acquière la propriété de manifester son action, il faut que l'individu qui y est soumis soit dans certaines conditions. Nous savons bien que dans les pays à pellagre l'aisance est une sorte de protection.

En opposition aux fervents défenseurs de la théorie du maïs altéré, d'autres médecins, et des plus distingués, ne regardent pas la pellagre comme une maladie ayant une cause spécifique. L'un d'entre eux, M. Landouzy, après avoir établi que la pellagre était épidémique ou sporadique suivant les localités, en est venu jusqu'à prétendre que si dans d'autres on ne l'observait pas, on devait en accuser l'esprit humain qui ne trouve pas ce qu'il ne cherche pas, et que l'attention une fois éveillée sur ce sujet, on en trouvera à Paris comme à Reims.

C'est un devoir pour nous d'examiner cette question sous toutes ses faces. D'abord est-ce bien la pellagre que M. Landouzy observe à Reims? Nous l'admettons sans hésiter; et si nous n'avons pas vu nousmême les malades, nous regardons le fait comme suffisamment prouvé, tant par les descriptions de M. Landouzy que par la confirmation qu'en donnent les nombreux médecins qui les ont vus. Nous ne partageons pas à ce sujet l'opinion de M. Costallat, qui prononce du fond des Landes, que les malades de Reims sont atteints d'acrodynie, et non de pellagre, et qu'il est inutile d'aller vérifier sur les lieux ce diagnostic fait à une distance de deux cents lieues.

Quant au second point, nous nous écartons de M. Landouzy. La circonscription de la maladie nous semble un fait très important pour l'étiologie, et nous ne répéterons pas à ce sujet ce que nous disions quelques pages plus haut. Nous nous rangeons à une opinion émise

par M. Constantin Paul, qui a eu l'extrême obligeance de se rendre à Reims sur notre invitation, et dont le témoignage éclairé nous inspire toute confiance.

De ce que les malades de Reims n'ont pas mangé de maïs, enrésultet-il que le verdet ne soit pas la cause de la pellagre ? Non.

Ce qui est dangereux suivant les défenseurs de la théorie du verdet, ce n'est pas le maïs, mais bien le verdet. Reste à savoir si les pellagreux de la Marne n'ont pas mangé d'autres céréales que le maïs altéré par des parasites. M. le professeur Rouchardat incline à cette explication très plausible.

Le verdet n'est pas un champignon spécifique particulier au maïs. Il a été rencontré, nous le savons, des parasites analogues ou peutêtre même identiques avec le verdet dans ces céréales, et.ces altérations ont donné lieu à une maladie qui ressemble beaucoup à la pellagre, si elle n'est la pellagre elle-même.

Les objections de M. Landouzy à cette opinion ne l'ont pas détruite, et nous croyons que c'est la théorie qui ressort des travaux publiés jusqu'à présent. Du reste, cette question vient d'être proposée par l'Académie des sciences à l'étude de tous les médecins, et un prix de 10 000 francs doit récompenser celui qui y apportera le plus d'éclaircissements. Il est donc probable que nous allons bientôt posséder sur ce sujet des matériaux précieux, et le temps s'approche sans doute où nous serons tout à fait fixés à cet égard. ,

En dehors du maïs altéré, on a signalé d'autres causes dont le rôle paraît aujourd'hui bien défini : c'est ainsi que la misère doit être regardée comme la condition qui favorise l'action spécifique du maïs, si bien que les gens dont les fatigues sont modérées et la réparation suffisante y échappent sûrement. Nous savons bien qu'autrefois on lui avait attribué une importance plus grande, et que la pellagre s'appelait mal de misère. Enfin, un observateur français, M. Gazailhan, lui attribue une telle importance comme cause prédisposante, qu'il en fait, non une règle avec ses exceptions, mais une véritable loi étiologique.

Quant au soleil, on l'avait aussi accusé de produire à lui seul la pellagre: on disait mal delsole; on ne le regarde plus aujourd'hui que comme une cause occasionnelle qui fait apparaître l'éruption sur les parties découvertes et exposées à l'action intense des rayons solaires. M. G. Hameau a bien fait voir que l'on ne trouve jamais l'éruption que sur les parties de la peau non couvertes par les vêtements ; il cite même le cas d'un pellagreux qui, ayant recouvert ses mains avec des mitaines, vit l'éruption apparaître sur les parties des doigts restées à nu. Gherardini a fait des expériences décisives : il a fait exposer au soleil différentes parties du corps, et c'est sur ces «parties qu'a eu lieu

l'érythème. Enfin, Strambio, de son côté, a montré qu'on peut éviter l'éruption pellagreuse en restant à l'ombre, et qu'on n'en était pas pour cela exempt de pellagre.

L'hérédité delà pellagre est admise parla généralité des médecins. Ce fait seul doit appeler au plus haut degré l'attention des hommes voués au soulagement de leurs semblables.

Il se lie intimement à l'histoire de l'abâtardissement des races et à la dépopulation de certaines contrées.

Ce fléau, qui tend à s'accroître et qui se montre rebelle à la thérapeutique d'une façon si constante, ne peut être combattu avec succès que par l'hygiène publique. Les pellagreux n'apportent, pas en naissant la maladie, mais ils paraissent puiser dans l'hérédité des conditions pathologiques qui prédisposent à la pellagre, qui les placent sous une influence morbide où la maladie les atteint plus facilement que tout autre individu, ou enfin, lorsqu'elle les atteint, elle se montre plus grave et plus tenace.

Les observations des docteurs Ghiotti et Longhi, rapportées par Calderini, offrent une importance réelle, en ce qu'elles prouvent que la pellagre tend à se perpétuer, à s'étendre et à s'aggraver dans les familles qu'elle a attaquées. Ainsi, sur un total de 184 familles offrant des individus atteints de pellagre héréditaire, et se composant de 1319 membres, ces médecins ont trouvé 671 ^individus sains et 648 pellagreux. L'hérédité suit ici les mômes lois que dans les autres maladies transmissibles.

Calderini dit que la transmission a lieu plus souvent par la mère que parle père, et M. Landouzy, que les enfants n'héritent de l'imminence morbide que si les parents avaient des manifestations pellagreuses au moment de la conception.

Le pronostic de la pellagre est des plus graves, la terminaison en est presque constamment fatale. Strambio regarde la pellagre confirmée comme incurable. Les observateurs français sont un peu moins alarmistes, et espèrent en guérir quelques cas. On a vu, par exemple, des cas datant de treize années, offrir une amélioration graduelle, et tout fait espérer que l'on en verra survenir la guérison.

Le traitement de la pellagre est encore peu avancé. La médication par les eaux sulfureuses, que M. Verdoux père employa la première fois à Labassère, n'a pas donné tout le succès qu'on lui avait attribué d'abord. On en est donc réduit à une médecine de symptômes qui ne donne ici comme ailleurs que du soulagement.

Le traitement prophylactique est celui qui, suivant nous, a le plus d'avenir et rendra le plus de services; il a sur l'autre toute la supériorité qui élève le médecin des populations au-dessus du médecin des individus.il consiste à mettre les gens dans les meilleures conditions

2ZiO PELLAGRE.

hygiéniques possible, pour les rendre moins aptes à subir l'influence des causes spécifiques. Quant au maïs, il consisterait, suivant M. Costallat, à prendre le grain au moment de sa récolle, de le passer au four par le procédé Bourguignon, et d'en conserver la farine avec soin. M. Grouvelle a dressé les plans d'un four aérolherme qui permettrait de chauffer rapidement une grande quantité de grains de maïs, de la dessécher en emportant l'eau en vapeur avec l'air en roulement, et d'entretenir le four à une température fixe. Une exposition d'une heure et demie et deux heures au plus à une température de 150 à 180 degrés suffirait pour que le maïs fût parfaitement torréfié.

Au point où en est la question scientifique de la pellagre, nous pensons qu'il n'est pas possible de rejeter ou de différer l'expérimentation proposée par M. Costallat pour prévenir le développement du verdet; et nous désirons de grand cœur voir se réaliser sur ce point les espérances de ce médecin dévoué, qui débarrasserait ainsi des populations entières d'un des fléaux les plus graves qui sévissent sur certaines contrées.

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PENITENTIAIRE (SYSTÈME). 241

Séances de l'Académie de médecine, 1853. — Cuzenave père, Union médicale, 1853, I. IV, p. 104. — Alaboisselle, Union médicale, 1853, t. IV. — D'une variété de pellagre propre aux aliénés (Maine-et-Loire), par M. Billod (Arch. de méd., mars et suiv., 1858'. — D'une épidémie de pellagre chez les aliénés d'Illeet-V Haine et du Maine-et-Loire, par M. Billod (Société méd. psychologique, 1858). — De la pellagre dans de Bearn, par M. Ducondut (ihèse de Paris, 1858). — Balliadère, Thèse de Paris, 1859. — De la pellagre sporadique, par M. Landouzy, 1860. — Eliologie et prophylaxie de la pellagre, par M, Coslallat, 1860. — Pellagre de la haute Italie, par M. Boudin (Annales d'hygiène, 1861, t. XV, p. 5). — De la pellagre, influence du maïs altéré, etc. (Annales d'hygiène, 1861, t. XV, p. 429). — Les pellagreux de la Marne à Reims (Gazette des hôpitaux, 1861). — Deuxième leçon sur la pellagre, par Landouzy {Union médicale, 1861).

Voy, Épiphyties, Maïs, Pain, Subsistances.

PÉNITENTIAIRE (Système). — Les systèmes pénitentiaires, au point où les a amenés le progrès de la civilisation, sont entrés dans le domaine de la science. Le moraliste et le politique n'ont pas seuls à s'en occuper ; l'hygiéniste et le médecin interviennent avec autorité et profit dans leur étude. On comprendra que nous donnions à celleci tous les développements que comporte l'importance du sujet.

Jusqu'au moment où la révolution française éclata, la peine de mort, avec toutes les variétés de son application, embrassait cent quinze cas différents, et les crimes et délits qui échappaient au dernier supplice étaient punis de la mutilation d'un membre, de l'empreinte du fer rouge, delà section de la lèvre ou de la langue, etc. Ce fut l'Assemblée constituante qui, réalisant un vœu émis par Louis XVI dans la célèbre déclaration du 23 septembre 1788, par laquelle il convoquait les États généraux, et obéissant aux instructions de tous les bailliages du royaume, mit fin à cette justice barbare, en décrétant, en 1791, qu'après la peine capitale, qui ne devait plus être que la simple privation de la vie, sans aggravation, sans torture, il n'y aurait plus qu'une seule peine, l'emprisonnement. Cette mesure, qui fait honneur à l'illustre assemblée qui a su l'accomplir, était empreinte tout à la fois d'une grande humanité et d'une grande sagesse. Elle introduisait un élément tout nouveau dans notre droit criminel, et fondait un système pénal basé sur l'amendement du coupable et la possibilité de sa réhabilitation. Jusquelà, le législateur n'avait envisagé la peine que sous deux points de vue; il la voulait inflictive et exemplaire : inflictive pour que le crime se rachetât par l'expiation; exemplaire, pour étouffer au dehors la pensée du mal dans son germe. Le principe unique de sa législation pénale était de châtier le corps; aux divers degrés de tourments qui lui étaient infligés, on mesurait les salutaires effets de l'intimidation. Mais on ne songeait nullement à prémunir, en outre, la société par

TAliDIEU. — DICT. D'HïG. T. III. 16

l'amendement du coupable, contre les conséquences menaçantes

pour elle de sa libération.

Tout en faisant de la peine de l'emprisonnement la base de notre système répressif, l'Assemblée constituante avait en même temps jugé nécessaire de la varier, tant par la durée que par le mode d'exécution, de manière à la proportionner aux faits auxquels elle devait se rapporter. C'est dans cette pensée qu'elle créa les bagnes, les maisons de force et les maisons de correction. Ces trois ordres d'établissements constituèrent longtemps à eux seuls tout notre système pénitentiaire ; mais dans ces dernières années, sous l'influence d'idées de réformes dont nous aurons plus tard à discuter la valeur et l'importance, la classification établie par le Code pénal entre les diverses peines a subi une profonde modification. D'une part, à l'emprisonnement collectif auquel étaient soumis indistinctement tous les détenus dans nos anciennes prisons, on a substitué, en partie du moins, l'emprisonnement individuel, et, d'autre part, l'emprisonnement dans les bagnes a été remplacé par l'emprisonnement dans des colonies pénales. De ces modifications apportées à notre système pénitentiaire, ii résulte que la question capitale de nos jours est la question comparative des divers modes de détention, considérés au point de vue de leur influence sur la santé physique et morale des détenus. Aussi les hommes les plus éminents dans la magistrature, dans la politique, dans l'administration, dans la science, en ont-ils fait l'objet de leurs méditations et de leurs études. C'est à elle que nous devons spécialement consacrer .cet article dans lequel nous examinerons successivement les maisons d'emprisonnement en commun^ les prisons cellulaires et les colonies pénales.

liaisons «reinns'isonnenient eu commun.— Laissées longtemps dans l'état d'abandon le plus complet, les prisons, au dire des historiens, n'avaient pas cessé d'être, depuis les temps les plus reculés, de véritables foyers d'insalubrité et d'infection. Vers la fin du dernier siècle, elles offraient encore le spectacle le plus hideux et le plus repoussant. Dans un rapport officiel adressé au conseil des Cinq-Cents, un chef de bureau de la première division de l'intérieur en faisait le tableau suivant : « Dans presque tous les départements, les prisons, restes impurs de l'ancienne féodalité, sont des lieux infects, de véritables cloaques, des antres immondes-, sans air, sans étendue, où les rayons du jour ne pénètrent qu'avec peine, où les prévenus et les condamnés, où les femmes, les hommes, où les vieillards comme les enfants, sont entassés sur un fumier pourri, où ils languissent consumés par la misère, la famine et le désespoir, et d'où ceux qui y sont entrés -innocents, ou coupables de délits légers, ne peuvent sortir qu'avec le germe de maladies incurables et la propension la plus

forte aux crimes de. toute espèce avec lesquels ils n'ont eu que trop le temps de se familiariser. » A ce tableau déjà si sombre nous devons ajouter encore que les détenus couverts de vêtements qui bientôt tombaient en lambeaux, et qui étaient presque toujours insuffisants pour les garantir du froid, recevant une nourriture rare et parcimonieuse, que dans beaucoup de lieux ils ne tenaient que de la charité publique, ne tardaient pas à être en proie aux maladies les plus graves ; aussi. la mortalité, dans les prisons, était-elle arrivée-à un chiffre véritablement effrayant. Ce point de départ signale suffisamment tous les progrès obtenus depuis cette époque. Après la révolution, les diverses lois qui avaient décrété la réforme des prisons ne purent pas être exécutées, et les choses restèrent dans l'état où elles étaient auparavant.

Ce fut le gouvernement impérial" qui fit le premier pas dans la voie indiquée avec une si haute prévoyance par l'Assemblée constituante. Le décret du 16 juin 1808, qui établit les maisons centrales, ramena les maisons d'arrêt et de justice à leur vraie destination en les débarrassant d'une population qui ne devait pas y trouver place. En même temps, des quartiers supplémentaires, destinés aux condamnés à moins d'un an, étaient ajoutés aux maisons d'arrêt et de justice. En 1811, conformément à une prescription formelle de la loi qui voulait que les prévenus fussent renfermés dans les maisons d'arrêt, les condamnés pour simples délits dans des maisons de correction, les condamnés à la réclusion dans des maisons de force, et les forçats dans les bagnes, on s'occupa de classer les détenus des maisons centrales d'après la nature de la condamnation et les différences d'âge ou de sexe; toutefois il ne paraît pas qu'on fût arrivé sur ce point à de grands résultats.

Sous la restauration, le régime des lieux de détention éprouva, sous le rapport matériel, de grandes améliorations. Une ordonnance rendue en 1819 institua une Société royale des prisons, ayant pour mission d'indiquer les changements qui, à tous égards, lui paraîtraient utiles ; de dresser les règlements sur lesquels devait être assise la constitution intérieure de ces établissements, et de recueillir tous les renseignements propres à assurer de toutes parts l'uniforme application des mêmes principes. Cette Société se mit à l'œuvre avec une louable ardeur, déchira le voile qui couvrait la plus hideuse, mais la plus secrète de nos plaies, signala les nombreux abus qui existaient, et indiqua les moyens d'y mettre un terme.

Les investigations auraient plus particulièrement porté sur la situation matérielle de nos prisons. Les maisons centrales qui étaient directement sous la main de l'administration furent les premières à en ressentir les effets. Elles furent assainies; l'air, l'espace, furent

îlxk PENITENTIAIRE (SYSTÈME).

donnés aux prisonniers ; les dortoirs , les ateliers, reçurent une distribution qui rendait la surveillance plus facile; le travail fut mieux organisé ; la nourriture devint plus saine et plus abondante ; la séparation des sexes fut exigée. Les maisons départementales, sur lesquelles le gouvernement avait moins d'action, ne participèrent aux mêmes avantages que lentement et dans la mesure de l'attention qu'y apportaient les conseils généraux. La plupart des améliorations qui furent alors adoptées avaient une utilité incontestable ; mais, il faut le dire, elles eurent pour conséquence d'accroître le bien-être des détenus dans les conditions physiques d'existence, au point d'ôter à la répression toute son efficacité. Il y avait là un danger sérieux contre lequel fut dirigée l'ordonnance du 10 mai 1839, qui établit dans les maisons centrales une discipline plus sévère, et décréta le silence au dortoir, à l'atelier, au réfectoire, à la chapelle, n'exceptant que les cas de nécessité absolue pouvant se rattacher à l'exécution des travaux et au service intérieur de la prison. En outre, cette ordonnance, due à l'administration de M. de Gasparin, ne permet plus aux prisonniers de communiquer entre eux à l'aide d' un argot ou d'une langue particulière, et, de plus, réduisit les cantines, cette occasion de désordres de toutes natures, à ne plus fournir aux détenus que du pain de ration, des pommes de terre cuites à l'eau, du beurre et du fromage, proscrivant d'une manière absolue l'usage du vin, de la bière, du cidre, des liqueurs fermentées et du tabac. Ces dernières mesures furent rendues plus rigoureuses encore par une ordonnance royale du 27 décembre 1843, établissant des' catégories pénales, et qui, en réduisant la portion de salaire afférente aux condamnés sur leur pécule, les placent dans l'impossibilité de se procurer, à la cantine, un supplément à la nourriture administrative. Leur application faite préalablement à toute modification favorable dans le régime ordinaire des détenus, produisit un surcroît de mortalité qui détermina les instructions données, le 5 juin 1844, à MM. les inspecteurs généraux, à l'égard des améliorations alimentaires que pouvait nécessiter, dans les maisons centrales, la réduction considérable dont le pécule s'était trouvé frappé par l'ordonnance du 27 décembre. D'après ces instructions, il était enjoint aux inspecteurs des maisons centrales, partout où cette disposition n'était point encore adoptée, d'y organiser des distributions de pain et de les fractionner convenablement; de renfermer enfin la consommation de tous les aliments dans les réfectoires mêmes, autant, toutefois, que les dispositions locales se prêteraient à celte mesure d'ordre, dont l'influence sur la santé générale des détenus ne pouvait demeurer douteuse.

Tel est l'ensemble des actes législatifs et administratifs qui ont apporté, dans la situation matérielle des prisons, des améliorations

si importantes, quoique incomplètes encore à tant d'égards. Nous citerons plus loin un rapport adressé à l'Empereur par M. le ministre de l'intérieur de Persigny, en 1861, où se trouvent énumérés les progrès sérieux réalisés dans ces derniers temps.

Les maisons de détention sont, en général, mai situées. La plupart d'entre elles ne sont autres que d'anciennes abbayes ou d'anciens édifices qui, pour être appropriés à leur nouvelle destination, nécessitèrent des constructions supplémentaires qui, souvent, vinrent ajouter encore à l'insalubrité de l'emplacement. C'est ainsi que les murs de ronde très élevés dont on les a entourées, s'en trouvent presque toujours trop rapprochés, que les moindres emplacements disponibles ont dû, pour satisfaire aux besoins des différents services, et en particulier à ceux de l'industrie, être convertis presque partout en passages couverts, en corridors obscurs, en magasins encombrés. Il n'est pas jusqu'à leur entourage qui ne soit devenu fort souvent insalubre par le voisinage de certaines industries, de dépôts d'immondices, d'abattoirs d'animaux, d'amas de fumier, d'eaux stagnantes, et même de cimetières.

On compte en France 25 maisons centrales de force et de correction, 393 maisons départementales d'arrêt et de justice, dont 8 dans le département de la Seine, 58 établissements d'éducation correctionnelle, et près de 3000 prisons cantonales. Ce chiffre, quelque considérable qu'il paraisse, n'est pourtant point en proportion suffisante avec celui des détenus qui s'élève à plus de 100 000. De cette disproportion résulte, pour presque toutes nos maisons de détention, un encombrement nuisible à la santé des prisonniers, et, pour la plupart d'entre elles, l'inexécution des prescriptions légales et réglementaires concernant la séparation des diverses catégories de détenus.

Le régime alimentaire se compose d'une soupe matin et soir, d'un plat de légumes secs chaque jour, et d'un régime gras deux fois la semaine. Il suffit à la masse des détenus; du reste, l'administration, usant d'une tolérance utile, permet à ceux qui travaillent et à ceux dont la constitution est détériorée, de se procurer supplémentairement des rations de viande et même une faible ration de vin.

Une mesure déjà mise en pratique dans plusieurs maisons centrales, et qui devrait être généralisée, serait de faire manger les détenus dans des réfectoires. Elle permettrait de leur ôter la faculté de conserver une partie de leurs aliments pour la consommer ensuite à leur gré, ou la jouer, comme ils le font souvent, et de leur accorder le pain à discrétion pendant le repas.

('Cette innovation, fait observer avec raison Ferrus, donnerait lieu évidemment, par la régularité qu'elle apporterait dans le régime, aune

amélioration hygiénique, sans constituer matériellement pour l'administration une surcharge sensible, car si la ration actuelle estinsuifisante pour un certain nombre de personnes, les autres, ainsi que l'expérience l'a démontré'dans plusieurs essais analogues, n'arriveraient pas à l'atteindre, et la différence des besoins et des appétits laisserait, à peu de choses près, la consommation dans les limites où elle est aujourd'hui renfermée.»

L'entretien des vêtements des prisonniers laisse beaucoup à désirer, tant sous le rapport des réparations que sous celui de la propreté. Le cahier des charges des maisons centrales dit, article 22, que : «Le vêtement sera renouvelé tous les deux ans, à partir du jour où il aura été délivré. » Et plus loin : «On pourra pourtant se dispenser de remplacer les effets qui, après deux ans d'usage, seront assez bien conservés et entretenus pour rester plus longtemps en service. » Abusant de cette restriction additionnelle, les entrepreneurs s'efforcent de prolonger autant qu'ils le peuvent la durée des vêtements, et attendent souvent pour les renouveler qu'ils tombent en lambeaux. Il en résulte que les prisonniers, mis ainsi dans l'impossibilité de lutter contre l'effet des variations atmosphériques, contractent avec une extrême facilité des affections catarrhales, soit de l'appareil digestif, soit des poumons.

L'usage salutaire de faire baigner les arrivants est maintenant introduit dans toutes les prisons. II. est regrettable que le bain de propreté ne soit encore donné qu'exceptionnellement dans les établissements les mieux dirigés, et que partout ailleurs il ne puisse être accordé qu'aux détenus atteints d'une affection cutanée ou dévorés par la vermine.

A défaut de bains, on peut du moins exiger des prisonniers qu'ils se lavent le visage chaque matin et les mains plusieurs fois dans la journée et après le travail. Cette contrainte tend à les corriger peu à peu d'une malpropreté pour ainsi dire innée, et dans laquelle ils ont une tendance si prononcée à se maintenir.

En général, les prisons ne sont pas aussi bien tenues qu'elles devraient l'être. Le plus sûr moyen d'arriver à inspirer aux détenus la propreté sur leurs personnes, serait certainement de la faire régner dans les lieux qu'ils habitent. Pourquoi n'y introduirait-on pas les habitudes régulières, la discipline de nos casernes ? Pourquoi ne punirait-on pas rigoureusement toute infraction à la bonne tenue des dortoirs et des ateliers ? Pourquoi enfin ne soumettrait-on pas les prisonniers, comme nos soldats, à des visites 'individuelles? La salubrité générale ne pourrait qu'y gagner, le moral des détenus ne manquerait pas d'en recevoir une salutaire influence.

Les lits consistent en un matelas, un traversin, une couverture de

laine et une paire de draps qui, d'après les règlements, devront être changés tous les mois, ce qui n'a pas toujours lieu. D'un autre côté, la négligence apportée dans le cardage et l'entretien des matelas finit par les rendre d'une dureté insupportable. Dans une inspection faite à la maison centrale d'Haguenau, Ferrus a constaté que, par suite de cette négligence, les matelas étaient tombés dans un tel état de détérioration, que les femmes détenues étaient obligées de réunirau milieu de leur couche la petite quantité de laine tamponnée et agglomérée que le matelas contenait encore, afin de préserver leurs reins pendant le sommeil d'une compression trop douloureuse ou d'un refroidissement dangereux. Un pareil état de choses ne saurait se justifier par la raison d'économie, et le déchet que peut faire subira la laine l'opération du cardage ne saurait entrer en ligne de compte avec l'inhumanité qu'il y aurait à forcer des détenus qui travaillent et ont besoin de leurs forces à coucher sur des grabats qui leur ren* draient impossible un sommeil réparateur.

Les dortoirs sont toujours trop petits pour le nombre de détenus qu'ils contiennent. Il y a à cela des inconvénients sérieux : d'abord les lits se trouvent trop rapprochés les uns des autres, et facilitent ainsi, sans que la plus active surveillance puisse toujours s'y opposer d'une manière efficace, les conversations clandestines et le scandale d'un commerce honteux ; ensuite l'air, n'étant pas suffisamment renouvelé, ne tarde pas à se vicier et à se corrompre. Cette cause d'insalubrité se trouve encore augmentée, dans la plupart des prisons, par l'odeur infecte qui se dégage, soit des lieux d'aisances, soit des baquets qui les remplacent, et qu'on laisse séjourner dans les dortoirs pour y recevoir les excréments de la nuit.

L'ordonnance de 1810, en créant les maisons centrales, avait décidé en même temps que le travail y serait introduit. Cette mesure, étendue depuis à toutes les maisons de détention, a été féconde en résultats utiles. Elle a détruit dans les prisons l'oisiveté, et est devenue même, de tous les moyens de moralisation, celui que l'expérience a proclamé le meilleur. Le travail, par le salaire qui en est la récompense, ne devait pas avoir pour seul effet de moraliser le prisonnier, il a encore servi à adoucir son état actuel et à lui préparer pour l'avenir de salutaires ressources. Depuis l'ordonnance du 27 décembre 1843, la part de salaire qui revient à chaque détenu est fixée ainsi qu'il suit :

« A partir du 1er avril 1844, la portion accordée sur le produit de leur travail aux détenus des maisons centrales de force et de correction sera, savoir :

» De 3 dixièmes pour les condamnés aux travaux forcés;

» De 4 dixièmes pour les condamnés à la réclusion;

» De 5 dixièmes pour les condamnés à l'emprisonnement de plus d'un an.

» Des retenues totales ou partielles sur le pécule pourront être prononcées par arrêté du préfet, soit à titre de punition individuelle, soit pour assurer la réparation du dommage causé :

» 1° Contre les condamnés qui se seront rendus coupables d'infraction à la discipline ;

» 2° Contre ceux qui auront commis des dégâts au préjudice du trésor, de l'entreprise générale du service, des fabricants ou de toute autre personne, ou qui n'auront pas accompli leur tâche de travail.

» Le pécule des condamnés sera divisé en deux parties égales : l'une sera employée à leur profit pendant leur captivité, par les soins de l'administration; l'autre sera mise en réserve pour l'époque de leur sortie. »

Un arrêté du 25 mars 1854 a permis d'accorder des dixièmes supplémentaires à ceux des condamnés qui en sont jugés dignes par leur bonne conduite et leur assiduité au travail. Dans aucun cas, le condamné ne peut obtenir plus .de 6 dixièmes sur le produit de son travail.

Le travail est obligatoire pour tous les détenus. Dans les maisons centrales, c'est le directeur qui est chargé de prononcer sur les catégories de travailleurs et de s'entendre avec les entrepreneurs ou les sous-traitants des différentes industries qui y sont admises.

Dès leur arrivée et avant toute formalité de classement, les con^damnés ont à subir, aux termes des règlements, la visite du médecin ou du chirurgien, qui formule son opinion sur l'état de leur constitution ou de leur santé.

L'inspecteur s'occupe ensuite de leur répartition individuelle clans les ateliers. Si le condamné s'abstient de réclamer auprès de l'administration à l'égard de la taxe qui lui a été assignée, son classement est considéré comme définitif; s'il allègue, au contraire, une raison d'impuissance physique pour obtenir ou une réduction sur la taxe, ou son appropriation à une autre industrie, on l'assujettit à une nouvelle visite médicale, et alors, selon que sa réclamation semble ou non fondée, son classement est maintenu ou sa transmutation effectuée.

On comprend quel soin extrême exige une telle classification, puisque toute erreur d'appréciation, en faisant imposer au détenu une tâche au-dessus de ses forces, doit provoquer inévitablement le délabrement de sa constitution, l'affaiblissement de son pécule, l'application de punitions imméritées, et, par suite, un découragement profond qui doit rendre sa moralisation plus difficile.

Ferrus, dont l'excellent travail sur les prisons nous a fourni une grande partie des détails qui précèdent, s'empresse de reconnaître que les inspecteurs des maisons centrales, dans la détermination des taxes de travail, s'efforcent d'ordinaire de rester un peu en deçà de la limite que l'ouvrier détenu est en mesure d'atteindre, afin qu'il puisse la dépasser et accroître son pécule disponible des produits du travail supplémentaire. « Seulement, fait remarquer avec raison Ferrus, on n'a point assez envisagé que la santé des détenus se détériorant progressivement par le séjour dans la prison, la fixation de la taxe, quoique modérée au début, finit par excéder les forces de la plupart des travailleurs , ce que ne compense pas la plus grande habileté qu'ils acquièrent. »

Un grand nombre d'industries diverses ont pu être introduites dans les prisons ; mais presque toutes , à l'exception de celles qui ont pour objet la menuiserie, la charpente, la marbrure, la corderie, exigent que le travailleur soit assis ou fixe à la même place. C'est là, au point de vue de la santé, une condition défavorable à laquelle vient ajouter encore l'insalubrité des lieux dans lesquels ces industries sont exercées.

Le manque d'espace et d'aération est un défaut qu'on peut reprocher à toutes les prisons. Il existe dans tous les lieux où se réunis senties prisonniers, dans les réfectoires, clans les dortoirs, aussi bien que dans les ateliers. Ainsi, pour ne parler que de ces derniers, M. Lélut a constaté dans la prison du dépôt des condamnés de Paris, pour l'atelier le plus nombreux et le plus fréquenté, l'atelier des ouvriers en chaussons de lisière, que chaque détenu n'avait pas 8 mètres cubes d'air. Dans plusieurs ateliers qu'a inspectés Ferrus, le cubage était descendu à 5, h même à 3 mètres. C'est là une condition fâcheuse que ne compense pas suffisamment l'heure de récréation en plein air, accordée chaque jour aux prisonniers.

Il y a longtemps déjà que M. Villermé, qui , sur cette question comme sur tant d'autres, a ouvert la voie, a demandé que, pour parer aux inconvénients des travaux inactifs et pour compenser au-1 tant que possible l'influence dangereuse de l'emprisonnement par l'effet salutaire d'un exercice forcé, on assignât alternativement aux mêmes détenus plusieurs occupations, qu'on fit. succéder un travail pénible à un travail qui ne l'est pas , un travail qui développe les forces à un travail sédentaire, un travail extérieur ou en plein air à un travail intérieur qui peut s'exécuter en tout temps. C'est dans le même but qu'ont été conseillés, de nos jours, les travaux agricoles. Mais il y a dans toutes ces idées des difficultés d'application qui en ont jusqu'ici empêché la réalisation.

Les punitions le plus fréquemment mises en usage dans les prisons sont :

1° Le peloton de punition. Ce peloton est formé par les détenus qui, pour des infractions légères à la discipline, ne peuvent participer aux repas communs, et n'ont droit qu'à une ration de pain sec qu'ils sont tenus de manger debout dans la salle du réfectoire.

2° L'interdiction de la cantine, c'est-à-dire l'impossibilité de s'y procurer un supplément aux distributions habituelles.

3° La privation de légumes, ce qui réduit le régime journalier des détenus au pain et à la soupe exclusivement.

h° La privation du matelas pendant la nuit.

5° La salle de police, où ils sont renfermés dans les cellules éclairées, avec une ration de pain sec pour tout aliment. '

6" Le cachot ou la cellule obscure, où ils sont couchés sur un lit de camp, sans matelas, n'ayant qu'une simple couverture, et où ils se trouvent privés des rations administratives : le prix du pain, seul aliment qu'ils puissent obtenir, est prélevé sur leur pécule.

7° Les punitions pécuniaires et la réduction de dixièmes.

Ces punitions sont laissées à la discrétion du directeur. Il y a moins peut-être à leur reprocher les sévérités dont elles sont empreintes, que la tendance qu'elles montrent à réduire le condamné par l'abstinence et la faim. Les privations alimentaires peuvent avoir des inconvénients sérieux pour la santé de celui à qui elles sont infligées. L'administration avertie, par les rapports des inspecteurs, des abus qui s'étaient produits à cet égard, a dû y mettre un terme, afin de ne laisser à aucun condamné, quelles que fussent sa position pénale et la gravité de ses fautes, le droit de se plaindre de n'avoir pas une nourriture suffisante.

Toutes les maisons centrales sont pourvues d'une infirmerie à laquelle sont attachés un médecin ou chirurgien et un pharmacien. Les malades des autres prisons sont transportés dans les hôpitaux.

Toutes les questions relatives à la statistique médicale que l'on rencontre dans la constitution des maisons centrales ont été admirablement élucidées dans le beau rapport de M. l'inspecteur général Parchappe, auquel nous ne pouvons nous dispenser d'emprunter quelques faits d'une importance capitale et d'une authenticité absolue.

La comparaison de la mortalité moyenne et de ses variations dans les deux périodes de 1836 à 18i9, et de 1850 à 1855, permet de reconnaître une très notable amélioration de l'état sanitaire des maisons centrales pendant la seconde période.

En effet, la mortalité moyenne a été, pour les deux sexes, dans la

première période 7;44, dans la seconde période 6,28. (Elle est descendue en 1858 à 6,18, et en 1859 "à 5,50.)

La différence réelle est plus grande que celle qui est exprimée par ces chiffres. Dans la période de 1836 à 1849, la proportion de la mortalité appartient aune population qui comprend les jeunes détenus dont la mortalité est beaucoup plus faible que celle des adultes; elle n'appartient dans la deuxième période qu'à une population d'adultes. La proportion de la mortalité pour les jeunes détenus du sexe masculin, dans les maisons centrales de Clairvaux, de Fontevrault, Gaillon etLoos, ne s'est élevée en 1853 qu'à 2,74, c'est-à-dire à moins de la moitié de la mortalité des adultes du même sexe.

De 1850 à 1855, si l'on néglige la mortalité tout exceptionnelle de 41,99 produite par le choléra-morbus en 1854 dans la maison centrale d'Aniane, le maximum de la mortalité ne dépasse pas, pour les hommes, la proportion de 13,72, et, pour les femmes, la proportion de 18,33, atteinte une seule fois dans la maison centrale de Limoges.

Une proportion atteignant ou dépassant 10 sur 100 n'a été en outre observée, pendant cette période, que cinq fois pour les hommes, savoir : Riom, 11,89 en 1852, 11,19 en 1853, 10,00 en 1854; Fontevrault, 11,81 en 1853 ; Limoges, 10,76 en 1852 ; et quatre fois pour les femmes, savoir : Limoges, 13,40 en 1852, 13,15 en 1854, 15,38 en 1855; Montpellier, 10,09 en 1855.

Cette amélioration de l'état sani.taire des maisons centrales depuis quelques années est surtout évidente en ce qui concerne les hommes, dont la mortalité s'est abaissée de 7,79, moyenne de 1836 à 1849, à 6,23, moyenne de 1850 à 1855.

La mortalité moyenne a légèrement augmenté pour les femmes pendant la seconde période.

On avait déjà remarqué, dans le passé, que la mortalité des femmes, primitivement très inférieure à celle des hommes, tendait à lui devenir égale. Dans la période de 1850 à 1855, la mortalité des femmes s'est encore accrue et est devenue un peu supérieure à celle des hommes.

A ce sujet, il y a lieu de remarquer que cette augmentation de la mortalité chez les femmes, de 1850 à 1855, porte principalement et presque exclusivement sur les deux maisons centrales de Haguenau et de Limoges.

Si l'on cherche à apprécier l'influence de l'aération, on constate que les résultats de la comparaison du fait de la capacité des habitations de nuit à la proportion de la mortalité sont peu significatifs, et paraissent môme, à certains égards, contradictoires.

Les avantages ou les inconvénients d'une capacité plus grande ou

plus petite dans les habitations peuvent être considérablement atténués par les conditions plus ou moins favorables de la ventilation. C'est quand l'action des deux conditions essentielles du renouvellement de l'air respirable, la capacité de l'habitation et la ventilation, concourent dans le même sens, que des effets très sensibles peuvent se produire.

Une capacité grande et une ventilation convenable assurent des conditions hygiéniques favorables dans les maisons centrales de Poissy, de Clairvaux, de Nîmes, dont la mortalité est faible.

Une capacité petite et une ventilation insuffisante réalisent des conditions contraires dans la maison centrale de Riom, dont la mortalité est forte.

L'insuffisance de la ventilation neutralise les avantages de la grande capacité des habitations dans les maisons centrales d'Eysses et de Fontevrault.

Les variations de la mortalité sont généralement trop faibles, et les causes qui peuvent l'influencer trop nombreuses et trop variables, pour que l'action de chacune de ces causes puisse très sensiblement et très sûrement se manifester dans les faits communs à un grand nombre de maisons centrales. C'est dans l'étude approfondie des causes exerçant leur influence sur chaque maison centrale, considérée en particulier, qu'il est permis d'espérer, à l'aide du temps, des enseignements très clairs et très positifs.

Plusieurs changements considérables, se rapportant aux conditions les plus importantes de la vie des déténus, et qui ont été simultanément opérés à diverses époques dans les maisons centrales, ont dû certainement influencer l'état sanitaire de ces établissements, et n'ont pourtant pas introduit dans les faits de mortalité le signe évident et caractéristique de leur influence.

La réforme importante qui, par suite de l'arrêté du 10 mai 1839, a imprimé à la peine de la détention un caractère de sévérité plus grande, en imposant aux détenus le silence et en prohibant l'usage du vin et du tabac, n'a pas influencé l'état sanitaire des maisons centrales de manière à donner à leur mortalité un caractère exceptionnel dans l'année 1840, qui a suivi immédiatement l'application du nouveau règlement.

Il y a lieu néanmoins de remarquer d'une manière générale que la persistance de l'état créé par la réforme semble avoir déterminé, à partir de 1840, une augmentation assez sensible de la mortalité, qui s'est maintenue jusqu'à 1848.

Les effets propres à cette influence ont été neutralisés par les effets dus à d'autres causes pendant la période de 1850 à 1855, dont la mortalité est devenue plus faible, bien que le régime disciplinaire ait peu

PENITENTIAIRE (SYSTÈME). 253

à peu repris, depuis 1850, tous les caractères qui lui avaient été donnés par l'arrêté de 1839.

Le relâchement de la sévérité disciplinaire et la cessation du travail paraissent n'avoir pas été sans influence sur-la diminution de la mortalité offerte par les maisons centrales en 1848, 1849 et 1850.

Ce résultat a surtout frappé les esprits, parce que la mortalité faible de ces années succédait à la mortalité très forte de 1847, qui me paraît pouvoir être principalement attribuée à la cherté des subsistances.

Ce qui prouve que la cessation du travail n'a pas eu par elle-même, pour améliorer l'état sanitaire des prisons, l'influence qui lui a été accordée, c'est que la reprise du travail, en 1853, 1854 et 1855, n'a pas sensiblement augmenté la proportion de la mortalité.

Enfin, un changement considérable, la substitution du régime de la régie au régime de l'entreprise, dans un certain nombre de maisons centrales, n'a produit aucune influence notable ni sur l'état sanitaire ni sur la mortalité de ces établissements.

M. Parchappe termine son rapport en résumant, d'une manière générale, les résultats que contiennent les documents statistiques, en ce qui se rapporte à la nature des maladies qui ont motivé l'admission aux infirmeries et qui ont causé la mort, pendant l'exercice 1853, dans l'ensemble des maisons centrales, pour les adultes ; dans les maisons centrales de Clairvaux, Fontevrault, Gaillon et Loos, pour les jeunes détenus du sexe masculin.

Le nombre des maladies qui ont motivé l'admission aux infirmeries s'est élevé à 18 038 pour les adultes des deux sexes (14 027 pour les hommes, 4011 pour les femmes), 1348 pour les jeunes garçons.

Ces maladies ont revêtu la forme aiguë 12 346 fois pour les deux sexes (9548 fois pour les hommes, 2798 fois pour les femmes), 997 fois pour les jeunes garçons,

Elles ont présenté la forme chronique 5692 fois pour les deux sexes (4479 fois pour les hommes, 1213 fois pour les femmes), 351 fois pour les jeunes garçons.

Ces maladies se sont réparties, d'après leur nature, ainsi qu'il suit :

ADULTES

^ ~~ ^ Jeunes

Deux sexes. Hommes. Femmes, garçons.

Maladies de l'appareil circulatoire. . 263 210 53 8

— de l'appareil respiratoire. . 4292 3463 829 192

— de l'appareil digestif. . . . 4078 3199 879 311

— de l'appareil génito-urinaire. 278 . 191 87 6

— de l'appareil cérébro-spinal

et nerveux 814 560 254 25

ADULTES

Maladies des sens, de la peau et du

tissu cellulaire 1995

— de l'appareil locomoteur. . 763

— de l'appareil secrétaire. . . 242

Pyrexies 1648

Cachexies 1350

Maladies contagieuses 922

— de cause toxique 2

— de cause mécanique. . . . 562

Accouchements 66

Maladies épidémiques 230

— indéterminées 176

— simulées 351

Jeunes

Hommes.

Femmes.

garçons

Les maladies les plus fréquentes ont fourni les nombres suivants

Gastrites, entérites, diarrhées, dysenteries 2453

Maladies des bronches et du larynx. . 2280

Indigestions et embarras gastriques. . 1188

Pneumonies, pleurésies 1158

Fièvres diverses 879

Scrofules 870-

Phthisie pulmonaire. ........ 856

Abcès, furoncles, ulcères, fistules. . 824

Gale 718

Rhumatismes. . 521

Fièvres intermittentes 515

Contusions, plaies, luxations, fractures 505

Maladies des yeux »

Teigne »

Variole et varioloïde »

Rougeole »

Le nombre des maladies qui ont causé la mort s'est élevé à 1319 pour les adultes des deux sexes (1016 pour les hommes , 303 pour les femmes), 54 pour les jeunes garçons.

Ces maladies ont revêtu la forme aiguë 345 fois pour les adultes des deux sexes (247 fois pour les hommes, 98 fois pour femmes), 16 fois pour les jeunes garçons.

Elles ont présenté la forme chronique : 974 fois pour les adultes

ADULTES

Hommes.

Femmes.

Jeunes

gaicons

PENITENTIAIRE (SYSTÈME). 255

.les deux sexes (769 fois pour les hommes, 205 fois pour les femmes), 38 fois pour les jeunes garçons.

Ces maladies se sont réparties, d'après leur nature, ainsi qu'il suit :

ADULTES

Jeunes Deux sexes. Hommes. Femmes. garçons.

Maladies de l'appareil circulatoire. .37 28 9 1

— de l'appareil respiratoire. . 671 530 l!\l -29

— de l'appareil digestif. ... 257 198 59 10

— de l'appareil génito-urinaire. ïk 12 2 »

— de l'appareil cérébro-spinal. 72 57 15 3

— des sens, de Ja peau et du

tissu cellulaire 7 5 2 »

— de l'appareil locomoteur. .16 12 l\ 2

— de l'appareil sécrétoire. . . Zi8 M lx 2

Pyrexies . 85 Z|9 36 3

Cachexies 101 7/i 27 2

Maladies de cause mécanique. ... 2 1 1 „

— indéterminées 1 » 1 „

Suicides 8 5 3 1

Mort par accident » » : » i

Les causes de la mort les plus fréquentes ont fourni les nombres suivants :

ADULTES

^^ Jeunes

Deux sexes. Hommes. Femmes. garçons.

Phthisie pulmonaire Zi22 Zl\U 78 2&

Gastrites, entérites, diarrhées, dysenteries . . 208 165 ho 7

Pneumonies, pleurésies 193 133 60 5

Fièvre typhoïde 77 Zi2 35 3

Maladies du cerveau et de la moelle

épinière 72 57 15 3

Maladies des bronches et du larynx. 56 53 3 »

Hydropisies. . Zi8 kh U 2

Scrofules 46 36 10 2

Maladies du cœur et du péricarde. .36 28 8 1

Péritonite. . 35 23 12 k

Les résultats de la statistique, en ce qui concerne l'influence particulière à attribuer à chaque cause distincte, ne sont dépourvus ni d'intérêt ni d'importance, lors même qu'ils ne conduisent qu'à des solutions négatives, c'est-à-dire lorsqu'ils ne permettent pas de saisir, dans les faits constatés, un effet considérable et incontestable de l'action propre à chaque cause.

Dans ces cas, la statistique a au moins démontré qu'il n'est pas possible d'attribuer à chaque cause étudiée une influence prépondérante relativement aux autres causes.

C'est surtout à ce point de vue que les études de statistique médicale, entreprises dans le passé pour éclairer l'hygiène des prisons, ont été une source réelle d'enseignements utiles.

Les études que résume ce rapport n'ont pas été de beaucoup au delà de ce but déjà atteint.

Elles n'ont pas, en effet, permis de reconnaître, plus évidemment qu'on ne l'avait fait dans le passé, l'influence qui.a certainement été exercée, dans les maisons centrales, par l'introduction du régime disciplinaire de 1839, par la suspension du travail de 1848.

Elles n'ont pas révélé les causes des différences considérables et persistantes que présentent les maisons centrales, considérées en particulier, relativement à leur mortalité.

Toutefois, même dans les résultats négatifs auxquels ces études ont abouti, il en est un qui a une grande importance : c'est la constatation bien certaine de l'absence de toute influence évidemment favorable à la santé des détenus, qu'on puisse imputer à la substitution du régime de la régie à celui de l'entreprise.

Parmi les résultats positifs que ces études ont mis en évidence, il en est un qui doit être pour l'administration à la fois un sujet de satisfaction et un motif de persévérance : c'est l'amélioration très certaine et très notable que l'état sanitaire des maisons centrales a présentée dans la période de 1850 à 185.5 par rapport aux temps antérieurs.

L'influence de la cherté des subsistances , pour la première fois signalée, est de nature à fournir l'explication générale, peut-être la plus sûre, et certainement la plus satisfaisante pour l'administration, des variations les plus grandes de la mortalité d'une année à l'autre. Enfin, l'influence de la capacité des habitations de nuit dans les maisons centrales , rendue plus décisive par l'appréciation simultanée d'autres conditions de la ventilation , met sur la voie de la solution de l'importante question des différences offertes par les maisons centrales relativement à leur salubrité.

Il est bon de rapporter des chiffres recueillis par M. l'inspecteur général Parchappe, ceux qu'ont donnés les statistiques ultérieures qui sont venus confirmer ses vues. En 1859, les faits qui concernent la santé et la mortalité dans les établissements pénitentiaires ont été recueillis avec plus de détails que dans les précédentes statistiques, et le tableau spécial qui enregistre ces résultats présente, pour la première fois, par catégorie pénale, le nombre des malades, des décédés, la nature des maladies. Dans les maisons centrales, les

journées d'infirmerie ont été de 461 249 (362 983 pour les hommes, 101 256 pour les femmes).

La totalité des malades a été de 19 418, répartis ainsi qu'il suit :

Hommes, Femmes. Totaux.

Condamnés aux travaux forcés 191 977 1168

— à la réclusion 4811 477 5288

— à l'emprisonnement correctionnel. 10081 2403 12484

— aux fers /i78 » 478

La moyenne générale des malades s'est élevée à 55 par 1000 individus : 54 parmi les hommes et 58 parmi les femmes. C'est la môme situation qu'en 1858.

Le nombre total des décédés a été de 1267, non compris 5 suicides et 7 morts par accident.

Voici la répartition des décès par catégorie et par sexe :

Hommes, Femmes. Totaux*

Travaux forcés 23 112 135

Réclusionnaires 256 40 296

Correctionnels 675 154 829

Fers 7 » 7

Le nombre des décès, l'année précédente, s'était élevé à 1437. C'est une diminution de 170 en faveur de 1859.

Le tableau suivant fait connaître la population moyenne et la proportion pour 100 de la mortalité par catégories de détenus:

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