ALII^NKS
Ku cas d'cmp^clirmeiil cunslalc du médecin eu chef cl du médcdii adjoint, le prêl'cl est autorisé à pourvoir provisoirement à leur reniplaccmeul.
Art. 10. Le médecin en chef sera tenu de résider dans ri^lablisscment.
Il pourra, loulefois, être dispensé de celto obligation par une décision spéciale de notre ministre de Tintérieur, pourvu qu'il fasse chaque jotu* an moins une visite générale des aliénés confiée ti ses soins, et qu'en cas d^empéchement il poisse être suppléé par tui médecin résidant.
Art. i 1. I^es commissions administrati\cs des hospices civils, qui ont formé ou qui formeront ù l'avenir dans ces établissements des quartiers affectés aux aliénés, Ncront tenues de faire agréer par le préfet un prépesé responsable qui sera soumis ù toutes les obligations imposées par la loi du 30 juin 1838.
Daus ce cas, il ne sera pas créé de commission de surveillance.
Jje règlement intérieur des quartiers consacrés au service des aliénés sera soumis ù Papprobation de notre ministre de Tintérieur, conformément à Tart. 7 de cette loi.
Art. ^2. 11 ne pourra être créé, dans les liospices civils, des qtiartiers afleclés aux aliénés, qu^uitant qu'il sera justifié que l'organisation de ces quartiers permet de recevoir et de traiter cinquante aliénés au moins.
Quant aux quartiers actuellement existants, où il ne pourrait être traité qu'un nombre moindre d'aliénés, il sera statué sur leur maintien par notre ministre de l'intérieur.
Art. 13. Notre ministre de Tintérieur |K)urra toujours autoriser, ou même ordonner d'office, la réunion des fonctions de directeur et de médecin.
Art. 1^. Le traitement du directeur et du médecin sera déterminé par un arréié de notre ministre de l'intérieur.
Art. 15. Dans tous les établissements publics où le travail des aliéniHs seralntmduit comme moyeu curatif, l'emploi du produit de ce travail sera déterminé par le règlement intérieur de cet établissement.
Art« 16. Les lois et règlements relatifs û l'administration générale des liospicrs et établissements de bienfaisance, en ce qui concerne notamment l'ordre de leurs services financiers, la stirveillance de la gestion du receveur, les formes de U comptabilité, sont applicables aux établissements publics d'aliénés en tout ce qui n'est pas contraire aux dispositions qui précèdent.
'rrrUK ll. — Urs (H(tf)Ussem(*nts pnn'^^i consacrés aux alintês.
Art. 17. Quiconque voudra former ou diriger un établissement privé destiné au traitement des aliénés, devra en adresser la demande au préfet du département où l'établissement devra éiic situé.
ArU 18. Il justifiera :
1'' Qu'il est majeur et exerçant ses droits cinis ;
T Qu'il est de bonne vie et mœurs; il produira, à cet cllet, uu certificat délivré par le maire de la commimc ou de chacune des communes où il aura réside depuis trois ans ;
3** Qu'il est docteur en médecine.
Art. 19. Si le requérant n'est pas docteur en médecine, il produira l'engagement d'un médecin qui se chargeiu du service médical de la maison, et déclarera
ALIKXKS. (9
se soiimeltre aux obligations spécialement Imposées sons ce rapport par les loi^ et r^lomenls.
Ce médecin devra être agréé par le préfet, qui pourra toujours le révoquer. Toutefois cette révocation ne sera définitive qirautant qircllc ain-a élé approuvée par notre ministre de Tintérreur.
Vrt« 20. I^ requérant indiquera, dans sa demande, le nombi*c et le sexe des pensionnaires que rétablissement |)ourra contenir ; Il eu sera fait mention d'ius l'aosorisation. '
Art. 21. Il déclarera si rétablissement doit être uniquement aflTecté aux aliénés, on s*il recevra d*autres malades. Dans ce dernier cas, il justifiera, par la prodnclion du plan de rétablissement, que le local consacré aux aliénés est entièrement séparé de celui qui est affecté au traitement des autres malades.
Art. 22. Il jusUfiera :
1* Qnc rétablissement n^offre aucune cause d*iusalubrité, tant au dedans qu*au dehors, et qn*il est situé de manière que les aliénés ne soient pas incommodés p<ir un voisinage bruyant ou capable de les agiter ;
2* Qn^il peut être alimenté, en tout temps, d'eau de l)onnequaKté et en quantité suffisante ;
:t* Que, par la disposition des localités, il permet de séparer complètement les se\es, PenOance et l'âge mûr ; d*élablir un classement régulier entre les couvalesrcnts, les malades paisibles et ceux qui sont agités ; de séparer également les alii'nés épileptiques ;
k"* Que Tétablissenient contient des locaux particuliers pour les aliéné.4 atteints de maladies accidentelles, et pour ceux qui ont des liabiludcs de malpropreté ;
5« Que toutes les précautions ont été prises, soit dans les constructions, soit dans la fixation du nombre des gardiens pour assurer le service et la surveillance di* rétablissement.
Art« 23. il justifiera également, par la production du règlement intérieur de la maison, que le régime de Téuiblissement offrira toutes les garanties convenables sons le rapport des bonnes mœurs et de la sûreté des pei sonnes.
Art. 24. Tout directeur d*un élablissemeul privé consacré au traitement dos aliénés devra, avant d'entrer en fonctions, fournir un cautionnement dont le montant sera déterminé par Tordonnance royale d'autorisation.
Art S5. Le cautionnement sera versé, en espèces, à la caisse des dépôts et consignations, et sera exclusivement destiné ù pourvoir, dans les formes et pour les cas déterminés dans Tarlicle suivant, aux besoins des aliénés pensionnaires.
Art. 26. Dans tons les cas où, pour une cause quelconque, le service d'un établissement privé consacré aux aliénés se trouverait suspendu, le préfet pourra constituer, ù l'effet de remplir les fonctions de directeur responsable, un régisseur provisoire entre les mains duquel la caisse des dépôts et consignations, sur les mandats du préfet, versera ce cautionnement, eu tout ou en partie, pour rappliquer au service des aliénés.
Art. 27. Tout directeur d'un établissement privé consacré aux aliénés pourra, ï l'avance, faire agréer par l'administration une personne qui se chargera de le remplacer dans le cas où il viendrait h cesser ses fonctions, par suite de suspension, d'interdiction judiciaire, d'absence, de faillite, de décès, ou pour toute autre cause.
70 ALÎENES.
La personne ainni agréée sera de droit, daot cet difert cm, iBTCstie dt tageslioii pro\isoire de Tétablissenienl, et soumise, à ce titre, à tontes les obligations du directeur lui-même.
Celte gestion provisoire ne pourra jamais se prolonger au delà d^on mois sans une autorisation spéciale do préfet.
Art. 28. Dans le cas où le directeur cesserait ses fonctions par ooe caose quelconque, sans avoir usé delà faculté ci-dessus, ses héritiers ou ayants cause seront tenus de désigner, dans les vingt-quatre heures, la personne qui sert chargée de la régie provisoire de rétafolissemeni, et soumise, à ce titre, à toutes les obligations du directeur.
A dé&ut, le préfet fera lui-même cette désignation.
Les héritiers ou ayants cause du directeur devront, en outre, dans le délai d*un mois, présenter un nouveau directeur pour en remplir définltifement les fonctions.
Si la présenution n'est pas faite dans ce délai, Tordonnance royale d^aotorisation sera rapportée de plein droit, et rétablissement sera fermé.
Art. 29. Lorsque le directeur d'un éublissement privé otMisacré aux aliénés voudra augmenter le nombre des pensionnaires qu'il aura été autorisé 4 recevoir dans cet établissement, il devra former une demande en autorisation à cet eflet, et justifier que les bâtiments primitifs ou ceux additlonneb qu'il aura faitconstmire sont, ainsi que leurs dépendances, convenables et suffisants pour recevoir le nombre déterminé de nouveaux pensionnaires.
L'ordonnance royale qui statuera sur cette demande déterndnera Taugmeiifation proportionnelle que le cautionnement pourra recevoir.
Art. 30. Le directeur de tout éublissement privé consacré aux aliénés devra résider dans l'établissement.
Le médecin attaché à l'établissement, dans le cas prévu par l'art. 19 de la présente ordonnance, sera soumis à la même obligation.
Art. 31. Le retrait de l'autorisation pourra être prononcé, suivant la gravité des circonstances, dans tous les cas d'infraction aux lois et règlements sur la matière, et notamment dans les cas ci-après :
1« Si le directeur est privé de l'exercice de ses droits civils ;
2° S'il reçoit un nombre de pensionnaires supérieur à celui flxé par i*ordon«> nance d'autorisation ;
3» S'il reçoit des aliénés d'un autre sexe que celui indiqné par cette ordonnance;
/i° S'il reçoit des personnes atteintes de maladies autres que celles qu'il a déclaré vouloir traiter dans l'établissement ;
ô<> Si les dispositions des lieux sont changées ou modifiées de manière qu'ib cessent d'être propres à leur destination, ou si les précautions prescrites pour la sûreté des personnes ne sont pas constamment observées ;
6* S'il est commis quelque infraction aux dispositions du règlement da service intérieur en ce qui concerne les mœurs ;
1^ S'il a été employé à l'égard des aliénés des traitements contraires à l^nmanité ;
8° Si le médecin agréé par l'administration est remplacé par un antre médecin, sans qu'elle eo ait approuvé le choix ;
ALIÉXKS. 71
u" Si le directeur coDtreflent aux dispositions de Part. 8 de la loi du 'M) juin 1838 ;
iO<* S*il est frappe d*iine condamnation prononcée en exécution de Tart. lii de la même loi.
Art. 32. Pendant Hnstruction relative au retrait de Pordonnance royale d'autorisation, le préfet pourra prononcer la suspension provisoire du directeur, et instituera un ré^saenr provisoire, conformément à Part. 26.
Art 33. Il sera statué pour le retrait des autorisations par une ordonnance royale.
Dispositions générales.
Art. Zh. Les établissements pul)lics ou privés consacrés aux aliénés du sexe masculin ne pourront employer que des hommes pour le service personnel des aliénés.
Des femmes seules seront chargées du service personnel des aliénées dans les établissements destinés aux individus du sexe féminin.
Bibliographt». -^ Rsquirol, Des étahliuenuntê d'aliénée en Franu^ et de» moytnt iamUiortr le êort deeeê infortunée* Paris^ 1819, in-8. — Mémoire hiêtorique sur Cha^ mfon, pir le même {Ann, d'kyg,^ 1839, 1. 1» p. 101 ; 1835, t. XIII). — Deê maladies wumtalee, par le même. Paris, 18S8, t. II, p. 390, et suiv. — Guislaio, Traité turValiéuaiion mentale et sur leê hospices de» aliénés, Amsterdam, 1836, 3 toi. in-8, fig. — Despoites, Rapports sur le service des aliénés de Bicétre et de la Salpêtriére, Paris, 1833 et suif., 3 parties, io-A. — Couoily, The Construction atid govemment ofluMaiie asjflums and hotpitalfor the insane. LoDdon, 1847. — CoDoliy, Des méthodes de (raitement de la folie adoptées dans les principaux asiles d'aliénés d'Angleterre (eu anglais). — Parchappe, Des principes à suivre dans la fondation et dans la construction des asiles d'aliénés, Paris, 1851. — Des aliénés^ considérations sur l'état des maisons qui leur sont destinées, tant en France qu'en Angleterre^ par G. Femis. Paris, 183/i. — Rapport statistique sur la maison d'aliénés du Bon-Sauveur, de Caen, pendant les années 1839 et 1830, par M. Vastel {Ann, d'hyg, et de méd, lég,, t. VIII, p. 333). — Des établissements d'alii- nés en Italie f par le docteur Brlerre de Boismonl. Paris, 1833. ^ Mémoires pour l'établissement d'un hospice d'aliénés, par le même. Paris, 1838 {Ann, d'hyg, tt de méd. lég., t. XVI, p. 39). — Statistique des aliénés en France, mémoire lu à TAcad«mie des sciences (10 juillet 18i^3), par le même. — De la nécessité de créer un établismnent spécial pour Us aliénée vagabonds et criminels {Ann, d'hyg,, t. XXXV, p. 396), far le même. — Remarques sur quelques établissements d'aliénés de la Belgique, de la Uollandéft de l'Angleterre {Ann, d'hyg,, t. XXXVII, p. hk)^ par le même. — Plan et organisation des hôpitauas d'aliénés, suivant la description détaillée de l'hôpital de Siegburg, par le docteur Maximilien Jicobi. Berlin, 18SÂ. — Notice sur quelques-uns des itablissements de bienfaisance du nord de l'Allemagne et de Saint'Pétersbourg, par M. Leuret {Ann. d'hyg., t, XX, p. 3Â6). — Mémoire statistique sur les aliénés du département de la Loire- Inférieure, par M. Camille Bouchet {Ann. d'hyg,, t XXII, p. 315). ^Rapport statistique sur les aliénés et les enfants trouvés de l'hospice général de Tours , adressé à la commission administrative, par M. le docteur Charcellay, ïn-h de 96 pages. Tours, 1843. — De l'état des aliénés en Belgique, et des moyens d'améliorer leur sort, par Ducpéiiauz. Bruxelles, 1832. — Rapport sur les hospices d'aliénés de l'Angleterre, de la Belgique et de la France, par Crommeiinck. Courtrai, 1843. — Rapport de la commission chargée de proposer un plan pour ramélioration de la condition d^s alunis
72 ALLl^METTES.
en Belgique. Bniielles, 18Â3, in-rol. aTpc plans. •— De la eomiruethn et de la direelion des aiilei d'aliénés, par le docteur H. Girard {Ann, d*hyg., t. XL, p. 1 et 241). — Couiidéralions géniraUs sur les asiles d'aliénés, par M. Falret {Ann,médieo-pêjfekol. , Paris, 1834). — Considérations médicales et administratives sur les aliénés, par G. Daiconnel, directeur de la maison de santé du déparlement de la Marne. Châlons-sur-Marae, 18S8, in-8 de 1 06 pages. — Dagonnet, Rapport médical sur VasiU public d'aliénés de Stepkansfeld pour Tannée 1859. Strasbourg. — Dictionnaire général d'adminiêtration, !'• partie. Paris, 1846, art. ÂLiinis, par M. Alfred Blanche. ^Études sur l'administration de la ville de Paris, par Horace Say. Paris, 1840. — Statistique des établissementê de bienfaisance. Rapport à M. le ministre de l'intérieur sur l'administration des hôpitaux et hospices, par Ad. de Watteville. Paris, 1851. — Spécimen du budget d'un asile d'alii* nés, par M. Girard deCailleux. Gr. in-8. Paris, 1856. — Statistique de la dipision des aliénés de Barcelone, par le docteur R. Pi y Molist {Jnn, d'hyg. et de méd, lég,, t. IX. 2* série, p. 2S1. — Statistique des établissements d'aliénés de France de 1842 à 1853, par M. Lejçoyt. Paris, 1857. — Rurz et de Luppé, Mémoire sur la maison des aliénée de Saint-Pierre Martinique, t. V, 2» série, p. 169 et 421). — De la colonie de Fitz-James succursale de l'asile privé de Clermont (Oise), considérée au point de vue de son organisation administraiivc et médicale, par le docteur G. Labitte. Paris 1861. — Du noreêtraint, par M. Morel. Paris, 1861. — Des asiles d'aliénés en Espagne. Recherches historiques et médicales, par le docteur Desmaisons. In* 8, Paris, 1859. — Programme pour la formation de plans d'un asile modèle destiné à la ville de Madrid^ par Brierre, de Bobmont {Ann. médicopsychol., juillet 1860, p. 395). — Rapport du directeur de^ l'administration générale de l'assistance publique sur le service des aliénés de la Seine, 1850-1859, in-4. — Considérations générales sur l'ensemble du service dfs aliénés du département de la Seine, par M. Tinspecteur général de ce service, le docteur Girard de Cailleux {Gautte hebdomadaire de médecine, mars 18ni).
AlillHBWTS. — Voy. Subsistances.
ATiliimiKTTfiliii. — Parmi les objets destinés aux usages domestiques, il n'en est pas d'un emploi plus répandu et plus indispensable que les allumettes composées d'une matière inflammable qui prend feu, soit au contact d'tm corps en ignition ou d'une préparation comburante, soit par le simple frottement , et procure inst.intanément la lumière.
Les allumettes se composent le plus ordinairement d'une petite tige de bois mince et très sec, dont l'une des extrémités, parfois les deux, sont enduites soit de soufre, soit d'im mastic inflammable, ou d'une pâte fulminante. Les deux dernières espèces, confondues sous la dénomination générique tVallumeHes chimiques ou allf^ mandes y sont encore désignées sous les noms t\' allumettes oxygénées et (Vallttmettes fulminantes. Celles-ci sont aujourd'hui presque exclusivement usitées, et leur fabrication constitue une induslri** considérable très répandue en Allemagne et dans les principales villes de France, et qui, en raison de son influence sur la santé de ceux qui l'exercent et des dangers d'explosion ou d'incendie qui l'entourent, mérite toute latlenlion des hygiénistes.
Les graves questions hygiéniques que soulèvent la fabrication el renipioi des allumettes chimiques ont fait de grands pas dans «es derniers temps, mais ne sont cependant pas encore conipléteineut résolues. Les découvertes de la science, les efforts de l'industrie, promettent dans un très prochain avenir la suppression définitive du phosphore blanc , ce dangereux poison qui fait la base des anciens mastics inflammables, et que le respect de l'autorité supérieure pour la liberté du commerce l'a seul empêchée de proscrire jusqu*ici.
FabricAiion. — L'industiic des allumettes chimiques se pratique aujourd'hui à la fois dans des établissements considérables, et dans une infinité de petites fabriques alimentées assez souvent par le travail d'une seule famille. Cette distinction, sur laquelle insiste M. Th. Iloussel, et qui s'obsen'c à l'étranger, aussi bien qu'en France, importe pour la solution des questions qui vont nous occuper; elle influe considérablement sur les procédés de fabrication, sur la n'^partition du travail et sur les conditions hygiéniques auxquelles les ouvriers sont soumis. C'est en effet dans les petites fabriques que se conservent les* méthodes les plus défectueuses : là les diverses parties de la fabrication sont confiées aux mêmes individus ; toutes 1rs opérations sont concentrées dans des ateliers restreints, et quelquefois dans une seule pièce. Il est aisé de sentir combien ces conditions sont désavantageuses, particulièrement au point de vue de la salubrité.
Les détails dans Tesquels nous allons entrer ne se rapportent qu'aux établissements dans lesquels le nombre des ouvriers et l'importance des produits rendent cette division possible. Or, ainsi envisagée, la fabrication des allumettes peut être divisée en une série d'opérations qui vont être énumérées et décrites rapidement dîins l'ordre suivant : 1' la coupe du bois et la fente des baguettes ou tiges d'allumettes; 2? la confection des boites; 3* la mise en presses ou en châssis des tiges d'allumettes; 4" le trempage au soufre; 5» le trempage dans la pâte ou mastic chimique ; 6** le dépôt dans l'étuve ou le séchoir ; 7" le démontage des presses ; 8<* la mise en paquets et en boites ; 9* la préparation des pâtes ou mastics chimiques.
De ces opérations, les deux premières, c'est-à-dire le travail du bois et la confection des boites, se pratiquent générahunent (à Paris du moins} hors de Tenceintc des fabriques ; elles occupent à peu près autant d'ouvriers que toutes les autres opérations réunies; mais elles placent ces ouvriers dans des conditions qui n'oflrent rien de particulier pour leur santé.
Toutes les autres opérations se passent dans les fabriques ; et si les établissements ne sont pas assez considérables pour que chacune
d'elles ail un local séparé, elles placent, ainsi que je Tai déjà dit, tous les ouvriers dans des conditions hygiéniques à peu près semblables. On trouve malheureusement encore des établissements très importants, dans lesquels aucune séparation n'est établie. Déjà cependant, dans les ateliers les mieux organisés, on a affecté un local pailiculier pour le montage dei presses ou eh Assis ; les trempages au soufre et au mastic se font ensemble dans une pièce contigufi à Vétuve, Enfin, le démontage des presses et la mise en paquets ou en f)ottes occupent une autre partie de l'établissement.
En analysant chacune des opérations, on verra que les inconvénients produits par des émanations phosphorées n'existent pas partout au même de^ré, et qu'en rendant ces divisions plus rigoureuses et plus complètes, on peut sinon détruire, du moins amoindrir considérablement l'insalubrité attachée à la fabrication des allumettes chimiques.
1° La mise on presses des tiges d'allumettes y confiée à des femmes, et qui occupe les quatre cinquièmes du nombre total des ouvriers, ne saurait, si les ateliers sont convenablement établis, exposer à aucune cause particulière d'insalubrité les ouvrières, qui sont à l'abri des émanations phosphorées.
2* Pour le soufrage ou trempage au soufre y les presses, garnies et montées, sont apportées par une ouvrière ou par des enfants dans l'atelier destiné au trempage. On les remet d'abord au trempeur au soufre, qui prend le chAssis à d(»ux mains et plonge les extrémités des tiges dans du soufre maintenu en fusion à 125 ou 130 degrés, dans une chaudière de fer, carrée^ peu profonde et à fond plat.
3° Le trempage au mastic chimique des tiges soufrées se &it touioors dans le même atelier que le soufrage, et les deux trempeurs travaillent pour ainsi dire côte à côte. Lorsque les tiges ont été garnies de soufre à leur extrémité, le soufreur dépose les presses par terre, de manière qu'elles soient à portée du trempeur au mastic, qui les prend à son tour pour achever de les préparer, en plongeant les bouts soufrés dans le mastic chimique. Cette opération se fait de te môme manière que la précédente; seulement, au lieu d'une chaudière creuse, on se sert généralement d'une table de marbre sur laquelle on étend une couche de quelques millimètres d'épaisfeur de mastic chimique à l'état semi-liquide. Dès que les tiges d'une presse ont été détrempées, on égalise de nouveau la couche de mastic à l'aide d'une espèce de truelle, et l'on trempe une seconde presse, et ainsi de suite.
En Allemagne, on opère le trempage au mastic sur des tables de pierre. A Paris, M. Malbec a adopté l'emploi d'une sorte d'auge de
cuivre à fond plat, de forme carrée, et ayant seulement quelques centimètres de profondeur, et qui est placée sur une table de pierre. Lorsqu'il sera question des explosions survenues dans les fabriques, on verra qu'il n'est pas indifférent d'adopter telle ou telle disposition pour le trempage au mastic, et qu'il y aurait avantage à généraliser la manière de procéder de M. Malbec.
k* Les allumettes , chi»rgée$ de la p&te chimique , sont portées à Vétuve et au téchotr. Les presses sont étagées dans un casier à jour, où elles peuvent sécher librement. On ne se sert nulle part du thermomètre pour graduer la température de l'étuve, en sorte que la dessiccation doit s'opérer plus ou moins vite, selon les circonstances. On laisse en général les presses à l'étuve pendant vingt-quatre heures. On verra, à propos des incendies, ce qu'il y a de défectueux dans les dispositions de la plupart des étuves.
5* Lorsque les allumettes sont bien sèches, les presses sont démontées, et les allumettes ramassées en tas pour être mises en paquets el en boites.
6* La préparation de la pâte ou mastic inflammable mérite une mention toute spéciale. Le mélange de substances explosibles a pu en effet devenir la source d'accidents terribles. Pendant fort longtemps les febricants français ont composé la pâte avec le chlorate de potasse mêlé soit au soufre, soit au phosphore, à l'aide de la gomme et d'une poudre colorante, cinabre ou bleu de Prusse. Le chlorate de potasse a le grave inconvénient de donner lieu à une déflagration très vive avec projection d'éclats enflammés, et, de plus, n'est nullement nécessaire à la bonne fabrication des allumettes. Il a été remplacé en Allemagne par le nitrate de potasse , qui donne des allumettes inflammables par frottement et ^sans bruit. M. Péligot, dans on rapport très intéressant sur les produits de l'industrie autrichienne, a indiqué les différentes manières suivant lesquelles est préparé lé mélange inflammable. Tantôt il consiste en phosphore, . aitre pur, gomme arabique, bioxyde de manganèse ou bioxyde de plomb; tantôt en phosphore, gomme, nitrate de plomb et oxyde puce de plomb. Un fabricant de Prague remplace avec économie la gomme par la gélatine. On fait aussi de très bonnes allumettes en ne les imprégnant pas, comme à l'ordinaire, de soufre, mais en leur dou-^ Dant une combustibilité plus grande et plus rapide par une dessiccation préalable à l'étuve, et par une immersion dans l'acide stéarique fondu et très jchaud.
Dans tous les cas, quels que soient les éléments dont se compose le mastic inflammable, il est de la plus haute importance de n'opérer le mélange des diverses substances qu'avec les plus grandes précautions. On doit commencer par faire dissoudre la gomme au bain-
76 ALLIMEITES.
marie; lorsque la solulion est faite, et à la lemp^ralure île 80 à 90 degrés, on la verse dans des ballons de cuivi'e à eol allongé; ou y introduit les bâtons de phosphore, et Ton a{^ile le mélange jusqu'à ee que le phosphore soil fondu et amené h un étal eonvenable de division. D'autre part, on broie le ehlorale de potasse ou le nitre, en l'incorporant dans une quantité suffisante d'eau gommée. Lorâquo ces deux préparations sont terminées , on mêle ensemble l^s produits, et l'on y ajoute la matière colorante et quelque poudre inerte qui sert à augmenter la masse et à diviser davantage les molécules de phosphore et de sel, telle que le manganèse, l'ocre, le verre pilé, le lycopode, le tan, etc.
M. Dupasquier, de Lyon, dit avoir appris de la manière la plus certaine que, malgré la défense expresse de l'autorité, beaucoup de fabricants de Paris et d'Allemagne introduisent dans la compositiou des allumettes chimiques une quantité d'acide arsénicux considérable, qui s'élève même jusqu'au quart du poids total des matières employées dans cette ccmiposition.
Les allumettes chimiques peuvent être distinguées on allumettes communes et en allumettes de luxe, et à chacun de ces groupes correspond, en général, un mode de préparation particulier. Pour les premières, dites allumettes carrées, le bois est fendu et taillé par un simple tranchant, soit ix la main, soit à la mécanique, et après avoir été soufré, il est trempé dans une pâte inflammable, qui se compose le plus généralement d'un mélange chaud de colle, de phosphore, de verre pilé, et d'une matière colorante, cinabre oo bleu de Prusse. Pour les secondes, dites allumettes rondes, parce que le bois qui forme leur tige est débité à l'aide d'un rabot cylindrique, le soufrage est ordinairement remplacé par la dessiccatioo complète ou par l'immersion du bois dans la stéarine, et le mastic appliqué à froid est une solution de gomme, dans laquelle le pho9^ phore est mélangé, soit à un oxyde de plomb préalablement raité par Tacide nitrique, soit plus souvent encore à du chlorate de potasse qui, malgré les prescriptions contraires de quelques autorités locales, continue à être employé.
Il résulte de cette différence dans la composition des matières inflammables une différence capitale dans le mode de fabrication, et par suite dans les dangers qui en résultent. En effet, le tra\'ail i chaud et'le travail à froid sont loin de présenter les mêmes iuc-onvénients. En premier lieu, la pâte chauffée donne naissance à des vapeurs phosphorées que ne produit pas le mélange eniployé à froid, et qui résultent surtout de la combustion du phosphore sur les bords -de la plaque où s'opère le trempage, et qui est nécessairement Hjaintenueàune température élevée. La pâte à froid a de plus Tavan-
ALLLMEIÏES. 77
la^r il elrc homogène, ce gui irarrivc pas pour la pâte chaullée, dans lacpit'llr le refroidissement détermine des dépôts qu'il peut être très ' tlan^ereux d*agiter pour peu qu'ils contiennent du chlorate de potasse, rt qui, dans certains cas, ont été la cause d'accidents terribles. Cette Mi[)êriciritc du travail à froid sur le travail à chaud est incontestable. Le conseil d'hygiène et de salubrité de Marseille en a fait une condition absolue de Tautorisation, qu'il refusait à toutes les fabriques d'allumettes dont le travail s'opérait à chaud. Elle a été, du i-este, unanimement reconnue par les industriels, dont un grand nombre pourtant ne font usage que du mastic à la colle chauffée, en raison de l'infériorité du prix de revient qui s'accommode mieux à leur genre de fabrication, et aussi à cause d'une autre différence qu'il convient de signaler entre les deux espèces de pûtes inflammables. Nous voulons parler de la rapidité beaucoup plus grande du séchage de la pâte k la colle, circonstance qui permet, en abrégeant la durée du séjour des presses chargées d'allumettes dans le séchoir, (le faire resservir le môme matériel un plus grand nombre de fois dans un temps donné.
Tels sont d'une manière générale les principes mômes de la fabrication des allumettes chimiques; mais il reste à indiquer dans quelles conditions elle s'exerce et quels en sont les effets sur la santé de ceux qui s'y livrent. •
Dans les premiers temps, la nouveauté et l'apparente simplicité de cette industrie (jui pouvait être établie à si peu de frais, et qui semblait si assurée d'écouler ses produits, donnèrent naissance à un nombre considérable d'établissements de tous genres, à de vastes kbriques, en même temps qu'à une inûnité de petits ateliers alimentés souvent par le travail d'une seule famille. Il n'est pas nécessaire de faire ressortir les conséquences d'un semblable état de choses au point de vue non-seulement des intérêts engagés dans cette industrie, mais encore au point de mic de la salubrité. Mais depuis cette époque, soit par le fait de la concurrence, soit par l'intenention des autorités locales, les fabriques d'allumettes chimiques, soumises k une suneilhance spéciale, ont été ramenées à un état un peu moins défectueux, sinon tout à fait satisfaisant. M. (ilénard a tracé un tableau saisissant des réduits infects où, dans un des faubourgs de Lyon, s'exerçait la fabrication des allumettes chimiques. Et en signalant les changements qui se sont opérés h cet égard, grâce à la vigilamn» de l'administration, l'habile secrétaire du conseil d'hygiène '^t de salubrité du Rhône reproduit ce qui à peu près partout s'est réalisé, c'est-à-dire une meilleure distribution de l'intérieur de ces ateliers, qui, sans en changer pour la plupaii l'aspect misérable, les rend pourtant un peu moins insalubivs.
78 ALLUME'HES.
IjA division «lu Uavail (>l la séparation des aleliers où s'exéculent les diverses opérations n'ont pas seulement eu pour effet d'atténuer rinsalubrité des fabriques d'allumettes chimiques; elles ont permis de mieux connaître Tinfluence propre à chacune de ces opérations, et ont montré sur quel point devaient porter spécialement de nouvelles réformes. C'est ainsi que la coupe du bois, la confection des boites , la mise en presses des tiges d'allumettes, qui emploient la plus grande piirtie du personnel des fabriques, ne présentent absolument rien qui mérite de fixer l'attention, pour peu que les lieux où s'opèrent ces travaux préliminaires soient complètement isolés de ceux où se termine la fabrication. Il n'en est plus demt^me de râtelier où Ton fait le mastic, de celui où l'on trempe, du séchoir, et enfin des pièces où Ton procède au démontage des presses et k la mise en paquets ou en boîtes. L'atmosphère de ces divers ateliers est altérée par les vapeurs qui proviennent, soit de» tables où s'opère le trempage, soit des masses d'allumettes d^ chargées de la pAte phosphorique ; et il est évident que c'est de ce côté (|u'il convient de chercher et de combattre le^s dangers que peut offrir la fabrication des allumettes.
Ces inconvénients et ces dangers dont il nous reste à apprécier la nature et l'étendue, et auxquels viennent s'ajouter ceux que présente l'emploi si universel et si vulgaire des allumettes chimiques, sont d'ailleurs de plusieurs sortes, et doivent être successivement examinés. Altération de la santé des ouvriers, explosions et incendies, empoisonnements accidentels ou volontaires et criminels, tels sont les trois groupes auxquels il est permis de les rattacher. Une étude attentive des faits peut seule démontrer la cause réelle et l'étendue du mal, et faille ressortir la nécessité et l'urgence du remède.
laflueBce de îm ftUbrIcatlott des allvBiette« sur iM Muiié des
ouvriers. — Avant d'exposer les effets que peut produire dans la santé de ceux qui y sont exposés l'atmosphère des fabriques d'allumettes, il n'est pas inutile de donner une idée de la population ouvrière qu'on y rencontre.
Le personnel des fabriques d'allumettes n'est pas très considérable. L'enquête que la commission a faite lui a montré qu'à Paris le nombre des ouvriers employés tant dans la ville que dans la banlieue ne dépasse guère quinze à dix-huit cents, chiffre de beaucoup inférieur à ceJui cpi'avaient donné M. Payen et M. le docteur Roussel, mais ({ui se rapproche beaucoup, au contraire, du nombre consigné dans l'enquôte de l'industrie parisienne (»n 1848, où l'on trouve, pour la ville de Paris seulement, un total de 668 ouvriers occupés par les fabricants d'allumettes, de veilleuses et de mèches. La plus considérable des usines des environs de Paris compte
tif 200 il 250 ouvrierB. A Lyon, le rapport du conseil d'hygiène ot <|p salubrité évalue à 150 personnes la population actuelle des fabriquer d'allumettes. A Marseille, le principal établissement compte environ 70 ouvriers. Enfin les fabriques de l'arrondissement de Sarreguemiaes occupent 700 ouvriers ; celle de Saintines , dans rOise, une centaine ; et celle du Mans, 80 ouvriers.
Cette population se compose d'hommes, de femmes et d'enfants, dans des proportions qui sont presque partout les mômes, et qui donnent une majorité considérable d'enfauits de dix à quinze ans et de femmes. Les hommes sont relativement très peu nombreux ; il D'est pas rare de n'en compter qu'un quart, un cinquième, parfois même un dixième et un vingtième seulement du personnel total dune fabrique.
Le salaire de cette classe d'ouvriers est assez élevé, et certaine* ment au-dessus de la moyenne. A Paris^ les hommes gagneiH de 3 à 5 francs par jour ; les femmes, dont la plupart travaillent à la pièce, gagnent de 2 à 3 Jr.; et les enfants, de 75 cent, à 1 fr. 25 cent.* En province, le salaire des hommes varie de 3 à 3 fr. 25 cent; celuides femmes, de 1 à 1 fr. 50 cent.
Malgré cette circonstance favorable, la population ouvrière des Uniques d'allumettes chimiques, à Paris du moins, est généralement misérable, et les fabricants se plaignent de manquer souvent d'oinriers. Ces deux particularités ont cela de très remarquable^ qu'elles se présentent à peu près constamment dans toutes les indus- Iries réputées insalubres, qui, d'une pari, se recrutent dans la plut* man^aise partie de la classe ouvrière, parmi ceux pour qui l'ivrognerie et la débauche absorbent les salaires les plus élevés ; et, d'une antre part, se voient abandonnées pour d'autres tràvayx, dès que la saison, moins rude, ne retient plus les ouvriers, que la nécessité seule avait fait entrer dans les fabriques, où ils craignent de voir leur santé compromise. Les témoignages les plus honorables que nous avons recueillis sont unanimes à représenter les ouvriers des &briq[ues d'allumettes comme d'une extrême malpropreté, se . nourrissant mal, ei livrés de la manière la plus funeste aux excès dcooliques.
Une telle population est sans doute plus qu'une autre exposée à ressentir les effets des causes diverses d'insalubrité; et l'on ne s'étonnera pas qu'elle présente certaines maladies spéciales, dues k rinfluence particulière de l'atmosphère dans laquelle elle vit. Il est Men entendu toutefois que cette atmosphère, concentrée dans quelques parties seulement des fabriques d'allumettes, n'exerce en général son action que sur le plus petit nombre des ouvriers, et que (<" que nous allons dire ne s'applique qu'aux hommes chaînés des
80 AIXLMKITKS.
oj)ératioii> du Ireinjuige, vul^airenieul (lésigiic> S(iu> le uoiu de c/rimif/ueiirs^ cl aux femmes occupées au démontage des pressens cl à la mise en j>aquets ou en boites. Nous devons ajouter que les contremaîtres, le plus ordinain*ment chargés de la préparation du mastic, et d'iUK* suneillancc qui les retient souvent dans les ateliers les plus exposés, et qui de plus habitent presque toujours avec leur famille rintérieur même de la fabrique, peuvent aussi plus que d'autres en éprouver des effets nuisibles. Il en est de même enfin de certains fabricants placés dans les mêmes conditions.
Si Ton se contentait crenregistrer la réponsi» de la plupart des industriels qui dirigent des fabriques d'allumettes chimiques, on serait tenté de considérer comme tout à fait exceptionnels les cas dans lesquels le séjour de leurs ateliers est la cause de troubles dans la santé ou de maladies plus ou moins graves. Mais il en est tout autrement si l'on inleri-oge les ouvriers eux-mêmes, et surtout si Ton consulte les médecins qui ont été appelés à donner des soins à un certidn nombre d'entre (»ux. A vrai dire, on nfi saurait non plus méconnaître l'insalubrité delà fabrication des allumettes, pour peu que l'on ait visité quelques-uns de ces établissements, de ceux même qui sont le mieux disposés. En effet, en entrant dans Tatclier des trempeurs, et surtout dans les salles oi'cupées par les démonteuscs de presses et les ouvrières qui mettent les allumettes en paquets ou en boites, on (!st frappé des émanations acres et irritantes qui s'en exhalent, et qui sont souvent assez épaisses pour troubler la tiansparence de l'air.
Dès les premi(Ts temps de leur entrée dans la fabrique, les omiiers, et surtout les femmes, éprouvent une ptTte plus ou moins complète de l'appétit, d(»s maux d'estomac et de ventre. Ces troubles des fondions digestives, qui n'ont été notés par aucun des auteurs qui ont écrit sur ce sujet, sont cependani très fréquents, et nous ont été signalés par la plupart des ouvrières que nous avons interrogées, et pur deux des fabricants les plus intelligents. Ils ont été notés, en outre, par les médecins de la grande fabrique de Sarreguemines. En même temps, on observe» des maux <le tête, des étouffements, et une toux fatigante qui revient par quintes. IMusieurs femmes se sont plaintes aussi des douleurs musculaires dans le bras et le poignet droit. L(*s malaises qui marquent \v début du séjour dans les fabriques d'allumetlcîs sont quelquefois passagers, et cèdent en grande partie à l'habitude. Cependani il n'est pas lare de voir persister une dis))osi[ion très ))énible à la toux, aux maux de gorge, et surtout aux maux d'eslomac et aux coliques, disposition qui augmente principalement durant l'hiver, alors que le fn»id force à tenir les atelier^ fermés. Dans quelques cas, l'irritation des voies respiratoires acquiert
une grarité réelle. Le chef d'une des maisons les plus importantes s'est \u forcé de changer d'appartement, parce que le voisinage de SOS magasins avait déterminé chez sa femme do très violents maux de gorge. La môme maladie a contraint un des ses associés à quitter la partie, et à renoncer à cette industrie. Des exemples observés dans les hôpitciux de Paris mettent hors de doute la gravité des affections pulmonaires contractées dans les fabriques d'allumettes chimiques. M. Strohl à Strasbourg, M. Lépine à Châlon-sur-Sfiône, ont signalé également la toux et l'irritation des bronches comme un accident parfois îissez violent et assez continu pour rendre le travail impossible. M. T. Roussel et M. Lailler reconnaissent également ce fait, sans y attacher toutefois (lutant d'importance.
L'aspect général des ou\Tiers et ouvrières employés dans les ateliers que nous avons indiqués comme spécialement insalubres dénote une sîmté mauvaise : la peau offre une teinte jaune, les yeux sont cernés^ mais ce caractère est trop commun dans la population des fabriques des grandes villes pour avoir ici une signification particulièri». Certains faits, s'ils étaient confirmés, offriraient en réalité plus dlnlérét. Un fabricant nous a déclaré qu'il avait constaté de la manière la plus positive chez les ouvriers un engourdissement, qu'il explique en disant que le phosphore absorbe les facultés, et donne moins d'énergie et moins de cœur au travail. Un autre nous a assuré (jue les enfants ne pouvaient être élevés dans les fabriques, et qu'une dp ses ouvrières avait perdu deux petits enfants, qu'elle amenait avec elle à l'atelier, tandis, que les mères pouvaient allaiter chez elles sans danger. On a prétendu que l'atmosphère des fabriques d'allumettes taisait avorter les femmes enceintes. Mais cette assertion, dépourvue de toute preuve scientifique, ne repose sur aucun fait sérieux. Les efforts qu'a faits M. A. Chevallier pour l'établir, en se livrant à une enquête spéciale, n'ont abouti qu'à un résultat complélenient négatif. Les médecins de Sarreguemines ont remarqué que les enfants s'étiolaient dans un court espace "de temps. Un phénomène plus constant et presque général, c'est la phosphorescence de l'haleine dans l'obscurité, que l'on peut constater après le travail chez les ouvriers employés aux opérations que nous avons signalées. .
Si la fabrication des allumettes n'avait pas d'effets plus nuisibles que ceiLX qui viennent d'être rappelés, il n'y aurait pas à se préoccuptT outre mesure de l'insalubrité d'une industrie que tant d'autres d^'passenl à cet égard. Mais il est une affection toute spéciale qui frappe les ouvriers des deux sexes employés aux opéralions detremï>age, de démontage des presses et d'emboîtage, et qui, par sa •îniNilé, par sa terminaison souvent funostf*. constitue une des
T%tDIEC — WCT, D'IITC. T I. ft
maladies professionnelles les plus cruelles et les plus dignes de fixer l'attention des hygiénistes. Cette affection consiste en une altération lente et progressive, en une mortification des os de la face, qui débute toujours par Tune ou l'autre mâchoire, le plus souvent par l'alvéole d'une dent extraite ou malade, mais qui peut s'étendre de proche en proche à d'autres parties du squelette de la tête.
C'est en Allemagne, pour la première fois, que cette maladie, généralement désignée aujourd'hui sous le nom de nécrose phospkh riquCy et plus vulgairement dans les fabriques sous le nom de mal chimique^ a été observée et décrite. M. le docteur P. Broca, professeur agrégé à la Faculté de médecine, a rédigé pour une publication anglaise une excellente histoire chirurgicale de la nécrose phosphorique ; il a bien voulu nous communiquer ce travail, auquel nous avons emprunté des détails historiques et bibliographiques qui méritent toute confiance, et qu'il nous a paru utile de consigner ici.
M. Lorinser (de Vienne) publia, au mois de mars 18&5, un mémoire dans lequel il rapportait l'histoire de neuf femmes atteintes de nécrose des mâchoires, et sur lesquelles cinq avaient succombé, et une seule était guérie. A la môme époque, il y avait eu déjà quelques cas analogues à Nuremberg. Depuis cette époque, M. Hejrfelder à Erlangen, M. Neumann (de Berlin,) M. Strohl, M. Th. Roussel, M. Sédillot et M. Dupasquier en France, publièrent des travaux pleins d'intérêt sur cette question si importante et si neuve. Enfin, en 1849, parut à Erlangen l'ouvrage de MM. de Bibra et Geist, le plus considérable et le plus complet qui ait été écrit sur ce sujet et qui a été l'objet d'un rapport plein d'intérêt fait à l'Académie de médecine par M. Bouvier. Quelques faits récents, insérés dans divers recueils français et anglais ou non encore publiés, et dus à quelques observateurs dont nous aurons occasion de citer les opinions, notamment à M. le docteur Lailler et à M. Humbert, interne des hôpitaux de Lyon, qui a communiqué à la commission du conseil de salubrité de cette ville douze cas de nécrose très complets, sont venus mon* trer jusqu'à ces derniers temps que cette affection n'a pas cessé de faire des victimes parmi les ouvriers des fabriques d'allumettes.
Ce n'est pas ici le lieu de retracer le tableau des caractères symptomaliques, de la marche, des lésions anatomiques et des autres signes propres à cette affection. Il suffit de montrer la réalité et rétendue du mal, et de remonter à la cause spécifique qui le produit, dans le but d'en prévenir, s'il est possible, le développement et les progrès ultérieurs.
Le nombre des cas de nécrose phosphorique, qui ne parait ptf très considérable, eu égard au chiffre total du personnel appartenant à l'industrie des allumettes, acquiert plus d'importance, lorsque l'on
réfléchit qu'une partie seulement des ouvriers est exposée à cette maladie. On Toit alors que la proportion de ceux qu'elle atteint est beaucoup plus forte qu'on ne serait tenté de le croire. A Lyon, ^ar exemple, douze cas de nécrose phosphorique, survenus de 1846 à 1855, ont été recueillis par la commission du conseil d'hygiène, qui évalue à 250 environ le nombre des ouvriers qui ont paru dans les fabriques durant cette période de neuf ann4es. Et si l'cm déduit de ce chiffre de 250 les ouvriers employés aux opérations qui ne sont pas insalubres, c'est-à-dire à peu près les deux tiers, on voit que le mal chimique a ft*appé environ 10 ouvriers sur 100. H est assez difTicile d'ailleurs de faire un recensement complet des cas qui se soDt produits soit en France, soit à l'étranger, non-seulement parce qu'ils ne sont sans doute pas tous connus, mais encore parce que beaucoup ont été consignés à la fois dans plusieurs recueils, sans qu'il soit possible de les distinguer. Nous dirons seulement que M. Broca, en additionnant les faits de M. Lorinser, ceux de M. Neumann et ceux de M. Geist jusqu'en 18&9, est arrivé à un total de 51 cas. D'un antre côté, M. Lailler estime à 37 le nombre d'ouvriers qui, à sa connaissance, ont été atteints à Paris depuis que la maladie y a été signalée jusqu'en 1856, c'est«à-dire en dix ans.
Parmi les malades, on troi^veàla fois des hommes et des femmes; celles-ci paraissent même avoir fourni, en Allemagne surtout, le plus grand nombre des victimes, ce qui tient uniquement à ce qu'elles forment la grande majorité de la population des fabriques. Les différences qui existent, à cet égard, dans les divers établissementsi tenaient à des circonstances toutes locales : ainsi, tandis que les 10 premières observations de M. Lorinser portaient sur des femmes; que, sur les douze cas de Lyon, nous comptons 7 femmes et seulement 5 hommes; que, sur six observations de M. Broca, les deux tiers étaient des ouvrières employées à l'emboîtage des allumettes, nous voyons que les 37 exemples de nécrose phosphorique recueillis à Paris par M. Lailler comprenaient 23 hommes et 1/i femmes*
Tne particularité très remarquable et constante, c'est que le mal ne se développe qu'après un temps de séjour assez long dans les ate* licrs. Ce n'est guère qu'après trois ou quatre ans, quelquefois beaucoup plus tard, et même après que les ouvriers ont qmiié depuis un certain temps le travail des allumettes, que deviennent appréciables les premiers symptômes de la nécrose, dont les progrès sont lents et insidieux. C'est là ce qui explique comment Dupasquier a pu vainement chercher cette maladie en 18/i6, chez les ouvriers lyonnais, où, moins de dix ans plus tard, la commission d'enqu(}te en trouvait douze cas. Ceux-ci, en effet, sont fournis, de 18^6 à 1856, par des individus employés dans les fabriques depuis huit, neuf, dotize et
su ALLUMETTES.
quinze ans; et il est permis de penser qu'il y a dix ans rinduslric éUiil Irop récente pour avoir fait déjà un nombre de victimes capable d jéveiller Tallention sur un mal jusqu'alors inconnu. .
1^1 gravité de la nécrose phosphorique ne saurait être révoquée en doute. Non-seulement de nombreux cas de mort ont été la suite de l'empoisonnement dont elle est le dernier terme; mais ceux même qui échapper^ à cette terminaison funeste restent affligés de umtilations de la face et d'infirmités incurables, qui ont été très bien décrites par M. Broca. « La dilformité que laisse après elle la nécrose phosphorique, lorsqu'elle» est un peu étendue, dit ce savant chirurgien, compromet pour toujours hi mastication et rartioulation des sons. En effet, la régénération est toujours fort incomplète; elle manque presque entièrement sur le maxillaire supérieur; sur le nicixillaire inférieur, elle donne lieu à un os nouveau privé de dents, olfrant peu de surface, et qui, décrivant une courbe moindre que Tos ancien, ne répond plus à l'arcade dentaire supérieure dans les mouvements de la mastication. 11 en résulte encore, lorsque la nécrose a ij'appé la partie moyenne du corps de ces os, que la saillie du menton disparait presque complètement; souvent il reste, en outre, une tuméfaction considérable qui occupe le niveau des branches de la mâchoire , et qui est due à l'engorgement chronique des parties molles, et surtout au volume considérable de la partie correspondaiile de l'os nouveau : double circonstance qui donne au malade une physionomie étrange et carîictéristique. » Nous avons dit que le mal chimique se termine trop souvent d'une manière funeste. Sur les 9 premiers malades obsenés ptu* Lorinser, lors de la publication de son mémoire, 5 étaient morts, un seul était guéri, 3 étaient encore en traitement. Les 12 observations consignées dans le rapport de M. Glénard ont donné 7 cas de mort, et un seul exemple de guérison constaté. 11 est bon de noter que la phlhisie est venue compliquer le mal chimique chez 6 des ouvriers lyonnais. Enfin M. Laitier a obtenu les résultats suivants : sur les 37 obsenations qu'il a recueillies, 5 des malades sont njorts, 21 sont guéris, 2 sont en traitement; les renseignements mauquejil pour les autres. S'il est permis de penser que la nécrose phosphorique, aujourd'hui mieux comme et traitée plus rationnellement, est devenue moins meurtrière, il n'en'estpas moins ^Tai qu'elle constitue, en raison de sa- nature et de ses suitt^s, une affection très cruelle et l'une des maladies professionnelles les plus fâcheuses.
Il nous reste à en déterminer la cause réelle, et à en expliquer, si cela est possible, laspécilicilé singulière. Lorsque l'on considère que la nécrose des mâchoires frappe exclusivement les ouvriers qui sont exposés aux émanations de mastic inflammable, soit pendant, soit
après lo trempage des «alliimettes, ol qiie, d'un autre côté, ce mai était inconnu dans les fabriques d'allumeltes chimiques avanl le moment où le phosphore a été introduit dans la composition de ces mastics, il est impossible de ne pas être conduit à attribuer îiux émanations phosphorées qui se répandent dans les ateliers de trempage et de démontage des presses, les accidents divers, et notîimment la nécrose que l'on observe chez les ouvriers qui y séjournent. On ne peut plus s'arrêter aujourd'hui à l'hypothèse de Dupasquier, qui, génénilisant il tort un fait sans doute exceptionnel, imputait ^ux vapt^urs arsenicales provenant de l'acide sulfuriquc impur employé «'i la fabrication du phosphore l'insalubrité des fabriques d'alhimettes. Nous avons indiqué les éléments dont se compose la pâte inflammable (les allumettes, et il est bien évident qu'aucune autre subsUmce que le phosphore ne peut se volatiliser ou former des combinaisons capables de se répandre dans l'air, et jouissant de propriétés irritantes et toxiques. Les analyses faites par le savant chimiste lyonnais, d'une part, et de l'autre par M. Paul Thenard, ont d'ailleurs établi ce fait, en montrant que les vapeurs qui troublent la pureté de l'atmosphère dans les ateliers dont il s'agit, étaient formées surtout d'acide hypophosphorique, mélangé de petites quantités d'hydrogène phosphore. La présence du phosphore en nature dans ces vapeurs est démontrée en outre par la phosphorescence de l'haleine des ouvriers qui les absorbent. Quant à l'action directe que le phosphore exercerait sur les os maxillaires, là où une altération primitive des dents les rend accessibles, elle a été mise en lumière par une expérience ingénieuse de M. de Bibra. Deux lapins sur lesquels il avait enlevé deux dents molaires en fracturant la mâchoire, mis en cage et exposés aux vapeurs du phosphore, moururent, à peu de jours de distance l'un de l'autre, au bout de deux mois environ. Les fractures n'étaient pas consolidées; le périoste environnant, qui avait subi le contact des vapeurs phosphorées, était épaissi et enflammé; les parties molles voisines étaient infiltrées de pus, et une couche osseuse nouvelle, peu adhérente, était déposée sous le périoste qui recouvrait les fragments. M. Broca, qui cite ces expériences, fait remarquer que la fracture complique et peut, jusqu'à un certain point, amoindrir les résultats obtenus : ceux-ci suffisent toutefois, par leur analogie frappante, à établir l'influence spécifique des vapeurs phosphorées dans la production de la nécrose maxillaire.
11 est cependant une objection qui se présente naturellement à la pensée, c'est l'absence constante de cette afi*ection dans les fabriques do produits chimiques, où l'on prépare le phosphore en grand, et chez les ouvriers spécialement occupés à cette opération, qui respirent pourtant une atmosphère chargée de vapeurs phosphorées, et
dont les excrétions lumineuses attestent qu'ils en absorbent une certaine quantité. Le Comité consultatif dliygiène publique chargé par M. le ministre de Tagrieulture, du commerce et des travaux publics de lui présenter un rapport sur la grave question hygiénique qiie nous traitons en ce moment, ne s'est pas dissimulé qu'il y avait là une difficulté qu'il importait de résoudre ; et c'est dans ce but qu'il a fait appel au zèle du Conseil d'hygiène de Lyon, mieux placé qu'aucun autre pour éclaircir cette question, en raison du voisinage de la fabrique de MM. Coignet, établie à la Guillottière depuis 1838, et qui ne produit pas moins de 60 à 80 000 kilogrammes de phosphore par an. L'enquête aussi éclairée qu'étendue à laquelle s'est livré le conseil du déparlement du Rhône a porté ses fruits ; et, sans reproduire les détails techniques qu'il nous a transmis sur les procédés de fabrication, nous dirons que le rapport a très nettement établi l'innocuité absolue de la fabrication en grand du phosphore, malgré les émanations phosphorées qu'elle produit en abondance, opinion déjà exprimée dix ans auparavant par Dupasquier, et conforme au témoignage des deux médecins honorables qui se sont succédé dans l'établissement de MM. Coignet.
La commission lyonnaise donne d'ailleurs une explication plausible de l'immunité des omTiers en phosphore, comparée à l'altération grave de la santé de ceux qui fabriquent les allumettes, qu'elle attribue à la dissemblance du genre de travail dans les deux industries. « Tandis que les om-riers des fabriques d'allumettes, dit le savant rapporteur, accumulés dans une pièce souvent étroite et mal aérée, absorbent constamment, presque sans bouger, un air infect, les ouvriers des fabriques de phosphore se meuvent à leur aise dans de vastes ateliers, largement ouverts Tété et très imparfaitement clos l'hiver, dans lesquels l'air est constamment renouvelé, grâce à la puissante ventilation opérée par d'énormes foyers incandescents; en outre, ces ouvriers, qui n'ont qu'à entretenir le feu ou à surveiller les récipients ob se condense le phosphore, ne sont pas constamment attachés à leurs fourneaux. Quand ils ont garni le foyer de charbon et les récipients d'eau, ils peuvent se reposer quelques instants ; ils sortent alors, et respirent l'air extérieur. On voit que les conditions dans lesquelles vivent ces ouvriers sont tout à fait différentes de celles des individus appartenant aux fabriques d'allumettes. Cependant les mouleurs de phosphore paraissent au premier abord pouvoir être assimilés aux trempeurs d'allumettes. Passant leur journée assis dans une pièce humide, sombre, au milieu, en quelque sorte^ de masses de phosphore, on s'étonne que leur santé n'éprouve pas de sérieuses atteintes. Mais on doit faire observer que le phosphore moulé en cylindres épais n'est pas au contact de l'air, qu'il est soigneusement
ALLUBIETTE8. 87
immergé dans Teau, tandis que dans l'atelier du trempeur, le phosphore, infiniment divisé dans la pAte, est exposé sur une grande surface à l'air; que les vapeurs qui s'exhalent dans ces deux cas ne doivent pas être de môme nature, de même composition, et par conséquent ne peuvent avoir les mêmes effets sur l'organisme. »
Ce parallèle des deux industries renferme sinon la seule explication possible, du moins la raison la plus apparente et la plus facile .à saisir des différences qu'elles présentent au point de vue de leur action SOT la santé de ceux qui les exercent ; aussi ne doit-on pas hésiter à conclure que les émanations phosphorées sont bien, en réalité, la cause spécifique des accidents et des maladies particulières que l'on observe chez les ouvriers employés dans les fabriques d'allumettes chimiques.
Ineendleii, explestens. — Le second danger que présentent la fabrication et l'emploi des allumettes chimiques, est celui d'incendies ou d'explosions. De nombreux accidents, de terribles désastres, n'ont qae trop justifié, à cet égard, les craintes des populations et les mesures de police qui, dans tous les pays, ont été prises pour isoler les fabriques d'allumettes. Pendant la seule durée de l'enquête à laquelle nous avons procédé, trois incendies ont éclaté aux environs de Paris, et le Conseil d'hygiène de Sarreguemincs en a signalé un autre. Les accidents de cette nature n'ont pas toujours les proportions d'un semblable sinistre ; mais, ce qui est extrêmement fréquent, ce que tous les fabricants reconnaissent comme un fait de tous les jours, ce sont les combustions partielles d'une certaine quantité d'allumettes, soit dans les séchoirs, soit dans les caisses d'emballage ; tous s'accordent d'ailleurs à dire que ces feux de séchoirs, ces paquets d'allumettes enflammés, s'éteignent d'eux-mêmes et sur place. Cette circonstance est extrêmement importante, au point de vue du transport des allumettes. Les conditions très dures imposées par les administrations de chemins de fer (1) ou de roulage, le refus des compagnies d'assurances, soulèvent parmi les négociants des plaintes et des récriminations unanimes.
Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier que la fabrication, de même que le transport et l'emploi des allumettes chimiques, ne soit une cause, en quelque sorte, permanente d'incendies. M. Chevallier a montré par la statistique ofQcielle publiée chaque année, que le nombre d'incendies accidentels a plus que quadruplé depuis 1838,
(I) Les admiDistrations du Nord et de Rouen étaieut, jusqu'à ces derniers temps» les leales qui acceptassent le transport des allumettes, et encore une seule fois par semaine, par wagon complet de AOOO kilogrammes, et hors classe, c'est-à-dire au larirde 69 fr. tn lien de 40 fr.
époque de la vulgarisalion de l'emploi des allumellos chimiques. En 1832, il y eut 2262 iueendies accidentels, un peu moins en 1833, Zli, 35, 36, 37 ; mais dès 1838, le chiffre s'élève à 2776 ; en 1839, il est de 3056; en 18^0, de 3812; en. 18^1, de 30M; en 1862, de 3897; un peu moins élevé Tannée suivante ; UMH en 18iii!i ; 5898 en 18/i6 ; 6577 en 1867; 7061 en 1869; 7665 en 1850; 8732 eu 1852; 10 753 en 1856; 9697 en 1857.
Mais c'est là un inconvénient sur lequel, en réalité, nous n'avons pas à nous arrêter; car ce n'est pas plus au phosphore qu'au soufre, qu'aux hois desséchés, qu'il faut imputer spécicilemcnt ce danger inhérent à tout amas de matières comhustibles et à tout moyen naturel ou artificiel de se procurer du feu.
Les explosions auxqut'lles peuvent donner lieu les fabriques d'allumettes, la préparation et l'application des pâtes inflammables, doivent, au contraire, fixer notre attention d'une manière toute particulière, car ces détonations redoutables, qui ont fait à diverses époques, en divers lieux, de nombreuses victimes, ne peuvent dépendre que de la composition ou du mode d'emploi défectueux du mastic dans lequel s'opère le trempage. Or, il est un premier point qui ressort de nos recherches, c'est que les explosions sont heureusement devenues beaucoup plus rares dans ces dernières années. Les exemples funeste^ que l'on cite remontent pour la plupart à dix ou quinze ans. Il importe donc de déterminer si ce progrès est dû à une modification apportée dans la composition des mastics ou à toute autre cause. On sait qu'au début de la fabrication, la pÂte inflammable des allumettes se composait de phosphore et de soufre, et plus tard de chlorate de potasse et de phosphore. On serait tenté de croire que les explosions étaient dues uniquement à ce mélange de phosphore avec Tune de ces subtances, et surtout avec la dernière; et que si elles sont moins à craindre aujourd'hui, cela tient uniquement à la proscription du chlorate de potasse et h l'emploi du phosphore, uni seulement à quelque matière inerte.^Mais nous avons vu que cette proscription du chlorate de potasse n'est ni si générale, ni si absolue qu'on paraissait le croire, vi qu'il entrait encore très fréquemment dans la composition de la pûtc des allumettes. Ce n'est donc pas en réalité l'absence de cet élément, ce sont les procédés mieux entendus, suivant lesquels on l'emploie, qui ont en grande partie fait disparaître le danger. Les fabricants eux-mêmes, qui ont cependant tous présents à l'esprit les exemples terribles de plusieurs de leurs confrères morts victimes de leur imprudence, reconnaisfent que le travail à froid, la préparation de petites quantités de mastic, sont des garanties assurées contre de tels malheurs. Ces considérations ne paraîtront s^ns doute pas inutiles, lorsqu'il
;ira d'apprécier des proré(l(»s dans lesquels pourrait entrer comme nent nécessaire l'emploi du chlorate de potasse.
I est bien entendu toutefois qu'il ne faut piis complélement fer-
• les yeux sur les propriétés de cette substance, et qu'on doit r compte des effets qu'elle peut produire en déterminant une agration trop vive, et, par suite, la projection de fragments de ; enflammée capables d'amener des accidents de plus d'un-genre, il serait d'ailleurs superflu d'énumérer.
Inc dernière espèce d'insalubrité attribuée au voisinage des fabri- 'S ou dépôts d'allumettes chimiques, consiste dans l'action nuile des vapeurs d'allumettes sur la végétation. Un employé d'une rique d'allumettes ayant eu l'idée de faire brûler dans le jardin
* grande quantité d'allumettes défectueuses, un dommage considère résulta du transport des gaz à plus de 200 mètres sur une pièce luzerne, siu* les fleurs d'un jardin et même sur de grands arbres. Bai|N»liienueiiients par la pAte den allametten. — Nous nmes arrivé au dernier et en même temps au plus grave desinconlients que l'on puisse reprocher aux allumettes chimiques : nous lions parler des propriétés vénéneuses du mastic dans lequel elles
II trempées.
Tout le monde sait que le phosphore est un poison, et l'usage e l'on fait de la pÂte phosphorée, dont nous n'avons pas à nous cnper ici, en dit assez le danger. Mais ce qui n'est pas moins 5ré, et ce que prouvent des faits, dont il esta craindre que lenom- ? ne se multiplie, c'est que le mélange qui sert à fabriquer les alluîlles phosphoriques est également vénéneux. Des empoisonnemts suivis de mort ont eu lieu à l'aide de ce mélange, et l'on ne at songer sans effroi que, placé dans toutes les mains, dans jtes les demeures, à portée de tous les âges, il offre à la négli- Qce ou au crime des facilités singulières.
Les feuilles publiques sont remplies à cet égard de faits qui présentent pas toujours des garanties d'authenticité suffisantes, qui parfois môme portent avec eux la preuve de leur inexactiie. Mais à côté de ces récits controuvés qui peuvent avoir les plus Qestes conséquences par l'enseignement et les révélations qu'ils ntiennent, il est des exemples constants d'empoisonnements par pâte des allumettes chimiques qui ont été l'objet d'enquêtes judiaires et d'expertises. Ce sont ces faits dont M. Chevallier père cYant plusieurs cours d'assises, M. le docteur Causse d'Albi et L Chevallier fils dans leur mémoire, ont eu lieu de faire ressortir importance sociale. Ils fournissent, en effet, la preuve que, dans » classes les moins éclairées, les propriétés toxiques de la pâte des llumettes sont désormais connues. Nous empruntons à la dernière
W ALLUMEITES.
publication de M. A. Cbcvalli^r le lableuu stalistlquo olUciel di's empoisonnements rangés d'après ta nature des poisons employés, document très important au puint de \'ue qui nous occupe.
Tnblmu des criinfs d'etnpoisotmemeni déférés ans- cours d'assùn de 1851 à 1858. IVnCiire des pnisojix empluyh /lar les accusés.
ISSI 1S53 I8S3 IB54 I8SS 1SS6 18ï7 IBSB
Total des crimes d'empoi- «oiinement compris dans les accusatîoDa de cette nature iétériei aux cours d'asiises.
Pnr le phosphore
Par l'arsenic
Parlesulrale do cuivre
Par d'aulrea toxiques divers dont chaque espèce priS- ■cnle peu de ess chaque
Ce tahlenu ne comprend que les crimes qui sont soumis chaqM année au jugement du juiy. Un a dû laisser en dehors, faute il renseignemenis sulUsants, ceux qui restent sans poursuites, qiioiqiK dénoncés à la justice, soitparce que les auteur.'; restent inconnus, idi qu'il n'ait pas été recueilli de charges assez fortes contre les auletA * désignés : leur nombre peid eire évalué au tiers de celui des cntus jugés. La lecture du tableau qui précède d(:monlre: 1° que dés 1851, if phosphore était déjà cmplojé en France comme substance toxiqiU> que déjà 13 cas d'empoisonnement avaient été le sujet de poursuites judiciaires; 2* que l'arsenic, qui était le toxique le plus soocent usité par les criminels, est ifiainlenant beaucoup moins emplcyf. landJs çue le phosphore est mis en usage dans un jilus granil nombre de cas. En cfTet, on voit, en consultant le tableau, qu'àpaiti^ de 1856 on a compté autint de cas d'empoisonnement par le phos" phore que par l'arsenic ; qu'on 1857 le phosphore a été employé 23 fciîi l'arsenic 18 fois; qu'en 1858, le phosphore a été employé 20 flwl'aisenic 9 fois; enfin qu'en 1859, on a compté £i9 cas d'empoisonnement, 25 cas d'empoisonnement parle phosphore, 9 parrarseni'-
Peut-on prévoir quel accroissement prendraient dans Tavenir les ftinestes effèls des préparations phosphorées, parmi lesquelles les allumettes tiennent le premier rang? L'exposé succinct des faits cités par les auteurs, ou que nous avons recueillis nous-méme, peut donner une idée des circonstances dan^ lesquelles se sont produits ces empoisonnements, soit accidentels , soit volontaires, soit criminels.
Empoisonnements accidentels par les allumettes. — 1** Empoisonnement mortel d'une femme et de ses deux filles, constaté par l'analyse d'experts de Toulouse, et produit par le mélange accidentel d'aliments avec des allumettes contenues dans le panier de cette femme qui faisait le colportage des allumettes.
2* Empoisonnement, non suivi de mort, d'un enfant du Jura, qui, en jouant, avait sucé des allumettes.
3' Empoisonnement, sui\'i de mort, d'une femme du département de l'Ariége, qui avait, par mégarde, fait cuire des légumes dans un vase où se trouvait, par hasard, un paquet d'allumettes, et «jui ne s'était aperçu de ce fait qu'après avoir pris une partie de ces aliments, et au moment où, en versant le reste du contenu, elle avait découvert les allumettes au fond du vase. Elle succomba après deux jours de souffrances.
4* Suicides au moyen des allumettes, — Empoisonnement, suivi de mort, d'une jeune servante qui, par désespoir d'amour, prit une fcrte dose de pâte enlevée à des allumettes, et alla mourir très rapidement, au milieu d'horribles convulsions, chez celui qu'elle aimait.
5" Tentative d'empoisonnement d'une jeune fille demeurant à Paris, dans le voisinage de l'Hôtel-Dieu. Cette affaire, qui avait été portée à notre connaissance par M. le professeur Nélaton, et dont nous devons les détails à l'obligeance de M. le docteur J. Fiévet, oflire des circonstances extrêmement dignes d'intérêt. Cette jeune fille, entraînée au suicide par le désespoir, avait été conduite à bire choix du poison des allumettes par la lecture d'un récit rapporté par la plupart des journaux politiques, et suivant lequel trois personnes seraient mortes instantanément pour avoir avalé une tasse de café dans lequel auraient macéré des allumettes phosphoriques. La certitude d'une mort prompte et sûre décida cette jeune fille à employer le môme moyen. Le 17 mars 1856, elle fit tremper pendant sept ou huit minutes seulement, dans du café très chaud, l'extrémité phosphorée de cent et une allumettes. La faible partie de la p&te dissoute suffit pour déterminer des accidents d'empoisonnement très graves, heureusement conjurés par les soins très habilen^ent dirigés, au moment même de l'accident, par M. Fiévet; mais
la ^nérison nTîtail pas romplùle après huit jours. Ajoutons que les allumettes qui nous ont été représentées eonservaient presque toutes la propriété de s'enflammer par le frottement, et n'avaient pai* conséquent perdu qu'une portion peu considérable de la pâte vénéneuse.
6' A la niC*mc épflque, le commissaire de police du quartier où s'était passé le ûut précédent constatait le suicide d'un homme qui, avant de se pendre, avait tenté de s'empoisonner au moyen d'un liquide dans lequel il avait fait tremper des allumettes.
7" Tout récemment, M. le préfet de police transmettait à M. le ministre la copie d'un rapport du commissaire de police de Belleville, eu date du 27 février 1856, qui annonçait que la veille il avait fait arrêter un malheureux ouvrier, au moment où il préparait pour se détruire une forte dose de phosphore détaché d'un paquet d'allumettes, disant ce moyen infaillible.
8' Enfin, un grenadier de la garde impériale a succombé à l'hôpital du Roule, victime d'un suicide par la pâte des alliunettes, dont il avait appris les propriétés vénéneuses par la lecture d'un article' du journal.
9* Empoisonnements criminels par les allumettes. — Tentative d'empoisonnement commise récemment par une femme sur son mari, à l'aide d'un mélange de phosphore enlevé à des allumettes avec du tabac préparé pour être mâché.
10° Empoisonnement, suivi de mort, d'un homme de cinquantecinq ans, au moyen d'une soupe dans laquelle on avait trouvé des débris d'allumettes chimiques, et une substance luisante déposée au fond de la soupière.
11° Empoisonnement, suivi de mort, d'un sieur G..., cultivateur dans la Gironde, a qui sa femme fit prendre une soupe dont le bouillon dégageait des lueurs blanchâtres, et prenait feu quand oo le chauffait, et salé avec du sel contenu dans un saloir où l'oa retrouva du soufre ; double indice de l'addition de la pâte des allumettes.
12* Tentative d'empoisonnement commise par une servante de Bergerac, au moyen d'eau dans laquelle elle avait mis tremper des allumettes, et que sa maîtresse, à qui elle l'offrait, repoussa, à cause de sa saveur désagréable.
13* Empoisonnement par des prunes dans lesquelles on avait introduit de la pâte qui sert à la confection des allumettes.
Ajoutons «'i ce^ observations si probantes quelques faits d'un autre ordre qui viennent les confirmer. MM. Lassaigne et Raynal, dans des expériences pleines d'intérêt sur lesquelles nousaurons à revenir, ont administré à des animaux une pâte faite avec de la mie de pain, de la viande hachée, et la matière combustible détachée de Textré-
mile des allumettes par l'immersion dans une petite quantité d'eau distillée. Cent trente-cinq allumettes ont fourni 2k% 2 de pâte inflammable, qui ont été donnés à un chien bien portant, qui, après avoir souffert de coliques violentes, succomba le troisième jour avec tous les signes d'une inflammation très vive de Testomac et de l'intestin. Les inOmes essais faits sur un moineau avec une dose de 12 centigrammes du même mélange ont donné des résultats identiques.
De leur côté, les fabricants d'allumettes entendus dans l'enquête ont tous déi'laré qu'ils ne pouvaient garder d'animaux domestiques dans leurs établissements. L'un d'eux môme n'a fait aucune difficulté d'avouer, comme la chose du monde la plus simple, qu'il distribuait à ses voisins, pour s'en servir en guise de mort-aux-rats, les eaux de lavage de sa fabrique.
L'n tel fait n'a pas besoin de commentaires, et montre à lui seul l'usage que l'on peut faire du mastic inflammable des allumettes chimiques.
De l'exposé que nous venons de faire et des développements qui précèdent, il résulte donc que la fabrication des allumettes chimiques préparées avec le {Bosphore ordinaire oflrc des dangers réels au point de \*ue de la salubrité des ateliers et de la santé des ouvriers, ci que leur emploi met à la disposition de tout le monde une substance éminemment vénéneuse, qui a déjà produit un trop grand nombre d empoisonnements, soit accidentels, soit criminels ; double circonstance qui, jointe à la possibilité des incendies et des explotioQs, démontre qu'il y aurait un réel avantage à modifier la compositioa du mastic des allumettes, et à en faire disparaître d'une manière définitive et absolue le phosphore ordinaire.
Bc0 moyen* de remédier autil Inconvéïileiils et aam danfers des allamette* ehlmlqaes. — Nous avons, en interrogeant les faits, constaté l'étendue du mal et son origine; nous devons en chercher le remède.
En présence des inconvénients qui ont été signalés, et dont quelques-uns ne tiennent pas seulement à tel ou tel procédé de fabrication, mais à la nature même et aux propriétés essentielles des allumettes inflammables par frottement, on conçoit que la première pensée inspirée par le danger ait été de prohiber d'une manière absolue les allumettes chimiques. Une semblable mesure a été prise dans un Étal voisin de la France, à l'occasion d'un grand incendie ; Il à une époque toute récente, nous avons vu dans notre pays môme le conseil général du Morbihan, approuvant un avis émané du conseil d'arrondissement de Lorient, émettre le vœu que la vente des Mlnmettes chimiques soit interdite aux colporteurs qui parcourent
les rampagnes. Le préfet du département, en transmettant cette
délibération, s'associait aux intentions du conseil, et différait seulement sur le moyen de les remplir, préférant l'établissement d'une taxe à percevoir sur les allumettes à la sortie même des fabriques. Le Comité d'hygiène publique n'a pas eu à se prononcer sur une semblable mesure, que M. le ministre des flnances a d'ailleurs regardée comme impraticable. Mais il nous est permis de faire remarquer que cette proposition seule à laquelle il faut joindre les vœux très explicites d'un grand nombre de conseils généraux, atteste un sentiment très vif du danger que présente pour la sécurité publique l'extension sans mesure qu'a prise l'emploi des allumettes chimiques, et à laquelle n'a pas peu contribué l'accroissement, à tant d'égards regrettable, de l'habitude de fumer. Et s'il peut paraître paradoxal de contester les avantages du progrès qui a subslitué les allumettes chimiques aux simples et antiques moyens de se procurer le feu nécessaire aux besoins de la vie, il n'en est pas moins vrai que l'on peut se demander si, au point de vue de Thygièno et de la salubrité, les inconvénients n'ont pas dépassé l'utilité de cette invention.
Ce n'est pas que nous puissions penser à conseiller une réforme aussi radicale ; mais il est bon de ne pas perdre de vue que ce ne sont pas seulement des améliorations de détail qu'il s'agit de réaliser en cette matière, mais que les progrès industriels doivent tendre i une révolution plus complète. Par cette raison même, il est éWdent que si l'on doit accueillir toutes les modifications heureuses qui paraissent dès à présent réalisables, il ne faut pas engager l'avenir, et, en décourageant de nouvelh^s tcîntatives, fermer la route qui doit conduire au but. C'est d'après ces principes que la commission, convaincue d'ailleurs du progrès qui s'accomplit en ce moment dans cette industrie, s'est appliquée à juger les moyens proposés pour diminuer ou faire disparaître les inconvénients des allumettes chimiques.
Nous avons vu que ces inconvénients ne reconnaissaient pas tons la môme cause, et que, tandis que l'insalubrité de la fabrication et la possibilité des empoisonnements tenaient h la présence du phosphore dans la pâte des allumettes, le danger d'incendie et d'explo» sion résultait de la propriété même qu'ont celles-ci de s*enflammer spontanément et par le plus simple frottement, quelle que soit d'ailleurs la conjposition du mastic.
De« moyens de remédier aai danger* d'Ineendle ci d'explosion. — A ce dernier danger, des efforts récents sont venus opposer un changement complet dans la confection de l'allutnelte. Pour éviter la détonation accidentelle qui résulte du mélange intime des deux substances explosibles dans le mastic inflafnmable, on les a maintenues isolées en appliquant l'une à l'extrémité
de la tige de rallumette, et en étendant Tautre sur la surface contre laquelle doit s'opérer le frottement. Tel est le principe des allumettes qui ont figuré à l'exposition universelle de 1855, et qui ont mérité une récompense à la fabrique suédoise de Jbnkœping. Ces allumettes, dites de sûreté hygiénique, pour lesquelles un brevet a été pris en France, sont composées de la manière suivante. II n'entre pas de phosphore dans la pâte môme des allumettes, qui est formée de chlorate de potasse, de sulfure d'antimoine et de colle. Les allumettes ainsi préparées ne peuvent s'enflanmier que si on les frotte contre une surface disposée spécialement à cet effet, c'est-à-dire recouverte d'un enduit composé de phosphore rouge, d'antimoine et de colle. Cette surface occupe l'un des côtés extérieurs de la boite obsont renfermées les allumettes. Le peu de combustibilité du phosphore amorphe prévient le danger qui pourrait résulter du frottement des boites les unes contre les autres.
On ne saurait méconnaître ce qu'a de séduisant un pareil système, qui aurait an moins Pavantage de prévenir les déflagrations accidentelles produites, soit par un choc, soit par les frottements inévitables dans l'emballage et le transport des allumettes, et qui, sans faire disparaître complètement le danger d'incendie, tend certainement à l'atténoer. Il resterait à juger de sa valeur au point de vue de l'emploi, et relativement à la conservation de l'enduit et à l'usage que peut faire la surface de frottement de ces briquets. A cet égard, l'expérience n*a pas encore prononcé, et tout ce qu'il est permis de dire, c'est que les briquets suédois, dont la préparation est d'ailleurs fondée sur la nbstitution du phosphore rouge au phosphore blanc dont nous allons parler, méritent d'être signalés comme réalisant un perfectionnement intéressant pour la sûreté publique.
Bes wnojenm de prévenir Flnsaliabrlté de la tebrieatien des allmuette* et la possibilité des empolsonne- ■iesits. — Quant aux dangers qui peuvent résulter, soit des émanations des ateliers, soit des propriétés vénéneuses du mastic des allumettes, et que nous savons devoir être attribués à la présence du phosphore dans cette composition, les moyens tentés jusqu'à ce jour pour les combattre sont loin d'avoir réussi à les conjurer d'une manière complète. Sans doute l'isolement des différents ateliers, une aération suffisante et une ventilation active, l'établissement sur les fourneaux destinés au soufrage et au chimicage^ de ^tcs assez larges pour dépasser les travailleurs et communiquant avec des cheminées d'un puissant tirage, le soin de ne pas employer comme combustible dans les fourneaux des résidus d'allumettes ; ces Dicsures, proposées à plusieurs reprises par les Conseils d'hygiène du ^fd, de la Oironde, du Rhône, des Bouches-du-Rhône, et dévelop-
p6es dans un règlement général élaboré en 18/45 parle Conseil desîilubrité de Paris, ont contribué à assainir les fabriques d'allumettes chimiques, mais elles n*ont fait disparaître ni la cause principale d'insalubrité, ni la maladie cruelle qui en est la suite.
Et quand bien même elles eussent produit cet effet, elles n'auraient pas atteint cette funeste propriété toxique du mastic inflammable, ni empêché les accidents ou les crimes dont elle peut être la source. A cet égard, il est vrai, M. G€id(»t de Gassicourt, dans un rapport fait en mars 18j/i au Conseil d'hygiène du déparlement de la Seine, cl M. Chevallier, dans la première série de recherches consignées dans le grand rapport académique que nous avons déjà cité, avaient émis la pensée qu'il pourrait suflirc d'«ijouter à la pftte des allumettes quelque substance qui, par une saveur ou une odeur particulière, fût de nature à éveiller la défiance en inspirant le dégoût : telle, par exemple, que l'aloès ou la coloquinte; mais l'insuflisimce d'une seoiblable garantie est malheureusement démontrée par les faits. Les caractères naturels propres à les déceler ne manquent pasî la plupart des poi-. sons ; et pourtant, soit que leur saveur ou leur odeur soient masquées par quelque mélange, soit qu'elles se révèlent trop tard, ne les voilon pas faire de trop nombreus(»s victimes? Pourquoi compterait-on davantage sur un av(»rtissement fourni par quelque caractère arliliciel ?
€'est donc, en réalité, à remplacer le phosphore que l'on doit s'appliquer, si l'on veut sérieusement atteindre et combattre efficacement l'insalubrité de la fabrication et les propriétés vénéneuses des allumettes chimiques. Nous n'avons pas à nous occuper des essais qui, à diverses époques, ont été tentés dans ce but, et li énumérer les diverses substances qui ont été ou qui pourraient être employées à la place du phosphore ordinaire. Mais il est une découverte récente de la science, qui a rei^u dans ces derniers temps une application industrielle, que nous ne pouvons nous dispenser d'étudier avec détail, car elle fournit dès à présent, et sans rien préjuger de l'avenir, un moyen pratique de remplacer avant;igeusement le phosphore dans la fabrication des allumettes.
Caractères et propriétés du phosphore rouge, — La substance nouvelle dont nous voulons parler n'est autre que le phosphore lui-même, modifié par l'action prolongée de la chaleur, non-seulement dans ses caractères apparents, mais encore dans ses propriétés essentielles, cl qui, sous sa nouvelle forme, a reçu de son inventeur, M. le professeur Schrœtter (de Vienne), le nom de phosphore rouge ou amorphe.
Aussi différent du phosphore ordinaire que le sont entre eux, suivant l'ingénieuse comparaison de M. Bussy, le charbon et le diamant, qui sont pourtant au fond la mênif* substance, le phosphore amorphe
ALLUMEriES. 97
un corps solide très dur, se présentant tantôt en masse opaque, ilogue à la pierre hématite, tantôt en poudre d'un rouge foncé, ne Mindant ni odeur, ni vapeur, et pouvant rester exposé à Tair, être iché, manié, transporté, soumis à des frottements, sans prendre i, mais pouvant néanmoins s'enflammer au delà de 200 degrés, et liant sans produire cette flamme éclatante et instantanée que donne phosphore blanc. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les difféices capitales qui existent entre les deux espèces de phosphores, qui, au point de vue qui nous occupe, se résument en ces deux ractèrcs principaux pour le phosphore ordinaire : dégagement, à e température peu élevée, de vapeurs irritantes et nuisibles, comstibilité excessive ; pour le phosphore rouge : absence de toute lanation, même à une haute température, combustibilité peu tÎTe. Ajoutons, comme dernière et importante dissemblance, que I^emier est un poison violent, tandis que le second, ainsi que ns serons en mesure de le prouver, n'est nullement vénéneux. n n'est pas inutile, avant de terminer ces observations prélimiires, de faire remarquer que le phosphore rouge peut être obtenu luellement, d'une manière assurée, en telle quantité qu'on le désire, l*aide de procédés perfectionnés. Le principe de cette fabrication i de maintenir le phosphore ordinaire, pendant dix jours, à une mpératurc de 280 degrés ; et, pour ne parler que de la France, les ibUes industriels qui dirigent la fabrique de la Guillotièrc, MM. Coilet, ont réussi à établir un fourneau s'alimentant de lui-môme, et onnant une parfaite régularité de température, de telle sorte que mdant toute la durée de l'opération, et presque sans suneillance, le egré déterminé est invariablement maintenu. Cette simplification du ivail permet d'agir avec certitude sur plusieurs centaines de kilorammes de phosphore à la fois, et de faire face à tous les besoins e la consommation la plus étendue. Les moyens de purification du liospbore rouge n'ont pas moins d'importance, car une partie du bosphore blanc a pu échapper à la transformation et rester mOlé au hosphore amorphe dont il altérerait les propriétés essentielles. Mais •Q l'en débarrasse aisément après l'avoir pulvérisé sous l'eau et amisé, en le soumettant à une ébuUition prolongée dans une lessive le soude caustique, jusqu'à ce que toute odeur de phosphore ordilaire ait disparu, et en le lavant ensuite à grande eau pour enlever la HMidre qui le rendrait trop accessible à l'humidité.
Des allutnettes au phosphore amorphe. — Les chimistes émincnts pi ont les premiers reconnu les propriétés du phosphore rouge, W. Schrœtter, Bussy, de Vry, ont bien compris le parti que Ton |»urrait en tirer pour la fabrication des allumettes. Dès 1851, des Jlamettes préparées sur les indications du savant professeur de
TAUMIU, OICT, D'HTI». T. 1. 7
9$ ALLUiMEriES.
Vieuiie liguraknl à Texpositioa de Londres ; et au concours universel de 1855 à Paiû.s le jury signalait des échantillons d'allumettes au phosphore amorphe, envoyés par M. Albright (de Birmingham)» eesaion* naire, pour T Angleterre, du brevet de M. Sehrœ4ter> et par M. Camaitte (de Pains), que M. Chevallier avait dirigé dans ses întéressanls essais» Malgré ces premièi^es tentatives, les nouvelles aihunettes ne se sool jusqu'ici répandues dans le commerce ni en France, ni à l'élrai^r; et il y a lieu de rechercher ici quelles sont les conditioiis de leur fabrication et de leur emploi. LmI commission ne s'est pas tenue à l'examen de celles qui lui avaient été présentées, elle en a fait préparer devant elle, et a suivi avec un très grand intérêt les opénytioiis qu'a exécutées sous ses yeux M. Camaillc.
La fisibrication des allumettes au phosphore rouge est extrAmcment simple, et ses procédés ne diffèrent pas, au fond, de ceux; quî sont usités pour les allumettes anciennes. L'industriel habile que aoQS venons de citer nous a indiqué quatre formules, qu'il ne fait aueiM difficulté de rendre publiques, et qu'il croit d'ailleurs encore amceptibles de perfectionnement; ces formules sont les suivantes :
i*" Colle. 100 grammes.
Chlorate de potasse 50 —
Phosphore rouge 25 —
2° CoUe liquide 71/2 —
Phosphore rouge. /i —
Chlorate de potasse !i —
3® Gomme liquide ordinaire. .... 60 —
Chlorate de potasse 40 —
Phosphore rouge liO —
Poudre de verre. 25 —
U^ Gomme adragante liquide 20 —
Chlorate de potasse 1 1/2 —
Phosphore rouge. 6 —
Poudre de verre. 10 —
Cette dernière formule est celle qui parait devoir être préférée, à tause de l'emploi de la gomme adragante qui a la propriété de fkforiser le séchage, circonstance très importante, et qui fait dispanltie la principale objection que nous avons entendu faire au travail à froid ; celui-ci reste donc avec tous ses avantages le seul applicable à la fabrication des allumettes au phosphore amorphe. La gomme est dissoute dans l'eau par une macération prolongée, et le phos* phore rouge réduit en poudre est incorporé à la sohition gommcuse, qui est mélangée elle-même au chlorate préalablement dissous dans des moulins mécaniques. Le trempage et les autres opénalîons ont
lieu l'iisuile suivant les pi*océdés ordinaires. H n'est pas besoin de plus de détails pour faire comprendre que, dans aucun cas, la préparaliou et Tapplication du mastic au phosphore rouge ne donnent lieu à des vapeurs de quelque nature que ce soit. Aussi est-il permis d aflirmer, bien que l'expérience n'ait pu encore prononcer, que la labrication à l'aide du phosphore amorphe ne présente aucune des causes d'insalubrité que nous avons signalées, et ne peut exposer les ouvriers à aucune maladie, et spécialement à la nécrose phosphorique.
Les allumettes au phosphore amorpJhe préparées avec sioin ne laissent rien à désirer au point de vue de la quaUté et de l'usage. Les premières qui ont été préparées offraient l'ineonvénient d'une déflagration trop vive et trop inégale; mais c'est 14 un défaut très facile à corriger, et qju'a su faire disparaître déjà M. €amaiUc en diminuant la proportion du chlorate de potasse contenue dan» la pMe inflammable. Nous avons constaté, en outre, que les alhiiD«tte» non* velles se eon.ser^'ent parfaitement.
Si elles ont une première supériorité au point d« vue de la salubrité de la fabrication, en sera-t-il de même relativement aax chance» d'incendie ou d'explosion? A cet égard, la vérité est qu'il n^y a aucune différence notabk entre le phosphore rouge et le phosphore ordinaire. L'addition indispensable du chlorate de potasse dans la pàlG au phosi^iore rouge compense la combustibilité moindre de cette substance, sans cependsmt constituer un danger plus grand ; car ou a vu que la dose de ehlorate de potasse était aussi réduiter fue possible, et que les mélanges se faisaient dans des conditions de sécurité absolue. Les combuations partielles des allumettes au phos» phore amorphe ne sont pas plus difficiles à éteindre que celles des anciennes allumettes. Mais nous avons dit déjà qu'ii fallait se résigner aux chances d'incendie que doit offrir toute substance inflammabh» destinée à donner à l'homme le feu qu'il a besoin de seprocitrer.
De rinhocbuté des allumettes au phosphore rouge. — « Quels qu'aient |Ni être à divers titres les avantages du phosphore rouge^ la substitution de cette substance au phosphore blanc dans la fabrication des allumettes devait être subordonnée d'ime manière absolue à l'innocuité complète du mastic inflammable, dans la composition duquel il entrerait. Or nous l'avons dit déjà, le phosphore amorphe n'est pas vénéneux ; des expériences positives et répétées aujourd'hui <iaus des conditions variées par plusieurs ob^servateurs ne laissent |uis de doute à cet égard. Nous devons en consigner ici les résultats «lécLsils» Notre savant collègue M. Bussy a, le premier, dans ses recherches sur le phosphore rouge, qui remontent à 1850, déclaré Hoe ce corps singulier ue \m paraissait nullement toxique, et qu'il
lÔO AIJ.UMEnES.
vu avail adniiiiislrc inipunémciit à un chien '2 grammes réduits en poudre. Ouelque temps après, le savant professeur de Hotlerdam, M. de Vry, obtenait de son vùié des résultats analogues, en donnant successivement au même animal depuis 1 décigramme jusqu'à 3 grammes, en une seule dose, sans déterminer le moindre malaise. Mais les expéricmces les plus concluantes et les plus complètes ont été instituées par MM. Lassaigne et Heynal, et communiquées par eux à la Société impériale et centrale de médecine vclérinaire dans la séance du 8 juin 1856. Ces expériences ont été faites parallèlement et d'une manière comparative avec le phosphore blanc et avec le phosphore rouge, et îiv(»c les allumettes préparées avec l'un et avec l'autre. Tandis que, dans tous les cas et sous toutes les Tonnes, le phosphore ordinaire s'est comporté comme un poison violent à la dose de 2 grammes pour les chiens et de 3 centigrannncîs pour les moineaux, on a vu le phosphore i-ougc, depuis 5 décigrammes jusqu'à 5 grammes, administré à des chiens, soit une seule fois, soit plusieurs joui^s de suite, ne pas déterminer le moindre malaise, pas le moindre symptôme d'empoisonnement. L'appétit des animaux, leur gaieté, leur vivacité, étaient conservés, et ils ne manifestaient môme aucune répugnance pour le mélange dans lequel le phosphore rouge leur était présenté. Il est à remarquer que cette substance se retrouvait en grande partie et sans modification apparente dans les matières excrétées, qui devenaient phosphorescentes sur des charbons ardents. Les mômes résultats, absolum<»nt négatifs, ont été obtenus avec des oiseaux qui ont pris jusqu'à 60 gouttes d'eau miellée, dans laquelle on avait déla}*é 1 gramme de phosphore rouge pour 8/i grammes de liquide. Tous ces oiseaux étaient aussi gais et mangeaient aussi bieii après qu'avant l'expérience. Des essais ont été faits en môme temps avec le mastic des allumettes au phosphore amorphe, c'est-à-dire avec un mélange de ce corps et de chlorate» de potasse. ï^i pâte de cent Irente-cinq allumettes, fonnant une masse de 1 gramme U\ ccnti; grammes, a été donnée à un 1res jeune chien, sans qu'il eu ait ressenti aucun elTet ; et 57 milligrammes provenant d'une semblable allumette n'ont pas eu plus d'action sur un moineau, qu'une dose égale de pâte composée avec la matière des allumettes ordinaires fit périr au bout de trois quarts d'heure.
MM. Renault et Delafond, invités par l'Académie impériale de mé<lecine à répéter ces expériences, sont arrivés à des conclusions identiques, et (ml reconnu rinnocuilé du i)hosphore rouge.
M. Mcurin, ])harmacien à Lille, qui a partagé avec MM. A. Chevallier et t). Henry fils, et M. Huspini (de Bergame), les récompense:? de la Société impériale de Toulouse, a constaté avec non moins
d'évidence qiie le phosphore rouge n\i jamais empoisonné, et n'a jamais déterminé de vomissemenl.s, môme quand l'œsophage n'était piis lié. Knûu, pour ne rien omettre et comme dernière confirmation, nous devons citer les résultats de recherches communiquées à r Académie des sciences dans la séance du /i février 1856, par MM. Orfila neveu et Rigout, sur Faction que le phosphore rouge exerce sur l'économie animale et sur rempoisonnenient par h^ phosphore ordinaire. Ces expériences ne diffèrent des précédentes que par l'élévation considérable de la dose, et l'administration plus prolongée du phosphore amorphe. Dans le premier cas, 36 grammes ont été donnés en dix-huit prises à un chien vigoureux, avec une interruption de six jours ; et aucun accident n'était survenu, lorsque 2 grammes de phosphore ordinaire ingérés dans l'estomac du même animal l'ont tué en quelques heures. Une chienne a avalé en douze prises 200 graipmes de phosphore rouge par 30 et 50 grammes à la fois, et, à part un vomissement qui paraît accidentel, elle a continué à manger sans dégoût et à se bien porter. Sacrifiée au bout de ce tenîps, elle n'a présenté aucune lésion des organes digestifs.
Quelque concluantes que soient en elles-mêmes ces diverses expériences, il est permis de regretter qu'elles ne résolvent pas également toutes les questions que l'on peut se poser sur l'action du phosphore rouge, telles, par exemple, que l'efTet de cette substance sur l'économie humaine, et les diverses circonstances dans lesquelles le phosphore rouge peut revenir à l'état primitif du phosphore ordinaire. Mais en faisant, à cet égard, toutes résenes, on ne peut nier que ces faits, par leur ensemble et leur parfaite concordance, démontrent que, dans les conditions physiologiques ordinaires, le phosphore
rouge, soit seul, soit mélangé au chlorate de potasse dans le mastic inflammable des allumettes chimiques, n'est pas vénéneux, alors même qu'il est administré longtemps de suite à des doses très élevées.
Allumettes sans phosphore. — Les allumettes au phosphore rouge ne sont pas les seules qui réalisent les améliorations hygiéniques auxquelles nous attachons une grande importance.
M. Canouil, qui a mis au service de cette utile réforme l'esprit le plus inventif et le zèle le plus infatigable, a composé plusieurs espèces de pâtes sans phosphore dont nous indiquerons les principales :
i^ Clilorate de potasse 28,5
GoUe forte 5,^
Bichromate de potasse 2,9
Nitrate de potasse 2,7
i. Verre pilé en poudre tamisée. ... 10,8
Soufre pilé en pondre tamisée. . . 8,5
Celle composilion s'enflamme sur les froUoirs usuels de verre pilé ou sable fin, el colle forte.
T Une seconde espèce sans phosphore, inflammable par frottement sur gralloir, s'oblient en divisant en deux parties la pAle préparée avec le dosage suivant :
Chlorate de potasse. 5
UicliroDiatc de pplasse. 2
Verre en poudre impalpable 5
Gomme eu poudre 15
Eau 6
Les trois premières substances doivent être broyées ensemble sur glace avec une molette de verre, puis mélangées avec la gomme, délayée préalablement dans la quantité d'eau indiquée. Une portioa de cette masse délayée avec une solution sufûsamment adhésive, sert ù enduire le frottoir en y ajoutant environ 0,2 de son poids d'émeri et miichefer en poudre flne. En ajoutant à cette pâte ainsi dosée 0,8 de sulfure rouge d'antimoine en poudre fine, les allumettes qui en sont enduites s'enflamment par le frottement sur une surface quelconque ligueuse ou même i>olie.
MM. Vaudaux et Paignois, au nom de la Compagnie générale, propriétaires du brevet de M. Canouil, ont fabriqué des allumettes avec une pâte composée de :
Chlorate de potasse 90
Bichromate de potasse Ixl)
Bioxyde de plomb 25
Minimn 20
Oxysulfure d'antimoine 20
Sulfure d'antimoine, 15
Verre 15
Priisifiate de potasse 5
Ces substances sont mélangées avec une solution de 15 de gomme pour 55 d'eau. Ces allumettes s'enflamment im peti plus difDcilemcDt que les allumettes au phosphore blanc.
Nous ne citerons que pour mémoire une invention qui nous partit destinée à un médioci e sticcès, et qui consiste à isoler sx chaque bout de l'allumette, d'un cùlé le phosphore amorphe, de l'autre la pâle inflammable au chlorale de potasse. Ces allimiettes, désignées par MM. Bombéc-Devilliei's et Dalemagne, sous le nom prétentieux d'fl//«" mettes androgynesy doivent être brisées en deux, et les deux extrémités sont frottées Tune contre l'autre.
Le long exposé qui précède permet de juger la gravité de la question hygiénique que soulèvent la fabrication et l'emploi des allumettes
ALLIUIÊTTBS. WZ
^himiqiies. Nom croyons devoir faire contiaitrc, en tettninant, le jugenenl très explicite par lequel l'ont résolue tour à tour le Comité consultatif dliygiëne publique et rAcadémie impériale de médecine.
Le vote unanime du Comité a sanctionné les conclusions du rapport lue nous avions eu Tbonneur de lui soumettre dans les termes suiranls :
a !• Les émanations phosphorées qui se dégagent durant certaines opérations de la fabrication des allumettes chimiques, exercent une influence fâcheuse sur la santé des ouvriers qui s'y livrent, et les aposent spécialement à une affection très grave deâ os de la face, connue sous le nom de nécrose phosphorique ou mal chimique,
» 3* La présence du phosphore blanc dans le mastic inflammable lui communique des propriétés vénéneuses, qtd ont donné lieu déjà à plusieurs empoisonnements criminels et à de funestes accidents, et qui, en raison de l'usage universellement répandu des allumettes chimiques, constituent un danger public et permanent.
» S* Le seul remède à ce double péril est la prohibition absolue du phosphore blanc dans la préparation de la pâte des allumettes ou de toute autre composition analogue.
»4*Le phosphore blanc peut être remplacé pour cet objet particulier par d'autres substance^, et notamment par le phosphore rouge ou amorphe, qui ne présente aucun des inconvénients du phosphore ordinaire, qui n'est pas vénéneux, et avec lequel on peut dès à présent fabriquer des allumettes d'une excellente qualité.
» 5* La prohibition du phosphore ordinaire, motivée par un graûd intérêt public, ne parait devoir amener de perturbation fftcheuse ni dans l'industrie, ni dans le commerce.
116* L'administration n'a pas à donner l'indication et à rendre obligatoire remploi de telle ou telle substance qui pourrait être substituée au phosphore blanc dans la fabrication dés pfttes inflammables ; mais il lui appartient de mettre à la disposition de tous le corps qui parait jusqu'ici le plus propre à cet usage, ei d'obtenir dans l'intérêt des fabricants et des consommateurs une garantie contre le monopole résultant des brevets particuliers pris en France pour la fabrication du phosphore rouge et des allumettes au phosphore amorphe. »
Quant à TAcadémie impériale de médecine, elle n'a pas été moins ferme dans l'opinion que nous soutenons, en votant les conclusions du !(avant rapport de M. Poggiale, ainsi conçues :
«l*Les vapeurs phosphorées qui se dégagent dans les fabriques d'allumettes chimiques exercent une influence fâcheuse sur la santé des ouvriers, et les frappent souvent d'une maladie cruelle, connue sous le nom de nécrose phosphorique,
» 2« La pâte inflammable qui garnit les allumettes au phot&^hot^
blanc, introduite dans rcstomac, donne lieu à des accidents graves. Cette pâte, qui est dans les mains de tout le monde, dont personne n'ignore les propriélc^s vénéneuses, et qui a déjà déterminé un grand nombre de suicides et d'empoisonnements , est un danger public auquel il importe de remédier.
)) 3* Les allumettes au phosphore amorphe pur ou sans phosphore ne contiennent aucune substance toxique, et leur fabrication, sans danger pour les ouvriers, ne présente aucun des inconvénients des allumettes au phosphore blanc.
» V La commission exprime donc le vœu que dans la fabrication des allumettes, on substitue au phosphore blanc le phosphore amorphe, ou la pâte inflammable sans phosphore, ne contenant aucune substance toxique, et que l'autorité prononce la prohibition des allumettes au phosphore blanc. »
L'Académie des sciences, par l'organe de l'illustre M. Chevreul,a fait adopter par le Ministre de la guerre l'usage exclusif dans tous les établissements militaires des allumettes au phosphore amorphe.
Enfin, un grand nombre de conseils généraux, notamment ceux de l'Aube, des Bouches-du-llhône, de la Drôme, d'Eure-et-Loir, du Nord, etc., ont émis le vœu formel qu'une mesure législative interdit la fabrication et la vente des allumettes au phosphore ordinaire.
Mais en attendant cette mesure radicale, la seule efficace, et en présence des accidents et des dangers inhérents à la fabrication des allumettes chimiques, il importe que la sollicitude de l'administration reste en éveil, et continue à prescrire tous les moyens propres à les atténuer.
A plusieurs reprises, les Conseils de salubrité du Nord, de la Gironde, du Rhône et de la Seine surtout, ont fait entendre des plaintes très vives, qui ont amené le classement des fabriques d'allumettes dans la première classe des établissements insalubres, et motiv^ d'une part, l'ordonnance royale du 30 octobre 1836, portant règle ment sur les fabriques de fulminates et autres matières, et les ordonnances de police du 21 mai 1838, concernant le transport, la conser vation et la vente des capsules ou autres amorces fulminantes, et des allumettes fulminantes, par la voie du commerce.
Cependant aucun règlement d'ensemble n'avait fixé rigoureusement les conditions d'établissement des fabriques d'allumettes, lorsque le Conseil de salubrité du département de la Seine rédigea en 18W le projet de règlement général que nous allons citer comme le spécimen le plus complet des mesures à prendre dans l'intérêt de la sûreté et de la salubrité publiques, au sujet de la fabrication, du transport et de la vente des allumettes à mastic inflammable, avec ou sans
Emplacement et locavx des fabrications. — Les bfttiments destinés à la fabrication seront isolés.
Les magasins et les ateliers seront établis au rez-de-chaussée.
La dessiccation et le découpage du bois ne pourront avoir lieu que dans un bâtiment séparé de tous les autres ateliers.
Magasins des matières premières. — Les magasins suivants seront séparés les uns des autres par un mur de refend, ou par une cloison de briques :
!• Magasin du phosphore. — On tiendra le phosphore renfermé dans les boites de fer-blanc plongées dans un réservoir rempli d'eau, et d'une contenance égale à cinquante fois au moins la valeur des boites de phosphore. On pourra, sans inconvénient, emmagasiner dans la môme pièce la gomme trempée ou délayée.
2" Magasin des provisions de chlorate, de gomme solide, de colle forte, de bleu de Prusse et de cinabre. — Ces substances seront renfermées dans des flacons, des barils ou des caisses.
3* Magasin de soufre en canon, si le soufrage des allumettes s'opère dans l'usine.
Ateliers distincts, — !• Atelier destiné à la confection émulsive de la pÀte de phosphore. — Il ne doit renfermer que des ustensiles adaptés à la préparation de la pâte, et en quantité nécessaire pour une seule opération.
On placera, sur le sol de cet atelier, un réscr\'oir contenant au moins 250 litres d'eau, et pouvant servir de baignoire, en cas d'accident.
Les produits liquides du broiement à l'eau seront réunis en un seul vase, pour former l'émulsion.
2" Atelier consacré îiu broiement du chlorure de potasse et des matières colorantes. — On disposera cet atelier dans le voisinage du premier.
3* Atelier pour le soufrage et la trempe des allumettes. — 11 sera séparé, ventilé et convenablement construit en briques; on y rendra le senice facile au moyen de deux baies, closes à volonté de deux portes de tôle.
/i* Étuves pour le dessèchement de la pâte inflammable. — Elles seront construites ou doublées et voûtées en briques ; elles communiqueront par le haut avec une cheminée solide, s'élevant au-dessus des combles voisins. Les portes des étuves seront de tôle forte sur châssis de fer, et s'ouvriront en dehors.
Un seul châssis de fer vitré doit éclairer l'éluve ; il sera vertical et élevé de 2 mètres au-dessus du sol extérieur. Un volet de tôle sur châssis de fer, de dimension égale au vitrage, sera tenu levé par une corde facile à brûler, de sorte que si les vitres venaient à être
10« ALLITMETTES.
brisées, la flaTnYno sortant par la baie brftlt^f «lil la vtrAt ; If volet s'abaltanl aussitôt, le passage serait fertné. Une dispûsition semblable sera ménagée dans chacun des conduits enlre les étuvcs et une cheminée commune, afir\ que le feu puisse ^trc étouffé s{x>ntanémenl.
Le sol des éluves sera recouvert constamment d'une couche de sable fin, épaisse de 4 à 5 centimètres,
5* Atelier où l'on dégarnit les presses, — Les allumettes y seront retirées des caisses pour être immédiatement empaquetées. Cet atelier aura deux portes à la disposition des ouvriers ; elles s'ouvriront en dehors.
Les allumettes sèches y seront réunies en des caisses de tôle munies de couv(»rcles fermant à crochet ; elles devront être portées dans des caisses closes jusqu'à l'atelier ci-aprés.
6* Atelier d'empaquetage et d'emballage.
Préparation de rémulsion dite pâte de phosphore, — L'addition de la fleur du soufre dans l'émulsion du phosphore est formellemeiit interdite.
L'émulsion doit se préparer ainsi : On apportera la solution de gomme, chauffée dans une pièce voisine à 75 ou 80 degrés centésimaux ; on versera cette solution dans un matras de cuivre maintenu solidement dans l'ouverture circulaire d'une table ou d'an établi.
La fonte et le délayement du phosphore auront lieu par petites quantités ajoutées successivement dans le matras, aux deux tiers empli de la solution gommeuse.
Le battage ne sera commencé qu'après la cessation des étincelles produites par le phosphore, c'est-à-dire quand la température du mélange sera descendue au-dessous de 60 degrés centésimaux.
Broiement des matières premières. — Le chlorate, si on l'emploie^ doit élre détrempé dans une solution de gomme, avant que d'être soumis au broiement à froid.
Les matières premières, les couleurs, les résines, etc., seront également broyées à part avec les mômes précautions.
Soufrage et trempe. — Le fourneau servant à fondre le soufre et à chauffer le bout des allumettes doit être isolé ; la chaleur sera transmise par l'intermédiaire d'un bain-marie contenant une solution de chlorure de zinc, ou d'un bain de sable.
La température du soufre liquéfié ne doit pas être portée au delà de 140 degrés centésimaux.
Un couvercle, facile à poser, permettra de fermer la chaudière et <rétouffer à l'instant même le feu qui prendrait au soufre, par le contact accidentel d'un corps enflammé.
On peut se dispenser de rétablissement d'un Imn-inarie, si le fourleau est surmonté d'une holle de tôle et d'une cheminée convenable lour donner, en cas d'incendie, issue à la totalité des produits de la onihustion du soufre.
/M<sicration de la piite inflammable. — Les presses à contenir les ilhimetlt»s seront de fer ou de tôle.
Les coussins séparant chaque rangée d'allumettes pourront être de carton et de laine réunis par de la colle forte.
Les porte-presses, disposés autour des étuves, seront séparés, de deux i*n deux rangées verticales, au moyen de feuilles de tôle fixées debout, perpendiculairement au mur et au sol de l'étuve.
1^ porte de l'étuve doit rester ouverte pendant tout le temps qu'on V travaille.
Le chaufTage des étuves doit se faire au moyen «l'im calorifère à circulation d'eau.
Le fover sera extérieur.
Une gaine de briques ou de carreaux de plâtre introduira l*aîr autour et au bas de l'étuve, et devra ainsi ventiler en môme temps que sécher.
Mesures générales. — Chaque soir les débris d'allumettes ou les allumettes de rebut seront consumés par petites portions. Le foyer de ces combustions partielles sera placé dans un angle de mur de la cour de la fabrique ; et, si cela ne se pouvait pas, les débris seraient tnnsportés, en vases clos, dans un local où les précautions ci-dessus énoncées seraient praticables.
Après la sortie des ouvriers, toutes les pièces de la fabrique seront visitées ; on réunira dans des étouffoirsde tôle les allumettes tombées, Plie sol sera soigneusement balayé.
Les feux seront éteints, et tous les foyers et cendriers seront fermés, soit avec des portes de tôle bien jointes, soit avec des briques.
Aucun approvisionnement de bois, de papiers, de cartons, de soufre ou d'autres matières combustibles ne doit avoir lieu dans les ateliers, ni dans les étuves.
Emballage et vente, — Les allumettes à mastic inflammable par frottement seront livrées dans dos enveloppes closes, de bois, de carton ou de fer-blanc.
Il est défendu t'i tous les fabricants et marchands de réunir lesdites allumettes en paquets enveloppés en boîtes, qui en contiendraient chacun plus de /lOO.
Tout transport, étalage ou mise en vente de ces allumettes, soit en boites, soit en vragues, sont rigoureusement prohibés. [Voy.
FCUIINATES.)
Plus récemment, à la date du 20 juin 1860, M. le Ministre de l'agri-
culture, du commerce cl des travaux publics, a adressé il MM. les préfets la circulaire suivante, indiquant de nouvelles dispositions à insérer dans les autorisations des fabriques d'allumettes chimiques.
Monsieur le Préfet,
La circulaire du 15 décembre 1852 a déjà indiqué certaines conditions à insérer dans les arrêtés d*autorisation relatifs aux fabriques d'allumettes chimiques. Je crois devoir porter ù votre connaissance de nouvelles dispositions qoi sont recommandées par le Comité consultatif des arts et manuracturcs, dans Tintérèt de la santé des ouvriers :
l*' Toutes les opérations dangereuses, c'est-à-dire celles qui donnent lien a des émanations phosphorées, doivent être faites dans des ateliers spéciaux et séparés.
2* 11 doit être établi un bon système de ventilation dans ces ateliers.
3** Les étuves doivent être construites en matériaux incombustibles; le sd de ces étuves doit être recouvert d'une couche de sable fin, de 8 à 10 centimètres. Il est convenable d'avoir des tas de sable en réserve, en prévision de l'inflammadon des allumettes.
U!^ Le cbaulTagc des étuves doit être fait au moyeu de tuyaux à circulation de vapeur ou d'eau chaude, préféra blement aux tuyaux à circulation d'air cbaad, qui peuvent produire l'inflammation des allumettes, pour peu qu'il s'y fasse une fissure. Il serait même préférable d'opérer le séchage au moyen d^nn courant d'air froid et sec.
5* Les ouvriers doivent être astreints aux mêmes soins de propreté que les ouvriers des usines de céruse bien dirigées.
Je vous invite, monsieur le préfet, à insérer des dispositions analogues dans les arrêtés d'autorisation que vous auriez ù prendre, sur l'avis des Conseils locani d'hygiène publique et de salubrité, pour les modifications qu'ils pourraient avoir à proposer, en tenant compte des conditions particulières des établissements en projet.
Mais nous le répétons en terminant, rien no sera fait pour Thygiène et la silreté publiques, tiint que Tadminislration supérieure n'aura pas déflnilivemenl et absolument proscrit l'emploi du phosphore blanc et des mastic vénéneux dans la fabrication des allumettes. U semble qu'aucun obstacle ne doive plus retarder celle salutaire mesure réclamée par tous les corps savants, par tous les conseils administratifs ; car la crainte du trouble que pouvait apporter dans le commerce et dans l'industrie le monopole du phosphore amorphe ne peut plus Otre considérée comme sérieuse. Les prévisions que nous exprimions dès 1856\iennent en effet de se réaliser; et un jugement récent du tribunal correctionnel de la Seine, non encore déflnilif Jl est vrai (décembre 1860), a prononcé la déchéance et la nullité des brevets pris pour Texploitalion industrielle et commerciale dti phosphore amorphe.
Bibliographie. — Nouveau manuel complet pour la fabrication dei allumettes cAinifuet^ etc., par le docleur Théophile Roussel. Paris, 18Â7. — Recherchée tur leê mata' lie» des ouvriers employés à la fabrication des allumettes chimiques, par le même. Pari«« 18&«. — Précis de chimie industrielle, par A. Payen, à* édit. Paris, 1859, I. II. — \iiaurire relatif aux effets des émanations phosphories sur Us ouvriers employas dans a fabriques de phosphore et les ateliers ok l'on prépare les allumettes chimiques, par le docteur A. Dnpasquier (de Lyon) (Ann» d'hyg. et deméd, lég,, U XXXVI, p. 3^2). — Bâpport sur l'exposition des produits autrichiens, par M. Péligot. Paris, 18^5. — Traité et la salubrité, par MM. Monfaicon et Polinière,déjà c'iié. —- Dictionnaire de l'industrie» Paris, 1835, art. Allumettes. — Journal des connaissances nécessaires, par CbeTallier, L H et 111. — Journal de chimie, 2* série, t. IV. — Mémoire sur la nécrose des os maxil' léres, par Heirelder {Archives générales de médecine, iSàb, t. IX, p. 20â}. — Mémoire iir U même sujet, par Strohl (de Strasbourg) {Gazette médicale de Strasbourg, no- TODbre 18^5). — Rapport sur les travaux du Conseil central de salubrité du département UNord. Lille, 18^3 et 48^9. — Rapport général sur les travaux du Conseil central et salubrité de la Gironde , par M. Burguet. Bordeaux , i8Âi et i8A2. -- Cempte rendu du Conseil d'hygiène et de salubrité du département du Rhône* Lyon» )K1* — Collection des rapports du Conseil de salubrité de la Seine, par de Moléon, Aji ché, et Rapports généraux des travaux du Conseil de salubrité de la Seinr, depuis )8&0jusqo*à i8A5 {Ann. d'hyg. et de méd. Ug , t. XXXVIII, p. i2&). — Collection of/ieidU des ordonnances de police» — Mémoires sur la fabrication des allumittes chimiques, par MM. Cbefallier, Bricbeteau et Boys de Loury, 18^6 et 18&7 {Compte rendu de CAcad. des sciences, t. XXIII .et XXIV). — Des maladies des ouvriers employés à la feirieation des allumettes phosp horiques, et spécialement de l'affection des mâchoires ferles vapeurs de phosphore, par MM. de Bibraet L. Geisl. Erlangen, 18^9. — Rap port sur ce travail, par M. Boufier {liullei, de l'Acaâ. imp, deméd,, t. XXV, p. i031« 1880). — De la nécrose causée par le phosphore, par M. U. Trélat. Thèse de concours, Paris, 1857. — Sur la substitution du phosphore amorphe au phosphore ordinaire, et isiieation des moyens à mettre en pratique pour faire cesser U danger d'empoisonnésUMt et soustraire à la nécrose les ouvriers qui fabriquent les allumettes chimiques, — Rapport de M. A. Chevallier sur le mémoire du docteur Causse sur les Allumettes chi- ■ificj, 185& {Ann, d'hyg, et de méd, lég,, 2* série, t. III, p. 126, et Bullet, de l'Acad, Mf, de médecine, I85âi t. XIX, p. 1072). — Notice histoiique et chronologique sur ^innocuité du phosphore rouge introduit dans l'économie animale, par A. Cherallier [àan, d'hyg. et de méd, lég,, 2' série, t. V, p. 37â). — Étude hygiénique et médico'légale wr la fabrication et l'emploi des allumettes chimiques, par A. Tardieu {Ann, d'hyg, et isméd, lég,, 2* série, t. VI, p. 5). — Des allumettes chimiques avec et sans phosphore [Aim, d'hyg. et de méd, lég,, 2* série, t. XII, p. 260, par II. Gaultier de Claubry). — Bepport eur la substitution du phosphore rouge au phosphore ordinaire dans la fabritetimt des allumettes chimiques, par M. L. Gaussé {Travaux du Conseil d^ hygiène et de tslukritédu département du Tarn, AIbi, 1857. p. 100). — Rapport sur la fabrication Us allumettes, par M. le docleur Glenard {Compte rendu des travaux du Conseil d'hyg, fiAlique et de salubrité du Rhône, Lyon, 1860, p. 308). — Rapport sur la fabrication it Remploi des allumettes chimiques, par M. Poggiale {Bullet. de l'Acad, imp. de médc fw«, 1860, I. XXV, p. ?A6) —Discussion sur ce rapport {Ibid,, p. 310 et suif.). — ^kmoire sur les allumettes chimiques, adressé à l'Académie des scie/icrt ,par MM. Coignet ^fhes, Paris, 18G0. — Mémoire sur les allumettes chimiques préparées avec le phosphore ^naireetsurles dangers qu'elles présentent sous le rapport de la santé des ouvriers, UCempoisommement et de l'incendie, par M. A. CbeTallier {Ann, d'hyg, et de méd, lég,, *W1, 2* série, t. XV).
110 AMBILANCE.
jLlilJI%', AliVlVERIE. — Vot/. SiUATES.
AMBIIIiAIVCE. — On désigne sous le nom &fmihulimce8Ûes cUblissemonls mobiles^ institués snr le modèle des services de sanlé militaires, et formés près des rorps ou des divisions d*armée pour en suivre les mouvements, ou dans rinlcrieur des villes ra\Tigées par les épidémies, pour assurer les premiers secours aux malades.
Xous emprunterons à M. le docteur Boudin les détails suivants sur la manière dont sont constituées aujourd'hui les ambulances, d'après les règlements les plus récents.
Le personnel d'une ambulance se compose d'un chirurgicn-nuyor et d'un pharmacien aide-nLijor, d'un officier d'administration, et d'un certain nombres d'aides-chirurgiens, d'adjudant:», et d'infirmiers, d'après le règlement du l** avril 1831, modifié par l'ordonnance do 12 avril ISS,*). Le matériel d'une ambulance forme le chargement i€ caissons dont le nombre et le numéro sont indiqués réglementairement, et varient suivant qu'il s'agit d'une ambulance d'infanterie OQ de cavalerie.
Il est formé an quartier général, et sm* les derrières de rarmée, une réserve d'effets, de denrées, d'objets de pansement et de méécaments dont le ministre règle l'importanco.
Les instruments de chirurgie sont expédiés des magasins de l'intérieur, en caisses complètes, distinguées en caisses à amputations, caisses à trépan, et caisses de couteaux de rechange.
Tout militaire blessé ou malade est reçu à l'ambuianGe. Apiè avoir été pansé , il est ou dirigé sur son corps, ou évacué snr l'hôpitti le plus voisin, suivant la gravité de sa position.
Le traitement, ainsi que le régime alimentaire et curatif dans to ambulances, est, autant que le permettent les circonstances, régi^ d'après les usages en vigueur dans les hôpitaux permanents*
Au moment du combat, la section active de l'ambulance se sobdi* vise en ambulance volante et en dép<)t d'ambulance.
L'ambulance volante se compose de deux cliirurgiens, d'un officier d'administration et de deux iniirmiers. Elhî a pour mission déporter <les secours partout où ils sont jugés nécessaires. Son matériel se compose d'un caisson léger, ou, si la liature du terrain s'y oppose, <e quelques-uns des paniers des caissons que l'on charge sur im descb^ vaux de l'attelage.
L'autre partie de la section active forme le déi^ùt d'ambulance, sur lequel sont dirigés les blessés pour y être pansés.
Le dépôt doit être établi dans un endroit abrité, ayant, autant que possible, de l'eau dans son voisinage. Un drapeau rouge, placé sur li
point culiniuaQt du dépOt, sert à faire recoimaitre l'ambulanee. Art. 1107.)
On ne doit faire décharger des caissons que le strict nécessaire, alin de rendre te rechargement plus facile en cas- de mouvement. Une partie do personnel est dirigée avec des brancards derrière la li^e, pour relever les blessés et les transporter à Tambulance.
C'est évidemment sur ce modèle des ambulances militaires qu'oui été établis dans les cités, en temps de troubles ou d'épidémies, les bureaux de secours, dont on a retiré dans tant de locaUtés de si bons effets. Les détails relatifs à leur organisation seront mieux pla^ ces ailleurs. — (F(^ Conseils o'HYCriito, Contàcmon, Epidémie, Militâibe
HTOliRE), SaKITAIBX (JUâlME).
BîKlfographi*. .— RàgUment du i*' avril i83i» $ur Ut hôpitaux militairtu — BéfiB, Étude» 9ur le urvicê de êanté militaire en France^ 1869. — Boudin, Supplémeni n Dietiomiuiire de$ dietionnairee de médecine^ ^rL Ambulangb, 1851. — Système de$ mManet» dee arméee française» et étrangère». Instruction» qui règlent cette (tranche èsstnim mdsmmkiratifH tUdieal {Amn. d'hyg. et de tnéd. lég.^ V série, U IIF, p. 00 et M}.
1V« -* VojH. FÉCUUB, FÉCUiSRIS.
AimOinjL^VE, .%IIIIOtVIA€AlJ!KL (9EU»). ~ La fabrication de l'ammoniaque ou alcali volatil, lorsqu'elle s'opère en grand avec les sels ammoniacaux, est rlmgée dans la troisième classe, à cause de l'odeur désagréable qu'elle produit. Mais celle du sel ammoniac, ou muriate d'ammoniaijpiâ,. par le moyen de la distillation des matiéves aaimales ou par extraction des eaux de condensation du gaz h.ydr(v«^ gène, et celle du sulfate d'ammoniaque parla distillation des matières animales, en raison de leur odeur très désagréable et portée au. loin quand les appareils ne sont pas parfaits, sont rangées dans La première classe.
Les causes d Wonounodité ou d'insalubrité et les prescriptions qui s'y rapportent sont les suivantes.
Pour l'ammoniaque, une odeur irritante se produit à l'instant où la chaux est mise en contact avec le sulfate ou le chlorhydrate d'ammoniaque. Du gaz ammoniac se dégage par les fentes quand les appar reils sont mal lûtes; il faut donc éviter les fuites en lulant avec soin les appareilsi. Ne pas se sen ir de vases de verre ou de grès, dans là crainte de ruptures et à cause des difficultés qu'on éprouve à les luter ; préférer les vases de fonte; Faire arriver les vapeurs d'eau ammoniacale dans un réservoir contenant de l'acide sulfurique faible, afin de les empêcher de s'échapper au dehors, et d'obtenir.en les recueillant ainsi du suUatfi d'amm(H)iaque ; conduire an dehors pai* \m tuyau suf-