CHARBON
On désigne sous le nom de charbon roux du bois qui n'est qu'incomplètement carbonisé, et qui donne pour les hauts fourneaux un combustible très avantageux.
La carbonisation du bois appartient à la seconde classe des établissements dangereux insalubres ou incommodes, lorsqu'elle a lieu dans des établissements permanents et ailleurs que dans les bois et forêts, ou en rase campagne. Il en est de même du charbon de bois fait à vases clos.
Les magasins particuliers pour la vente des charbons de bois doivent être clos et couverts. Ils sont rangés parmi les établissements dangereux, insalubres ou incommodes de seconde classe. Les lieux consacrés à la vente du charbon à la petite mesure sont rangés dans la troisième classe des mômes établissements. L'approvisionnement de chaque débitant ne peut s'élever au delà de 100 hectolitres.
Ces mesures, prescrites par l'ordonnance royale du 7 juillet 1834, sur le commerce du charbon de bois dans Paris, et par de nombreuses ordonnances de police, sont justifiées par les faits qu'il nous reste à exposer.
Le charbon de bois, le charbon pulvérisé, le noir de fumée, le
charbon de terre, peuvent devenir le siège de combustions, et, par
suite, d'incendies spontanés. Bartholdi, qui a étudié les causes
déterminantes de ces accidents, fait un groupe des incendies qui se
déclarent dans les corps combustibles : le charbon, la tourbe, les
pyrites, etc.
Nous ne rechercherons pas ici les diverses théories qui ont été
- poposées au sujet de ce phénomène curieux, dont bien d'autres corps
peuvent encore être l'occasion. Est-ce à la présence, dans les char-
''^ kns de bois ou de tourbe, du phosphore ou d'un phosphure? est-ce
'- H'absorption des gaz de l'eau? est-ce à la présence, dans les char-
^ koQs de terre, de sulfure, et aux changements qu'ils éprouvent, qu'il
'■ fcit les attribuer?
Nous nous contenterons de faire connaître les différentes circon- ^ <Unces dans lesquelles de semblables accidents ont eu lieu ; ce sera *■ là meilleure manière d'exposer les moyens propres à en éviter le re- ^ toar. Nous emprunterons les faits que nous allons citer à un travail !S iDri complet de M. Chevallier, sur les incendies spontanés. i- On a observé à plusieurs reprises, à Paris, des incendies qui et s'étaient manifestement développés dans des amas de charbon de ^ bois. Nous nous souvenons, dit M. Chevallier, qu'il y a une vingtaine ^^ d'aoûées, du charbon déposé dans une cave bien fermée, de la rue \ç de\augirard, avait pris feu sans qu'on s'expliquât cette inflamma- " [\ ^^' L'inflammation spontanée du charbon a encore été constatée ^ ' sur des charbons qui n'avaient pas été exposés au contact de l'air
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sur une grande surfkcc upi-ès leur ikbrication, et plus particuiièremêtit, dit-on, sur les charbons prépai*és à vases clos, et qu'on a appêléi vulgairement charbons obtenus par des procédés chimiques.
L'inflammation spontanée du charbon pulvériié a été observée, en 1801, à la poudrière d*Ëssonne, par M. Robin, commissaire en chef des poudreries. Des ouvriers venaient de bluter une petite quantité de charbon de bois de bourdaine pulvérisé, lorsque, entr'ouvrant la portière du cofirc du bluteau pour en retirer le charbon, ils sentirent une forte chaleur, et virent une traînée de feu courir à la w> face du charbon. On perça des trous à la partie supérieure du colfre, et Ton projeta de Teau au dedans, mais sans éteindre le charbon qui venait, toujours enflammé, surnager à la surlace. Il ikllut l'agiter violemment dans Teau avec des balais, pour parvenir à réteiodf0 complètement. 11 était bien certain que ce charbon était bien éteint quand on Tuvait mis dans le bluteau ; celui-ci contenait le produitde plusieurs fournées de bois de bourdaine; la dernière fournée aviit été retirée du four la veille, et placée dans un étoulfoir, où elle était restée quatoi'ze heures. Au sortir de là, ce charbon avait été criblé et épluché à la main, et ensuite on l'avait pulvérisé nous les meules. Les ouvriers qui l'avaient manié l'avaient trouyé moins chaud qu'il n'arrivait souvent. Le mouvement du bluteau n'avait pas une grande vitesse, et l'on s'assura que les tourillons sur lesquels on le faillit mouvoir étaient graissés avec soin. Le charbon n'était mêlé d'aucune substance étrangère. M. Robin établit, d'après ces faits, que rinflam* mation de cette poudre de charbon avait été spontanéCi et qu'elle anit peut-être été favorisée par le degré de chaleur que conservait eneon le charbon, par sa siccité parfaite et par son extrême ténacité.
On a observé quelques explosions dans des moulins à pilon. CM accidents tenaient-ils à l'emploi du charbon en bâtons? Car siToa frappe quelques coups un peu violent sur des bAtons de bois carbo* nisé, on peut en faire jaillir de fortes étincelles. On a vu encore dSI amas de poussier de charbon prendre feu dans des caves, à Paris.
On trouve dans la Revue britannique du mois d'avril 1897 la relation d'un commencement d'incendie qui a eu lieu à bord d'un bâti* ment anglais. On vit tout à coup des tourbillons de ftimée sortir d'un tonneau de riotr de fumée enfermé dans la cale. Comme on ne pootait attribuer cet événement à aucune cause connue, qu'on n'était point, de toute la traversée, descendu dans la cale avec de la lumière, il fallut bien admettre que le feu avait pris spontanément dans le tonneau. On parvint à grand'peine à retirer celui-ci de la cale, avant qne l'incendie se fût étendu, et on le jeta à la mer, ainsi que soixante autres tonneaux de noir de fumée.
Le charbon de terre peut, ainsi que le charbon de bois, donner lies
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à des incendies spontanés. On a constaté ce fait en 1741 et en 1757. Duhamel en rapporta plusieurs exemples de l'Académie des sciences, eu 1757. Il dit, entre autres choses, qu'il était reconnu que le charbon de terre brûlait souvent à fond de cale, dans les vaisseaux qui l'apportent, lorsque la traversée est longue, ou que le gros temps empêche d'ouvrir les écoutilles.
M. Janvier a présenté plus récemment, àTAcadémie des sciences, an mémoire ayant pour titre : Sur les accidents spontanét du feu dœu ks masses de houiUey et contenant des détails sur les accidents d'in» cendie qui se déclarent dans les masses de houille qui composent l'tpprovisionnement des bateaux à vapeur.
Le feu se déclare souvent dans des soutes à charbon disposées à [lortée des chauffeurs, et fermées, d'un côté, par mie des parois de la chaudière, de l'autre par la paroi môme du navire. On trouve quel'* cpiefois des foyers à un pied et demi de profondeur, dans la masse de houille. On a paré à peu près à ce danger en établissant, entre la psroi de la chaudière et le charbon, une cloison de tôle, dans Tinternile de laquelle l'air pénètre, de manière à préserver le charbon de l'action immédiate de la chaleur.
Les accidents du feu se déclarent plus souvent au mouillage, après l'extinction des feux et l'expulsion de l'eau des chaudières, que dans les traversées. M. Janvier en donne l'explication suivante. La température de la chaudière est une limite que la houille en contact avec elle trouve de la difficulté à dépasser; or, cet obstacle à son ignition dispaiail dès que l'eau et la vapeur [sont expulsées de l'appareil; aktfs la houille en fermentation s'échauffe davantage; elle se conduit comme la chaux qu'on éteint à l'aide de l'eau : elle devient incanéescente et se réduit môme en coke. Tous ces accidents, favorisés lier une légère humidité, disparaissent par suite d'une aspersion abondante d'eau de mer. M. Janvier a remarqué encore que les eecidenU du feu sont d'autant plus à craindre que les houillessont de meilleure qualité.
Cadet de Vaux signale, parmi les incendies spontanés, ceux causés par le charbon de terre entassé, humide et exposé à la continuité des pluies.
En général, il parait qu'on peut considérer comme la cause pro* bable de ces incendies l'humidité, jointe à une élévation artificielle de la température du charbon, ainsi que le voisinage d'une cheminée ou d'un tuyau.
Relativement au charbon de tourbe, M. Chevallier dit n'avoir pu se procurer lui-même aucun renseignement. Bartholdi dit seulement que, lorsque l'on commença à se servir du charbon de tourbe, dans les usines, on reconnut qu'il était très disposé à subir l'inflamma-