COLLE
cette température, les os sont attaqués, la gélatine se dissout, se répand dans l'eau, et la matière calcaire, en conservant sa forme, perd sa solidité. Dans le deuxième procédé, les os sont mis en macération dans des cuves contenant de l'acide hydrochlorique à 10 degrés au plus; par cette opération, le carbonate et le phosphate de chaux des os se dissolvent, et la matière animale reste sans être attaquée. Au sortir de l'eau acidulée, les os sont égouttés, lavés, puis mis à macérer pendant un temps assez long pour saturer l'acide hydrochlorique et le phosphate acide de chaux restés dans les eaux ; enfin la macération alcaline terminée, on cuit les os dans une chaudière à vapeur, comme s'il s'agissait de matières membraneuses.
Avant de couler la colle dans des baquets destinés à cet effet, et où elle se fige suivant la forme et l'épaisseur voulues, on la clarifie, si elle n'est pas bien transparente, au moyen de l'alun, lorsqu'elle est alcaline ; de l'albumine, lorsqu'elle est neutre. Enfin on la dessèche dans un séchoir, qui est un vaste local portant un grand nombre de fenêtres ouvertes à tous vents, munies de jalousies qui permettent de la garantir de la poussière et du soleil.
La colle est employée à de nombreux usages : pour encoller les tissus, pour la menuiserie, pour la peinture, etc. Dans tous les cas, il est besoin de la dissoudre par de l'albumine.
Les fabriques de colle forte ont été classées, par l'ordonnance du 15 octobre 1820, dans la première classe des établissements incommodes ou insalubres, à cause de la mauvaise odeur qu'elles occasionnent. Cependant, lorsqu'on n'emploie que les os, elles sont placées dans la troisième classe, par l'ordonnance du 9 février 1825'; MM. Montfalcon et de Polinière font remarquer, à ce sujet, qu'il arrive souvent que l'on emploie la carnasse, dans des établissements seulement autorisés à fabriquer de la gélatine extraite des os, et que l'on a quelquefois de la peine à se prémunir contre une telle contravention.
De sembables fabriques ne seront donc autorisées qu'à une certaine distance des lieux habités et en tenant compte de la direction habituelle des vents. Il ne paraît pas, du reste, qu'elles présentent aucune condition d'insalubrité réelle,
Les eaux qui s'en écoulent sont chargées d'une certaine quantité de matières animales tant en solution qu'en suspension ; elles exhalent une odeur désagréable, et sont susceptibles d'une putréfaction très rapide. Il faut les recevoir, après un trajet aussi court que possible, dans des citernes ou dans des tonneaux que l'on ira vider à une voirie voisine, où dans un égout, si les localités le permettent.
Les fabriques de colle de peau de lapin sont rangées dans la deuxième classe des établissements insalubres en raison de leur odeur ; celles
de colle de parchemin et d'amidon qui ont moins d'inconvénient, sont placées seulement dans la troisième classe.
Bibliographie. — Rapport général sur les travaux du Conseil de salubrité du département des Bouches-du-Rhônc, pendant les années 1826 et 1827. Marseille, 1828, p. 55, — Dictionnaire de l'industrie, etc., 1825, t. III, p. 477, — Montfalcon et de Polinière. Traité de la salubrité dans les grandes villes, 1846, p. 246. — Chevallier et Guérard, Sur les résidus liquides des établissements industriels {Annales d'hyyiène, etc., 1846 t. XXXV, p. 116).
COLLÈGES. — Voy. Lycées.
COLMATAGE. — Le colmatage est un procédé généralement usité pour dessécher les terrains marécageux placés au-dessous du niveau de la couche d'eau locale, et qui a pour but d'élever le sol à l'aide des dépôts qu'y amènent des eaux chargées de limon.
Les moyens employés à cet effet consistent à prendre sur un cours d'eau plus ou moins voisin une ou plusieurs dérivations qui amènent l'eau avec une grande vitesse sur le sol à exhausser, où elle séjourne jusqu'à ce que les matières qu'elle tenait en suspension s'y soient déposées ; après quoi on lui donne un écoulement.
On parvient par ce procédé à exhausser certains marais de 20 à 25 centimètres par année. Ce résultat a été obtenu aux environs de Bordeaux dans les localités encore trop rares, où les travaux d'assèchement sont poursuivis avec persévérance, et ne sont pas entravés par la revivification des marais à sangsues.
Le colmatage offre au point de vue de la santé publique des avantages réels ; mais on ne peut s'empêcher de faire remarquer que, dans plus d'un cas, il serait préférable que les grandes masses de limon amenées par les eaux des rivières et utilisables pour le colmatage fussent retenues dans les parties hautes du fleuve, d'où elles sont incessamment enlevées non sans dommage pour le pays haut. {Voy. Eau, Marais.)
COMBUSTIBLES. — Le nom de combustibles s'applique aux substances employées pour alimenter les foyers qui servent soit au chauffage, soit aux usages domestiques et industriels. Ils méritent d'être étudiés non-seulement eu égard à leurs propriétés calorifiques, mais encore aux effets qu'ils peuvent exercer au point de vue de la salubrité; Cette étude complète les données hygiéniques relatives au chauffage.
Les combustibles les plus usités sont : le bois, le charbon de bois, la houille, le coke, la tourbe, la tannée^ les résines. Il convient d'y joindre les gaz, qui sont utilisés aujourd'hui dans un grand nombre de cas.
1° Ijcs bois employés comme combustibles se divisent eu deux classes : la première comprend les bois durs et compactes, ceux dont la pesanteur spécifique est la plus considérable : tels sont le chêne, le hêtre, l'orme et le frêne, etc.; la seconde renferme les bois blancs, mous, légers : tels sont le pin, le sapin, le bouleau, le tremble et le peuplier, etc.
Ces différents bois conservent ou absorbent une quantité d'eau souvent considérable, et sous le même poids, les bois humides donnent beaucoup moins de chaleur que ceux qui sont secs ; et, pour certaines industries, il ne suffit pas que le bois soit simplement desséché à l'air, il faut recourir à la dessiccation dans l'étuve. C'est ce qui a lieu dans les verreries, où l'on voit quelle quantité d'eau s'échappe en vapeurs des fragments de bois ainsi soumis à l'action de la chaleur.
Les différentes espèces de bois au même état de dessiccation produisent sensiblement la même quantité de chaleur ; mais leur structure influe sur ce résultat d'une manière assez notable. Les bois compactes brûlent lentement en laissant un charbon volumineux ; les bois légers, au contraire, brûlent avec beaucoup plus de rapidité et beaucoup plus complètement, de telle sorte qu'ils donnent à la fois une température plus élevée et une flamme plus longue et plus continue. On comprend que ces différences peuvent être effacées par la division du bois en fragments plus ou moins ténus.
La puissance calorifique absolue du bois est moins importante à connaître pour l'objet que nous nous proposons que le rapport de la quantité de chaleur rayonnante fournie par le bois à celle qui est entraînée par le courant d'air durant la combustion. Les calculs de Péclet établissent que ce rapport est de 1 à 3, 5. On sait que c'est cette chaleur rayonnante qui est seule utilisée dans les cheminées ordinaires. Quant aux produits de la combustion du bois, lorsqu'elle est complète, ils sont uniquement formés de vapeur d'eau et d'acide carbonique. Mais quand la combustion n'est pas complète, ce qui est la règle ordinaire, il se dégage de la fumée qui est principalement formée d'eau, d'acide acétique, d'huile essentielle empyretimatique et d'une matière analogue au goudron.
L'emploi du bois comme combustible dans des appareils bien établis est tout à fait salubre. La seule condition fâcheuse est celle où la fumée refluerait hors des foyers. Celle-ci, en effet, exerce une action très irritante sur les membranes muqueuses en raison principalement de l'acide et de l'huile empyreumatique qu'elle contient.
2° lie charbon de bois, résidu de la combustion incomplète ou carbonisation du bois, est très usité comme combustible partout dans les usages domestiques ou dans les opérations chimiques, tantôt
en morceau, tantôt sous forme de poussière. Les plus recherchés sont les charbons de chêne et de hêtre, de bouleau, etc. Ceux qui proviennent des bois durs brûlent plus lentement et plus difficilement que les charbons légers; ils ont tous une grande tendance à absorber l'eau, ce qui diminue d'autant leur puissance calorifique. D'une manière générale, d'après Péclet, le pouvoir rayonnant du charbon disperse environ la moitié de la chaleur totale.
Les produits de la combustion du charbon de bois sont, outre l'acide carbonique, de l'oxyde de carbone et de faibles proportions d'hydrogène carboné et d'hydrogène, auxquelles s'ajoutent quelques vapeurs hydrocarburées. Le résidu consiste soit en un charbon calciné qui prend le nom de braise, et possède une combustibilité excessive pour le calorique, soit en une quantité très considérable de cendres.
Si l'on réfléchit à la manière dont le charbon de bois est généralement employé et au genre d'appareils dans lesquels on le consomme, on reconnaît sans peine avec quelle facilité les gaz qu'il fournit durant la combustion doivent se répandre dans l'atmosphère. Cette circonstance a, au point de vue de la salubrité, des conséquences très graves. On connaît les accidents qui résultent de l'action de la vapeur du charbon. M. Félix Leblanc a constaté par des expériences précises la part d'influence considérable qui revient a l'oxyde de carbone dans les effets de la combustion du charbon. En même temps que cet habile observateur s'assurait que les carbures d'hydrogène peuvent être mêlés à l'air dans la proportion de 1 à 2 centièmes sans déterminer d'accidents appréciables, même au bout d'un temps asse? long, il notait que l'oxyde de carbone, à la dose de k à 5 pour 100 dans l'air, fait périr instantanément un moineau, et que 1 centième amène la mort au bout de deux minutes. L'acide carbonique pur, au contraire, entrant pour plus de 30 centièmes dans l'atmosphère d'un espace clos, ne détermine pas la mort d'un certain nombre d'animaux. La vapeur même du charbon de bois qui brûle à l'air libre, si promptement asphyxiante, a été trouvée composée de : oxygène, 19,19 ; azote, 75,62 ; acide carbonique, 4,61 ; oxyde de carbone, 0,54, et hydrogène carboné, 0,04; et, d'après les observations de M. Leblanc, 1 kilogramme de braise ou de charbon en combustion libre peut rendre asphyxiant l'air d'une pièce fermée de 25 mètres cubes ; la braise est d'ailleurs le combustible qui, suivant M. Ebelmen, donne lieu au dégagement le plus abondant d'oxyde de carbone. On comprend par ces résultats les dangers auxquels peuvent donner lieu le charbon ou la braise employés comme combustibles dans des appareils mal disposés comme la plupart des fourneaux, ou dans des lieux confinés où l'air ne se renouvellerait pas aisément. Il n'est pas -
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rare d'observer des céphalalgies et des accidents cérébraux assez graves chez les personnes qui, accidentellement ou par état, restent exposées à la vapeur du charbon. On trouve fréquemment mêlés au charbon des fragments de bois mal carbonisés, désignés sous le nom de fumerons, qui dégagent en brûlant une fumée épaisse et malsaine, et qui doivent être soigneusement rejetés.
3° Les houilles, ou charbons de terre, auxquelles il faut rattacher les lignites et les anthracites, sont constituées par des végétaux fossiles carbonisés et répandus en gisements considérables sous le sol. Les mines d'Angleterre, de Belgique et de France fournissent la presque totalité de la houille consommée dans le monde. Très employées non-seulement pour les usages industriels, mais encore pour le simple chauffage, elles sont divisées, au point de vue de leur combustibilité, en houilles grasses et en houilles sèches : les premières fondant et s'agglutinant pendant la combustion en produisant une très grande somme de chaleur ; les secondes brûlant difficilement, sans adhérence, et laissant un résidu pulvérulent. Le pouvoir rayonnant du charbon de terre est supérieur à celui du charbon de bois. Outre les produits gazeux que nous avons indiqués comme provenant de la combustion du charbon, notamment de l'hydrogène carboné qui est utilisé pour l'éclairage, la houille donne lieu au dégagement d'une fumée épaisse et charbonneuse, dans laquelle entrent de l'hydrogène sulfuré et de l'acide sulfureux qui ajoutent aux inconvénients de ce combustible dont les vapeurs acres sont souvent incommodes et insalubres, et pour lequel il est indispensable d'avoir des appareils bien construits. A ces conditions, la houille présente comme combustible une grande supériorité sur ceux qui ont été précédemment indiqués.
k° Le coke (charbon de terre épuré) n'est autre chose que le produit de la calcination incomplète de la houille, c'est-à-dire la houille elle-même privée des matières volatiles qu'elle renferme ; il représente 45 à 75 pour 100 du poids des combustibles soumis à la calcination. Le coke est presque uniquement formé de charbon et des substances terreuses que contenait la houille dont il provient; il brûle presque sans flamme, et ne peut se maintenir en ignition qu'autant qu'il est en grande masse dans un foyer fermé ; à l'air libre, il s'éteint. La combustion du coke ne donne naissance qu'à de l'acide carbonique et à de l'oxyde de carbone. En l'absence d'expériences directes, Péclet est néanmoins convaincu que le pouvoir rayonnant du coke est plus considérable que celui du charbon de bois.
On extrait des cendres de charbon de terre des débris qui, mêlés à la poussière de houille et de coke, ou à un peu d'argile délayée dans l'eau, servent à faire des briquettes, que l'on emploie fréquem-
ment comme combustible fortéconomique, que l'on a déguisées sous des noms divers et dont nous allons parler.
5° La tourbe est un combustible léger, spongieux, d'un brun noirâtre. Elle est formée de plantes marécageuses, herbacées, entrelacées, souvent reconnaissables, et dont la décomposition est plus ou moins avancée. Les tourbes renferment toujours une quantité plus ou moins considérable de terre et de sable. Les produits de la combustion de la tourbe sont assez compliqués, parce qu'il est difficile de la rendre complète. Ils sont composés des mêmes éléments que ceux qui se dégagent de la combustion incomplète du bois ; on y trouve en outre de l'ammoniaque, et souvent de l'acide sulfureux, qui communiquent à la vapeur une odeur piquante et fort désagréable. La tourbe brûle lentement et ne donne pas une chaleur intense. Elle est d'un très bon usage pour le chauffage des éluves, et peut servir avantageusement à l'alimentation des foyers de chaudières à vapeur. On emploie également le charbon de tourbe obtenu par les mêmes moyens que le charbon de bois ; il a l'avantage de donner une chaleur douce et longtemps continue.
6° Sous le nom de tannée, on désigne le tan réduit à sa partie ligneuse. Il est humecté et foulé dans des moules, où il prend la forme de mottes, que l'on fait ensuite sécher à l'air ; ou bien encore employé en poussier. C'est un combustible précieux pour le pauvre. Les résidus qui proviennent des bois de teinture peuvent être utilisés de la même façon que la tannée. Le principal avantage de ces combustibles est de donner une cendre qui se conserve très longtemps chaude, surtout quand on la mélange au poussier de charbon, ainsi que cela se pratique dans les petits appareils connus sous le nom de chaufferette ou chauffe-pieds. Brûlées à l'air libre, elles répandent une odeur extrêmement acre et presque insupportable, qui déterminerait des maux de tête très violents.
7° On emploie encore comme moyen de chauffage certaines préparations artificielles destinées surtout aux usages domestiques, et dans lesquelles entrent diverses résines. Ce sont ces combustibles auxquels on donnait le nom d'agglomérés, sorte de charbon qu'on forme en mélangeant à chaud des menus pulvérulents avec des matières goudronneuses fournies par la fabrication du gaz de l'éclairage et en les comprimant fortement dans des moules. A ce groupe se rattache encore les boules pyrogènes, etc., qui n'offrent rien de particulier au point de vue de l'hygiène. Depuis quelque temps, un nouveau combustible artificiel, désigné sous le nom de charbon de Paris, commence à être substitué aux combustibles ordinaires dans diverses industries, dans les laboratoires et dans les usages domestiques. Il se compose des menus débris de différentes matières carbo-
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nisées, poussier de charbon de bois ou de tourbe, charbon de brindille des forêts, bruyères, tout épuisé, agglomérées à l'aide du goudron en cylindre de la forme ordinaire du charbon de bois. Le grand avantage de cette substance est de conserver très longtemps la chaleur et de ne répandre absolument aucune odeur incommode ou insalubre. On peut juger du développement qu'a pris déjà cette fabrication, en sachant que l'usine de M. Popelin-Ducarre, à Paris, obtient journellement, dans quatre fours à double moufle, 150 hectolitres de charbon, pesant ensemble ^950 kilogrammes, ce qui représente une production annuelle de 1 782000 kilogrammes. Enfin, sous le nom de coke d'anthracite, M. Charles Tardieu a fabriqué un mélange intime de 1 partie de houille grasse pour 2 parties d'anthracite qui, par l'action d'une très forte chaleur, donne un produit homogène bien agglutiné et très propre aux usages industriels.
8° Un dernier procédé de chauffage, qui présente d'immenses avantages dans les opérations métallurgiques, et qui tend à se généraliser, grâce aux belles applications qu'a fait connaître M. Ebelmen, consiste dans l'emploi des gaz combustibles provenant soit delà distillation de la houille, soit de la décomposition de l'eau au moyen du charbon chauffé au rouge. Il n'est pas nécessaire d'insister sur la supériorité de cette méthode, qui permet de tirer parti de toute espèce de combustible, et de la manière la plus complète. L'hydrogène et l'oxyde de carbone, qui sont spécialement employés au chauffage, ont l'inconvénient de compromettre la santé des ouvriers, sous le double rapport de l'asphyxie et des explosions auxquelles ils peuvent donner lieu, ainsi que MM. Laurens et Thomas en ont observé déjà - des exemples.
Les détails dans lesquels nous venons d'entrer suffisent pour faire apprécier les avantages relatifs et les inconvénients des diverses espèces de combustibles le plus généralement employés. Mais il estime question d'un haut intérêt qui doit trouver place dans cette étude. C'est celle de la consommation des combustibles. Nous en emprunterons les détails pleins d'intérêt à l'excellent travail sur la Propriété souterraine, de M. l'ingénieur des mines E. Lamé-Fleury. Parlons d'abord des combustibles minéraux.
« Le dernier chiffre authentique date de 1852, époque à laquelle s'arrête la plus récente publication de l'administration des mines, et il accuse 79 585 200 quintaux métriques de houille absorbés par nos industries de tout genre. La consommation houillère de la France était en 1787 de Ù035919 quintaux métriques, en 1802 de 9 351 800, en 181 k de la même quantité ; mais depuis cette époque elle s'est graduellement accrue dans une proportion considérable : elle était en 1820 de 13 Ù81 220 quintaux métriques, en 1830 de 24939^8, en
1840 de 49 798 921, en 1850 de 72 252 700; ce dernier chiffre donne une infériorité de plus de 4 millions de quintaux métriques relativement à l'année qui a précédé la révolution de février. Le temps d'arrêt n'avait pas été, comme pour notre production, de plus d'un an à la suite de la révolution de juillet. Il semble que depuis 1852 la loi d'accroissement qui résulte de ces indications soit tout à fait modifiée, notamment pour les trois années suivantes ; les évaluations approximatives les plus récentes portent notre consommation en combustibles minéraux à 121 millions de quintaux métriques, dont le quart à peu près nous serait fourni par la Belgique, qui nous envoie à elle seule les deux tiers de l'importation étrangère, dont le dixième et le douxième environ sont expédiés respectivement par l'Angleterre et la Prusse rhénane. En même temps on évalue à 77 500 000 quintaux métriques la production indigène, ce qui lui attribuerait à peu près les cinq huitièmes de la consommation totale.
» Tandis que nous ne rencontrons en France qu'une exportation insignifiante, fait que les chiffres cités plus haut expliquent suffisamment, nous ne trouvons au contraire aucune importation étrangère de houille en Belgique et dans la Grande-Bretagne. Contrairement à ce qui se passe chez nous, ces deux pays produisent beaucoup plus qu'ils ne consomment, et la France est un des principaux clients qui absorbent l'excédant de leur production, particulièrement en ce qui concerne la Belgique. Nous sommes certainement pour beaucoup dans cet accroissement de 71 pour 100 qui s'est manifesté de 1845 à 1855 dans l'extraction houillère de nos voisins, car les deux cinquièmes environ de leur production appartiennent à l'importation, évaluée maintenant à 35 millions de quintaux métriques. On arrive ainsi, pour la consommation belge en combustibles minéraux, au chiffre de 50 millions de quintaux métriques, qui est relativement bien plus considérable que le nôtre, puisque le territoire de la France est vingt fois plus grand que celui de la Belgique, et que notre population est décuple de la sienne.
» Nous avons heureusement des chiffres parfaitement authentiques pour la Grande-Bretagne, grâce à une publication officielle récemment faite par les soins du Geological Survey, dont le directeur, M. Murchison, constate l'essor prodigieux, aux yeux des Anglais eux-mêmes, de l'industrie houillère du royaume-uni, conséquence naturelle du développement grandiose que prend l'industrie manufacturière de ce pays. « Malgré l'excès de production que présentait l'année 1854 sur toutes les années précédentes, je trouve, dit M. Murchison, que la production du charbon en 1856 est encore supérieure à cette surprenante quantité ; le chiffre de 677 117 770 quintaux métriques correspond aune augmentation de 22 274 580 sur l'année 1855,
et, au prix moyen de la houille sur le carreau de la mine, il représente une valeur de 410 596 550 francs. L'exportation à l'étranger, qui est de 62182 820 quintaux métriques, s'est accrue d'une année à l'autre de près de 10 millions de quintaux métriques; grâce à la navigation côtière et aux chemins de fer, elle a été plus active que jamais. » En défalquant l'exportation de la production, on arrive pour la consommation anglaise au chiffre énorne de 614 934950 quintaux métriques, qui est quintuple du nôtre. On sait que l'Angleterre a une population inférieure de dix millions d'habitants à celle de la France. »
Cette étude serait incomplète si après cet exposé de la consommation des combustibles minéraux nous ne donnions comme point de comparaison les résultats statistiques qui se rapportent aux combustibles végétaux. Nous les trouvons indiqués en termes précis dans le passage remarquable que nous empruntons encore, pour terminer, à M. E. Lamé-Fleury.
« Quelle est la relation qui peut exister entre le combustible végétal et le combustible minéral ? Quelles sont les quantités de carbone mises ainsi par la nature à la disposition de l'homme sous ces deux formes ? S'il est difficile de résoudre avec une approximation suffisante le problème embrassé dans toute sa ^généralité, il est du moins possible de savoir avec beaucoup d'exactitude quelles sont, pour la France seulement, les productions relatives en bois et en houille. Les renseignements les plus récents donnent à notre sol forestier une superficie totale de 8 488 072 hectares, ainsi partagée : domaine de l'État, 1 087 952; communes et établissements publics, 1835 880; particuliers, 5 497 460; couronne, 66 780. Pour évaluer la production annuelle de nos forêts, il nous faut connaître celle qui correspond à 1 hectare placé dans les conditions diverses afférentes à chacune des catégories de propriété forestière ; or on estime que la production annuelle de l'hectare est de 4 stères 600 pour les bois de l'État et ceux de la couronne, de 4 stères 120 pour ceux des communes et des établissements publics, et de 3 stères seulement pour les bois des particuliers. Les éléments essentiels du calcul ainsi déterminés par une statistique exacte, on obtient pour la production totale des forêts de la France 29 888 166 stères. S'il ne faut pas oublier de défalquer, eu égard au but que nous nous sommes proposé, les 3 080 910 stères de bois qui sont utilisés autrement que comme combustibles, il importe d'un autre côté de ne pas négliger les 13 millions de stères environ de combustible végétal produits annuellement par les pâtis, les bruyères, les landes, les plantations faites le long des voies de communication de toute nature, etc. En tenant compte de toutes les ressources de notre production indigène en bois, on arrive
certainement au chiffre annuel de UO millions de stères : or il est constaté, par la détermination du poids moyen d'un stère de bois de chauffage, par celle du pouvoir calorifique du bois, qui est à peu près la moitié du pouvoir calorifique de la houille, que le stère de bois doit être considéré comme équivalant à moins de 2 quintaux métriques de houille. Notre production en combustible végétal, représentant ainsi au maximum une production de 80 millions de quintaux métriques de combustible minéral, peut être regardée comme à très peu près égale à la production actuelle de toutes les houillères françaises.
» Il y a donc identité complète, au point de vue tout spécial où je me place, entre les quantités de combustible fournies en France, soit par la propriété superficielle, soit par la propriété souterraine ; mais si de la production je passe à la consommation, cet équilibre est entièrement détruit, et l'on est amené à reconnaître que le combustible végétal a de nos jours une importance beaucoup moindre que celle du combustible minéral. En effet, quant au premier, l'importation est assez insignifiante, puisqu'elle ne comprend que 516 660 stères, représentant du bois de chauffage, du charbon de bois et des chènevottes, tandis que pour le second l'importation ne s'élève pas à moins de 50 millions de quintaux métriques à peu près. Dans les deux cas d'ailleurs, l'exportation n'est point de nature à modifier les conclusions qui doivent être tirées de ces chiffres; de 77 630 stères dans un cas, de 1 million de quintaux métriques au plus dans l'autre, les chiffres des exportations disparaissent devant ceux des consommations; 80 millions et 130 millions de quintaux métriques, tels sont en effet les nombres qui représentent, fictivement ou absolument, suivant qu'il s'agit de l'un ou de l'autre, les consommations françaises en combustible végétal et en combustible minéral. On voit auquel de ces deux combustibles appartient l'avenir dans cette production de la chaleur, de cette « force souveraine et dirigeante qui anime tous les travaux des manufactures, disait dernièrement M. Dumas sur la tombe de Péclet, de la force qui d'un côté donne la vie à toutes leurs machines, qui de l'autre met en mouvement, dans les foyers des usines chimiques ou métallurgiques, toutes les matières qu'elles produisent ou transforment pour nos besoins. »
» Dans le même ordre d'idées, je ne dois point omettre un enseignement curieux qui ressort tout naturellement de la comparaison des chiffres que je viens de citer avec des chiffres analogues publiés, il y a vingt ans, par l'administration des mines en tête d'une notice sur la production et la consommation des combustibles minéraux en France. En 1837, époque à laquelle on supposait déjà à tort une importance relative beaucoup trop grande au combustible végétal,
l'étendue du sol forestier était un peu supérieure ; il en était de môme de la production du bois et de la consommation du combustible végétal. Bref, cette source première de chaleur est restée sensiblement stationnaire, tandis que, depuis vingt-ans, les chiffres relatifs au combustible minéral ont cru dans des proportions considérables. Ainsi la production en 1857 est deux fois et demie au moins ce qu'elle était en 1837, et pendant cet intervalle la consommation a certainement triplé. C'est que le bois est à la fois cher et d'un usage peu commode, tandis que l'homme trouve dans la houille un énergique moyen d'action qui répond à tous les besoins de l'industrie. Grâce à la houille, l'homme, qui a bien vite exténué les animaux, qui ne trouve dans l'agitation naturelle de l'air qu'un moteur élémentaire, dans l'eau qu'un moteur irrégulier, également paralysé durant l'hiver et durant l'été, et dont il ne peut se servir que là où la Providence l'a placée, grâce à la houille, dis-je, l'homme a su faire de la vapeur le levier de l'industrie moderne. Je ne voudrais cependant pas qu'on tirât de mes paroles cette conclusion, que l'humanité me semble destinée à déchoir le jour où la houille lui fera défaut. Il n'est douteux pour personne que l'homme ne sache un jour remplacer la chaleur par un nouveau moteur, comme il a remplacé par elle les moteurs animés, l'air et l'eau, dont il a successivement su tirer un si merveilleux parti. Déjà même la force mystérieuse de l'électricité ne s'apprête-t-elle pas à détrôner le charbon et la vapeur d'eau? »
( Voy. Chauffage et les articles consacrés à chacun des combustibles en particulier.)
Bibliographie. — Péclet, Traité de la chaleur et de ses applications. — A. Payen, Précis de chimie industrielle, 4e édition. Paris, 1859. — Dictionnaire des arts et manufactures, art. Combustibles, par Ëbelmen. Paris, 1847. — Félix Leblanc, Recherches sur la composition de l'air confiné (Annales de chimie et de physique, 3° série, t. V. Paris, 1842). — Comptes rendus de l'Académie des sciences, avril, 1845. — Annales des mines, t. XX. — De l'emploi industriel de l'oxyde de carbone, et de l'action de ces gaz sur l'économie animale, par M. Alph. Guérard (Annales d'hygiène, etc., t. XXX, p. 48). — Rapport sur les travaux du Conseil central de salubrité du déparlement du Nord. Lille 1849. — La propriété souterraine en France, par E. Lamé Fleury (Revue des Deux mondes. Paris, 4857-1858).