‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, ou, Répertoire de toutes les questions relatives à la santé publique considérées dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions, les établissements et institutions d'hygiène et de salubrité (volume 4)Chapitre 121 sur 151 · TOTAL · texte numérisé non relu

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des DEDX SEXES.

Après la mention des mort-nés, les périodes des âges seraient trimestrielles pour la première moitié de la .première année, semestrielles pour la seconde, annuelles d'un à dix ans, quinquennales de. dix à cent ans; on noterait à part les centenaires et les inconnus. La mention de la profession de* décédés ou de leurs parents, quand ce sont des enfants, qui ne ligure pas jusqu'à présent dans les statistiques officielles, aurait pourtant un très grand intérêt pour l'hygiène publique. Sans s'astreindre à des catégories fixes, les Conseils sauraient mettre en relief dans les relevés les particularités essentielles qui pourraient résulter de la mortalité comparative dans les principales professions exercées par la population de chaque canton ou de chaque arrondissement.

L'indication de la cause de la mort, si elle pouvait être exactement connue, donnerait à la statistique des décès une incontestable utilité, et tous les efforts de l'administration et des médecins chargés de l'éclairer doivent tendre à l'obtenir. 11 ne 'aut pas se dissimuler que tout ou presque tout, à cet égard, est encore à faire. N'est-il pas inouï, en effet, que non-seulement dans les campagnes, mais dans la plupart des villes même de premier ordre, il n'existe pas de vérifications des décès faites régulièrement par un homme de l'art? C'est là certainement une mesure essentiellement protectrice de la santé publique, et dont les conseils d'hygiène doivent, avant tout, faire sentir l'importance et poursuivre l'adoption prèsdes administrations municipales. Quelque bien organisé que soit un service de vérification de décès, il ne peut fournir d'une manière positive la notion des causes de mort, et il ne doit pas dispenser d'un autre moyen de l'obtenir, qui consisterait à inviter les médecins, dans tous les cas où ils ont été appelés, à faire connaître d'une manière aussi exacte que possible à la personne chargée de la vérification la cause présumée de la mort. Cette désignation, par des raisons qu'il est inutile de développer, laisserait sans cloute beaucoup à désirer; mais les Conseils d'arrondissement, sans lui accorder une valeur trop absolue, pourraient néanmoins en tirer d'utiles renseignements ; il ne serait pas nécessaire pour cela de suivre rigoureusement un cadre nosologique, dont l'apparente précision sert seulement à dissimuler d'inévitables erreurs. Jusqu'à ce qu'une division uniforme consacrée dans ce but par la science ait été généralisée, il convient de se borner à l'indication statistique des causes de mort, sans tenter de les catégoriser. Il ne serait pas sans avantage de rapporter à chaque mois de l'année et, s'il était possible, au sexe ou à l'âge, le chiffre de décès fournis par chaque cause particulière, conformément au cadre suivant :

Si, comme on doit l'espérer, l'importance d'une telle mesure était comprise, nul doute qu'avant peu elle ne donnât des résultats du plus haut intérêt; et l'on

mil CONSEILS D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITE.

peut affirmer que ceux-ci s'obtiendraient facilement avec de la persévérance au

début, et le concours éclairé des Conseils d'hygiène.

B. La topographie de chaque arrondissement, au point de vue de la salubrité publique, offre encore aux Conseils un champ d'étude aussi fertile qu'étendu ; elle comprendrait un exposé sommaire, mais précis, de la constitution géologique et hydrographique du sol, la situation géographique, la description succincte et l'exposition des lieux ; l'indication détaillée des causes d'insalubrité qui se rencontrent dans chaque localité, et des maladies endémiques qui en sont la conséquence.

La statistique, en ce qui louche la salubrité, devrait, pour être complète, donner, outre la mortalité et ses causes : 1° un résumé des observations thermométriques et des phénomènes météorologiques ; 2° la distribution des habitants suivant la superficie, ou la population spécifique ; 3° un état faisant connaître la nature, le nombre, la situation et les conditions d'existence des établissements industriels on manufacturiers, notamment de ceux qui sont réputés incommodes ou insalubres, ainsi que la nature des occupations, les mœurs et les habitudes les plus répandues parmi la population ; U° enfin les provenances et le prix courant des subsistances, la consommation en céréales, viandes, denrées diverses et boissons fermeutées ou autres.

En terminant ce commentaire de l'article 10 du décret constitutif, il est bon de faire remarquer que ces documents relatifs à la mortalité, à la topographie et à la statistique, dont le récolement et la coordination sont prescrits aux conseils d'hygiène, ne sont pas un stérile surcroît de travail qui leur serait imposé ; ils constituent à vrai dire la hase fondamentale de toutes leurs attributions et le point de départ nécessaire de leurs éludes journalières. Si l'on se reporte aux questions qui, aux termes du décret, doivent faire l'objet spécial et habituel de leur examen, à celles notamment qui sont comprises sous les n° 1, 6, 7, 9, 10, 11 et 12 de l'article 9, il est facile de voir qu'aucune de ces [questions ne peut èlre résolue avec quelque certitude si l'on ne possède les données générales que peuvent seules fournir les recherches prescrites par l'article dont il est ici question. Ces travaux, on ne saurait trop le répéter, n'ont pas seulement une utilité locale ; ils offrent encore un intérêt plus vaste, en formant, en quelque sorte, pour toute la France un répertoire complet de tous les documents relatifs à l'hygiène publique. C'est pourquoi il importe que, conformément à la lettre du décret, ils soient régulièrement adressés au préfet, et par lui transmis au ministre du commerce.

L'article 12 .donne au Conseil qui réside au chef-lieu du département la mission spéciale de « centraliser et coordonner les travaux des conseils d'arrondissement, et d'adresser chaque année au préfet un rapport général, qui sera immédiatement transmis avec les pièces à l'appui au ministre du commerce. » Tout ce qui a élé dit précédemment montre assez l'importance que le gouvernement attache à l'exactitude de ces communications. Mais pour qu'elles remplissent le but que l'on s'est proposé d'atteindre, et qu'elles donnent les bons résultats que l'on est en droit d'en attendre, il importe que les rapports généraux des conseils de département ne consistent pas dans une sèche énuméralion des travaux des conseils d'arrondissement. Un exposé des principales questions, une appréciation raisonnée des solutions proposées, et enfin une copie conforme des

tableaux statistiques ou des mémoires les plus importants doivent être joints à ces rapports, comme pièces à l'appui, ainsi que le veut le décret, et peuvent seuls leur donner une valeur réelle.

En résumé, les attributions et les devoirs des conseils d'hygiène sont de deux ordres : d'une part, ils sont saisis par l'administration près de laquelle ils sont placés de questions spéciales et urgentes qui réclament une prompte solution, et qui forment en quelque sorte les affaires courantes ; d'une autre part, ils ont par le fait même de leur constitution à s'occuper d'une manière continue de certains travaux déterminés, d'un intérêt plus général, qu'ils doivent poursuivre sans relâche. Ces travaux ne sont pas l'œuvre d'un jour ; mais si, dès le principe, des sous-commissions se les étaient partagés, ainsi que cela s'est fait dans plusieurs déparlements, et en avaient fait l'objet d'une étude suivie, on posséderait déjà des matériaux immenses sur la topographie et la statistique médicale de toute la France.

C'est seulement de celte manière que le but de l'institution nouvelle sera atteint, et que, se pénétrant chaque jour davantage de l'étendue et de la portée de leurs attributions et se conformant à l'esprit du décret qui les a institués, les Conseils d'hygiène publique et de salubrité, se montreront vraiment dignes de la haute et belle mission qui leur est confiée.

Délibéré en séance du comité consultatif d'hygiène publique.

Le président, Magendie. Le secrétaire rapporteur, A. Tardieu.

Nous terminerons cet exposé de l'organisation des conseils d'hygiène et de salubrité des départements en citant une dernière circulaire qui fait connaître d'une manière exacte comment cette utile institution fonctionnait dix ans après sa création.

CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE ET INSTRUCTION DU 26 AVRIL 1858, SUR LE FONC- TIONNEMENT DES CONSEILS D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITÉ.

Monsieur le préfet, près de dix ans se sont écoulés depuis que le décret du 18 décembre 1848 a créé l'institution des conseils d'hygiène publique et de salubrité. Ces conseils existent aujourd'hui dans tous les arrondissements.

Dans des circonstances très graves, telles que les 'épidémies, et toutes les fois que l'administration a réclamé leur concours pour l'instruction des affaires ordinaires, ils ont fait preuve d'un zèle éclairé. Mais un très petit nombre seulement des conseils institués aux chefs-lieux de départements ont satisfait à l'article 12 du décret constitutif qui les charge de rédiger, chaque année, pour être transmis à l'administration supérieure, un rapport général sur les travaux des conseils fonctionnant aux chefs-lieux d'arrondissement.

Le Conseil d'hygiène du département de la Meurthe a seul fourni, chaque année, ce rapport depuis 1850; celui de la Meuse le fournit exactement depuis trois ans ; vingt et un autres ont produit le leur, mais avec des interruptions ; ce sont les conseils des départements suivants: Aube, Bouelies-du-Iinônc, Corrèze, Dordogne, Eure, Finistère, Gironde, Indre-et-Loire, Loire-Inférieure, Morbihan, Moselle, Nièvre, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Rhône, Seine-Inférieure, Scine-et-

Marne, Seine-et-Oise, Tarn, Vendée. La grande majorité s'est abstenue totalement.

Les travaux envoyés, monsieur le préfet, sont d'un grand intérêt et font regretter l'absence du plus grand nombre. L'hygiène publique, la salubrité des industries réclament hautement la production de semblables travaux pour tous les départements; MM. les préfets ne sauraient donc trop user de leur influence et des moyens dont ils disposent pour obtenir ce résultat. En général, les Conseils d'hygiène mettent, comme je l'ai dit ci-dessus, le plus louable empressement à aider l'administration de leur utile concours; il ne faut donc pas craindre de solliciter leur dévouement et leur zèle, et il importe beaucoup, au contraire, de les appeler à un fonctionnement régulier cpii servirait, d'une manière très utile, les intérêts du pays.

D'une autre part, il est on ne peut plus désirable, que les conseils généraux comprennent toute l'importance de l'institution des conseils d'hygiène, et contribuent à son développement par des allocations qui font presque partout défaut, et qui sont cependant indispensables à l'accomplissement de la mission de ces derniers Conseils. Sur cinquante-trois Conseils généraux qui ont inscrit au budget de 1858 un crédit pour ce service, six seulement ont alloué une somme suffisante ; ce sont ceux dont les noms suivent : Nord, 3500 francs; Rhône, 2/tOO francs; Gironde, 2000 francs; Seine-Inférieure, 1800 francs; Bouches-du-Rhône, 1200 fr.; Meurthe, 1200 francs. Quatre ont pourvu aux dépenses de première urgence par un crédit de 500 francs, savoir : Hérault, Pas-cle-Calais, Haute-Saône, Somme. Cinq autres ont alloué ZiOO francs, savoir : Aisne, Haute-Garonne, Meuse, Bas- Rhin, Vaucluse. Dans les autres départements, les allocations" sont de 300, 200, 150, 100, 25 et ^0 francs. Trente-trois départements se sont entièrement abstenus. L'administration ne saurait trop louer les premiers, encourager les seconds et solliciter le bon vouloir de tous, soit pour la continuation de subventions convenables, soit pour l'augmentation de celles que je viens de signaler comme insuffisantes, soit enfin pour le vole de premières allocations qui permissent à l'administration de tirer tout le parti désirable des lumières et des bonnesdisposilions des Conseils d'hygiène. Le gouvernement de l'Empereur attache le plus sérieux intérêt à ce concours des départements, à cause de l'heureuse influence qu'il doit exercer sur la santé des populations.

Du reste, monsieur le préfet, mon ministère recueillera avec satisfaction les noms de ceux des membres des Conseils d'hygiène qui se distingueront par leurs travaux. Je me plais, dès aujourd'hui, a citer avec éloge plusieurs secrétaires de ces Conseils : MM. Dancel (Oise), Chaudoin (Bouches-du-Rhône), Parisot (Meurthe), Malherbe (Loire-Inférieure), Fortin (Eure), Gossart (Pas-de-Calais), Gosset et Pilât (Nord), Levieux (Gironde). Ces honorables médecins se sont livrés à de remarquables travaux que l'administration elle comité consultatif d'hygiène publique ont su apprécier.

Je ne doute pas, monsieur le préfet, que, pénétré des intentions du gouvernement, sur l'objet de la présente circulaire, vous ne les secondiez de vos efforts persévérants. Je vous prie de m'accuser réception de cette communication et de la porter à la connaissance du conseil général de votre département, à l'époque de sa prochaine session. Vous appellerez, en même temps, toute sa sollicitude sur les intérêts sérieux qu'il lui appartient de protéger par une allocation de

fonds dont la faible importance ne permettrait pas de justifier un plus long ajournement.

Je vous serai très obligé de me rendre un compte spécial du résultat que vous aurez obtenu à cet égard. Signé E. Rouher.

Depuis Lenvoi de la circulaire qui précède, le zèle des Conseils d'hygiène des départements s'est accru, des travaux en plus grand nombre ont été adressés au ministère et soumis à l'examen du Comité consultatif d'hygiène publique. Des publications régulières répandent dans la science, les utiles travaux d'un certain nombre de ces Conseils, et quiconque voudra désormais s'occuper d'hygiène publique, devra consulter ces comptes-rendus si riches de faits, parmi lesquels nous citerons ceux des départements de la Seine, du Nord, de la Gironde, des Bouches-du-Rhône, de la Loire-Inférieure, de l'Aube, du Bas-Rhin, de l'Eure, du Finistère, du Gers, de la Haute-Garonne, de l'Hérault, d'Indre-et-Loire, de la Meuse, de la Meurthe, du Morbihan, de la Nièvre, du Pas-de-Calais, du Rhône, de la Seine-inférieure, de Seine-et-Oise, de la Somme, de Tarn-et- Garonne, etc.

Conseil d'hygiène, pultlique et de salioBtrâté dUa département de Sa Seine. — On a vu que le décret constitutif des Conseils d'hygiène laissait la ville de Paris en dehors de l'organisation générale, et la réservait pour être l'objet de dispositions spéciales. M. Dumas, pendant la durée de son administration, se préoccupa de cette situation et fit élaborer un projet destiné à rattacher le conseil de salubrité de la Seine et chacun des arrondissements de Paris et de la banlieue au système qui régit toute la France. C'est ce projet accepté par la préfecture qui a été converti en décret et qui n'a pas cessé d'être appliqué à tous les arrondissements de Paris après comme avant l'annexion de la banlieue en 1860. Nous en donnons le texte comme complément de l'organisation des conseils d'hygiène publique et de salubrité fondés par le décret de 1848.

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