AIGUILLES
i'urique, et est recueillie par un tuyau de déversement dans un réservoir particulier; le gaz sulfureux qui traverse l'eau, sans se condenser, arrive dans des chambres de plomb, où il peut être converti en acide sulfurique, et d'où l'excédant d'acide est emporté par un conduit dans une caisse tournante remplie de chaux destinée à l'absorber, et communiquant en dernier ressort avec la cheminée. L'appareil simplifié de M. Richard, directeur des monnaies à Marseille, fait arriver les gaz, à l'aide d'une cheminée horizontale de 20 mètres de long, dans une cuve de plomb de 15 mètres cubes, où se trouve une couche d'un pied d'eau, dans laquelle on délaye une certaine quantité de chaux vive. Cet appareil peut parfaitement suffire.
On comprend que dans ce cercle non interrompu et ces différents milieux qu'elles parcourent forcément, les vapeurs nuisibles qui se produisent dans l'opération d'affinage des métaux précieux ne peuvent s'échapper, et n'offrent plus en réalité que des inconvénients fort peu redoutables. Aussi la question de salubrité se réduit à imposer aux affineurs la condition expresse de ne pas laisser répandre au dehors des vapeurs acides; et, sous cette réserve, ces établissements sont justement rangés dans la deuxième classe par l'ordonnance déjà citée. [Voy. Établissements, Puddler, Sulfurique (Acide) et Usines.)
Bibliographie. — Dictionnaire de l'industrie. Paris, 1833, t. 1er, art. Affinage, par H. Gaultier de Claubry. — Cours élémentaire de chimie, par V. Regnault. Paris, 1849, t. II, Métallurgie, passim. — Instructions relatives à l'art de l'affinage, rédigées au nom du Conseil de salubrité de la ville de Paris, par d'Arccl. Paris, 1827 et 1829 (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. XIII, p. 219). — Rapports généraux du Conseil de salubrité du département des Bouches-du-Rhône. Marseille, 1828, p. 46, et 1844, p. 62.
AFFUTAGE, AFFUTEURS.— Voy. Aiguiseurs.
AGGLOMÉRÉS RE HOUILLE. — Voy. Charbon, Houille, Hygiène navale.
AIGUILLES (Manufacture d') . — La fabrication des aiguilles romprend différentes opérations dont quelques-unes peuvent exercer une fâcheuse, influence sur la santé des ouvriers.
Le brunissage, et le marquage, qui consiste à percer le trou des aiguilles, exigent une 'fixité d'attention et une sûreté de coup d'oeil qui fatiguent de très bonne heure les yeux des femmes auxquelles cet ouvrage est confié.
Les hommes qui palment les aiguilles, c'est-à-dire qui en aplatissent et en façonnentfla tête à l'aidej d'un lourd marteau, sont dans les conditions de tous les ouvriers à marteau.
m AIGUISEURS.
L'empointage est la seule opération qui passe pour fort dangereuse. La pointe se fait à l'aide de meules de grès quartzeux, el, de peur de la rouille, entièrement à sec. Les molécules de fer que soulève le frottement des tiges métalliques s'enflamment et s'oxydent au contact de l'air; mais en même temps aussi voltige une poussière de grès que respirent les ouvriers, et qui, au dire de Johnston (de Knight), de Lombard (de Genève), et de M. Villermé fils, développe la phthisie chez beaucoup d'entre eux.
On doit à l'Anglais George Prior un appareil ventilateur qui entoure presque toute la meule des empointeurs et chasse en grande partie la poussière hors de l'atelier. Les moules artificielles fabriquées avec le grès pilé et la gomme laque, et que l'on a essayé de substituer aux meules de grès, ont le double inconvénient d'éclater aussi souvent que les autres, et de développer en s'échauffant une odeur nauséabonde que les ouvriers trouvent très pénible.
Enfin le travail de nuit que nécessite l'opération mécanique du polissage, qui dure parfois plus de. trente-six heures consécutives, doit être mentionné comme une des obligations auxquelles sont soumis les ouvriers en aiguilles. (Voy. Aiguiseurs, Armuriers, Épingliers.)
Bibliographie. ■ — Villermé (ils, Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XLIII, p. 82. — Dr l'influence des professions sjir la phthisie j idmonairc, par le docteur Lombard, de Genève (Annales d'hygiène, I. XI, p. 51).
AIGUISEURS. — On peut réunir sous la dénomination commune d'aiguiseurs les ouvriers appartenant à diverses professions, tels que affûteurs, couteliers, cisdiers, cani fiers, émouleurs, armuriers, quincailliers, qui sont employés à façonner sur la meule le tranchant de la lame, la surface ou la pointe des différents instruments métalliques.
En effet, outre la similitude du travail, il existe une complète analogie dans les inconvénients et les dangers que présentent ces métiers pour la santé et la vie de ceux qui les exercent. Ces inconvénients résultent de plusieurs causes : la rupture des meules, la projection de parcelles de grès ou de fer, l'éclaboussage humide, les blessures par coupures, et la mauvaise position prise pendant le travail.
Avant d'examiner en détail chacune de ces conditions, nous devons dire d'une manière générale que les ouvriers aiguiseurs, ainsi que cela résulte des statistiques recueillies dans les fabriques d'armes et de quincaillerie, sont très exposés aux affections des organes respiratoires, et succombent en grand nombre, et à un âge peu avancé, à la phthisie pulmonaire.
Les nombreux ouvriers attachés à la manufacture d'armes de Chà-
AIGUISEURS. 2.~>
tellerault sont divisés en plusieurs catégories et appelés à se livrer à des occupations diverses sous des influences également variées ; chacune de ces grandes divisions a été l'objet de recherches particulières, et chacun des individus a été examiné avec le. plus grand soin. L'organe de la vue, fatigué par une application trop soutenue, et par l'action trop vive de la lumière et du calorique , présente de nombreuses lésions qui modifient la transparence ou la couleur de ses milieux, et apportent une perturbation plus ou moins grande dans l'exercice de la vision. D'autres fois, des lésions traumatiques sont déterminées vers cet organe par des particules de fer ou d'autre nature, souvent incandescentes. Protéger l'œil par des verres convenablement ajustés, varier le travail et ne pas le prolonger trop longtemps, tels sont les moyens proposés pour prévenir ou combattre les lésions oculaires.
La fréquence des courants d'air, l'humidité inévitable dans certaines parties de l'établissement, expliquent le développement des rhumatismes et de quelques affections aiguës des voies respiratoires ; certaines modifications dans les ateliers et quelques précautions prises par les ouvriers, pourraient incontestablement diminuer la fréquence et la gravité de ces maladies.
Une classe particulière d'ouvriers, celle des aiguiseurs, se recommande d'une manière toute spéciale, et c'est à elle que M. le docteur Desayvrcs, dans ses intéressantes études, a dû consacrer les plus longues investigations.
Les deux usines consacrées à l'aiguisement des armes sont habituellement froides et humides, constamment traversées par des courants d'air; leur séjour est éminemment dangereux pour tous les ouvriers qui ne savent pas se vêtir convenablement, et qui gardent une fâcheuse immobilité quand le corps est couvert de sueur. L'aiguisement se fait par la voie humide et à l'aide de meules naturelles faites avec le grès dit bigarré, et composées de silex uni par un ciment calcaire; elles sont d'une grande dureté, et elles n'éclatent presque jamais; par l'opération du riflage, elles répandent beaucoup de poussière. En 1844, on proposa au gouvernement, des meules artificielles, qui offraient l'avantage de répandre un peu moins de poussière, mais elles .éclataient souvent, et leur infériorité ayant été bientôt reconnue, on les abandonna par ordre supérieur pendant le mois de septembre 1849.
La maladie des aiguiseurs est caractérisée anatomiq'uement par une altération spéciale du tissu pulmonaire et la coexistence constante de corps étrangers clans cet organe. Ces corps étrangers produits par l'inspiration des poussières de grès se présentent sous la forme de granulations dont le volume ne dépasse pas celui du plomb de chasse
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ordinaire. Les unes sont noires ou brunes, et les autres blanchâtres. D'après l'analyse qui en a été faite par le professeur Malapert (de Poitiers), les premières contiennent une grande quantité de silice, un peu de fer et de phosphate de chaux mélangés avec une matière noire qui offre tous les caractères de la mélànose. Les grains blancs sont exclusivement composés de silice. Le tissu pulmonaire peut renfermer des myriades de ces granulations pierreuses, sans présenter de traces d'inflammation. C'est là le premier degré de la maladie. A cette époque, le malade présente les symptômes suivants : toux sèche ou suivie d'une expectoration blanchâtre, filante, peu abondante, excepté le matin; point d'hémoptysie; le malade vomit souvent le matin des matières bilieuses ou glaireuses ; respiration moins moelleuse qu'à l'état normal, léger bruit de craquement. La cessation pure et simple des travaux à cette première période permettrait au malade de prolonger longtemps son existence.
Bientôt l'agglomération des corps étrangers , jointe à l'action de l'humidité, des vicissitudes brusques de température et des excès de tout genre auxquels se livrent trop souvent les ouvriers, déterminent l'inflammation du tissu pulmonaire, qui se congestionne, passe à l'état d'hépatisation rouge et plus tard d'induration. Aux symptômes de la première période, viennent se joindre alors des crachats rougeàtres d'abord, puis de véritables hémoptysies; la dyspnée, ce cachet des aiguiseurs, est provoquée par le moindre exercice; matité à la percussion dans toute l'étendue de la poitrine; respiration sourde, incomplète, dure, craquante. Du reste, pas de fièvre; l'appétit et les forces sont encore en bon état. A cette époque, la maladie est encore curable, mais à la condition d'un repos absolu et d'un traitement rationnel qui consiste principalement en saignées générales et locales, et frictions stibiées sur toute l'étendue du thorax.
A l'induration succèdent l'ulcération et la suppuration du tissu pulmonaire, puis des cavernes se creusent; l'expectoration est très abondante. Il survient des hémoptysies effrayantes par la quantité ^le sang rejeté. Des râles sibilants, ronflants, caverneux, se font entendre; presque partout on trouve de la matité. La fièvre est continue, avec des exacerbations le soir; la sueur, l'insomnie et l'expectoration épuisent le malade, qui finit par succomber. A cette période, qui diffère à peine de celle correspondante de la phthisie tuberculeuse, la maladie est incurable.
Tel est le danger de cette atmosphère pulvérulente au milieu de laquelle vivent les aiguiseurs, danger trop réel aujourd'hui môme que l'heureuse application du ventilateur a cependant réalisé une importante amélioration, en portant hors de l'atelier la plus grande partie de la poussière des meules. Les caractères anatomiques de la
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maladie des aiguiseurs ont été mis en évidence par quatre nécropsies, faites avec la plus grande attention, par l'habile médecin de la manufacture d'armes, M. le docteur Desayvres.
Le danger de l'éclatement des moules, dont les débris lancés par la force centrifuge sont souvent projetés à de grandes distances, est dû soit a la mauvaise qualité, soit à la monture vicieuse des pierres, soit à la trop grande vitesse de rotation. Il est sans doute inutile d'insister sur la gravité des accidents que peut causer cette rupture. Les exemples ne sont pas rares où une mort instantanée en a été la suite. Les blessures produites par les éclats projetés avec violence offrent ceci de remarquable, qu'elles portent le plus souvent sur les parties supérieures, et principalement à la tête. Mais il faut reconnaître que ces dangers, autrefois très fréquents, sont aujourd'hui moins redoutables, par suite des perfectionnements introduits dans le montage des meules.
Il n'en est pas de même de l'aspiration de la poussière siliceuse qui s'échappe des meules lorsqu'on aiguise à sec ou quand on tourne les meules pour repolir leur surface usée. Le grès très divisé qui pénètre dans les voies aérifères est une source d'accidents très sérieux. C'est ce qui faisait dire à Turner Thackrah, que parmi les procédés dont se servent les couteliers, l'aiguisage et le limage sont les plus dangereux. Quelquefois les ouvriers couteliers reçoivent dans les yeux des pailles de fer ou d'acier, de petits grains de sable ou d'émeri, des débris de feutre, qui se détachent soit des lames, soit des meules ou des polissoirs, et entraînent promptemeiit une altération plus ou moins profonde de la vue.
Ces inconvénients, que l'on peut faire disparaître en humectant la meule, sont remplacés par d'autres moins graves, mais encore considérables, et sur lesquels insiste avec raison M. le général Moiïn. Le mouvement de la meule dans l'auge où elle traverse un liquide donne lieu à un éclaboussage continuel. L'ouvrier aiguiseur reçoit ainsi, pendant son travail, sur ses bras, sa figuré, sur tout son corps enfin, une pluie de boue mêlée de parcelles siliceuses et métalliques si abondante, que les vêtements dont il est couvert en sont totalement imprégnés, et de cette humidité constante peuvent naître les maladies les plus funestes.
Quant aux coupures que peuvent se faire les ouvriers aiguiseurs, M. Chevallier, dans l'enquête à laquelle il s'est livré sur l'hygiène de celte profession, a reconnu qu'elles étaient en général extrêmement rares. Elles ne pourraient être attribuées qu'à la maladresse de l'ouvrier ou à la présence accidentelle d'un corps gras qui ferait glisser la pièce qu'on aiguise sur la meule.
La position de l'ouvrier amènerait, suivant le même observateur,
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des varices et des ulcères aux jambes, et une déformation du corps d'autant plus marquée, que le métier a élé commencé «à un âge moins avancé.
Il y a, comme on le voit, dansja profession d'aiguiseur, une réunion de conditions singulièrement nuisibles à la santé, et qu'il importe de corriger, autant que cela est possible. Les moyens employés dans ce but doivent être soigneusement exposés.
Les meules choisies plus ou moins dures, ou plus ou moins tendres, selon le travail auquel on les destine, doivent être examinées scrupuleusement, et même essayées à l'aide d'une rotation accélérée opérée de façon que leur rupture ne puisse causer aucun accident. Elles doivent être taillées et montées d'une manière conforme aux perfectionnements que l'expérience a indiqués, c'est-à-dire enveloppés latéralement par deux plateaux de fonte d'un diamètre proportionné à celui de la meule, et entourées à la surface, vis-à-vis du corps de l'homme, soit d'un appareil protecteur semblable à celui qui est figuré dans le mémoire de M. Chevallier, et qui défend l'ouvrier contre les éclats de la meule rompue ; soit, comme l'indique M. J. Peugeot, d'une enveloppe concentrique à larges rebords latéraux, maintenue au sol par deux fortes chaînes, et qu'il appelle cuirasse de sûreté, laquelle préserve à la fois contre les fragments de moyenne dimension et contre l'humidité et la boue lancées par la meule, dernier inconvénient contre lequel M. Chevallier conseille l'usage des blouses imperméables. Enfin, le mouvement de rotation doit être mesuré, et l'on doit éviter que des corps gras salissent les meules.
Mais le plus grave danger, celui qui résulte de la poussière de grès produite par l'aiguisage et le tournage à sec, réclame des moyens spéciaux. Un des anciens directeurs de la manufacture d'armes de Cbàtcllerault avait proposé de substituer aux meules de grès de petite dimension des molettes d'acier. M. Malbec a imaginé des meules artificielles composées de gomme laque et de sable mêlés à chaud, donnant une poussière plus lourde qui tombe et ne se répand pas dans l'atelier comme celle de grès; mais, à propos de l'empointage des aiguilles (voy. Aiguilles), nous avons signalé la rupture possible cl l'odeur presque insupportable que l'on reproche à ces meules. Un moyen plus efficace est celui qui est fondé sur l'emploi d'une ventilation destinée à enlever la poussière des meules, et à soustraire les ouvriers à son action. La disposition très simple adoptée par M. Peugeot est décrite en ces termes par M. Morin : « Les meules sont emboîtées dans leur partie inférieure, et sous chacune d'elles, au-dessous du sol, est un petit canal de 35 centimètres environ de largeur. Tous les canaux parallèles qui viennent d'une même rangée
de meules débouchent par Un contour arrondi dans un autre canal, ménagé sous le sol, qui communique avec un tuyau aspirateur de 30 centimètres de diamètre ; celui-ci débouche au centre d'une des pièces du ventilateur, qui a 75 centimètres de diamètre, 28 centimètres de largeur et fait 1200 tours en une seconde. Ce ventilateur n'a pas d'enveloppe et n'est entouré que d'une caisse de planches, placée en face d'une ouverture pratiquée dans le mur, et par laquelle la poussière s'échappe au dehors. Comme il n'est pas nécessaire d'aspirer à la fois sous toutes les meules, dont la plus grande partie travaille à l'eau, le conduit de chacune d'elles et les conduits principaux sont munis de registres qui permettent ou interrompent la circulation de l'air. On peut donc à volonté mettre en rapport avec le ventilateur telle meule que l'on veut. »
Par ces moyens, on pourra remédier en partie aux inconvénients et aux dangers inhérents aux professions dont nous venons de parler.
Bibliographîe. — Des accidents auxquels sont exposes les couteliers, émouleurs et <iiguiseurs, par A. Chevallier (Ann. d'hyg. pubi. et de méd. lég., t. XV, p. 243). — Note sur les moyens employés par M. Jules Peugeot pour préserver les ouvriers des dangers qu'offre l'emploi des vieilles de grès, par M. A. .Morin, de l'Institut {Comptes rendus de l'Académie des sciences, juillet 1847, t. XXV, p. 1). — Dictionnaire universel de police, de Desessails, t. III, p. 273. — Encyclopédie : Arts et métiers, t. II, p. 46. — Thé Effects of the principal arts, trades and professions, on hcalth and longcvity, etc , liy Turner Thackrah. Loiiclon, 1832. — Ann. d'/iyg. et de méd. lég., t. XXX, p. 454, et t. XXXIII, p. 464. — Phtkisie des tailleurs de pierres meulières françaises, par le docleur Peacock (Ann. d'hyg. et de méd. lég., I. XV, 2e série, p. 199). — Sur une affection pulmonaire des aiguiseurs d'armes, par M. le docteur Desayvrcs (de Chatelleiault). — Études sur les maladies des ouvriers de la manufacture d'armes de Chûlcllcrault, par le même (Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1856, t. V, 2e série, p. 69 et 282).
AIR. — : La constitution de l'air libre ou confiné et les diverses causes de viciation de l'atmosphère intéressent au plus haut degré l'hygiène publique. Le choix et l'assainissement des lieux d'habitation reposent sur une connaissance exacte de la composition de l'air et des altérations qu'il peut présenter. Nous n'avons pas à entrer ici dans tous les détails que comporte l'étude approfondie des divers éléments de l'atmosphère, de leur rôle dans l'accomplissement des phénomènes météorologiques ou organiques, et de l'influence spéciale que chacun d'eux exerce sur les êtres vivants. Nous devons nous borner à indiquer dans quel sens doivent être dirigées, et à l'aide de quels procédés peuvent être exécutées les recherches qui ont pour objet la détermination de la constitution de l'atmosphère au point de vue de l'hygiène publique et de la salubrité.
?,() A lit.
Après avoir rappelé sommairement la composition normale de l'atmosphère et ses différentes causes de vicialion, nous exposerons les méthodes d'analyse de l'air les plus pratiques et les plus précises, sans nous attacher aux effets généraux des différents agents physiques.
Composition normale de l'air. — La composition de l'air, lixéc parles beaux travaux de MM. Dumas, Boussingault, Regnaull, etc., Cl recherchée dans les conditions normales, est, sur 100 parties, de 20,81 d'oxygène et 79,19 d'azote en volume, ou de 23,015 d'oxygène et 76,990 d'azote en poids, de 3 à 6 dix-millièmes d'acide carbonique et d'une quantité variable de vapeur d'eau. A ces principes fondamentaux et constants du gaz atmosphérique, il convient d'ajouter peut-être l'ammoniaque, que Fresenius porte, pour un million de parties d'air en poids, à 133 millièmes ; le gaz hydrogène carboné, et enfin, suivant M. Chalin, des traces de vapeur d'iode.
Le fait capital dans la composition de l'air, c'est sa constance presque absolue non-seulement dans un môme lieu et dans un temps donné, mais à toutes les époques et pour une durée indéfinie, en Ions lieux, à toutes les latitudes, à toutes les hauteurs accessibles. Si l'on a pu constater quelques variations dans la constitution normale de la masse libre de l'air, ce n'est que dans des limites fort étroites et sous l'influence de circonstances accidentelles.
Ainsi la proportion d'oxygène dans l'air pris à la surface des mers el des eauxslagnant.es, où vivent soit des végétaux abondants, soit des myriades d'infusoires de couleur verte ou rouge, peut s'élever jusqu'il 23,67 pour 100 en volume, par suite de la décomposition de l'acide carbonique opérée par ces êtres vivants sous l'influence de la radiation solaire (Morren). Par opposition, M. Lewy trouve à la surface de la mer, là où ne se rencontrent plus les infusoires ni les végétaux, l'oxygène de l'air tombé à 22,6 en poids. Différence qui peut s'expliquer par ce fait, que l'eau de la mer, au sein de laquelle vivent et respirent tant d'animaux, doit emprunter l'oxygène dont ils uni besoin aux couches atmosphériques les plus voisines de la surface. . L'air de la terre serait donc en moyenne un peu plus riche que celui de la nier. Lisons encore que d'après les belles observations de M. le professeur Marlins et de M. Bravais sur le Faulhorn, la direction du vent semble influer sur la composition de l'air d'une manière assez marquée, en ce sens seulement qu'un changement dans celle direction coïncide avec une variation dans la proportion de l'oxygène.
Le mouvement incessant de décomposition el de reproduction de l'acide carbonique auquel donnent lieu la respiration des plantes el celle des animaux s'opère dans une si parfaite harmonie, que la pro-
portion de ce gaz ne change pas, et qu'il en résulte, suivant l'heureuse expression de M. le professeur Gavarrel, un véritable équilibre mobile qui maintient l'intégrité de composition de l'atmosphère et assure à tout jamais la permanence des conditions extérieures nécessaires au développement^ des êtres vivants à la surlace du globe. C'est à peine si MM. Bonssingault et Lewy ont trouvé dans l'air recueilli à Paris un excédant de 281 dix-millionièmes d'acide carbonique sur l'air des campagnes voisines. Si la proportion normale de ce gaz varie de 0,0003 à 0,0006, cela tient presque uniquement à la dissolution et au dégagement alternatils d'une certaine partie d'acide carbonique entraîné sur le sol par l'eau de pluie et rendu plus tarda l'atmosphère. Le même phénomène a lieu pour l'ammoniaque et pour l'iode.
Quant a la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air, elle est essentiellement variable et change avec la température des saisons, les diverses heures du jour, la latitude, l'altitude, la direction des vents, la situation maritime ou continentale des lieux, les circonstances météorologiques (Kaemtz).
Causes de vigiation de l'air. — Malgré la constance de la constitution de l'air, et soit qu'on le considère dans les espaces libres ou confinés, un grand nombre de causes locales naturelles ou accidentelles tendent à en altérer plus ou moins profondément la composition et à modifier son action sur la santé et sur la vie des êtres organisés.
1° Air libre. — Certaines localités déterminées présentent, isolées ou réunies, des conditions particulières qui sont de nature à engendrer la viciation de l'atmosphère et à devenir une cause active d'insalubrité. Les marais, l'embouchure des rivières, les grands foyers de végétation aquatique, les volcans, les mines, sont les sources naturelles d'où se dégagent les gaz délétères qui se mêlent à l'air.
M. Daniell a signalé, dans un mémoire du plus haut intérêt, le dégagement spontané de l'hydrogène sulfuré sur la côte occidentale d'Afrique, et en général à l'embouchure des rivières des contrées tropicales. Ayant été chargé par l'Amirauté d'examiner la composition de ces eaux, dans le but de découvrir la cause de la destruction rapide du doublage de cuivre des navires employés dans ces stations, il y a trouvé des proportions notables d'hydrogène sulfuré dont l'origine se trouve dans l'action d'immenses quantités de matières végétales sur les sulfates de l'eau de mer. Les eaux cèdent ce gaz à l'atmosphère, et il y a là une source facilement appréciable de viciation de l'air : on sait, en effet, que 1/1 500e d'hydrogène sulfuré mêlé à l'atmosphère agit comme un poison sur les petits animaux ; et sur les rivages dont il est ici question, des miasmes putrides d'une
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nature spéciale se dégagent en abondance. MM. Mac Gregor Laird et Oldfield, remontant le Niger, ont signalé ce phénomène et en ont noté les effets; il faut avoir senti l'horrible fétidité de ces miasmes pour concevoir l'accablement physique et moral et les sensations de malaise et de dégoût auxquelles on finit souvent par succomber. Le même phénomène peut se reproduire à toutes les embouchures des vastes rivières et là où les eaux de la mer viennent se mêler à celles des marécages. On comprend l'influence que peut avoir la production de l'hydrogène sulfuré sur la salubrité de certaines localités.
Les marais laissent échapper un gaz particulier , l'hydrogène carboné, dont la présence dans l'atmosphère est une cause active de viciation. M. Paul Savi a signalé, comme un fait très important à ce point de vue, l'action des eaux sur certains terrains desséchés qui renferment des masses séléniteuses imprégnées de soufre et souvent de sel marin, ainsi que cela se rencontre dans quelques maremnies, d'où se dégagent de l'hydrogène sulfuré et de l'hydrogène carboné, qui contribuent puissamment à rendre l'air insalubre.
Les volcans versent aussi dans l'atmosphère différents gaz plus ou moins délétères ; mais il n'y a là qu'une cause d'altération trop limitée pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter.
Enfin clans les mines, il est curieux de voir combien peut varier la composition de l'air, non-seulement par suite du dégagement accidentel de certains gaz carbonés ou sulfurés, mais encore par le changement de proportion des éléments constitutifs de l'atmosphère. Des travaux extrêmement importants ont été entrepris par M. Moylc dans les mines de Cornouailles, par M. Félix Leblanc en Bretagne et en Belgique, et ont donné des résultats sur lesquels on ne saurait trop insister. Le premier de ces savants obseivateurs, dans les analyses répétées qu'il a fait connaître, a trouvé sur 100 parties d'air : au mininmn, 14,64 d'oxygène, 85,36 d'azote et 0,13 d'acide carbonique; et au maximum, 18,95 d'oxygène, 80,98 d'azote et 0,065 d'acide carbonique. M. F. Leblanc a constaté dans l'air des mines, le plus altéré par l'effet de la respiration et de la combustion des lampes, une proportion de 3 à 4 pour 100 d'acide carbonique et une diminution de 4 à 5 pour 100 dans la proportion d'oxygène. Dans ces conditions la lampe s'éteint, la respiration des hommes est un peu gênée, mais le travail est possible tant que l'altération ne dépasse pas cette limite. Une observation très curieuse a été faite par l'habile expérimentateur que nous venons de nommer. Dans une entaille de houillère où personne n'avait pénétré depuis longtemps, il a vu l'oxygène descendre au-dessous de 10 pour 100. Une pareille atmosphère est
immédiatement asphyxiante. L'agitation de l'air produite par la circulation dans les parties d'une mine suffît pour ramener dans la masse cïe l'air une plus forte proportion d'oxygène. Cette altération profonde, survenue dans la composition de l'atmosphère sans qu'il y ait formation d'acide carbonique en rapport avec la diminution de l'oxygène, paraît due à l'influence des pyrites qui abondent dans les mines. Une absorption continue d'oxygène s'établit sur plusieurs points ; et lorsque l'air n'est pas agité par des courants, la différence de densité des deux atmosphères, quoique faible, maintient une démarcation assez tranchée dans la composition de deux masses voisines. M. Chevreul a signalé l'influence que les sulfures alcalins, formés aux dépens des sulfates par les matières organiques en putréfaction, peuvent exercer sur des atmosphères très circonscrites. C'est la disparition de l'oxygène plus que l'hydrogène sulfuré qui altère ces milieux. M. Moyle fait remarquer que partout où l'on emploie beaucoup de poudre à canon, il se forme souvent des gaz dangereux qu'il est très difficile de découvrir quand on recueille les gaz en vidant des flacons remplis d'eau, et dont il n'a pu constater la présence par les essais les plus délicats. On peut s'assurer par l'examen des eaux qui se trouvent dans les vases qu'il se produit de l'acide sulfureux quand ceux-ci ont été remplis d'air immédiatement après une explosion de mine.
2° Air confiné. — Nous avons jusqu'ici étudié l'atmosphère libre et ses causes de viciation naturelles; mais, au point de vue de l'hygiène publique ou privée, un intérêt bien plus général, bien plus pratique, s'attache à la recherche de la composition et des causes d'altération de l'air confiné. Les lieux habités, les enceintes closes où séjournent un plus ou moins grand nombre d'êtres vivants, renferment une masse d'air qui doit fournir aux phénomènes de combustion et de respiration nécessaires à l'entretien et aux actes de la vie. Cet air se dépouille par ce seul fait d'une portion de son oxygène et se charge d'une proportion croissante d'acide carbonique, d'où résulte la nécessité d'un renouvellement continu et proportionnel de la masse atmosphérique. Les principes posés par Lavoisier, Séguin, de Humboldt, Gay-Lussac, Dumas, ont été développés avec une rare sagacité par M. Félix Leblanc, dans un très remarquable travail. Il a rapporté les sources d'altération de l'air non renouvelé aux trois chefs suivants : 1° respiration de l'homme et des animaux; 2° foyers de combustion et appareils d'éclairage ; 3° transpiration cutanée et pulmonaire et matières animales qu'elles entraînent. De ces divers ordres de causes, les deux premiers agissent en enlevant à l'air l'oxygène, aux dépens duquel se forment l'acide carbonique et l'eau qu'exhalent les poumons, ou que fournissent les corps qui se consument pour
TAllLUliU. — DlCf. D'HÏG. T. I. 3
sa AIR.
donner la chaleur et la lumière artificielles. M. Dumas a démontré qu'un homme adulte brûle tant en carbone qu'en hydrogène une quantité équivalente à 10 grammes de carbone par heure, en dépouillant d'oxygène 116 grammes d'air, ou 90 litres. Il sort des poumons, par vingt-quatre heures, 8 mètres cubes, ou, suivant le docteur Menzies, 13 mètres cubes, contenant U pour 100 d'acide carbonique. Le volume d'acide carbonique versé dans l'air par la respiration d'un soldat, pendant la nuit, peut être évalué, suivant Scharling, à 12 litres par heure, résultant de la combustion de 6sr,50 de charbon; suivant Andral et Gavarret, à 20 litres, résultant de la combustion de 11 grammes de carbone pour le même temps. En somme, l'air exhalé contient U pour 100 d'acide carbonique; 1 kilogramme d'acide stéarique, en brûlant, peut amener au même degré d'altération l'air contenu dans une capacité de 50 mètres cubes.
Ce n'est pas là, nous l'avons vu, le seul mode d'altération de l'air confiné. Le corp de l'homme donne lieu à une évaporation d'eau dont la quantité a été évaluée par Séguin à 800 ou 1000 grammes en vingt-quatre heures, chiffre un peu exagéré si l'on se tient au calcul de M. Dumas. La sursaturation de l'air confiné qui en résulte doit, suivant les justes remarques de M. F. Leblanc , amener sinon un arrêt, du moins une diminution notable de l'évaporation cutanée et de la transpiration pulmonaire. Il s'ensuit qu'une portion de la chaleur enlevée à l'état latent par l'effet de la transpiration normale tendra à s'accumuler dans les organes et à en élever la température, à moins qu'il n'y ait une réaction dans les procédés de la respiration. L'eau atmosphérique se charge en outre de principes miasmatiques qui font que, condensée et abandonnée à elle-même, elle ne tarde pas à pourrir. Péclet et Dumas ont noté que l'air expulsé par des cheminées d'appel destinées à opérer la ventilation des salles d'assemblées nombreuses exhale souvent une odeur infecte. Des expériences fort curieuses et encore inédites de M. le professeur Gavarret tendraient à démontrer que ces principes inconnus jouent un rôle tout à fait spécial et très important dans la viciation de l'air confiné. Il a vu périr des animaux dans une atmosphère non renouvelée, mais à laquelle on restituait l'oxygène à mesure qu'il disparaissait, en même temps que l'on absorbait l'acide carbonique à mesure qu'il se formait, preuve évidente de l'influence singulièrement active des causes de viciation indépendantes de la désoxygénation de l'air.
En faisant la part de cette source particulière d'altération, il faut reconnaître d'une manière générale que, dans un espace limité et habité, c'est l'acide carbonique qui est la cause et donne la mesure de l'insalubrité de l'air. A 1 pour 100, si le gaz provient de la respiration, le séjour ne peut se prolonger sans exciter une sensation de
malaise prononcé; et M. F. Leblanc est arrivé à cette conclusion capitale et essentiellement pratique, au point de vue de l'hygiène publique, que le dosage de l'acide carbonique permet d'apprécier, à un instant et dans une position donnés, l'état chimique de l'air confiné. On aura ainsi, suivant l'expression de l'habile expérimentateur, une sorte de réactif pouvant fournir des indications de mesures utiles pour une ventilation bien entendue. Il n'est pas sans intérêt de consigner ici un fait mis hors de doute par les recherches de MM. F. Leblanc, Lassaigne et Orfila : c'est, que l'air le plus vicie ou celui qui contient le plus d'acide carbonique ne réside pas dans les régions inférieures, et que ce gaz, au sein de l'air confiné, se répand d'une manière à peu près égale dans les couches supérieures et inférieures, ou présente un léger excès dans les parties, les plus élevées de l'enceinte close.
Ajoutons qu'une atmosphère viciée au point de ne plus entretenir la combustion peut entretenir encore la vie ; mais la respiration est très pénible, et il y aurait un grave danger à séjourner dans un pareil milieu. Il est bon de noter aussi que l'acide carbonique pur agit dix fois moins énergiquement pour vicier l'air que la vapeur du charbon. Quelques chiffres compléteront utilement ces détails relatifs à la vicialion de l'air confiné. En supposant un homme adulte enfermé dans une enceinte de 10 mètres où l'air n'est pas renouvelé, l'atmosphère, d'après les recherches de MM. Andral et Gavarret, contient :
Après 2 heures, 42 litres ou 42 dix-millièmes d'acide carbonique, % — 84 — 84 —
Dans une enceinte de 20 mètres, l'air dans les mômes conditions contiendrait un chiffre total d'acide carbonique égal, mais une proportion moitié moindre; c'est-à-dire après 2 heures, 42 litres ou 21 dix-millièmes, etc., etc. Enfin, si l'analyse chimique indique une proportion de 4 pour 100 d'acide carbonique dans l'atmosphère, on doit en conclure que la totalité de l'air contenu dans l'enceinte a déjà passé par les poumons. S'il contient 1/2 pour 100, l/8e seulement de l'air a servi à l'acte de la respiration.
Les graves inconvénients qui résultent de ces différentes causes de viciation de l'atmosphère seront corrigés, on le comprend, soit par l'augmentation de la capacité de l'enceinte, soit par le renouvellement de Pair* [Voy. Ventilation.)
Analyse de l'air. — Il nous reste à faire connaître les différentes méthodes et les principaux procédés à l'aide desquels on peut arriver à reconnaître la composition et le degré d'altération de l'air libre ou confiné. Nous nous attacherons exclusivement aux modes
d'analyse les plus récents et les plus pratiques, à ceux surtout qui sont le plus applicables à l'objet spécial de nos éludes, c'est-à-dire aux recherches qui intéressent l'hygiène publique.
1° Moyen de recueillir V air à analyser. — Le premier point est de savoir recueillir avec les précautions convenables l'air d'une localité donnée. Le moyen le plus simple consiste à vider dans les endroits voulus des flacons remplis d'eau saturée d'acide carbonique, ou de mercure, en ayant soin d'y laisser une petite quantité d'eau ou de mercure ; de graisser, de cacheter les bouchons, et de maintenir les flacons renversés jusqu'au moment de l'examen. M. F. Leblanc, durant les recherches auxquelles il s'est livré dans les mines, portait sur lui, à l'aide d'une courroie, une boite à compartiments dans laquelle ses flacons renversés plongeaient invariablement dans le mercure.
Pour procéder à l'abri de toute variation, MM. Dumas et Boussingault, Martins et Bravais, ont employé de grands ballons dans lesquels le vide avait été fait, et qui étaient fermés avec les pins minutieuses précautions. On sait à quel degré de perfection sont arrivés ces savants, dans des analyses qui ont porté, sur des masses d'air recueillies et transportées à de très grandes distances.
On ne saurait passer sous silence les procédés fort ingénieux dont s'est servi M. C. Brunncr (de Berne). L'appareil très simple qu'il a l'ait connaître consiste en un vase d'une forme et d'une dimension indéterminées rempli d'un liquide convenable, l'huile de préférence à l'eau, qui, à mesure qu'il s'écoule par un orifice situé à la partie inférieure du vase, est remplacé par un volume égal d'air entrant dans le vase par un orifice supérieur, après avoir traversé des tubes où il est soumis à divers réactifs. Cet appareil attirant l'air comme par aspiration est désigné sous le nom (['aspirateur. On conçoit qu'en mesurant le liquide écoulé, on évalue par là le volume d'air aspiré. Pour opérer en grand et parvenir à avoir des notions plus exactes sur la composition de l'air dans les lieux où il est chargé de substances délétères et de miasmes, il suffirait d'établir un grand tonneau ou aspirateur , au moyen duquel on produirait un courant d'air continu pendant des journées entières, même sans la présence d'un opérateur.
2° Procédés- eudiométriques. — La détermination des éléments de l'air est arrivée aujourd'hui à un degré d'exactitude presque absolu, grâce aux méthodes proposées par Dumas etBoussingault, Regnault, Doyèrc, etc. On doit aux premiers de ces illustres savants un principe d'analyse qui a beaucoup simplifié, en les rendant plus précis, les procédés eudiométriques. C'est la substitution de la pesée à la mesure des gaz en volume.
Dans les bel'es recherche? de Dumas et Boussingaull sur la véri-
table constitution de l'air atmosphérique, un ballon vide d'air est mis en rapport avec un tube plein de enivre métallique réduit par l'hydrogène et armé de robinets qui permettent d'y faire également le vide, dont on a d'ailleurs exactement déterminé le poids. Le euhre étant chauffé au rouge, on ouvre celui des robinets par où doit arriver l'air, qui se précipite alors dans le tube où il cède à l'instant son oxygène au métal. Au bout de quelques minutes, on ouvre le second robinet ainsi que celui du ballon, et le gaz azote se rend dans le ballon vide. Les robinets demeurés ouverts, l'air afflue, et, à mesure qu'il passe dans le tube, il y abandonne son oxygène; c'est donc de l'azote pur que le ballon reçoit. Quand il en est plein ou à peu près, on ferme tous les robinets. On pèse ensuite séparément le ballon et le tube pleins d'azote, puis on les pèse de nouveau après y avoir fait le vide. La différence de ces pesées donne le poids du gaz azote. Quant au poids de l'oxygène, il est fourni par l'excès de poids que le tube qui contient le cuivre a acquis pendant la durée de l'expérience. Avant d'arriver sur le cuivre qui devait lui enlever son oxygène, l'air se dépouillait d'abord d'acide carbonique en passant dans des appareils remplis de potasse liquide très concentrée; puis d'eau, en traversant, des tubes garnis d'acide sulfurique concentré et pur. — La nécessité de maintenir une température et une pression constantes et certaines sera facilement comprise, et est remplie à l'aide de moyens qu'il serait hors de propos de consigner ici.
M. F. Leblanc, dans ses recherches sur la composition de l'air confiné, ajoute à l'appareil de Dumas et Boussingault des tubes pesés pour le dosage de l'acide carbonique ; ou, pour plus de simplicité, il opère l'aspiration au moyen de deux grands ballons d'une capacité connue et préalablement vidés d'air. Ces ballons sont munis de thermomètres intérieurs et mis en relation avec un tube vertical plongeant dans le mercure. L'évaluation exacte de la hauteur de la colonne de mercure soulevée et l'observation de la température fournissent les données nécessaires pour calculer le poids de la masse d'air qui a cédé tout son acide carbonique à la potasse. Lors de chaque prise d'air confiné à analyser, on doit avoir soin de noter toutes les circonstances, telles que la capacité de l'enceinte, le nombre des individus, la durée de la clôture, la température, le mode de chauffage, enfin l'absence ou l'existence et la nature des moyens de ventilation.
M. Regnault emploie pour l'analyse de l'air un eudiomètre perfectionné dans lequel, outre la détermination exacte de la température et de la pression, il combine la mesure du volume des gaz avec l'emploi des réactifs absorbants, et où l'oxygène s'unit à l'hydrogène au moyen de l'étincelle électrique. Cette méthode, d'une
précision presque mathématique, est d'une exécution beaucoup plus rapide que celle de MM. Dumas et Boussingault, quoiqu'elle exige des calculs assez compliqués et l'emploi d'un instrument fort coûteux.
M. Doyère a, presque à la môme époque, fait connaître un procédé eudiométrique très -propre à indiquer les variations de la composition atmosphérique. Nous nous bornerons à dire que sa méthode d'analyse diffère de celle de M. Regnault en ce que, au lieu de mesurer toujours les gaz ramenés à une pression identique, on agit directement sur les volumes. Les artifices ingénieux au moyen desquels ce savant arrive à déterminer les corrections naissant de la température, de la pression, et de l'état hygrométrique, ne peuvent être bien appréciés qu'en prenant connaissance des mémoires très étendus de l'auteur.
M. Brunner, dont nous avons décrit l'appareil aspirateur, a indiqué quelques procédés particuliers pour l'analyse de l'atmosphère. Sa méthode ne diffère pas d'ailleurs de celle de MM. Dumas et Boussingault. C'est au moment de l'entrée de l'air dans le vase aspirant qu'il le soumet au contact des réactifs propres à déceler sa nature en le faisant passer soit par des flacons de Woolf, soit par des tubes qui contiennent les substances absorbantes ; de telle sorte qu'il n'arrive dans le récipient aspirateur que l'azote. Pour déterminer la quantité d'eau, Brunner se sert d'acide sulfurique concentré, de préférence au chlorure de calcium. Il a constaté qu'un tube de 37 pouces de long sur un demi-pouce de diamètre, rempli de chlorure de calcium, dessèche moins complètement un courant d'air satura de vapeur d'eau qu'un tube de 8 pouces contenant de l'amiante humecté de 40 gouttes d'acide sulfurique. Pour obtenir le poids de l'acide carbonique, l'air est amené à travers deux tubes, l'un contenant de l'amiante humecté d'acide sulfurique pour dessécher le gaz, l'autre contenant de la chaux éteinte humectée légèrement. Pour l'oxygène, c'est un tube de verre contenant de la tournure et de la poudre de fer ou de cuivre métallique réduit par l'hydrogène chauffée au rouge. L'augmentation de poids du tube indique la quantité d'oxygène fixé.
Lassaigne a proposé un moyen facile de doser l'oxygène d'une manière assez rapide et assez exacte pour que l'on puisse l'appliquer aux recherches que nécessite l'hygiène ou la médecine légale. Ce procédé, consiste à introduire dans un petit flacon 3 à h grammes de tournure de cuivre rouge, à verser ensuite de l'eau distillée jusqu'à la moitié du flacon, puis à le remplir avec une solution concentrée de gaz ammoniac. Ce flacon, ainsi rempli exactement, est fermé et renversé dans la cuve à eau. On mesure ensuite dans un tube gradué, rempli d'eau, un volume d'air qu'on fait passer dans
air. ->y
le flacon; on le ferme alors, et on l'agite sans interruption pendant quelques minutes. En peu d'instants on voit, l'ammoniaque prendre une teinte bleuâtre, qui se fonce de plus en plus par suite de la formation de l'ammoniure de deutoxyde de cuivre. Cette teinte arrive bientôt à son maximum, en opérant sur 15 à 20 centimètres cubes d'air. Alors elle s'affaiblit peu à peu, lorsque tout l'oxygène du volume d'air sur lequel on opère a été absorbé. Cette décoloration progressive, qui devient un indice de la fin de l'opération, est due à la réaction du cuivre en excès sur l'ammoniure de deutoxyde, lequel se transforme en ammoniure de protoxyde incolore. Quand on est arrivé à ce point de l'expérience, on fait passer le résidu gazeux dans le tube gradué pour le mesurer, en prenant les précautions convenables.
Nous avons dit qu'au point de vue de la salubrité, l'analyse de l'air se réduisait au dosage de l'acide carbonique, et les développements dans lesquels nous sommes entré ont confirmé cette proposition. Aussi comprendra- t-on l'intérêt qui s'attache au nouveau procédé eudiométrique de Liebig. Cette méthode, comme le dit justement l'auteur, « réalise les conditions de précision et de simplicité nécessaires pour un physiologiste qui, dans une série d'analyses faites tous les jours, pendant quelque temps, aurait à déterminer les proportions d'acide carbonique et d'oxygène contenues dans l'air; pour un industriel qui voudrait analyser les gaz qui se dégagent d'un foyer; pour un médecin qui voudrait connaître la composition de l'air d'une salle d'hôpital, ou vérifier l'efficacité d'un moyen de ventilation. » Elle est fondée sur la propriété qu'a la potasse concentrée d'absorber l'acide carbonique, et l'acide pyrogallique d'absorber l'oxygène (Chevreul et Dœbereiner). On opère de la manière suivante. L'air dont on doit absorber l'acide carbonique et l'oxygène est mesuré dans des tubes gradués de la capacité de 30 centimètres cubes, chaque centimètre cube étant divisé en cinq parties. Après avoir rempli les tubes aux deux tiers avec de l'air, on y introduit à l'aide d'une pipette recourbée une quantité s'élevant à l/40e ou l/30e d'une solution d'une partie d'hydrate dépotasse dans 2 parties d'eau. En agitant de bas en haut, dans la cuve à mercure, le tube gradué, on étend la solution alcaline sur les parois du tube, et l'absorption terminée, on lit le volume restant. Quand l'air analysé est desséché préalablement, le volume du gaz disparu donne exactement la proportion d'acide carbonique. Lorsqu'on l'a ainsi déterminée, on intro- . duit dans le même tube, à l'aide d'une seconde pipette, une solution d'une partie d'acide pyrogallique, dont 5 à 6 parties d'eau, "et l'on en ajoute assez pour que le volume de la solution acide soit égal à la moitié du volume de la solution de potasse. On étend par quelques
UÛ AIR.
secousses les liquides mélangés sur les parois du tube, cl l'on mesure, quand l'absorption est complète, le volume durésidu d'azote. Avec 30 grammes d'acide pyrogallique, on peut faire cent cinquante analyses. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance pratique de ce procédé eudiométrique.
Nous ne nous sommes occupé, dans cette étude des procédés d'analyse de l'air, que de la recherche des éléments constitutifs de l'atmosphère. Il faut reconnaître cependant qu'il serait extrêmement utile de déterminer la présence et la nature , soit de gaz délétères qui peuvent s'y mêler accidentellement, tels que l'hydrogène carboné ou sulfuré, l'acide sulfureux, diverses vapeurs, soit des principes organiques miasmatiques ou autres. Pour les premiers, leur mélange au résidu d'azote serait facilement décelé, et leurs propriétés caractéristiques reconnues. Pour les seconds, leur quantité ne pourrait être déterminée qu'en agissant sur des masses d'air extrêmement considérables et par des procédés spéciaux, puisque l'acide sulfurique et la potasse employés à débarrasser l'air de l'eau et de l'acide carbonique pourraient altérer les substances miasmatiques.
Nous aurons à examiner ailleurs les effets de l'air comprimé, récemment étudiés par MM. Pol et Watelle, Guérard, François et Willemin, à l'occasion des travaux d'art. {Voy. Mines, Puits.)
Bibliographie. ■ — Recherches sur la véritable constitution de l'air atmosphérique, par MM. Dumas et Boussingault (Ann. de chim. et de phys., 3e série, t. III, p. 257, Paris, 1851. — Air, par M. Gavarret (Dictionnaire des dictionnaires, Supplément, Paris, 1851). — Cours élémentaire de chimie, par M. V. Regnault, 1858 1860, 1. 1, p. 142.
— Procédé nouveau d'analyse de l'air, par M. Lassaigne (Comptes rendus de l'Acad. des se, 13 octobre 1845). — Description de quelques procédéspour l'analyse de l'atmosphère, par M. Brunner, de Berne (Ann. de chim. et de phys., 3e série, t. III, p. 305).
— Nouveau procédé eudiométrique, par J. Liebig (Journ. depharm. et de chim , 3° série, t. XIX, p. 155). — Recherches sur la composition de l'air confiné, par M. Félix Leblanc (Ibid., 3e série, t. V). — Recherches sur la composition de l'air dans quelques mines, par M. Félix Leblanc (Comptes rendus de l'Acad. des se, 14 juillet 1845J. — Extrait d'un rapport adressé à M. le ministre de la guerre relativement au volume d'air à assurer aux hommes de troupe dans les chambres des casernes, par M. Félix Leblanc (Ann. de chim. et de phys. , 3e série, t. XXVII, p. 373). — Analyse de l'atmosphère de quelques mines du duché de Cornouailles, par M. P. Moyle (Ibid., 3e série, t. III, p. 318). — Considérations sur l'insalubrité de l'air dans les Muremmes, par M. P. Savi, de Pise (Ibid., 3e série, t. III, p. 344). — Du dégagement spontané de l'hydrogène sulfuré dans les eaux de la côte occidentale d'Afrique et d'autres localités, par Fr. Daniell (Philosophie al Magazine, 5e série, n° 121, et Ann. de chim. et de phys., 3e série, t. III, p. 331). — Recherches sur la rubéfaction des eaux et leur ouygénatiun par les animalcules et les algues, par A. et Cb. Morren, 1841. — Mémoire sur la possibilité de constater la présence des miasmes, et sur la présence d'un principe hydrogéné dans l'air, par M. Boussingault (Gaz. méd. de Paris, 1834, p. 523). — Cours complet de météorologie, de L.-F. Kaemlz, trad, par Cli. Martins. Paris, 1853. — Eechcrches sur
la composition que présente, l'air recueilli à différentes hauteurs où ont respiré un grand nombre de personnes, par Lassaigne (Ann. d'hyg. et de tnëd. lég., t. XXXVI, p. 297). — Remarques sur l'état de l'air atmosphérique à Londres (Journal des connaissances usuelles, janvier 1832). — Recherches sur la quantité d'acide carbonique expirée par l'homme dans les vingt-quatre heures, parScharling (Ann. de chim. et dephys., 3e série, t. VIII, p. 478). — Recherches sur la quantité d'acide carbonique exhalée par le poumon dans l'espèce humaine, par MM. Andral et Gavarret (Ibid., 3° série, t. VIII, p. 129).
ALBUSSIME. — L'albumine extraite du sérum du sang est employée à la clarification des vins et des sirops, à l'apprêt et à l'impression des étoffes, à la préparation des gants, au vernissage, etc. L'extraction de cette substance se fait dans les abattoirs par la séparation du caillot et du sérum du sang et par la dessiccation de cette dernière partie étendue en couches minces et exposée soit à l'air, soit dans une étuve chauffée à 45 degrés.
Cette opération nécessité quelques soins destinés à éviter la putréfaction des débris de sang ; l'enlèvement de ceux-ci, le lavage à grande eau des salles et ustensiles employés, et la ventilation des ateliers. ( Voy. Abattoirs.)
ALCALI CAUSTIQUE. — La fabrication de l'alcali caustique en dissolution est rangée dans la troisième classe des établissements incommodes, comme offrant très peu d'inconvénients.
ALCALI VOLATIL. — Voy. AMMONIAQUE.
ALCOOLS. — ALCOOLISME. — On donne le nom d'alcools aux liqueurs qui se forment pendant la fermentation des principes sucrés contenus dans les fruits, les tiges ou les racines de certaines plantes, notamment dans le raisin, la canne à sucre ou la betterave, ou extraits des céréales, de la pomme de terre et des substances amylacées qui ont subi la transformation saccharine. La séparation de l'alcool contenu dans les divers liquides fermentes s'opère par la distillation.
Les liqueurs qui renferment de 50 à 55 pour 100 d'alcool sont appelées eaux-de-vie ; celles qui en renferment davantage s'appellent esprits ; l'alcool entièrement privé d'eau est dit absolu.
Les esprits sont désignés sous les dénominations trois-sept, troissix ei trois-cinq. Le premier, qui est presque anhydre, doit son nom à ce que 3 volumes mêlés à 4 volumes d'eau donnent 7 volumes à 19 degrés Cartier ; 3 volumes du deuxième et 3 volumes d'eau donnent 6 volumes également à 19 degrés ; enfin, 3 volumes du troisième et 2 volumes d'eau produisent 5 volumes au même degré.
Les eaux-de-vie à49°,l, 58°, 7 et 6L°,5 centésimaux sont, aux trois titres commerciaux, appelé es preuve de Hollande, double cognac et preuve de Londres.
Les alcools et eaux-de-vie sont encore désignés par des noms particuliers qui rappellent en général la substance d'où ils sont tirés : alcool ou eau-de-vie de vin, de grain, de pomme de terre, de fécule ; rhum, produit de la fermentation de la mélasse de canne ; tafia, produit de la fermentation du jus de canne ou vesou ; kirsch, ou eau-devie de cerises ; rack, produit de la fermentation du riz, fabriqué aux Indes et mêlé au cachou ; genièvre ou gin, obtenu par la distillation de l'eau-de-vie de grain sur du genièvre; ivhisky, produit de la fermentation de la drèche ; marasquin, eau-de-vie de prunes et de pêches ; absinthe, obtenue par la distillation de l'eau-de-vie sur les sommités d'absinthe.
Nous devons mentionner encore une nouvelle espèce d'alcool, précieux produit de l'industrie algérienne. Après de nombreuses expériences, un colon de Damrémont, dans la province de Constantine, est parvenu à retirer d'une plante bulbeuse, appelée asphodèle, et qui se rencontre en très grande abondance sur tous les points de la colonie, où elle croît à l'état spontané, un alcool qui, au dire des personnes les plus compétentes, ne le cède en rien aux meilleures alcools de raisin. La fabrique qu'il a établie, en vue d'utiliser sa découverte, distille aujourd'hui 600 litres d'alcool en vingt-quatre heures, et alimente en partie la consommation locale. Ce succès a éveillé l'attention des spéculateurs-: une seconde fabrique, pouvant produire 10 hectolitres d'alcool par jour, a été récemment installée dans la province d'Oran, et une autre s'organise en ce moment dans la province d'Alger. L'Algérie se trouvera donc bientôt en mesure de fournir de notables quantités d'alcool au commerce de la métropole.
Un échantillon de l'alcool d'asphodèle fabriqué à Damrémont a été soumis à l'examen du comité des arts et manufactures et à l'appréciation de M. Dumas, et l'avis qui a été émis ne laisse rien à désirer sur le mérite du nouveau produit. Yoici, du reste, le rapport par lequel l'éminent chimiste a fait connaître au ministre de la guerre le résultat des expériences auxquelles il s'est livré :
« Monsieur le ministre, vous avez voulu avoir mon avis sur un nouveau produit de l'Algérie, Valcool d'asphodèle ; vous m'en avez fait remettre, dans ce but, un échantillon accompagné d'une notice relative à sa fabrication. Je dois vous faire, remarquer d'abord, monsieur le maréchal, que cette notice ne fournit aucun détail qui soit propre à fixer mon attention au sujet de cet alcool. Il est impossible, après l'avoir lue, d'affirmer : 1° que la fabrication de l'alcool d'asphodèle puisse s'établir sur une grande échelle ; 2° qu'elle soit susceptible de s'effectuer avec profit ; 3° que le procédé suivi pour l'extraction de cet alcool soit le meilleur qu'il y ait à employer. Je réserve donc mon opinion sur tous ces points.
ALCOOLS. h'6
» Quant à l'échantillon d'alcool, considéré en lui-môme, abstraction faite de son origine et de son prix de revient, je n'aurais que des éloges à donner à ce produit. 1° Il est limpide et incolore; son odeur franche est celle de l'alcool môme. Evaporé sur la main, il n'y laisse aucun résidu gras ; celle-ci n'exhale aucune odeur spéciale, ni celle de l'empyreume, ni celle du fusel-oil, ni celle de l'huile de pomme de terre ; l'odeur alcoolique se conserve agréable et pure. 2° Mêlé avec deux fois son volume d'eau, il donne un mélange dont l'odeur offre quelque analogie avec celle que l'alcool du vin donne • en pareille circonstance. L'alcool de pomme de terre et celui de grain donnent avec l'eau des mélanges dont l'odeur spéciale est facile à reconnaître ; l'alcool d'asphodèle n'a rien de commun avec eux. L'alcool du vin, après son mélange avec l'eau, laisse percevoir l'odeur propre de l'éther œnanthique : c'est de cet alcool que l'alcool d'asphodèle se rapproche plutôt. 3° On a constaté que l'alcool d'asphodèle ne contenait ni acide, ni sels, ni matière huileuse, de la façon suivante : 100 centimètres cubes d'alcool ont été mêlés avec 200 centimètres cubes d'eau distillée ; le mélange, demeuré limpide, a été distillé au bain-marie, dans un bain d'eau saturée de sel marin. Le produit de la distillation, fractionné, n'a dans aucun moment offert ni trouble ni louche, soit qu'on l'ait examine pur, soit qu'on l'ait mêlé d'eau avant l'examen.
» On a arrêté la distillation, lorsqu'il restait environ 2 centimètres cubes de liquide dans la cornue. Ce résidu était incolore, inodore, insipide. Il s'est mêlé à l'eau sans la troubler. Le nitrate d'argent, l'oxalate d'ammoniaque, le nitrate de baryte, l'ont laissé parfaitement limpide : il ne contenait donc ni chlorures, ni acide sLilfurique, ni sels de chaux; d'ailleurs il n'était pas acide. La moitié de ce résidu évaporée à sec a laissé un léger résidu brun, qui provenait sans doute de quelque trace de matière organique fournie par le bouchon. k° Pour s'assurer, par une autre voie, si l'alcool ne contenait pas quelque trace d'huile volatile à l'état de mélange, on a fait usage de l'acide sulfurique concentré, qui colore à froid la plupart de ces huiles, en les charbonnant. En mêlant 20 centimètres cubes d'acide et 20 d'alcool, on a obtenu un mélange brun clair; 10 centimètres cubes d'acide et 10 d'alcool ont donné un mélange jaune brun ; 5 centimètres cubes d'acide et 5 d'alcool ont fourni un mélange presque incolore. En diminuant la masse des mélanges, la chaleur que leur formation excite devient de plus en plus faible ; la coloration que l'acide sulfurique chaud produit en agissant sur l'alcool cesse de se manifester, et l'on peut conclure de l'examen du dernier d'entre eux que l'alcool d'asphodèle ne contient aucune huile colorable à froid par l'acide sulfurique. Versé sur une glace bien propre, l'alcool d'as-
kk ALCOOLS.
phodèle s'y évapore, en laissant ça et là quelques taehes si ténues, qu'on ne peut les voir qu'en faisant miroiter la plaque. A la loupe, elles offrent l'aspect gras ou eireux. La matière qui les forme paraît solide ; elle est inodore : on ne saurait la confondre avec une huile ; elle rappelle plutôt les produits qu'on relire du liège, et tout indique, en effet, que le bouchon de liège de la bouteille a cédé ce produit à l'alcool examiné. L'alcool d'asphodèle brûle sans résidu. Sa flamme est parfaitement identique avec celle de l'alcool pur. A la température de 18°, l'alcoolomètre y marque 87°,5 ; ce qui, correction faite pour ramener l'indication à 15°, donnerait 87°, 3 d'alcool pour 100. L'aréomètre de Cartier y marque 33" 1/3, correspondant aussi à 87°,5. Sa densité, prise à 20°, est égale à 0,842; ce qui s'accorde avec les indications précédentes.
» En résumé, l'alcool d'asphodèle est d'une qualité très-marchande, d'un titre élevé, et d'une pureté qui ne laisse rien à désirer, du moins dans l'échantillon que j'ai examiné.
» On n'a qu'un vœu à former, c'est que l'Algérie puisse en produire beaucoup de semblable. J'aurais été curieux de connaître les procédés d'extraction de cet alcool. J'espère, monsieur le maréchal, que vous serez assez bon pour me les communiquer quand ils seront parvenus à votre connaissance. »
Les liqueurs alcooliques et spiritueuses tiennent une trop grande place dans l'alimentation de l'homme, dans les usages domestiques, industriels et médicinaux, pour qu'il ne soit pas très utile, au double point de vue de l'hygiène publique et de la salubrité, d'exposer les moyens de reconnaître la qualité et les divers modes d'altération ou de falsification des alcools, et d'étudier les conditions générales de leur consommation, ainsi que les abus auxquels elle peut donner lieu.
Alcoolométrie. — La première chose à considérer, eu égard à la qualité des diverses espèces d'alcools, c'est leur force, en d'autres ternies la proportion d'eau qu'ils contiennent. L'alcoolométrie est J'ondée sur l'augmentation de densité des liqueurs alcooliques proportionnelle à la quantité d'eau qui y est ajoutée. On se servait autrefois, pour mesurer la force des alcools, d'un aréomètre appelé pèseesprits de Cartier, qui marquait zéro dans l'eau pure, et kk degrés dans l'alcool absolu, et était divisé en kk parties égales. On emploie aujourd'hui, dans toutes les constatations légales, et notamment pour la perception des droits sur les alcools, l'alcoolomètre de Gay-Lussac, dont le zéro répond à l'eau pure, et le 100e degré à l'alcool absolu. La graduation centésimale s'applique à des liqueurs dont la température est de + 15 degrés. A toute autre température, il y a lieu à des corrections calculées et réunies dans une table dont nous donnons
l'extrait pour les degrés les plus usités de l'alcool, en y joignant l'évaluation des degrés de Cartier en degrés centésimaux à -f- 15 degrés centigrades.
Mais, ainsi que le fait, remarquer M. Regnault, l'alcoolomètrc ne peut donner la richesse en alcool que pour les liquides qui ne renferment que de l'eau et de l'alcool; il est clair que s'ils contenaient du sucre ou des matières salines, la détermination serait inexacte, puisque ces substances augmentent la densité de la liqueur. Ce procédé ne peut donc indiquer immédiatement la richesse des boissons alcooliques, qui renferment toujours des proportions notables de sucre et de substances salines. On procède alors de la manière suivante. On introduit dans un petit alambic de cuivre
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Degrés alcooloiMOtrique
i correspondants ù ces températures.