INSTRUCTION SUR LES SECOURS A DONNER AUX ASPHYXIÉS ET NOYÉS
Remarques générales. — 1° Les personnes asphyxiées ne sont souvent que dans un état de mort apparente.
2° Pour les personnes étrangères à la médecine, la mort apparente ne peut être distinguée de la mort réelle que par la putréfaction.
3° La couleur rouge, violette ou noire du visage, le froid du corps, la roideur des membres, ne sont pas toujours des signes certains de mort.
U° On doit donc, à moins que la putréfaction ne soit évidente, administrer des secours à tout individu noyé ou asphyxié, même après un séjour assez prolongé dans l'eau ou dans le lieu où il a été asphyxié.
5° Les secours les plus essentiels à prodiguer aux asphyxiés peuvent leur être administrés par toute personne intelligente; mais, pour obtenir du succès, il faut les donner sans se décourager, quelquefois pendant plusieurs heures de suite.
On a des exemples d'asphyxiés rappelés à la vie après des tentatives qui avaient duré six heures et plus.
6° Quand il s'agit d'administrer des secours à un asphyxié, il faut éloigner toutes les personnes inutiles; cinq ou six individus suffisent pour les donner, un plus grand nombre ne pourrait que gêner ou nuire.
7° Le local destiné aux secours ne devra pas être trop chaud ; la meilleure température est de 17 degrés du thermomètre centigrade ■(14 degrés de celui de Réaumur).
Enfin, les secours doivent être administrés avec activité, mais sans précipitation, et avec ordre.
Asphyxiés par stabaaaersiosa (aaoyés). — Règles à suivre par ceux qui repêchent un noyé . — l°Dès que le noyé est retiré de l'eau, on doit le coucher sur le côté, et de préférence sur le côté droit. On incline légèrement la tête en avant, en la soutenant par le front ; on écarte doucement les mâchoires, et l'on facilite ainsi la sortie de l'eau qui pourrait s'être introduite par la bouche et par les narines. Ou peut même immédiatement, après le repêchage du noyé, pour mieux faire sortir l'eau, placer à différentes reprises la tête un peu plus bas que le corps, mais il ne faut pas la laisser chaque fois plus de quelques secondes dans cette position.
2° Pendant cette opération, qui ne doit pas être prolongée au delà d'une minute, on comprime doucement et alternativement le bas-ventre de bas en haut, et les deux côtés de la poitrine, de manière à faire exercer à ces parties les mouvements qu'on exécute lorsqu'on respire.
3° Immédiatement après ces premiers soins, qui n'occuperont que quelques instants , le noyé doit être enveloppé , suivant la rigueur de la saison, de couvertures, ou, à défaut de couvertures, de foin ou de paille, et transporté au bureau de secours promptement et sans secousses.
Pendant ce transport, la tête et la poitrine seront placées et maintenues dans une position'plus élevée que le reste du corps; la tête restera libre et le visage découvert.
Des soins à donner lorsque le noyé est arrivé au dépôt des secours médicaux. — 1° Aussitôt après l'arrivée du noyé, on lui ôtera ses vêtements le plus promptement possible. Il sera essuyé, revêtu d'une chemise ou peignoir de laine, coiffé d'un bonnet de laine et posé doucement sur une paillasse ou un matelas, entre deux couvertures de laine.
2° On couchera encore une, ou deux fois le corps sur le côté droit* on fera légèrement pencher la tête en la soutenant par le front, pour lui faire rendre l'eau. Cette opération, comme il a été dit ne devra durer que quelques secondes chaque fois. Il est inutile de la répéter, s'il ne sort pas d'eau, de mucosités ou d'écume; dans le cas où les mucosités ou glaires ne s'écouleraient qu'avec peine, on en faciliterait la sortie à l'aide du doigt, des barbes d'une plume ou d'un bâtonnet couvert d'un linge.
3° On cherchera à imiter les mouvements que font la poitrine et le ventre lorsqu'on respire, en exerçant avec les mains, sur ces parties, des pressions douces, lentes et alternatives. On laissera entre ces pressions un intervalle d'environ un quart de minute ; on les réitérera quinze à vingt fois de suite, et on les suspendra pendant environ dix minutes. 11 conviendra d'y revenir à plusieurs reprises. On peut recourir en même temps à l'insufflation pulmonaire de bouche à bouche, ou à l'aide d'une canule.
k° Aussitôt que la respiration tend à s'établir, c'est-à-dire dès qu'on s'aperçoit que le noyé happe pour ainsi dire l'air, il faut cesser tout moyen spécialement dirigé vers le rétablissement de cette fonction.
5° Si les mâchoires sont serrées, il convient de les écarter légèrement et sans violence en employant le petit levier de buis. On maintient l'écartement obtenu en plaçant entre les dents un morceau de liège ou de bois tendre.
6° Pendant les opérations qui viennent d'être décrites, on s'occupera de la préparation de tout ce qui est nécessaire pour réchauffer le corps. A cet effet, on remplira d'eau le calôfacteur, et l'on versera dans la galerie inférieure l'alcool nécessaire pour porter cette eau à l'ébullition; une fois ce résultat obtenu, on introduira l'eau chaude dans la bassinoire, que l'on promènera ensuite, par-dessus le peignoir de laine, sur la poitrine, le long de l'épine du dos et sur le bas-ventre, en s'arrêtant plus longtemps au creux de l'estomac et aux plis des aisselles.
1° Quels que soient les moyens qu'on emploie pour réchauffer le corps d'un noyé, il faut se régler sur la température extérieure. Tant qu'il ne gèle pas, on peut être moins circonspect. Cependant il ne faut jamais, particulièrement dès le début des secours, exposer le corps des noyés à une température supérieure à 35 degrés centigrades. La bassinoire a, il est vrai, un degré de chaleur plus élevé; mais comme elle agit à travers une couverture ou une chemise de laine, et ne reste pas longtemps appliquée sur la même place, son action se trouve par cette raison suffisamment affaiblie. 8° Tout en employant les moyens nécessaires pour réchauffer le
ASPHYXJE. m
noyé et pour rétablir la respiration, on le frictionnera avec des frottoirs de laine chaude sur les cuisses, les bras et principalement le long de l'épine du dos et sur la région du cœur; on brossera doucement, mais longtemps, la plante des pieds ainsi que le creux des mains; on pourra aussi frotter avec les frottoirs de laine le creux de l'estomac, les flancs, le ventre et les reins dans les intervalles où l'on n'y promènera pas la bassinoire.
9° Si le noyé donne quelques signes de vie, il faut continuer les frictions et l'emploi de la chaleur; s'il fait des efforts pour respirer, il faut discontinuer pendant quelque temps toute manœuvre qui pourrait comprimer la poitrine ou le bas-ventre et contrarier leurs mouvements.
10° Si, pendant les efforts plus ou moins pénibles que fait le noyé pour respirer, on s'aperçoit qu'il a des envies de vomir, il faut provoquer le vomissement en chatouillant le fond de la bouche avec les barbes d'une plume.
11° Il ne faut pas donner de boisson à un noyé, avant qu'il ait repris ses sens et qu'il puisse facilement avaler. Cependant on peut, en vue de le ranimer , lui introduire dans la bouche quelques gouttes d'eau-de-vie ordinaire , d'eau-de-vie camphrée , d'eau de mélisse, d'eaude Cologne.
12° Si le ventre est tendu, on donne un demi-lavement d'eau tiède, dans laquelle on a fait fondre une forte cuillerée à bouche de sel.
13° Dans le cas où, après une demi-heure d'administration assidue, les secours indiqués plus haut auraient été inutiles, et où le noyé ne donnerait aucun signe de vie, si le médecin n'était pas encore arrivé, on pourrait recourir à l'insufflation de la fumée de tabac par le fondement.
Voici la manière de la pratiquer. L'appareil qui sert à cet usage se nomme appareil fumigatoire. Pour le mettre enjeu, on humecte du tabac à fumer, on en charge le fourneau formant le corps de la machine fumigatoire, et on l'allume avec un morceau d'amadou ou avec un charbon; ensuite, on adapte le soufflet à la machine. Quand on voit la fumée sortir abondamment par le bec du chapiteau, on ajoute la canule, qu'on introduit dans le fondement du noyé.
On fait mouvoir le soufflet, afin de pousser la fumée dans les intestins. Si la canule se bouche, en rencontrant des matières dans le fondement, ce qu'on reconnaît à la sortie de la fumée à travers les jointures de la machine, ou à la résistance du soufflet, on la nettoie à l'aide de l'aiguille à dégorger et l'on recommence, en ayant soin de ne pas introduire la canule aussi profondément.
TA1IDIEU. — DICT. D'HÏG. T. I. 10
m ASPHYXIE.
A défaut de l'appareil fumigaloire, on pourrait se servir de deux pipes. On en charge une, que l'on allume, et dont on introduit le tuyau dans le fondement du noyé, en guise de canule; on souffle par le tuyau de l'autre, qui est appliquée sur la première, fourneau contre fourneau .
Chaque injection de fumée devra durer une ou deux minutes au plus, et, dans aucun cas, elle ne devra être portée au point qu'on s'aperçoive que le ventre se gonfle et se distende.
Après chaque opération, qu'on pourra répéter plusieurs fois, de quart d'heure, en quart d'heure, on exercera à plusieurs reprises une légère pression sur le bas-ventre, de haut en bas ; et, avant de procéder à une nouvelle fumigation, on introduira dans le fondement une canule fixée à une seringue ordinaire vide, dont on tirera le piston vers soi, de manière à retirer l'air ou la fumée que les intestins pourraient contenir de trop.
14° Quand le noyé revient à la vie, il faut le coucher dans un lit bassiné, et l'y laisser reposer pendant une heure ou deux. Si l'on ne peut pas disposer d'un lit, on porte le noyé à l'hôpital, en prenant les précautions convenables pour le soustraire à l'action du froid.
Si la face, de pâle qu'elle était, se colore fortement pendant lé sommeil, et qu'en réveillant le malade il retombe aussitôt dans un état de somnolence, on doit "préparer les sinapismes (pâte de farine de moutarde et d'eau tiède), et lui en appliquer entre les épaules ainsi qu'à l'intérieur des cuisses et aux mollets. On lui posera en môme temps, six à huit sangsues derrière chaque oreille. Il est entendu qu'on n'aura recours à ces moyens qu'autant qu'il n'y aurait pas de médecin présent ; car, dans le cas contraire, ce serait k lui à décider s'il faut tirer du sang, eh quelle quantité, sur quel point et par quel moyen.
Asphyxiés par les gaz .méphitiques* — 1° Il faitt retirer le plus promptement possible l'asphyxié du lieu méphitisé et l'exposer au grand aii\
2° Aussitôt arrivé à l'air libre, on le débarrassera de ses vêtements. Cependant, si l'asphyxie a lieu dans une fosse d'aisances, et si l'on a de l'eau chlorurée à sa disposition, il faut tout d'abord, et avant de déshabiller l'asphyxié, l'arroser largement avec cette eau.
; 3° Le malade, dépouillé de ses vêtements, placé dans un lieu d'une température modérée, doit être assis dans un fauteuil ou sur une chaise, et maintenu dans cette position, en soutenant la tête verticalement.
On lui jettera dès lors avec force de l'eau froide par potée, sur le corps, et principalement au visage; cette opération doit être eon-
tinuée longtemps, surtout dans l'asphyxie par la vapeur du charbon, des cuves en fermentation, en un mot, dans l'asphyxie par le gaz acide carbonique.
k° De temps à autre on s'arrêtera, pour tâcher de provoquer la ! respiration, comme il a été dit précédemment, à l'occasion des j noyés.
5° Si l'asphyxié commence à donner quelques signes de vie, il ne ', faut pas discontinuer les affusions d'eau froide, seulement il faut faire attention à ne pas lui jeter de l'eau, principalement sur la bouche, pendant qu'il fait des mouvements d'inspiration.
6° S'il fait quelques efforts pour vomir, il faut les favoriser en chatouillant l 'arrière-bouche avec les barbes d'une plume.
7° Dès que l'asphyxié pourra avaler, on devra lui faire boire de l'eau vinaigrée.
8° Lorsque la respiration sera rétablie, il faudra, après avoir bien essuyé le malade, le coucher dans un lit bassiné, et lui administrer un lavement avec de l'eau dégourdie, dans laquelle on aura fait fondre gros comme une noix de savon, ou encore à laquelle on aura ajouté, pour chaque lavement, deux cuillerées à bouche de vinaigre.
■C'est au médecin à juger ensuite s'il "y a lieu de donner un vomitif, de faire inspirer de l'ammoniaque, et surtout de pratiquer une saignée ; c'est à lui seul qu'il appartient de prescrire les moyens de traitement à employer après que l'asphyxié est revenu à la vie.
Asphyxiés par ïa ffoiadlre. — Lorsqu'une personne a été asphyxiée par la foudre, il faut immédiatement la porterai! grand air, la dépouiller promptement de ses vêtements ; faire des affusions d'eau froide, comme il a été dit à l'article 3 du paragraphe précédent; pratiquer des frictions aux extrémités, et chercher à rétablir la respiration par des compressions alternatives de la poitrine et du bas- Ventre, comme pour les noyés.
Asphyxiés par le froid. — 1° On portera l'asphyxié , le plus promptement possible, de l'endroit où il a été trouvé au lieu où il devra recevoir des secours; pendant ce transport, on enveloppera le corps d'une couverture, ou bien, à défaut de couverture, de paille ou de foin, en laissant la face libre. On évitera aussi d'imprimer au corps, et surtout aux membres, des mouvements brusques.
2° Dans l'asphyxie par le froid, il est de la plus haute importance de ne rétablir la chaleur que lentement et par degrés. Un asphyxié par le froid qu'on approcherait du feu, ou que, dès le commencement des secours, on ferait séjourner dans un lieu échauffé, même médiocrement, serait irrévocablement perdu. Il faut, en conséquence, le
porter d'abord dans une chambre sans feu, et là, lui administrer les premiers secours que réclame sa position.
3° Si l'asphyxie ou la submersion ont eu lieu par un froid de plusieurs degrés au-dessus de zéro, et que le malade conserve encore de la souplesse, on le déshabillera et l'on couvrira tout le corps, y compris les membres, de linges trempés dans l'eau froide, qu'on rendra plus froide encore en y ajoutant des glaçons concassés.
U° Si le corps était tellement frappé par le froid qu'il fût dans un état de rigidité prononcée, il y aurait avantage à le plonger dans une baignoire contenant assez d'eau pour que le tronc et les membres en fussent couverts. Cette eau devrait être aussi froide que possible, et l'on en élèverait la température par degrés, de dix en dix minutes.
5° Lorsque les membres auront perdu leur roideur et offriront de la souplesse, on fera exercer à la poitrine et au ventre quelques mouvements dans le but de provoquer la respiration, comme il a été dit à l'occasion des noyés. On continuera en même temps les frictions sur le corps et les membres, soit avec de la neige, si l'on a pu s'en procurer, soit avec des linges trempés dans l'eau froide.
6° Lorsque le malade commence à se réchauffer, ou qu'il se manifeste des signes de vie, on doit l'essuyer avec soin et le placer dans un lit qui ne doit pas être plus chaud que le corps luimême. Il ne faut pas non plus allumer du feu dans la pièce où est le lit, avant que le corps n'ait recouvré entièrement sa chaleur naturelle.
70 Aussitôt que le malade peut avaler, on peut lui faire prendre un demi-verre d'eau froide, dans laquelle on a ajouté une cuillerée à café d'eau de mélisse, d'eau de Cologne, ou de tout autre spiritueux.
8° Si, au contraire, l'asphyxié avait de la propension à l'engourdissement, on lui ferait boire un peu d'eau vinaigrée, et si cet assoupissement était profond, on administrerait des lavements irritants, soit avec de l'eau salée, soit avec de l'eau de savon.
Il est inutile de faire observer que de toutes les asphyxies, l'asphyxie par le froid est celle qui laisse, selon l'expérience des pays septentrionaux, le plus de chances de succès, même après douze ou quinze heures de mort apparente.
Mais, d'un autre côté, cette asphyxie exige aussi plus que toute autre une grande précision dans l'emploi des moyens destinés à la combattre, et notamment dans le réchauffement du malade.
Asphyxiés par strangulation ou suspension (pendaison). — 1° La première opération à pratiquer consiste dans ce cas à détacher, ou plutôt, pour aller plus vite, à couper le lien qui entoure
le cou, et s'il y a suspension (pendaison), à descendre le corps en le soutenant, de manière qu'il n'éprouve aucune secousse. Tout cela doit être fait sans délai, et sans attendre l'arrivée de l'officier public. Il faut, tout aussitôt ensuite, enlever ou desserrer les jarretières, la cravatte, les cordons de jupon, le corset, la ceinture de culotte, en un mot, toute pièce de vêtement qui pourrait gêner la circulation. 2° On placera le corps, toujours sans lui faire éprouver de secousses, selon que les circonstances le permettront, sur un lit, sur un matelas, sur de la paille, etc., de manière cependant qu'il y soit commodément, et que la tête, ainsi que la poitrine, soient plus élevées que le reste du corps.
3° Si le corps est dans une chambre, on doit veiller à ce qu'elle ne soit ni trop chaude, ni trop froide, et à ce qu'elle soit aérée.
h" Il est instant d'appeler le plus tôt possible un homme de l'art, parce que la question de savoir s'il faut ou s'il ne faut pas pratiquer une saignée reposant, en grande partie, sur des connaissances anatomiques, et sur l'examen de la direction de la corde ou du lien, il n'y a que le médecin qui puisse bien apprécier les circonstances de ce genre et ordonner ce qui convient.
5° Après l'enlèvement du lien, si les veines du cou sont gonflées, la face rouge tirant sur le violet; si l'empreinte produite par le lien est noirâtre, et si l'homme de l'art tarde d'arriver, on peut mettre derrière chaque oreille, ainsi qu'à chaque tempe, six à huit sangsues.
6° Si la suspension ou la strangulation a eu lieu depuis peu de minutes, il suffit quelquefois, pour rappeler le malade à la vie, de faire des affusions d'eau froide sur la face, d'appliquer sur le front et sur la tête des linges trempés dans de l'eau froide, et de faire en même temps des frictions aux extrémités inférieures.
7° Dans tous les cas il faut, dès le commencement, exercer sur la poitrine et le bas-ventre des compressions intermittentes, comme pour les noyés, afin de provoquer la respiration.
8° On ne négligera pas non plus de frictionner l'asphyxié avec des flanelles ou des brosses, surtout à la plante des pieds et dans le creux des mains.
9° Dès qu'il peut avaler, on lui fait prendre par petites quantités de l'eau tiède, additionnée d'un peu d'eau de mélisse, de Cologne, de vin, ou d'eau-de-vie.
10° Si, après avoir été complètement rappelé à la vie, le malade éprouve de la stupeur, des étourdissements, les applications d'eau froide sur la tête deviennent utiles.
11° En général, il doit être traité, après le rétablissement de la vie, avec les mêmes précautions que les autres asphyxiés.
Asphyxiés par la claaïewi". — 1° Si l'asphyxie a eu lieu par l'effet du séjour dans un lieu trop chaud, il faut porter l'asphyxié dans un endroit plus frais, mais pas trop froid, le débarrasser de tout vêtement qui pourrait gêner la circulation.
2° Dans toute asphyxie par la chaleur, la première indication à remplir est de débarrasser le cerveau, en tirant du sang. S'il n'y avait pas de médecin pour pratiquer une saignée, et que quelqu'un des assistants fût apte à le faire, il ne devrait pas hésiter un seul instant, principalement dans les contrées et les saisons chaudes.
3° Les bains de pieds médiocrement chauds, auxquels on peut ajouter des cendres ou du sel, sont indiqués.
h° Tout aussitôt que le malade peut avaler, il faut lui faire boire par petites gorgées de l'eau froide acidulée avec du vinaigre ou du jus de citron, et lui donner des lavements d'eau vinaigrée, mais un peu plus chargée de vinaigre que l'eau destinée à être bue.
Les boissons aromatiques ou vineuses sont toujours nuisibles en pareil cas,
5° Si la maladie persiste, si elle fait des progrès, et si aucun des assistants n'est apte à pratiquer une saignée, on peut sans attendre l'arrivée du médecin, appliquer huit à dix sangsues derrière chaque oreille, ou quinze à vingt à l'anus.
6° "Si l'asphyxie a été déterminée par l'action du soleil, comme cela arrive surtout aux moissonneurs et aux militaires, le traitement est le même; mais il faut, dans ce cas, insister sur les applications d'eau froide sur la tête. Il est à noter que c'est surtout dans ces circonstances que la saignée est efficace.
Etat des objets qui doivent être contenus dans les boîtes de secours, suivant l'ordre dans lequel on les emploie ordinairement. — 1° Une paire de ciseaux de 16 centimètres de long, à lames mousses ; 2° un peignoir de laine; 3° un bonnet de laine; U° un levier de bois ; 5° un caléfacteur de demi-litre à un litre ; 6° deux frottoirs de laine ; 7° deux brosses ; 8° une bassinoire à eau bouillante ; 9° le corps de la machine fumigatoire ; 10° son soufflet; H°untuyaU.et une canule fumigatoires ; 12° une boîte contenant du tabac à fumer; 13° une seringue à lavement, avec canule ; ïk° une aiguille à dégorger la canule; 15° des plumes pour chatouiller la gorge; 16° une cuiller étamée-, 17° un gobelet d'étain; 18° un biberon; 19° une bouteille contenant de l'eau-de-vie camphrée ; 20° un flacon contenant de l'eau de mélisse spiritueuse; 21° un flacon renfermant un demilitre d'alcool ; 22° une petite boîte renfermant plusieurs paquets d'émétique de 10 centigrammes chacun; 23° un flacon à l'émeri à large ouverture, contenant 500 grammes de chlorure de chaux en poudre; 1h° un flacon de 200 grammes de vinaigre; 25° un
flacon à l'émeri contenant 50 grammes d'éther sulfurique ; 26° un flacon a l'émeri renfermant 50 grammes d'ammoniaque (alcali volatil) ; 27° 100 grammes de sel gris, en trois paquets; 28° des bandes à saigner, des compresses, de la charpie ; 29° un nouet de poivre et de camphre, pour la conservation des objets de laine ; 30° une palette; 31° un briquet.
Outre ces objets, on placera un thermomètre centigrade dans chaque localité où il sera possible de le faire.
Bibliographie. — Marc, Nouvelles recherches sur les secours à donner aux noyés et asphyxiés. Paris, 1835. — Recueil des -principaux travaux des conseils de salubrité du département de l'Aube, septembre 1835, p. 66. — Ollivier (d'Angers), Relation médicale des événements survenus au champ de Mars, le lh juillet 1837 (Bulletin de l'Académie de médecine, t. I, p. 331). — Tourdes, Relation médicale des asphyxies occasionnées à Strasbourg par le gaz de l'éclairage. Paris 1841. — Guérard, Observations sur les secours à donner aux noyés et aux asphyxiés (Annales d'hygiènet etc., 1850, t. XLIV, p. 271).
A SSAIMISSEIIEMT.— L'assainissement consiste dans la recherche et l'emploi méthodiques des moyens propres à faire disparaître les cause d'insalubrité très diverses, qui peuvent exister d'une manière fixe ou accidentelle dans les différentes localités ; en d'autres termes, l'assainissement est l'objet même de la salubrité, et pour ainsi dire, la partie essentielle de l'hygiène publique.
On comprend, d'après la généralité de ce terme et des sujets qu'il embrasse, qu'il ne saurait donner lieu ici à de longs développements, et que les détails importants qui s'y rattachent doivent être exposés à part et avec tout le soin nécessaire dans un grand nombre d'articles spéciaux. Nous avons voulu seulement rappeler quelques principes généraux qui permettront de considérer d'un seul coup d'oeil l'ensemble des moyens d'assainissement, et réunir dans une même indication bibliographique la liste sommaire des principaux travaux qui ont eu en vue quelques-unes des formes de l'assainissement.
L'air, les eaux, le sol, tels sont, dans l'ordre éternellement vrai, indiqué par le père de la médecine, les sources où l'homme puise la vie, et dont l'altération peut engendrer la maladie et la mort. C'est à entretenir leur pureté et à détruire les principes délétères qui peu. vent s'y former ou s'en dégager, que doit tendre l'hygiéniste et que doivent concourir les méthodes rationnelles d'assainissement. Elles s'adressent dans ce cas aux conditions géographiques, géologiques et climatologiques d'un lieu, et peuvent consister dans ces grands travaux de colonisation, de défrichement, de dessèchement et de culture, qui transforment peu à peu la face du globe, et marquent en quelque sorte, dans chaque pays, les premiers pas de la civilisation. A un point de vue non moins élevé, mais plus restreint, les causes
d'insalubrité peuvent se montrer dans les lieux habités à l'extérieur ou à l'intérieur des habitations, et dépendre soit de l'agglomération des hommes, soit de leurs travaux et de leur genre de vie ; d'où résulte la double nécessité de pourvoir à l'assainissement des villes au moyen d'une bonne voirie, et à celui des édifices tant publics que privés , par la surveillance active et l'amélioration constante de leurs dispositions et aménagements, aussi bien que des procédés industriels usités dans certaines professions plus ou moins incommodes ou insalubres.
Le savant M. Chevreul, dans une communication pleine d'intérêt faite à l'Académie des sciences le 16 novembre 1846, a parfaitement résumé les principes de l'assainissement des villes. Les moyens propres à y assurer la salubrité sont les uns préventifs, les autres curatifs. Les premiers consistent à diminuer la masse des matières organiques qui pénètrent dans le sol : tels sont l'établissement des sépultures et des voiries hors des villes, la bonne construction des fosses d'aisance, le lavage des ruisseaux des rues par les fontaines, les multiplications des égouts dans lesquels devront se trouver les conduites d'eau et celles du gaz de l'éclairage. Les moyens curatifs sont de trois ordres : par les uns, on fait arriver l'oxygène atmosphérique et la lumière partout où existent des matières organiques susceptibles de devenir insalubres par un commencement de décomposition. Par l'influence réunie de ces deux agents, les matières dont il s'agit se brûlent lentement et se transforment en eau, en acide carbonique et en azote. C'est à cet ordre de moyens qu'appartiennent l'élargissement des rues, l'agrandissement des cours, etc. Un second moyen d'assainissement est le percement de puits où l'eau se renouvelle avec facilité et où l'on puise incessamment. En effet, cette eau reçoit directement l'action de l'oxygène atmosphérique; toutefois l'efficacité de ces puits est fort limitée, à raison des conditions qu'ils offrent dans les cités populeuses dont le sol est infecté. Les plantations constituent un troisième moyen d'assainissement et de purification du sol , puisque les arbres ne peuvent s'accroître qu'en y puisant des matières altérables, cause prochaine ou éloignée d'infection. Mais ces plantations doivent être faites avec intelligence quant au nombre, à la répartition et même au choix des arbres. Il importe en effet que les racines puissent, tout en s'étendant assez, satisfaire au besoin des espèces qu'on plante, sans jamais être exposées à atteindre un sol infecté où l'oxygène atmosphérique ne pourrait pas pénétrer.
Dans l'intérieur des habitations, la capacité proportionnée au nombre des habitants, le renouvellement de l'air confiné, l'absorption des principes étrangers qui peuvent s'y mêler, constituent les pre-
mières conditions de l'assainissement. La science possède les moyens de les remplir. Nous aurons plus d'une fois l'occasion de signaler les procédés de chauffage et de ventilation à l'aide desquels on peut renouveler et purifier l'atmosphère, et auxquels restera attaché avant tout autre le nom de d'Arcet; nous ferons connaître aussi les perfectionnements souvent merveilleux par lesquels se corrige incessamment l'insalubrité de certaines professions. La science est d'ailleurs sur ce point sanctionnée par la loi qui, soit en prescrivant l'assainissement et même l'expropriation des habitations malsaines, soit en réglementant les établissements industriels, a favorisé par les plus louables progrès l'assainissement des lieux habités, et amélioré les conditions essentielles de la vie humaine.
II est à regretter que dans quelques circonstances les intérêts particuliers, l'ignorance surtout et les préjugés viennent, ainsi que l'a montré Parent-Duchàtelet, mettre obstacle à la réalisation des projets les plus utiles à la santé publique. Il importe que l'administration et les conseils dont elle est entourée ne fléchissent pas dans l'accomplissement de toutes les mesures tutélaires, et ne s'arrêtent pas dans les voies de progrès où pourraient nous devancer des nations voisines, qui ont tant fait dans ces derniers temps pour l'assainissement des villes et la propagation des bienfaits de l'hygiène publique.
Mais la grande question de l'assainissement des villes qui, depuis ces dernières années et aujourd'hui encore, est à l'ordre du jour exige des développements particuliers. La grande méthode d'assainissement c'est la circulation de l'eau, et nous ne pouvons mieux faire pour l'exposer sous son vrai jour que de donner un aperçu de la vaste enquête à laquelle un ingénieur d~es plus distingués, M. Mille, a procédé en 1855 en Angleterre.
Le travail de M. Mille est divisé en trois parties : la première renferme des détails administratifs d'un grand intérêt; tout en regrettant que le défaut d'espace ne nous permette pas de la reproduire en entier, nous en avons intercalé quelques passages dans les deux autres que nous donnons presque textuellement.
Nous verrons successivement, dit l'auteur de ce travail : 1° dans Londres, l'assainissement de la Cité, le projet des égouts latéraux à la Tamise, et le service amélioré des eaux de rivière ; 2„ Dans Glascow, le service des eaux de montagne ; 3° Dans Rugby, un service combiné d'eaux pures prises au drainage du sous-sol et d'égouts de petit diamètre exécutés complètement en poterie.
Londres. — La Cité est une place de commerce , avec un trafic énorme entre le pont de Londres, la banque et Temple-Bar, avec des maisons occupées, depuis le bas étage jusqu'au troisième, par
des magasins ou des comptoirs. A côté des rues de grande circulation, il faut voir des cours et allées étroites où s'entassent, dans de petites maisons, des familles d'ouvriers. L'administration est ici compacte ; elle est représentée par le lord maire assisté des aldermen ou adjoints et du common council ou conseil municipal , chaque branche importante du service ayant d'ailleurs à sa tête un comité spécial, comme la commission des égouts dont nous allons parler.
L'institution des commissions des égouts remonte à Henri YIII; mais pour chaque localité le titre organique est presque toujours, non le statut général, mais un acte spécial du parlement. La commission de la Cité réorganisée par les actes de 1848 et 1851, fut alors investie des attributions les plus étendues en matière d'assainissement et de viabilité.
Les commissaires nommés par le conseil et présidés de droit par le lord maire, ont pouvoir de construire, réparer ou prescrire tous égouts ou drains qu'ils jugeront nécessaires ; ils sont chargés, en môme temps, du pavage, du nettoiement et de l'éclairage des voies publiques ; ils arrêtent les alignements et les percements ; ils ont enfin la police des logements et des établissements insalubres. C'est la commission qui délivre les autorisations, fait les commandements, arrête les projets, passe les marchés et décide même les expropriations. .
A la tête du service d'exécution se trouvent un ingénieur qui dirige les travaux et l'entretien, un médecin qui surveille les mesures d'hygiène, et un secrétaire qui centralise les affaires et la comptabilité. Les frais sont couverts au moyen d'un taxe d'environ 6 0/0 sur le montant des loyers, taxe qui porte le nom de consolidée , à raison de la fusion des services qu'elle alimente. Le revenu est d'environ 2 000 000 de francs; il constitue le budget des travaux publics. Voyons maintenant l'administration à l'œuvre.
La Cité est pavée et bien pavée ; les trottoirs, les cours et les allées sont dallés en pierre blanche; le bitume est peu employé à Londres. Pour le drainage, il y a sous les voies publiques 80 kilomètres d'égouts ; c'est presque moitié de ce qu'il y a clans Paris. Pas de bornes-fontaines lavant les ruisseaux, parce que les maisons versent directement à l'égout; au lieu des bouches sous-trottoirs, "des grilles à siphon en simple poterie. Les trappes de regard sont sur le trottoir. Les ventilateurs ou petites cheminées d'aérage des galeries coupent seuls la continuité du pavage.
Le nettoiement des rues fut fait, de 1852 à 1853, par le street ordely System, service qui consistait à avoir sur place" assez d'hommes et assez de matériel pour enlever la boue et la poussière au fur et à mesure qu'elles se produisent. A l'expiration du d«lai
d'essai, au 25 juin 185/i., les dépenses, qui avaient doublé, furent trouvées excessives, sans que le résultat parût satisfaisant ; on résolut de borner le travail à un seul nettoiement par jour dans chaque rue, nettoiement qui doit être parfait et pour lequel on a passé des marchés à forfait.
Pour un bloc de 125 000 fr., l'entrepreneur est tenu de balayer, curer à vif et débarrasser de toute ordure, chaque jour, les rues de grand trafic, avant neuf heures du matin ; lés cours et les allées, avant une heure. Un second balayage peut être prescrit dans la journée par l'inspecteur, si les circonstances l'exigent. Deux fois par semaine, l'entrepreneur va prendre dans les maisons particulières les débris, les épluchures, les cendres déposés ordinairement en face de la cuisine, dans le bas étage, sous le trottoir. Tous les travaux doivent être faits â l'entière satisfaction de la commission; et en cas de procès-verbal, il y a pénalité par des amendes de 250 fr.
Les boues et les immondices sont dirigées sur des dépôts établis dans la campagne, où l'on vient prendre des engrais pour la petite culture. Il n'y a, du reste, rien de bien organisé en ce genre.
Quant aux égouts, on les nettoie le plus possible par des chasses ;" on termine par le curage au rabot et à la pelle, et par l'enlèvement ati tombereau. Il paraît que les matières solides proviennent en grande partie des ordures qu'on jette furtivement par les grilles ou trappes d'eau ; car, en principe, les égouts ne doivent recevoir que les liquides non susceptibles de former dépôt et d'obstruer les ra^ diers; mais les prescriptions à cet égard sont souvent éludées,
La question du service d'hygiène est la plus neuve à examiner,
Le territoire est coupé en six sections confiées à des inspecteurs qui, pour les travaux et la surveillance, relèvent de l'ingénieur, mais qui, en môme temps, rendent compte au médecin chef de l'hygiène. Toutes les semaines ils visitent un certain groupe de mai^ sons et ils remettent une note spécifiant quelles sont les habitations à laver et à blanchir à la chaux, à débarrasser de leurs ordures, à paver dans les cours ou les caves, à approvisionner d'eau, à drainer, à ventiler, enfin à assainir d'une manière quelconque. Le médecin visite les lieux, juge les propositions des inspecteurs, et dresse une feuille de signalement, fixant les prescriptions à imposer à chaque habitation.
Sur le vu de la feuille, des commandements sont remis au propriétaire, qui doit s'exécuter dans un délai ne dépassant pas quinzaine. S'il s'agit de drainage et d'améliorations essentielles, la formule à la teneur suivante :
« Ordonne la commission , que M........ propriétaire, rue-.....,
» n° , ait à exécuter, dans le délai de , la jonction souter-
» raine de la maison avec l'égout publique. Les privés ou water- » closets seront munis de fermetures hermétiques, et pourvus de » l'eau" nécessaire pour emporter les vidanges. Les cours, écuries, o cuisines et toitures perdront aussi souterrainement leurs eaux. » Une citerne et un appareil convenable seront établis, pour assurer o aux occupants un approvisionnement suffisant de belle et bonne » eau ; enfin, les fosses actuellement existantes seront vidées, puis » comblées avec des remblais de bonne qualité. »
A ce commandement est joint un plan complet de drainage, dressé par l'ingénieur et présentant les plans, profils et estimations de la pose des conduits. L'exécution jusqu'au rez de façade appartient à la commission. Les travaux intérieurs concernent le propriétaire, si mieux il n'aime les confier à l'entrepreneur public. De toute façon, le plan et les niveaux sont obligatoires. La copie représentant l'état des lieux reste déposée aux archives.
En 1853, les inspecteurs ont visité 316-7 maisons; c'est un peu plus d'un cinquième de la Cité; 1587 signalements ont été envoyés, et le nombre des maisons drainées s'est élevé à 280.
11 faut remarquer que, sur 16 000 maisons composant la Cité, il y en a à peine ^000 qui ne soient pas drainées ou dont le drainage ne soit pas officiellement connu. En imposant d'office l'eau et lewatercloset, on attaque des exceptions, on poursuit des logements notablement insalubres. Les maisons qui n'ont pas l'eau dans l'habitation et la perte des vidanges a l'égout sont dans un état d'infériorité réelle, comme les maisons qui, à Paris, n'ont pas encore de trottoirs.
Pour poursuivre une* œuvre d'amélioration commencée avec tant de vigilance et de fermeté, le médecin distingué qui dirige l'hygiène, M. J. Simon, propose d'interdire, à partir du mois de mai, toute tranchée dans les bas quartiers, là où le sol est formé d'une boue qui fermente par la chaleur; il désire qu'en attendant le service d'eau à robinet libre, on obtienne le remplissage régulier des citernes tous les jours ; enfin il représente comme de la dernière urgence de provoquer la construction d'égouts latéraux , qui verseront hors de l'atmosphère de la ville les eaux infectes qui salissent la rivière en tous les points de son cours.
L'idée des égouts latéraux est, du reste, complètement acceptée aujourd'hui ; elle a été étudiée à fond par M. Forster, ingénieur de la grande commission de la métropole. Les projets, un peu modifiés après sa mort, ont enfin reçu l'assentiment des enquêtes préparatoires et sont actuellement soumis au parlement.
M. Mille donne la substance des projets de M. Forster, lesquels consistent à diviser la rive gauche et la rive droite de Londres en
plusieurs bassins. Le drainage de chacun de ces bassins est recueilli, soit par le lit d'un ancien cours d'eau mis en galerie et chargé de l'assainissement des communes rurales, soit par des égouts latéraux, véritables grandes artères, affectés les uns aux districts élevés de la ville, et les autres au service de l'agglomération la plus compacte et la plus exigeante. Ces égouts aboutissent à des espèces de puits ou dépotoirs, où les eaux, amenées par la gravité, sont reprises par des machines et élevées à un niveau supérieur de 10 mètres. Cette disposition a pour but de renvoyer les eaux à la mer, à un point où la marée ne puisse en repousser les produits vers Londres. Une branche mère ou réservoir couvert est destiné à emmagasiner les produits à marée haute et à alimenter de produits chimiques ou d'engrais les usines qui voudraient venir prendre des matières premières.
Il est un point sur la rive droite où, faute de pouvoir rattacher l'assainissement au système, général, on est obligé de traiter avec la Compagnie générale des engrais, et de supposer que toutes les eaux seront travaillées et renvoyées pures à la rivière. Le projet de travailler les eaux d 'égouts pour en faire des engrais solides a déjà été régulièrement autorisé pour une ville de 70 000 âmes, Leicester, qui a traité avec une Compagnie dont les travaux sont presque terminés. Le procédé consiste à précipiter les matières organiques par la chaux, à reprendre le précipité par une vis d'Archimède, à le dessécher par les turbines et à le découper en mottes susceptibles d'être portées au loin.
L'amélioration par les égouts latéraux est, en définitive, un vaste travail qui ne représente pas moins de 40 millions de dépense, et qui ne peut être mené à fin que successivement.
En 1850, neuf Compagnies avaient le privilège de la distribution des eaux. Elles s'alimentaient toutes à la Tamise ou à ses affluents, et versaient dans la consommation journalière l'énorme quantité de 200 000 mètres. Au bout de l'année, c'était assez pour représenter la pluie tombée sur l'étendue de la métropole. Si l'on observe qu'à peine 22 000 mètres ou 11 0/0 allaient aux services publics, chassés dans les égouts, arrosement des rues, incendies, on jugera que le service domestique était largement traité. Des 288 000 maisons composant l'agglomération (ce chiffre atteint aujourd'hui 300 000), 270 000 avaient des abonnements; 18 000 ou 6 0/0 s'alimentaient encore par des pompes ou des bornes-fontaines ; il y avait , en définitive, pour chaque maison 740 litres par jour ; la quantité eût été suffisante si la qualité et le mode de distribution n'eussent été imparfaits.
En général, on trouvait dans les cours un tonneau ou une cuve de plomb remplie chaque jour par la Compagnie. Le réservoir était sou-
vent en mauvais étal, le bois vieux et échauffé, le plomb sali ou altéré. L'eau, après un séjour de vingt-quatre heures, se couvrait de poussière, de corps étrangers, d'infusoires ; elle absorbait les gaz infects qui passaient au-dessus d'elle, et devenait une boisson détestable. Le matin, avant l'ouverture des robinets, il fallait la faire couler en pure perte à l'égout. Le système intermittent était évidemment mauvais et onéreux pour l'habitant, dispendieux même pour la Compagnie, en grossissant les conduites, en multipliant les appareils, les chocs, les causes de rupture.
Mais la qualité surtout était défectueuse. L'eau puisée dans la Tamise, aux points salis par la marée ou par le drainage de la métropole, n'était pas même filtrée. Elle était donc livrée corrompue par des matières organiques en pleine décomposition. De plus, par sa nature et quelque bien clarifiée qu'on la prît, elle restait fortement calcaire et dure ; or une eau dure contrarie tous les usages domestiques ou industriels. La dureté des eaux peut se mesurer : elle réside dans la proportion des sels calcaires ou des bicarbonates que contient l'unité de volume. En adoptant le procédé du docteur Glarke, qui, répétant l'expérience de toutes les ménagères, sature les bicarbonates par le savon lui-même, on peut classer les eaux d'après la quantité de savon qu'elles absorbent avant de devenir mousseuses. On trouve ainsi que l'eau de la Tamise marque 16 degrés, tandis que les eaux de montagne qui alimentent Glascow ne marquent guère que 5 degrés*
La commission d'enquête nommée en 1848 maintint les eaux de rivière dans la distribution , mais sous la condition qu'elles seraient prises en amont de la marée et préalablement filtrées* Deux Compagnies déjà se sont exécutées et ont satisfait aux prescriptions nouvelles sous l'habile direction de leur ingénieur, M. Simpson, aujourd'hui président de la Société des ingénieurs civils.
Les derniers flots de la marée viennent mourir un peu au-dessous de Thames Ditton, à 33 kilomètres de Londres, bien au delà du parc de Richmond; C'est en face des ombrages ftHampton Court, choisis par le cardinal Wolsey, à cause de l'air salubre qu'on y respire, que les prises nouvelles ont été placées. La rivière, semblable à un canal, circule au milieu des prairies et des îles, et roule sur un fond de cailloux et de gravier.
Sur la rive droite, on a élevé un long mur de quai, et sous sa protection on a, en arrière, creusé des bassins à talus perreyés. Un premier système reçoit les eaux et leur donne le temps de déposer ; un second système les filtre en leur faisant traverser des couches de sable et de gravier posées sur drains; la production moyenne est de 1 mètre cube par mètre superficiel et par heure. Les eaux, ainsi clarifiées par le drainage se rendent au puisard des pompes, qui, au
nombre de quatre, les refoulent sur les réservoirs, au moyen d'une conduite en fonte de 0m,75 de diamètre. Le réservoir, pour l'une des Compagnies, est sur une hauteur appelée B?*ixton Bill, à 18 kilomètres de distance et à 36 mètres de hauteur. Le travail journalier est de 45,000 à 48,000 mètres en vingt-quatre heures. Toutes les dispositions sont prises pour doubler la production, le jour où la Compagnie verra la nécessité de s'agrandir.
Ces données d'un service par machines sont traitées avec un soin extrême dans les détails.
Les filtres puisent directement à la rivière quand les eaux sont belles ; au moment des troubles, les bassins de dépôt fonctionnent comme réserve; on peut, d'ailleurs, marcher à simple ou à double filtre, suivant la quantité des matières en suspension. Pour la vidange, aux jours de nettoyage, il y a des conduites de décharge aboutissant à des pompes spéciales qui peuvent élever beaucoup d'eau à une faible hauteur en peu de temps.
Les pompes maîtresses, à gros diamètre (0m,60) et à grande course (2m,40), sont une heureuse combinaison de la pompe aspirante et de la pompe foulante ordinaires; il y a la soupape mobile de l'une et le piston plongeur de l'autre; il en résulte qu'il y a mouvement de la colonne ascensionnelle dans les deux périodes de la course. Les soupapes sont à boulet, ouvrant et se fermant toujours parallèlement à l'axe.
Chaque pompe a son balancier et sa machine spéciale ; mais elle est conjuguée avec la pompe voisine au moyen d'un volant commun, On peut se figurer la chambre des machines, en imaginant quatre balanciers, mus, chacun, à une extrémité, par les pistons d'un double cylindre, et emportant, à l'autre extrémité, les tiges des pompes ; entre chaque couple, un volant et un réservoir d'air régularisent les variations et dans le moteur et dans la conduite. • Les machines sont du système de Woolf, à deux cylindres, à détente et à condensation; elles représentent 300 chevaux par paire; elles marchent soit en service simple sur le réservoir, soit en service mixte lorsqu'il y a distribution en route; elles varient à la main du mécanicien de 8 à 14 coups à la minute , sans que le moindre bruit frappe l'attention.' Enfin, le travail en plein, quand les quatre pompes mises en jeu envoient au réservoir près de 2000 mètres par heure^ est si régulier que la colonne manométrique de 45 mètres, mesurant la charge, varie à peine de 2m, 40 à chaque oscillation des tiges.
Quant à la consommation, elle est réduite par des précautions constamment attentives. Les chaudières longues et à foyer central utilisent, par une combustion lente, toute la chaleur de la flamme ; à
peine si l'on ramasse des cendres dans le foyer, et si la fumée se distingue au haut de la cheminée. On ne brûle pas 2 kilogrammes par heure et par force de cheval.
Si l'on cherche à apprécier le degré de perfection d'une machine d'après la réalisation plus ou moins compliquée des conditions théoriques du travail, on pourra critiquer le choix des machines à balancier, alors qu'un Cylindre moteur, placé directement au-dessus des pompes, eût supprimé les transmissions; mais on approuvera le double effet des pompes, en vertu duquel la colonne ascensionnelle reçoit, dans la conduite, une double impulsion, et ne prend plus que des oscillations réduites à moitié. A l'occasion des filtres, on sera porté à penser que le drainage de si larges surfaces de sables n'est encore qu'une approximation, et qu'il faut arriver à puiser directement des eaux filtrées dans la rivière, en usant de la force horizontale du courant pour créer un filtre self-acting, se nettoyant lui-même. Mais, si. l'essentiel en industrie est de faire des machines douces, maniables, régulières, consommant peu et rendant des produits, les installations de M. Simpson sont excellentes, et il suffirait de les répéter pour organiser tout de suite ailleurs un bon service d'eaux de rivière.
Glascoiv. — Mettons en regard des installations mécaniques appliquées à" Thames Ditton, le service par la gravité, tel qu'on le trouve à Glascow, à Manchester, à Liverpool, là où il y a, dans les montagnes, des eaux coulant sur le roc et des terrains livrés seulement au pacage des troupeaux. Il faut aussi qu'on ait, comme dans le Nord, des pluies annuelles de plus de 1 mètre, qui, après évaporation et absorption, laissent encore une hauteur disponible de 60 centimètres. Un bassin de 1000 hectares, par exemple, va procurer tout de suite 6,000,000 de mètres, qui, ramassés dans un creux de vallée, deviendront un approvisionnement suffisant pour alimenter une distribution journalière 15 à 16,000 mètres. C'est ce que l'on trouve à Glascow.
Glascow a commencé, depuis un siècle, à profiter des avantages de sa position et de son sol. La construction des navires à vapeur le long de la rivière, la fabrication des tissus de coton sur les collines, la production de la fonte, du fer et des métaux, qui abondent dans l'étendue même du bassin houiller, développent singulièrement l'activité d'une population de 400,000 âmes. La rive droite est alimentée en eaux de rivière par une Compagnie ancienne, qui, au moyen de sept pompes et de trois conduites maîtresses, répand journellement 50,000 mètres d'eau filtrée; mais les charges du service sont lourdes. La ville tend à se porter vers la mer ou à monter sur des hauteurs qui dominent de 60 à 90 mètres la vallée. Les machines travaillent vingtdeux heures, et il n'y a pas de réservoirs d'extrémité. Aussi la rive
gauche est-elle abandonnée à une autre Compagnie, qui, elle, fonctionne par le principe de la gravité, fait descendre sans frais, dans Glascow, des eaux de montagne réunies sur une paroisse, à 10 kilomètres de distance et à 68m,50 de hauteur au-dessus des quais de la rivière de la Clyde. Les projets et les travaux sont de M. Gale, ingénieur, qui a, le premier, appliqué en grand les réserves en pays haut.
Un ruisseau a été barré avant qu'il descende aux usines et aux blanchisseries établies sur son cours. Quoique réduit, le bassin de collection représente encore 1100 hectares. Les eaux de pluie et de sources, très pures parce qu'elles ont traversé un sol à peine cultivé et qu'elles ont coulé sur le basalte, descendent dans de grands étangs étages, en suivant le profil et les anfractuosités de la vallée. A chaque gorge est un remblai de 25 à 30 mètres de hauteur, traversé par les conduites ou les puits de communication, c'est-à-dire que, pour puiser aux couches ou les plus reposées, ou les plus fraîches, il y a au dernier étang une tour avec des robinets-vannes situés à différents étages ; on ouvre à hauteur convenable, et l'on envoie sur des filtres de sable et de gravier, qui finissent la clarification déjà commencée par le repos. L'eau ainsi versée dans la distribution est limpide, fraîche et très pure; elle convient et pour les usages domestiques et pour l'industrie, car elle est d'une qualitç supérieure. Il faut remarquer les faibles dépenses du service; un simple gardien suffit à la manœuvre des vannes et à la mise en charge des conduites.
On a eu soin de tracer à l'ancien cours d'eau un lit latéral qui sert de décharge ou de déversoir; de cette façon, les troubles qui, par les fortes pluies d'hiver, arrivent chargés de tourbe ou d'argile, trouvent un écoulement sans pénétrer dans les étangs.
D'autres fois, comme à Manchester, où les étangs sont plus vastes et plus multipliés, on reçoit les troubles dans des compartiments spéciaux, et on les utilise pour le service des usines inférieures. L'aménagement des eaux dans la montagne présente alors trois fonctions : préserver la vallée, alimenter les usines, et livrer des eaux pures à la distribution. Mais comme la sécurité du service veut des approvisionnements de 100 à 120 jours, on arrive à des réserves énormes. A Glascow, les trois étangs exécutés ou à finir tiendront k 560 000 mètres cubes. A Manchester, où l'on a travaillé pour une population de W)0000 âmes, la réserve est de 18 000000 de mètres cubes; ce sont de véritables bassins d'alimentation de canaux.
Glascow, avec deux sources d'approvisionnement qui lui assurent déjà 60 000 mètres cubes ou 150 litres par habitant, n'en a pas encore assez. L'usage de l'eau y est singulièrement répandu. Dans les maisons aisées, on trouve parfois à chaque étage un water-closet,
TAIIDÎEU. — D1CT. d'HYG. T. 1. 11
un bain chaud et un shower-bath , espèce de pluie froide qui produit une réaction salutaire en raison de l'humidité du climat. Des logements d'ouvriers valant de 125 à 150 francs de loyer ont un robinet de cuisine, un water-closet et un shower-bath, le tout pour 7 à 8 fr. de dépense annuelle fixée à environ 5 p. 0/0 de la valeur locative. Enfin les industries de tissus et d'impressions consomment beaucoup. Or la Clyde, à l'époque des troubles, est noircie par la tourbe arrachée des montagnes, et les usines comme les ménages se plaignent. La Compagnie des eaux de rivière, poussée à bout par les exigences du service, a d'elle-même proposé d'améliorer sa distribution, en allant chercher une dérivation du lac Lubnaig, à kO kilomètres de Glascow.
C'est alors que M. Bateman, ingénieur des eaux de Manchester, présenta un projet plus important et qui réunit immédiatement toutes les sympathies. Au lieu d'aller au lac Lubnaig par une route singulièrement tourmentée , il s'agirait de remonter jusqu'au lac Katrin. Ce beau réservoir de 1000 hectares de superficie est taillé dans le schiste micacé ; ses bords à pic sont à peine couverts de broussailles, et son bassin de 900 hectares reçoit des pluies annuelles de lm,40, représentant un minimum de lm,00, tant l'évaporation est faible sous ce ciel brumeux et froid. D'eaux plus vives et plus pures, il n'y en a pas ; elles contiennent à peine le quinzième de la chaux que présentent les eaux de la Tamise.
En manœuvrant le niveau de manière à lui donner une oscillation totale de lm,50, on forme une réserve de 15,000 000 de mètres cubes, qui assurent un service de 100000 mètres cubes pendant 150 jours de sécheresse. Le tracé entraîne des souterrains dans le schiste micacé, le grès rouge et le basalte; mais la traversée des vallées est facile. Avec sa longueur de 50 kilomètres environ, l'aqueduc ne coûterait que 15 millions; il déboucherait à 96 mètres au-dessus des quais de la Clyde, pourrait livrer 100000 mètres par jour, dès à présent, et plus tard ' le double, quand les besoins de la population" l'exigeraient.
Tel est l'ensemble d'une entreprise qui absorberait les deux Compagnies existantes et leur substituerait la ville, agissant dans l'intérêt général des administrés. La ville, en effet, poursuit l'affaire devant le parlement.
Nous, avons à dessein suivi le développement de la distribution â Glascow, pour montrer ce qu'on entendait, en Angleterre, par service de la gravité. La solution du lac Katrin en est la dernière expression. Au lieu de créer des étangs toujours insuffisants et singulièrement coûteux d'indemnités et de barrages, on choisit les lacs que la nature a placés elle-même au milieu des montagnes, et ces sites deviennent le point d'appui de l'assainissement des grandes villes.
Rugby. — La grande commission instituée, en 1848, par le parlement, sous le nom de General Board ofhealth, posait en principe que l'on ne devait jamais séparer la distribution et le drainage, et recommandait, comme élément d'exécution, les eaux de sources et les tuyaux de grès; elle établissait que les sources donnaient seules une eau pure, limpide et fraîche, et que les tuyaux à pente forte et courant continu étaient les seuls égouts qui eussent la propriété de ne pas s'engorger.
Plusieurs villes d'importance secondaire, Rugby, Croydon, Morpeth, Warwick, Douvres même, ont adopté les principes du Board ; leur assainissement a été créé de toutes pièces. L'entreprise est devenue une œuvre purement municipale, dont les frais ont été couverts par une taxe proportionnelle, espèce d'impôt mobilier qui crée en Angleterre les ressources ouvertes chez nous par l'octroi.
Nous décrirons Rugby, dont l'assainissement a été souvent cité; le projet et l'exécution sont de M. Rammell, ingénieur inspecteur du Board.
Rugby, petite ville de 8000 habitants et de 1100 maisons, est située sur la pente d'une plaine cultivée qui descend au ruisseau de l'Avon. La circulation y est peu de chose. Dans la campagne, le sol arable est séparé des argiles bleues, du lias, par un lit de gravier, où les eaux de pluie circulent comme dans un filtre, en déposant les matières qu'elles tiennent en suspension et sans rien dissoudre. Aussi a-t-il suffi de poser des collecteurs sous deux grandes routes, pour créer les artères d'une alimentation qui grossit au fur et à mesure que les propriétaires riverains veulent s'assainir en drainant ou en laissant drainer leurs cultures. Comme le produit de ces sources artificielles est variable suivant les saisons, on le modère ou on l'accumule dans les diverses régions de la couche filtrante, au moyen de barrages de terre glaise échelonnés intérieurement sur les pentes. C'est par des manœuvres de vannes d'arrêt que l'on épuise l'une après l'autre les réserves qui ont eu le temps de se former dans les gradins successifs du sous-sol.
Les eaux ainsi recueillies sur des points divers de la circonférence du bassin sont amenées par un tuyau de grès de 0^,18 à un réservoir souterrain de 900 mètres cubes de capacité, puis reprises par les pompes d'une machine horizontale de 10 chevaux et refoulées au sommet d'une tour qui domine de 33 mètres le pays. Là est la cuve formant château d'eau, d'où part la conduite maîtresse qui circule dans la ville, et qui doit donner à chaque maison de l'eau à discrétion pendant la durée entière du jour. A cet égard, la promesse n'est tenue encore qu'à moitié, car la conduite ne reste en charge que jus-
qu'à midi, attendu que la moitié seulement des terrains de collection
est aujourd'hui drainée.
Sur les 1100 maisons, 700 à 750 ont exécuté leurs prises et ont au moins deux robinets, l'un dans la cuisine, l'autre au water-closet. Le robinet de cuisine n'a de particulier, parfois, qu'un appareil selfacting, pour l'alimentation du réservoir d'eau chaude ménagé dans le fourneau. Le water-closet a été réduit à quelque chose de fort simple. C'est, dans les maisons pauvres, une cuvette conique, de grès, surmontant un tube à siphon. Le bouton d'eau est à la partie supérieure ; on le manœuvre soit librement, soit par le mouvement de la porte, quand on redoute l'incurie des occupants.
Les pertes des cours et des cuisines sont établies sur le même principe; elles consistent en une plaque percée de trous, avec tube à siphon, pour conduire les eaux à l'égout. Les divers branchements qui reçoivent les pertes sont ordinairement en diamètre de 0m,10 à 0",15; ils versent à un train principal qui a 0m,20 à 0m,25, lequel aboutit à une ligne sous-chaussée de 0m,30 et grandissant successivement jusqu'à 0m,50, à mesure que le nombre des affluents augmente. Le dernier tuyau qui jette le drainage au ruisseau d'Avon a môme 0m,55. Toute la canalisation est en poterie de grès émaillé, gris brun, dur et sonore. Les tuyaux ont l'assemblage par emboîtement et le joint se fait avec l'argile. La pose exige le plus grand soin clans la vérification des niveaux; et même, pour obvier aux tassements du sol, chaque tuyau est noyé au milieu d'un lit de béton.
Il n'y a pas de drain qui ait moins de 0m,02 d'inclinaison dans l'habitation. Dans la rue, où les tuyaux sont en moyenne à 2m,40 de profondeur de tranchée, il y a ordinairement aussi de 0ra,01 à 0m,02 de pente. Enfin, de distance en distance, on a ménagé des regards en forme de puits, arasant le dessus des drains, et permettant d'y introduire une chasse d'eau vive alimentée par la distribution.
On a complété l'amélioration, en passant un marché avec un fermier des environs pour l'application des eaux d'égout à la culture. Le fermier a acheté , au prix de 1250 francs par an , le droit de prendre à l'égout la quantité de liquide nécessaire à ses arrosements; il a déjà construit des citernes, monté une machine de 10 chevaux, et commencé la pose des conduits au milieu d'une exploitation de 200 hectares. On reconnaît d'ailleurs que là où l'on a répandu les eaux, l'herbe est plus touffue et plus broutée par le bétail.
La canalisation sous les voies publiques a été exécutée par la ville ; les branchements sont, faits par le particulier. La part de la ville pour les travaux de machines, de conduites et de tuyaux, s'élève à environ 375 000 fr.; les ouvrages particuliers ont varié de 125 fr.
à 1 250 fr. par maison. Si l'on tient compte des compléments reconnus nécessaires, de la pose d'une deuxième machine, d'une plus grande extension à donner au drainage des eaux pures ; si l'on ajoute les frais à faire dans les maisons encore non rattachées à l'assainissement, on arrive à un total de 600 000 francs pour l'ensemble de la ville, bien pourvue d'eau et complètement drainée.
Les travaux de Rugby sont intéressants, non parce qu'ils ont procuré une distribution d'eaux souterraines et un drainage en tuyaux de grès, mais parce qu'ils ont sagement utilisé les ressources existant dans la localité. Ainsi le sous-sol était pénétré d'eau qui circulait dans un filtre naturel ; on en a profité pour assainir les cultures et porter dans l'habitation le service mécanique des eaux pures. Il y avait en ville de vieux égouts qui ne fonctionnaient que pour les ruisseaux des rues, on a posé tout à côté un système de lignes bien agencées comme tracés et comme pentes, dans lesquelles descendent immédiatement les eaux infectes de l'habitation ; et quand ce courant abondant, mais sale, va tomber au ruisseau, on le livre au cultivateur, qui le répand comme engrais liquide sur ses champs et ses prairies. La terre qui a donné l'eau pure en reçoit l'engrais.
Il y a, dans cette rotation si conforme aux lois de la nature, une ■idée qui méritait de préoccuper- des hommes désireux d'améliorations. Il est certain que, pour beaucoup de petites agglomérations situées au milieu de la campagne, le service combiné est applicable et serait un bienfait.
Au retour de la course que nous avons faite à travers l'Angleterre jusqu'aux lacs d'Ecosse, après avoir entendu des avis bien divers et visité des travaux conçus sur des bases complètement différentes, nous avons à nous demander ce qui est bon, ce qui est vrai, ce qui, en définitive, est applicable aux besoins et aux habitudes de la France.
Or, du milieu des efforts d'assainissement qui se produisent sur tous les points du pays que nous avons parcouru, deux faits se montrent avec la généralité, avec l'énergie d'un principe : Veau dans l'habitation, la perte des vidanges à l'égout. Il en est un troisième qui n'est qu'un moyen, mais dont l'importance mérite d'être mise en relief : c'est l'emploi des machines.
A Londres, les 300 000 maisons qui appartiennent à des classes diverses, bien plus nuancées que celles de la société française, ont de l'eau ; car on ne doit pas compter ces quelques milliers d'habitations pauvres et malsaines que l'on traite comme un reste de barbarie, et qui sont suivies, cernées par la police de l'hygiène. Et par l'eau dans la maison, il faut entendre, le service de deux robinets au moins, l'un dans la cuisine , l'autre au water-closet. Dès qu'on
s'adresse à des habitudes plus élevées, on trouve l'eau dans le cabinet de toilette et l'on y trouve même le bain. Comme conséquence forcée, arrive le drainage ou la perte des eaux aussitôt qu'elles ont servi. Une maison pourvue d'eau est une maison drainée ; on ne peut obtenir le courant d'eaux pures sans ouvrir en même temps la route au courant des eaux infectes. C'est parce que les maisons de Londres ont voulu avoir de l'eau, qu'il a fallu créer ce réseau d'égouts et de conduites qui fait du sous-sol de la Cité une sorte de système artériel dont les veines sont partout.
A Manchester, à Glascow, à Edimbourg, l'essentiel est fait ; la distribution d'eaux existe et se propage. Les villes ont consenti à de lourds sacrifices pour l'obtenir , mais la canalisation du drainage est. encore à ses premiers pas. On se débarrasse en perdant les vidanges au cours d'eau le plus rapproché, sans s'inquiéter encore si ce cours d'eau traverse l'agglomération et s'il en vicie l'atmosphère.
Dans les petites villes et sous l'inspiration du Board of health, on a agi avec plus d'ensemble ; on a créé l'assainissement de toutes pièces, en établissant le même jour l'ensemble de la distribution et du drainage, et surtout en procurant l'expulsion des eaux infectes hors du rayon.
Partout, en définitive, on a cherché le bien de l'habitation en y portant l'eau, donnée le plus libéralement possible, et appliquée soit à alimenter elle-même les besoins de la vie, soit à emporter au loin les matières qui affectent désagréablement nos organes et dont la décomposition rapide est un danger. Jamais on n'a proposé un pas en arrière, jamais on n'a pensé à rouvrir les fosses, quelque importance qu'on donnât à la récolte des engrais, et personne n'a contesté cette vérité : « que la mauvaise odeur dans l'habitation ou dans la rue signale une atteinte à la santé publique. »
De l'eau à pleine pression et à robinet libre, voilà ce que les compagnies ou les administrations cherchent à établir ou à répandre, en même temps qu'elles repoussent au loin les vidanges. Quant aux sources d'approvisionnement, elles sont ce que la nature les a faites dans le voisinage des localités elles-mêmes. Londres a des eaux de rivière, et, dans la condition où les mettent la prise en amont du flot et le filtrage, la qualité devient acceptable. Manchester recueille ses eaux sur les hauteurs qui couronnent la formation de grès rouge sur laquelle elle repose. Glascow veut utiliser les magnifiques ressources des lacs. Edimbourg a pris des eaux vives qui sortent du granit. Rugby profite d'un banc de gravier ; Douvres d'un puits ouvert dans le calcaire, Le but est partout le même, mais les moyens diffèrent suivant les conditions géologiques du sol, suivant les ressources financières dont on dispose.
Il en est de môme du drainage. Il faut perdre, voilà la règle. Quant aux procédés, tuyaux de grès, de fonte et de tôle, égouts de briques, de pierre ou de ciment, tout cela n'est qu'un matériel mis à la disposition de l'ingénieur pour produire le maximum d'effet avec le minimum de dépense.
Quant aux machines , elles font à l'Angleterre une supériorité réelle. Les mouvements sont partout à peu près aussi directs que le travail théorique peut l'exiger. Dans la grande étude d'amélioration du drainage de Londres, les deux niveaux importants, exigeants, difficiles, sont assainis par des stations de machines et de pompes élévatoires.
L'agriculture a suivi l'industrie dans cette voie. Il y a plusieurs siècles qu'à Milan et à Edimbourg on applique les eaux d'égout à l'irrigation des prairies, parce que, dans ces deux villes, les vidanges des maisons particulières, comme les boues liquides des rues, sont perdues à de petits cours d'eau qui traversent la campagne,
A cet égard, la science agricole vient de faire un grand pas. Le procédé Kennedy a montré tout le parti qu'on pouvait tirer de l'engrais liquide versé par arrosement. La ferme de M. Kennedy, en Ecosse, est une exploitation de 130 hectares. On a drainé d'abord • assez profond, puis on a posé des conduites écartées de 600 mètres environ, et qui puisent à des réservoirs couverts où vont aboutir toutes les urines des étables, toutes les eaux de lavages et de vidange. On mélange avec trois ou quatre fois le volume en eau pure, et l'on y fait digérer les fumiers, dissoudre tous les engrais qu'on veut donner à la terre. Alors, au moyen d'une machine à vapeur de 12 chevaux, on refoule dans les conduites, et, vissant sur elles des tuyaux de gutta-percha, on fait de l'arrosage à la lance. Un homme et un enfant suffisent à arroser 3 hectares par jour. On répète six ou sept fois par saison, et l'on arrive à quadrupler les produits.
Autour d'Edimbourg, chaque ferme a une machine à vapeur qui commande dans les écuries la distribution des eaux et dans les granges la machine à battre, les hache-paille, la machine à moudre, etc. On fait bouillir par la vapeur la nourriture des bestiaux et des chevaux. Dès qu'on est arrivé là, la pose des conduites sur l'étendue des cultures et l'arrosement à la lance n'ont plus rien de nouveau ni de difficile. La mise en charge des conduites n'est qu'un travail qui utilise mieux le moteur. Dans les fermes qui recueillent les eaux d'étable, aux environs d'Edimbourg, la proportion des eaux qui servent à couper le mélange va croissant. L'infection cesse d'être un mérite agricole, et, en répétant les arrosements avec des liquides faibles, mais abondants, on peut récolter non-seulement des her^bages, mais des céréales et des fruits.
Aussi l'application des liquides 'd'égouts à la culture nous paraît une question de mécanique. Laissons à nos agriculteurs le temps de prendre cette conviction qu'une machine à vapeur est un excellent garçon de ferme, toujours prêt, toujours obéissant, pourvu qu'on le soigne, et nous ne tarderons pas à voir apprécier ce que valent les eaux perdues des villes.
Remarquons maintenant combien nos maisons de Paris sont bien disposées pour recevoir l'eau pure et se débarrasser des vidanges. Tous les logements se superposent. Les branches ascensionnelles montent presque verticalement au sortir de la conduite mère ; les tuyaux de chute, également verticaux, ont la pente la plus favorable à l'action énergique des eaux. Nous n'avons pas de poterie comme en Angleterre, mais nous avons mieux ; les tuyaux de tôle bitumée sont d'excellents matériaux de drainage, d'une pose facile, d'un service très sûr et d'un prix qui baissera ; car on travaille à simplifier encore l'enveloppe bitumée et les assemblages. De- plus, la guttapercha peut avec économie remplacer le plomb dans les branchements, et déjà quelques maisons de la rue de Rivoli ont une distribution toute montée en gutta.
Nous désirons, nous appelons la distribution à robinet libre et à tout étage; nous voudrions que le moindre logement eût les deux robinets de rigueur, l'un dans la cuisine et l'autre au water-closet ; mais cela réclame un mode d'abonnement simple. A cet égard, la taxe proportionnelle aux loyers, si usitée chez nos voisins, répond au but. Au taux de 5 p. 0/0, elle ne serait même pas trop lourde. Un logement de 240 fr., occupé par une famille d'ouvriers, payerait 12 fr. Il est certain que l'eau à domicile lui procurerait plus de 12 francs de bien-être et d'économie. La suppression de l'impôt des vidanges serait d'ailleurs un prime offerte au propriétaire pour le décider à établir chez lui les appareils. On continuerait à traiter avec les .usines et les industries spéciales au mètre cube et au comptant.
Donner aux maisons de Paris l'eau et le drainage, c'est procurer -à la grande ville l'un des avantages essentiels qu'elle peut envier à sa rivale.
Notre agriculture n'y perdra pas, car de deux choses l'une : ou l'on parviendra à travailler les eaux d'égout, comme on va l'entreprendre à Leicester, comme on le suppose même pour l'une des lignes de la canalisation de Londres, et l'on retirera, par des procédés industriels, les sels ammonicaux et les matières organiques à transformer en engrais solides; ou bien encore l'exemple de l'Angleterre, les progrès de la science et l'aide des capitaux, modifieront profondément les habitudes de la campagne, y répandront de jour en jour davantage le service économique et nécessaire des machines.
Alors, après avoir épuisé les liquides d'étables, nos cultivateurs seront heureux de trouver les liquides d'égouts, et de pouvoir engraisser la terre avec des eaux que les villes ne peuvent garder dans leur sein sans vicier l'air et le sol où vit leur population. Ainsi, suivant nos convictions , la salubrité des villes repose, sur deux conditions essentielles : l'eau à discrétion dans l'habitation, la perte immédiate des vidanges à l'égout.
Bibliographie. — Collection des mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, par F.-P.-J. d'Arcet, mis en ordre par M. Grouvelle. In-4o, Paris, 1843. — Traité de la salubrité dans les grandes villes, par Montfalcon et Polinière, passim. — Des puits forés ou artésiens employés à l'évacuation des eaux sales et infectes et à l'assainissement de quelques fabriques, par MM. Girard et Parent-Duchàtelet (Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. X, p. 317). — Mémoires de la Société d'encouragement, collection passim, et notamment janvier et novembre 1835 et 1836. — Assainissement des villes, par M. A. Chevallier {Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XXIV, p. 283). — Del'emploides corps gras comme hydrofuges, par MM. d'Arcet et Thenard {Ann. de chim. et de phys., t. XXXII, p. 24, et collection de mémoires déjà cités). — Assainissement des habitations, par M. d'Arcet. {Ann d'hyg. et de méd. lég., I, XXIX, p. 332, et XXX, p. 43). — Assainissement des habitations récemment construites {Ibid., t. XXXVII, p. 120). — Instructions sur les moyens de prévenir ou de faire cesser les effets de l'humidité dans les bâtiments, par L. Vaudoyer. Paris, 1844.
— Régénération du vieux Paris, par M. Perreymond {Revue de l'architecture et des travaux publics, 1842-1843). — Rapport fait d la Société centrale des architectes de Pai^issur l'assainissement des habitations insalubres, car M. Adolphe Lance. Paris, 1850.
— Etudes d'hygiène publique sur l'Angleterre, par M. Antoine Ostrowski {Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XXXVII, p. 1). — Mémoire sur les plantations d'arbres dans l'intérieur des villes, par le docteur Jeannet {Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XLIII, p. 49).
— Eludes d'un nouveau système d'alignements et de percements de voies publiques, faites en 1840 et 1841, par MM. Grillon, G. Callou et Th. Jacoubet. — Traité de la législation des travaux publics et de la voirie en France, par M. Armand Husson. Paris, 1850. — Rapports des Conseils de salubrité des déparlements de la Seine, des Bouches-du-Rhône, de la Loire-Inférieure, du Nord, de la Seine-Inférieure, de la Gironde, du Rhône, de l'Aube, de la Nièvre, de la Moselle, du Pas-de-Calais, de Tarn, de l'Eure, etc. — Ordonnance du préfet de police de la Seine, suivie d'une Instruction du Conseil de salubrité, concernant les moyens d'assurer la salubrité des habitations, du 20 novembre 1848. — Compte rendu des travaux du Conseil central de salubrité publique de Bruxelles. — Projet d'association pour l'assainissement des quartiers habités par la classe ouvrière à Bruxelles, par M. Ducpétiaux. Bruxelles, 1846. — Exposé avec plan d'un système complet et remarquablement économique d'assainissement des propriétés et des voies publiques, par M. Allain. In-4, Paris, 1855. — Rapport sur le mode d'assainissement des villes en Angleterre et en Ecosse, par M. Mille {Ann. d'hyg. et deméd. lég., 2*série, t. IV, p. 199). — Consultation sur l'assairiissement d'une petite ville, par A. Chevallier {Ann. d'hyg. et de méd. lég-, 2" série, t. XI, p. 336). — Report of the Commissioners forinquiring into the slate of large towns and populations districts. London, 1844,3, passim. — Report on the présent slate of certain parts of the metropolis and on the model lodging houses of London, by R. D. Grainger, esq., 1851. — Report by the gênerai Board of health on the suppty of ivater to the metropolis, 1850, with Appendix, nos 1, 2, 3, 4. — Report on a preliminary Inquiry into the sewerage, drainage and supply of ivater and the sanitary conditions
of the inhabitants of the towns of Leamington, Darlington, Maulesfield, etc. — Voyez en outre, la bibliographie des mots Aift, Amphithéâtres, Arp.osement, Balayage, Boues, Canaux, Casernes, Chauffage, Colmatage, Curage, Déeoisement, Défrichement, Désinfection, Drainage, Eaux, Égouts, Habitations, Hôpitaux, Immondices, Landes, Magnanerie, Marais, Nettoiement, Pavage, Plantations, Puisards, Puits, Rizières, Ventilation, Voirie, Etc.
ASSISTANCE. — Le nom d'assistance publique est un mot nouveau; mais il exprime une chose qui ne l'est pas. C'est l'organisation des secours que la société doit à ceux de ses membres qui sont impuissants à se suffire à eux-mêmes.
Il y a, dit M. de Gérando, une bienfaisance collective comme une bienfaisance individuelle : la première agit en commun, comme la seconde agit isolément. Toutes deux ont le même but, le même motif, Leurs moyens diffèrent en partie; loin de s'exclure, elles s'aident et se suppléent mutuellement; elles sont même nécessaires l'une à l'autre. *
La bienfaisance publique n'est autre chose que la bienfaisance collective, exercée dans sa forme la plus générale, au nom de la société entière.
L'indigence dans ses douleurs invoque à la fois ce double appui ; elle est l'objet commun de la bienfaisance publique et de la charité privée,- Comme infortune personnelle, elle sollicite la seconde; comme fléau, elle appelle la première. A l'une, elle demande des soins de détails ; à l'autre des prévisions étendues et une protection puissante.
L'assistance, dit aussi M. Thiers, c'est « la bienfaisance publique, complément de la bienfaisance privée, agissant là où il reste du bien à accomplir, songeant à tout ce qui n'a pas été fini, pansant les plaies qui sont restées saignantes, et joignant aux vues individuelles, qui peuvent être bornées, des vues d'ensemble qui embrassent tout, parce qu'elles ne préjugent rien, et que leur sollicitude pour les maux de l'humanité est égale. »
La division la plus générale que l'on puisse établir, dans l'organisation de l'assistance publique, est celle des secours à domicile, et celle des hôpitaux, hospices ou asiles.
Les secours à domicile sont peut-être la branche la plus importante des secours publics. Les hôpitaux et les hospices ne doivent en être en quelque sorte que le supplément; ils sont nécessaires pour ceux qui se trouvent dans un dénûment absolu, sans parents, sans amis, sans aucun moyen personnel d'existence. Mais à l'aide des secours à domicile, on peut diminuer considérablement le nombre d e ceux qui demandent à y être admis, en les retenant dans le sein de leur famille.
Mais, comme l'a fait observer M. Thiers dans le remarquable rapport que nous avons déjà cité, « les misères de l'homme changent suivant les âges ; les moyens de les soulager changent également. Il y a les malheurs de l'enfance, de l'adolescence, de l'âge mûr et de la vieillesse. »
On peut donc classer ainsi les moyens que l'assistance publique met en œuvre pour venir à l'aide de ces différentes catégories d'infortunes. Pour l'enfance et l'adolescence, lesEnfants trouvés, les sociétés de charité maternelle, les bureaux de nourrices, les crèches, les salles d'asile, les jeunes détenus et les colonies pénitentiaires et agricoles, les hospices des sourds-muets et des jeunes aveugles. Pour l'âge adulte, les hôpitaux, les secours à domicile, les sociétés de secours mutuels, les dépôts de mendicité, l'amélioration des logements insalubres, la médecine gratuite, les eaux médicinales. Pour la vieillesse, enfin, les hospices et les secours pour inhumation. Les fonds de secours que la république française [loi du 19 mars 1793) destinait à l'indigence se divisaient de la manière suivante : Travaux de secours pour les pauvres valides dans les temps morts au travail ou de calamité ; secours à domicile pour les pauvres infirmes, leurs enfants, les vieillards et les malades; maisons de santé pour les malades qui n'ont point de domicile ou qui ne peuvent y recevoir de secours; hospices pour les enfants abandonnés, pour les vieillards et les infirmes non domiciliés ; secours pour les accidents imprévus.
Les pouvoirs publics ont, depuis la révolution de 1848, abordé sur plus d'un point les difficiles problèmes de l'assistance publique. Une loi du 10 janvier 1849 en a réglé l'organisation à Paris. En 1851, on l'a étendue aux établissements hospitaliers de toute la France, mais il reste encore un grand nombre de sujets à l'étude. Nous citerons l'arrêté qui se rapporte à la première de ces lois.
Arrêté qui détermine la composition du conseil de surveillance de l'administration de l'assistance publique a paris (du 24 avril 1849).
Le Président de la République, sur le rapport du ministre de l'intérieur, vu la loi du 10 janvier 1849, etc., le conseil d'État entendu, arrête :
Article 1er. Le conseil de surveillance institué par la loi du 10 janvier 1849 est composé ainsi qu'il suit :
Le préfet de la Seine, président;
Le préfet de police ;
2 membres du conseil municipal ;
2 maires ou adjoints ;
2 administrateurs des comités d'assistance des arrondissements municipaux ;
1 conseillier d'État ou un maître des requêtes ;
1 membre de la cour de cassation ;
1 médecin des hôpitaux et hospices'en exercice ;
1 chirurgien des hôpitaux et hospices en exercice ;
1 professeur de la Faculté de médecine de Paris;
1 membre de la chambre de commerce ;
i membre d'un des conseils de prud'hommes;
5 membres pris en dehors des catégories.
Art. 2. Les membres du conseil, à l'exception des deux préfets, sont nommés par le Président de la République, sur la proposition du ministre de l'intérieur.
A cet effet, pour chaque nomination, il est adressé au ministre de fintérieur une liste de candidats.
Ces listes, à l'exception de celle présentée par les conseils des prud'hommes devront porter trois noms.
Ces listes sont établies, savoir :
Par le conseil municipal , \
Par le conseil d'État, /
Par la cour de cassation, Pour les candidats à Présenter Par chacim
Par la Faculté de médecine, \ de ces corps'
Par la chambre de commerce. J
Par la réunion des médecins des^ Pour le médecin appelé a faire partie de ce hôpitaux et hospices en exercice. ) conseil.
Par la réunion des chirurgiens des| pmy. Je clm.u,.gieni hôpitaux et hospices en exercice, j
Par les conseils de prud'hommes, | Pour le prud'homme appelé à faire partie présentant chacun un candidat. ) du conseil.
(Pour les candidats à choisir parmi les maires, les administrateurs des comités ' d'assistance, les membres pris en dehors.
Art. 3. Les membres du conseil, à l'exception des deux préfets, sont renouvelés par tiers tous les deux ans.
Le renouvellement des deux premiers tiers a lieu par la voie du sort.
Le membre qui sera nommé par suite de vacance provenant de décès ou de toute autre cause sortira du conseil au moment où serait sorti le membre qu'il aura remplacé.
Les membres sortants sont rééligibles.
Art. û. Le conseil est présidé par le préfet de la Seine, et, à son défaut, par un vice-président choisi par le conseil, dans son sein, et élu tous les deux ans.
En cas de partage, la voix du président est prépondérante.
Le secrétaire général de l'administration remplit les fonctions de secrétaire du conseil.
Le préfet convoque le conseil au moins une fois tous les quinze jours. Le conseil se réunit plus souvent, s'il y a lieu, sur la convocation du préfet.
Art. 5. Le directeur de l'administration de l'assistance publique a droit d'assister aux séances du conseil de surveillance.
Art. 6. Le directeur a sous ses ordres tout le personnel de l'administration centrale, de l'inspection et celui des établissements.
Les employés de tout grade, tant de l'administration centrale et de l'inspection