BAGNES
3,84 pour les forçats dans les bagnes, à 5,09 pour les hommes, et 3,59 pour les femmes dans les maisons centrales. Dans les bagnes, les chances de mort les plus grandes existent pour la période de trente à quarante ans; dans les maisons centrales, elles se montrent à leur plus haut degré à l'époque de la puberté, dans les deux sexes. D'un autre côté, la vieillesse confirmée se trouve moins bien du régime des bagnes que de celui des maisons centrales, quoiqu'il en soit autrement pour tous les autres âges.
C'est, en général, pendant la première année que la mortalité est le plus considérable dans les bagnes, plus tard dans les maisons centrales. Les habitants des campagnes, les individus employés à l'exploitation du sol ; d'un autre côté , les soldats, les marins, et en môme temps, les vagabonds, les mendiants, succombent en beaucoup plus grand nombre, toutes choses égales d'ailleurs, dans les bagnes, que les condamnés placés dans les autres conditions professionnelles. Viennent ensuite les forçats ayant exercé une profession active, puis les catégories des professions libérales, et, en dernier lieu, les ouvriers des diverses professions sédentaires, habitants des villes pour la plupart : leur mortalité est représentée par 121, quand celle des autres catégories est de 130, 132, 147 et 151.
Le bagne de Rochefort, aujourd'hui supprimé, présentait en particulier les conditions les plus défavorables, que les forçats partageaient, il est vrai, avec les habitants de Rochefort et de ses environs, mais dans une proportion à peu près semblable à celle que nous avons indiquée plus haut. Quelque amélioration avait été obtenue, il est vrai, depuis le commencement de ce siècle, avant lequel, suivant M. Villermé, la mortalité était telle, que la condamnation aux travaux forcés, pour le plus court terme actuel, équivalait, pour la très grande majorité de ces malheureux, à la peine de mort.
La mortalité, sur une population moyenne de 1689 individus, dont l'âge moyen était de trente-quatre ans et demi, a été :
De 1767 à 1778, de 1 sur 4,89
De 1779 à 1790, de 1 sur 3,57
De 1791 à 1802, de 1 sur 3,86
De 1803 à 1814, de 1 sur. 7,61
De 1816 à 1827, de 1 sur. . 11,51
Le nombre moyen des maladies excédait en général de beaucoup le nombre des hommes : de 1810 à 1820, il a été comme 6 est à h.
Il ne faut pas attribuer seulement à l'insalubrité de Rochefort l'énorme mortalité qu'indiquent les relevés précédents.
Voici un tableau comparatif de la mortalité des marins, ouvriers et soldats, c'est-à-dire de la partie de la population de Rochefort qui
vivait dans les conditions les plus rapprochées possibles de celles dont les habitants du bagne pouvaient recevoir l'influence, et de la mortalité des forçats.
Marins, ouvriers et soldats. Forçats.
De 1800 à 1808, 1 décès sur 19,11 guérisons; 8,62 guérisons. De 1810 à 1819, 1 décès sur 27,19 guérisons; 17,70 guérisons. De 1820 à 1825, 1 décès sur 40,35 guérisons; 13,78 guérisons.
On a remarqué que le suicide est rare parmi les forçats. Un relevé du bagne de Brest n'a constaté que 11 suicides de 1829 à 1839 : c'est moins de 1 par an. L'influence et l'utilité des bagnes seront examinées à l'occasion du Système pénitentiaire.
Bibliographie. — Villermé, Note sur la mortalité -parmi les forçats du bagne de Rochefort (Annales d'hygiène, etc., 1831, t. VI, p. 13). — Chassinat, De la mortalité dans les bagnes, etc. (Annales d'hygiène, etc., t. XXXII, p. 220). — Lauvergne, Les forçats considérés sous le rapport physiologique, moral et intellectuel, in-8,1840.
BAINS. ■ — L'utilité de la vulgarisation des bains, au point de vue de l'hygiène publique, ne saurait être contestée. Non pas que l'on n'ait exagéré peut-être les avantages de quelques bains pris de temps en temps par des gens voués, par leur profession, leurs habitudes et leur pauvreté, à un oubli d'eux-mêmes aux conséquences duquel une pratique aussi rare ne saurait remédier ; peut-être a-t-on méconnu les inconvénients possibles de bains chauds prolongés, plutôt énervants que toniques, augmentant la susceptibilité du corps à l'égard des variations de température, pris sans précautions par des individus sans cesse obligés de réagir contre les mauvaises conditions que les privations, certains travaux et une mauvaise hygiène, entretiennent autour d'eux.
Cependant on ne saurait nier qu'à un point de vue très général, il ne soit conforme, et aux principes de l'hygiène et aux progrès bien entendus de la société, de populariser l'usage des bains et de les mettre à la portée du plus grand nombre d'individus possible. Il est d'ailleurs plusieurs professions dont nous parlerons tout à l'heure, et dont l'exercice exige impérieusement l'emploi fréquent de bains et de lotions, afin de prévenir les dangers du contact prolongé de certaines substances nuisibles.
Des progrès incontestables ont été déjà réalisés sous ce rapport. Si les bains n'ont pas encore été mis à la portée de la plus grande partie de la population pauvre des villes, cependant leur usage est devenu facile et habituel pour toute la bourgeoisie, et pour la partie la plus aisée et la plus intelligente, disons aussi la plus rangée de la classe ouvrière.
En 1816, on pouvait compter 500 baignoires publiques dans les différents quartiers de Paris; mais de 1817 à 1831, les eaux du canal de l'Ourcq ayant été livrées à la consommation, on en vit le chiffre s'élever considérablement. En 1831, il existait 2374 baignoires fixes, et 1059 pour bains à domicile, plus 335 sur bateaux : ce qui faisait en tout 3768 baignoires. En 1852, sans compter les hôpitaux, 5958 baignoires dont &064 sur place : on distribuait annuellement, en ne comptant pas les quatre grands établissements du pont Marie, du Pont-Neuf et du pont National, 1818500 bains, pour lesquels il est concédé en moyenne une quantité de 18185 hectolitres d'eau de Seine, de Grenelle et de l'Ourcq. M. Husson ajoute pour les quatre établissements de bains chauds situés sur la rivière, 350 000 bains ; pour les hôpitaux et hospices qui ont un service externe de bains 109900; et pour les 21 établissements de bains froids sur la Seine et sur le canal Saint-Martin, 500 000 ; ce qui porte à 2778 400 le nombre de bains chauds et froids pris annuellement à Paris.
Cependant il est un grand nombre de personnes pour la bourse ou pour les habitudes desquelles les bains sont encore demeurés inaccessibles. Une carte dressée au ministère de l'agriculture et du commerce démontre que les établissements de. bains sont groupés dans les quartiers les plus riches de Paris, tandis que les lavoirs et les buanderies sont placés dans les quartiers les plus pauvres.
Le prix des bains s'est cependant fort abaissé à Paris : de 1 franc qu'ils coûtaient, il y a quelques années encore, ils sont descendus à 75 centimes; en général, 60 et môme 45 centimes par abonnement, plus de moitié moins qu'au xme siècle.
Mais les progrès accomplis ne sont qu'une raison d'en exiger d'autres. L'Angleterre, fort arriérée jusque-là, puisque le prix des bains s'y était maintenu entre 4 et 5 francs, a pris, il y a quelques années, l'initiative des bains à prix réduit pour la classe ouvrière. Nous ne devons laisser perdre ni l'exemple qu'elle nous a donné, ni les expériences qu'elle a faites. C'est dans ce double objet que M. Dumas, ministre de l'agriculture et du commerce, après avoir nommé, le 6 novembre 1849, une commission chargée de recueillir en France et à l'étranger tous les documents relatifs aux moyens de créer dans les grands centres de population des bains et lavoirs publics, avait présenté à l'Assemblée législative, le 31 mai 1850, un projet de loi portant une demande de crédit de 600 000 francs, pour encourager dans les grandes villes la création d'établissements modèles pour les bains et lavoirs à prix réduit. On remarque, en effet, que l'étude des bains et des lavoirs, que nous sommes obligé de scinder ici en deux articles, a toujours été abordée simultanément.
C'est en 1842 que le premier établissement de bains publics fut
fondé à Liverpool : un grand nombre de villes industrielles suivirent cet exemple, et en août 1846 et juillet 1847, une loi fut adoptée par le parlement pour autoriser les paroisses à emprunter pour fonder des établissements de ce genre.
Les bains , en Angleterre , sont généralement divisés en deux classes :
Première classe. . (£** 20 centimes.
(Chaud 40
Deuxième classe. . \ . ' nn
(Chaud 20
Ces établissements ont été promptement fréquentés par la classe ouvrière; car une seule administration donne plus de 100 000 bains par an.
Dans l'établissement à'Faston square, créé par une association particulière, il y a 49 cabinets de bains de lre et de 2e classe; 2 bassins de natation : l'un de lre, l'autre de 2e classe; plus un lavoir.
Dans l'établissement, dit modèle, de Goulston square, les cabinets de bains, séparés par un mur d'environ 2 mètres de haut, contiennent chacun une baignoire, une chaise et une glace. La baignoire est de fonte, recouverte d'un émail blanc, ayant plus de 60 centimètres de large et 60 centimètres de profondeur. Il est accordé à chaque baigneur de 182 à 227 litres d'eau pure, chaude ou froide, ne servant qu'une fois, et deux serviettes pour la lre classe, une pour la 2e. L'établissement comprend en outre 6 bains de vapeur et 12 bains à douche.
Il ne paraît pas que la plupart des établissements de Londres soient encore parvenus à égaliser leurs recettes avec leurs dépenses; mais il faut dire qu'il y a peu d'années qu'ils fonctionnent, et que quelques-uns d'entre eux sont construits avec un luxe inutile. Cependant, des deux que nous avons désignés plus haut, le premier réalise déjà quelques bénéfices, et le second paraît devoir être, dans peu de temps, dans des conditions aussi avantageuses.
Il n'avait été fait jusqu'à ces derniers temps, en France, rien de semblable à ce qu'ont créé, en Angleterre, les souscriptions particulières et les paroisses. Cependant il y a déjà longtemps que M. Chevallier a signalé les avantages que l'on pourrait tirer, pour créer économiquement des établissements de bains, de l'emploi de Veau perdue des machines à vapeur. Il est à regretter, disait-il, que dans une ville comme Paris, où il existe un grand nombre d'indigents, on n'ait pas encore utilisé les eaux chaudes en les réunissant dans des bassins, où la classe malheureuse pourrait prendre ce qui lui serait
nécessaire pour le lavage de son linge, pour des bains et pour tous les usages domestiques.
En effet, l'État, la ville, l'industrie privée, possèdent, dans l'intérieur de Paris, des machines à vapeur dont l'eau de condensation descend aux égouts, emportant avec elle une température moyenne de -f- 30 degrés, qui n'est point utilisée et qui pourrait l'être. La seule machine à vapeur de Chaillot fournirait un volume de 200 hectolitres par jour, ce qui permettrait de délivrer 700 bains. Rien n'empêcherait même de porter ces eaux à distance ; car il résulte d'expériences faites, en 1849,. sur les conduites alimentées par les eaux chaudes du puits artésien de Grenelle, que le refroidissement de l'eau en mouvement, dans des tuyaux posés sans aucune espèce de soin en terre, n'est que de 1°,3 environ pour chaque 500 mètres de parcours, et qu'en maintenant le liquide au repos pendant huit heures, au moyen de la fermeture de robinets placés aux extrémités de la conduite, le refroidissement n'a été, dans les points où l'on a cherché à en déterminer la loi, que de 1°,70 en huit heures.
Du reste, il est à notre connaissance que, dans un grand nombre de nos villes industrielles, d'honorables chefs d'usines ont utilisé de cette façon les eaux de condensation de leurs machines à vapeur en établissant des baignoires dont ils laissent la disposition à leurs ouvriers. C'est là un exemple qui mérite d'être cité.
Le prix de revient des bains dans le centre de Paris, en tenant compte du chauffage, du personnel, des loyers et impositions, des eaux et des frais généraux, est d'environ Ul centimes. A la Salpêtrière, où il n'y a à comprendre ni loyer, ni personnel, les frais de chauffage et d'entretien du matériel sont de 20 centimes.
M. Darcy propose d'instituer, dans les établissements de bains, des classes différentes, comme il existe des places différentes dans les chemins de fer. Il suppose que, la ville concédant l'eau gratuitement pour la classe inférieure seulement, et les frais, soit de luxe d'établissement, soit de personnel, étant relativement beaucoup moindres (puisque, quelle que soit l'importance d'un établissement, un chauffeur et un receveur suffisent également), le prix de revient des bains pourrait, de kl centimes, descendre à 22 centimes. Que si l'on usait de l'eau chaude que peuvent fournir les usines, cette économie nouvelle permettrait de réduire à 12 centimes le prix de revient des bains destinés à la classe pauvre.
Le projet dû à la libérale initiative du gouvernement, et destiné à doter notre pays d'une institution bienfaisante au double point de vue de l'assistance et de l'hygiène, reçut la sanction des pouvoirs publics; et nous devons reproduire ici la loi du 3 février 1851, relative à la création d'établissements modèles de bains et lavoirs pu-
blics; nous y joignons la circulaire ministérielle qui a eu pour objet d'assurer l'exécution de cette Toi. La confiance du ministre à qui étaient confiés les intérêts de la santé publique nous a appelé à faire partie de la commission constituée en vertu de l'article 2 de la loi. Nous avons pu, en appréciant le bien qui aurait pu résulter de l'institution projetée, regretter que les communes n'aient pas répondu en plus grand nombre à l'appel qui leur avait été fait, et que leur inertie ait presque partout paralysé les intentions libérales du législateur.
LOI RELATIVE A LA CRÉATION D'ÉTABLISSEMENTS MODÈLES DE BAINS ET LAVOIRS PUBLICS.
Article 1er. Il est ouvert au ministère de l'agriculture et du commerce, sur l'exercice 1851, un crédit extraordinaire de six cent mille francs (600 000 jfr.-Jj pour encourager, dans des communes qui en feront la demande, la création d'établissements modèles pour bains et lavoirs publics gratuits ou à prix réduits.
Art. 2. Les communes qui voudront obtenir une subvention de l'État devront: 1° prendre l'engagement de pourvoir, jusqu'à concurrence des deux tiers au moins, au montant delà dépense totale; 2° soumettre préalablement au. ministre de l'agriculture et du commerce les plans et devis des établissements qu'elles se proposent de créer, ainsi que les tarifs, tant pour les bains que pour les lavoirs.
Le ministre statuera sur les demandes, et déterminera la quotité et la forme de la subvention, après avoir pris l'avis d'une commission gratuite nommée par lui.
Chaque commune ne pourra recevoir de subvention que pour un établissement, et chaque subvention ne pourra excéder vingt mille francs (20 000 fr.J.
Art. 3. Les dispositions de la présente loi seront applicables, sur l'avis conforme du conseil municipal, aux bureaux de bienfaisance et autres établissements reconnus comme établissements d'utilité publique qui satisferaient aux conditions énoncées dans les articles précédents.
Art. U. Au commencement de l'année 1852, le ministre du commerce publiera un compte rendu de l'exécution de la présente loi et de la répartition du crédit ou de la partie du crédit dont l'emploi aura été décidé dans le courant de. l'année 1851.
CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE DU 26 FÉVRIER 1851, RELATIVE A L'EXÉCUTION DE LA LOI SUR LES BAINS ET LAVOIRS PUBLICS.
Monsieur le préfet, un crédit extraordinaire de 600 000 francs est mis, par la loi du 3 février dernier, à la disposition de mon ministère pour encourager la création d'établissements modèles de bains et lavoirs publics, gratuits ou à prix réduits.
Cette loi est une nouvelle preuve de la sollicitude du gouvernement en faveur des classes laborieuses ; aussi suis-je assuré à l'avance de l'empressement que vous mettrez à inviter les communes, les bureaux de bienfaisance ou autres
établissements reconnus comme établissements d'utilité publique, à satisfaire aux conditions de la loi pour obtenir une part du crédit de 600 000 francs.
Il importe, monsieur le préfet, de donner à la loi nouvelle la plus grande publicité possible. Je vous recommande donc de prendre immédiatement les mesures nécessaires à cet effet : je vous engage à ne point vous borner à la faire insérer dans le recueil des actes administratifs de votre préfecture ; je désire que vous la fassiez publier par voie d'afficlies, surtout dans les grands centres de population. Vous devrez vous appliquer, d'ailleurs, à bien faire comprendre aux autorités locales l'esprit dans lequel elle a été conçue, le but important qu'il s'agit d'atteindre et les moyens à l'aide desquels on y est déjà parvenu dans un pays voisin.
Pour vous faciliter cette tâcbe, j'ai l'honneur de vous adresser, avec un exemplaire de la loi, un volume dans lequel mon prédécesseur, M. Dumas, a fait recueillir les documents les plus importants que l'administration possède sur cette matière ; vous y trouverez l'exposé des motifs de la loi, et ce document vous mettra à même de vous pénétrer des considérations de divers ordres qui en recommandent l'objet à la sollicitude de tous les gens de bien. 11 y a toutefois, dans cet exposé, un point qui a cessé d'être d'accord avec l'esprit de la .loi votée. Dans la pensée du gouvernement", la création d'établissements modèles de bains et lavoirs ne devait avoir lieu que dans les villes les plus populeuses. L'Assemblée nationale n'a pas partagé cette manière de voir; elle a voulu que les plus .petites communes pussent être appelées à participer à la subvention que la loi permet d'accorder, si elles consentaient à s'imposer les sacrifices nécessaires. Vous ne devrez donc pas vous borner à signaler aux autorités des grandes villes les bienfaits que la loi a pour but de procurer aux populations ; il doit demeurer ]bien entendu que les communes rurales, comme les communes urbaines, peuvent se mettre sur les rangs et présenter leurs projets.
Le volume que je vous transmets contient, en outre, les principaux rapports qui ont été présentés à la commission que mon prédécesseur avait instituée, au mois de novembre 1849, par ordre de M. le Président de la République, pour étudier les moyens de doter notre pays d'établissements de bains et lavoirs pouvant rivaliser avec ceux que possède la Grande-Bretagne. Il renferme également les rapports parvenus à mon administration sur les établissements fondés en Angleterre, ainsi que les plans des principaux d'entre eux. Ces différents documents vous permettront de fournir aux autorités locales ou aux architectes chargés de l'étude des projets des éclaircissements d'une grande utilité, notamment sur les tarifs, les dispositions les plus convenables à adopter pour les constructions, l'établissement des appareils d'essorage et de séchage, les mesures de police intérieure, etc.
La loi a indiqué les formalités particulières que les communes qui voudront obtenir une subvention de l'État auront à remplir* Elles devront :
1° Prendre l'engagement de pourvoir, jusqu'à concurrence des deux tiers ad moins, au montant de la dépense totale ;
2° Soumettre préalablement au ministre de l'agriculture et du commerce les plans et devis des établissements qu'elles se proposent de créer, ainsi que les tarifs, tant pour les bains que pour les lavoirs-
La commune devra justifier, d'ailleurs, par la production de son budget, qu'elle est dans une situation financière qui ne lui permet pas de se charger de la totalité de la dépense ; il conviendra, de plus, que le Conseil d'hygiène publique et de salubrité de l'arrondissement soit toujours appelé à donner son avis sur les projets présentés.
C'est seulement lorsque ces formalités essentielles auront été remplies qu'il me sera possible de prendre l'avis de la commission que je suis tenu de consulter, aux termes de la loi, avant de statuer sur les demandes et de déterminer la quotité et la forme de la subvention unique que la même commune pourra recevoir, et qui ne pourra excéder 20 000 francs.
Vous pouvez être assuré, monsieur le préfet, que je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour que, en ce qui me concerne, les demandes soient examinées avec la plus grande diligence ; mais, bien que mon ministère soit chargé de la distribution du crédit, il ne sera pas le seul, dans bien des cas, à concourir à l'exécution de la loi. Les communes devant faire les deux tiers au moins de la dépense, les demandes de subvention pourront se rattacher souvent à des projets qui se compliqueront de questions d'emprunts, d'acquisitions de terrains et autres analogues, et l'intervention du ministre de l'intérieur, celle même du conseil d'État, pourront devenir indispensables. Il conviendra, néanmoins, que mon département reçoive d'abord toutes les pièces de l'instruction, sauf à renvoyer au ministère de l'intérieur celles qui le concerneraient, lorsqu'il aura été statué sur la valeur des projets et l'opportunité d'accorder une subvention. Je me réserve de demander à mon collègue, M. Waïsse, de vouloir bien faire examiner d'urgence toutes les affaires communales qui se rattacheront à la création d'établissements modèles de bains et lavoirs. Je vous recommande de veiller de votre côté, monsieur le préfet, avec une attention toute particulière, à ce que les demandes que vous aurez ù me transmettre soient instruites d'une manière complète, sur tous les points sur lesquels l'administration centrale aura à prendre une décision. ,
Parmi les communes où. la création d'un établissement modèle de bains et lavoirs publics présentera un caractère particulier d'utilité, il pourra s'en trouver qui ne seront pas en état de s'imposer les sacrifices nécessaires pour avoir droit à une subvention. La loi a prévu cette éventualité, en admettant les bureaux de bienfaisance et autres établissements reconnus comme établissements d'utilité publique à participer aux bénéfices de ses dispositions, aux mêmes conditions que les communes elles-mêmes, pourvu que le conseil municipal y donne son consentement. J'écris à M. le ministre de l'intérieur pour appeler son attention sur cette disposition, et pour lui demander de vouloir bien transmettre, en ce qui le concerne, les instructions qui pourraient en faciliter l'exécution.
La disposition que je viens de rappeler ne préjudicie en rien, d'ailleurs, au droit que possèdent les communes de concéder, pour un temps plus ou moins long, à une compagnie particulière formée, soit dans un but industriel, soit dans un but de pure bienfaisance et au moyen de dons volontaires, la création des établissements dont il s'agit, comme elle pourrait le faire pour l'établissement d'une halle ou d'un abattoir ; et, dans ce cas, les communes pourront seconder de plusieurs manières l'action de l'industrie privée ou des associations charitables : tantôt par des concessions d'eau gratuites, tantôt en fournissant les
terrains sur lesquels les bains et lavoirs seraient construits, ou en ajoutant une subvention à celle qui serait accordée par l'État, ou bien encore par la garantie d'un minimum d'intérêt.
Dans les villes industrielles, il sera bon de rechercher quel parti on pourrait tirer des eaux de condensation provenant des machines à vapeur. Vous verrez, par un des documents contenus dans le recueil que je vous envoie, comment un ingénieur habile, soutenu par les seuls efforts de la charité privée, a su mettre à profit ces eaux de condensation, pour créer, dans la ville de Rouen, un établissement qui a déjà rendu d'importants services à une partie de la classe pauvre de cette cité populeuse. C'est un exemple que vous ne devrez par manquer de signaler à l'attention des autorités des Communes où il pourrait être imité, et je ne doute pas que les chefs d'industrie ne se montrent partout disposés à faciliter de tout leur pouvoir la réalisation ^des vues bienfaisantes de la loi.
Sur tous les points où cela pourra vous paraître utile, n'hésitez pas à créer des commissions locales pour provoquer des souscriptions, et s'associer ainsi à l'intervention du gouvernement et aux sacrifices des communes. Vous n'ignorez pas que, lorsqu'un appel est fait par l'autorité ou par des associations charitables, dans l'intérêt d'une création utile, cet appel est presque toujours entendu. Ne craignez donc pas de recourir à tous les dévouements ; le concours de la bienfaisance et de la charité, lorsqu'il s'agit de réaliser une pensée profondément philanthropique, ne saurait vous manquer.
Je termine, monsieur le préfet, en vous recommandant de me tenir exactement informé de la suite que vous aurez donnée à ces instructions. Je vous promets, de mon côté, d'accorder une attention suivie aux communications et aux demandes que vous auriez à m'adresser. Il importe, en effet, de ne pas perdre de vue que mon département ne peut disposer du crédit dont il s'agit que pendant l'année 1851. Signé SCHNEIDER.
Nous n'avons pas à entrer ici dans les détails relatifs à l'action physiologique des bains et au meilleur usage qu'il y aurait à en faire, étude qui rentrerait dans le domaine de l'hygiène privée. Nous reviendrons seulement sur une remarque déjà faite, que certaines professions exigent impérieusement l'usage fréquent de bains, soit à cause de la nature chimique des substances qui sont mises journellement en contact avec la peau, et qui exposent, en y demeurant attachées, à une absorption incessante de principes nuisibles, soit simplement pour entretenir la propreté et le libre exercice des fonctions de la surface cutanée, que l'adhérence de substances grasses et malpropres peut irriter ou entraver dans sa perspiration. Nous signalerons à ce sujet les professions suivantes : amidonniers, ouvriers travaillant le blanc de plomb, le massicot et le minium; chapeliers, couverturiers, hongroyeurs, mégissiers , teinturiers, ouvriers employés à l'étamage des glaces ou à la fabrication du noir animal, etc.
Les établissements de bains publics appellent l'attention et la surveillance de l'autorité au double point de vue de la sécurité du public
et de la salubrité. Le Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine a
donné à cet égard des préceptes qu'il est utile de consigner ici.
Bains chauds. — Donner aux cabinets les dimensions suivantes : 1 mètre 50 centimètres en largeur, 2 mètres en profondeur et en hauteur. Construire le robinet à eau chaude en ivoire, bois ou corne, de manière à ne jamais brûler la main, à pouvoir s'ouvrir et se fermer avec la plus grande facilité, et à ce que la tige obturatrice ne puisse en aucun cas se détacher du robinet. Placer la sonnette d'appel à la portée de la main. Donner aux portes la facilité de s'ouvrir des deux côtés (dehors et dedans). Établir un vasistas ou ventilateur à la partie supérieure du cabinet. Frapper de temps en temps à la porte des baigneurs jusqu'à ce qu'ils répondent.
Bains médicamenteux, sulfureux surtout. — Ne jamais permettre l'écoulement sur la voie publique d'eaux chargées de matières colorées ou odorantes.
Bains d' étuve ou de vapeurs. — Le baigneur ayant intérêt à prendre ses bains : 1° dans une étuve qui n'a pas été trop chauffée; 2° dans une étuve assez spacieuse pour pouvoir y respirer facilement malgré la présence de la vapeur dans l'air ambiant; 3° à recevoir dans l'étuve une vapeur qui soit à une température fort élevée , il faudra : 1° Que les étuves ne soient point en bois, car le bois s'échauffe et produit une raréfaction de l'air, telle que le bain de vapeurs se transforme en bain d'air chaud comme dans les boîtes à fumigation, et en a tous les inconvénients. La construction des étuves en bois procure une économie de vapeur et de combustible. Il faut les proscrire dans l'intérêt de l'hygiène. 2° Qu'elles n'aient pas moins de 10 mètres cubes d'air; cela représente une pièce de. 2 mètres carrés sur 2 mètres 50 centimètres de hauteur. 3° Qu'elles soient très éclairées et prennent jour par en haut, afin de pouvoir surveiller le malade malgré la vapeur qui remplit l'espace. h° Qu'à leur voûte existe un vasistas de U0 centimètres de diamètre, et dans l'intérieur de l'étuve un robinet à eau froide. 5° Enfin, une condition capitale est d'exiger une machine à vapeur, uniquement destinée au service des bains de vapeur, afin de ne jamais faire arriver dans l'étuve qu'une vapeur douce et graduée, et non brûlante et sujette aux variations déterminées par un service commun. Il y aura pour le service des bains un garçon spécial habitué à remplir ces fonctions. Dans l'intérieur de l'étuve et dans un endroit très apparent sera attaché un thermomètre centigrade à liquide coloré, qui ne devra jamais marquer plus de 50 degrés. Le baigneur ne sera jamais abandonné. L'eau froide sera à sa disposition, mais jamais le robinet de vapeur. Les bains de vapeur donnés en ville offrent parfois des dangers à cause des moyens de chauffage employés : les surveiller
attentivement ainsi, que les bains de fumigation dans des boites, dont la température trop élevée peut causer de graves accidents. — Les bains froids publics auront tous un règlement visé par l'administration. Enfin les établissements d'hydrothérapie devront être inspectés à l'égal des bains publics. (Voy. Cités ouvrières, Lavoirs.)
Bibliographie. — Dumas, Exposé des motifs du projet de loi des bains et lavoirs. — A. Pinède. Rapport adressé à M. le ministre de l'agriculture et du commerce sur les bains et lavoirs publics de l'Angleterre. Paris, 1849. — Acte pour encourager l'établissement de bains et de lavoirs publics, 9e et 10e du régne de ta reine Victoria, chapitre 74- Londres, août J846- — Acte modificatif du précédent. Londres, juillet 1847. — Premier rapport de M. Darcy, ingénieur en chef, directeur des ponts et chaussées, adressé à M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, 1849. — Conseils relatifs à la construction et à l'organisation des établissements à l'usage de bains et lavoirs publics, publiés par le comité formé dans le but de propager ce genre d'établissements pour l'usage des classes ouvrières, par George Woolcolt, secrétaire-adjoint du comité, 1850 (voy.. la bibliographie de l'article Lavoips publics). — Rapport de M. de Saint-Léger, ingénieur ai chef des mines, sur un établissement comprenant des bains et un lavoir publics situés a Roum, 4 849. — Rapport de M. de Saint-Léger, ingénieur en chef des mines, sur un voyage en Angleterre pour visiter des établissements de bains et lavoirs publics. Paris, 1850. — Journal des connaissances usuelles pratiques, par M. Chevallier, t. XIII. — Recherches sur Us établissements de bains publics à Paris, depuis le iv* siècle jusqu'à vos jours, par P. -S. Girard (Annales d'hygiène, etc., I. VII, p. 1). — Description d'une salle de bains présentant l'application des perfectionnements et des appareils accessoires convenables à ce genre de constructio?is. Paris, 1827. — Étud.es d'hygiène publique sur l' Angleterre , par M. Ostrowki (Annales d'hygiène, etc., t. XXXII, p. 1\ — De l'hygiène publique en Belgique, par M. Bussy. — Compte renelu du congrès général d'hygièn publique. Bruxelles, 1852. — Dictionnaire de l'industrie, t. M. ■ — Collection des rapports spéciaux du Conseil de salubrité de la Seine, par de Moléon, t. I. — Dictionnaire général des eaux minérales et d'hydrologie médicale, par MM. Durand-Fardel, E. Le Bret, J. Lefort. Paris, 1860, t. I, p. 191, art. Bain.
BALANCES (de cuivre). — A l'article Boulangerie, nous montrerons les dangers de l'usage des balances de cuivre destinées à peser certaines denrées, et nous indiquerons en même temps les moyens d'y remédier. (Voy. Boulangerie.)
BAIiA^AGE. — C'est sous Philippe- Auguste que l'on rencontre les premiers édits relatifs au nettoiement des rues de Paris. Depuis cette époque, un nombre infini de règlements et. d'ordonnances ont été rendus sur cette matière, mais leur nombre même et leur insistance montrent avec quelle difficulté les habitants de la ville se plièrent aux salutaires exigences de la police municipale. Tantôt c'étaient les habitants eux-mêmes qui étaient astreints au balayage et à l'enlèvement des immondices; tantôt l'administration se voyait forcée de se charger de cette branche de police, au moyen de taxes établies sur les maisons, mais dont la perception était à chaque
TARtilEU. — D1CT. D'HYG. f. t. 13
instant entravée par quelque événement, contagion ou troubles publics, misère des petits ou résistance des grands.
Sous Henri IV, le nettoiement des rues fut concédé à des entrepreneurs, mais ceux-ci ne pouvaient se faire payer ni des seigneurs, ni des communautés, et il fallut y renoncer. Paris était un véritable cloaque, dit l'auteur du Traité de la police. Mais la création de la charge de lieutenant de police vint changer cet ordre de choses. Toutes les parties de la voirie furent améliorées, y compris le nettoiement des rues. Taxes sur les propriétés et fermage du service du nettoiement de la ville, tel lut le système définitivement adopté.
On a proposé à plusieurs reprises, pour faciliter l'entretien des rues, d'ordonner aux habitants de conserver les ordures et autres immondices dans des paniers, tines ou baquets, jusqu'au passage des tombereaux chargés de les transporter hors de la ville. Cet usage des paniers, proposé une dernière fois en 1782, était depuis longtemps pratiqué en Angleterre, et avait été plusieurs fois prescrit à Paris (édit de François Ier du 28 janvier 1539, arrêt du parlement du 30 avril 1663) ; mais on ne voit pas qu'il ait jamais été donné suite à de telles prescriptions.
Dès le xne siècle, il existait à Paris des balayeurs. Ces places ne tardèrent pas à être très recherchées, même par des gens de qualité, qui prenaient le nom de placiers balayeurs des places et marchés. Ils percevaient un droit sur chaque espèce de marchandise qui s'y vendait, et faisaient faire leur service par des préposés. Mais ces balayeurs, placés sous la juridiction des prévôts de Paris, puis du lieutenant de police, ne servaient qu'au nettoiement des places et marchés, dont ils devaient enlever et transporter aux voiries les immondices, ainsi que les glaces et les neiges qui s'y amassaient l'hiver.
Depuis l'ordonnance du 13 décembre 1800, dont les principales dispositions furent prises dans l'arrêt du conseil du 30 avril 1663, et dans l'ordonnance du 8 novembre 1780, les préfets de police ont publié périodiquement des ordonnances sur le balayage des rues, et y ont successivement apporté toutes les modifications que réclamaient les agrandissements de la ville et les besoins de la popula* tion, au point de vue de la salubrité. Celle du 1er avril 1843, en particulier, contient sur le nettoiement et sur le transport des matières insalubres des dispositions qui forment en quelque sorte un code complet de nettoiement, et qui sont aujourd'hui prises pour modèle dans la plupart des grandes villes, non-seulement en France, mais à l'étranger.
Dans ces derniers temps, de nombreuses inventions ont eu pour objet de faciliter le nettoiement et le balayage des voies publiques.
L'Exposition universelle de 1855, à Paris, a réuni plusieurs modèles ingénieux de machines destinées à cet usage. L'une, due à un médecin, le docteur Colombe, consiste en une petite voiture à bras dont les roues font mouvoir à l'aide d'un engrenage un balai circulaire qui chasse les ordures dans une caisse ou récipient que l'on vide quand il est rempli. Une autre se composait d'un chariot de la forme et des dimensions d'un tombereau ordinaire, muni sous l'essieu d'un double rang de balais de bouleau et de palettes mobiles obliquement dirigé, mais sans récipient pour les immondices qui sont simplement refoulées sur le côté pour être enlevées ensuite; système incomplet et bien inférieur à celui où la balayeuse enlève à la fois les immondices. Mais la machine la mieux appropriée à son objet, et qui peut rendre des services réels à la salubrité, a été exposée par M. "YYhilworth (de Manchester). Elle consiste en une voiture élégante conduite par un cheval et dont les roues font mouvoir par un engrenage un système de balais analogue à un système de drague, et enlève les immondices jusque dans une large caisse qui a la capacité d'un tombereau ordinaire. Enfin nous citerons pour mémoire un appareil spécialement destiné à déblayer les routes et chemins obstrués par les neiges; lourd et volumineux traîneau terminé en avant par une proue très tranchante et muni de brancards pour les chevaux de trait.
Nous allons reproduire les principales dispositions du Titre premier, de I'Ordonmaece du 1er avril 18Zi3, concernant le balayage de la voie publique et le nettoiement des trottoirs, des ruisseaux, des devantures de boutiques, des grilles d'égouts et des abords des bâtiments en construction, ateliers ou chantiers de travaux.
Art. 1er. Les propriétaires ou locataires sont tenus de faire balayer complètement, chaque jour, sauf les cas prévus par l'art. 2 ci-après, la voie publique au devant de leurs maisons, boutiques, cours, jardins et autres emplacements.
Le balayage sera fait jusqu'aux ruisseaux, dans les rues à chaussée fendue.
Bans les rues à chaussée bombée et sur les quais, le balayage sera fait jusqu'au milieu de la chaussée.
Le balayage sera également fait sur les çontre-allées des boulevards jusqu'aux ruisseaux des chaussées.
Les boues ou immondices seront mis en tas ; ces tas devront être placés de la manière suivante, selon les localités, savoir :
Dans les rues sans trottoirs, entre les bornes ; dans les rues à trottoirs, le long des ruisseaux du côté de la chaussée, si la rue est à chaussée bombée ; et le long des trottoirs, si la rue est à chaussée fendue ; sur les boulevards, le long des ruisseaux delà chaussée, côté des contre-allées.
Dans tous les cas, les tas devront être placés à une distance d'au moins deux mètres des grilles et des bouches d'égouts.