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A une époque plus rapprochée de nous (1841), mais antérieure encore an projet qui nous occupe, M. Vallery, dans son ingénieux modèle de grenier mobile, bien connu de Philippe de Girard, qui en fait mention dans son mémoire, fait aussi passer un courant d'air au travers du blé qu'il emmagasine.
Ici encore t'hilippe de Girard s'est borné à suivre une route déjà frayée, sans y faire un pas de plus que ses devanciers.
Ainsi, et pour nous résumer, nous pouvons assurer, sans crainte de nous montrer injuste envers un homme qui a d'ailleurs de si nombreux et de si grands titres à la qualification d'inventeur, que le grenier de Philippe de Girard n'est rien autre chose qu'une combinaison, projetée en vue d'une application toute particulière, des procédés connus avant lui pour l'emmagasinage et la conservation des blés. Cette combinaison lui appartient, mais aucune partie du mécanisme qui la compose n'est sa propriété.
Cette conclusion nous dispenserait, à la ligueur, de l'examen comparatif du grenier de M. Henri Uuart, à qui le reproche a été adressé d'avoir emprunté, sans modifications notables, les principes et les procédés de Philippe de Girard. Mais l'importance qui s'attache au grand problème de la conservation des grains fait un devoir à l'Académie de ne laisser passer inaperçu aucun des efforts sérieusement tentés pour le résoudre.
Le grenier que M. lluart a construit à Cambrai est d'une contenance d'environ 10 000 hectolitres. Il est divisé en dix compartiments verticaux, recouverts d'un plancher commun et ayant chacun dans œuvre 10 mètres de hauteur, l\ mètres de longueur et 3 mètres de largeur.
Les parois de chaque compartiment sont formées par un coffrage horizontal de planches de sapins assemblées à rainures et languettes, et clouées sur des montants également de sapin, qui sont espacés d'un mètre. Pour résister à la poussée du grain, les montants opposés sont reliés deux à deux par des tirants de fer rond, au nombre de six. De la partie supérieure à la partie inférieure du grenier, l'espacement de ces tirants diminue progressivement, en même temps que leur force augmente jusqu'au diamètre de 25 millimètres.
Le fond du compartiment, formé par un coffrage semblable à celui des parois, est disposé suivant une double pente à Zi5 degrés, ets'appuiesur des poutrelles de sapin espacées d'environ 35 centimètres, qui reposent sur des semelles de chêne portées par un mur de maçonnerie. Il présente ainsi deux angles dièdres de 90 degrés, à la saillie desquels une ouverture de 5 centimètres de largeur est ménagée sur toute la longueur de l'arête, pour l'écoulement du grain. Des trappes, disposées entre chaque cours de poutrelles, s'ouvrent et se ferment à volonté pour donner ou arrêter l'écoulement.
Un conduit mobile, qui peut glisser au-dessous de chaque trappe, reçoit le grain à sa sortie du compartiment et le déverse dans un auget horizontal, parallèle aux arêtes du fond.
Le grain est mis en mouvement, dans cet auget, par une vis dont la spirale porte à chaque pas une petite palette qui le retourne, comme ferait un coup de pelle, et il est conduit par cette vis dans un petit réservoir, où il est reçu par les godets d'un élévateur juxtaposé à la paroi extérieure du compartiment. Cet élévateur consiste en une courroie sans lin, enroulée verticalement sur deux poulies, dont l'inférieure, recevant l'axe carré de la vis, en règle le mouvement,
TAHDIEII, DICT. n'nYG. T. I. 16
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et dont la supérieure est commandée par un arbre de couche longitudinal armé de poulies, qui, placé au-dessus des compartiments, est mû par une machine à vapeur disposée à l'étage supérieur du magasin.
Les godets de l'élévateur, après avoir transporté le grain au-dessus du compartiment dans lequel il était renfermé, le déversent, au moyen d'un conduit, sur le plan incliné d'un crible ventilateur mis en mouvement par l'élévateur luimême. Le grain y est rafraîchi et débarrassé de la poussière, des balles, des grenailles, des insectes, vers, aluriles et charançons qu'il contenait au moment de l'emmagasinage. Ainsi nettoyé, il glisse sur le plancher supérieur du compartiment, dans lequel il retombe en pluie par une fente étroite ménagée dans le plancher.
Le mouvement descensionnel du grain dans l'intérieur des compartiments s'opère par tranches verticales et par couches horizontales, de telle sorte qu'il suffit d'ouvrir successivement chacune des trappes disposées entre les poutrelles du fond pour que tout le blé emmagasiné ait été remué. Le travail des godets restant le même, on peut, en ouvrant une trappe seulement ou plusieurs trappes à la fois, c'est-à-dire en donnant le mouvement à une ou plusieurs tranches verticales de la masse du grain, accélérer ou retarder l'écoulement partiel, suivant que la qualité du blé le rend convenable. Cette considération a conduit M. Huart à négliger l'emploi plus simple, mais trop régulier, d'un mécanisme pour la manœuvre des trappes.
Pour régler le mouvement descensionnel et en assurer la continuité, M. Huart a rencontré de grandes difficultés, par suite du phénomène que nous avons rappelé tout à l'heure, et qu'il a rencontré dès ses premiers essais, lorsque, ayant d'abord disposé le fond de ses compartiments sous la forme d'une trémie présentant une ouverture unique et carrée, il remarqua qu'il ne s'opérait point de glissement sur les plans inclinés de cette trémie, et que le débit de l'orifice de sortie se bornant à rejeter sans cesse les mêmes grains que l'élévateur ramenait sans cesse au sommet, toute la masse du blé restait immobile.
Or, il fallait donner le mouvement à toute la masse, et c'est dans ce but que l'inventeur a substitué au fond de trémie la disposition ci-dessus décrite, qui fait écouler le grain par tranches verticales succcessives, ayant pour hauteur celle du compartiment et pour épaisseur l'intervalle compris entre deux poutrelles voisines. En outre, pour assurer le mouvement de chaque tranche sur toute sa longueur, M. Huart a divisé le fond du compartiment par plusieurs séries de diaphragmes inclinés à li5 degrés, dont les intervalles et les dimensions ont été calculés de manière à livrer simultanément passage, sur toute la longueur de la tranche, à une même quantité de grain qui s'écoule avec une vitesse rendue uniforme par l'égalité du frottement.
L'effet de cette disposition ingénieuse est de forcer la masse entière de la tranche à contribuer régulièrement au débit de l'orifice de sortie, en déterminant un mouvement général de descente qui entraîne le grain par couches horizontales. La régularité de ce mouvement peut être constatée au travers de lames de verre que M. Huart a disposéesdans le coffrage d'un des compartiments extrêmes de son magasin.
Le frottement continuel que la tranche en mouvement exerce contre la tranche voisine, contre les parois verticales du compartiment et contre les plans inclinés
du fond et des diaphragmes, celui que les diverses colonnes de la même tranche exercent les unes contre les autres en se présentant concurremment aux ouvertures des diaphragmes et à l'orifice de sortie, constituent un véritable brossage dont l'action rend plus efficaces encore le retournage du grain par la vis et son nettoyage par le crible.
Une machine à vapeur de la force de quatre chevaux donne le mouvement au système; un homme suffit à diriger et à surveiller le fonctionnement de ce mécanisme dont le jeu retourne, en moins de vingt-quatre heures, les 10 000 hectolitres emmagasinés.
On voit que, dans le grenier Huart, le mouvement et l'aérage sont continuels et énergiques. Le blé, s'écoulant par l'orifice de sortie, glissant par petites nappes dansl'augeî inférieur, conduit et retourné par la vis, reçu par l'élévateur, transporté par des godets au sommet du grenier et rejeté par eux sur le crible, rafraîchi et ventilé par ce crible et retombant en pluie sur le sommet du tas, est remué delà manière la plus complète, et tous les grains, sans exception, reçoivent à plusieurs reprises la salutaire influence des courants d'air.
Ces diverses opérations dégagent si parfaitement le blé des impuretés qui y étaient mêlées, qu'après un mois de séjour dans le grenier, il ne donne plus qu'un déchet de 0,50 pour 100 au nettoyage ordinaire de meunerie.
La dessiccation du grain s'opère, dans le grenier Huart, par le seul fonctionnement de la machine. Du blé emmagasiné hu nide y acquiert bientôt de la coriacité et de la souplesse, devient brillant, glissant à la main et sec à ce point, que M; Huart, qui est aussi meunier, se voit parfois obligé, pour lui rendre le degré d'humidité convenable à la mouture, de le soumettre à un jet de vapeur quelques heures avant de l'envoyer au moulin.
Après avoir vu fonctionner le magasin de M. Huart, à Cambrai ; après en avoir discuté le mérite et reconnu les avantages, la commission supérieure des subsistances militaires en a recommandé l'emploi au ministre de la guerre, dans les termes suivants :
« De quelque perfectionnement que le système de M. Huart soit encore susceptible, nous pensons qu'il réunit dès aujourd'hui, tel que l'inventeur le présente, toutes les conditions désirables pour la conservation des grains, à savoir :
» Économie d'établissement, faible dépense d'entretien, capacité considérable, mouvement périodique ou continu de toute la masse du grain, ventilation, nettoyage, entretien d'une température basse, dessiccation progressive et préservation des insectes et des animaux rongeurs.
» Nous sommes convaincus, par suite, que l'adoption du magasin Huart dans le service des subsistances militaires procurerait à l'administration de la guerre des avantages qu'elle a vainement cherché à réaliser jusqu'à ce jour. L'application de ce système lui permettrait désormais d'entretenir, sans déchet de conservation, sans frais extraordinaires, les approvisionnements de réserve qu'elle pourra former pendant les années d'abondance ; de centraliser le service de la manutention des grains dans quelques grandes places de l'intérieur ; de créer de vastes entrepôts dans nos principaux ports de l'Océan et de la Méditerranée ; de réunir enfin, au moment du besoin, sur tel point déterminé de notre territoire, toute la quantité de blé nécessaire à l'alimentation d'un rassemblement inopiné.
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« Enfin, et surtout, la nourri Une du soldat serait désormais assurée dans des conditions de salubrité qne notre système actuel d'emmagasinage n'a pas toujours permis de remplir, surtout lorsque l'administration, contrainte, au moment des disettes, à faire des achats considérables sur les marchés étrangers, a dû entasser dans ses greniers des blés de toute provenance et d'une conservation difficile. »
Le ministre de la guerre a accueilli les propositions de la commission, et il a décidé, au mois de juillet dernier, qu'un grenier du système Huart, de la capacité de 20,000 hectolitres environ, serait établi dans les magasins du quai de Billy. Ce grenier est aujourd'hui terminé, et il fonctionne depuis plus d'un mois; les résultats de l'expérience ont justifié jusqu'à ce jour les espérances de l'administration (1).
La description que nous venons de donner des greniers de M. Huart suffira sans doute à l'Académie pour lui permettre de reconnaîre que leur seul rapport avec les greniers de Philippe de Girard consiste dans le principe de l'emmagasinement par grandes masses, avec mouvement etaérage. Ce principe n'est la propriété ni de celui-ci, ni de celui-là, il est dans le domaine public depuis un siècle*
Quant aux procédés mis en œuvre pour le remuage et la ventilation, ils diffèrent de la manière la plus notable dans les deux systèmes.
M. Huart, en négligeant de s'astreindre à la condition de renfermer la manutention dans l'intérieur des silos, condition que la surveillance des grands établissements publics rend superflue, a résolu d'une manière ingénieuse le problème de l'écoulement régulier du grain ; tandis que Philippe de Girard, en négligeant de résoudre cette difficulté, qu'il ne paraît pas même avoir soupçonnée, a probablement manqué le but qu'il se proposait d'atteindre. Si M. Huart emprunte, comme son prédécesseur, le mécanisme du chapelet, c'est dans des conditions différentes, car cet appareil n'a guère dans son système que le rôle d'élévateur, le remuage du grain étant opéré par d'autres mécanismes; tandis qu'il remplit à lui seul celui d'agitateur dans le système de Philippe de Girard. Enfin, le mode d'aérage en vase clos de Philippe de Girard ne trouve aucune application dans le grenier de M. Huart, qui ventile, à l'air libre, le blé retiré des silos.
Sans nous immiscer dans une question de propriété, qui est du ressort des tribunaux, et nous bornant à l'examen que nous venons de faire des dispositifs et appareils proposés jusqu'à ce jour pour la conservation des blés, nous croyons devoir déclarer qne celui de M. Huart est supérieur à tous les autres, et qu'à lui
(1) Vers 1848, un système de grenier fondé sur les mêmes principes avait été proposé à l'administration de la guerre par M. Garnot, employé des subsistances militaires en Algérie.
Le coffre-magasin de M. Garnot est un silo extérieur terminé par un fond de trémie. Le blé s'écoulant par l'ouverture de la trémie, est reçu par les godets d'un élévateur juxtaposé au silo, qui élèvent le grain et le rejettent sur un crible, d'où il retombe sur le tas.
Pour aérer le blé, M. Garnot propose de ménager dans le silo « des traverses ayantu la forme de toits, et destinées à proléger les courants d'air intérieurs que l'on obtient! en pratiquant des ouvertures dans les parois aux extrémités de chacune des traverses. »
On voit que le procédé de remuage de M. Garnot est à peu près le même que celui!1 de Philippe de Girard, et donne lieu aux mêmes critiques. Quant à son procédé d'aérage, il serait, sans nid doute, complètement inefficace.
revient l'honneur d'avoir le mieux résolu jusqu'à ce jour cetle question importante.
Si parmi les nombreux problèmes que s'est proposés Philippe de Girard, et dont il n'a pas toujours poursuivi la solulion jusqu'au succès, il en est quelquesuns qui ont été plus heureusement abordés et résolus par d'autres, sa mémoire ne saurait en souffrir, et il a rendu d'assez grands services à l'industrie pour que sa place soit toujours marquée au premier rang des inventeurs utiles.
Les conclusions de ce rapport sont adoptées.
La carie attaque le blé sur pied ; et comme elle est très contagieuse, les grains sains auxquels elle s'attache la transmettent inévitablement à la récolte suivante. Le grain carié est un peu plus petit qu'à l'ordinaire, légèrement ridé, un peu grisâtre, et rempli d'une poudre noire,
; fétide, qui ne paraît pas à l'extérieur pendant la végétation du froment. C'est cette poudre qui s'attache aux grains sains et leur com-
■ inunique la faculté de transmettre la maladie. Lorsqu'elle est abon-
i dante, elle communique à la farine une odeur désagréable, et paraît la rendre malsaine. On ne peut s'opposer au développement de la carie dans le blé sur pied; mais tous les efforts doivent tendre
là débarrasser les grains sains de la poussière contagieuse qui a pu s'y attacher et qui menace d'infecter la récolte suivante. Le moyen auquel on a recours consiste à soumettre le grain à l'action d'une substance propre àaltérer la poussière de la carie, sans nuire au grain lui-môme :
j c'est cette opération qu'on a appelée chaulage.
Quant à la conservation des blés récemment coupés, des instructions dont nous allons donner le texte sont publiées par les soins du
, ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics.
« Il convient de signaler d'abord le procédé que M. Mathieu de Dombasle indique. Dans les étés excessivement pluvieux qui se sont succédé de 1828 à 1831, je me suis très bien trouvé de l'adoption d'une méthode usitée dans quelques cantons de la Normandie, et
i qui consiste à mettre le blé, après le faucillage, en meulons ou moyettes, et j'ai reconnu que, dans toutes les circonstances, le grain y acquiert une qualité supérieure à celle du blé qui a été traité
1 autrement. J'ai' continué, depuis cette époque, à faire mettre en meulons presque tous mes blés. Cette méthode convient également
• à l'orge, et je ne pense pas qu'il existe aucun moyen aussi assuré de sauver cette récolte de toute avarie dans les saisons pluvieuses.
' Ces meulons se font de la manière suivante :
» On place sur un endroit sec et élevé des champs une javelle
1 que l'on replie sur elle-même vers le milieu de la longueur de la paille, en sorte que les épis ne posent pas à terre, mais viennent s'appuyer sur l'extrémité opposée de la javelle. Un homme, auquel
cinq ou six femmes apportent successivement les javelles, construit le meulon en les plaçant cireulairement autour de la javelle repliée, tous les épis dirigés au centre et reposant sur cette javelle ; en sorte que le meulou a pour diamètre deux fois la longueur des tiges du froment (1). Sur le premier rang des javelles, il en pose un second placé de môme, et continue ainsi, en maintenant d'aplomb les parois circulaires du meulon, jusqu'à ce que celui-ci soit parvenu à la hauteur d'environ un mètre. Tous les épis étant réunis au centre, ce point se trouve plus élevé que le pourtour, circonstance fort essentielle, parce que tous les brins de paille ayant ainsi une pente vers le dehors du meulon, l'eau qui pouffait s'y insinuer tend toujours à s'écouler au dehors. Lorsque le meulon est arrivé à cette hauteur, on continue à l'élever de même, mais en croisant toujours un peu plus les épis au centre, ce qui diminue graduellement le diamètre du meulon. Lorsque celui-ci est arrivé à la hauteur de 1 mètre 65 centimètres environ , le centre se trouve fortement bombé et en forme de cône ; on le couvre alors d'une gerbe liée près de son extrémité inférieure, en la renversant sur le sommet du cône, et l'on arrange avec soin les épis tout autour, afin que toute la surface du cône soit également couverte. Lorsque les grains ne contiennent pas beaucoup d'herbes vertes, et qu'ils ne sont pas mouillés au moment où on les faucille, on peut les mettre en meulons immédiatement après qu'ils ont été coupés, quoique la coupe ait été faite avant une complète maturité, comme je l'ai dit tout àjfe l'heure. Dans le cas contraire, il faut attendre qu'ils soient passablement ressuyés ou que l'herbe soit du moins amortie ; mais on peut toujours mettre le grain en menions beaucoup avant l'instant où il serait possible de le serrer dans les granges, ou même de le lier en gerbes. Une fois qu'il est en meulons, il peut y rester huit à quinze jours, ou même davantage, jusqu'à ce que le temps et les autres travaux permettent de s'occuper de le rentrer; il n'y souffre aucune intempérie, la maturité du grain s'achève très bien, celui-ci prend une très belle qualité. »
(1) A Roville, on employait aussi pour la confection du meulon, suivant ce que rapporte M. Antoine dans la Maison rustique du XIX'' siècle, la méthode suivante :
« Après avoir aplani grossièrement le sol en le foulant aux pieds, on dépose triangulairement trois javelles disposées de manière que les épis ne touchent pas le sol. Sur cette première base on place cireulairement un rang de javelles, les épis convergeant vers le centre et se touchant en ce point. On continue à disposer pareillement plusieurs lits successifs, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à une hauteur de 1 mètre 33 centimètres environ. Alors les couches de grains se placent de manière que les épis se croisent au centre, ce qui ne tarde pas à élever ce point au-dessus de tous les autres. La paille prend une inclinaison de haut en bas comme un toil> disposition qui facilite l'écoulement des eaux pluviales. »
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M. Crepet, propriétaire du département de la Seine-Inférieure, a rappelé dernièrement un procédé constamment employé, depuis 1816, par la plupart des cultivateurs de ce département et de celui de l'Eure, dans le môme but, et qu'il décrit ainsi :
« A mesure que le blé est coupé, prendre successivement, en plusieurs brassées, une quantité de tiges équivalente à cinq ou six gerbes du poids de 15 kilogrammes ou environ; les mettre debout, les lier au-dessous de l'épi avec quatre ou cinq autres tiges, ensuite; enfin les couvrir d'un chapeau formé de deux autres brassées, appliquées l'épi en bas, et qu'on assujettira avec un second lien plus fort et plus long que le premier.
» A l'aide de ces précautions, qui ont du rapport avec ce qui se pratique pour le chanvre, la pluie ne fera que glisser le long des tiges ; et alors même qu'elle aurait duré deux ou trois semaines, on pourra profiter du premier jour de beau temps pour mettre en gerbes, sans autre dommage qu'une légère altération peut-être de la paille, à la circonférence du chapeau.
» Ce procédé, qu'il serait si important de voir se propager, a depuis longtemps remplacé l'usage des javelles dans le département de la Seine-Inférieure. Il n'exige guère plus de main-d'œuvre, dans le cas même où un temps favorable permettrait de la négliger, et il en peut coûter beaucoup moins si un temps contraire mettait les cultivateurs dans l'obligation de tourner et retourner les javelles ; il a d'ailleurs l'avantage de rendre la dépense de main-d'œuvre certainement utile, tandis que les javelles, quoique tournées et retournées, n'offrent plus, après plusieurs jours d'un temps humide , que du grain et de la paille avariés.
» Une expérience de plus de trente années a fait reconnaître :
» 1° Que le blé destiné à être mis en villottes (tel est le nom donné, dans la Seine-Inférieure, à la petite meule que nous avons essayé de décrire) peut être coupé avant son entière maturité ; qu'une fois dans cette position, il achève de mûrir et profite encore dans une proportion plus remarquable que le blé resté en javelles;
» 2° Que sa couleur plus belle lui fait donner la préférence dans les marchés, et lui assure un prix plus élevé de deux francs au moins par sac de 200 kilogrammes (deux hectolitres et demi);
# 3° Que la villotte, dans les localités où elle est en usage, a procuré une plus grande valeur aux récoltes sur pied, par cela seul qu'elle garantit à l'acheteur la conservation de ce qui lui a été vendu ;
» Et W que, grâce à ce procédé, le grain s'échappe moins facilement de l'épi, et qu'il est en outre à l'abri des atteintes de la grêle.
» Les cultivateurs qui ont adopté cet usage s'en sont si bien trouvés, qu'ils l'ont étendu à la récolte des seigles et des avoines.
et qu'ils le pratiquent môme alors que l'état de l'atmosphère leur inspire le plus de sécurité (1). » '
Enfin M. de Dombasle, dans son Calendrier du bon cultivateur, indique encore, mais pour les céréales après leur mise en gerbes, un. autre moyen de conservation qui lui paraît offrir des avantages :
« Lorsqu'on ne peut, dit-il, charrier immédiatement les gerbes liées, le moyen le plus efficace de les préserver du mauvais temps consiste à les disposer en croix, que l'on construit de la manière suivante. On place sur une partie élevée du billon deux gerbes opposées l'une à l'autre et disposées en ligne droite, de manière que les épis de l'une des deux couvrent ceux de l'autre. On place ensuite deux autres gerbes disposées de même, mais formant un angle droit ou une croix sur le milieu des premières : ces quatre gerbes ont ainsi leurs épis réunis au centre de la croix. On place ensuite deux autres gerbes couchées verticalement au-dessus des deux premières, puis deux autres au-dessus des deux gerbes qui forment l'autre branche de la croix. On ajoute un troisième rang de quatre gerbes disposées de même, de manière que la croix se compose de douze gerbes superposées, trois par trois, les unes aux autres, et dont tous les épis sont réunis au centre, qui se trouve un peu plus élevé, de manière que les quatre gerbes du rang supérieur ont une légère inclinaison du centre vers le dehors. On surmonte le tout d'une treizième gerbe que l'on renverse sur le centre de la croix, les épis tournés vers le bas, et arrangés symétriquement des quatre côtés. Si ces croix sont construites avec soin, les gerbes peuvent y supporter des pluies même assez prolongées, sans éprouver aucun dommage. »
{Voy. Blutage, Chaujlaue, Farine, Pain, Subsistances.)
Bibliographie. — Dictionnaire de l'industrie, ; etc., t. III, article Carie du blé, 1835. — Dictionnaire universel d'histoire, naturelle, dirigé par M. Charles d'Orbigny, t. V, art. Froment, 1845. — Traité d'agriculture, par M. Gasparin. Paris, 1847. — Économie rurale, par J.-B. Boussingauit. Paris, 1851, t. I. — Précis d'agriculture, par MM. Payen et Richard. Pari?, 1851. — Mémoire sur la meunerie, la boulangerie et la conservation des grains et des farines, précédé de considérations sur le commerce des blés en Europe, par A. Piollet. Paris, 1847. — Mémoires sur les céréales, par Loiseleur-Deslongcharaps. — • Note sur le blé germé et mouillé, par M. Dureau de la Malle (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1851, t. XXXI). — Le blé d'Egypte contenant des charançons peut-il être vendu ? Le pain fait avec la farine obtenue de ce
(1) Celle méthode, qui est aussi fort usitée dans l'Artois, avait déjà été signalée à la Société centrale d'agriculture, en 1845, par M. Mary, ingénieur en chef, professeur à l'École centrale des arts et manufactures, et décrite dans le Bulletin de ses séances, t. V, n" 2, p. 243. Elle est rapportée également et citée avec éloge par M. le comte de Gaspariu, dans sou Cours d'agriculture, t. III, p. 585.
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blé est-il nuisible à la santé? [Annales d'hygiène, etc., 1846, l. XXXV, p. 98.) — Du blutage et du rendement des farines, et de la composition du pain de munition, par M. Haussmann, sous-intendant militaire {Annales d'hygiène, etc., "1848, t. XXXIX, p. 43. — De la proportion d'eau et de ligneux contenue dans le blé et dans ses principaux produits, par M. E. Millon, pharmacien militaire (Annales d'hygiène, etc., t. XLI, p. 451, et t. XLII, 1849, p. 465). — Analyse du blé, par M. Péligot (Annales d'hygiène, 1849, t. XLI. p. 447). —Emploi du goudron pour préserver le blé de l'attaque du charançon (Annales d'hygiène, etc., 1850, t. XLIII, p. 194). — Rcherckes sur l'alucite des céréales, par L. Doyère. Paris, 1852. — Mémoire sur la conservation des grains, par L. Doyère. Paris, 1856. — Recherches sur l'Anguillule du blé niellé, considérée au point de vue de l'histoire naturelle et de l'agriculture^ par C. Davaine, Paris, i 857.
BEEU. — Voy. Outremer.
BEEIT DE PRUSSE. — La fabrication du bleu de Prusse, celle matière colorante si employée dans les arts, peut s'accompagner de graves inconvénients et de véritables dangers, si l'on suit d'anciens procédés auxquels on possède aujourd'hui les moyens de remédier.
Toutes les substances organiques azotées peuvent servir à la préparation du bleu de Prusse. Celles que l'on emploie ordinairement sont le sang desséché, les cornes, les sabots de chevaux, le cuir, que l'on fait chauffer dans un creuset avec un huitième de potasse et un peu de limaille de fer. Lorsque toutes ces matières sont converties en une pâte, on les enlève avec une cuiller de fer, et on les projette dans de l'eau chaude ; il se fait en ce moment de violentes détonations, et qui pourraient être dangereuses pour les ouvriers si la chaudière n'était recouverte d'un dôme de tôle ne présentant qu'une ouverture assez grande pour laisser passer la cuiller. La liqueur, après avoir bouilli, est filtrée sur des toiles, et le résidu étant lessivé de nouveau, on réunit toutes les liqueurs pour les précipiter par une dissolution d'un mélange de sulfate de fer et d'alun. Quand on mêle la lessive du sang récente avec la dissolution de sulfate de fer et d'alun, il se dégage une grande quantité d'acide hydrosulfurique qui pourrait donner lieu à des accidents. Mais d'Arcet a proposé un appareil qui en met tout à fait à l'abri : c'est un tonneau fermé par un couvercle, portant un entonnoir par où l'on introduira les liqueurs ; un agitateur attaché au moyen d'une peau ou d'une vessie pour les mettre en mouvement; enfin un tuyau destiné à conduire le gaz hydrosulfuré, à mesure qu'il se forme, dans le cendrier d'un fourneau, où il se brûle complètement.
Tous ces inconvénients disparaissent si l'on suit un autre procédé qui consiste à employer le cyanoferrure de potassium, sel qui ne contient pas de sulfures. Nous n'avons pas besoin d'entrer dans de nouveaux détails à ce sujet.