LA SEINE
Des substances colorantes que peuvent employer les confiseurs ou distillateurs pour les bonbons, pastillages, dragées ou liqueurs.
Pour faciliter aux confiseurs et liquoristes les moyens de reconnaître les substances colorantes qu'il est permis d'employer et celles qui sont défendues par la présente ordonnance, il est convenable de les désigner ici sous les divers noms qu'on leur donne dans le commerce, et de faire suivre cette nomenclature de l'indication de quelques procédés simples et faciles.
Couleurs bleues. — L'indigo, le bleu de Prusse ou de Berlin, l'outremer pur. Ces couleurs se mêlent facilement avec toutes les autres, et peuvent donner toutes les teintes composées dont le bleu est l'un des éléments.
Couleurs rouges. — La cochenille, le carmin, la laque carminée, la laque du Brésil, l'orseille.
Couleurs jaunes. — Le safran, la graine d'Avignon, la graine de Perse, le quercitron, le curcuma, le fustet, les laques alumineuses de ces substances.
Les jaunes que l'on obtient avec plusieurs des matières désignées, et surtout avec les graines d'Avignon et de Perse, sont plus brillants et moins mats que ceux que donne le jaune de ebrome, dont l'usage est dangereux, et prohibé.
Couleurs composées. — Vert. — On peut produire cette couleur avec le mélange du bleu et diverses couleurs jaunes ; mais l'un des plus beaux est celui que l'on obtient avec le bleu de Prusse ou de Berlin et la graine de Perse ; il ne le cède en rien, par le brillant, au vert de Schweinfurt, qui est un violent poison.
Violet. — Le bois d'Inde, le bleu de Berlin ou de Prusse. Par des mélanges convenables, on obtient toutes les teintes désirables.
Pensée. — Le carmin, le bleu de ('russe ou de Berlin. Ce mélange donne des teintes très brillantes. Toutes les autres couleurs composées peuvent être préparées par les mélanges des diverses matières colorantes qui viennent d'être indiquées, et que le confiseur ou le distillateur sauront approprier à leurs besoins.
Leliquoriste peut faire usage de toutes les couleurs précédentes ; mais quelques autres lui sont nécessaires. 11 peut préparer, avec les substances suivantes, diverses couleurs particulières : pour le curaçao de Hollande, le bois de Campêche ; pour les liqueurs bleues, l'indigo dissous dans l'alcool ; pour l'absinthe, le safran mêlé avec le bleu d"indigo soluble.
TAHDIEU. — DICT. D'iIYC. T. I. 17
Substances dont il est défendu de faire usage pour colorier les bonbons, pastillages, dragées et liqueurs.
Les substances minérales en général, et notamment : les oxydes de cuivre, les cendres bleues ; les oxydes de plomb, le massicot, le minium ; le sulfure de mercure ou vermillon ; le jaune de chrome, ou chromate de plomb ; le vert de Schweinfurt, le vert de Scheele et le vert métis ; le blanc de plomb, connu sous les noms de céruse ou de blanc d'argent, (Voyez, pour les substances minérales permises, celles qui ont été désignées plus haut.)
Les confiseurs et liquoristes ne doivent employer, pour mettre dans leurs liqueurs et décorer les bonbons, que des feuilles d'or et d'argent fins. On bat actuellement du chrysochalque presque au même degré de ténuité que l'or ; cette substance , contenant du cuivre et du zinc, doit être prohibée.
On ne devra jamais employer l'acétate de plomb ou sucre de Saturne dans la préparation des liqueurs, cette matière étant vénéneuse.
Papiers servant à envelopper les bonbons. — 11 faut apporter beaucoup de soin dans le choix du papier colorié et du papier blanc qui servent à envelopper les bonbons. Les papiers lissés blancs ou coloriés sont souvent préparés avec des substances minérales très dangereuses.
Ils ne doivent pas servir à envelopper les bonbons, sucreries, fruits confits ou candis, qui pourraient, en s'humectant, s'attacher au papier et donner lieu à des accidents, si on les portait à la bouche.
Le .papier colorié avec des laques végétales peut être employé sans inconvénients.
Des procédés à suivre pour reconnaître la nature chimique des principales matières dont l'usage est interdit aux confiseurs et liquoristes.
Couleurs blanches. — Le carbonate de plomb, connu dans le commerce sous les noms de blanc de^plomb, céruse, blanc d'argent, étant appliqué en couche mince, à l'aide d'un couteau sur une carte non lissée à laquelle on met le feu, donne naissance à du plomb métallique qui se montre sous la forme de petits globules très multipliés, dont les plus volumineux égalent la grosseur de la tête d'une petite épingle. En opérant celte combustion au-dessus d'une feuille de papier blanc ou d'une assiette de porcelaine, les globules y tombent et sont faciles à apercevoir. Les papiers d'enveloppe lissés à la céruse et les cartes dites porcelaine, donnent aussi lieu, quand on les Brûle, à la production des globules de plomb ; de plus, un cercle jaune entoure les parties de carte ou de papier en combustion.
Enfin, le carbonate de plomb et les papiers ou cartes qui sont lissés avec ce corps brunissent quand on les touche avec de l'eau de Baréges non altérée (l'eau de Baréges non altérée dégage l'odeur d'œufs pourris).
Couleurs jaunes. — Le massicot, ou oxyde de plomb, se comporte de la même manière que la céruse. Il en est de même du jaune de chrome, ou chromate de plomb ; mais il faut avoir soin de le mêler très intimement avec un quart de son volume de sel de nitre en poudre; le mélange est étendu sur la carte, on enflamme celle-ci, et les globules de plomb apparaissent à mesure que la combustion fait
des progrès. Cette couleur devient brune avec l'eau hydrosulfurée ; il en est de même du massicot. La gomme-gutte délayée dans l'eau donne un lait jaune qui rougit par l'addition de la potasse ou de l'ammoniaque ; jetée sur les charbons rouges, elle se ramollit, puis brûle avec une flamme et laisse un résidu de charbon et de cendres.
Couleurs rouges. — Le vermillon , ou sulfure de mercure, jeté sur des charbons ardents, brûle avec une flamme bleu pâle, et produit la même odeur que la partie soufrée d'une allumette pendant sa combustion ; une pièce de cuivre rouge nettoyée au grès étant tenue au-dessus de la fumée ou vapeur blanche, se couvre d'une couleur blanchâtre de mercure métallique. Le carmin mêlé de vermillon se comporte de la même manière. Le minium, ou oxyde de plomb, se comporte, comme le massicot et la céruse.
Couleurs vertes. — Les verts de Schweinfurt, de Scheele et métis sont des arsénites de cuivre ; mis en contact, dans un verre, avec de l'ammoniaque ou alcali volatil, ils s'y dissolvent en donnant lieu à une liqueur bleue.
Quand on en jette une très petite quantité sur les charbons rouges, ils produisent une fumée blanche qui a une odeur d'ail très prononcée : on doit s'abstenir de respirer cette fumée. Les papiers coloriés avec ces substances se décolorent au contact de l'ammoniaque : une goutte suffit pour blanchir le papier dans le point qu'elle touche , et elle prend ensuite presque instantanément la couleur bleue. Enfin, ces papiers, en brûlant, dégagent l'odeur d'ail. Les cendres qu'ils laissent ont une teinte rougeàtre et sont constituées en grande partie par du cuivre métallique.
Une couleur verte est aussi préparée avec la gomme-gutte et le bleu de Prusse ou indigo. Il est facile de reconnaître la gomme-gulte dans la couleur verte, en traitant cette dernière, réduite en poudre, par l'éther ou même l'alcool ; la gomme-gutte se dissout en colorant le liquide d'une couleur jaune d'or ; une partie de ce liquide versée dans un peu d'eau donne une émuîsion de couleur jaune ; un peu de potasse ou d'ammoniaque versé dans ce mélange et dans la dissolution de gomme-gutte avec l'alcool ou l'éther donne une coloration rouge foncé, ou orange, lorsque le liquide est étendu.
Couleurs bleues. — Les cendres bleues (oxyde ou carbonate hydraté de cuivre) donnent, avec l'ammoniaque, une couleur bleue. L'outre mer pur ne colore pas l'ammoniaque ; mais quand il a été falsifié par le carbonate hydraté de cuivre, il acquiert la propriété de communiquer à cet alcali liquide une couleur bleue, caractéristique de la présence d'un composé cuivreux.
Feuilles de chrysochalque. — Elles se dissolvent facilement dans l'acide nitrique étendu de son volume d'eau, et donnent une couleur bleue par l'addition d'une petite quantité d'ammoniaque ; elles se dissolvent aussi peu à peu dans l'ammoniaque, qui se colore en bleu.
Papiers peints.
Des accidents graves ont été causés par l'emploi des papiers peints dont se servent quelquefois les charcutiers, les fruitiers, les épiciers et autres marchands de comestibles, pour envelopper les substances alimentaires qu'ils livrent à la consommation.
Les papiers les plus dangereux sous ce rapport sont les papiers peints ou teints
en vert et en bleu clair, qui sont ordinairement coloriés avec des préparations métalliques. Viennent ensuite les papiers lissés blancs et les papiers aurore. Ces papiers, mis en contact avec des substances molles et humides ou grasses, peuvent leur communiquer une portion de leur matière colorante ; il peut dès lors en résulter, suivant la proportion de matière colorante mêlée à l'aliment, des conséquences plus ou moins graves.
Pour reconnaître la matière des substances qui colorent ces papiers, on peut consulter les renseignements qui ont été donnés ci-dessus.
Indication générale. — Tout papier peint brunissant par le contact de l'eau hydrosulfurée (acide hydrosulfurique liquide) doit être considéré comme suspect.
Malgré ces prescriptions détaillées, il n'en faut pas moins exercer sur la fabrication des bonbons une surveillance vigilante ; car il se commet encore de fréquentes infractions à ces règles importantes. Indépendamment des fautes imputables aux fabricants euxmêmes, ceux-ci peuvent être trompés par les chefs d'office, à qui ils laissent quelquefois la direction de leurs maisons : on a vu des ouvrières coloristes acheter, de leur argent, des couleurs plus vives, ainsi du jaune de chrome; les marchands de couleur tromper eux-mêmes les fabricants sur la nature des couleurs qu'ils leur remettaient.
Ce- n'est pas seulement à Paris que de tels faits ont été observés, et que l'on a senti la nécessité de telles prescriptions.
Le collège de santé de Zurich, à l'occasion de l'empoisonnement d'un enfant de cinq ans par des bonbons coloriés, a publié, au mois de janvier 1825, un avis sur le danger de ces bonbons, et pris toutes les mesures possibles pour empêcher les confiseurs de la ville de préparer des sucreries coloriées.
Mêmes observations ont été faites à Londres par M. B. O'Sanghnessy et communiquées par lui à l'administration; en Allemagne, par Bœmer, qui cite l'emploi de Porfana, de l'argent à bas titre, pour recouvrir différents pastillages, de quelques plantes toxiques qui fournissent les matières colorantes, aconit napel, delphinium consolida. Les ingrédients désignés par l'ordonnance suivie en Autriche, pour la coloration des bonbons, sont : la gomme adragante, la cochenille, le carmin, le jus d'alkermès, la fleur rouge des blés, le safran, les violettes, le bluet et le jus d'épinards.
Les accidents dus au coloriage des bonbons sont aujourd'hui assez rares à Paris ; mais en province, où la même surveillance n'est pas n exercée, il n'en est pas de même. Ainsi, en 1838, cinq enfants ont été empoisonnés à Épinal (Vosges) par des bonbons coloriés en i vert arsenical. En 1840, des accidents nombreux ont été observés à Béziers, à l'époque du jour de l'an, que l'on a reconnus devoir i