La présente ordonnance sera imprimée et affichée
Le chef de la police municipale, l'architecte commissaire de la petite voirie, les commissaires de police, l'inspecteur général des halles et marchés, et les préposés de la préfecture de police, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, d'en surveiller l'exécution. Signé Gisqoet.
INSTRUCTION. — Des boutiques. — Les boutiques alfectées à la vente des marchandises fraîches ou préparées devront être appropriées convenablement à cette destination.
L'intervalle entre le sol et le plancher sera au moins de trois mètres.
Le sol sera entièrement revêtu de dalles ou carreaux ; le plancher sera plafonné.
Pour renouveler l'air pendant la nuit, il sera pratiqué immédiatement sous le plafond, du côté de la rue, une ouverture de deux décimètres en carré (environ six pouces en carré) ; une autre ouverture de même dimension sera pratiquée au bas de la porte d'entrée ou du mur de face; ces deux ouvertures seront grillées.
Des cuisines ou laboratoires. — Les cuisines et laboratoires devront être de dimensions telles, que les diverses préparations de charcuterie y puissent être faites avec propreté et salubrité.
Les cuisines et les laboratoires auront au moins trois mètres d'élévation ; ils seront plafonnés. Le sol et les parois, jusqu'à la hauteur d'un mètre cinquante centimètres, seront convenablement revêtus de matériaux imperméables, pour faciliter les lavages et prévenir toute adhérence ou infiltration de matières animales.
Les pentes du sol seront réglées de manière que les eaux de lavage puissent s'écouler rapidement jusqu'à l'égout le plus voisin.
Un courant d'air sera établi dans les cuisines et les laboratoires ; les uns et les autres devront être suffisamment éclairés par la lumière du jour.
Des fourneaux et chaudières. — Les fourneaux et chaudières devront être toujours disposés de telle sorte qu'aucune émanation ne puisse se répandre dans l'établissement ou en dehors.
Les chaudières destinées à la cuisson des grosses pièces de charcuterie et à la fonte des graisses devront être engagées dans des fourneaux de maçonnerie.
Réservoirs, à défaut de puits ou de concession d'eau. — A défaut de puits ou d'une concession d'eau pour le service de l'établissement, il y sera suppléé par un réservoir de la contenance d'un demi-mètre cube, qui devra être rempli tous les jours.
Il ne pourra être établi de soupentes dans les boutiques, les cuisines et les laboratoires, qui, sous aucun prétexte, ne pourront servir de chambres à coucher.
Des caves, et autres lieux destinés aux salaisons. — Les caves destinées aux salaisons devront être d'une dimension proportionnée aux besoins de l'établissement; elles devront être saines et bien aérées, ne point renfermer de pierres d'extraction pour la vidange des fosses d'aisances, ni être traversées par des tuyaux aboutissant à ces mêmes fosses.
Les caves devront avoir au moins deux mètres soixante-sept centimètres d'élévation sous clef : il y sera pratiqué, s'il n'en existe pas, des ouvertures de capacité suffisante pour y entretenir une ventilation continuelle.
Le sol des caves sera convenablement revêtu, pour faciliter les lavages, et prévenir toute adhérence ou infiltration de matières animales.
Les pentes du sol des caves seront disposées de manière à faciliter l'écoulement des eaux de lavage dans les cuvettes destinées à les recevoir.
Si, à défaut de caves, le local destiné aux salaisons est situé au rez-de-chaussée, le sol sera disposé de manière que les eaux de lavage puissent être dirigées sur l'égout le plus voisin. Signé Gisquet.
Tous les ans, en été, le préfet de police adresse aux commissaires de chaque quartier et de chaque commune de son ressort, ainsi qu'aux maires des communes rurales, une circulaire dont il nous paraît utile de donner le modèle.
Monsieur, d'après le résultat et le bon effet de la visite générale du 10 avril 185/j, il convient d'inspecter de nouveau, comme l'année dernière, les charcutiers, ainsi que les établissements de fruitiers, épiciers et marchands de comestibles où se débitent des salaisons (lards salés, jambons fumés et saucissons de province). Comme la première, cette seconde visite a besoin d'être simultanée pour être efficace. Je désire qu'elle ait lieu dans tout le ressort de la préfecture de police samedi prochain, 30 courant, et qu'elle commence à 9 heures du matin au plus tard.
Votre examen devra porter sur toutes les parties des établissements que vous visiterez. Les viandes reconnues par vous hors d'état d'être livrées à la consom-
mation, devront, indépendamment de la constatation du délit prévu par la loi du 27 mars 1851, être enfouies immédiatement, ou être mises à la disposition de M. Macquart, éqnarrisseur, rue du Vert-Bois, n° 5, ou de madame veuve Grave!, à l'abattoir de Yillejuif, lesquels se chargent de l'enlèvement, à leurs frais. Vous excepterez toutefois les graisses qu'on réclamerait, pour être employées à des tisages industriels, et qui devront alors être mélangées d'essence de térébenthine, afin de ne plus pouvoir servir à l'alimentation. En cas de doute ou de contestation sur la salubrité des viandes, vous appellerez un vétérinaire, un chimiste, ou, à défaut, un médecin, en ayant soin de dresser pour la constatation de ces opérations d'expertise ou de saisie, des procès-verbaux que vous me ferez parvenir sans retard.
Vous vérifierez encore, dans le cours de votre inspection, si les charcutiers ont supprimé dans leurs laboratoires les ustensiles de cuivre ou de plomb et les poteries vernissées (autres que celles tolérées:; s'ils ne se servent plus de sel de morue et de varech ; si l'eau du puits de la maison où ils sont établis est saine ; enfin si leurs établissements sont bien tenus (conformément à l'ordonnance du 19 décembre 1835 sur la charcuterie). Le cas échéant, vous dresseriez, pour me les transmettre, des procès-verbaux ou rapports. Enfin il conviendra que vous inspectiez également les établissements des bouchers, pâtissiers et traiteurs, pour vérifier l'état de salubrité des viandes, et vous assurer qu'on y observe les prescriptions de l'ordonnance de police du 28 février 1853, en ce qui concerne l'emploi, tant de vases et ustensiles de cuivre, que du papier à envelopper les substances alimentaires. Vous ferez porter en votre présence, chez un chaudronnier, les vases en mauvais état d'étamage, ou les saisirez s'ils sont oxydés.
Signé Pietri.
{Voy. Abattoir, Boucherie, Cuirs, Cuivre, Papiers, Porcheries, Viande.)
Bibliographie. — Bizet, Du commerce de la boucherie et de la charcuterie de Paris, etc., 1847, p. 460. — Chevallier, Dictionnaire des altérations et des falsifications des substances alimentaires, etc., 1850, p. 182. — Ollivier (d'Angers), Des effets délétères de certaines viandes altérées (Archives générales de médecine, 4 830, t. XXII, p. 191). — Chevallier, Note sur l'altération des viandes et sur les accidents qui peuvent en résulter (Journal de chimie médicale, 1832, t. VIII, p. 726-732). — Saladin, Recherches sur la nature de l'acide qui se développe dans les corps gras devenus rances (Journal de chimie médicale, 1832, t. VIII, p. 325). — Paulin (de Stutlgard), Nouvelles observations pour servir à l'histoire de l'empoisonnement par les saucisses corrompues (Heidelb. Klin. Annal., 10e vol., 1834). — Ollivier (d'Angers), Empoisonnement produitpar des viandes altérées (Annales d'hygiène, etc., 1838, t. XX, p. 40). — Boutigny (d'Évreux), Lettre adressée à M. Ollivier (d'Angers) sur de nouveaux exemples d'empoisonnementpar la charcuterie (Annales d'hygiène, etc., 1839, t. XXI, p 234). — Kerner, Nouvelles observations sur les empoisonnements si fréquemment produits dans le Wurtemberg par l'usage des saucisses fumées (en allemaud). Tubingue, 1820, in-8. — A. Husson, Les consommations de Paris. Paris, 1856.
CHARLATANISME. — Le charlatanisme, qui peut être défini la fraude et le mensonge érigés en système, ne s'exerce nulle part
avec plus d'impudence, et, il faut le dire, avec plus de liberté que
dans les matières qui concernent la santé publique. Sur aucun point,
du reste, la crédulité ne se montre plus facile et la répression plus
illusoire.
Exercice illégal de la médecine et de la pharmacie, annonces, affiches, prospectus, consultations de somnambules, fausses approbations des Académies, débits de remèdes secrets, de préparations, d'appareils, etc., tels sont, entre beaucoup d'autres, les moyens mis en usage par les nombreux charlatans qui se disputent à l'envi la faveur et l'argent du public. Le charlatanisme, ainsi que le disait éloquemment Hippolyte Royer-Collard, est la plaie honteuse de la profession médicale. Jamais peut-être il ne s'est produit avec plus d'impudence et d'une manière plus dangereuse qu'à l'époque actuelle, au milieu de cet esprit général de spéculation qui s'est répandu de toutes parts dans la société, et jusque dans les professions les plus libérales. De là cette indignation unanime des hommes honnêtes, ces réclamations incessantes adressées au pouvoir, cette ardeur à implorer des lois nouvelles protectrices de la santé publique.
Personne ne conteste que la loi ne soit impuissante à réprimer tous les abus, et surtout que la pénalité dont elle les frappe ne soit tout à fait insuffisante. Mais ce qui est plus grave encore, c'est l'inapplication encore trop fréquente de la loi et l'inertie de la plupart des corps constitués ou des autorités auxquels sont confiées la tutelle et la garde de la santé publique. A Paris, on doit le reconnaître, les poursuites contre les charlatans que la législation actuelle permet d'atteindre, ont pris dans ces derniers temps une activité qui honore à la fois l'administration et la magistrature. Mais il n'en est pas de même dans les départements, où les plus petites localités sont véritablement infestées, et où les plus déplorables scandales restent la plupart du temps impunis. Nous ne pouvons essayer d'indiquer ici, et d'ailleurs il n'en est pas besoin, les innombrables formes que revêt le charlatanisme ; mais nous devons nous efforcer de faire connaître quels sont les moyens qui ont été employés pour les combattre.
Ce n'est pas dans une modification prochaine des lois qui régissent l'exercice de la médecine et de la pharmacie, que l'on peut placer l'espoir d'une répression plus efficace des abus signalés. Il n'est pas douteux que la pénalité qui leur est applicable ne soit un jour revisée et mise en rapport avec leur gravité. Mais quoique la législation actuelle ait été bien des fois l'objet d'un examen approfondi de la part de commissions compétentes destinées à éclairer l'administration, on ne peut espérer, dans les circonstances présentes, une solution vainement attendue depuis plus de quarante ans. Il faut donc chercher si, sans sortir de la législation qui nous gouverne,
on ne peut pas, dès à présent, trouver dans cette législation elle-même des moyens sinon d'arrêter, du moins d'atténuer le mal.
Le Congrès médical tenu à Paris, en 18^5, se plaçant surtout au point de vue de l'intérêt professionnel, qui ne peut, il est vrai, se séparer ici de l'intérêt public, avait cherché un remède dans l'institution de collèges médicaux d'arrondissement chargés d'adresser aux autorités administratives et judiciaires les demandes et réclamations relatives à l'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie. A défaut de ces institutions nouvelles, que la loi seule aurait pu consacrer, les associations médicales pouvaient utilement remplir cette mission. L'Association de prévoyance des médecins de Paris avait donné dans ce sens un salutaire exemple, et avait, pendant plus de quinze années, pris l'initiative d'une surveillance assidue et d'une dénonciation légale des fraudes du charlatanisme. Il est à regretter que les conditions imposées à sa nouvelle constitution officielle aient dépouillé cette association du droit qu'elle avait exercé de la manière la plus honorable et avec une vigilance si profitable aux véritables intérêts de la santé publique.
Une tentative dont il est juste de garder le souvenir a été faite dès 18^2 par le professeur Hippolyte Royer-Collard, qui, dans un manifeste éloquen!, proposait à l'Académie de médecine d'établir dans le sein de cette compagnie une commission spécialement chargée de veiller à l'exécution des lois relatives à la médecine et à la pharmacie ; de rechercher les cas dans lesquels ces lois peuvent être enfreintes, et de déférer au besoin les délits de ce genre à l'autorité compétente, dans le but d'en obtenir la répression. « Est-il une société, disait notre regrettable ami, plus naturellement, plus légitimement appelée à remplir une tâche si utile que l'Académie de médecine, c'est-à-dire la première société médicale du royaume, composée de médecins, de pharmaciens, de vétérinaires, tous choisis parmi ce qu'il y a de plus éminent par la réputation ou par le talent, élevés par leur position même au-dessus des petites passions ; dépositaire enfin du double intérêt de la profession et de la science ? Est-^e assez de dire que l'Académie possède ce droit et qu'il est juste qu'elle l'exerce? Ne dois-je pas ajouter que c'est un devoir pour elle d'employer ainsi, au profit de tous, l'autorité morale et scientifique qu'elle tient de son institution même, et mieux encore de l'estime et de la considération publiques?» Il rappelait, en même temps, qu'un corps qui possédait dans son sein une section d'hygiène publique et de police médicale était appelé à connaître de tous les faits qui peuvent nuire à la santé publique ou compromettre la profession, et comptait au nombre de ses obligations les plus étroites celle de chercher un remède à de pareils maux. Cette généreuse
initiative resta sans effet. Elle ne fut peut-être pas cependant sans influence sur la sévérité plus grande apportée depuis cette époque dans les approbations personnelles ou académiques qui ont trop souvent servi de manteau aux plus coupables manœuvres des charlatans.
Les écoles de pharmacie et les jurys médicaux ont aussi dans leurs attributions les moyens de concourir à la répression des abus. L'administration centrale, par des instructions récentes émanées du Comité consultatif d'hygiène publique, a guidé leur action dans l'exécution des mesures législatives qui régissent l'exercice de la pharmacie et la vente des médicaments. Nous aurons à revenir sur ce sujet.
Mais nous devons signaler encore l'intervention très efficace et très digne d'encouragements de quelques Conseils de salubrité dans la répression du charlatanisme. Il ne s'est presque pas passé d'année où, depuis sa création, le Conseil de salubrité du département de la Seine n'ait fait entendre, avec autant d'autorité que de persévérance, les plus justes observations sur les progrès du charlatanisme, et n'ait appelé sur ceux qui s'y livrent les sévérités de l'administration. Cet exemple a été suivi avec un zèle très louable par quelques-uns des Conseils de salubrité des départements, notamment ceux de Lyon, de Nantes, de Troyes, etc. Le rapport général fait par le Conseil d'hygiène et de salubrité publique du département de la Nièvre, pour les années 184-9 et 1850, signalait des cas nombreux d'exercice illégal de la médecine et de la pharmacie, et des abus extrêmement préjudiciables à la santé des populations, dans la vente des médicaments et des remèdes secrets.
Il serait à désirer que cette conduite fût imitée dans chacun des Conseils d'hygiène et de salubrité de la France. Et ce ne serait pas l'un des moindres bienfaits de cette institution. Seulement, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que la répression du charlatanisme est liée en grande partie à l'organisation et à la distribution des secours médicaux aux malades indigents des campagnes, question qui rentre directement dans les attributions des Conseils. L'association générale entre les médecins de toute la France, qui s'est fondée sous la présidence de M. Rayer, dans le but de protéger tous les intérêts du corps médical et avant tout la dignité de notre profession, fournira certainement, avant peu, les plus puissantes armes et les plus sûres contre le charlatanisme, plus nuisibles cent fois au public, où il trouve des dupes, qu'aux médecins qui le combattent par devoir de conscience plus encore que par intérêt. Déjà des résultats importants ont été obtenus, dus surtout à l'habile modération des médecins qui se sont portés partie civile, et à la direc-
tion éclairée imprimée aux poursuites par M. Paul Andral, l'un des membres du Conseil judiciaire de l'Association qui a fait prévaloir le principe important du cumul des peines par chaque acte particulier d'exercice illégal de la médecine. J'ai eu, pour ma part, à intervenir dans quelques affaires où, sur les rapports que j'ai fournis à la justice, les faits ont été qualifiés escroqueries et punis comme tels de peines correctionnelles moins dérisoires que celles qui atteignaient l'exercice illégal considéré comme simple contravention.
Nous terminerons en reproduisant une circulaire ministérielle du 25 avril 1859, qui a pour objet la répression des annonces mensongères, l'une des pratiques ordinaires et l'un des appâts les plus sûrs du charlatanisme.
Monsieur le préfet, il arrive fréquemment que certains remèdes non inscrits au Codex, et sur lesquels l'Académie impériale de médecine ne s'est pas prononcée, ou qu'elle a même formellement repoussés, sont présentés, dans les annonces et prospectus, en des termes propres à faire croire à une approbation de la part de cette compagnie savante, et à la légalité de l'annonce et de la vente desdits remèdes.
L'Académie s'est vivement émue de ces abus, et elle a demandé qu'ils fussent sévèrement réprimés, dans l'intérêt de sa dignité et, plus encore, dans celui de la santé publique.
Celte compagnie savante a soumis au gouvernement la question de savoir si l'on ne pourrait pas faire servir à cette répression la disposition de l'article 15 du décret organique sur la presse, 17-23 février 1852, article ainsi conçu :
• « La publication ou la reproduction de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsiliées ou mensongèrement attribuées à des tiers, sera punie d'une amende de cinquante à mille francs. »
Il ne m'a pas paru douteux, monsieur le préfet, que cette disposition spéciale ne soit applicable à l'indication mensongèrement faite, dans un journal, ou dans une affiche ou prospectus, de l'approbation d'un remède par l'Académie impériale de médecine. Mon opinion à cet égard a été partagée par M. le garde des sceaux, ministre de la justice.
Vous savez, monsieur le préfet, que les remèdes auxquels a été faite, jusqu'à présent, l'application du décret du 3 mai 1850, relatif aux remèdes reconnus nouveaux et utiles, sont en très petit nombre ; ce sont ceux qui ont été désignés dans les circulaires émanées de mon ministère, les 15 avril 1852, 22 décembre 1853, 10 mars et k décembre 185Zi, 10 mai et k juillet 1857.
On a assimilé à ces médicaments quelques préparations qui ont été, antérieurement au décret du 3 mai 1850, l'objet de rapports favorables de l'Académie de médecine, et dont l'indication se trouve dans une autre circulaire du 2 novembre 1850.
Il existe encore plusieurs autres remèdes qui, à raison d'autorisations dont ils ont été antérieurement l'objet, continuent d'être vendus, sans opposition de la part de l'administration, en attendant qu'une nouvelle législation ait fait cesser cette situation provisoire. Les détenteurs de ces remèdes qui invoqueraient de
semblables autorisations doivent, à l'occasion, être tenus de les produire.
Du reste, à l'exception des médicaments compris dans les catégories qui viennent d'être indiquées, et de ceux qui sont inscrits au Codex, aucun remède n'a été approuvé : tous autres doivent donc être réputés remèdes secrets, et sont soumis aux dispositions de l'article 36 de la loi du 21 germinal an XL Les personnes qui se prévaudraient, dans les annonces, de l'approbation de l'Académie, pour des préparations non spécifiées dans les énumérations qui précèdent, devraient, en ouire, être poursuivies par application de l'article 16 du décret précité des 17-23 février 1852.
Monsieur le garde des sceaux m'a donné l'assurance que les délits de cette nature qui seraient signalés aux officiers du ministère public ne resteront jamais sans répression.
Je vous invite, en conséquence, monsieur le préfet, à recommander expressément, tant aux inspecteurs de la pharmacie qu'aux Conseils d'hygiène publique et aux officiers de police judiciaire de votre département, d'exercer une surveillance soutenue sur les faits de l'espèce, afin de vous mettre en mesure de les porter à la connaissance de l'autorité judiciaire.
Je vous serai obligé de me rendre compte fréquemment du résultat des instructions que vous aurez données en exécution de cette circulaire.
Signé E. Rouher.
(Voy. Conseils de salubrité, • Médecins cantonaux, Médicaments, Pharmacie, etc.)
Bibliographie. — Jurisprudence de la médecine, de la chirurgie et de la pharmacie en France, par A. Tiéburhet. Paris, 1834. — Sallion, Rapport à la Société académique de Nantes sur les voies et moyens propres à réprimer le charlatanisme médical et pharmaceutique. Nantes, 1841. — Actes du congrès médical de France. Paris, 1846. — Bulletin de l'Académie de médecine, 1842, t. VII, p. 829. — Collection de$ rapports généraux dis Conseils de salubrité des départements de la Seine, de l'Aube, de la Nièvre, etc., passim. — Hygiène de Lyon, par MM. Monfalcon et de Polinière. Paris, 1846. — Du charlatanisme médical qualifié et puni comme délit d'escroquerie (Ann. d'hyg., 2e série, t. V, p. 351).
CHATAIGNES. — La dessiccation des châtaignes, qui, dans certaines contrées, forme une grande partie de l'alimentation, donne lieu à une quantité considérable de fumée très odorante, qui a fait ranger cette opération dans celles que comportent les établissements insalubres de la deuxième classe.
CHAUDIÈRES A VAPEUR, — Voy. Machines a vapeur.
CHAUFFAGE.-— L'emploi de la chaleur artificielle, soit qu'il ait pour objet l'entretien d'une température égale dans les habitations, soit qu'il s'applique aux procédés variés de l'industrie, est une de ces nécessités de la vie de l'homme qui n'ont besoin ni d'explications ni de commentaires. Mais on comprend qu'il constitue, au
point de vue de la santé, l'une des influences les plus considérables, l'une de celles qu'il importe le plus de régler et de diriger. L'hygiéniste ne saurait donc rester indifférent au choix des différents appareils de chauffage et aux progrès récents qui se sont accomplis dans cette branche de l'art des constructions. Nous n'envisagerons ici cette étude que dans sa plus grande généralité, et uniquement en ce qui touche la salubrité, laissant de côté les développements théoriques, pour nous attacher aux applications spéciales des divers modes de chauffage dans les habitations, dans les édifices publics et dans les usines.
Les conditions de salubrité que l'on doit exiger de tout système de chauffage résident : 1° dans l'élévation suffisante de la température; 2° dans l'absence d'altération de l'air, soit par sécheresse, soit par mélange de gaz délétères ou de fumée; 3° dans un renouvellement de la masse d'air qui fournit à la combustion. Enfin, pour ne pas négliger la question économique, qui a par elle-même une si grande importance, il faut s'attacher à obtenir des combustibles employés et à utiliser la plus grande somme de chaleur possible. Ce que nous venons de dire des conditions de salubrité d'un bon système de chauffage, montre assez que celui-ci est lié nécessairement à la production des courants d'air, à l'aération, ou, pour mieux dire, à la ventilation, et, par suite, à l'assainissement des lieux habités; mais nous réservons cette partie de notre travail, et nous nous bornerons ici à l'étude du chauffage en lui-même. Nous nous guiderons surtout, dans cet exposé, d'après les principes qu'a formulés Péclet dans son admirable Traité de la chaleur.
Tout appareil de chauffage, quelles que soient sa forme et sa disposition, comprend trois parties distinctes : le foyer, le lieu où la chaleur est utilisée, qui se confond parfois avec le précédent, et la cheminée. Cette dernière sert, d'une part, à rejeter à une certaine hauteur dans l'atmosphère l'air qui a servi à la combustion, et qui, chargé d'acide carbonique et de vapeurs combustibles, serait toujours incommode et souvent nuisible s'il se dégageait trop bas, là où l'homme respire ; et, d'une autre part, à produire dans le foyer l'appel d'air nécessaire à la combustion, effet qui est d'autant plus puissant que la cheminée est plus élevée. On donne le nom de registres à des plaques mobiles placées tantôt aux orifices d'écoulement de l'air échauffé, ou dans un point de la cheminée, et destinées à modifier le tirage en diminuant ou en interceptant le courant. La transmission de la chaleur rayonnée par le foyer, ou entraînée par le courant d'air, se fait quelquefois directement; mais, dans un grand nombre de cas, elle a lieu par un corps intermédiaire.
Les appareils de chauffage sont : 1° les simples fourneaux, 2° les
cheminées, 3° les poêles, U° les cheminées-poêles, 5° les calorifères à air chaud, à vapeur, ou à eau chaude.
1° Fourneaux. — Le chauffage par les fourneaux, où l'air ne s'échauffe qu'en se mélangeant directement aux produits de la combustion, et par conséquent en s'altérant profondément, présente les plus grands dangers, et doit être proscrit, si ce n'est pour quelques usages spéciaux, tels que le séchage, le chauffage des étuves ou la ventilation. Le brasero espagnol est un appareil de ce genre, et n'est, pas exempt de ces inconvénients. On les rencontre à leur plus haut degré dans ces mansardes étroites du pauvre, dépourvues de cheminées, et où la préparation des aliments se fait sur un simple fourneau, à la vapeur du charbon ou de la braise. Il ne se passe pas d'années où les plus funestes accidents ne viennent montrer le danger de ces brasiers, d'où s'échappent les gaz les plus délétères, et qui, malgré cela, sont usités comme moyen de chauffage mobile par des personnes aisées.
Certaines industries ne reculent pas devant les fâcheux effets que nous venons de signaler. Les fabricants de cierges et de bougies chauffent encore leurs bassines avec des fourneaux à charbon placés au milieu de l'atelier, qui souvent n'a pas de cheminée. En 1806, tous les hongroyeurs de Paris, et certainement tous ceux du reste de la France, échauffaient l'étuve dans laquelle on passe les cuirs au suif, au moyen d'un foyer à charbon de bois sans issue pour l'air brûlé, et la quantité de charbon consommée était considérable, car la température de l'étuve était portée à 50 ou 60 degrés. Les ouvriers étaient cependant obligés de séjourner clans cette étuve remplie d'acide carbonique, mais il arrivait souvent de graves accidents. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine, et par des expériences qui démontrèrent combien le chauffage par les poêles est plus économique et plus salubre, qu'on parvint à leur faire adopter ce nouveau mode de chauffage. Les ateliers d'étirage de la laine sont encore dans le même cas.
En résumé, et suivant la judicieuse conclusion de Péclet, le chauffage direct de l'air par les combustibles doit être proscrit dans toutes les circonstances où les hommes doivent séjourner dans l'air échauffé. Il peut cependant être employé, comme nous l'avons dit, dans les séchoirs et les étuves, lorsque les appareils sont disposés de manière à faire évacuer l'air vicié par la combustion, avant que les ouvriers s'y introduisent.
2° Clieminées. — Le caractère essentiel des cheminées usitées pour le chauffage des habitations est d'avoir un foyer ouvert à l'extérieur et de laisser voir la flamme. Il convient d'ajouter que par cette raison, même elles n'utilisent qu'une très faible partie du calorique
développé, d'autant plus qu'elles produisent un mouvement de ventilation très considérable.
Nous ne pouvons énumérer toutes les diverses espèces de cheminées qui ont été imaginées dans ces derniers temps. Nous nous bornerons à indiquer les dispositions les plus conformes aux lois de la physique et de l'hygiène. L'ouverture relativement trop grande du foyer détermine un appel d'air froid par toutes les ouvertures de la chambre, au grand détriment des personnes qui y séjournent. Deux ordonnances de 1712 et de 1723 fixaient les dimensions des cheminées d'appartements et les matériaux avec lesquels elles devaient être construites : la brique, soutenue par des Cantons de fer. 11 importe de rétrécir l'orifice de communication du foyer avec la cheminée, de diminuer la profondeur du foyer et de le terminer latéralement par des pans inclinés. Ce sont là des améliorations qu'a réalisées tlumford. Ces parois latérales des foyers doivent être évasées et consîruites en faïence, en briques vernissées ou en plaques de laiton polies quiréfléchissentune plus grande quantité de chaleur. On a placé le combustible sur des foyers mobiles qui peuvent s'avancer dans la pièce, et donner lieu ainsi à un rayonnement beaucoup plus étendu. On emploie aussi des tuyaux placés dans l'intérieur même de la cheminée, et qui vont puiser l'air froid à l'endroit où la cheminée traverse le toit. Ces tuyaux portent le nom de ventouses, et viennent s'ouvrir à la partie supérieure de l'encadrement du foyer, où elles déterminent un froid très vif, sans renouveler suffisamment l'air de la pièce. Mais la disposition la plus heureuse est celle qui a pour effet de chauffer l'air appelé, en procurant une économie considérable de combustible. Elle est ainsi décrite par Péclet : « Immédiatement au-dessus du foyer se trouve un canal formé de tuyaux de tôle ou de fonte, dans lesquels passe la fumée, et qui se prolonge jusqu'à la hauteur du plafond, où l'extrémité supérieure s'engage dans le tuyau de cheminée; les tuyaux sont renfermés dans une caisse qui reçoit l'air extérieur par la partie inférieure; l'air s'échauffe contre la surface des tuyaux, s'élève dans la caisse, sort par des ouvertures placées près du plafond, et sert ensuite à la respiration et à la combustion. » Cet appareil donne une ventilation très régulière et par un air chaud; et la chaleur employée à chauffer cet air est. complètement perdue dans les cheminées ordinaires.
Il n'est pas rare que les cheminées laissent refluer la fumée, et occasionnent ainsi une incommodité très grande, parfois même des accidents plus ou moins graves. On dit alors qu'une cheminée fume. Les causes de ce fait sont multiples. La première est le défaut d'accès de l'air extérieur qui ne répond pas à l'appel de la cheminée, ou qu:, ne pouvant passer par les ouvertures ordinaires, s'introduit par la partie
supérieure de la cheminée, rabattant la fumée. On peut remédier à cet inconvénient en diminuant l'appel par le rétrécissement des deux orifices de la cheminée, et en favorisant la ventilation extérieure par des ouvertures ou des ventouses. La seconde réside dans une trop grande ouverture du foyer; il suffit de le rétrécir pour la faire cesser. La troisième provient dune trop petite élévation du canal, dans lequel la vitesse d'ascension de la fumée est trop faible. On doit citer encore l'action de plusieurs foyers les uns sur les autres, lorsqu'ils sont placés dans des appartements communicants, n'ayant aucun mode direct de ventilation. Dans ce cas, comme l'entrée de l'air se fait plus largement par les cheminées que par toute autre ouverture, il en résulte que le foyer dont le tirage est le plus fort, ou celui qui est allumé le premier, fait appel sur les autres et y détermine le reflux de la fumée. Ce n'est qu'en changeant radicalement les conditions particulières de ventilation de chaque pièce et de chaque foyer que l'on fera disparaître cette disposition vicieuse. Une autre source du dégagement de la fumée consiste dans la communication de plusieurs tuyaux de cheminée les uns avec les autres ; cet inconvénient sera détruit par un système convenable de trappes. La sixième et dernière cause qui fait fumer les cheminées réside dans l'action du soleil ou des vents directs et réfléchis, ou de l'état hygrométrique de l'air et de la pluie. On soustrait le tirage des cheminées à cette influence à l'aide d'appareils fixes ou mobiles, adaptés à l'orifice supérieur de la cheminée, dans le but de le rétrécir, ou de diriger l'ouverture de sortie du côté opposé au vent, de sorte que la fumée tende à prendre la même direction.
Il est une dernière considération très utile à rappeler ici : c'est de veiller aux différences d'élévation au-dessus des toits des cheminées contiguës d'appartements séparés, ou même de maisons voisines. On a vu des courants s'établir des unes aux autres, et des vapeurs délétères redescendre d'une habitation dans l'habitation voisine. Ollivier (d'Angers) et d'Arcet ont cité des exemples de mort par asphyxie survenue dans des circonstances semblables. Ils s'étonnent même que ces accidents ne soient pas plus fréquents, et pensent qu'il conviendrait d'imposer comme condition expresse et obligatoire que, dans toutes les constructions, quelles qu'elles fussent, tous les conduits ou cheminées de foyer de combustion, de quelque nature qu'ils puissent être, fussent toujours isolés complètement dans tout leur parcours, et. que, sous aucun prétexte, on ne fit communiquer entre eux des tuyaux ou cheminées partant de foyers différents. On devrait imposer en même temps l'obligation aux architectes d'éleser les tuyaux de cheminées à des hauteurs différentes, quand ces conduits sont conligus ou très rapprochés les uns des
autres. Par cette disposition très facile à exécuter, on empêchera que les vapeurs qui s'en échappent puissent passer de l'un à l'autre, ainsi que cela s'observe dans les cheminées contiguës qui se terminent à un même niveau.
Enfin, on devra toujours surveiller la construction de l'âtre, de façon qu'il soit établi loin de . poutres ou solives qui puissent prendre feu. Nous avons été témoins, Bayard et moi, d'un double cas de mort causé par la propagation, à travers les lambourdes du parquet, des gaz délétères produits par la carbonisation lente des poutres placées sous le foyer d'une chambre voisine. Les mêmes accidents funestes ont été encore déterminés par la mauvaise disposition de tuyaux de calorifères trop rapprochés de pièces de charpente.
3° Poêles. — Les poêles sont des appareils très répandus dans nos contrées, et surtout dans le nord de l'Europe, et dans lesquels l'air, échauffé par la combustion d'une substance combustible quelconque, se rend à la sortie du foyer directement, ou, après des circuits plus ou moins prolongés, dans un tuyau qui le conduit à l'extérieur, ou dans une cheminée. Ces appareils, construits en terre, en faïence, en tôle, ou en fonte, sont précieux par leur simplicité et l'économie qu'ils procurent. On calcule en effet qu'ils utilisent 35 pour 100 du calorique produit. Un registre, placé dans le tuyau à fumée, empêche le refroidissement trop rapide du foyer et l'accès de l'air froid.
Le reproche fait aux poêles de métal de donner une mauvaise odeur et de dessécher l'air, quand ils sont trop fortement chauffés, est fondé plutôt en apparence qu'en réalité, et peut être facilement évité en ne poussant pas le chauffage outre mesure. C'est l'élévation de la température qui donne à l'air la propriété de dissoudre une plus grande quantité de vapeur d'eau, diminue l'humidité sensible, et peut causer une céphalalgie fort incommode. La précaution de placer un vase plein d'eau et largement ouvert, sur le poêle, corrige cet inconvénient.
k° Cheminées-poêles. — Les cheminées-poêles sont des appareils mixtes qui, suivant la définition de Péclet, ont de l'analogie avec les cheminées, en ce qu'ils laissent voir le feu; et avec les poêles parce qu'ils échauffent l'air par les parois du foyer. Ils ne présentent rien de particulier à noter, si ce n'est qu'ils sont à la fois très avantageux et très commodes.
5° Calorifères. — -Le nom de calorifères doit être réservé, ainsi que le remarquent MM. Péclet et Grouvelle, aux appareils destinés à chauffer de l'air pr.s à l'extérieur, et à le verser ensuite dans les lieux où il doit être utilisé.
Les calorifères sont dits à air chaud, à vapeur ou à eau chaude, suivant que le chauffage a lieu par l'intermédiaire de ces divers agents.
Le plus ordinairement, les calorifères portent la chaleur à de grandes distances; ils sont alors placés dans des caves, ou dans des pièces inférieures. Le foyer est revêtu de briques, afin que les parois ne laissent pas perdre la chaleur, et de là partent des tuyaux qui conduisent le corps échauffant.
Dans les calorifères à air chaud, tantôt c'est l'air brûlé qui parcourt des conduits diversement disposés dans l'appareil, tantôt c'est l'air extérieur qui traverse des tuyaux métalliques dans lesquels il s'échauffe.
Les appareils de chauffage à vapeur consistent toujours en un générateur de vapeur avec tous ses accessoires ; en tuyaux qui conduisent la vapeur dans les capacités où elle doit être condensée; en appareils de condensation et en tuyaux destinés à ramener à la chaudière l'eau qui provient de la condensation de la vapeur, ou à l'évacuer au dehors. Il faut tenir compte, dans la construction de ces appareils, des changements de dimension que l'élévation et la diminution alternatives de la température déterminent dans les tuyaux, changements auxquels on remédie au moyen de compensateurs. Les tubes doivent également être pourvus de souffleurs ou petits tubes garnis de robinets placés aux extrémités des grandes lignes de tuyaux de chauffage, et qui sont destinés à expulser l'air qui remplit les tuyaux lors de l'arrivée de la vapeur.
L'air échauffé au contact des tuyaux de calorifères, ou dans les poêles, se répand dans les appartements ou pièces qu'il s'agit de chauffer, par des ouvertures appelées bouches de chaleur.
D'Arcet a insisté, avec juste raison, sur le diamètre qu'il est nécessaire de donner à ces ouvertures. « On peut, dit-il, sans brûler plus de combustible, augmenter considérablement la quantité d'air chaud que procurent les poêles et les calorifères ordinaires; on le peut même sans rien changer aux armatures actuellement placées dans ces appareils, et, pour cela, il ne faut qu'introduire l'air froid dans ces armatures par un canal à section bien plus grande qu'on n'est dans l'habitude de le faire, et qu'agrandir de même considérablement l'ouverture des tuyaux et des bouches de chaleur par lesquels l'air chaud passe de l'appareil dans la salle qu'il s'agit d'échauffer. En pratique, il faudra donner aux prises d'air froid et aux bouches de chaleur des poêles et des calorifères autant de fois 12,5 décimètres carrés d'ouverture qu'on voudra y brûler de kilogrammes de bonne houille par heure, équivalant à 2 kilogrammes de bois de chauffage. »
Le chauffage à circulation d'eau chaude, qui se répand de plus en plus aujourd'hui, non-seulement dans les grands établissements, mais même dans les maisons particulières, a été appliqué dès 1823 par un Français, nommé Bonnemain, aux couvoirs artificiels. Très usité depuis, en Angleterre, il a été singulièrement perfectionné -dans-ces derniers temps, dans notre pays, par M. Léon Duvoir, et plus récemment par M. Grouvelle. Nous empruntons à un article très bien fait de notre savant confrère M. le docteur Boudin, qui s'en est déclaré l'ardent apologiste, la description du système Duvoir.
« L'appareil de chauffage se compose d'un fourneau, de la forme d'une tour ronde, établi dans un souterrain creusé dans le sol. Ce fourneau a 3™, 50 de diamètre et k mètres de hauteur. Un seul foyer de 1 mètre de diamètre et de 0m,80 de hauteur, pratiqué dans l'intérieur du fourneau, produit tonte la chaleur nécessaire à l'entretien d'une bonne température dans toutes les subdivisions d'un vaste édifice. Sur le foyer est placé un appareil hydro-pyrotechnique, composé d'une cloche de fer à doubles parois. Du sommet de cette cloche part un tuyau d'ascension, présentant une aire de section égale à celle de tous les tubes de retour, et se dirigeant verticalement jusqu'à la partie la plus élevée de l'édifice où il débouche dans un réservoir fermé. La cloche, le tuyau d'ascension et le réservoir, sont remplis d'eau; celle-ci, chauffée dans la cloche, s'élève en raison de sa densité moindre, jusqu'au réservoir supérieur, où il existe un espace libre au-dessus du niveau de l'eau. Un manomètre indique la tension de la vapeur; une soupape lui donne passage, si la tension devient trop considérable, et prévient ainsi tout danger d'explosion. Sur le réservoir sont piqués autant de tubes qu'il y a de subdivisions distinctes à chauffer dans l'édifice. De simples bouches de chaleur ou des renflements d'eau, ayant la forme de poêles, de colonnes ou de meubles, sont employés pour chauffer les pièces suivant leur capacité, Plus une pièce est vaste, plus on y multiplie les bouches de chaleur ou les poêles distributeurs. L'eau dépouillée de sa chaleur au profit des pièces parcourues est versée dans un tube commun qui la ramène à la partie inférieure de la cloche pour la réchauffer, et la faire circuler de nouveau. »
Les grands avantages du système de chauffage à la circulation d'eau chaude consistent dans l'égalité de la température, qui résulte de la lenteur du refroidissement de l'eau, et dans la facilité avec laquelle cette température peut être modérée, par la diminution de l'afflux d'eau chaude dans telle ou telle partie du bâtiment.
6" CSîawflage par le gnx. — On a construit depuis quelques années des appareils de chauffage de toute nature, destinés à être alimentés par le gaz d'éclairage ordinaire ou par le gaz portatif, et
pouvant servir à la cuisine et à tous autres usages. A l'intérieur des habitations ces systèmes ne sont pas sans danger, et doivent être rigoureusement soumis aux règlements relatifs à l'emploi du gaz.
Si nous résumons les avantages et les inconvénients des divers modes de chauffage que nous venons de décrire,, nous reconnaîtrons que les cheminées simples à foyers fixes ou mobiles sont très salul.Tes, parce qu'elles provoquent une grande ventilation, et l'on peut ajouter parce qu'elles ont le très réel avantage de laisser voir le feu : c'est seulement là un avantage très coûteux. Le plus grand inconvénient consiste dans le refroidissement des parties qui ne sont pas exposées au rayonnement du foyer, et dans les nombreuses causes de reflux de la fumée que nous avons signalées. Les poêles ordinaires, si supérieurs pour le chauffage, ont le très grave défaut de ne pas produire une ventilation suffisante. Les calorifères, qui consistent essentiellement clans des courants d'air échauffé au contact des tuyaux de conduite, réalisent les meilleures conditions de salubrité et d'économie, et ceux dans lesquels on emploie la circulation de l'eau chaude remplissent particulièrement ce double but.
Dans les habitations particulières il est facile d'utiliser de la manière la plus convenable chacun de ces modes de chauffage, et, en général, c'est celle que l'usage a consacrée. Les poêles dans les antichambres, où sera ainsi chauffé l'air qui doit être appelé par les cheminées des pièces plus éloignées, avec des bouches de chaleur à section suffisamment large ; les cheminées dans les chambres à coucher et les salons de réception, avec une section des orifices inférieur et supérieur proportionnée aux dimensions des pièces et au nombre de personnes qu'elles doivent contenir, et des voies suffisantes pour l'air appelé.
Dans les édifices publics, le seul mode approprié est l'un des systèmes do calorifères que nous avons indiqués, c'est-à-dire un ensemble de tuyaux à fumée, à vapeur ou à eau chaude, logés dans des conduits d'un plus grand diamètre parcouru par l'air, et qui se distribuent dans les différentes parties de l'édifice. Il n'est pas inutile de rappeler ici que ces appareils doivent être combinés de façon à servir à la fois au chauffage et à la ventilation, bien qu'il soit très important de ménager un foyer distinct pour la ventilation dans les saisons où le chauffage est inutile, disposition qui manque à la plupart des constructions de M. L. Duvoir.
Mais il ne faut pas oublier que les calorifères peuvent quelquefois donner lieu à des explosions telles que nous en avons vu se produire dans l'un des pavillons de l'hôpital Lariboisière chauffé par le système Laurens et Farcot, et à des accidents déplorables, comme celui qui est arrivé, en 1858, à l'église Saint-Sulpice, à Paris.
M. Péclet a passé en revue les différentes espèces d'édifices publics au point de vue du mode de chauffage qui leur convient le mieux. Pour les amphithéâtres destinés à l'enseignement, il fait remarquer que la chaleur animale fournie par les auditeurs compense presque toujours la perte par les surfaces des vitres et des murailles, et qu'il suffit de chauffer l'air de ventilation à une température très peu différente de celle qu'on doit maintenir dans la salle. Il donne la préférence aux calorifères les plus simples, et indique que l'on peut faire arriver l'air chaud par un grand nombre d'orifices percés dans le plancher ou les marches de l'amphithéâtre, et le faire sortir parla partie supérieure; ou le faire arriver par un petit nombre de bouches placées près du centre de l'amphithéâtre, à une petite distance du sol, et le faire sortir par un grand nombre d'ouvertures percées dans la dernière contre-marche. Dans la première disposition, l'écoulement de l'air aurait lieu pendant l'hiver par le seul effet de l'excès de température de l'air sur celle de l'extérieur, et il faudrait employer une cheminée d'appel ou un ventilateur pour l'été. Pans le second, il faudrait une cheminée d'appel ou un ventilateur pour toutes les saisons.
Pour les théâtres, il est très important que la ventilation soit assurée en même temps que le chauffage. D'après les principes posés par d'Arcet, la salle doit être chauffée par l'air de ventilation. L'air lui-même doit être chauffé dans des caniveaux renfermant des tuyaux à vapeur ou à eau chaude, et se répandre d'abord dans les couloirs, d'où il pénètre dans la salle par des orifices pratiqués entre le plafond de chaque loge et le plancher de celui qui se trouve audessus.. Il paraît bon d'établir des bouches de chaleur dans le parterre, et pour le foyer ou les loges d'artistes, des poêles à vapeur ou à eau chaude.
Les églises sont malsaines par l'humidité et le froid qui y régnent, et l'on doit s'efforcer de détruire ces graves inconvénients par un système de chauffage approprié : la circulation de l'eau chaude avec orifices pratiqués dans le sol. M. Duvoir a réalisé, à l'église de la Madeleine de Paris, une disposition fort ingénieuse, qui consiste dans l'établissement d'un orifice d'appel sur le sol tout à fait à l'entrée, dans le but d'aspirer, et par conséquent d'expulser immédiatement l'air froid du dehors qui tend à pénétrer dans l'intérieur de l'église chaque fois que la porte est ouverte.
Dans les maisons d'éducation, un appareil général pour le chauffage et la ventilation présenterait. les plus grands avantages, mais nécessiterait des frais considérables. On se contente dans les salles 5'étude de poêles de fonte, dont il serait convenable de prolonger les tuyaux, que l'on conduirait jusque dans une cheminée pourvue
d'un registre destiné à régler la ventilation. Un ne saurait imaginer à quel point cette double condition de salubrité est négligée clans les réfectoires, les dortoirs et les latrines des maisons d'éducation les plus renommées. M. Péclet a rédigé, pour le chauffage et l'assainissement des écoles primaires et des salles d'asile, une instruction qui peut servir de modèle pour les établissements de ce genre.
Pour les hôpitaux et les prisons, le chauffage devant être continu, les appareils à eau chaude sont préférables aux autres ; mais comme pour tous les grands établissements, réchauffement de l'eau par la vapeur offre des avantages, c'est ce dernier mode qui a été employé par M. Grouvelle pour le chauffage de la prison Mazas à Paris.
Il nous resterait à parler des principaux appareils d'économie domestique, destinés, soit au chauffage des liquides, soit à la préparation des aliments, tels que fours, chaudières, fourneaux; mais ces détails ne rentrent pas directement dans notre sujet, et les principes qui viennent d'être exposés sont entièrement applicables à l'objet spécial dont il s'agit en dernier lieu.
Le complément nécessaire de cet article se trouvera aux mots Combustibles et Ventilation. — Mais nous devons placer ici deux pièces officielles qui réglementent de la manière la plus sage, dans l'intérêt de la sûreté publique, l'usage des calorifères à eau chaude ou à vapeur.