SEL-V
n'est pas rare que les b&timents s'en chargent comme lest, tant il est parfois à bon marché. A mesure donc que remploi du procédé Bâtard se généralisera, à mesure que le vaste système de chemins de fer qui doit sillonner la France étendra son réseau, et que les voies de communication deviendront plus faciles, et surtout moins coù* teuses, les sels du Midi pourront prendre une plus large place sur le marché national, et il peut arriver un moment où une partie des marais de l'Ouest, ne pouvant plus produire le sel à des prix assez bas, cessera d'être exploitée.
Si l'on ne prenait aucune disposition pour sauvegarder les intérêts de la salubrité, on verrait peut-être alors se reproduire sur une plus grande échelle l'effrayante mortalité qui a dépeuplé l'ancienne ville de Brouage et la contrée dont elle était autrefois le centre, tandis que, au contraire, en prenant des précautions convenables, les marais pourraient être abandonnés sans inconvénient pour la santé publique et se transformer peu à peu en bons pâturages.
L'expérience, à cet égard, est complète. Ces anciens marais de Brouage, qui offrent un exemple si frappant de tous les désastres que peut entraîner l'oubli des règles de l'hygiène, sont une preuve non moins éclatante de la puissance de l'homme pour combattre <ivec succès les causes d'insalubrité que son incurie a laissées nattre. On a cité plus haut quelques paroles de l'ancien sous-préfet de Marennes, M. Leterme. Lorsque en 1618, il fut chargé d'administrer cet arrondissement, le mal était à son comble. Après une étude approfondie des causes de l'effrayante mortalité qui désolait le pays, il eut, dit M. Mêlier, l'excellente idée de réunir en un syndicat général tous les propriétaires de marais gants (c'est ainsi qu'on nomme les marais abandonnés qui sont devenus des foyers d'infection). Far un bon système de travaux, et moyennant un fonds commun dépensé avec intelligence, on arriva, sans beaucoup de frais, à des résultats inespérés. La proportion des décès, qui était avant les travaux de i sur 12 ou 13, arriva, par une réduction successive, à n'être plus que de 1 sur 24 ou 25. Les naissances, longtemps dépassées par les morts, 'emportèrent à leur tour, et la population commença à se relever. Beaucoup de marais gasts sont devenus d'assez bonnes prairies, et Ton peut maintenant élever des bestiaux dans cette même contrée où autrefois ils n'auraient trouvé que des maladies ou la mort. Une plus-value considérable dans le prix des terres a été le résultat de ces améliorations. Un demi*hectare de marais gasts, qui se donnait autrefois pour un boisseau de grain, c'est-à*dirc pour moins de 20 fr., valait 900 francs en 1846, et, à la même époque, on montrait à M. Mêlier une ferme qui avait été achetée 6U00 francs en 1815, et qu'on n'estimait pas moins de 50 000 francs. Mais que dVflorts, de
persévérance, nVl-il pas fallu pour mener à bonne lin une pareille entreprise en l'absence de tout moyen de coatrainte légale ?
De tels résultats, et dans le bien et dans le mal, n'ont pas besoin de commentaires. L'administration s'en est justement émue, et presque aussitôt elle a témoigné, par ses actes, l'intérêt qu'elle prenait à la question.
C'est vers la fin de 18/i7 que l'Académie de médecine approuvait le remarquable rapport de M. Môlicr; et, dès le mois de janvier 18&8, on insérait dans un projet de loi sur les sels une disposition portant que, à l'avenir, tout établissement de marais salant serait soumis à une autorisation préalable donnée dans la forme des règlements d'administration publique.
La révolution de février a mis ce projet à néant, et, dans les premiers temps qui l'ont suivie, la gravité des événements politiques ne laissa pas au gouvernement le loisir de s'occuper de la question avec toute la maturité nécessaire.
Lorsqu'elle fut reprise, on eut d'abord la pensée de ranger les marais salants dans la première classe des ateliers dont l'exploitation donne lieu à des exhalaisons insalubres, et qui, aux termes du décret du 15 octobre 1810, ne peuvent être créés sans une permission de l'autorité administrative. L'autorisation des établissements de première classe étant donnée dans la forme des règlements d'administration publique, on aurait atteint de la sorte le but que se proposait le projet de loi de 18/»8. Mais avant d'adopter ce parti, il parut convenable de soumettre la question *au Comité consultatif d'hygiène publique.
Le Comité n'a pas pensé que l'assimilation des marais salants aux établissements insalubres de première classe fût une mesure suffisante. U lui a semblé de la plus haute importance que les dispositions à inter\'enir atteignissent les marais maintenant en exploitation, et dont l'abandon pourrait créer un si grand danger pour la santé publique; une loi nouvelle lui a donc paru nécessaire, parce que le décret du 15 octobre 1810 ne pouvait s'appliquer qu'aux salins qui seraient créés à l'avenir.
Selon le vœu du Comité, la loi projetée a été communiquée aux conseils généraux des départements où il existe des salins, et qui sont au nombre de douze. Deux seulement, ceux de la Vendée et de la Loire-Inférieure, repoussent le projet de loi comme inutile et comme attentatoire au droit de propriété; mais les préfets de ces deux départements sont d'une opinion tout opposée, et ont établi, clans des rapports bien motivés, l'utilité de réglementer l'industrie des marais salants. Quatre conseils généraux, ceux du Var, du Gard, de r Aude et des Pyrénée.s-Orienlales, donnent une approbation com-
TAADIEO. — DICT. D^HYO. T. IV. 9
plètc à toutes les dispositions du projet de loi. Trois conseils généraux, en admettant le principe, se sont abstenus de tout examen ; savoir : celui de la Gironde, faute de temps; ceux de l'Hérault et de riUe-et-Vilaine, en laissant à des personnes plus compétentes le soin de s'y livrer; le dernier fait observer, d'ailleurs, qu*il n'existe qu'un seul marais salant dans le département dllle-et-Vilaine. Enfin, trois départements, ceux des Bouches-du-llhône, de la Charente-Inférieure et du Morbihan, reconnaissent l'opportunité d'une loi sur les marais salants, mais proposent quelques modifications au projet du Comité d'hygiène. Les changements proposés ont été examinés avec une scrupuleuse attention par le Comité, qui, après avoir pris connaissance des avis des conseils, a introduit quelques amendements dans son projet, mais qui n'a pas cru pouvoir admettre toutes les modifications demandées,> les unes, parce qu'elles rendraient la loi & peu près illusoire, et les autres parce qu'elles sont plutôt du domaine du règlement d'administration publique à intervenir que du domaine de la loi.
Altératlonai et ftelsllleatlonai. — L^énorme quantité de sel qui entre dans l'alimentation des hommes, puisque la France en consomme 225 millions de kilogrammes, et Paris à lui seul plus de 6 millions, c'est-à-dire 15 grammes par personne et par jour, rend très nécessaire l'étude des nombreuses falsifications du sel. Elle a été faîte de la manière la plus complète par M. Chevallier, à qui nous empruntons les détails suivants. Mais avant d'entrer dans l'étude des falsifications, nous mentionnerons brièvement les altérations que peut subir le sel marin. Ainsi, on l'a vu contenir du mure, dnpiombn du /er, de Varsenic» Cette altération accidentelle est très importante à constater, de déplorables événements en ont été quelquefois la suite. On sait qu'en 1827 une prétendue épidémie atteignit, dans le département de la Marne, plus de WO personnes. La cause de ce mal existait dans la vente d'un sel de cuisine que l'on reconnut contenir des îodures et de Varsenic. Pour s'assurer de la présence do ce poison dans le sel, on doit convertir le chlorure de sodium en sulfate de soude, et on l'introduit dans un appareil de Marsh, fonctionnant à blanc ; ou bien on traite par l'hydrogène sulfuré et l'on soumet aux réactions ordinaires le sulfure obtenu. Quant au cuivre, au plomb et au fer, ils proviennent des ustensiles, chaudières et appareils servant à l'extraction ou au raffinage du sel. Sa solution aqueuse prendfa une coloration bleue par l'ammoniaque, s'il y a du cuivre, et donnera, en outre, un précipité floconneux rougeàlre, s'il y a du fer. Le plomb sera décelé par l'hydrogène sulfuré, le chromate de potasse, rioduro de potassium.
Le sel marin est l'objet de fraudes nombreuses qui, malgré loute>
les mesures prises par Tautorité municipale, sont à pcino réprimées. On lu falsifie avec le sulfate de chaux, le piftire cru en poudre; 1rs sols de varech, qui renferment des indurés et des bromures; la terre, i argile, le grès en poudre ou le sablon, Talun, le sulfate de soude, le chlorure de potassium, les sels blancs résultant de rextraction du salpêtre ; les sels provenant des salaisons, dits sels de morue ; enfin, il y a des sels qui sont par trop riches en eau. La falsification du sel par le plâtre cru, ou par le sulfate de chaux, est de beaucoup la plus fréquente, ainsi que le démontrent les condamnations auxquelles ce mélange a donné lieu.
L'administration a été au-devant de la plupart des fraudes que nous venons de signaler :
L'emploi des sels de morue, de varech et de salpétriers est interdit aux charcutiers par l'ordonnance de police du 19 décembre 1835. Cette salutaire prohibition a été étendue aux traiteurs, marchands de vin et de bouillon, pâtissiers, gargotiers, etc., et en général à tous les marchands d'aliments cuits et préparés.
L'instruction du Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine, jointe à la grande ordonnance de police du 28 février 1853, a donné les moyens de constater la fraude :
c( Le sel marin livré au commerce est souvent Ikisifié : 1* avec de k imudre de plâtre cru; 2» à l'aide du sablon ;Z'' avec des sels de f'nfvch ; U" avec des sels de salpêtre»
» On peut s^assurer que le sel est falsifié à Taide du plâtre cru, eu Iraitant le sel par U parties d'eau qui dissolvent le sel et qui laissent pour résidu le plâtre cru ; on le lave^ on le fait sécher et on le pèse : 100 grammes de sel non falsifié laissent un résidu qui pèse ù peine 1 gramme; les sels môles de plâtre laissent des résidus qui pèsent ordinairement de 6 à 11 grammes. Dans ce dernier cas, les résidus» chaulTés el môles à une petite quantité d'eau, donnent du plAtrc gâché.
') Le sel môle de plâtre cru peut encore ôtre séparé des matières insolubles, en agissant de la manière suivante :
» On prend 200 grammes de sel, ou les introduit dans un petit lami.s de crin à mailles serrées, on mouille ce sel ; on y fait tomber de l'eau jusqu'à ce que cette eau, qui travei*se le sel posé sur le tamis, en sorte claire; on laisse alors déposer l'eau, on décante la partie qui s'est éclaircie, on recueille le résidu, on le lave, puis on le fait sécher el on le pèse.
u On peut séparer de la môme manière le sablon qui a été môle au sel.
)) Si Ton veut reconnaître si des sels ont été mêlés de sels de varech, on prépare une solution d amidon en prenant 1 gramme
152 SOCIÉTÉS DE CHARITÉ MATERMiiLLE.
(l'aiiiidou cl 50 gramnies d'eau ; ou l'ail bouillir, lorsque la soluliun est préparée; on la laisse refroidir, puis on l'additionne de 20 gouUes de chlore liquide; on agite alors pour que le mélange soit bien exact.
)> Si l'on verse de cette solution amidonnée-chlorée sur un sel qui contient des sels de varech iodurés, on obtient une coloration qui varie du violet au bleu, selon que la quantité de sel de varech ajoutée au sel est plus ou moins considérable.
i> Les sels qui sont mêlés de sel de salpêtre présentent ce caractère que le grain d'une partie de ce sel est plus fln.
» Ce sel, traité par l'eau amidonnée-chlorée, se colore; si l'on en prend une portion, et qu'on la mêle dans un verre k expérience avec de la limaille de cuivre, et qu'on traite par l'acide sulfurique, on obtient assez souvent des vapeurs nitreuses rutilantes ; ces vapeurs, reçues sur un papier qui a été enduit de teinture de gaïac, prennent une teinte bleue. » *
Bibliographie. — Mémoire êur les marais salante des provinces d'Aunis cl Jt Sainlonge, par Bcaiipicds-Duménil. Lu Rochelle, 1765. — Description des salines du goueernement d'Aigle, par F. •A. Deleuze. Yverdiin, 1776, in-S. — Règlement général et notice sur les marais de C arrondissement de Marcnnes, par M. Leterme. Rocheforl, 1826, iii-8. — Sut les causes de l'insalubrité de l'air dans le voisinage des marais eu communication avec la mer, par G. Giorgini {Annales de cMmie et de physique, t. XXiX). — Mémoire sur la salubrité des garnisons de la Charente^ |Kir M. Godelicr {Hccucil de mém, de mcd. mi/tf., Paris, 18Â1, t. L). — Rapport sur les marais salants, par F. MùWer {Mémoires de V Académie de médecine, Paris, 18Â8, t. XllK p. 611 à 723). — Des engrais inorganiques en générale et du sel marin en particulier^ 'par M. Becquerel. Paris, 184b, iii-1?. — Dictionnaire des falsifications, par Chevallier. d«édit., Paris., 4857.
!9i:PARATIâlJR.S (Appareils). — Voy. Fosses d'aisances, Vidange.
'^H, — Vot/, CiMETJÈKE, Inhumation.
fliE%^Hi%.€SK. — Voi/. NoLKRicEs (Ulueaux de), Maisons d'au:oi
ClilMENT.
MIiti!lk« — \oy, Cailloiteuks.
MLOS.— Vui/. Ule.
MIROP^. — Vof/. Glycose, Slcre.
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D*ACC01CI1£MENT.
SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUEtS. 155
S0ClriSTi»li BB AECeiIBS MlJVIJBIiS. — Au nombre des institutions qui doivent le plus contribuer au bien-ôlrc des classes pauvres et à raniélioration de la santé publique, on doit compter les Sociétés de prévoyance ou de secours mutuels.
Quoique d'origine ancienne, ces sociétés n*ont pris véritablement leur essor que dans ces derniers temps et sous l'impulsion généreuse de TEmperenr. Elles intéressent trop directement l'hygiène des populations pour que nous n'en fassions pas connaître sommairement l'organisation actuelle, qui comprend presque tous les points de In France. Mais, auparavant, nous indiquerons d'une manière succincte ce qui existe h cet égard en Angleterre.
Le nombre des individus, hommes, femmes et enfants faisant maintenant partie des sociétés d'amis {friendly societm)^ est de près de deux millions, et le capital déposé par elles dans les caisses de rËtat s'élève au chiffre de 80 millions de francs. Leurs autres placements peuvent être évalués à 60 millions. La société connue sous le nom d'Union de Manchester se compose d'à peu près 600000 membres, et elle reçoit tous les ans la somme de 250 000 livres sterling (6 250 000 francs).
Une autre association, celle des faresters^ comprenait à elle seule, en 1869, plus de 250 000 membres. Le 5 avril de cette môme année, le procureur général de la reine annonçait au parlement qu'il exis* tait 3&200 sociétés de secours mutuels dans la Grande-Bretagne. Le nombre total des membres était évalué à U millions, et leurs cotisa^ Uons pouTaient approximativement former un capital de 150 millions.
Il y a en Angleterre une infinité d'autres associations qui, sous le nom de clubs, ont pour but de garantir leurs membres contre diverses éventualités. « II n'y a peut-être pas d'ouvrier, dit M. Legoyt, qui n'appartienne au moins à l'un de ces clubs; le plus nécessiteux est quelquefois membre de plusieurs d'entre eux, comme le Médical cthb^ le Burial club (club qui garantit une somme pour les enter* rements), le Clothing club^ qui garantit la propriété d'un cottage à chaque assuré.
» Dans les villes du Nord principalement, tous les ouvriers souscrivent au moins à un Building club et à une freehold Society qui garantit à ses membres la propriété d'un morceau de terre donnant au moins un revenu de 65 shillings, et par conséquent conférant la franchise électorale à ses possesseurs. Ces sociétés achètent de vastes propriétés qu'elles morcellent et répartissent par lots entre leurs associés. »
Dans notre pays, une Commission supérieure d'encouragement et de surveillance des sociétés de secours mutuels instituées par le gouvernement a récemment adressé à l'Empereur, par l'organe de
134 SOCIÉTÉS DK SEGOl R8 MUTUELS.
rhonorable M. de Melun, un rapport que l'on ne peut manquer de lire avec un vif intérêt, et auquel nous joindronsll'exposé de quelques faits particuliers propres à jeter du jour sur cette question impor* tante et neuve. Deux points surtout méritent une attention toute spéciale, et ont été justement signales dans ce remarquable rapport. Ce sont ceux qui ont trait à la statistique proportionnelle des maIadie^ et des décès, non-seulement dans la généralité delà classe ouvrière, mais surtout dans chacune des diverses professions. Or, les tables de maladie et de mortalité n'ont point encore été établies de ma* nière à guider les sociétés qui se fondent ; c'est ce qui a fait dire avec beaucoup de raison à M. Hubbard : « Le point de vue de la profession a été jusqu'ici assez négligé; c'est en vain qu'avec les travaux effectués on chercherait à dresser une liste des professions d'après leur degré d'insalubrité, les éléments feraient totalement défaut pour la préparation d'une telle liste. Nous croyons que ce sujet devrait attirer aujourd'hui l'attention des statisticiens, car il serait fort utile aux sociétés composées d'ouvriers appartenant à des professions spéciales de savoir si les chances de mortalité ou de maladie résultant de l'exercice de leur profession dépassent ou non les chances moyennes assignées à la classe ouvrière. » M. Hubbard a. du reste, tenté lui-même de combler cette lacune, et a publié deux labiés que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici.
D'un autre côté, en ce qui touche la mortalité générale, M. PieriT Vinçard a fait quelques remarques que nous croyons utile de citer : (t Afin de prémunir les sociétés mutuelles contre les illusions qu'elles ont encore à l'égard des pensions, nous croyons qu'il faudrait procô- (1er en France comme on l'a fait en Angleterre ; aucune société ne devrait se fonder qu'étant établie sur des bases scientifiques. Mais, nous sommes forcé de le répéter, rien encore de précis n'existe en France, soit comme tables de maladies, soit comme tables de mortalité. Les principaux travaux tentés jusqu'à présent sont:
» !• I^ table de mortalité de Deparcieux, extraite des registres^ des tontines françaises établies en 1689, 1706, 1709 et 1734; ' }) 2* Les tables de Ihipré de Saint-Mnuret Bnffon, revues en 1779, par Saint-^ynui;
n 3" Analyse de r influence de la fteiite vfhole attr la mortalité, publiée en 1806 par Dcvillard, qui y ajouta de nombreux faits relatifs à la mortalité en Fmnre pendant quelques années antérieures à la rév*>iution. Mais, cimmie le dit M. Mathieu : a II est survenu depuis eette époque des rhaugrnients n(»tables dans les divers éléments de la population, et la table d(> Duvillard donne une mortalité trop mpid«^ pour l'état actuel de la population en France. »
» Les deux tables de Deparrieux et de Duvillard, qui, aujnur-
d'bui encore, font autorité, ne 8*accordeat point entre elles. » D'après Oavillard, sur 1000 individus Agés de vingt-cinq ans, il n'en survivrait que 353 à Tâge de soixante^cinq ans ; tandis que d'après Deparcieux, sur le même .nombre et dans la même période, il en survivrait 51 0.
» W* Les tables de M. de Montferrant, qui, bien qu'elles aient été rarement utilisées, servent à vérifier celle de Deparcieux ;
» 5*" Les travaux statistiques publiés par MM. Benoiston de Cbateauneuf, Yillermé et A. Trébucbet;
)> 6"* Les tables de cotisations proportionnelles aux différents Ages, par M. Debouteville.
» Malgré ces tentatives, on manque encore de données certaines permettant d'établir des tables de mortalité et de maladies à l'usage des sociétés mutuelles. Tant qu'on ne [saura point combien, dans telle ou telle profession, il meurt d'ouvriers chaque année, nous oe croyons pas qu'on puisse assigner une longue existence u ces associations. »
Nous croyons devoir consigner ici quelques renseignements utiles sur les Sociétés de prévoyance établies en France et en Angleterre, et sur la marche à suivre pour la création et l'organisation des sociétés nouvelles, dus à M. Hubbard, secrétaire d'un comité chari* table, qui s'est mis spontanément à la tête de ces établissements philanthropiques :
La grande masse des sociétés existantes se divise en deux caté* ^ries bien distinctes, dont l'une comprend les sociétés entre indi<r vidus de toutes professions, que nous appellerons dorénavant sociétés professionnelles. A Paris, on compte à peu près quatre sociétés de cette dernière catégorie contre trois de la première.
Dans les sociétés entre individus de toutes professions, le principe de la charité domine celui de la mutualité; au contraire, dans les Nociétés professionnelles, la charité ne se montre qu'exceptionnel lement.
I^ charité des sociétés entre individus de toutes professions s'exerce, soit en vertu de principes religieux, soit en vertu de principes purement philanthropiques.
Parmi les trois religions dont les cultes sont reconnus par la loi, et dont les ministres reçoivent im traitement de l'État, la religion juive est peutrôtre celle dont les membres ont le plus l'habitude d'exercer la bienfaisance à l'aide d'institutions mutuelles.
A Bordeaux, à Strasbourg, à Paris, il existe un assez grand nombre de sociétés israélites, qui sont, il est vrai, composées de peu de membres, mais qui contribuent beaucoup à resserrer les liens de ces coreligionnaires. A Paris, seulement, on compte dix-sept sociétés
reliées au Consisloire central ; leur propagation s'explique facilement par la possibilité qu'elle fournit aux juifs de mettre en pratique quelques-uns des commandements de leur religion.
Ainsi, les usages religieux prescrivent à tout fidèle en grand deuil de s^abstenir de tout travail pendant sept jours; les sociétés accordent une indemnité quotidienne aux sociétaires qui observent la semaine de réclusion. Après l'inhumation d'un membre, les sociétaires accompagnent les personnes en deuil jusqu'à la maison mortuaire, afin d'y faire les prières habituelles. Chaque société a un local où se liennent des réunions pour les prières religieuses, et impose à ses membres de veiller les malades, suivant un précepte obligatoire de la religion juive.
Après les juifs, il faudrait placer les protestants. Dans les sociétés que ces derniers ont fondées, la mutualité prend une grande importance, comme elle s'accorde mieux avec le caractère général de leur religion et l'austérité de leurs temples. Sous le titre de Sociétés protestantes de prévoyance et de secours mutuels, ils ont créé, à Paris et à Lyon, deux grandes et belles associations qui, entretenues par la bienfaisance la plus active et la plus généreuse, rendent d'éminents services k une fraction malheureuse de la société. Ici, quoique appuyée sur l'organisation sacerdotale, l'institution n'intervient jamais, comme chez les juifs, dans les pratiques mêmes du culte.
On trouve encore un assez grand nombre de sociétés protestantes à Strasbourg, à Bordeaux et dans le Midi, là surtout où les haines religieuses ne sont pas éteintes après tant d'années d'entière tolérance. Quelques-unes de ces sociétés se font remarquer par des prescriptions dont les unes montrent un sublime esprit de dévouement, et les autres un rigorisme excessif.
La Société protestante de secours mutuels de Mazamet (département du Tarn) repousse honteusement celui qui refuse de veiller un sociétaire atteint d'une maladie contagieuse, mais elle exige de ses candidats qu'ils promettent de fuir à toujours le café et le cabaret.
La religion catholique, proportionnellement au nombre de ses fidèles, a créé beaucoup moins de sociétés que les deux autres reli* gions juive et protestante.
C'est en vain qu'on chercherait dans le nord de la France quelques associations dont elle puisse revendiquer la fondation directe; beaucoup de celles qui existent portent des noms de saints, mais seulement par suite de l'usage consacré par les siècles qui met chcique profession sous le patronage d'un des saints du calendrier; aucune n'a le caractère religieux. Il n'en est pas de même dans W Midi : il existe à Ntmes, à Muret, à Toulouse, à Toulon, et même a
Lyon, des sociélés dont les membres ne se seraient jamais réunis, si, sous rinfluence du lien religieux qui leur est commun, ils n'avaient été poussés & s'entr*aider rautuelieraent. Toutes ces sociétés ne reçoivent que des membres professant la religion catholique, et présentant des garanties de religion ; à Nîmes, où elles sont organisées par paroisses, il faut, poyr être admis, en même temps qu'un certificat du médecin, un certificat du curé. Toutes, à la fête du saint sous l'invocation duquel elles sont placées, simposent extraor^ dinairement pour les frais d'une messe. Souvent l'administration est entièrement mise entre les mains des curés, protecteurs-nés, présidents-nés des sociétés. Un règlement exige un directeur toujours ecclésiastique. Pour le reste, leur organisation diffère peu de celle des autres sociétés ; aucune n'a pris un très grand développement, sauf peut-être celle des Lazaristes, anciennement connue sous le nom de Saint-François-Xamer^ qui avait des ramifications dans les principales villes du Midi, Marseille, Arles, Ntmes. Dissoute à la révolution de février, cette société s'est dep^iis reconstituée sous le patronage de saint Joseph ; mais son importance a beaucoup diminué : elle ne comprend pas aujourd'hui 300 membres, et ses recettes sont inférieures à 700p francs.
Quant aux autres sociétés entre individus de toute profession, où intervient encore la bienfaisance, mais seulement en vertu de principes purement philanthropiques, les unes doivent leur existence au patronage des sociétés libres, instituées pour la propagation des arts, des lettres ou des sciences; d'autres à l'action intelligente des conseils municipaux ; le reste, au zèle d'honorables citoyens.
C'est ainsi que la Société industrielle de Nantes et la Société académique de Saint-Quentin ont organisé, l'une depuis 1832, l'autre seulement depuis 182^7, deux Tastes sociétés dont les effets. ont déjà été utilement sentis par les ouvriers de ces deux villes. Les sociétés de Douai, de Valenciennes, de Boulogne, de Cambrai, sont Tœuvre des conseils municipaux de ces villes, qui participent toujours à leur administration.
Dans ces derniers temps, plusieurs compagnies de la garde nationale, profitant du lien créé par le voisinage entre leurs différents membres, ont cherché à resserrer ce lien en s'associant en sociétés motuelles. La franc-maçonnerie n'a pas tout à fait disparu : certaines loges accordent, en cas de maladie, des traitements fixes qui les assimilent absolument aux autres associations.
Lorsqu'une grande ville, comme Paris par exemple, renferme dans son sein un grand nombre d'individus du môme pays, soit des étrangers, comme des Suisses, des Belges ou des Allemands, soit des nationaux du même département, comme les habitants du Puy-de-
138 SOCUtlTËS DK SECOURS MUTUELS.
Dôme, de la Creuse, ces individus se groupent souvent en un seul centre, pour se prêter aide et assistance, Dans ces dernières années, on a vu se généraliser beaucoup de ces associations entre des hommes ayant appartenu au mémo établissement d'instruction publique.
De généreux citoyens de Metz et de Nancy ont doté ces deux cités d'institutions de prévoyance, dont elles se montrent justement Hères; ce que la générosité a fait dans ces villes, l'intérêt éclairé est égale* ment parvenu à le réaliser à Bordeaux et à Paris; des hommes intelligents, entreprenant comme une affaire industrielle la création de ces sociétés de bienfaisance et de mutualité, sont parvenus par leurs efibrts à réaliser, dans les classes aisées, des subventions suffisantes pour assurer contre la maladie un grand nombre d'ouvriers ù qui ils ne réclamaient qu'une très faible cotisation.
Il n'y a pas, dans toutes les sociétés entre individus de toutes professions, deux classes de sociétaires : les uns cotisant et ne recevant point de secours ; les aj^tres cotisant et recevant des secour».
Dans la capitale et les plus grandes villes de France, on trouve un très grand nombre de sociétés de cette nature, exclusivement mutuelles. A Paris, par exemple, où il y a près de cent sociétés» entre individus de toutes professions, il en est à peine quinze qui admettent ce qu'on nomme des membres honoraires; les autres veulent que tous leurs membres soient soumis aux mêmes conditions. Celles-ci s'administrent elles-mêmes, observent assez rigoureusement les règles primitives qu'elles se sont imposées, se recni* tent par les soins des principaux fondateurs qui mettent leur amour* propre dans les succès de leur œuvre, et exigent enfin de leurs membres des habitudes d'économie et de sage moralité que le:» autres ne peuvent aussi fructueusement imposer.
Depuis quelques années, un tix's grand nombre de communes se sont organisées en sociétés mutuelles : c'est un point très important, car tant que cette organisation ne se sera pas généralisée, il sera bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'établir dans les campagnes une bonne distribution du service médirai.
Nous avons dit que, sauf quelques exceptions, les sociétés proro>sionnelles étaient exclusivement basées sur le principe de la inulu.ilité. Voici quelques-unes de ces exceptions. Il a été créé en 1850, sous le pati*onage de la chambre de commerce de Lyon, une caisse de secours et de retraites pour les ouvriers et employés de la fabrique de soie, laquelle caisse a été gratifiée d'une partie du produit d'une perception de 6 centimes par kilogramme de soie soumis à l'opération du conditionnement calculé sur le nombre des sori#»taires.
Dans quelques grandes mines, usines, fabriques et chemins de fer, les propriétaires et administrateurs subventionnent les caisses de secours établies entre leurs ouvriers d'une somme proportion^ uelle à la masse des salaires qu'ils leur payent. Les maîtres tailleurs de Paris ont formé entre eux une société philanthropique pour secourir, en cas de maladie, vieillesse ou infirmités, les ouvriers et ouvrières qu'ils emploient, Lorsqu'un ouvrier employé par un mcm* bre de la société tombe malade, il s'adresse à son patron, sur une lettre duquel on lui accorde des secours en argent et en nature, et les soins médicaux dont il a besoin.
Les sociétés professionnelles exclusivement mutuelles sont la liasse la plus importante des sociétés de secours mutuels, tant pour leur nombre que pour leur caractère. Ce sont celles-là surtout dont les progrès nous intéressent, et dont nous désirons le développe* ment; c'est surtout leur prospérité que nous avons en vue dans nos travaux; car cVst là, et là seulement, que le travailleur intelligent »e sufHt à Iui*n)ôme et se garantit des tristes éventualiiés auxquelles il est exposé, sans recourir à l'assistance publique ou privée.
Toutes les sociétés sont assez généralement construites sur les mêmes bases: elles ne dlifôrent entre elles que par le nombre des buts qu'elles se proposent. Les unes sont composées exclusivement de patrons ou d^ouvriers; les autres reçoivent également ouvriers et IKitrons. Parfois elles se restreignent à un seul atelier, d'autres fois elles s'étendent à plusieurs; il en est qui embrassent toutes les branches d'une môme industrie, mais ce dernier cas est malheureusement rare : la crainte de voir revivre les anciennes corporations a toujours été un ftcheux obstacle à leur propagation.
On peut citer, comme modèles de ces sociétés, celle des gantiers de Grenoble, celle des tourneurs, monteurs vi ciseleurs en bronze de Paris, dite du Bon accord; celle des ouvriers porcelainiers de Paris; enfin celle des mégissiers, tanneurs et corroyeurs d'Annonav.
Nous n'avons point parlé jusqu'ici de sociétés de femmes ; il eu existe* cependant, bien qu'elles ne soient pas en assez grand nomlm^. A Paris, les femmes sont admises dans quelques-unes de ces assfn ciations bienfaisantes et mutuelles que nous avons indiquées plus haut; mais nous ne connaissons pas dans cette ville de sociétés formées et administrées par elles seules. Il en existe, au contraire, et de très bien organisées, à Grenoble, Limoges, Lodève, Romans 'hrôme) et Mazamet (Tarn).
tin en compte sept à Grenoble : la fondation de la plus ancienne remonte à 1822; leur administration n'a jamais suscité aucune de ces difficultés que pourraient redouter des esprits prr'^venus. Loin de délourner les sociétaires de l'esprit de ftimille, elles les font perse-
vérer dans leurs devoirs. Voici à ce sujet ce qu'en dit M. Rîvier : «Les » sociétés de femmes, comme les sociétés d'hommes, ne veulent » compter dans leur sein que des personnes honnêtes, et veillent » avec sollicitude sur la moralité de leurs membres. »
La jeune fille qui a commis une faute, Tépouse qui a oublie ses devoirs, ne peuvent faire partie d'une société; elles en sont repoussées lorsqu'elles se présentent, ou renvoyées si àéjh elles en faisaient partie.
Les mesures à prendre, lorsqu'il y a lieu d'exclure un sociétaire pour de semblables motifs, sont souvent fort délicates ; il faut ménager une réputation qui n'est pas encore publiquement compromise, éviter d'<ivertir par un éclat un mari outragé.
Dans ces circonstances difficiles, les présidentes savent allier, avec beaucoup de prudence, le tact et l'habileté de leur sexe, et obtenir des démissions volontaires de celles qui ne sont plus dignes de figurer dans l'association.
Enfin, à toutes ces institutions si dignes d'être connues et de servir de modèles, nous devons ajouter celle qui a commencé ses opérations depuis 1852 dans la ville de Verdun (Meuse). Autant que nous en pouvons juger par les documents que nous avons sous les yeux, l'Association de Verdun pour l'extinction de la mendicité est une des mieux conçues, des mieux dirigées, et une de celles qui ont le mieux résolu le problème qu'elles se sont posé. C'est ce qui nous engage à donner quelques détails sur le plan et l'organisation de cette œuvre excellente.
Parmi les associations que nous avons déjà passées en revne> il en est, comme celle de Voiron, qui ont une existence et une administration indépendante; il en est d'autres, comme celle de Saint-Lô, qui se sont fondues avec le bureau de bienfaisance. L'Association de Verdun a son administration et sa caisse particulières; mais elle peut s'entendre et se concerter avec les établissements charitables de la ville.
-Sa principale ressource consiste dans le produit des souscriptions qui sont recueillies tous les ans à domicile. Les habitants sont expressément invités à ne plus faire d'aumônes directes aux mendiants, et à réserver toutes leurs offrandes pour l'Association, qui se charge de les centraliser, de les convertir en aliments, en vêtements et d'en assurer la distribution la plus équitable, la plus éclairée, la plus propre à soulager efficacement l'indigence.
Tous les souscripteurs sont membres de l'Association; mais, pour avoir droit de voter dans les assemblées générales, il faut avoir souscrit pour une somme de 20 francs au moins.
L'Association est régie par un comité permanent composé du
maire de la ville, président ; des présidents des tribunaux civils cl de commerce, du procureur impérial, des curés des difl'creutes pai-uisses, de cinq membres nommés en assemblée générale, des cinq membres du bureau de bienfaisance, du trésorier et du secrétaire, s'ils remplissent leurs fonctions gratuitement.
Le trésorier et le secrétaire sont désignés par le comité, soit dans son sein, soit en dehors. Ils peuvent être rétribués, et dans ce cas le comité iixe leurs appointements.
Le trésorier fait les recettes et les dépenses, et il en tient le registre. 11 paye sur des mandats signés par le président, et appuyés de pièces justificatives.
Le secrétaire est chargé de tenir un registre contenant les noms et demeures des indigents susceptibles d'être secourus, les causes de leur admission, et tous les renseignements utiles à consulter; il tient également un second registre sommaire des recettes et des dépenses déjà inscrites en détail sur le registre du trésorier, enfin un registre des délibérations.
L'assemblée générale des souscripteurs est convoquée tous les ans par le maire pour entendre le compte que le comité permanent doit lui rendre de sa gestion, et pour procédera Télcction des cinq membres qui doivent faire partie de ce comité, et de trois membres adjoints qui doivent les remplacer en cas de besoin.
Un point par lequel cette Association se distingue de celles que nous connaissons déjà, c'est le concours important que lui prêtent les dames de la ville. Ainsi le comité désigne quarante dames de charité pour visiter les indigents et l'éclairer sur leurs besoins. Il divise les divers quartiers de la ville de manière que chacune de ces quarante dames ait dans son ressort un nombre à peu près égal de familles indigentes auxquelles elles sont chargées de porter des secours, des consolations et des conseils.
Le comité désigne également quatorze commissaires qui, chacun dans sa section, viennent en aide aux dames de charité pour visiter les familles indigentes le plus souvent possible, de manière à tenir le comité au courant des changements survenus dans la position de ces iamilles. Ces commissaires doivent employer leur ascendant sur les chefs de famille pour les décider à envoyer leurs enfants aux écoles, pour leur inspirer le goût du travail et de la propreté, et pour les détourner de l'ivrognerie.
Les renseignements fournis par les dames de charité et par les commissaires servent de base au comité pour dresser la liste des indigents, et pour déterminer la nature et la quotité des secours qui doivent être accordés à chacun d'eux. Aucun nom n'est inscrit sur cette liste qu'après l'enquête la plus minutieuse et la plus sévère. On
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en exclut tout indigent qui ne serait pas domicilié depuis trois ans au moins dans la commune, et tout habitant valide ayant, soit ûq^ ressources personnelles, soit une profession qui le met en dlat dr soutenir sa famille.
Le comité doit priver temporairement de secours, cl il peut même rayer de la liste, après avertissement, tous les chefs de famille qui ne tiendront pas la main à ce que les enfants fréquentent assidûnicnl les écoles, remplissent et exécutent leurs devoirs religieux.
Tout indigent porté sur la liste qui mendiera ou laissera mendier ses enfants est privé de secours pendant un délai de cinq à quinze jours, et, en cas de récidive, pendant un ou deux mois. A la troisième infraction, il sera rayé définitivement.
La privation temporaire de secours et la radiation définitive peuvent également être appliquées à ceux qui seront signalés comme fréquentant les cabarets ou qui seront rencontrés en étal d'ivresse.
Ceux qui auront été condamnés à la peine de l'emprisonnement, prononcée par jugement correctionnel, seront rayés immédiatcmeiil de la liste; mais ils pourront y être réintégrés lorsqu'ils auront mérité cette faveur par une conduite irréprochable pendant troi^ mois au moins, après l'expiration de la peine.
Les pauvres sont divisés en deux classes, dont la première comprend les aveugles, les paralytiques, les infirmes, les vieillards, 1rs chefs de famille surchargés d'enfants en bas âge, et tous ceux qui sont incapables de travailler.
Les pauvres de cette classe reçoivent des secours permanents, ri sont considérés comme pensionnaires de l'Association jusqu'au moment où ils pourront être admis à l'hospice.
Les enfants patronnés et mis en apprentissage sont aussi rangés dans cette catégorie.
La seconde classe de pauvres ne re(;oit que des secours lerapciraires ; elle se compose des malades, blessés, femmes en couches ou nourrices, des enfants abandonnés ou orphelins non encore admis à l'hospice, enfin de tous ceux qui se trou\*ent dans le besoin par une circonstance extraordinaire. On doit y ranger aussi les enfants que leurs parents ne pourraient habiller convenablement pour la première communion.
Tous les secours sont donnés eh nature, appropriés et proportionnés, autant que possible, aux besoins réels.
Us consistent en pain, viande, soupes, bouillons, légumes, vêlements, linge, médicaments, bois de chauffage et autres objets de première nécessité.
Ils peuvent aussi être appliqués au payement des loyers» d^habi-
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tation et de terrains destinés à la culture de pommes de terre et autres légumes.
On ne doit accorder des secours en aident que dans des cas d'exception très rares.
La direction du vestiaire et de la lingerie est confiée à une dameéconome que les dames de charité choisissent entre elles.
Les couvertures et le linge autre que celui de corps ne sont que prêtés aux indigents; ceux qui les rendront en mauvais état perdront pour l'avenir leur droit à ce genre de secours.
Le point difficile, dans toutes les entreprises de cette nature, c*est de fournir du travail aux indigents valides. La question n*admet guère de solution absolue et générale : on la résout comme on peut, selon les lieux et les circonstances. A Verdun, TÂssociation achète des matières premières, lin, chanvre, étoupes, qui sont distribuées peudant la mauvaise saison au)c femmes sans travail. Ces matières ^ont exclusivement employées à la confection des efl'ets d'habillement et de literie destinés aux indigents. Quant aux hommes valides sans travail, le comité sollicite leur admission dans les ateliers, soit publics, soit particuliers. Le travail est certainement le genre de î^ecours le plus utile et le plus moral que Ton puisse fournir aux indigents, mais il est le plus difficile.
Nous voyons aussi que l'administration des hospices de la ville de Verdun offre k l'Association d'accueillir gratuitement le plus grand nombre possible des mendiants. De leur côté, les médecins de la ^illc s'engagent à prêter indistinctement les secours de leur art aux indigents qui le réclameront, et les pharmaciens à fournir aux prix de revient tous les remèdes nécessaires.
Telles sont les principales dispositions du statut qui régit l'Association de Verdun.
Voici maintenant les résultats auxquels elle est arrivée dans la première année de son existence. Nous empruntons ces détails au rapport qui a été présenté par le comité permanent à l'assemblée générale. Les recettes se sont élevées pendant ce premier exercice au chiffre de i6 356 tv. 25 cent* : elles comprennent le produit des souscriptions montant & 16 951 fr. 25 cent.; les dons faits à l'Association, 385 francs; le subside accordé par le gouvernement, 1000 francs. Les dépenses forment un total d'environ 15 000 francs; l'excédant des recettes sur les dépenses est, par conséquent, d'environ 2500 francs. Les principaux articles de dépenses comprennent les pensions de seice mendiants, placés chez des logeurs ; les loyers de seize autres mendiants^ les légumes et autres aliments qui leur ont été distribués; le pain des indigents, les étoffes pour le vestiaire, les matières premières pour le travail des femmes, le prix de con-
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icclion ; les cflets de première commuDion, le bois de chauffage, 1rs frais de mise en apprentissage, les subsides accordés à des œuvrer de charité, les frais de bureau, etc. Faible et incertaine à son origine, rAssociation a fait dès cette première année des progrès importanU vers le but qu'elle se propose, et elle est arrivée aujourd'hui à un élatde choses qui lui garantit le succès définitif de l'œuvre. Le personnel des familles indigentes est maintenant bien connu dans sa composition, ses mœurs, ses habitudes, ses tendances, ses besoin> moraux et matériels; l'erreur n'est plus guère possible dans les appréciations. La répartition et la distribution des secours sont organisées et assurées de manière à satisfaire les besoins dans les limites des ressources. La question du travail à fournir aux indigents esl résolue autant qu'elle peut l'être. Les habitations ont été assainies; on y remarque plus d'ordre et de propreté. Les maladies et les affections particulières à la classe pauvre ont déjà perdu de leur fréquence et de leur gravité; les moyens propres à les prévenir et à les combattre sont mieux compris. La mise en apprentissage des enfauls est provoquée dans les familles, et encouragée par des secours alimentaires et autres. Les enfants sont mieux soignés dans leur personne et leurs vêtements, plus surveillés dans leur conduite, reur> fréquentations et leurs jeux ; enfin plus régulièrement envoyés, soit aux salles d'asile, soit aux écoles, soit aux exercices religieux. Le> mœurs s'amendent, les habitudes s'améliorent. Les idées d'ordre, de travail et d'économie prennent racine, la paresse n'ose plus s'avouer ni s'afficher elle-même; le vice de l'ivrognerie est moins commun, moins éhonté. Grâce à cette heureuse impulsion donnée par la charité bien entendue et bien dirigée, la confiance et le courage ^ont entrés et se maintiennent au cœur du pauvre. Il croit maintcnanl aux bonnes intentions de ceux qui vont au-devant de sa misère, } compatissent de cœur, la consolent et la soulagent, et qui, tout en lui tendant )a main, s'étudient à ne le blesser dans aucune do ses susceptibilités légitimes.
Tels sont les résultats auxquels est arrivée l'Association de Verdun eu une année d'existence. On voit qu'ils sont de nature à donner toute confiance et toute garantie sur son avenir.
Le principe moral et fécond de la mutualité n'a pas été accueilli seulement par les classes inférieures. Les professions libérales s'y Mrtil ralliées, et Ton a vu à la tête de ce mouvement se placer le corps médical. Nous tenons à honneur de citer ici les statuts de l'Association générale de prévoyance et de secours mutuels des médecins de France, instituée sous la présidence de M. lUiyer, par décret im]>érialdu 31 août 1858, et dont le rapide développement atteste l'utilile et les bienfiiits.
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