‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité; ou répertoire de toutes les questions relatives a la santé publique. Considérée dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions les établissements et institutions d'hygiène et de salubritéChapitre 35 sur 67 · AV. ET APR. 1771 ET · texte numérisé non relu

AV. ET APR. 1771 ET

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En Suède, les années 1757 et 1758 furent signalées par une extrême disette, landis que les récoltes des deux années qui suivirent fur en très abondantes. Or, d'après Wargentin, il y eut :

NariafM» Meit.

Dans tes deux premières années 38 383 iU2 IM

Dans les deux dernières années. ...•.•• k% 593 122 6^

En Angleterre, les années 1795 et 1800, particulièrement remarquables par la cherté des grains, donnèrent, pour le chiffre des décès, la première, 210 300; la seconde, 208 000, tandis que la moyenne ordinaire n'était que de 193 300.

Mais c'est surtout de la comparaison des années 1816 et 1817, avec celles qui précédèrent et qui suivirent qu'on tire des résultats instructifs.

Dans le royaume des Pays-Bas, il y eut, pendant l'année 1817, 177 600 naissances, 152500 décès, 33 880 mariages. Or, la moyenne a été de 199 200 naissances pour les quatre années 1815, 1816, 1819 et 1820; celle des décès, de 137 000, pour les trois années 1815, 1816 et 1818; celle des mariages, de 42 700 pour les quatre années

1815, 1816, 1818 et 1819. Le prix du blé, qui a été, en moyenne, de 3 à 4 florins, pendant la période de 1819 à 1826, s'était élevé, en

1816, à 10 florins.

Les chiffres relatifs au royaume de Wurtemberg ne sont pas moins significatifs :

Moyenne des mn^. Naissances. Décès.

De 1815 à 1829 67 750 43/^09 10 078

Année 1817 A7 816 50 680 8 300

En France et en Prusse, au contraire, la disette, quoiqu'elle y régnât comme ailleurs, n'influa presque pas sur le nombre des mariages, des naissances et des décès. Dans la monarchie prussienne. Tannée 1817 ne se distingua pas sous ces divers rapports de celles qui la suivirent. En France, on remarque seulement, pour cette nit^me année, une diminution assez considérable du nombre des mariages, qui ne fut que de 205 000, tandis que la moyenne de^ douze années suivantes a été de 233 000; et pour Tannée 1818, une diminution assez forte du nombre des naissances. Cette anomalie s'explique par la position exceptionnellement favorable où se trou* vaient ces deux États, sous un régime de paix profonde succédant à de longues et désastreuses guerres.

Ce qui est encore plus remarquable, c'est que souvent Tinfluence de la disette se fait sentir k des degrés .très différents dans de-

lieux tout voisins les uns des autres et où le prix des grains a été coQstaminent uoifonne. Ainsi, en 1817, les chiffres de la mortalité furent :

Pour le canlon d'Appemell 0,091

— deSainfr-Gall. • • , . 0,050

— de Tnrgovie» 0,046

— d'ArgOfle. ....•,. 0,038

— de Neufchâtel 0,034 •

On pourrait conciui*e de ces données et de celles du même genre que la statistique fournirait, quels sont, entre plusieurs districts voisins, ceux où la population s'est le plus approchée de la limite des ^subsistances.

Au reste, la cherté des grains devant se fiiire sentir particulière* ment, et même exclusivement, aux classes les plus pauvres et aux êtres les plus farbles de la société, les résultats que nous étudions seraient bien plus saillants si Ton pouvait connaître. la mortalité relative des enfants, des vieillards et des pauvres, dans les années de disette. On peut s'en faire une idée par l'accroissement du nombre des admissions dans les hospices et les hôpitaux.

Ainsi, dans les hospices d'enfants trouvés de la Belgique, où ce nombre n'était, en moyenne, que de 3000 par année, il s'éleva, en 1817, à 4000. Dans la maison des Enfants trouvés de Milan, le chiffre des admissions s'éleva, pendant cette même année, à 3082, tandis que la moyenne des huit années suivantes ne fut que de

A ces renseignements, puisés dans un ouvrage qui est regardé avec raison comme classique pour la branche spéciale de statistique à laquelle il est consacré, nous ajouterons quelques données relatives aux années 1846 et 1847.

M. Moreau de Jonnès, dans une note communiquée par lui à l'Académie des sciences morales et politiques, a constate^ que les mouvements de la population de la France, pendant l'année 1847, ont été soumis à une longue et violente perturbation, dont il n'hésite point à chercher la cause dans la disette causée par le déficit des récoltes en 1846. Pendant les six premiers mois de 1846, dit-il, le blé a valu constamment 22 francs l'hectolitre. Il augmenta ensuite de prix chaque mois jusqu'ciu onzième, et à la fin de mai 1847 il valait 38 francs, par un terme moyen général, et fort au delà de 50 dans son maximum local. L'influence de la disette sur les mouvements de la populatioaest restée inappréciable pendant les derniers mois de 1846, lors même que le prix du blé s'était éle\Y» a 28 francs.

Il est probable que les ressources des familles indigentes n*étaient pas encore tout à fait épuisées et pourvoyaient à leur subsistance, du nK)ins partiellement; mais, quand la valeur de l'hectolitre de froment dépassa 30 francs, en janvier 18/^7, et continua de s'accroître jusqu'en mai et juin, il se produisit dans la population des villes et des campagnes des effets désastreux analogues à ceux qu'enfantent les maladies épidémiques ou contagieuses les plus redoutables. La mortalité s'augmenta, les mariages furent suspendus, et 65 000 enfants manquèrent à naître. Ta population totale, au lieu de s'accroître, comme l'année précédente, de 152 000 habitants, ou comme en 1865. de 2S7 000, ne gagna par l'excédant des naissances sur les décès que le chétif nombre de 64 800 personnes, accroissement inférieur de 73 pour 100 k celui qui avait eu lieu deux ans auparavant.

Les mouvements de 18/i7, comparés à ceux de l'année précédente, présentent les termes généraux ci-après :

18&6. iW.

Nalnances. 083/^73 918 581 DëfidL . . . 6ft 892

Décès. 831 A98 856 026 Excédant. • • 24 528

Mariages 270 633 2â9 777 Déficit. • • • 20 636

Accroissement annuel. 151 975 62 555 Déficit. • • . 89 A30

M. Charles Dupin, dans un travail, présenté aussi à l'Acadénaie, sur les rapports du prix des grains avec les mouvements de la population, n'a point contesté ces résultats, ni la vérité qui en ressort si évidemment, quoiqu'il ait émis, sur l'année 18^7, une opinion moins défavorable que celle de M. Jonnès, qui la regarde comme une des plus désastreuses au point de vue de la mortalité.

Ajoutons un exemple récent et non moins frappant emprunté à M. Villermé. La maladie des pommes de terre et la mauvaise récolte des céréales, surtout du seigle, survenues, la première en 181^5, la seconde en 18(i6, ayant occasionné l'insuffisance des aliments dans le royaume belge, une partie de la population fût en proie aux rigueurs de la disette, je pourrais dire de la famine. Ce malheur lit considérablement accroître le nombre des morts, Qt diminuer celui dès naissances ainsi que des mariages. Les chiffres suivants, tous extraits des mouvements annuels et officiels de l'état civil en Belgique* en sont des preuves :

Déoèa deb l'*aBD^

Déei».

Année*.

Bnfftnit n^ viranU,

MariagM.

de la TÎe.

TotMOU

Décès

Décès.

de la 1'* année

Aiméas.

EaCtnU nés tivtnCs.

Mariages.

de la vie.

ToUnx,

iSÂA.

I8âô.

II semble résulter de ce tableau que rinfluence de la disette a porté, savoir :

Pour les naissances, sur \Sk6^ seconde année de la crise alimentaire, puis sur 1 84 7 et 1848;

Pour les mariages, sur 1846 et 1847 ;

Pour les décès totaux, sur la période quadriennale de 1846 à 1849 inclusivement.

Mais le chiffre de 1849 comprend 23027 victimes du choléra épidémique. Par conséquent, Tefiet de fa disette n'a pas été, cette annéelà, tel qu'il parait être d'abord, si môme elle est entrée pour quelque chose dans la mortalité générale.

Quant aux enfants de zéro d'âge à un an, ils ne laissent apercevoir ni l'action du choléra ni celle de la disette. Ceci rend vraisemr blable, du moins en apparence, que la tendre sollicitude des mères n'a fait défaut à aucun d'eux, malgré la profonde misère et les angoisses extrêmes où les deux fléaux ont plongé un si grand nombre de familles.

Les moyens de prévenir les disettes ne sont pas du ressort de rhygièoe et appartiennent plus spécialement à l'économie politique. Cependant nous ne résistons pas au désir de citer un travail d'un des membres les plus distingués de l'intendance militaire, M. Haussmann, travail doublement intéressant par l'importance actuelle du sujet et par l'esprit pratique et les connaissances spéciales de l'auteur. A l'aide de calculs qui ne diflèrent pas sensiblement des docu* meots statistiques que nous avons produits, il est arrivé à évaluer le total des besoins annuels pour la partie de la population qui fait usage du pain et pour l'ensemencement de la terre à 80 millions d'hectolitres de grains, tandis que la production moyenne n'est, en réalité, que de 79 250 000 hectolitres. L'importation de blés étrangers fournit le reste. U y a donc nécessité de prévoir les cas où les mauvaises récoltes ne peuvent être couvertes par celles qui, dans les années d'abondance, dépassent la moyenne, et où la disette est

TABmil» — 1NCT. D*HT6. T. IV. 14

210 SUBaSTANCES.

imminente. Les moyens proposés par M. Haussmann, qui semblent pratiques et d'une application assez facile, mais qui auraient besoin d'ôtre consacrés par Texpérience, consistent spécialement dans l'extension des achats de blés à l'étranger et des importations pour les grands approvisionnements publics, pour les subsistances de Tannée, par exemple, des hôpitaux, etc.; dans la formation des réserves municipales obligatoires pour chaque ville, à laquelle la boulangerie serait appelée à concourir ; enfin dans la culture pfns répandue des substances alimentaires d'un produit abondant et facile les plus propres à la panification* Gomme exemple de ce dernier moyen, et par suite de cette idée fort juste que Tusage du pain est, par malheur, singulièrement exagéré en France, M. Haussmann propose l'emploi d'un pain où la farine de maïs serait mélangée pour moitié ou pour un tiers à la farine de froment ; ce qui, pour les habitants des campagnes, aurait l'avantage d'économiser à la fois l'argent du cqnsommateur et une quantité de 20 à 25 millions d'hectolitres de blé sur la consommation totale du pays ; et d'être, en outre, de bien meilleure qualité que celui qu'on mange dans la plupart de nos campagnes.

Sabslstances animales. -«Noas avons terminé l'exposé des faits qui se rattachent aux subsistances fournies par le règne végétal et dues au travail agricole ; quelque incomplet que soit cet exposé, il peut cependant montrer la nécessité absolue de suppléer à l'irrégularité et à l'insuffisance de la production, et de &ire entrer pour une plus large part dans l'alimentation les produits des animaux; puisque indépendamment de l'importance physiologique de l'usage de la viande, il y aurait là un moyen assuré et supérieur à tout autre d'améliorer l'alimentation des peuples et de prévenir les disettes. A cet égard, tous les économistes, tous les médecins, sont unanimes pour réclamer l'accroissement de la consommation de la viande ; et le gouvernement se montre empressé à seconder de tous ses efforts ce mouvement salutaire.

Le décret qui abaisse dans une forte proportion les droits à Tim* portation des bestiaux et des viandes fraîches et salées est un pre^ mier, un très grand pas fiiit vers la transformation que nous appelons de tous nos vœux. Mais, ainsi que le fait Justement remarquer M. Cador, pour que cette mesure trouve aux yeux des éleveurs une juste compensation, il ne faut pas que le gouvernement s'arrête à ce premier décret. Les douanes intérieures, les octrois, doivent aussi être modifiés ou supprimés. C'est en portant résolument la main sur les taxes exorbitantes perçues par les villes sur la viande de boucherie, et en remplaçant ces taxes par des centimes additionnels, que l'important décret du 14 septembre aura toute^ son efficacité. A

quoi bon, en efl*et, briser les barrières extérieures, si Ton doit laisser subsister à Tintérieur les mille obstacles créés par les octrois?

Le savant M. Payen, dans une publication récente très digne d'être connue, est venu appuyer ces considérations par Texposé statistique suivant que nous lui empruntons.

La production de ia viande fait encore défaut en France, ainsi que la production des diverses substances animales qui pourraient y suppléer jusqu'à un certain point, le lait, les œufs, le fromage, etc. En effet, on obtient annuellement :

De Fespèce bovine 302 000 000 kllogr.

Des espèces ovkie et eapdne. • • ^ * 88 000 000

De l^pèce porcine 316 000 000

équivalent en volailles, gibier, poissons, œofo, fro*

mages ». • 280 000 000

ToUl 980 000 000

La population de la France étant évaluée à 35 millions d'individus, on voit que la quantité moyenne de viande ou d'aliments équivalents ne dépasse pas 28 kilogrammes par an ou 70 grammes 71 centigrammes par jour et par individu, tandis qu'en Angleterre elle est de 82 kilogrammes par an ou 22& grammes par jour. Cette quantité serait insuffisante pour aatisfiiire à une bonne alimentation; mais d'ailleurs il s'en faut bien que chaque individu, dans les campagnes, puisse disposer de cette quantité ; la part est d'autant moindre que Taffluence de ces denrées alimentaires vers les centres de populations agglomérées en met à la disposition de chaque habitant des villes une plus forte quantité.

On donnera une idée des différences considérables qui existent à cet égard, en indiquant la consommation actuelle dans la ville de Paris. Le chiffre qui s'y était abaissé depuis soixante ans tend à se relever rapidement sous l'influence des modifications apportées récemment dans le commerce de la boucherie, et notamment de la vente à la criée qui a été instituée et qui s'étend chaque jour dans les marchés de la capitale. Nous nous bornerons à indiquer le total de la consommation de la ville de Paris en denrées animales pour 1852 :

Viande de boucherie et de charcuterie 72 815 302 kilogr.

Fromages {équivalent en viande), •••-••.••• 1 996 118

Marée et poissons d*eau doace (id.) 8 620 008

Volaille et gibier (tU) 995 000

OEofo (td.). 2 /il2 500

Lait (id.) 12 500 000

ÊcreviiieBi homards, sardines, anchois, pâiét, tic* • 150 000

Huîtres. 2/^1890

Totol UFÏÏÏTÎO"

En admettant que la population de Paris soit égale à un million d'individus, on voit que chaque habitant consomme en moyenne par an 9k kilogrammes /ii/^ grammes de viande, y compris l'équivalent de la viande en autres produits animaux, ou 358 grammes par jour.

Il est intéressant de rapprocher de ces faits un document que nous devons à deux observateurs aussi éclairés que consciencieux, MM. Loiset et Bergasse, et qui peut donner une idée du mouvement qu'a suivi la consommation de la viande dans ces dernières années au milieu de deux des principaux centres de population de notre pays, Lille et Rouen* et la relation qui existe entre ce fait et le mouvement de la population. Notons auparavant qu'en i8&0, la consommation était évaluée à 20 kilogrammes 50 centigrammes par individu pour la France orientale prise en masse, c'est-à-dire villes et campagnes réunies; et à 50 kilogrammes par habitant dans leschefblieux de départements et d'arrondissements étudiés séparément; quantité qui n'aurait pas sensiblement varié de 1816 à 1832.

En récapitulant et en mettant en regard les résultats généraux recueillis dans les anciennes capitales de la Flandre française et de la Normandie, relativement à la consommation de la viande de boucherie, on constate qu'une liaison très étroite unit le régime animal des populations de ces deux grandes cités.

L'abatage moyen porte, en effet, par an et par 1000 habitante :

A Ulle, sar A23 animaux de diverses espèces et catégories ; A Rouen, sur 511.

Ces animaux se répartissent de la manière suivante :

Bœufi, vachet, Unnavi, gonitMf.

A Ulle 80

A Rouen 86

Calculé sur ces données, et en y ajoutant la viande foraine introduite dépecée, l'abatage de chactme de ces deux villes donne, par habitant et par an, une quote part moyenne, savoir :

A Ulle, de Ii^^^^,^b2

A Rouen, de /i5^",670

Se décomposant de la manière suivante :

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