‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité; ou répertoire de toutes les questions relatives a la santé publique. Considérée dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions les établissements et institutions d'hygiène et de salubritéChapitre 38 sur 67 · SUETTE MILIAIRE · texte numérisé non relu

SUETTE MILIAIRE

cence marquée dans tous les symptAroes et principalement dans le mouvement fébrile; elle peut sa développer rapidement sur tonte la surface du corps, ou rester circonscrite à quelque partie; elle est discrète ou confluente. Des palpitations, des battements à Tépigastre, et ce resserrement qui se propage au oou et aux épaules, et détermine souvent des accès de dyspnée très douloureuse, de l'agitation, de rinsomuie, dans quelques cas, du délire, se montrent à cette période de la maladie ; des aphthes et des fausses membranes se développent quelquefois sur les gencives. On observe aussi rarement uo engourdissement et même une paralysie de certains muscles, et des hémorrhagies par différentes membranes muqueuses. Lorsque la suette est bénigne, la durée totale de Téruption est de six à huit jours; les vésicules qui contiennent un liquide se dessèchent, et une desquamation s'opère; la langue se dépouille lorsqu'il y a eu une éruption sur la muqueuse buccale. Les accidents diminuent progressivement et disparaissent complètement du huitième au dixième jour. La suette grave se termine quelquefois par la mort le premier ou le deuxième jour, au milieu d'accidents nerveux variés, ledélire, lecoma, les convulsions. D'autres fois la mort parait résulter de la constrictioa épigastrique et de l'angoisse, et est précédée de syncope. Généralement elle arrive le troisième ou le quatrième jour, précédée de douleurs à l'hypogastre et de dysurie. La terminaison peut être beaucoup plus tardive dans le cas de complication ; ou voit alors des inflammations gastro4ntesUnales plus ou moins intenses, des pneumonies, des désordres du côté de la vessie, qui entraînent la mort, mais seulement à la Un du premier ou du second septénaire.

La suette existe souvent sans interruption ; il est beaucoup plus douteux qu'il existe une fièvre miliaire sans sueur. Quant aux variétés que présente l'éruption, on peut distinguer une miliaire rouge, formée surtout par des papules surmontées de très petites vésicules transparentes, et une miliaire huileuse, dans laquelle les vésicules prennent un accroissement plus ou moins grand et ont la forme de bulles.

La suette laisse souvent après elle, dans la convalescence, des palpitations, des inflammations gastro*intestinales plus ou moins intenses, quelquefois des éruptions de furoncles ou de pustules, û^ecthyma, et dans quelques cas seulement un affaiblissement notable. Les écarts de régime amènent des rechutes qui sont le plus souvent sans gravité.

La suette miliaire, le plus souvent épidémique, parait propre à l'Europe septentrionale et centrale; elle s'est montrée un grand nombre de fois en France sur divers points, et principalement en Picardie et en Normandie: elle reste sporadique et endémique dan<^

SUETTB MIUAIRE. 21»

quelques-uns des lieux où elle a sévi épidémiquement. Contagieuse, mais non inoculable, elle attaque tous les Âges et n'est pas exempte de récidive.

Nous donnons ici le texte d'une instruction populaire émanée du Comité consultatif d'hygiène publique, et répandue par les soins de l'administration dans le cours des gmves épidémies de 18A8 et

IlfSTRUCTIOlf POPDLAïaa son LA SUETTE.

La suette règne en ce moment sur différents points de la France. Bien que cette maladie soit loin d'Inspirer aajoord*bui les craintes qu'elle excKait antrefob, cer« laines populations s'eD aUiment. La coexistence, dans quelques localités, de la roeiie et du choléra ajoute encore à Tlnquiétude.

Dans cette situation et en présence de préjugés dangereux qù^l Importe de détruire, le ministre de Pagriculture et du commerce, qui met au premier rang de ses devoirs de veiller à la santé publique, a chargé le Comité dliyglène rédiger une iastruciion sur la sueUe et la conduite à tenir dans cette maladie.^

Certaines contrées y sont plus particnllèrement sujettes, Tandenne Picardie, par exemple ; mais aucune partie de la France n'en est complètement exempte ; elle s^est montrée à différentes époques dans le Midi, et il n'y a pas longtemps que des départements du centre en étaient affectés.

Elle sévit dans les campagnes beaucoup plus que dans les villes, et Ton remarque que les localités humides, marécageuses et ombragées y sont les plus fiposéet.

Elle apparaît ordinairement sous forme épidémlque, comme la grippe, la rougeole, etc.

Le voisiDage des eaux corrompues et croupissantes, la malpropreté des maisons et l'altération de l'air en favorisent le développement et en augmentent la gravité, d'où il résulte que la première chose à recommander, dans une épidémie de suette, c'est l'assainissement des lieux, la propreté des maisons et le renouvellement de l'air.

La suette est caractérisée par une sueur continue, plus ou moins abondante, souvent excessive, d'une odeur particulière, et par une éruption.

Tantôt elle se déclare tout à coup ; plus fréquemment elle est annoncée par du malaise, des lassitudes, un certain mal de tète, de l'oppression et de la fièvre. -

Dans bien des cas, la sueur est toute la maladie, et l'on en est quitte en quelques jours.

A ce premier degré de la suette, il suffirait souvent de quelques jours de repos et des soins les plus simples pour en arrêter le développement.

Le plus ordinairement il survient, vers le troisième ou quatrième jour, une éruption, soit partielle, soit générale, tantôt blanche, transparente et perlée comme des grains de millet, d'autres fols rouge, boutonneuse ou vésiculeuse et accompagnée d'une vive irritation à la peau.

Ainsi que dans les maladies éruptives en général , l'éruption est presque tonjours suivie de soulagement*

Cette éruption dure trois ou quatre jours, puis elle s'éteint ; la convalescence

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se prononce, et la gnërlson est bientôt complète. La maladie, en tont, a daré de six àhaitjoan.

Telle est, dans Timmense majorité des cas, la marche simple de la soetle et sa terminaison heareuse.

Les accidenuque Ton observe, les morts que Ton a à déplorer, sont en général, ou le résultat de complications, ou la conséquence de la manière dont se gouvernent les malades.

On se persnade, dans les campagnes surtout, qn^il est absolument nécessaire de tenir les malades très chaudement et de les faire suer. En conséquence, on les couvre avec excès, on les surcharge, on les étouffe pour ainsi dire : on leur donne en même temps des boissons chaudes et excitantes, du vin chaud ; on va même Jusqu'à les empêcher de dormir.

Rien de plus dangereux : c'est presque toujours de \h que viennent les accidents observés, le délire, l'oppression, une fièvre violente, et Ton peut assurer, sans exagération, que ces mauvaises pratiques font souvent plus de victimes que la maladie elle-même.

Dans des épidémies de suette regardées comme très graves et où il mourait, en effet, beaucoup de monde, on a remarqué, et cela encore tout récemment, qu'il suffisait de renoncer à l'emploi de pareils moyens pour voir dimhiuer aussitôt et même cesser la mortalité.

On ne saurait donc trop le dire, la suette en elle-même, et sous sa forme la plus ordinaire, n'est pas, en général, une maladie grave ; la gravité est l'exception et résulte, dans la majorité des cas, du préjugé qui porte à couvrir les malades outre mesure, à leur faire prendre des boissons chaudes et excitantes, et h provoquer des sueurs immodérées.

D'après l'expérience de tous les temps, et les conseils des médecins les plus éclairés et qui ont le mieux observé la]suelte, voici à quoi doit se réduire la con- » duile à tenir dans celte maladie.

!• il faut d'abord éviter une erreur très commune en temps d'épidémie de suette, c'est de considérer comme ayant la maladie toute personne qui est prise d'une sueur un peu abondante : la sueur seule ne constitue pas la suette; il s'y joint le mal de tête et une oppression particulière, avec serrement au bas de la poitrine et au creux de l'estomac.

2® Quand on éprouve, sans cause connue, ces trois choses, |la sueur, le mal de tête et Toppression, il faut rester au lit ; quelques médecins pensent que l'on pourrait s'en dispenser et conseillent de traiter les malades levés.

3*^ Il faut se couvrir modérément, comme on se couvre d'habitude, et même moins que d'habitude ; il suffit, dans les grandes chaleurs, saison ordinaire de la suette, d'un simple drap de lit ou de la couverture la plus légère.

k* A mesure que la sueur vient et que l'on en est imbibé, il faut changer de linge, avec la précaution, bien entendu, de ne mettre que du linge propre et bien sec.

Se persuader qu'il y a avantage à rester dans sa sueur est un préjugé aussi dangereux que contraire 5 la propreté.

5<* 11 faut bien se garder de donner des boissons chaudes, aromatiques oo stimulantes, ou du vin chaud. Il faut donner, au contraire, des boissons adoucissantes et à peine tièdes, ou à la temp<<rature de la chambre.

SUETTE MUJAIRE. 221

Ces boissons seront, sekrn le goût du malade, ane iofnstonde fleurs de mauve, nue décoction d Vge ou de chiendent, de Teau panée, quelquefois une Infusion de fleurs de tilleul ou de feuilles d^oranger, sucrées ou miellées.

Elles doivent être prises en quantité modérée, c*est-à4iire par petites tasses ou deniNverres.

Beaucoup de médecins donnent la préférence à une limonade légère, d*autres au peilt-lait.

L^abbé Tessier, cet ami des cultivateurs et qui leur a laissé, sur iieaucoup de choses, de si excellents conseils, ayant eu occasion, anciennement, de traiter la saelte i Hardivilliers, en Picardie, employait tout simplement de Teau dans laquelle, faute de citron ou d*orange, il faisait infuser un peu d'oseille.

On pourrait conseiller également de Teau de réglisse ou iroe tisane de pomme de reinette.

On ne doit pas craindre d^accorder aux malades, de temps en temps, quelques cuillerées d*eau fraîche.

6" 11 faut en même temps supprimer toute espèce de nourriture solide, et donner tout au plus quelques petits bouillons ou du lait.

7*^ L'air de la cliambre doit être renouvelé souvent. II faut tenir les rideaux ouverts, et même éloigner le lit de la muraille, afin que Talr puisse circuler librement.

8" Bien loin d'empêcher les malades de dormir, il faut respecter leur sommeil et écarter soigneusement tout ce qui pourrait le troubler.

9« SI le mal de tête était un peu violent, on pourrait, en attendant le médecin, donner un bain de pieds auquel on ajouterait de la farine de moutarde ou une pelletée de cendres. On pourrait aussi mettre les mains dans un bain préparé de la même manière, et appliquer des sinaplsmes soit aux j>ieds, soit aux mains.

Par ces moyens, la sueur reste modérée, Téniption se fait bien, et la maladie parcourt ses périodes naturellement et presque toujours sans danger.

On a remarqué que les malades qui se gouvernent ainsi se rétablissent, en général, promptement, tandis que ceux que Ton a chargés de couvertures et auxquels on a fait prendre des boissons excitantes restent très longtemps faibles et ont beaucoup de peine à se remettre.

Ainsi donc, pen ou pas de chaleur ni d^excitants ; des couvertures légères, et des boissons douces, simplement tièdes et même fraîches ; un air pur et souvent renouvelé; la diète ou un peu de bouillon ; quelquefois im bain de pieds ou des ânainsmes : tels sont les moyens à opposer h la suetie dans le plus grand nombre des cas.

Ces indications ne sauraient dispenser de recourir au médecin; Il faut, au contraire, rappeler le pliis promptement possible, car il est des cas qui réclament absolument sa présence. Une saignée est quelquefois nécessaire, particulièrement au début; plus souvent un vomitif et quelques autres médicaments: le médecin seul doit en décider. 11 ne s'agit ici que des soins généraux, de ces soins qui sont da domaine de tout le monde et que Ton peut toujours employer en attendant l'arrivée du médecin.

BiblîofrAphîe. — Hijfotre oie iVjn'if^nie de tuette miUaire qui a régné en 18S1, ùauU département de l'Ote, par P. Rayer* Paris, 1823, ln-8. -- iiiêtoire de Vipi*

démit iê nuttê tHUiaIre fui a régné dànê U iépûrtemeHî Ht U Dordogne, par H. Parrot {Mimoirea de VAcadémit de médecimê. Pirit, 18A8, t. X, p. M6). * Contidérmiioni sur V épidémie de «Mifa miiimrt pdarigndd P0tftèr«, por M. Gaillartt Ia-8» 18&5, — Àrehiwet de médeeine^ 1861, t. XXIX. — Goutte médiealet &889* — Rmpfori wr la suette mÛiaire, par J. Guérin {Mémoires de l'Académie de médecine^ iSSS, L XVlIi p.ictittiv.}*

SIJIP (Fonte de). —Le commerce des suifs a beaucoup perdu de son ancienne prospérité; les progrès de l'industrie, et surtout la découverte du gaz hydrogène carboné, comme moyen d'éclairage, en ont singulièrement restreint la consommation et la production.

Les suifs extraits des animaux sont, ou fondus dans de vastes poêles, qui, placées en plein air, en contiennent jusqu'à 7000 kilogr., ou fondus^ par des moyens chimiques, dans des vases clos. La première manière est fort simple : des garçons fondeurs remuent la matière avec des espèces de poutrelles de 2 mètres 50 centimètres de longueur, pendant TébuUition, afin d'empêcher qu'aucune partie ne s'attache à la poêle. Une buée lourde et nauséabonde s'élève pesamment au-dessus de cette poêle; elle répand son odeur fétide jusqu'aux alentours des abattoirs, et provoque fréquemment des réclamations de la part des voisins, qui oublient qu'ils sont venus fixer leur résidence près des fonderies très postérieurement à l'établissement des abattoirs, car depuis longtemps des ordonnances de police ne permettent que dans les abattoirs, à Paris, la fonte des suifs en branches, nom sous lequel on désigne toutes les parties graisseuse!» des animaux.

Les suifs fondus naturellement laissent un résidu, que Ton fait passer sotis une puissante presse qui en exprime tout le jus. Le marc de ce résidu forme ce que l'on appelle Xecreton, lequel se vend pour la nourriture des porcs et des chiens, et peut être employé avantageusement comme engrais. La seconde manière de fondre le suif e^t celle qui s'exécute par des procédés chimiques à vases clos. Ce uaode exclut la production du creton^ qui est composé des débris de chain attachées aux suifs en branches. Or, on introduit, dans le vase destiné à la fonte, des acides qui identifient ces chairs avec les suifs, de sorte que la fonte ne produit plus que du suif sans aucun résida. Le suif fondu à vases clos, par ce moyen, a moins d*odeur que celui fondu à vases découverts; l'acide modifie la nature de cette odeur, qui primitivement n'était pas insalubre, malgré son incommodité; mais ainsi modifiée, elle peut prendre, au dire de M. Bizet, un véritable caractère d'insalubrité, quoiqu'elle soit moins incommode à l'odorat. Aussi, d'après cet auteur, les ouvriers employés à ce dernier genre de travail ressentiraieni-ils des douleurs dans la poitrine

avec un malaise qu'ils n'éprouvent point en travaillant à la fonte du saif dans les poêles.

Beaucoup de moyens ont été proposés pour détruire ou écarter l'odeur des vapeurs de suif : tantôt on a employé du chlorure de chaux, tantôt une cheminée d'aérage, tantôt des conduits pour amener ces vapeurs dans le foyer, et y faire consumer les matières inflammables qu'elles renferment; enfin on a proposé l'emploi des chaudières autoclaves. De tous ces moyens, les uns sont insuffisants, les autres ne sont que de faibles palliatifs, d'autres présentent dans leur application des dangers qui doivent les faire repousser.

Le moyen le plus certain de ne pas présenter d'odeur incommode serait d'éviter la production même de ces vapeurs. C'est dans ce but que M. Delunel proposa le chauffage du suif en branches au bainmarie. Les avantages qu'il signale coiïime résultant de l'emploi de son procédé, sont dç fournir une qualité de suif plus belle, d'éviter toute espèce de danger du feu, et de ne donner aucune odeur insalubre. Malheureusement son procédé n'a pu être mis à exécution avec profit; car quoique le suif fonde bien au-dessous de la température de l'eau bouillante, il faut une température plus élevée pour permettre à la matière grasse de rompre par sa dilatation le tissu cellulaire dont elle est enveloppée, et qui la retient emprisonnée. Nous devons à d'Arcet, dont le nom se rattache d'une manière si honorable à toutes les questions d'industrie, le procédé de fonte du suif à feu nu, qui présente le moins d'incommodité. Ce procédé consiste à introduire le suif en branches, coupé en petits morceaux, dans une chaudière de cuivre rouge, et à l'y chauffer avec une certaine quantité d'eau et d'acide sulfurique. Les proportions indiquées par d'Arcet sont les suivantes : 100 parties de suif, 50 parties d'eau, 1 partie d'acide sulftirique.

La quantité d'acide sulfurique peut varier suivant la nature des graisses que l'on fait fondre.

Ce procédé présente, selon l'auteur, de grands avantages sous différents rapports. Quoiqu'il y ait encore production de vapeurs sébaciques, elles sont moins fortes et modifiées par l'action de l'acide sulfurique. Le suif étant produit à une température moins élevée, conserve une grande blancheur et acquiert plus de fermeté par le refroidissement, que dans le procédé ordinaire. L'action de l'acide semble avoir surtout pour but de réagir chimiquement sur le tissu cellulaire, et de faciliter par conséquent la sortie de la matière grasse qu'il enveloppe. Le creton se dessèche mieux que par le procédé anctea; ce que constatent des expériences faites à Nantes. 100 parties de suif en branches n'ont donné que 8 parties de creton par le

procédé à l*acide, tandis que le môme suif, par la fonte ordinaire, en donnait jusqu'à 15.

La presse au crelon qui est usitée généralement devient presque inutile par le secours de l'acide.

L'adoption du procédé de d'Arcet est donc un précieux perfectionnement dans la fonte du suif; néanmoins ce procédé n'est pas exempt d'odeur. Pour se débarrasser de ces vapeurs incommodes, deux moyens se présentent : l'un de les foire brûler dans le foyer, l'autre de les diriger dans des égouts, comme on l'a proposé à Nantes ; mais outre l'inconvénient de gôner la manœuvre, de renchérir beaucoup l'appareil, puisque la chaudière devrait être close et munie de conduits, le premier moyen exposerait à des explosions, par l'obstruction des conduits, ou à des incendies, par la communication du feu à la chaudière à travers les conduits; l'autre moyen ne saurait être praticable dans toutes les localités.

La cause de l'odeur résulte évidemment de la longue ébullition à laquelle la matière doit être soumise, pour que le tissu cellulaire cède toute la graisse. Dans la recherche des moyens d'amélioration des procédés de fonte de suif, on n'a pas eu assez égard aux causes qui déterminent la production des vapeurs infectes. Si l'existence du tissu cellulaire nécessite de prolonger la fonte pour permettre l'écoulement de la graisse, le moyen de hâter celte fonte serait, ce houn semble, de briser ces cellules avant l'application de la chaleur, et à cet effet de hacher beaucoup plus fin le suif en branches. Ce moyen amenant une fonte plus facile, on éviterait une grande partie des ^-apeurs qui se dégagent, et môme on pourrait, dans quelques cas, se dispenser de l'emploi de l'acide qui fait perdre la valeur du creton, et qui ne peut avoir lieu dans les chaudières de laiton qui servent aujourd'hui généralement. Si par les appareils convenables on parvenait à briser économiquement le tissu cellulaire, nul doute qu'il deviendrait inutile de prolonger la fonte pour extraire toute la graisse et la presse seule, après l'application d'une température de 100 degrés obtenue par l'intermédiaire de l'eau ou de la vapeur, suffirait sans doute pour extraire tout le suif, en ayant soin de faciliter l'écoulement des parties fondues.

M. l'ingénieur Henry do Lagrené, alors membre du Conseil d'hygiène d'Abbeville, a fort bien résumé les conditions d'exercice de cette industrie très répandue dans le département de la Somme. Nous extrayons de son rapport le passage suivant.

On nomme suif en brandies toutes les parties graisseuses provenant des animaux nouvellement tués.

La fonK! du siiif en branches a pour bât de séparer la matière grasse du Ussn cdlolaire qui l'ienveloppe ; divers procédés sont en usage ponr y parfenir, et il est nécessaire de les exposer ici snccinctement.

FoiOè naturelle à feu nu, — La méthode la pins naturelle et la plus ancienne consisie k mettre dans une chaudière le suif tel qu'on le reçoit de la boncheriey et à chanfler pendant un temps plus ou moins long, suivant que le suif est plus ou moins sec et coupé en morceaux plus ou moins gros ; le temps nécessaire à la fusion complète est moyennement de cinq heures, pendant lesquelles un homme placé près de la chaudière est obligé de remuer eonstamment la matière avec une spatule, sans quoi le suif se brûlerait contre les parois métalliques ^t prendrait bne teinte rousse ; pendant cette fusion, il s'échappe de la chaudière une vapeur nauséaiionde qui, si l'on ne prend certaines précautions» est un sérieux inconvénient pour les haliitations du voisinage. Ou peut diminuer notablement la mauvaise odeur en plaçant au-dessus de la chaudière un cane d'un diamètre supérieur à Torifice de la chaudière, et en faisant communiquer le sommet de ce cône avec la cheniinée du foyer, on comprend qu'il s'élablitalors au-dessus de la chaudière on courant d*air qui emporte les vapeurs dans la cheminée, et si celle-ci est assejs élevée, leur dispersion dans l'atmosphère ne présente plus que peu d'inconvéniento.

Fonte à feu nu à l'acide. — Afin d'avoir moins de difficulté à séparer la graisse du tissu cellulaire qni l'enveloppe, on a imaginé d'attaquer d'abord ce tissu par de l'acide sulfurique mélangé d'eau ; la fonte exige alors moins de chaleur, et elle dure moins longtemps, une heure et demie environ, de sorte que les vapeurs qui s'échappent de la chaudière sont moins abondantes et moins nauséabondes, cependant elles sont encore itop incommodes pour être tolérées. Or, ici, l'usage du cône pour conduire ces vapeurs dans la cheminée deviendrait dangereux pour l'homme chargé de manceuvrer à bras la spatule pendant la fonte, les. vapeurs d'acide ayant une action délétère sur la santé ; on peut y remédier en mettant cette spatule en mouvement par le moyen d'un engrenage dont la manivelle est placée extérieurement ft la chaudière. Le fondeur n'ayant i^us besoin de se trouver sous le cône, celui-ci peut descendre beaucoup plus près de l'ouverture de la chaudière ; 11 peut même être remplacé par un couvercle parfaitement clos pourvu d'une soupape de sûreté timbrée à demi-atmosphère et d'un tube destiné à conduire Texoès de vapeur lâchée par la soupape, soit dans la cheminée si elle est asacs bante, soit dans un sfanple baquet d'eau froide : de cette manière on évite toute espèce d*odeur.

Le système de spatule à engrenage peut également s'appliquer dans le cas delà fonte naturdle & feu nu, mais alors l'engrenage doit être plus puissant et les couteaux malaxeurs plus nombreux, les chances de brûlure et la résistance à vaincre étant plus grandes qu'avec l'acide ; la disposition intérieure des tonneaux à fabriquer le mortier nous paraîtrait convenable, et l'houMne chargé de la surveillance n'aurait plus à respirer pendant cinq heures la vapeur de la chaudière, ainsi que cela arrive lorsqu'il reste sous le cône pour mouvoir la spatule.

Lorsqu'on veut employer l'acide pour la fonte du suif, H est nécessaire de couieccionner avec du cuivre rouge la chaudière, les couteaux malaxeurs, l'engrenage, et en un mot tout ce qui est dans le bain de suif. La proportion d'acide adoptée à Amiens est la suivante : pour 100 kilogrammes

TAKDieU. — DICT. D*HYG. T. IV, ^^

d€ suif OQ mélange 20 litres d*eau et 1 litre et demi d'acide aulfuriqoe 4 66 degrés, puis OD verse ce mélange sor le soif préalablement mis dans la chaudière; cette proportion peut varier et n'est qu'une indication*

Le suif provenant de la fonte à Packte est plus dur que l'autre et éclaire mieux, il présente seulement Tinconvénient de suer pendant Tété, et par conséquent de se conserver moins longtemps en magasin; mais ce léger inconvénient n'a pas arrêté les fondeurs des grandes villes, qui tous fondent à l'acide.

Fùnderies à la vapeur. — lia fonte à la vapeur peut se pratiquer soit sur le suif naturel, soit sor le suif acidulé. On place dans une chaudière la matière destinée à éire fondue, on la ferme au moyen d'un couvercle fermant herméliquement et porteur de trois ouvertures: l'une communique avec un générateur de vapeur, une antre porte une soupape de sûreté timbrée à demi-atmosphère, la troisième est munie d'un robinet pour Iftcher la vapeur à la fin de l'opération.

La vapeur introduite dans la chaudière y reste pendant une heure et deniie, après quoi on la fait sortir soit à l'air libre, soit par un tube recourl>é dans un baquet d^eau froide, et aucune odeur ne se manifeste. Ce procédé perfeciioané est connu sons le nom de système de M*, louché, mécanicien, quai Valmy, à Paris. Il est employé à la fonderie de M. Brandiconrt, située à l'extrémité du £aiibourg de Beauvais, à Amiens, fonderie que nous avons visitée et qu'il serait utile d'indiquer comme modèle aux fondeurs d'Abbevilie.

Puisque les fonderies de suif d'Abbevilie ont toutes une existence ill^ale, puisque la plus ancienne date de 18A7, et qu'ainsi toutes sont sous le coup du décret du 15 octobre 1810 et de la nomenclature de 1896, sans qu^il y ait un effet rétroactif quelconque, puisque enfin des plaintes nombreuses se produisent coutlnuelfement contre ces fonderies, le devoir du Gonaeil d'hygiène, comme celui de radministration municipale, ne nous parait pas douteux. 11 y a lieu de ré' clamer purement et simplement Tapplication des lois et règlements sur la oialière, sauf è étudier, lors de l'Instruction de chaque demande, les systèmes et précautions qui paraîtront les plus convenables dans chaque cas particuUer.

Dans ce but, nous proposons de demander è M. fe préfet de vouloir bien prendre un arrêté renfermant les dispooitioos suivantes :

1* Dans fe délai de quinse jours à partir de la publication du présent nrrèlé« chacun des fondeurs de suif demeurant à Abbevilte devra adremer à BL le préfet de la Somme une demande tendant à être autorisé à eontinaer 4 fondre.

Cette obligation s'appHque aussi bien aux corroyenrs, aux iwochers eu antres qui fondent accidentellement ou pour leurs besoins qu'aax fondeurs de profeasiOD.

3* La demande en autorisation indiquera remplacement de la fonderie, la nature du suif, le lemps pendant lequel on désire faire sécher le auif avant la fonte; elle fera connaltfe si la fonte se lait 4 feu nu, 4 la vapeur, aans adde ou avec addition d'acide. Elle fera connaître également les moyens que k pétltiosnafre se propose d'Miployer pour éviter la mauvaise odeur 4 Textérienr. Cnfia elle fera oonnattre an moins approximativement le poids du suif moyennement fondu par semaine on par mois, ainsi que le mode d'évacuation des boues et eaux provenant de la fonderie.

3^ Tout fondeur qui ne se conformera pas aux dispositions des deux articlo qui précèdent verra son établissement mis en chômage par les soins de M. )c

oiaâre d'Abbcfille, avec interdictiun de foadce jusqu'à produclloa de la denNmde déÛQJe à Tarticle 2 ci-dessus.

La fonte du suif est une des opérations manufacturières les plus désagréables, par Todeur infecte et inîtante qui en résulte habituel^ leinent» et qui se porte à de grandes distances. Notre législation sur les établissements insalubres et incommodes n'a pas omis ce genre de travail; le décret du 15 octobre 1810 a rangé la fonte du suif p<irmi les fabrications insalubres de deuxième classe, à cause de l'odeur incommode et des dangers d'incendie qui en résultent. Par suite de cette classification, Téloignemenl des habitations n'est pas rigoureusement nécessaire, mais la création des fonderies de suif est soumise à un examen préalable de la part de l'autorité, pour s'assurer si l'opération, telle qu'elle doit être pratiquée, n'est pas de nature à incommoder les propriétaires du voisinage, ou à leur causer des dommages. Bientôt on reconnut que les désagréments du voisinage de ces usines étaient trop grands pour pouvoir en tolérer la création dans l'enceinte des villes; aussi voyons-nous, dans l'état général des établissements insalubres et incommodes ou dangereux, dressé en 1836, par ordre du oâinistre de l'intérieur, la fonte du suif 4 feu nu, telle qu'elle est pratiquée habituellement, rangée dans la première classe des fabrications insalubres, tandis que la fonte au bainmarie ou à la vapeur y est maintenue dans la deuxième classe. Or, les dispositions d'une loi ne sauraient avoir d'effet rétroactif; il en est résulté que dans les Wlles nous possédons aujourd'hui un grand nombre de fonderies de suif, autorisées en vertu du décret du 1 5 octobre 1810, ou dont l'existence est antérieure à ce décret. L'incommodité de ces établissements montés sur une grande échelle est telle, qu'elle a déjli été jugée suffisante pour motiver deux ordonnances, l'une du 20 février 1821, qui supprime une fonderie k Rouen, et l'autre du 17 octobre 182G, qui supprime une fonderie de suif au Mans; et dans ces deux cas seulement, depuis que notre législation sur les établissements insalubres existe, le conseil d'État a jugé l'inconvénient asses grave au point de vue de la salubrité publique et de l'intérêt général, pour provoquer la suppression des établissements autorisés.

Voff. ADATTOIR, BOUCIUEIE, fiOOGIKS, CHANDELLES.

Biblàvgraphie. — Uu e<nmnêrce de la Ifotuherie et de la ekarcuteriê de Pariée ptr Ch. Biset. Paris, iS47. — Rapport dn CohhU central de êaiukriu da déparlement du Nord. Lille, iSSO, — Rapport général $ur Um travauœ du Conëeil central de êalubriU de l'iamtei. Nantes, I8&6. — Rapport gur le» travaux du Conteil de talubrité du département de» Bouchee-dU'Rhâne. Marseille, 18&0. — Dictionnaire de Vindu*triet etc., 1S8S, t* m, f. ISS.^ Traité de lé talubrité dant leê grandet villeif par Monfaloon et Polioière, i8M| p. 288.

228 SULFATE DE OUIMNE.

mVIiVATKfil. •— Voy, PaODtlTS CIIIMTQUES.

i^iJIiFATi: BE fliJllWlIVE (FABRICATION bu). — La fabrication du sulfate de quinine a été Tobjet d'obsenalions de la part de M. Chevallier, qui a pensé avec raison que ce genre de travail, entrepris seulement depuis trente ans, pouvait être l'occasion de quelques accidents spéciaux. A Taide de renseignements qu'il recueillit lui-môme et de ceux qu'il put avoir de TAngleten^e et d'Allemagne près des fabriques les plus importantes de sui&te de quinine, il arriva aux conclusions suivantes que nous citons textuellement.

« Les ouvriers qui travaillent à la fabrication du sulfate de quinine sont exposés à être atteints d'une maladie cutanée, qui les force de suspendre leurs travaux pendant quinze jours, un mois, et plus. Il est de ces ouvriers qui ne peuvent continuer ce travail, et qui sont forcés de quitter les fabriques où ils étaient employés. M. Zimmer, fabricant de sulfate de quinine à Francfort, a reconnu que les ouvriers qui étaient occupés à la pulvérisation du quinquina dans sa fabrique, étaient atteints d'une fièvre particulière, qu'il désigne par le nom de fièwre de quinquina^ Cette maladie est assez douloureuse, pour que des ouvriers qui en sont atteints aient renoncé à la pulvérisation du quinquina et aient préféré quitter la fabrique. Cette maladie n'a pas été observée en France. On ne connaît pas, jusqu'à présent, de moyens prophylactiques de la maladie cutanée déterminée par les travaux exécutés dans les fabriques de sulfate de quinine. Cette maladie cutanée sévit non-seulement sur les ouvriers qui sont employés à divers travaux, mais encore elle peut atteindre de> personnes qui se trouvent en contact avec les émanations de la fabrique. Elle atteint les ouvriers sobres comme ceux qui se livrent aux excès. Il n'est pas bien démontré qu'il y ait des causes qui prédisposent les ouvriers k être atteints de cette maladie, quoique cependant plusieurs personnes admettent des causes prédisposantes. »

Le mémoire de M. Chevallier ne nous a pas convaincu complètement. On doit savoir gré à ce savant d'avoir appelé l'attention sur une question qui peut intéresser l'hygiène des ouvriers sulfatews, mais la plupart des faits qui pourraient avoir quelque ^^leur émanent le plus souvent de gens qui ne sont pas médecins, comme le^ directeurs de fabriques ou les fabricants eux-mêmes. Ainsi M. Henry s'exprime de la manière suivante : « Je sais que les petites éckardes des écorccs de ralisaya sont capables de déterminer des irritation'* dans le derme et de causer quelques inconvénients; mais je ne imi*^ pas qu'ils soient de la même nature que ceux remarqués dans Ki maladie dont vous vous occupez. Cette maladie, dont, pour ma pari.

je n'ai jamais eu la moindre atteinte, bien que j'aie vécu et travaillé longtemps dans des fabriques de sulikte de quiiûne, s'attaque surtout aux individus scrofuleux ou très lymphatiques; elle attaque les hommes qui font bouillir les écorces au moins autant et plus que ceux qui les réduisent en poudre ; elle attaque les sulfateurs, ceux encore qui mettent en flacon le sulfate sec et préparé. Il n'y a donc plus là d'écorces à manier et d'échardes à redouter; aussi je pense que la maladie dérive d'autres causes bien évidemment liées aux quinquina^, et probablement à quelques-uns de leurs principes. »

Peut-être en est-il de même pour la fièvre quinique^ observée par M. Zimmîer, fabricant à Francfort. Quoi qu'il en soit, les principaux accidents qui pourraient être rapportés à la fabrication du sulfale de quinine, consistent en une fièvre plus ou moins vive et un exanthème. Or, cette fièvre dite quinique n'est rien moins que démontrée, et pour ce qui est de l'exanthème, nous ne pouvons voir sans quelque étonnement les faits cités dans le mémoire de M. Chevallier, et qui sont empruntés aux observations du docteur Bouchut, De ces faits, il semblerait ressortir que le sulfate de quinine étant donné à hautes doses chez des rhumatisants, l'emploi de ce sel aurait provoqué cinq fois l'apparition d'une roséole spéciale. Nous ne pouvons accepter cette interprétation, parce que de tout temps il a été décrit à juste titre une roséole, dite rhumatismale, qui est évidemment indépendante du traitement employé. Néanmoins bâtons-nous de dire que désormais l'attention est éveillée sur ce point, et qu'une observation ultérieure viendra démontrer ou infirmer les faits nouvellement étudiés par notre savant confrère.

Bibliographie. — Bnai tur la êantédn ouvriers qui à*otewpe»i de U préparation iundfau de quinine^ par A. Chevallier (il mu d'kpg. et de méd. lig.f t. XLYIII, p. 5). — Comptes rendui de t' Académie deê icicnceêf octobre 4850.

^VliVITIIv: BE CABBOIVi:. -^ Voy. Caoutchouc.

^IJIiV1Jlll||lJK (A€IBK). — Vof/. Produits chimiques. flWnniI^M. — Voif. Circoncision, PROsrrruTioN.

TAJBJkC. •— On donne particulièrement le nom de tabac aux feuilles préparées par fermentation du Ntcotiana tabacum, plante de la famille des Solanées, découverte en 1520, par les Espagnols, dans Tune des Antilles, et introduite en France par Jean Nicot, en 1560.

La nicotine est le principe actif du tabac, elle y parait exister à l'état de combinaison. Le tabac fermenté en contient moins, quoi-

qiiMI soit plus odorant; c'est qu'une partie de la nicotine a été détruite par la fermentation : Tanimoniaque qui s'est formée a mis en liberté une partie de la nicotine. La nicotîanine, d'après les observations de MM. Henry et fioutron-Charlard, est une espèce d'essence solide, qui doit les propriétés qu'on lui a attribuées à son mélange avec de la nicotine. Dans la poudre de tabac préparé, l'ammoniaque est à l'état de sel, la nicotine est en partie libre, en partie à l'état de sel neutre ou basique ; c'est à ces deux sels que le tabac en poudre doit sa propriété de surexciter la membrane muqueuse du nez. Les feuilles de tabac donnent de 19 à 27 pour 100 de cendres, qui sont généralement très siliceuses; elles renferment, en outre, du carbonate de chaux, de la potasse, de la soude et différents sels.

En France, la culture du tabac est réglementée; on en récolte annuellement environ 16 millions de kilogrammes dans les départements d'Ille-et-Vilaine, du Lot, de Lot-et-Garonne, du Nord, du Pasde-Calais, du Haut et Bas-Rhin, des Bouches-du-Rhône, du Var et de la Gironde.

Dans nos possessions d'Afrique, de toutes les cultures industrielle^^, la plus généralement répandue parmi les colons algériens est celle du tabac. Au moment de la conquête, quelques tribus seulement possédaient des plantations de tabac, la consommation locale était presque entièrement alimentée par les importations étrangères. Mais h partir de 18/!i9, l'administration, voulant propager dans les établissements européens celte riche culture, dont elle prévoyait les bons résulats, institua en Algérie une mission permanente, composée d'agents spéciaux du service des tabacs, lesquels reçurent le double mandai d'éclairer les colons de leurs conseils, et d'acheter leurs récoltes pour le compte de la régie à des prix convenablement rémunérateurs. Depuis lors la production a été tellement croissiuite, que la récolte s'est élevée, en 1852, à cnviroiv 2 millions de kilogrammes de tabac.

En France, le gouvernement, qui possède le monopoU du iabar, dirige de Paris, par sou directeur général des droits réunis, le^ diverses manufactures du royaume; celte administration centrale a voulu, dans l'intérêt des consommateurs, comme pour faciliter >es travaux, qu'un mode uniforme de fabriralîon, celui qui donne \vs meilleurs tabacs préparés, fût adopté dans tous les établissements, ci c'est sur ce pied qu'ils sont tous formés. H existe quelques différences, mais qui n'ont de résultais sensibles que dans les produits: ces différences proviennent des idées parliculières des chefs de ces établissements sur la fabrication, et surtout du besoin qu'ils ont île s'accommoder au goût des consommateurs des départements qu'IN

TABAC. . JSf

doivent approvisionner; parmi ces différences, il en est qui peuvent avoir quelque influence sur la santé des ouvriers, et qu'il est important de connaître.

Pour répondre aux besoins toujours croissants des consommateurs, plus de dix grandes manufactures sont continuellement occupées de la fabrication du tabac; nous citerons- seulement celles que Ton calcule pour toute la France à 511 grammes par habitant et par an, les villes suivantes : Paris, Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Tonneins, Bordeaux, Morlaix. Dans les unes, on fabrique le tabac sous toutes les formes ; dans les autres, on ne fait que des cigares, ou ce qu'on appelle des carotten. Notons encore cette différence, parce que, comme nous le verrons, elle a une importance relativement à la santé des ouvriers. Des médecins sont attachés k ces manufactures; leur institution remonte, à ce qu'il paraît, aux premiers temps du monopole, c'est-à-dire à 1811, peut-être même à l'ancienne ferme des tabacs. Pendant longtemps ils n'eurent qu'à visiter les ouvriers, soit à l'entrée, pour constater leur état de sauté et écarter les valétudinaires et ceux qui auraient des maladies con* lagienses, soit pendant le séjour, pour leur donner des conseils et des soins. Aujourd'hui, la mission de ces médecins est plus étendue. L'administration l'a agrandie en leur demandant de consigner chaque année, dans des rapports circonstanciés, les remarqpies qu'ils pourraient avoir faites silr la santé des ouvriers, sur les maladies observées dans les fabriques, et sur les particularités que ces maladies auraient présentées : excellente mesure, qui témoigne du zèle de l'administration pour les intérêts qui lui sont confiés, et que l'on aimerait à voir adoptée dans tous les établissements qui occupent beaucoup d'ouvriers. Ce serait le meilleur moyen de réunir, sur l'influence des professions, des renseignements précis, renseignements que l'hygiène saurait mettre à profit, et que pourrait consulter le législateur lui-même, heureux quelquefois de s'inspirer des conseils de la médecine et de l'hygiène. Il n'y a que peu de temps que l'on a ainsi demandé des observations aux médecins des manufactures de tabac, et déjà la collection de leurs rapports présente un véritable intérêt. M. le vicomte Siméon, directeur général de l'administration des tabacs, a rassemblé en un court travail les renseignements fournis par le médecin pendant le cours de l'année 18b2. Abstraction faite de ce qui est étranger *à l'hygiène publique, les questions qu'il résume sont les trois suivantes : Les ateliers et leur tenue; les maladies et les accidents observés dans l'année; les effets du tabac sur la santé des ouvriers.

Ne nous occupons ici que de ce qui concerne cette dernière question. Voici ce qu'on dit touchant les effets du tabac sur les

ouvriers. D'après les observations faites par la totalité des médecins, le tabac ne produit que fort rarement des effets sensibles sur les ouvriers qui se livrent, même pour la première fois, à sa manipulation; les effets, d'ailleurs, sont passagers, et les travailleurs finissent toujours par s'y habituer. Il n'y a que deux ateliers, celui de la fermentation des masses destinées à la fabrication du tabac en poudre, et celui de la dessiccation du scaferlati, où les émanations du tabac ont paru exercer une impression réelle et durable sur quelques sujets d'une sensibilité ner^'euse très prononcée. Mais les faits sont rares, et, en définitive, le travail de la fabrication du tabac n'est nullement nuisible à ceux qui s'y livrent; l'action qu'ont exercée chez quelques individus, et dans des cas très rares, les émanations provenant de ces ateliers, développe des phénomènes plus ou moins intenses, mais entièrement analogues à ceux que produit l'abus de cette n^tière ; lorsqu'il a été poussé jusqu'à l'ivresse, l'effet de cette action cesse toujours avec l'action elle-même.

Obligé de s'en tenir aux faits soumis à son analyse, l'auteur est arrivé, comme il le devait, à cette conséquence, que la fabrication du tabac est sans danger pour ceux qui s'y livrent. Mais il igoute que l'on pourrait plutôt regarder I^ fabrication du tabac comme un préservatif ou comme un remède dans certains cas et dans certaines maladies. Qette conclusion si favorable au tabac serait fondée sur ce que, dans certaines localités, les ouvriers des jaanufactures avaient été exempts des maladies qui régnaient dans ces localités, ou bien les maladies avaient été moins graves, moins intenses, et le nombre des malades proportionnellement moins considérable. On a été même encore plus loin, attendu que, selon quelques médecins attachés aux manufactures, la fabrication du tabac» loin d'être nuisible à la poitrine, comme on pourrait le croire et comme on l'en a accusé, serait, au contraire, tout à fait inoffensive, et, jusqu'à un certain point, favorable aux poitrines faibles ; l'un d'eux va jusqu'à penser que le travail de cette fabrication est capable d'arrêter le développement de la phthisie chez les personnes qui y sont disposées, et qui, plus est, de la guérir quand elle existe. En résumé, il résulterait du travail que nous analysons en ce moment ; l*" Que l'hygiène des ateliers où se fabrique le tabac ne laisserait rien à désirer. 2* Qu'il n'y aurait eu dans le cours de l'année 1842 aucune maladie particulière que l'on puisse attribuer au tabac lui-même; il aurait seulement aggravé, dans la manufacture de Paris, des bronchites et des céphalalgies, qui y ont régné pendant les chaleurs de l'été. 5* Que le tabac, loin d'être toujours nuisible, aurait peut-être agi, dans quel* ques cas, comme préservatif de certaines maladies régnantes dans le pays, telles que dysenteries, fièvres typhoïdes, suette. *• Il en

résult^ail enfin ce fait tout particulier, que le séjour des manufactures de tabac serait peut-être salutaire aux individus menacés de phlhisie, qu'il pourrait les préserver de cette maladie, et même guérir ceux qui en seraient affectés.

De telles propositions, les deux dernières surtout, ne pouvaient passer inaperçues, Tadministration des tabacs ne pouvait manquer d'en saisir toute la portée ; aussi s*est-elie empressée d'en provoquer l'examen, et, par^une lettre ministérielle, en date du 2 mai i8&3, rAcadômie de médecine fut invitée à s'en occuper.

En conséquence, M. le docteur Mélier visita^ au nom de l'Académie, un grand nombre de fois la manufacture de Paris, la plus importante de toutes, et celle où les opérations se font le plus en grand; il repiît ainsi dans toutes. ses parties une question déjà étudiée longuement par ParenIrDucfaAtelet. Ce dernier auteur avait passé eo revue, en 1829, toutes les opérations de la fabrication du tabac dans leurs plus petits détails; mais, depuis ce temps, de grands cbangements opérés dans cette imbrication, en simplifiant le travail, ont nécessairement amélioré la condition hygiénique des ouvriers. L'amé« Jioratioo capitale résulte surtout de l'introduction de la vapeur dans la manubcture. Autrefois tout, ou presque tout, s'y faisait par la main des hommes; aujourd'hui c'est la vapeur qui accomplit rapidement la plupart des travaux où la force, est nécessaire. On comprend combien d'inconvénients ont dû disparaître par ce seul fait ; et si nous en retrouvons encore, c'est que probablement ils sont inhérents ù la substance sur laquelle on opère.

Selon les lieux d'où elle provient, la plante arrive à la manufacture par grandes tonnes ou en grands ballots, dans lesquels elle se trouve comprimée en petits paquets ou faisceaux, que l'on appelle manoquet. Pour première opération, elle est livrée aux époulardeum. On nomme ainsi ceux qui sont chargés de séparer les feuilles, d'en faire un triage, et de mettre à part celles qui sont les plus belles. Ce travail, peu fatigant, est en général conâé à des femmes, une poussière Acre et irritante l'accompagne; toutefois il n'a rien de bien pénible, parce que la plante n'a été soumise ni à la chaleur ni à la fermentation, deux conditions qui en développent singulièrement l'activité, comme nous le verrons par la suite. Les feuilles passent ensuite au mouillage^ seconde opération qui consiste à les humecter avec de l'eau froide simple ou salée, dans le double but de les rendre souples et de les empocher de moisir. Ce mouillage se fait dans une grande pièce dallée située au rez-de-chaussée, et où règne en tout temps beaucoup de fraîcheur et d'humidité. Les ouvriers ont pour ainsi dire constamment les pieds et les jambes dans l'eau.

Quand elles ont été sufQsamment ramollies, les feuilles sont trans-

portées dans l'atelier de Vécôtagej où, comme le mol l'indique, on enlève les côtes ou nervures, pour ne conserver que la partie mince ou membraneuse. Sans fatigue, comme Tôpôulardage, et, comme lui, fait par des femmes qui travaillent assises, Técôtage est, de plus, exempt de poussière et presque d'odeur, mais il y a contact prolongé avec la plante, les ouvrières en sont pour ainsi dire enveloppées de toutes parts.

Après ces opérations préliminaires, les feuHIes suivent dans la manufacture des directions différentes. Si elles sont choisies pour la confection des cigares, elles passent directement, entre eux et sans autre apprêt, dans l'atelier des cigarières, dont le travail consiste tout simplement à mettre plusieurs feuilles les unes sur les autres, à les rouler, en leur donnant la forme voulue, puis à les envelopper d'une feuille dé choix ou chemise. Si elles sont destinées à faire ce que, dans le langage des manufactures, on appelle- le êcafrrlati^ c'est-à-dire le tabac à fumer, elles sont livrées au kaekage. Ce hachage se faisait autrefois à force de bras, et c'était une des opérations les plus pénibles. Maintenant, c'est la vapeur qui l'exécute au moyen d'une machine très ingénieuse, espèce de couteau è coulisse, dont la précision égale la puissance, et qui épargne à la manutecture un grand nombre d'ouvriers et beaucoup de fatigue. Nul inconvénient propre au tabac n'accompagne ce travail ; les ouvriers ont seulement à se préserver du jeu des machines, qui les ont quelquefois blessés dangereusement. Au sortir du hachage, le tabac à ftamer n'a plus, pour être achevé, qu'à subir une deuiceaUùn ou torréfaetiên, qui lui enlève, dans une proportion déterminée, l'humidité qu'il avait reçue au mouillage. Cette dessiccation s'opérait par un système de conduits ou cylindres de fonte de l'invention de Gay-Lussac, disposés parallèlement et horizontalement, de manière à former, en se touchant presque, des espèces de grandes tables. De la vapeur d'eau, venue de la chaudière qui mettait en mouvement les machines, passait dans ces conduits, et élevait leur température jusqu'à M degrés et au delà. Cet atelier est un des plus importants à étudier au point de vue de l'hygiène : les émanations du tabac, développées par la chaleur, rendent difficile à supporter l'atmosphère qu'on y respire : cVst sans contredit un de ceux dont le séjour doit être le plus pénible.

Depuis plusieurs années les manufactures de Paris, de Strasbourg et de Lyon font usage, pour la dessiccation et la torréfaction des feuilles de tabac hachées, d'un torréfacteur mécanique de M. E. Rolland, très supérieur au procédé de Gay-Lussac. En effet, en même temps qu'il soustrait les ouvriers aiuc émanations insalubres du tabac soumis à l'opération, cet appareil fournit des produits beaucoup meilleurs et plus réguliers que les anciens procédés auxquels

il a été substitué, n'exige qu'on local infiniment moins étendu, évite des déchets considérables, et procure enfin une économie énorme (le main-d'œuvre et de combustible.

Pour le tabac à priser, on s'applique à provoquer la fermentation, car c'est sur elle en grande partie que repose toute sa préparation. Pour la faire naître, après le hacbage, on entasse le tabac dans d'autres magasins, que l'on a soin de tenir fermés, et l'on -en forme d'énormes masses qui n'ont pas moins de 6 à 700 mètres cubes et qui pèsent de 3 à 600 000 kilogrammes. Ainsi accumulé, le tabac ne tarde pas à s'échauffer et à éprouver, par la réaction de ses prin« cipes, ua travail intérieur qui lui donne de nouvelles qualités. La température des masses s'élève rapidement; des thermomètres attachés à leur surfiice, et portés dans leur intérieur, au moyen de con* duits que Ton y ménage, servent à la constater ; elle va jusqu'à 80 degrés. La fermentation des masses donne lieu à un grand dégagement de gaz, dont la composition chimique intéresserait vivement l'hygiène, mais il n'existe là-dessus aucune donnée scientifique. On sait seulement qu'il se [H^oduit une grande quantité d'ammoniaque et de l'acide acétique. Q est probable aussi que la nicotine, le principe actif et essentiel du tabac, dégagée et mise à nu par la fermentation, s'y mêle en proportion plus ou moins grande. Quoi qu'il en soit, les Sn divers, les émanations, l'odeur qui les accompagne, donnent à l'atmosphère les qualités les plus irritantes, une ftcreté difficile à supporter, notamment à un certain degré de l'opération.

Au bout de cinq ou six mois, la fermentation étant jugée suffisante, on procède à la démolition des mcase$. Une vapeur [épaisse et fumante se dégage alors et rend l'opération des plus pénibles ; aussi nVsl-elle confiée qu'à des ouvriers forts et bien acclimatés.

Le râpageyieni ensuite. Autrefois il se faisait à bras et réclamait les hommes les plus vigoureux. « De la main droite, dit Parent-Duchft- « telet, ils font agir la noix de leur moulin par un mouvement de va-etvient, et de la gauche, ils disposent le tabac sous cette noix. Pendant ce travail, ils sont constamment dépouillés, non-seulement de leurs vêtements, mais même de leur chemise. Cette précaution n'emptVhe pas la sueur de les couvrir et de couler de tout leur corps en telle grande abondance, que le carreau sur lequel ils passent en est arrosé. » Aujourd'hui les choses sont bien changées: le râpage a été remplacé par une véritable mouture exécutée au moyen d'une série de moulins que la vapeur met en mouvement, et d'où le tabac sort à des degrés de finesse successivement plus grands; le travail des hommes y est réduit maintenant à une simple surveillance.

l'ne fois moulu, le tabac en poudre, comme on le prépare à Paris, a une deuxième fermentation à subir. Celle-isî s'opère dans ce qu'on

appelle les caêes^ espèces de chambres ou cellules. constniiles en tout sens, avec de fortes plancbes bien exactement jointes» où le tabac, pressé et foulé, est, autant que possible, à Tabri du contact de l'air. Ces cases sont de différentes grandeurs : Tune d'elles, dite de9 mélanges^ contient au delà de 300 000 Ulogrammes. Par suite de la fermentation^ la température du tabac ain^i enfermé s'élève jusqu'à 55 ou 60 degrés; elle trait beaucoup plus haut, et peut-être jusqu'à mettre le feu, ou du moins à produire une sorte de carbonisation de la poudre, si l'on n'avait pas le soin, au bout d'un» certain temps, d'extraire le tabac d'une case, pour le transporter dans une autre. De tous les travaux que nécessite la préparation du tabac, ce transvasement des cases est incontestablement le plus pénible. Que l 'on se figure les émanations qui se dégagent, quand on ouvre ces espèces de grandes boites, et ce que doit éprouver un homme obligé de s\y tenir, une pelle à la main, pour remuer la poudre encore brûlante et en remplir des hottes ou des sacs. On est là dans une atmosphère tout à la fois Acre et infecte, qui pique les yeux, irrite la pituitaire, prend à la gorge et vous suffoque. L'hygiène voudrait que l'on pût affranchir les ouvriers d'un si rude travail; l'administration, qui a su trouver tant de perfectionnements, saura probablement trouver celui-là. Peut-ôtre, comme l'a dit M. l'inspecteur général Métier, auquel nous empruntons ces détails, serait-il possible de superposer les cases, de manière que le tabac, pour en changer, n'eût qu'à descendre de l'une dans l'autre, au moyen d'une trémie. Au reste, il parait que la fermentation n'est pas poussée au même degré dans toutes les manufactures; à Lyon, par exemple, on fait à peine fermenter le tabac, et cette différence dans une partie si importante de la fabrication doit en apporter dans la santé des ouvriers.

En sortant des cases, le tabac est fait, il ne reste plus qu'à le ta» miser. On comprend tout ce que cette opération devait avoir de pénible quand elle se faisait à bras avec des tamis ordinaires. Aujourd'hui, c'est la vapeur qui l'exécute, et grâce à cette amélioration, l 'atelier du tamitage est un des moins désagréables. Cependant Je tabac y voltige en poussière fine, comme la farine dans les moulins les ouvriers en sont couverts et la respirent en substance. Mais comme compensation, ils sont dans un air frais et renouvelé, et il n'y a plus là ni chaleur ni fermentation.

Voici quelles sont les principales opérations importantes à coi»naître dans la fabrication du tabac. Ces opérations sont-elles aussi dangereuses que le croyait Ramazzini? Sont-elles, au contraire, comme le soutient Parent-Duchàlelet, parfaitement innocentes? Enfin, seraientelles salutaires dans quelques cas, et notamment dans la phthisie, ainsi que certains médecins ont cru l'entrevoir? Il est difficile de conrevoir

qu'il puisse être complètement indifférent de séjourner au milieu des émanations d'une plante de la famille des solanées, ayant des propriétés aussi actives que celles qui distinguent la nicotiane^ surtout quand on songe à la composition chimique de cette plante et au principe qu'elle contient, hniçoiine^ ce poison si violent, d'une énergie singulière et jusqu'à un certain point comparable à celle de l'acide prussique, qui produit sur les animaux les phénomènes les plus remarquables et tue à la dose de quelques gouttes, ainsi' que des travaux récents l'ont démontré. Mais il faut ajouter que, bien que la théorie puisse faire concevoir des alarmes sur l'hygiène des ouvriers employés dans les manufactures de tabac, on ne doit s'en rapporter qu'aux faits et & l'expérience. En pénétrant dans ces manufactures, on est frappé de l'odeur forte qui y règne et s'étend assez loin aux alentours. Cette odeur se fait sentir de plus en plus à mesure que l'on avance dans les ateliers ; elle ne tarde pas à devenir plus ou moins désagréable, et pour peu que la visite se prolonge, il est rare qu'on n'en sorte pas avec un mal de tête et une disposition aux nausées. On n'éprouve point et l'on ne rencontre point chez les ouvriers cette ^ntinuelle stemutation dont a parlé Ramazzini, qui, s'il fallait l'en croire, atteignait jusqu'aux chevaux employés a tourner la meule des moulins à tabac. La première impression a toujours quelque chose de plus ou moins pénible pour les ouvriers qui débutent dans la fabrique, et ils ont tous ou presque tous une certaine difficulté à s'y habituer; beaucoup même ne peuvent s'y faire et sont obligés de quitter ce travail. Ils éprouvent, en général, une céphalalgie plus ou moins intense^ accompagnée de mal de cœur et de nausées ; \h perdent l'appétit et le sommeil, souvent il s'y joint de la diarrhée. On a signalé ces effets plus constants et plus prononcés chez les femmes que chez les hommes. Il est vrai qu'il y a plus de femmes que d'hommes dans les manufactures de tabac; la proportion, à Paris, est de 800 femmes pour 500 hommes environ.

Cette espèce d'acclimatement pour les nouveaux travailleurs est toujours plus difBcile en été qu'en hiver, et plus la 3aison est chaude, plus il est pénible et long, la chaleur augmentant constamment les effets du tabac, ainsi que l'avait déjà remarqué Hanuizzini. Une fois les premières difficultés surmontées, les ouvriers s'habituent au travail du tabac, et finissent par ne plus s'en plaindre : il semble même, à les voir, qu'ils ne s'aperçoivent plus des émanations qui les entourent. Ils sont insoucieux, comme beaucoup d'autres ouvriers dans des circonstances analogues, et ils ne prennent aucun .soin de propreté pour se débarrasser de la poussière de tabac aux heures de repas, et au lieu d'aller à l'air dans ces moments, ils restent souvent dans leurs ateliers, e^ il n'est pas rare» comme l'a

noté Pai*cnt-Duchàtelet, qu'ils se couchent et dorment sur le tabac en feuilles ou haché et même sur tabac en poudre. Loin d'en être incommodés, ils attribuent à ce coucher de nouvelle espèce des vertus curatives. Ainsi tous les ouvriers des manufactures de tabac sont dans la croyance que cette fabrication est favorable aux douleurs rhumatismales, et ils citent tant de faits à Tappui, qu'il est difficile qu'il n'y ait pas quelque chose de vrai. Ainsi les hommes occupés au mouillage sont-ils pris de doulews par suite de riiumidité froide au milieu de laquelle ils séjournent, ils n'emploient pa> de meilleur remède que le sommeil fait à l'heure du repas sur un tas de tabac.

Les effets ressentis par les ouvriers qui continuent à subir l'action du tabac sont, d'après les docteurs Môlier et Hurteaux, dans une sorte de rapport d'intensité avec les circonstances de la fabrication, et spécialement avec la chaleur, la fermentation et la poussière.

Certains ouvriers éprouvent un changement profond tout spécial et qui mérite d'être étudié attentivement. Il consiste dans une altération particulière du teint. Ce n'est pas une décoloration simple, une pâleur ordinaire^ c'est un aspect gris, avec quelque chose de terne, une nuance mixte qui tient de la chlorose et de certaines cachexies. La physionomie en reçoit un caractère propre auquel un œil exercé [pourrait, jusqu'à un certain point, reconnaître ceux qui ont travaillé longtemps le tabac; car il faut dire que ce fœm ne s'observe que chez les anciens de la fabrique, chez ceux qui y ont beaucoup s^oumé et ont passé par tous les travaux qui s y font. M. le docteur Hurteaux estime qu'il ne faut pas moins de deux ans pour qu'il se produise. Les préparations ferrugineuses remédient à cet état, et rendent aux ouvriers leur coloration première. IV pareils changements montrent assez qu'il se produit une sorte d'intoxication ; l'absorption de certains principes du tabac parait démontrée par tout ce qui se passe chez les ouvriers dès qu^ils entrent dan^ la fabrique ; par les maux de tôte qu'ils éprouvent, par les ▼ertige> et l'insomnie, par les nausées, mais surtout par la diarrhée. Cetlc diarrhée, ordinairement séreuse, a cela de particulier qu'elle est à la fois symptôme et remède du mal : il semble qu'elle débarraMe le^ malades des principes absorbés, et cela est si vrai, que les ou%Tier^ qui ne l'éprouvent pas sont toujours incommodée du tabac*

Il existe un Ikit observé par M. Stoltz, qui montre l^absorption d*une façon bien évidente : il s'agit d'une femme qui vint faire sa couches à la cliniqtie de Strasbourg; les eaux de l'amnios, lentement évacuées^ laissèrent exhaler une odeur particulière, forte ri pénétrante, de tabac en fermentation* On ne savait à quoi l'attribuer; la femme» interrogée» déclara qu'elle était ouvrière dans un

TABAC. UZ9

magasio de tabac. M. le docteur Hurteaux, médecin de la manu-* fiicture de Paris, a remarqué que quand on saignait des ouvriers de la manafacturei il était rare que le sang présentAt une couenne, ou bien il n'en offrait qu'une faible avec le caillot ordinairement mou. Ce confrère serait porté k croire que sous l'influence de cette ÎDtoxicalion, le sang serait modifié à ce point qu'une partie de la fibrine aurait disparu, et comme une chose qui le confirmerait dans cette opinion, il dit que les ouvriers employés au tabac sont fi^équemment atteints de congestions, mais que ces congestions ont toiyours quelque chose de plus ou moins passif et réclament rarement la saignée. Les femmes y sont plus sujettes, et elles seraient révélées chez elles par des régies abondantes et plus rapprochées qu'à l'ordinaire, constituant souvent de véritables pertes. Tout en laissant une large pai*t au tabac dans ces efl'ets, il ne faut pas oublier de faire entrer en ligne de compte la vie sédentaire des ouvrières, leur position constamment assise, et lem réclusion prolongée dans des ateliers très échaufl'és où elles sont réunies en grand nombre. Ces circonstances doivent, en effet, s'ajouter au tabac et à ses émanations pour amener les résultats observés. A la prière du docteur Mélier, H. Félix Boudet analysa le sang d'une saignée faite à un ouvrier de la manufacture, mais on n'a rien trouvé de particulier; il n'en a pas été tout à fait de même pour les urines : on sait que le tabac a une action spéciale sur la sécrétion urinaire, et dans certains ateliers des fabriques de tabac, cette sécrétion est tellement augmentée, que les ouvriers, tout en suant beaucoup, urinent presque sans cesse. M. Félix Boudet, d'après les expériences auxquelles il s'est livré, pense que la nicotine existe réellement dans les urines des ouvriers qui travaillent le tabac; c'est là le résultat d'une conviction personnelle, mais il n'a pu en isoler des traces suffisantes pour qu'elles soient soumises à des épreuves décisives. Quoi qu'il en soit, on peut répéter, avec le docteur Mêlier, que les effets notés sur les ouvriers suivent, en quelque sorte, dans leur intensité, la progression des travaux.

On peut s'en convaincre en les observant comparativement dans la série des travaux des manufactures de tabac. C'est ainsi que chez les époulardeurs^ les écôteurs, les ouvriers du mouillage et du hacbage, les eigarières même, on n'observe que peu d'accidents, tandis qu'ils sont fréquents chez les ouvriers'^qui défont les masses, et encore plus chez ceux qui travaillent aux cases.

C'est de ce dernier atelier surtout que viennent les diarrhées abondantes, Tinsomnie et une agitation fatigante» la perte de Tappé^ lit, les nausées, l'amaigrissement, et enfin le teint gris dont nous avons parlé* Le ttuvail y est tellement pénible» qu'il ne satmiitêtre

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longtemps continué : heureusement' qu'il n'a lieu qu'à de certaine intervalles. On a soin, en outre, de changer les ouvriers et d'alterner avec d'autres ateliers. Ou n'y emploie, du reste^ que les hommes les plus forts et les mieux acclimatés.

On s'est demandé si les ouvriers employés à ia fabrication do tabac vivaient moins Icmgtemps que tous les autres ouvriers en général : les anciens auteurs affirmaient que leur vie était moins longue, et Parent-Duchàtelet a soutenu le conti*aire.

11 est fort difficile, en réalité, d& savoir à quoi s'en tenir, à cause de la mobilité de la population manufacturière, incessamment renouvelée par les entrées et les sorties. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'à la manufacture de Paris, M. Môlier a vu des vieillards qui avaient passé leur vie, depuis leur jeunesse, en travaillant aii tabac. Mais s'il y a quelques vieillards, il n'y a que peu ou point de beaux vieillards : la plupart des ouvriers âgés sont asthmatiques, ou du moins ont l'haloinc courte. Hésultc-t-il des observations dans lesquelles nous venons d'entrer, que la fabrication du tabac soit aussi éminemment dangereuse qu'on le croyait autrefois? Évidemment non. Il est certain du moins qu'elle ne produit pas aujourd'hui les effets donl l'accusait Ramazzini, et le tableau qu'en présente cet auteur, vrai peul-ôtrc pour le temps auquel il se rapporte et où la flibrication du tabac, encore peu ancienne, était nécessairement imparfaite, ne saurait caractériser la fabrication actuelle avec tous les perfectionnements qu'elle a subis. Mais peut-on dire qu'elle soit complètement innocente? On ne saurait l'accorder : il faut maintenir, au contraire, que môme encore actuellement, et malgré tous ces perfectionnements, elle exerce une action incontestable sur la santé des ouvriers; quiconque observera sans prévention sera forcé de le reconnaître. Cet avis, qui a été émis par le docteur Mélier, est également celui d'un médecin fort éclairé, le docteur Pointe, attaché à la manufacture dé Lyon.

Nous ne nous arrêterons pas à cette assertion qui a été émise déjà depuis assez longtemps touchant l'action préservatrice du tabac pour les fièvres intermittentes. Il en est de même pour la gale, qui, d'aprô> certains auteurs, n'existerait pas chez les ouvriers de ces manufactures. Cette assertion est démentie par le docteur Pointe, qui, au contraire, a rencontré fréquemment la gale parmi eux. Il en est do même pour la question nouvellement soulevée de la phthisie, qui. par une coïncidence singulière, a été signalée à la fois par cinq médecins sur les dix des manufactures disséminées dans toute U France, comme pouvant être améliorée sous l'influence des- émanations du tabac. Cette assertion mérite, à coup sûr, une grande attention, mais elle ne doit être reproduite et acceptée surtout qu'avec

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rextrènie réseiTC dont on doit difflctlenient j»e départir, quand il s*agii de moyens thérapeutiques concernant des maladies aussi généralement incurables. Les principaux moyens proposés par les auteurs pour mettre l'ouvrier employé dans les manufactures à Tabri des propriétés délétères des feuilles de nicotiane, consistent dans lusage de voiles de gaze placés devant la bouche et les narines, la respiration fréquente d'un air frais, le lavage de la figure avec de Teau froide, de la bouche avec du vinaigre, l'usage à l'intérieur de roxycrat et des boissons émollientes, douces, émulsives, et des vomitifs propres à &ire rendre la poussière avalée. Mais de tous ces moyens, les uns sont d'un emploi difficile chez des ouvriers, les autres insuffisants, et le vomitif ne pourrait, dans la plupart des cas, qu'ajouter à la série des accidents qui se seraient développés.

Les meilleurs moyens pour remédier à l'action nuisible que peuvent déterminer, dans l'économie, les émanations qui se dégagent dans ces ateliers, paraissent être : 1*" de mettre en usage un mode de fabrication qui s'accompagne d'un dégagement de poussière très peu considérable; 2"" de favoriser, par des moyens physiques, la sortie de l'établissement de la quantité de cette poussière qui sera restée dans l'air; S"* enfin, d'éloigner de ce genre de travail tout individu qui serait valétudinaire ou d'une trop grande susceptibilité nerveuse. On atteindrait le premier but en faisant travailler le tabac à l'état humide; plus il est sec, plus il se dégage de cette poudre fine: ainsi, durant le mois d'août 4827, on livra aux ouvriers de la manufacture de Lyon du tabac beaucoup moins humide que de coutume; plusieurs d*entre eux tombèrent malades, et déclarèrent qu'ils devaient leur indisposition a cette circonstance. Quant à la quantité de cette matière pulvérulente qui se répand autour des ouvriers, quelle que soit la perfection des moyens qu'on emploie dans la fabrication, on en débarrasserait leur atmosphère par les moyens suivants : Il faut d'abord que les ateliers soient grands relativement au nombre d'ouvriers qu'ils doivent contenir ; qu'ils scient ouverts du nord au midi, afin que par de simples courants d'air, ils puissent être balayés de cette poussière qui s'établit partout, et qui y séjournerait indéfiniment si Ton n'avait pas le soin d'en favoriser la sortie. Cette ventilation doit être faite en l'absence des ouvriers, et renouvelée deux fois par jour : les fenêtres des ateliers doivent être vastes et s'étendre en hauteur depuis le sol jusqu'au plafond. Enfin, on favorisera la sortie permanente de la poussière du tabac des ateliers où elle est abondante, en y construisant des fourneaux dits d'appel.

Il faut dire que l'administration des tabacs n'épargne rien de ce qui peut concerner l'intérêt des ouvriers, et elle pâment ainsi à atténuer progressivement les inconvénients auxquels ils sont exposés.

TAftIMEr. — UCT. D*UYG. T. iV. l(j

Il eu cbt de luéme pour la qualité et pour la pureté de ses pruduits. C'est ainsi que M. Chevallier ayant signalé, dans un mémoire intéressant, le danger du plomb pow* envelopper le tabac, elle a tout aussitôt employé Tétain, bien que ce changement.si peu important, en apparence, fî^t, sur la quantité, un surcroît de dépense considé* rable. Aussi la présence dans le tabac de la moindre substance étrangère est-elle, pour l'administration, un motif d'en suspecter Torigine et devient-elle un indice de fraude. Nous empruntons au livre si riche de faits et d'observations pratiques du savant chimiste les détails relatifs aux falsifications qui intéressent le plus directement la santé publique.

D'après un travail du docteur W. Lindes (de Berlin), le tabac à fumer est celui qui éprouve le moins de traitement chimique ; il est d'ailleurs difficile, depuis que les cigares sont très répandas, d'y mêler des substances nuisibles.

11 n'en est pas de même du tabac à chiquer, auquel on domie sa couleur sombre et son brillant par une ébuUition dans une eau concentrée où l'on a fait macérer le tabac à fumer additionné d'un mélange de sulfate de cuivre et de sulfate de fer.

Le tabac à priser subit encore des mélanges plus nombreux et des préparations plus nuisibles à la santé; on y ajoute les substances qui entrent dans la composition des sauces, comme le sel marin, Ir sel ammoniac, la potasse, le salpêtre, la crème de tartre, le sue de tamarin, le miel, la mélasse, le marc de raisin, le vinaigre, etc., el des substances très nuisibles, pour colorer diverses espèces.

M. Chevallier a eu à examiner des tabacs de contrebande qui étaient fabriqués avec des feuilles ramassées dans les jardins publics, et qui contenaient des immondices de toute nature. Pour les faire fermenter, on se sei'vait des liquides les plus saies, qui devaient, au dire dr certaines personnes, donner du montant à la préparation. Il a étr également chargé, en 18&3, d'examiner une poudre vendue comnn' tabac ; elle n'était composée ({Ue de poudres végétales très ténues, de noir d'os et de sable de grès. En ISdâ, à la suite d'une saisie opé* rée par les employés de la régie, le sieur C... et la veuve L.. furent cités devant le tribunal de police correctionnelle pour avoir fabrique et vendu un faux tabac composé de sciure de bois d'acajou, de noir d'ivoire, de sel ammoniac, de couperose, de potasse et d'alun. Il> furent condamnés à 1000 francs d'amende pour la vente de cette poudre, à 3000 francs pour la fabrication, et à deux ans de contrainte par corps.

Plusieurs débitants ont été suspendus pour avoir mêlé au tabac dr régie de la n\pure de tau. Récemment, un entreposeur de tabao a l'cbappc par Iv }>uii'ide à une poursuite dirigée contre lui poiii* a>oit

TAHAC. 2'i3

hhïtïé avec le lati et le noir animal le tabac qu'il ôlait chaigé de livrer aux débitants. Dans une perquisition laite li son domicile par les commissaires de l'administration, on trouva une quantité considéi-able de ces substances étrangères et les instruments qui servaient à la falsification. En 18^6, le sieur L... fut cité devant le tribunal de police correetiounellc pour avoir fabriqué une poudre composée de sel ammoniac, de noir d'ivoire, de poudre de mottes h brûler, et destinée à être mêlée au tabac de la régie dans la proportion de 50 pour 100. Le tribunal condamna le sieur L... à 2000 francs dV niende, à un an de contrainte par corps et à la confiscation de towî les objets saisis. En 1851, le sieur H..., débitant de tabac, traduit eu police correctionnelle pour avoir mêlé au tabac du poussier de mottes, fut condamné k trois mois de prison et à 50 francs d'amende.

II n'est pas jusqu'aux insulaires des Maldives qui n'aient vendu des carottes de tabac bourrées de fiente très sèche et fort bien préparées.

M. le professeur Otto (de Copenhague) a signalé un tabac dit Macouba, fraudé avec 16 pour 100 de minium. Cette dangereuse falsification ne fut connue qu'après la mort d'un botaniste danois très distingué, qui, ayant usé d'un pareil tabac, succomba victime d'une intoxication saturnine. Une pareille fraude serait décelée en mettant à la surface de l'eau une certaine quantité du tabac suspect ; on verrait tout de suite l'oxyde de plomb se précipiter. Il serait préférable d'à- \oir recours à la ealcination, de traiter les cendres par l'acide nitrique étendu ; la solution acide, évaporée à siccité et reprise par l'eau, serait essayée par les réactifs convenables. On a retrouvé aussi dans le tabac de l'orpiment, du cinabre, destinés, sans doute comme le minium, k colorer diverses espèces. On dit même avoir parfois con- Jitaté d'an» le tabac la présence du sulfure d'antimoine.

UQgraphte. — Mémoire tur Ut véritablet influença que le tabac peut avoir sur U uMté 4êê ûuvrien occupée auso Hffirêntet préparations qu*ùn lui fait subir^ par i^refit4>ach*lelct ei d*Araet {Ann. éPh$g. et de méd. lég,, t h P« i69]. — He la santé des ouvriers employés d^ns Us tnunufaûtures de tabac, rapiHHt à l'Académie de aiédecHk, par M. M61ier (^if</et. de VAcad.p t. X, p. 569, et Ann. d'hpg,, t. XXXIV, p. 3^1), — [ifote sur le» ouvriers qui travaillent le tabac en Belgique et en Angleterre, par Chevallier {Ann, d*hyg. et de méd, lég., t. XXXIV, p. 800). — Observations sur Uê maladies ouaquelleM $ent sujets les ouvriers employés à la manufacture royale de tmbae de Lgon^ par le doeteur Potnle. Lyou, 4899. ~ Sur les maUdiee résultant de r^bus du tabac, et êur l'action physiologique de cette substanee, par MM« Layooefc H Wrigbl {London médical Gatette, nouvelle série, I. III, p. i8&6),tnidait par M. Quérvrd {Ann. d'hyg, et de méd, Uq.^ U XXXVUI, p. 397). -- Note sur le labae et les principales substances enivrantes, par le luôme (^Ibid., l. XL VIII, p. 'ôH). ^ De Vinfuence de la salubrité du tabac sur la smti de» ouvriers, pur Maurice Ruef titttatê médicale de Strasbourg, war» iHB)* — Ifôtesur la rrénnec dt divers sels

2UU TAILLEUHS.

de plomb dam U tabac, par M. Cbefallior {Ann, d'hyg, el4$mêd. Ug.t L VI, p. 197). — Dictionnaire des fatêificationst par le même. — iVole ncr l'innocuité de* fabriquer de tabacy extraile des travaux de la Sociélé de médecine de Rio de Janeiro {Ann. d'kyg, et de méd, lêg.^ t. X, p. 191). — Rapport d M. le minittredu commerce, par M. Siméoo, direcleur général de Padmiiiistralion des tabacs. PariSi 18ÂS (/6i(/., I. XXX, p. 2&3). — AnaJyie du tabac, par M. Barruel {Compta rendue de rAeadémie deê eeiences, décembre 18&5). — Ueber Bleigehalt der Schnupftabake, mit bfonéerer Beziekumg xk Leipzig, von D' Sonnenkalb {Zeitichrift fur Staatizarzneikuude. Heft, II, 1859}. — Monographie du tabac, par Ch. Fermond. Paris, 1857. — Mémoire tur cette question : L'arsenic ou d'autres poisons volatils introduits dans des cigares peuvent'ils donner lieu d un empoisonnement chez ceux qui les fument? pur A. Abben (>ffiK.,2* série, l. V, p. 225).

TAVrKTAS CIBGilt KT \'lEHmiH—Les fabriques de tatTelab cirés et vernis appartiennent à la première classe des élablissenienls insalubres, en raison des dangers d'incendie et de la mauvaise odeur.

TitlIiliEIII&S. — Il est peu de professions dans lesquelles, outio les accidents produits par le travail sédentaire, et notamment la chloro-anémie et la phthisie pulmonaire, on rencontre des déformations physiques aussi tranchées que dans celle du tailleur.

Par suite de l'attitude particulière dans laquelle ils travaillent constamment assis, les jambes croisées et le corps penché en avant, il survient des deux côtés : l"" une tumeur rouge plus ou moins volumineuse, quelquefois grosse comme une noix, et très molle sur \vb malléoles externes ; 2"^ une seconde tumeur semblable, mais moins considérable, sur le bord externe du pied, au niveau de Textrémité tarsienne du cinquième métatarsien; 3*" enfin une callosité rougeàtic sur le cinquième orteil.

Chez les jeunes ouvriers, qui n'exercent pas leur état depuis longtemps, au lieu de tumeurs, on trouve simplement une rougeur vi\i' bien circonscrite, accompagnée d'un léger gonflement.

Outre ces déformations caractéristiques des extrémités inférieuir>. les tailleurs présentent encore à la partie inférieure du thorax une dépression considérable, causée par la voussure de la poitrine.

Cette dépression, que Ton peut être tenté de comparer avec vellv qui existe chez les cordonniers, en est cependant bien distincte.

Placée plus bas, au-dessous de l'appendice xiphoîdc, elle n'e&l pa> limitée à un point du sternum, et résulte d'une déformation de la totalité du thorax.

TAIIXKIIIM DE CRIëTAIi. — Voy. Cristal.

TAIIil^EUIM BIS PIGRRK. — Voy. Caolduteuas, Muillës.

TANNERIES. Sftfi

TAIiC. — Voy. GoSdiiTiouBS, Mouleurs en cuivre.

TAIVIVEBIISS, HÉGIftJ^RBlRN, CORROlEaiEfi.— CoiniDe lotis les ateliers où rou préparc les matières animales, Jes tanneries sont des foyers d'émanations plus ou moins désagréables, mais que Ion ne saurait considérer comme insalubres. Il n'est presque pas de ville un peu considérable où il n'existe de semblables établissements, et nous voyons partout les Conseils d'hygiène unanimes pourre ronuaitre que les mégisseries ne présentent que très peu d'inconvénients, et pour les autoriser sous certaines conditions.

La préparation des peaux comprend une série d'opérations qu'il est bon de rappeler. Les peaux apportées fraîches ou en vert, ou préalablement salées et séchées dans les établissements de tannerie, sont immédiatement soumises, soit à un traitement par la chaux, soit à raction de la vapeur ou d'un courant d'eau chaude, soit enfin à l'action de l'eau courante; après quoi les poils sont enlevés facilement par le grattage. Cette première partie des opéralious, que facilite le voisinage d'un cours d'eau, est désignée sous le nom de travail de rivière, et explique la situation de la plupart des tanneries. Il peut cependant se faire sans difficulté dans l'intérieur des établissements. Le cuir, ainsi préparé, ai soumis au tannage, soit par la mise en couche des peaux et du tan ou écorce de chêne broyé, soit par l'action de l'alun. A ces opérations longues et prolongées succèdent le séchage et le graissage, à l'aide du suif fondu ou de l'huile de dégras. Les manipulations du corroyeur et des maroquiniers, qui mettent les peaux, plus ou moins finement préparées, en état d'être travaillées, sont moins compliquées, et consistent surtout dans l'humectalion, le battage, le graissage et la teinture des cuirs.

Ce court aperçu suffit pour faire voir que l'industrie du tanneur donne lieu à la production d'une grande quantité de résidus solides et liquides de nature organique et facilement putrescibles, dont Tamas constituerait une cause évidente d'insalubrité. Mais ces inconvénients peuvent être facilement évités à l'aide de précautions très simples.

Les peaux fraîches doivent être immédiatement, au moment même de leur arrivée, plongées dans l'eau de chaux ou dans tout autre liquide, qui les rende imputrescibles. Les citernes destinées k recevoir les eaux sales, les plains, les cuves, les fosses, doivent être parfaitement étanches; les cours et toutes les dépendances des usines doivent être pavées de grès rejointoyé, et présenter une inclinaison suffisante pour diriger tous les liquides dans la citerne. Les eaux sales, dites eaux grasses, doivent être transportées hors de l'établissement, soit par des égouts souterrains, soit dans des tonneaux bien fermés

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