SANG
tous les débris de poissons. Le Coaseil a pluueurs fois observé que leur accumulation sur un seul point avait de graves inconvénients et pouvait compromettre la santé publique, surtout dans les rues étroites, mal aérées et naturellement sales des vieux quartiers de Marseille, où, par un arrêté municipal, ces ateliers se trouvent circonscrits. Il avait même émis le vœu qu'on ne devait pas négliger de prendre des mesures pour empêcher cette accumulation des ateliers de salaisons, qu'il serait plus convenable de disséminer au dehors de la ville et dans des lieux peu habités. C'est pourquoi le Conseil de salubrité aété opposé, en 48A0, &une demande pour la formation d'an atelier de salaison à Martigues, se fondant sur ce qu'un atelier de deuxième classe ne devait pas être placé sur la seule place publique qui existât dans cette ville. L'emploi de bassines de cuivre pour la salaison des harengs et autres poissons a été proscrit par divers arrêtés, notamment dans le Nord. Le Conseil d'hygiène de Dieppe avait proposé la substitution de bassines de gutta-percha, et demandait que l'autorité supérieure en approuvât et en généralisât l'emploi, se fondant sur les résultats satisfaisants d'une expérimentation de deux années, mais la gutta-percha ne peut être recommandée obligatoirement à l'exclusion du bois, de l'étain et du fer émaillé.
Nous donnerons ailleurs de plus complets détails sur cette importante industrie.
Foy. BOUGHSBIB, Chabcctbrie, Séghxrie db mobuss.
I. — MartMdt (Chr.)f Traité wr la êalahon iu wiandêê et du beurre tn Mamde, et wuinUre de fumer U bauf à Hambourg, traduit du danois par T.-C. Bnian Neergard. Paris, iS2i, in- 8. — KeraudreD, De la nourriture dee équipages et de VamiUoration dss salaisons dans la marine française {Ann. d^hyg» et de méd, lég., 18S9, t. I, p- 303). — Dictionnaire de l'industrie, t. X, p. IS. — Bizet, Du commerce de la boucherie el de la ehareuterie de Paris, Paris, 1857. — Rapport du Conseil de salubrité des Bouehe$'du*Hkône, Marseille, 4840 à 1866. — Rapport du Conseil de saktbnté dm département du Nord. Lille, 1880 à 1860. — Rapport général du ConseU de salubrité de Hantes et du département de la Loire-Inférieure. Nantes, 1846 à 18d5. — Analyses comparatives des mandes salées d'Amérique, par J. Girardin {Comptes rendus de V Académie des sciences, 1855). — Delà saumure et de ses propriétés toœi" ques, par MM. Reynal et Goulmux {Rec, de méd, vétérin., 1855).
SAIilNCS» — Voy. Sbl.
« JlLI^I» D'ASlIiES. — Voy. AsiL£.
' HAIiPÊTRE, SAIiPÉTBIÈlBES. — Voy. NlTRE, NiTRiÈAES. HABiVBMITiB. — Voy. Hygiène publique.
i^AllG. — Voy, Abâitoiks, Bleu de Prusse, Sucbe.
mANG BK BATIS. — Voy. CiiARBON, ëpizooties, Pustule ma-
UG»E.
SAMGSlIfiS. — Ce n'est pas au poinl de vue de leur histoire naturelle ni de leur emploi thérapeutique que les sangsues doivent être étudiées ici. Mais il est deux points, par lesquels l'élève et la reproduction de ces animaux, ainsi que le commerce dont ils sont l'objet, intéressent très directement l'hygiène publique. D'une part, en effet, l'état dans lequel les sangsues sont livrées au commerce a donné lieu souvent à des fraudes qu'il est bon de signaler; et d'une autre part, l'élève et la reproduction des sangsues dans d«s marais spéciaux où ces annélides sont nourries du sang de mammifères vivants, constituent une industrie particulière à certaines localités, et dont il importe d'examiner les conditions de salubrité.
Cette dernière question, hâtons-nous de le dire, avait pris, dans ces derniers temps, et pour l'un des plus riches départements de la France, une telle extension et une telle gravité, que la sollicitude du gouvernement s'en était vivement émue. Depuis qu'a paru la première édition de ce livre, grâce aux efforts persévérants du Conseil central d'hygiène et de salubrité de la Gironde, et en particulier de son rapporteur, M. Clemenceau, et de son secrétaire général, M. le docteur Levieux, et avec le concours du Comité consultatif d'hygiène publique, elle a reçu une solution conforme à la gravité des intérêts qu'elle soulevait.
Commerce des Minffsaes. — Le commerce des sangsues s'exerce dans des conditions spéciales. Bien qu'il existe dans un grand nombre de départements, notamment dans ceux du Loiret, de Loir-et- Cher, de la Nièvre, de l'Indre, d'Indre-et-Loire, de Maine-et-Loire, de la Loire-Inférieure, de la Vienne, de la Vendée, des Deux-Sèvres, de la Charente, des Landes, de la Haute-Marne, de la Manche, du Calvados, de la Meurthe, etc.^ des marais autrefois peuplés de sangsues, ils sont aujourd'hui à peu près partout presque complètement épuisés; c'est à la Gironde, à la Corse et à l'Algérie, qu'appartient la consommation pour la plus grande part, seuls pays producteurs qui ne soient pas épuisés. La consommation des sangsues qui va d'ailleurs toujours en diminuant, était en 1856 de ik millions pour notre pays. Or la production indigène n'y était guère, «^ la même époque, que de 8 millions, provenant presque des seuls marais de la Gironde. L'importation étrangère est donc encore utile pour une bonne partie, et c'est principalement de la Moldavie et de la Valachic que nous arrivent, mais directement à Paris, les sangsues dont nous avons besoin.
Nous ne nous arrêterons pas ici aux différentes espèces naturelles
(le sangsues. Nous nous bornerons aux distinctions qui, dans le commerce et dans la pratique, sont relatives à leur poids et à leur qualité.
Od reconnaît pour le premier point cinq catégories :
i"" Les filets, pesant, le 1000, en moyenne. • • 385 à A50 grammes.
2« Les petites moyennes 695 à 750
3* Les grosses moyennes 1125 à 1250
à"" Us grosses 2500 h 3000
5« Les vaches. â500 à 12000
Les grosses moyennes et les grosses sont celles qui sont du meilleur usage, et, d'après M. le professeur Moquin-Tandon, les premières l'emportent encore sur les secondes. Des expériences, entreprises par M. le docteur A. Sanson, dans le cours d'une expertise relative à un procès intenté à des marchands de sangsues, inculpés de tromperie sur la nature de la marchandise vendue, ont montré, conformément à Topinion du savant que nous venons de citer, que
Les grosses moyeones avaient absorbé de sang près de 7 fois leur poids.
Les grosses .....,•, 5 fois 4/3
Les petites moyennes U fois 2/3
Les filets 3 fois /i/5
Le commerce des sangsues est Tobjet de fraudes diverses : tantôt les choix sont mêlés; tantôt les sangsues sont gorgées de sang destiné à augmenter leur volume et leur poids; tantôt, enfin, elles sont mélangées à des hirudinées d'un autre genre dites sangsues idtardes. La principale de ces fraudes est celle qui consiste à vendre des sangsues gorgées. Des poursuites ont été, à plusieurs reprises, dirigées contre les marchands qui se rendaient coupables de ce commerce déloyal, et ont abouti à des condamnations. Dans l'une de ces affaires, devant le tribunal de la Seine, en 18/i7, M. le con<seiller Ch. Berryat-Saint-Prix, réfutant cette objection, qu'il y avait eu tromperie sur la qualité, et non sur la nature de la marchandise, faisait remarquer que les sangsues n'étaient pas achetées pour sm*vir passivement à des observations scientifiques, mais pour opérer des saignées ; que c'étaient, en définitive, des machines vivantes à saignée dont la nature était d'être vides pour pouvoir fonctionner, et qu'ainsi les vendeurs, qui les avaient livrées gorgées, avaient trompé sur leur nature et non sur leur qualité. Magendic, M. Valencien* oes de l'Institut, et M. le docteur A. Sanson, experts dans la mêm^ affaire, concluaient que les sangsues ne doivent pas être livrées au commerce gorgées de sang, quand bien même ce sang aurait lété na-
TAimEU. — DICT. d'bTC, T. IV. 2
turellement ingéré dans les m<arais et ne proviendrait pas d'un gorge* mont artificiel, les conséquences pratiques devant être les mêmes.
L'Académie de médecine, sur le rapport de Soubeiran, a consa^ cré ces principes en demandant an ministre de défendre la vente des sangsues gorgées dans toute la France et de soumettre les vendeur à une pénalité sévère; d'interdire la pèche et la vente des sangsues pesant moins de 2 grammes et plus de 6 grammes.
Nous empruntons au n négociant expérimenté, M. Joseph Martin, les caractères les plus saillants des sangsues de bonne qucilité et des sangsues gorgées.
Une sangsue de bonne qualité est très élastique. On triple la longueur qu'elle prend, dans sa marche ordinaire, en la tirant d'une manière suffisante par ses extrémités. Les points où il faut la saisir sont les rétrécissements des ventouses. On fixe la peau, qui tend à glisser, avec la face palmaire du pouce, sans cependant exercer une pression qui puisse écraser les chairs. Après cette traction, l'animal revient sur lui-même et ne paraît avoir été nullement blessé. En la voyant marcher, on reconnaît aussi une sangsue de bonne qualité à la vigueur et à la rapidité de ses contractions, à la quantité de recouvrements qu'opère chaque anneau l'un sur l'autre, à la certitude de sa marche, qui dépend surtout de la précision a^*ec laquelle s'appliquent les ventouses. Elle est agile et ne reste pas au fond des vases. Lorsque des sangsues sont d'un bon choix, elles doivent toutes prendre, si on les applique avec les soins convenables, tels qu'ils se trouvent indiqués plus loin. Si, dans une application, il en est qui ue prennent pas, c'est qu'elles sont ou gorgées, ou malades, ou sont des annélides qui n'appartiennent pas au genre sanguisuga. Si elles tombent après avoir très peu piqué, elles sont ou gorgées ou malades. En examinant le corps d'une sangsue de bonne qualité, à l'état de repos, on voit que les segments se recouvrent de manière à faire disparaître entièrement les intervalles qui les séparent, à moins que la sangsue n'ait pris accidentellement une forme allongée. Plus elle se pelotonne sur elle-même, plus elle est vigoureuse. Les sangsues ont la propriété de gonfler leur corps, par une puissance de dilatation active, de manière à tromper sut leur volume. Un signe de bonne qualité est l'effllement de la partie antérieure de leur corps relativement à la partie postérieure. Un autre caractère consiste encore dans la dépression on l'aplatissement du corps. Sous la main, au toucher, on sent également que les contractions, s'exercent avec plus ou moins de vigueur. On conçoit que la faculté de rapprocher les anneaux, que l'élasticité du corps, que la forme aplatie de l'animal ne peuvent exister que si son tube intestinal est vide ou k pou près vide. On reconnaît d'ailleurs cet état de vacuité en exerçant entre les doigis une
SANGSUES. If
pression «ur le corps de la sangsue. Les sangsues qui contiennent un huitième de sang, provenant du marais, sont encore d'une exlrûme avidité, caractère essentiel de toute bonne sangsue. La mauvaise qualité des sangsues dépend, lorsque Tespèce est bonne, de leur état de plénitude qui tient îi deux causes : à ce qu'elles ont été gorgées de bang depuis qu'elles sont sorties du marajs, ou à ce qu'elles se soot nourries récemment dans le marais. Far contraste avec les sangsues vides, les sangsues gorgées sont paresseuses, restent au Tond des capacités qui les coutieuuent, s'allongent beaucoup moins et offrent des anneaux distants ; ce qui leur Ole l'apparence velouté que présentent les sangsues vides. S'il existe du sang dans le canal intestinal, on sent une sorte de corde intérieure au centre du corps. En saisissant une sangsue gorgée des deux mains, et en faisant tlécbir le corps à angle droit vers la partie moyenne ; de plus, en pressant légèrement les deux moitiés vers le coude de courbure, on aperçoit, à travers la peau distendue de l'aniçual, un reflet d'un bleu rougeÀtre indiquant qu'il existe du sang dans le tube digestif. Ce caractère ne se retrouve pas dans la sangsue de Turquie, qui a un système musculaire beaucoup plus épais. Si le sang est coagulé dans le corps de l'animal, on peut sentir, comme l'a signalé Vauquelin; à travers la peau, les caillots rouler en grumeaux.
Xous joignons à ces caractères l'avis officiel publié à ce sujet, en 1846, par le préfet de police :
• Û arrife quelquefois, malgré la 9ur?eillance de radmiolsiratico, que les sangsues vendues au public ont été préalablement gorgées de sang, aûo d'en aqgmenier le volume ei le poids.
Cette fraude est doublement préjudiciable; d'abord, parce que la valeur des sangsues dans le commerce est en raison de leur poids et de lenr volume, qui se trouvent ainsi artHiciellement augmentés;
En second lieu, parce que les sangsues gorgées, quelle que soit l'origine du saog introduit dans le tube digestif, ne prennent pas lorsqu'on les applique sur la peau, ou ne tirent, lorsqu'eUes prennent, qu'une quantité très minime de sangg ce qui peut, dans des cas graves où une médication active devient urgente, compromeure sérieusement rexistence des malades»
Ce gorgenaent, soit qu'il ait été opéré artificiellement, soit qu'il résulte des conditions naturelles dans lesquelles, par exception, la sangsue aurait pu se trouver, se reconnaît facilement de la manii^re suivante :
On saisit la sangsue que l'on veut examiner par i'eiLtrémité postérieure, qui esc la plus grosse, entre le pouce et l'index de Tune des deux mains ; en la près*- &iQt convenablement d'arrière eu aviiat, entre deux doigts de l'autre, le sang cooienu dans le tube intestinal reflue vers l'extrémité anlér|eore, et y ibrmo un bourrelet plus ou moins volumineux, selpp la quan^ié de sang ingéré, * '
ai la pression est forte, le ssng ressortile lui-même par la bouche de- la sang:$ue.
89 SAiNtiSUES.
Ce procédé ne laisse aiicane iacenilade, à la coDditioD seulcmenl que la pression n'aura pas été assez forte pour déchirer les tissus soumis à Texpérienoe.
En portant à la connaissance du public les renseignements qui précèdent, et qui lui ont élc fournis par TÉcole de pharmacie et par le Conseil de salubrité, le préfet de police croit devoir ajouter que les mesures les plus sévères ont été prises pour la recherche et la saisie des sangsues gorgées de sang et pour les poursuites des auteurs de cette fraude devant les tribunaux. »
Mais la question commerciale du gorgement des sangsues, qui pai^aissait très simple autrefois, a pris une face toute nouvelle en raison du nouveau mode d'alimentation et des procédés actuellement usités pour Pélève des sangsues. Ce n'est pas seulement, en effet, en France et dans la Gironde, que l'on a recours au sang des mammifères vivants pour nourrir f t engraisser les sangsues. En Valachie, les marais sont alimentés par des troupeaux de 20 h 30 mille buffles. Il convenait donc de tenir compte de cette révolution industrielle et do rechercher si les sangsues devaient sortir des marais forcément gorgées, ou seulement après la digestion de tout le sang ingéré. La circulaire suivante fera très bien comprendre les tcrmof daus lesquelles la question se posait.
cincuLAine ministériblle do 10 juillet 1856 sur ls coumbrcb
DBS SANGSDES.
Monsieur le préfet, Taltention de TAdministraUnn a été appelée depuis longtemps sur un genre de fraude qui se pratique trop souvent dans le commerce des sangsues : cette fraude consiste à livrer» pour Tusage médical, des sangaoes contenant dans leurs poches digestives une quantité plus ou moins considérable de sang, qu^on leur a fait absorber afin d'augmenter leur volume et leur poids. Une pareille manœuvre tombait sous rapplicalion de Parlicle 623 du Gode pénal : aussi a*t-elle été Pobjct d'un assez grand nombre de poursuites et de condamnations.
Mais il n'y a pas là seulement une fraude commerciale, Il peut y avoir dommage pour la santé publique, puisque les sangsues gorgées, ne prenant sur le malade qu'une faible quantité de sang, ou même n'en prenant pas du tout, trom* pent les intentions du médecin et peuvent rendre ses prescriptions Inefficaces. Les sangsues gorgées sont, par le fait, un médicament falsifié, auquel s'appli* quent les dispositions des articles i*^ et 3 de la loi du 37 mars 1851.
Il s'est élevé, toutefois, dans ces derniers temps, des difficultés sur la question de savoir ce qu'on doit entendre par ces mots : sangsues gorgées. i^t*ce des sangsues qui renferment dans leur tube intesUnal du sang non digéré, en qneU que proportion que ce soit ; ou bien doit-on admettre que le gorgement commence i un certain degré? En cas d^affirmative, à quel degré de gorgement commence la fraude 7
11 était autrefois de principe» dans la pratique médicale, que, pour être rr* connues puren, le» Mni;^iies ne devaient pas céder la plus minime quantité de
SANGSUES. 2i
saoç, sous une pression convemblemeat eiercée. Mais il esl rare maintenaiit de trouver de pareilles sangsues dans le commerce. Depuis surtout que rallmeniation des sangsues par ie sang des mammifères f ivants est devenoe la base d'aune indaslrie qui s^st développée sur une grande édielle dans certains départements, et qui tcod à se répandre non*seulement en France, mais encore dans les autres pays producteurs de sangsues» il arrive que la plupart de ces annélldes sont livrés à la consommation bien avant que leur digestion, très lente, soit complètement acbevée.
Cesi là une pratique regrettable, d'abord parce qu'en accordant même qu^ine petite quantité de sang non encore digéré n^empécbe pas une rangsue de bien actionner, il est certainement préférable, des expériences toutes récentes en ont fourni de nouvelles preuves, d'employer des sangsues entièrement exemptes de sang étranger, condition très conciUable avec une vitalité suiBsante; ensuite, parce que, dès qu'on admet que des sangsues puissent être vendues, bien que contenant une certaine proportion de sang, il devient difficile de prévenir Tabos.
C'est aux tribunaux qu'il appartient d'apprécier, dans chaque cas particulier, ce qui constitue la falsiCcaiion ; mais, au milieu des allégations contradictoires qoi ont été récemment avancées au sujet du gorgement des sangsues, j'ai pensé, monsieur le préfet, qu'il était du devoir de l'administration d'Indiquer aux jurys médicaux, et autres délégués de l'autorité qui pourraient être chargés de constater la qualité de ces agents thérapeutiques, une règle uniforme d'après laquelle Us dussent procéder désormais à l'accomplissement de leur mission. C'est d'ailleurs répondre aux vœux exprimés par les principaux éleveurs de sangsues, préoccupés de l'avenir de leur industrie, compromise par des fraudes scandaleuses,
il est certainement à désirer que les sangsues ne soient vendues que tout à fait pures de sang étranger ; c'est là le but auquel on doit tendre, et il n^estpas dou^ leux qu^on ne puisse y arriver, quel que soit le mode d'alimentaiion des sangsues, en soumettant ces annélidesù un jeûne sufflsamment prolongé avant de les livrer au commerce. Les éleveurs recevront, ùeet égard, les avertissements nécessaires, et Tadministration se réserve d'aviser ultérieurement, suivant que les circon* stances l'exigeront. Mais, comme il serait maintenant impossible de se procurer un nombre sufflsant de sangsues complètement exemptes de sang, il paraît convenable d'accorder provisoirement unjc certaine tolérance. Cette tolérance, le comité consoltaiif d'hygiène publique a pensé, après des essais faits sur des sangsues prises chez plusieurs pharmaciens de la capitale, qu'elle pouvait être fixée h 15 pour 100 du poids net de l'animal, conformément aux clauses des derniers marchés passés pour la fourniture des hôpitaux de la guerre et de la marine. En conséquence, monsieur le préfet, à partir du 1'*^ janvier 1857, délai qui est reconnu suffisant pour mettre le commerce consciencieux en mesure de préparer des sangsues bonnes et marchandes, ne contenant pas plus de 15 pour 100 de leur poids de sang étranger, vous devrez tenir la main à ce qu'il soit usé de sévérité vis-à-vis des débitants qui dépasseraient cette limite. En attendant l'expiration du terme qui vient d'être indiqué, la tolérance pourra s'exercer jusqu'à la quantité de 25 pour 100 du poids net, mais ne devra jamais excéder cette proportion.
Il est bien entendu que, fussent-elles tout ù fait exemptes de sang, des sang-
22 SAxNGSUES.
soes devraient élre aaisios si cUes étaient trouvées de mauvaise qualité ou dans un état maladif.
L^approviflionaement des sangsues devant se renouveler fréquemment dans le oommerce de détail. Il importerait qtic les vériflcations fussent souvent réitérées. Chez les pharmaciens, les visites, ne pouvant être faites que par les professeurs des écoles de médecine et de pharmacie ou par les Jurys médicaux, ne sauraient être très multipliées; mais vous devrez, monsieur le préfet, ordonner des visites extraordinaires dans les pharmacies qui auraient vendu des sangsues contenant une quantité de sang excédant la tolérance admise. Quant aui dépôts de sangsues tenus par des herboristes, des droguistes ou tous autres marchands auxquels on permet ce genre de commerce, ils devront être l^objet d'une surveillance particulière. Dans les lieux qui sont éloignés du siège des écoles ou des jurys médicaux» rien ne s^oppose à ce qu'ils soient inspectés, sous Tautorité du maire, par un commissaire de police, assisté d'un médecin ou d*un pharmacien désigné à cet effet.
L'inspection ne doit, du reste, s'exercer que sur les sangsues mises en vente pour être appliquées à l'usage médical : on n'aura donc pns, en général, à s'occuper de celles qui se trouvent en entrepôt, soit pour être expédiées en pays étranger, »olt pour être employées au peuplement de nos marais ; mais s'il y a valt lieu de soupçonner que, dans les entrepôts, on livrftt au commerce de détail des sangsues gorgées, l'état des sangsu^*s destinées à la vente devrait être soigneusement vérifié, pour qu'il fût procédé à la répression de ce fait, comme à l'égard des débitants.
Cette disposition est particulièrement applicable aux départements producteurs de sangsues et aux départements frontières par lesquels il en est importé.
Les instructions qui précèdent, monsieur le préfet, ont été concertées entre mon département et celui de la justice; j'ai donc la certitude qu'en se pénétrant de leur esprit, les personnes préposées à Texercice de la police médicale obtiendront le concours des autorités judiciaires. Il serait d'ailleurs superflu de leur recommander d'apiiorter ik leurs opérations tous les soins nécessaires pour qnVtles offrent la double garantie d'efficacité et d'impartialité que le public et le commerce doivent désirer.
Veuillez, monsieur le préfet, m'accuser réception de cette circulaire, et donner, stns retard, aux dispositions qu'elle renferme la plus grande publicité possible.
Sign^ E. Roiihbr.
tlfSTaCCTIOIf SDR LES MOTBItS DE RECO'XAITRE LE C.ORGEMKNT DES SANGSUES.
Pour s'assurer que la proportion de 15 pour ioo du poids de l'animal n'est pas dépassée, les personnes chargées de l'Inspection prendront au hasard quelques sangsues de chaque provenance et de chaque sorte dans les boutique» et magasins dont elles feront la visite. Ces sangsues, après avoir été essuvc^es avec du papier Joseph ou un linge usé, seront pesées, puis immergées pendant deux minutes dans nnc dissolution saline tiède; on fera eusnite sortir tout le sang qu'elles contiennent en les pressant longltudlnalemenl, suivant la méthode ordinaire ; elles seront pesées de nouveau, et la ditftii'ence des pesées donuera la proportion de sang qu'elles n'avaient pns encore digéré.
n est bien entenda qu*UQe sangsue ne doit pat être reconnue t)oane pur cela seal qu^elle ne céderait pas à la pretaion une proportion de aang supérieure à celle qui vient d'être indiquée. Tons les médecins, tous les pharmaciens conoalssent les caractères extérieurs qui permettent de distinguer une sangsue propre à rasage médical de celle qui doit être rejetée. 11 n'est pas besoin de les leur rappeler ici, et ceux qui seront chargés de Hnspection ne manqueront pas de faire saisir les sangsues qu'ils trouveraient dans un état maladif ou de mauTaise qualité, lors même qu'elles ne contiendraient pas un atome de sHn^; étranger.
Élève et rcpredactton ûem «aiiiisucs. — On a vu, par ce
qui précède, qaelle gravité singulière ont acquise les procédés em-* ployés actuellement à Vélcve et à la reproduction des sangsues qui se rattachent d'ailleurs à la question bien plus importante encore pour l'hjgiéne publique de la reviviflcation des marais. Nous croyons devoir, par ces divers motifs, Texposer dans tous ses développements.
C'est en 1850, pour la première fois, que la vigilance du Conseil d'hygiène de Bordeaux fut appelée sur les établissements destinés à la multiplication et à l'élève des sangsues. Quelques-uns des vastes marais, situés sur les bords de la Garonne, de la Gironde et de la Dordogne, jadis peuplés de sangsues, mais pour la plupart, desséchés, étaient devenus le siège d'une exploitation régulière et menaçaient de revivre pour servir à la production des sangsues. Un simple et obscur cultivateur, du nom de Béchade, avait opéré cette révolu* tien, et le succès rapide de son entreprise avait déjà trouvé de nomhretix imitateurs. Dès celte époque, le Conseil, craignant de voir cette affectation nouvelle des sols marécageux entraver le progrès des dessèchements, signalait la nécessité de réglementer sévèrement cette industrie, dont il reconnaissait toutefois l'importance, et demandait formellement le classement des établissements destinés à l'élève et à la multiplication des sangsues parmi ceux de la première classe des établissements réputés insalubres, qui ne peuvent être formés qu'avec l'autorisation du gouvernement, conformément au décret du 15 octobre 1810. Cette dernière demande, qui soulevait les plus graves questions de droit administratif, n'avait pu ôtre accueillie par le ministre de l'avis môme des deux Comités des arts et manulGactares et d'hygiène publique. Il n'était d'ailleurs question alors que d'une éventualité. Le Conseil se plaisait ù reconnaître que certaines localités avaient été jusqti'à un certain point assainies par les travail destinés au bon établissement des bassins à sangsues. Il ne se préoc* cupait pas le moins du monde alors de ce mode d'alimentation des sangsues^ qui paraissait ôtre le secret du succès de l'entreprise, et qui consistait h introduire dans les marais des chevaux, des nmlets,
des ânes, aux jambes desquels les annélides empruntaient le sang nécessaire à leur prompt développement.
Mais depuis trois ans les choses ont bien changé de face, et les prévisions du Conseil d'hygiène de Bordeaux ont été singulièrement dépassées. L'accroissement presque incroyable qu'a pris l'industrie dont il s'agit, les conditions dans lesquelles elle s'exerce, mieux connues, ont donné la mesure du danger qu'elle pouvait ofifrir au point de vue de la salubrité. Deux ans se sont à peine écoulés, et la plus grande partie des marais, situés sur la rive gauche de la Garonne, sur une étendue de 16 kilomètres, est déjà consacrée aux sangsues. Près de (iOOO hectares de marais, antérieurement desséchés ou en voie de dessèchement, loués à des prix exorbitants, sont rétablis pour servir à cette productive industrie, qui, affranchie de toute surveillance, de toute réglementation, présente un tableau vraiment saisissant. Xous en empruntons l'éloquente description aux rapports si remarquables du Conseil d'hygiène de Bordeaux.
Ces marais sont généralement composés d'une couche de tourbe peu profonde qui n'offre quelque consistance et ne résiste à la pression que parce qu'elle est entremêlée de racines d'herbes et de plantes aquatiques. Sous cette couche se trouve l'eau ou une boue dans laquelle les bestiaux sont menacés de s'engloutir, lorsque la couche supérieure cède sous leurs pieds; elle est maintenant altérée par le long séjour des eaux et par la présence des chevaux livrés en pâturage aux sangsues, qui, la piétinant incessamment, la transforment également en bouc puante, aussitôt que les rayons du soleil la pénètrent. Cette détérioration du sol, sur certains points, est telle que les éleveurs sont obligés d'en retirer les bestiaux et de renoncer, pour longtemps, à ce moyen puissant de hâter le développement des sangsues. Ces localités sont autant de foyers d'infection.
Les innombrables chevaux, abandonnés aux sangsues, périssent sur ces terrains, trop éloignée de la voirie, pour qu'on puisse les y transporter sans des frais qu'on cherche à économiser; on ne peut les enfouir suffisamment sur les lieux, à cause du défaut de profondeur du sol : on se borne, dans ce cas, à couvrir les corps d'un peu de terre légère, au travers de laquelle les gaz trouvent un facile passage; ils se répandent au loin et, mêlés à ceux qui s'élèvent des eaux croupissantes sur ces terrains, ils vicient l'air. Ajoutons que les chevaux conduits dans ces marais, sans être soumis à l'inspection des gens de l'art, sont vieux, souvent atteints de maladies d'une nature fâcheuse, que les sangsues abreuvées de leur sang pourraient peut-être inoculer à l'homme.
A une époque plus rérente encore, au mois de juin 1853, la corn* mission du Coiï«jeil d'hygiène de Bordeaux parcourut ces marais.
SANGSUES. 2j
' A pcti près parloul, elle trouva les bassins à saogsues couverts d'une tranche d'eau variant de 15 à 60 centimètre^; elle constata que pour entretenir l'immersion de ces bassini, il fallait que tes eaux fussent retenues au moyen de barrages jetés sur les principaux fossés d'écoulement, à une hauteur telle que les propriétés voisines où il n'y avait pas de sangsues, restaient aussi forcément inondées. Elle remarqua encore, que, alors môme que des précautions a^'aient été prises pour empêcher l'introduction des eaux sur ces derniers terrains, néanmoins, à raison de la nature perméable du sol, elles y parvenaient par infiltration, et y étaient maintenues par le niveau de celles qui couvraient les bassins à sangsues formant une sorte de digue.
De cet état de choses, il résulta la preuve incontestable que les eaux ne séjournaient pas seulement dans les bassins à sangsues, mai$ aussi sur les marais voisins ayant le même niveau ou un niveau inférieur, et que les uns et les autres étaient ramenés à l'état où- ils se trouvaient avant les travaux entrepris pour en opérer le dessèchement; que, lorsque, pour faciliter la ponte et l'éclosion des cocons, du 15 juin au 25 ou 30 août de chaque année, on faisait évacuer les eaux des bassins Jes terrains voisins subissaient la même condition; que tous offraient alors de vastes foyers d'où, pendant les fortes chaleurs, devraient nécessairement s'échapper des vapeurs très malfaisantes, aussitôt que la détérioration de ces terrains, déjà très avancée, serait plus complèle.
Des chevaux de triste apparence, réduits à l'inaction par la souffrance et la décrépitude, furent aperçus en assez grand nombre sur les marais à sangsues; mais il demeura constant pour la commission que ce n'étaient pas les seuls qui, en ce moment môme, étaient destinés aux sangsues. Ces marais se trouvaient couverts d'eau, lors de la visite, par suite des pluies récemment tombées, et en partie aussi parce que volontairement, pendant la nuit précédente, notamment dans les communes de Bordeaux et de Bruges, on y avait introduit celle du fleuve.
La commission voulut également connaître l'état des marais, lorsqu'ils étaient mis à sec.
Elle s'y transporta de nouveau le 27 juillet ; elle put alors se convaincre que ses prévisions de 1850 étaient fondées : elle trouva, sur plusieurs points, les marais n'ayant plus ou presque plus d'eau à la surface, mais en ayant encore assez conservé pour rester, partout où ils avaient été piétines par de nombreux chevaux, à l'état de boue dans laquelle les hommes, aussi bien que les chevaux, s'enfonçaient profondément. Les propriétaires avaient fait de vains efforts pour les dessécher; quelques-uns avaient ouvert de nombreuses rigoles; un
autre avait môme eu recours à des moyens mécaniques pour enlever les eaux; mais ils n'avaient pu réussir, et le représentant de ee dernier fit connaître à la commission qu'il avait dû suspendre l'action de ces machines, parce que, le chenal d'écoulement ayant servi h l'introduction des eaux de la Garonne pour l'irrigation, les vases déposées par ces eaux en avaient exhaussé la sole, de manière qu'elle se trouvait plus élevée que les terrains dont ce chenal devait recevoir les eaux.
Un tel état de choses ne pouvait manquer de fixer l'attention de l'autorité supérieure. M. l'inspecteur général Môlier, après avoir constaté les faits que nous venons d'exposer, vint les retracer au Comité consultatif d'hygiène publique, qui, sur l'invitation spéciale de M. le ministre, ouviit sur-le-champ une enquête sur ce sujet, et adressa au Conseil d'hygiène de Bordeaux, si bien renseigné déjà, une série de questions, que nous croyons utile de reproduire ici, ainsi que les réponses qui y ont été faites :
!• Quelle est actuellement l'étendue des marais ou étangs où l'on élève des sangsues dans le département de la Gironde ?
Le relevé fourni par les maires porte cette étendue à 1100 heeiares; mais 11 est évident pour la Commission, quia plusieurs fois visité auentivement les lieux, qu'U y a erreur dans cette indication ; on peut fixer l^éteodue occupée par les '^assins à 2000 hectares.
2? Des portions de rivage déjà desséchées ont-elles été converties de nouveau en marais ou étangs pour servir à l'élève des sangsues ?
Ces bassins sont à peu près tous situés sur les deux rives de la Dordogne et de la Garonne, mais en plus grande partie sur la rive gauche de cette dernière rivière. Tous les marais où l^on élève aujourd'hui les sangsues étaient desséchés d*une manière plus ou moins parfaite. La plus grande partie ne se couvrait plus d*eau, si ce n'est dans les hivers très pluvieux» lorsque les voies d'écoulement devenaient insuffisantes. Alors même la submersion n'était que de courte durée* On cultivait dans ces terrains des avoines, 'du maïs, des menus grains, ou l'on y récoltait du foin, des fourrages. Quelques rares portions gardaient les eaux durant une partie de l'hiver, mais elles se desséchaient dès le retour de la belle saison. On y trouvait, en été, de bons pâturages et d'abondantes récoltes de jonc. Tous ces marais sont maintenant tenus sous l'eau pendant dix mois de Tannée, au moyen d'irrigations faites à l'aide, soit des eaux du fleuve, soit de celles prove* nant de ruisseaux qui prennent leur source dans les Landos. Afin de faciliter rintroduction de ces dernières, on a coupé les digues ou cordons élevés par les premiers dessécheurs, uniquement dans le but d'en préserver ces fonds. Les eaux ne sont retirées de ces marais, lorsqu'il y a possibilité, que du iô juin au 20 aoûty pour Caciliter la ponte et Técloslon des rxicons que les sangsues
déposent A la sarrace, c^eat-à-dire pendant la raison où, des terres restées longtemps moDlllëes. se dégagent des vapeurs qui engendrent les fièvres tvpholdes chez les hommes et les épizootles parmi les bestiaux.
2^ Les travaux qui ont été fatU^ aott danB kê terrains qui h*ont jamais cessé d^étre, du mainê partiellement, inondés, soit dans les marais nowfeUement formés pour y nourrir et y multiplier les sangsues^ ces travaux ont'ils exercé quelque influence sur la salubrité?
Les rapports des médecins attestent qne ni ces travaux, ni le nouvel état des mardis n^nt en aucun effet fâcheux sur la santé des habitants des lieux où siège llndostrie, ni sur celle des habitants des localités voisines. Il en est même qui, liosi qoe les maires, ont affirmé que oeatra vaux avaient contribué à Tamélioration de la santé publique. Les relevés des registres de Téiat civil ont, en outre, élahli 40e la mortalité ne s*était pas accrue. Toutefois ces faits, vrais pour le moment, ne tarderaient pas à se modifiei* fatalement si Tétat des lieux ne changeait.
Aln^i qn*on Ta dit plus haut, une partie des marais où l'on élève les sangsues n'iftail desséchée qu'imparfaitement ; dès que des bassins ont dû y être établis, des travaux ont été exécutés pour faciliter le mouvement des eaux ; elles peuvent être renouvelées, il y a eu effectivement amélioration sous ce rapport ; mais, d'un autre côté, ces terrains, qui consistent généralement en une couche de tourbe 00 terre légère, reposant sur un fond fangeux, se dénaturent sous le séjour à peu pr^ continu des eaux entretenues pour les sangsues; la partie solide, incessamment piétinée par les nombreux chevaux employés au gorgement, & Palimenta* lion des annélides, a été broyée et amenée à Tétat de boue. On comprendra sans peine qu'à Pépoque de la ponte et de Péclosion, en juin, juillet et août, il se dégagera nécessairement, de ces lieux exposés aux rayons ardents du soleil, des gaz délétères, et l'on verra alors renaître les épidémies qui autrefois moissonnaient les populations et les forçaient, le parlement en tète, à s'expatrier de Bordeaux. Cet état est aujourd'hui incontestable dans la presque généralité des marais à sangsues : il ne faut que voir les lieux pour s'en convaincre, tl est venu justifier k justesse de cette observation consignée dans le rapport du Conseil du 19 juillet 1852 : «Cette industrie, si elle n'i^tait réglementée, serait fatale à la santé > publique, en même temps qu'elle mettrait obstable à Pamélioratlon de vastes * étendues de marais, n
h^ Peul-on indiquer, d'une manière au moins approximative, le nombre des satujsues que les établissements formés dans la Gironde livrent actuellement m commerce, et quels ont été les progrès de cette industrie depuis 1850 ?
D'après les renseignements fournis par les maires, celte quantité serait de 5 000 000. Mais ici, de même que sur l'étendue des marais exploités (première qoestlon), il y a erreur. Une quantité licaucoup plus considérable a été pèchée et livrée au commerce pendant cliacune des deux années qui viennent de sMcouler. h en a aussi été vendu beaucoup pour peupler les bassins nouvellement formés. Il «era toujours difficile d'obtenir des éleveurs des renseignements exacts à ce nj^t. IHmr en avoir de positifs, il faudrait faire surveiller avec soin la pèche de r«n des bassins placés dans de bonnes conditions. Des indications données par
des personnes qni oni quelque expérience, il résalleraSt que la prodoetion amiaelle pourrait être portée en moyenne, dans ces conditions, de 15 000 à 20 000 sangsues par liectare.
Les progrès de cette industrie ont été très rapides depuis 1850.
Gomme le préyoyait le Conseil, dans le rapport du 19 juillet de cette année, les témoins des succès obtenus par les premiers élcTeurs se bAtèrent de suivre leur exemple : alots les bassins pouvaient s^étendre à 300 hectares; ou a tq, par la réponse à la première question, quMls embrassent 3000 hectares. Ce rapprochement fait ressortir les rapides progrès de Tindustrie qui aurait déjà proliablement envahi tous les marais, sans exception, si les plaintes qui sVlèvent de tontes parts n^étaicnt venues en arrêter l^essor.
6" Lt9 sangsues fournies par ces établissements sont-eUes considérées comme étant en général de bonne qualité? — Quelle est^ approximativement, la quantité qu'on en consomme dans le département de la Gironde, et combien en exporte- t'on^ soit à l'intérieur, soit à l'extérieur?
Les sangsues, lorsqu'elles ne sont pas gorgées, sont de bonue qualité, surtout les sangsues indigènes. Les hongroises et celles provenant des autres pays étrangers, introduites d'abord dans les bassins, en grande quantité, pour les peupler, sont moins appréciées. Les éleveurs s'attachent à les faire disparaître et à les i*emplacer par celles du pays.
Cette Industrie n'étant soumise à aucun contrôle, il n'est pas possible d'indiquer les quantités consommées dans le département, non plus que celles exportées, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur; mais il est consunt que cette double exportation et la vente pour la consommation du département ont une grande importance.
6<» Est-il àiabli, par des expériences positives, que les sangsues nourries arti^ ficicllement avec du sang de mammifères, prennent une croissance plus rapide et se multiplient plus que celles qui sont abandonnées à elles-mêmes?
11 n'a pas été fait d'expériences positives et suivies a cet égard; mais le fait de la notable extension de l'industrie et de ses succès, depuis 1850, prouve que Palimcntation avec le sang chaud des mammifères contribue puissamment au développement rapide des sangsues, puisqu'on les a vues devenir marchandes en beaucoup moins de temps qu'il n'en fallait lorsqu'on n'avait pas recours k ce moyen ou qu'on n'en usait qu'avec réserve et, pour ainsi dire, accidentellement. On n'a pu acquérir la même certitude en ce qui regarde la muitipiicatlon ; le gorgement peut y contribuer en rendant la sangsue plus tôt apte ù la reproduction et en augmentant sa fécondité.
On ne devrait cependant pas conclure de ces dernières observations que la large multiplication qui s'est fait remarquer depuis peu doit être attribuée au nouveau mode de nourriture des sangsues. On en trouverait plutôt la véritable caose dans les circonstances que voici : Lorsque ia pêche des sangsues n'avait pas pris rang parmi les industries, elle était faite par des femmes, des enfants, des ouvriers inoccupés. Elle était faite dans les fossés, dans les marais qui re»* talent constamment couverts d'^au, on de la surface desquels elle ne dispaninail
qa*après une longue sécheresse, en été, et qui en' était de noaveaa couverte après qoelqoes jonrs de ploie. Cette alternative de desséctiement h la surface et de ubracrsion avait, souvent lien à Tépoqoe de la ponte ou pendant Téclosion. Elle ioisalt pour détraire tonte une ponte. Elle se généralisait dans le département, et la prodneiion se trouvait entièrement perdue. A cette époque aussi, les marais offraient des pâturages qui, quoique médiocres, étaient utilisés; on y conduisait les bestiaux qui, par le piétinement, écrasaient les cocons; enGn, la péclre avait lien sans interruption, surtout lorsque la sangsue se préparait h la ponte. Telle» •ont les causes qui, avant que cette pèche passAtàTétat d*industrie très lucrative, s^opposaient à la multiplication. Il arrivait à ce sujet ce qui s*est produit dans les localités abondantes en poissons ou riche» en coquillages, où les uns et les autres oot presque disparu par suite de Tlnobservaiion des règlements interdisant la pêche pendant la saison do frai, et Tusage des engins qui les (létrnisaient.
Aajonrd*hoi les causes de destruction des sangsues ont disparu ; on entrelient i peu près constamment couvertes d>au les surfaces des bassins dans lesquels les sangsues trouvent les insectes, les plantes qni le.s nourrissent. Partout où les mammifères ne pénètrent pas, les bassins sont desséchés i l^approche de la ponte josqu^à réclosion ; les bestiaux en sont rigoureusement éloignés; alors la pèche reste suspendue; aucune circonstance ne peut arrêter la reproduction. Très certainement c*est à ces dispositions bien entendues, au point de vne de Plndustrle, qa*on doit plus spécialement attribuer le développement de la multiplication depids quelques années. En 1852, les longues pluies de juillet et d*août ayant fait di^rattre Tane de ces conditions, le dessèchement de la surface, la plus grande partie de la ponte a été perdue. Il y a eu sur plusieurs points une atteinte grave portée à la reproduction. Quelques éleveurs, pour se soustraire à de semblables accidents, ont placé an milieu de leurs bassins de petites buttes où les sangsues vont déposer leurs cocons à Tabri des eaux. Ce mode, qui permet le système dlnondation continue, a été de la part de M. Vayson Tobjet d*un travail qui, TOUS le savez, a reçu votre approbation.
7* Us stmgsuei nourries avec du sang des mammifères ne sont- elles jamais livjrées au commerce ou à la consommation qu'après awir été complètement dégorgées? — Quels sont les moyens de surveillance qu'on emploie à Bor-* deottx et dans les autres villes du département pour empêcher qu'on ne vende des sangsues gorgées? ^ A-t-on observé que depuis quelque temps des accidents^ qu'on pourrait aitrif>uer à l'usage des sangsues malsaines^ soient devenus plus fréquents dans les hôpitaux de Bordeaux ou dans la pratique civile? — Quels sont ces accidents et quelles raisons a-t-on de croire qu'on puisse les imputer à des sangsues nourries du sang d'animaux malades ?
Presque toujours les sangsues sont vendues plus ou moins gorgées, malgré les wins que prennent les acheteurs pour s*en procurer qui aient subi un long jeûne, dont la durée indispensable n*a pas encore été déterminée d*une manière sûre. Rien, d^ailleurs, ne la garantirait aujourd'hui, attendu que les éleveurs n'ont pas ta la précaoïlon d'établir des bassins exclusivement destinés à recevoir les sangsues prises dans les bassins de gorgement, disposition à laquelle on ne supplée pas suffisamment eu retirant momentanément des bassins les clicvanx, qu'on ne
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tarde pas ù y ramener pour pousser au développement les notiveauK sujeU mêlés à ceux qu^on se prépare à livrer au comnierce.
Il résulte de cet usage un abus, une fraude réelle, préjudiciable au poiot de vue de la dépense, au consommateur obligé d'employer un plus grand nombre de sangsues, afin d'obtenir un effet utile, fraude qui peut aussi avoir des suites bien funestes, en faisant échouer, dans les cas pressants, le traitement auquel servent ces annélides; car, les prescriptions du médecin reposant sur la suppo* sition qu'elles sont en état de fonctionner eiDcacemcnt, il peut se faire qu'elles ne produisent qu'un effet insuffisant si elles sont gorgées, et que les malades restent exposés aux plus graves dangers. C'est en considération de ces circouslances possibles, que les tribunaux ont toujours regardé le gorgement comme un fait très répréhensible ; or, que le gorgement ait lieu artîGciellement, ou qu'il soit le résultat du mode d'alimentation, ne peut-il pas avoir les mêmes conséquences et ne doit-il pas être également proscrit ? Ceci mérite une sérieuse attention de la part de l'autorité supérieure. Il n'est, d'ailleurs, exercé k ce sujet aucune sur» veillance dans le département de la Gironde. La vente n'est soumise à aucuue règle ; elle est complètement libre, et les pliarmaciens, les personnes qui font le commerce des sangsues, celles qui les consomment, sont livrés sans défense.
On n'a pas constaté d'accidents attribués aux sangsues malsainei». Néanmoins» depuis qu'on a remarqué l'emploi d'un grand nombre de chevaux parvenus à l'état de dépérissement le plus déplorable, l'attention s'est portée sur certains faits qui pouvaient provenir de l'insalubrité de ces annélides. Ainsi, on a vu se développer des inflammations graves sur les parties où ils avaient été appliqués; des plaies d'un aspect ficbeux s'y sont quelquefois manifestées, sans cependant qu'on pût en trouver la cause dans l'état du malade. Maintenant on observe, et l'expérience viendra répandre la lumière sur cette question sur laquelle il n'y a eu encore que des doutes.
8« A combien évalue-t-on le nombre de vieux chevaux, de vieux dues qui sont livrés, annuellement, atéx sangsues dans le département de la Gironde ?
ici encore on n'a pu recueillir des renseignements positifs, chaque éleveur se croyant intéressé, pour masquer la mortalité, à déguiser la vérité. H paraît certain cependant que, dans les bassins où l'on force le gorgement, on peut porter à dix par hectare la quantité de vieux chevaux employés chaque année, et qui viennent trouver la mort sur ces terrains. Il faudrait une vi^^ilance des plus soutenues pour arriver à être parfaitement iixé à cet égard. Les animaux» ne vivant pas longtemps, sont fréquemment remplacés; ce mouvement échappe nécessairement à la surveillance h peu près nulle maintenant, et qui restera telle tant que l'industrie n'aura pas été réglementée et soumise à l'inspection d'agents spéciaux. L'emploi de cette prodigieuse quantité de chevaux choisis parmi les sujets qui, devenus vieux, tarés, malades, ne peuvent plus faire aucun service, est une des pratiques qui peuvent rendre très dangereuse l'industrie des sang* sues. Si l'on s'en rapporte aux renseignements fournis par les maires dos localités, la mortalité des chevaux ne serait pas rr«'*s considérable; l'enlèvement des cadavres s'opérerait immédiatement; les équarrisscurs les dépouilleraient de la peau et enfouiraient les autres parties, lorsqu'ils ne s'en serviraient pas pour la fabrication des engrais.
SANGSUE8. Si
Ces (bnciionoaires ont é|é mal renseignés ioconieslablemeot. AiiMi, un honorable propriélaire a écrit au Conseil que* fréqueromeat, on voyait près de ia rivière^ à une faible distanoe du l)ameai| de Lagrange, commune de Parempuyre, des resies de nombreux chevaux abandonnés sur le sol, après Tenlèvement des peaux et des o», restes qui servaient de p&tore aux chiens, et qui cependaut étaient assez longtemps exposés au grand air pour répandre au loin une détestable odeur.
Par une lettre sous la date du 28 juin dernier, M. ie maire de Bordeaux marquait ce qui suit au Conseil : « Les informations que je me suis hâté de prendre, et sur Texactiiude desquelles j'ai tout lieu de compter, conGrment malheureusement les iaiis qui vous ont été signalés. Il est très vrai que la mortalité a été considérable parmi les chevaux, dans les marais à sangsues, pendant les mois de mai et de juin. Dans ce dernier mois, elle a dépasesé 300. L'insuffisance des moyens d^ transport et Pinoadation des marais rendent fort difficile Penlèvement des chevaux morts ; beaucoup restent sur la place. Parmi ces dernier», quelques-uns sont enfouis* mais très imparfaitement; d'autres sont donnés en piiore aux chiens proposé» è la garde des marais, et ce qui reste des cadavres & demi dévorés se trouve entièrement et indéûniment abandonné. C'est surtout, m'assure-t-oo, dans les communes de Blanquefort et de Parempuyre que la mortalité a été la plus forte cette année. L'action de notre police ne peut s'étendre jusque sur ces communes ; mais la portion des marais comprise dans le terriuiire de Bordeaux deviendra désormais l'objet d'une surveillance active, et il ne tien* dra pas à moi que les faits si graves et si inquiétants pour la salubrité publique quiviennent de vous être révélés ne s'y reproduisent plus. »
Le 17 juillet dernier, JM. le maire de Cossac écrivait; « J'ai appris que le Conseil d'hygiène, dans sa bienveillante sollicitude pour la santé publique, s'occupait des graves inconvénients qui se rattachent à l'établissement des réser* voîrs à sangsues. Je me permets de vous soumettre quelques observations. Il ne m'appartient pas de discuter ici si les lois philanthropiques qui défendept et punissent ceux qui maltraitent les animaux domestiques permettent de les faire manger Tivants ; mais, ayant remarqué ces jours-ci, des rives du Fort-Médoc au cbenal de Beycheveile (distance de 3 à /i kilomètres), dix-sept chevaux morts, et provenant sans doute des établissements à sangsues, lesquels cadavres, délaissés sur les vases par les flots, exhalent une odeur des plus fétides, j'appelle toute ToUe attention sur les inconvénients que je vous signale. »
On a cité un éleveur exploitant un marais de 27 hectares, dans la commune de Blanquefort, qui, du mois de mars au mois de juin dernier, en quatre mois, a perdu 190 chevaux.
La présence de ces nombreux animaux malades et tarés a commencé à porter de tristes fruits. Ils sont signalés par M. le médecin vétérinaire du département, dans sa lettre du 15 juillet dernier, ainsi conçue : « Depuis quelques mois, j*ai été appelé, dans les propriétés contiguês à nos marais à sangsues, à constater l'existence et à combattre quelques maladies contagieuses. L^espèce chevaline a été plus particulièrement victime. Les maladies observées sont la morve et la gale. Us propriétaires des animaux atteints attribuent l'invasion de ces affections à la contagion par les chevaux destinés k ralimenlation.das sangsues, et ils redoutent de plus graves accidents pour l'avenir. Les divers reo8ciSQexnent& que j'af
recQCiltis sur TiSUt sanitaire des animaux iulroduils et entretenus dans nos marais par bandes nombreuses Justifient complètement le sentiment et les appré« liensions des propriétaires. En général, on n'achète et ne sacrifie, pour ralimen-» tation de la sangsue, que des animaux condamnés déjà pour leurs infirmités, tares et maladies, au couteau de i'équarrisseur. ÏJt plus grand nombre peut donc être affecté des maladies les plus graves et les plus dangereuses pour Tespèce chevaline. »
Un autre fait bien grave aussi a été porté à votre connaissance, c'est celui attaché à l'enlèvement des chevaux morts dans les marais* On les transporte ao milieu du jour, au nombre de quatre ou six, sur des charrettes, couverts simplement d'une toile. On leur fait parcourir plusieurs lieues pour les remettre aux équarrisseurs. Pendant la durée du trajet. Us répandent une odeur infecte; il est des voies publiques sur lesquelles ce fait se renouvelle à peu près tous les jours. Plusieurs convois ont été trouvés dans les rues situées au nord de Bordeaux et conduisant à la route du Médoc
Ces divers faits, incontestables, prouvent que l'emploi des chevaux et des ânes, pour le gorgement ou l'alimentation des sangsues dans les bassins, nonseulement accélère la détérioration des marais, mais peut encore devenir une des causes les plus compromettantes de la santé publique, surtout dans les localités autour desquelles se trouvent des centres de population, comme à Bordeaux, par exemple, dont les bassins k sangsues ne sont pas éloignés de plus de 3 à 4 kilo* mètres.
Tels ont été les premiers résultats de l'enquête ouverte par l'administration supérieure, et Ton a vu déjà un des effets qu'elle reproduit dans la circulaire ministérielle du 10 juillet 1856 que nous avons citée et qui s'occupe spécialement du commerce de sangsues.
Mais au point de vue de la salubrité et de l'agriculture il y avait autre chose à faire, et nous devons montrer maintenant avec quelle intelligence et quelle persévérance soutenue les vraies intérêts de l'hygiène ont été défendus par le Conseil d'hygiène de Bordeaiu qui a eu le bonheur de trouver dans l'administrateur éclairé qui dirige le département de la Gironde un constant appui et une fermeté qui n'a reculé de^-ant aucune des résistances intéressées qui n'ont pas manqué d'entraver les progrès maintenant accomplis.
Les documents suivants contiennent l'exposé fidèle et complet de tout ce qui a été fait par les soins du Conseil d'hygiène et de l'administration départementale de la Gironde pour tout ce qui concerne l'industrie des sangsues.
CIRCOLAIBE DE M. LE PRÉFET DE LA GIRONDE DU 2 AOOT 1855, RCI^ATIVB