FACTICES
Monsieur le préfet, la pénurie et la cherté extraordinaire du vin ont porté beaucoup de fabricants h remplacer le vinaigre de vin par d*aiMres substances, telles que Tacide acétique plus ou moins étendu, que Ton obtient par la fermentation d^in grand nombre de liqueurs alcooliqttes, et Pacide pyrolignenx, provenant de la distillation du bols. 11 y a aujourd'hui plusieurs recettes pour prodaire des vinaigres factices, c'est-à-dire sans vin, et des brevets dMnvention ont ëié pris pour des préparatio/is de ce genre.
L\')dministraiion neinc parait pas devoir s^opposer à ces innovations, lorsqull est bien constaté qu^elles ne sont pas de nature à compromettre la santé des consommateurs. Il nVst pas, en effet, dans Tesprit de la législation, qui prohilK les fahiticailons, de mettre obstacle aux progrès de Tindostrle, et d'interdire U substitution aux denrées antérieurement usitées de compositions réclamées par les besoins de la consommation, loyalement avonées par le commerce et acceptées par le consommateur. Elles peuvent même être encouragées, dans une certaine limite, lorsqu'elles ont pour résultat de suppléer <k Textrémc rareté d'un prodait de première nécessité et d'en diminuer le prix. Ce que la loi prescrit, c'est la fraude, et il est du devoir de l'autorité de veiller à ce que la confiance ne soit pas trompée par des substitutions dissimulées ou par des mélanges ayant pour conséquence d'aiTaiblir la qualité de la marchandise vendue. Lorsque des faits de ce genre se produisent, Pintérêt des consommateurs, comme celui des négociants honnêtes, exige qu'ils soient réprimés. 11 est à peine utile d'ajouter que toate préparation nuisible doit être sévèrement prohibée.
Après ni'être concerté avec M. le garde des sceaux ministre de la justice, j*iî, en conséquence, l'honneur de vous inviter, monsieur le préfet, à prévenir vos administrés des peines auxquelles s'exposeraient les fabricants et marchand» es vendant pour du vinaigre naturel de vin des vinaigres fabriqués avec fies substances autres que le \in, ou en livrant des vinaigres de vin alTaiblis pour du vinaigre pur. Cette dernière fraude paraît consister dans le mélange d^une partif de vinaigre de vin avec une ou deux parties d'eau et l'addition de deux ou truis centièmes de sel marin, qui donnent au mélange la densité du vinaigre naturel et la faculté de se conserver.
Vous aurez à déférer aux tribunaux les délits de l'une ou l'antre espèce qai vous seraient signalés, pour qu'ils soient poursuivis par application de la loi des 27 mars, 1'*^ avril 1851, ou, au besoin, de celle du 5 mai 1855. Vous devez en outre donner des instructions aux membres des jurys médicaux, afin qo*ib veillent h ce qu'il ne soit vendu aucune composition dont la recette ne serait pas parfaitement connue, ou qui, étant employée aux doses et dans les conditions où l'on fait usage du vinaigre destiné à l'alimentation, serait de nature à porter préjudice ù la santé.
Je vous prie de m'accuscr réception c!c la présente circulaire, et de me rendre compte des dispositions que vous aurez prises par suite des Instructions qai précèdent. Signé E. TiOrHER.
VOIRIES. Uùl
BtUiogMpfaie* — Esêtti iur le vitutigre^ tei faUificatknt»^ let mopenë de lût ream* Mflrc, d*appricwr sa valeur, par MM. Cbevallier el Gobley (AnnaUs d'hygUHt, L XXIX, p. 55). — Dictionnaire di» faltifieatiom, par Chevallier. — Fraude dan» la tente det vinaigre» factice» (Ann,, 2* série, t. V, p. S09). — Mesure» de précaution» que l'on ioit prendre contre le» fabrique» de vinaigre, dans le Compte rendu de» travaux du Cinueil de salubrité du Rhône. Ljfoo, 1860, p. âlO.
VIMAMSKS. — Voff. DiSTILLSaiES, SUGRE.
¥I81BîBBS. — Les fabriques de visières et feulres vernis, par suite des mauvaises odeurs et des dangers d'incendie, sont rangées dans la première classe des établissements insalubres.
VOlTnUBS. — Le mot voirie ou voierie, dans les anciennes coutumes, ne signifie pas autre chpse que voie^ chemin^ nie commune^ et d'une façon plus restreinte, la charge et la juridiction de Tofficier de police ou édile appelé voyer {t;iariu8)y ou l'ensemble des règles de droit applicables à cet objet. C'est en ce sens que le langage administratif a consacré la division de gronde ei petite voiriey suivant l'importance des voies de communication. Mais il est un autre sens, et c'est précisément celui dans lequel nous avons à employer ce mot, dont l'origine est difficile à démêler. Chacun sait, en effet, qu'on appelle encore du nom de voirie une place publique vaine et vague, située dans le voisinage des grands chemins, où l'on porte les boues, charognes et autres immondices des villes et bourgs. Or, y a-t^il lieu de chercher, pour ce sens particulier du mot voirie, une étymologie particuli^e et différente de celle de viaîius ou viariafi/L Davenne, auteur d'un Traité de la voirie urbaine, regarde comme assez probable que, par une assimilation qui remonte à des temps assez reculés de notre histoire, on a pu confondre les gémonies de la haute justice seigneuriale, auxquelles étaient réunis les dépôts de tous les objets immondes, avec les grands chemins au bord desquels les gibets étaient assez généralement situés pour effrayer les voleurs qui en faisaient le théâtre de leurs rapines. Faut-il accepter de préférence rétymologie un peu trop poétique et recherchée de Ménage, qui fait dériver de vuituria le nom des lieux où les vautours trouvaient leur pâture? Ou enfin faufil ne voir là qu'une extension de sens du mot viaria, un détail de la charge du voyer, qui devait veiller à tenir la voie nette et assigner la place où seraient portées les ordures et immondices? Cette dernière explication, adoptée par Trévoux, nous parait la plus simple et la plus plausible ; c'est à elle que nous nous rangerons.
Au point de • vue de la salubrité et de l'hygiène publique, la question des voiries doit être ramenée aux termes suivants : Quel$
TAKOIKO. — OICT. 0*HTG. T. IV. 26
sont les moyens en usage pour évacuer hors des villes, décomposer on transformer de la manière à la fois la moins insalubre, la plus utile et la plus décente, les masses de débris organiques putréfiés ou qui résultent de la vie animale dans les grands centres de population?
Ces débris peuvent ôtre distribués en trois classes :
Immondices : a. Débris des halles et marchés, de INécoaofDte domestique, boues, etc.
£xerément$: b. Excréments humaÎDs. c. Excréments des animaux domestiques.
Cadavres d'animaux : d. Cadavres des animaux domestiques noD comestibles, e. Cadavres humains.
D'où la division des voiries en : V vairieê d'immondiceê^ T voiriez de matières fécales, Z^ voiries d'animaux morts, qui doivent être successivement étudiées, eu égard k la nature des matières, à leur origine, et aux conditions à remplir pour les rassembler, les décora* poser ou les transformer. Il est bien entendu que le dernier groupe, celui des cadavres humains, doit être mis à part.
Conaldératloiift f éuéri»lr« et lilstorl^He*. -^ Mais a^ant d'entrer dans les développements que comporte Tétude des diverseï^ voiries» il importe de présenter quelques remarques générales qui sont indispensables pour faire bien comprendre l'état actuel de la question et en déterminer exactement les limites.
Dans toute agglomération d'hommes, les besoins les plus impé* rieux de la vie donnent naissance à une quantité de prodirit^ de décomposition, immondes ou excrémentitiels, dont toute société policée doit chercher à se débarrasser, non-seulement dans l'intérêt de la propreté et de la salubrité des villes, mais certainement aussi par une sorte de respect de soi-même qui porte l'homme k éloigner de lui les corps privés de vie et les objets immondes ou infects, qui sont de nature à otTenser les sens ou la pensée. Aussi ce qu'il y aurait en apparence de plus souhaitable serait d'arriver h faire disparaître complètement ces différentes matières. C'est là en effet ce qui a lieu, ainsi que nous le verrons dans un grand nombre de localités. Mais si l'on considère que ces débris recèlent en eux une foule de principes que l'agriculture et les arts peuvent utiliser, soit directement, soit indirectement, et savent rendre éminemment féconds, on comprendra qu'un intérêt nouveau s'attache à ces matières confondues sous le nom d'immondices, et que leur conservation et leur emploi présentent une haute importance. Les voiries n'ont donc pas seulement pour but d'en débarrasser la voie publique ou les habitations, elle^ forment de véritables entrepôts où l'industrie va puiser les matériaux qu'elle saura appliquer de mille façons utiles. Mais ce n'est pas là
encore le dernier progrès à accoin{rfir. 8'il était possible de donner à ces matières Immondes un emploi immédiat, et de ne pins les lais» i»er attendre dans des dépôts la destination qu'elles doivent recevoir, on aurait certainement réalisé arec la suppression des voiries une des améliorations les plus incontestables dans les conditions de la salubrité*
Noos pouvons donc, dès à présent, faire pressentir quelles seront les phases que doit traverser l'histoire des voiries. Ou les matières immondes disparaîtront plus ou moins complètement, ou elles seront conservées, tantôt sans précautions et sans triage préalable, tantôt dans des dépôts séparés et disposés avec plus ou moins d'art; ou enfin elles subiront certaines métamorphoses artificielles qui les mettront en état d'être employées au moment môme où elles seront enlevées. Le dernier terme ne sera sans doute pas atteint : par des raisons que nous développerons bientôt, la suppression absolue des voiries dans les localités où l'on voudra ne pas perdre les matières utilisables ne parait pas pouvoir être jamais possible; mats il y aura dans ces établissements des transformations successives qui, sui* vant les progrès de l'industrie, modifieront d'une manière plus on moins profonde les conditions d'insalubrité qu'elles présentent. Il est facile de voir combien cette question s'agrandit, puisque désormais l'assainissement des voiries dépend de l'emploi qui sera fait des produits qu'elles renferment. C'est là, nous ne craignons pas de le dire, une face nouvelle du sujet. Mais il en résulte une extrême difficulté, due principalement aux différences capitales qui existent dans les diverses localités, et à la multiplicité des détails dans lesquels nous serons forcés d'entrer pour donner seulement un aperçu de ce qu'ont été les voiries, de ce qu'elles sont actuellement, et de ce qu'elles seront demain peut-être.
Avant de parler des diverses espèces de voiries, il convient d'appeler l'attention sur deux points essentiels, qui se rattachent à la partie historique de la question. C'est, d'une part, l'absence totale de voiries dans certains pays et k certaines époques; et, d'une autre part, le défaut de triage et le mélange, dans un même lieu, de tous les produits. L'importance capitale de ces circonstances, au point de vue de la salubrité générale des villes, ressortira de l'exposé que nous allons faire des origines et des modes divers de constitution des voiries.
Il est trèft difficile, d'après le petit nombre de renseignements qui nous sont parvenus, de se faire une idée exacte de ce que devenaient les immondices dans les cités antiques et même h Home. On ne saurait douter cependant du soin apporté à la salubrité de la ville dans les temps les plus reculés et jusque sous les rois. Tile-Live signale.
hQU VOIRIES.
parmi les travaux que le second Tarquin fit exécuter, la grande eloaque, réceptacle de toutes les immondices de la ville : a Foros in )) circo faciendos, cloacamque maximam, receplaculnm omnium » purgamentorum urbis, sub terram agendam : quibus duobus ope- » ribus vix nova hœc roagnificenlia quidquam adœquare potuit. » Il est souvent question, dans les auteurs qui ont traité de Tédilité romaine et dans les inscriptions, des curatores viarum, cwratores cloacarum urbis, 11 semble même que les immondices fussent parfois enlevées et déposées en monceaux; car Cicéi*on parle d'individus qui « luta el limum aggerebant ». Mais ce qui parait beaucoup plus certain, c'est que tous les débris immondes de la ville étaient entraînés dans le fleuve, comme on le voit encore dans tant de localités modernes.
Il n*est pas sans intérêt de rapprocher sur-le-champ de ce fait les conditions actuelles de la salubrité dans une foule de villes qui, soit en France, soit à l'étranger, n'ont pas de voiries, et qui écoulent directement les immondices dans les eaux des rivières ou dans la mer. Nous citerons notamment dans notre pays Nantes, où, jusqu'à ces derniers temps et avant la réforme qui est actuellement en voie de réalisation, les matières étaient conduites à la Loire par des canaux appelés tùucs. L'eau manquait souvent pour faciliter l'écoulement, aussi était-il fort irréguUer, et lors des fortes averses, il régnait dans plusieurs quartiers une odeur infecte. Il en est de même dans la plupart des ports de l'Océan. A Avignon, à Marseille, et presque dans tout le Midi, les matières fécales et les urines, reçues dans des tonneaux qui parcourent la ville deux fois par jour, sont transportées à la mer. A Londres, et dans un grand nombre de villes d'Angleterre, à Bruxelles également, les voiries sont remplacées par un système général de drainage qui passe sous chaque maison. Les communs, cuisines, offices, etc., se trouvent toujoui*s en contre-bas du sol, et toutes les eaux ménagères, de même que les vidanges, ^e rendent tout de suite dans des tuyaux garnis d'écluses que l'on ouvn* à certaines heures, et qui aboutissent à la Tamise pour Londres, à U Senne pour la capitale de la Belgique, et à d'autres lieux de décharge pour d'autres villes. La grande quantité d'eau jetée dans les lieuv d'aisances facilite l'écoulement. Ce système, qui simplifie beaucoup U* nettoiement des villes, a le grand inconvénient de perdre des matières d'une grande valeur pour l'agriculture. U est extrêmement probable que les mœurs anglaises ont été longtemps un obstacle considérable à l'utilisation des matières fécales; mais dans ces deraierf temps les plus grands èflbrts ont été faits, surtout en Ecosse et en Irlande, pour en tirer parti.
Dans les pays chauds, où Ton produit, en général, moins de ma-
tières fécales, et où la sécheresse et les insectes les réduisent plus prcmiptement à l'état de matières inodores, le mode d'écoulement est n^nmoins pratiqué dans des localités très importantes. A Trébizonde, où le (errain est très incliné, les matières des cloaques s'écoulent naturellement par le milieu des rues, qui présentent une espèce de canal découvert formant à la fois le ruisseau et Tégout. Il faut certainement rapprocher, de ces systèmes dans lesquels on fait disparaître les immondices, la perte des matières des fosses d'aisances dans les puits absorbants. Ainsi, à Paris, dans le faubourg Saint- Jacques, les conduits de certaines maisons se rendent à d'anciennes carrières où l'on ne pénètre pas et dont on ne connaît même pas la position. Nous n'avons pas à nous occuper de ces différents procédés d'évacuation des débris organiques qui ont été conseillés jusqu'à ces derniers temps pour Paris môme, et qui sont précisément l'opposé des voiries.
Mais là où, soit par incurie, soit par économie, soit par toute autre cause, les immondices n'étaient pas entraînées ou perdues, il a fallu pourvoir à leur enlèvement. Telle est l'origine des voiries, que nous allons suivre jusqu'au moment où la séparation fut prescrite entre les diverses espèces de matières immondes.
La fétidité des boues qui couvraient le sol a été la cause du premier acte public qui a eu en vue la salubrité de Paris, nous voulons parler du pavage ordonné par Philippe-Auguste en ii8/i. On lit dans Aigord : « Philippus rex Parisiis aliquantulum moram faciens, dum » sollicitus pro negotiis regni agendis in aulam regiam [le palaiê en » la Cité) deambularet, veniens ad palatii fenestras unde fluvium » Sequanœ pro recreatione animi quandôqne inspicere consueverat, » rhedœ cquis trahentibus per civitatem transeuntes fœtores intole- » rabiles lutum revolvendo procreaverunt. Quod rex in aula deàmbun lâns ferre non sustinens, ardnum opus sed valde necessarium exco- 9 gitavit, quod omnes praedecessores sm, ex nimia gravitate et operis » impensa, aggredi non prsesumpserant. Convocatis autem burgen- » sibus eum prseposito ipsius civitalis, regia auctoritate prsecepit » quod omnes vici et vise totius civitatis Parisii duris et fortibus kpi- » dibus slernerentur. » Mais si la fétidité des boues a donné dès le in* siècle l'idée du pavage, il n'était pas encore question des voiries.
Dans le principe, les habitants de chaque rue, obligés au balayage du devant de leurs maisons, louaient en commun un tombereau qui conduisait les ordures aux champs. C'est en 13&8 qu'une ordonnance du prévôt de Paris prononça pour la première fois des amendes contre le défaut de nettoiement. En i3û8 et en 1356, le roi Jean confirma l'ordonnance du prévôt : Nul ne doit nourrir pourceaux chex soi, à découvert ou en lieu caché, ni laisser pareilles bêles errer par
les rues, à peine de 60 sous d'amende et d'occision des porcs. Sont seuls exceptés les religieux de Saint^Antoine, à cause du cochon, attribut de leur patron. En temps de pluie, défense d'arrêter ou de détourner Teau, ou de balayer avant que la pluie soit passée. Défense aux maçons de faire amas de gravois et décombres dans les mes, el aux habitants de faire amas de matières pnantes, à peine de 60 sous d'amende. En 1395, l'inobservation des ordonnances fit ajouter contre les contrevenants, à l'amende de 60 soui:, la prison au pain etàTcao. Malgré la sévérité des ordonnances, les voituriers, au lieu de conduire les ordures aux champs, dans la plaine Saint-Denis ou dans la plaine de Gentilly, avaient pris l'habitude de vider leurs tombereaux dans rintérieur de la ville, au milieu des places un peu vastes. A la fin du XIV* siècle, la place Maubert était tellement encombrée et infectée, que les marchands de la halle, qui occupaient le milieu de la place, cessèrent d'y venir, chassés par la puanteur. Plusieurs maisons étaient inhabitées; dans d'autres régnaient des maladies pestilentielles. C'est en 1389 seulement que la place fut purifiée, et la dépense couverte au moyen d'une taxe imposée aux voisins et aux marchands. Kn 1392, défense de porter sur la place de Grève, pendant la nuit, et d'y amasser les fimtes des latrines et les boues des égouts, à peine de 40 sous d'amende. En 1396, institution d'un corp< de voituriers chargés d'enlever dans des tombereaux les immondices de la ville et de les conduire, moyennant 10 deniers parisis par tombereau, aux différentes voiries placées hors des portes de la ville. Le iieu le plus communément aifecté à cet usage, depuis l'origine, était Montfaucon. En 1399, Charles VI ordonna que toutes les personnes, même les princes du sang, les écoliers, gens d'Église ou de robe, doivent faire nettoyer à leurs frais le devant de leurs hôtels, enlever les immondices, charognes, etc., les faire conduire hors la ville, et ee sous peine de grosses amendes ou de saisie des biens. Ces o^ donnances sont renouvelées pendant tout le cours du x\* siècle. En 1506, le parlement impose pour la première fois une taxe générale et permanente sur les bourgeois pour les frais d'enlèvement de« boues et de nettoiement des rues de Paris. En ir)S9, François 1" publie une grande ordonnance sur la police des rues, où il met en ordre et développe les prescriptions des temps antérieurs. Une ordonnance de Henri IV, en 1608, renouvela et compléta celle de François I".
Un arrêt du conseil de 1639 donne la liste des voiries de Pari*^ existant à cette époque. Il y en avait sept, situées : à la porte Saint- Antoine, à la porte du Temple, à la porte Saint-Lazare, à la porte Montmartre, à la porte de la Conférence (quai de Billy), à la porte Saint-Victor, et pour le faubourg Saint-Germain, dans le Pré aux
Clercs. Il est fuit Mmue formelle de conduire les immondioea partout ailleurs que daus ces voiries, et tous les propriétaires sont tenus de construire immédiatement des fosses et des égouts dans leurs maisûDS. Lorsque le prévôt Hugues Aubriot eut terminé, en 1S8S, la deuxième enceinte fortifiée, lea habitants formèrent un dépôt de décombres et d'immondices, ii droite, en dehors de la porte du Temple; ce dépôt devint si considérable par la suite, qu'il finit par dominer le rempart. En 1670 et 1671, les remparts ayant été démolis et leur emplacement converti en boulevard, on fit des plantations d'arbres sur cette lignet et Ton y établit une chaussée pavée, en laissant enfouies «ous le sol les immondices qui s'y trouvaient. Un grand nombre d-autres points furent successivement convertia en voiries dans différentes parties de la ville. Avant 167&, à Paris, les seigneurs hauts justiciers étaient obligés de fournir des voiries suffi* santés pour contenir les vidanges de l'étendue de leurs justices, et s'ils n'avaient pas d'emplacement suffisant, on les contraignait d'en acheter. En 1674, toutes les justices particulières furent réunies à celles du Ch&telet. L'édit du mois de mars de cette année, qui met à la charge du roi l'entretien des voiries, fixe les règles d'établisse^ ment de celles^i. On distingue alors deux sortes de voiries : pour les boues, et pour les matières fécales et charognes; elles doivent être placées loin des maisons de la ville et des faubourgs, et des grands chemins.
Mais ces amas d'immondices et de gravois, nommés buttes^ voiries^ monceaux^ mottet, placés d'abord à l'extérieur des murs, se trouvèrent ensuite, par incurie, maintenus dans l'intérieur même de la ville, et, comme on sait, cette circonstance peut expliquer, jusqu'à un certain point, l'inégalité du sol dans les anciens quartiers de Paris.
Cette séparation des voiries d'immondices et des voiries de matières fécales est inconnue dans un grand nombre de villes modernes et presque dans toutes nos campagnes.
Nous empruntons à M. le docteur Willemin le tableau hideux que, durant son séjour en %ypte comme médecin sanitaire, il Iraçait du Caire. «Ce qui frappe, avant tout, les yeux du médecin qui recherche les vices hygiéniques de cette grande et insalubre cité, c'est rextréme malpropreté qui règne dans les rues comme dans l'intérieur des édifices. Les immondices, les débris de toutes sortes, sont parsemés dans les rues et surtout dans ces nombreuses impasses où elles aboutissent. Le sol, qui n'est ni pavé ni macadamisé, est revêtu d'une épaisse couche de matières végétales et animales en décom** position. Cette espèce de limon formé d'ordures et de terre pétris ensemble augmente incessamment d'épaisseur. Aussi le terrain s'ex* hausse-tnl insensiblement; à ce point que, dans un grand nombre
de rues, les portes des maisons sont en partie enterrées; il n'est pas rare que le sol de quelques pauvres boutiques soit de quelques pieds plus bas que celui de la rue, ce qui donne à ces étroites loges l'apparence de l'entrée d'un caveau. Sur un sol de cette nature, on coni* prend aisément quel peut 6tre l'arrosage prescrit pendant les chaleurs de l'été deux fois par jour, mais qu'on exécute, il est vrai, assez irrégulièrement.
» L'eau qu'on y répand ne sert qu'à cimenter ces débris où l'élé* ment fécal prédomine. Au moment de la première évaporation, il s'élève de cette glaise des miasmes d'une extrême fétidité. C'est également ce qui arrive lorsqu'une de ces pluies, rares dans le pajs, vient à humecter les rues, les terrasses, les anciens cimetières. (H est un de ces cimetières, situé au N.-E. de la place, dont, chaque fois que par un temps de pluie j'ai traversé ce lieu, qui est devenu un passage, j'ai été frappé de la fétidité des exhalaisons qui en émanent.) D'autres emplacements où l'infection est en quelque sorte permanente, ce sont les impasses, les petites places qui servent ou de marché ou de lieu de station pour ces milliers d'Anes et de chameaux tenus à la disposition du public. L'urine de ces animaux, imprégnant continuellement le sol tout couvert de matières fécales, y forme de véritables cloaques, dont l'odeur est des plus fétides. Uo médecin distingué avait regardé depuis longtemps l'urine des Anes et des chameaux, si nombreux au Caire, et dont le sol est sans cesse humecté, comme une cause du développement de la peste.
n Les immondices s'élèvent au bord môme du fleuve dont elles forment la berge ; si on les jetait deux pas plus avant, le Nil les entraînerait, et l'on éviterait ainsi ce foyer d'infection. Au reste, la ville est entourée en tous sens d'amas d'ordures semblables. C'est surtout au côté sud que l'on rencontre une véritable colline formée de ces débris amoncelés. C'est là en Egypte la plaie de pi*esque tous les lieux habités. »
Malheureusement cette plaie s'étend dans bien d'autres pays, et nous aurons à la signaler dans le cours de ce travail.
Wolrlca d'Imntondlrcii. — Sous la dénomination commune à'immondices^ on comprend généralement les résidus organiques et minéraux qui couvrent la voie publique, c'est-à-dire les boues, les débris des halles et marchés, des cuisines, et d'une foule de petites industries qui ne sauraient être énumérées.
On comprend par ce seul énoncé qu'il soit absolument impossible d'indiquer la composition exacte des immondices que peut produire une grande ville. Ce qu'il est permis de dire seulement, c'ef^t que l'on y trouve mêlés des excréments d'animaux et des débris de charognes, des végétaux dont quelques*uns sont très sulfurés et très
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azotés, comme les choux et les haricots, des lambeaux ée tissus, des tessons de verre et de poterie, des cendres, ei enfin des fragment» de fer provenant de Tu&ure des fers de chevaux et des rouei de voitures.
Ces matières ont été pendant longtemps, à Paris, déposées soit dans les voiries générales, soit dans des lieux spéciaux dont on retrouve encore des traces nombreuses. M. Trébuchet fait remarquer qu'à mesure que la ville s'est agrandie, la quantité de boue à enlever s'est accrue; et que cet accroissement a obligé de multiplier les lieux destinés à les recevoir en dépôt; ces lieux se sont trouvés peu à peu ao milieu des habitations, et il a fallu successiv^nent en choisir d'autres plus éloignés. Il y a trente ans on comptait encore en service les voiries de la barrière de Montreuil, de la rue deMénilraontant, de la rue de Chftteau-Landon, de la me de la Voirie, de la barrière des Fourneaux, de la barrière d'Enfer, de l'ancienne barrière des Deux-Moulins. Ces voiries furent peu à peu supprimées et remplacées, il y a peu d'années, par trois grands dépôts d'immondices formés à l'entrée de Vincennes, à Montrouge et à Cliehy;-ces établissements, qui soulevaient à juste titre les plus vives réclamations des localités environnantes, ont eux-mêmes disparu ; et depuis le nouveau cahier des charges de l'entreprise du nettoiement, il n'y a plus de voiries à boue. Les immondices enlevées de Paris par les cultivateurs des environs qui ont sous-traité avec l'entrepreneur sont presque immédiatement employée» à l'engrais de leurs terres. On enlève chaque jour de Paris de 500 à 600 mètres cubes de boues.
L'article 21 du cahier des charges que nous venons de mentionner, et qui remonte au mois de juin 1831, est ainsi conçu : « Toutes voiries existantes sont supprimées. Les produits du nettoiement doivent être transportés à 2000 mètres des barrières, sur des terrains dont l'entrepreneur doit se pourvoir à ses frais, risques et périls, en se conformant aux lois et règlements relatifs aux établissements insalubres. » * «
Toutes ces immondices, emportées soit par bateaux, soit dans des tombereaux, vont directement dans les campagnes qui environnent la ville, et où, sous le nom de gadoues^ elles sont employées comme engrais. Les anciennes voiries urbaines et publiques sont donc actuellement transformées en dépôts privés, disséminés dans les champs et ^ans les communes rurales, où leurs émanations se répandent en liberté. C'est là d'ailleurs le système usité dans la plupart des départements agricoles en France, et dans les principales villes d'Europe, en Belgique notamment. Mais les immondices sont ordi* nairement soumises, avant d'être enlevées, à un triage qui est admirablement opéré par les chiffonniers, dont les magasins constituent
MO vomiES,
secondaireBient de véritables dépôts d'immondices dont les effets doivent être rapprochés de ceux des voiries.
Dei conditiom d'insalubrité des voiriei d'immondices, *- Les immondices réunies en masses considérables subissent une véritable fermentation putride dont les produits préseatent au plus haut degré les caractères des émanations infectes réputées insalubres; ces inconvénients ont pu» dans certains cas, acquérir une telle gravité que les populations ont fait entendre les plaintes les plus énergiques, et que les Conseils de salubrité ont eu maintes fois à se prononcer sur des réclamations relatives à de semblables dépôts. Elles se sont produites notamment contre les dépôts de boues, d'immondices et de fumiers, formés dans les communes rurales du département de la Seine, sur des champs avoisinant la voie publique, aux environs des habitations et môme jusque dans les cours des fermes et des maisons des villages, et le Conseil de salubrité a constaté qu'elles étaient justes et fondées, surtout pour certaines localités, telles que les communes d'Asnières et de Gennevilliers. Ces dépôts d'immondices en fermentation exhalaient une odeur infecte, des flaques d'eau croupissantes baignaient la base de ces tas de boues et d'immondices ramassées dans la ville. Ces engrais restaient souvent plusieurs mois dans un même lieu avant d'être employés, attendu qu'il est de l'intérêt dee cultivateurs de ne les jeter sur la terre que lorsqu'ils ont subi une fermentation suffisante, et qu'ils sont faits^ suivant leur expression. « Les réflexions sont inutiles pour démontrer jusqu'à quel point un tel état de choses pouvait compromettre la salobrilé des communes où, la culture exigeant une qaantité notable de ceb engrais, l'air était vicié par ses émanations, et l'habitation de certaines localités était devenue intolérable. »
En 1825, l'administration fut pour ainsi dire forcée par les babi* tants de la rue de Ménilmontant de supprimer la voirie qui existait dans cette rue. Une véritable émeute eut lieu dans ce quartier : le» nombreux habitants des environs de la voirie, las de ne pas voir leur$ plaintes écoutées, avaient pris le parti de se faire justice eux-mêmes. Ils fermèrent la voirie et en expulsèrent les tombereaux. Les niotif> singulièrement exagérés de ces violences reposaient sur l'insalubrité des émanations de la voirie qui, disait-on, auraient donné la mort ï un grand nombre de personnes, qui corrompaient tous les aliments et empêchaient même les boulangers de donner à leur paip toutes les qualités désirables. Les boues, ne pouvant plus être portées dans la voirie de Ménilmontant dont je viens de parler, ftirent dirigées sur celles de Montreuil^ qui, continuant toujours à recevoir celles du quartier, pour le quel elle était destinée, ne tarda pas à être à an tel point encombrée, que les immondices s'élevèrent de 4 à 5 mètres
VOIHIËS. &ti
au-dessus du niveau de la route. On ae trouvait alors en été, la cha« leur était intense, et les orages se succédaient à peu de jours d'inlervalle, ce qui détermina une fermentation très active dans cette masse d'immondices; il s'ensuivit un dégagement abondant d'efflu* Tes putrides et infects qui se répandirent dans les habitations voisines. Nous ne saurions omettre que Parent«Duohàtelet s'est livré sur ces ikita k une enquête dans laquelle il s'eat efforcé d'en atténuer considérablement la portée.
A une autre époqne, les fouilles de l'égliae Bonne-Nouvelle, qui se creusaient pendant les grandes chaleurs de Fêté, ont donné naissance au développement de miasmes très dangereux pour les ouvriers, et même pour le voisinage. Cela provenait de ce que remplacement sur lequel a été bAti le quartier Bonne-Nouvelle était fort anciennement celui d'une voirie, dont le sol se composait des immondices ioFectes que l'on enlevait des rues de la ville. Des lotions et des fumigations appropriées ont été prescrites, et le danger a disparu.
Il n'est pas douteux que ces dépôts d'immondices récents ou anciens ne puissent donner lieu à ces émanations putrides dont nous avons cherché à apprécier l'action sur la santé.
Les effets ne sont pas moins marqués dans les magasins de chiffons qui, nous l'avons dit, sont des espèces de voiries particulières. En effet, parmi les objets recueillis par les chiffonniers, il n'en est aucun dont l'accumulation donne lieu, autant que les chiffons saies et les os, à une odeur fétide et insupportable pour le voisinage. De là la prescription imposée constamment par les Ck)n$eils d'hygiène, de recevoir ces derniers bien secs, de les placer à la cave dans un tonneau fermé d'un couvercle à charnière, et de les enlever deux fois par semaine. Quant aux chiffons, ils doivent être lavés au fur et k mesure des livraisons, et séchés, autant que possible, hors des magasins. Il est défendu d'effectuer ce lavage dans le ruisseau de la rue. Quelquefois même, lorsque la position du dépôt l'exige, on a soin de préciser que l'établissement ne recevra que des chiffons blancs. Enfin, les locaux consacrés h l'industrie dont il s'agit doivent toujours être vastes et percés d'un nombre d'ouvertures suffisant pour que l'air s'y renouvelle avec facilité. Le Conseil de salubrité de la ville de Paris n'approuve guère la formation de semblables dépôts que dans tes quartiers où les habitudes des voisins, les industries qu'ils exercent, etc., en éprouvent le moins de gène possible. Malgré toutes ces restrictions, il peut encore se faire que l'incommodité résultant de leur présence soit telle, que le Conseil en demande la clôture, c'est ce qui est arrivé pour un établissement de ce genre situé rue du Champ-dc-1 'Alouette, quartier Saint-Marcel, contre lequel s'élevaient les réclamations de plus de vingt-cinq propriétaires