‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité; ou répertoire de toutes les questions relatives a la santé publique. Considérée dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions les établissements et institutions d'hygiène et de salubritéChapitre 62 sur 67 · V01ME · texte numérisé non relu

V01ME

du voisinage. Leurs maisons étaient envahies jour et nuit par les émanations infectes de ce dépôt, et plusieurs locataires avaient pris le parti d'aller demeurer ailleurs, n'ayant pas d'autre moyen de s'y soustraire.

Les effets que peuvent produire les émanations infectes de ces dépôts sont parfois extrêmement redoutables, lorsqu'ils ne sont pas tenus avec soin et entourés des précautions qui viennent d'être rappelées. On en trouve un exemple bien remarquable dans le récit des accidents formidables dont a failli être victime l'un des hommes qui ont le plus fait pour la médecine publique dans notre pays.

n OUivier (d'Angers) étant allé pour visiter un magasin de chifloos tenu par le sieur Maurice, rue Saint-Germain-l'Auxerrois, demandai voir une cave voûtée, sans communication avec l'air extérieur, si ce n'est par la porte d'entrée, qui est ordinairement fermée, cave dans laquelle le locataire renferme les os qui lui sont apportés par les chiffonniers. On le conduisit dans ce lieu. Il remarqua que le sol et la.voûte étaient humides, et que les murs étaient d'un noir verdàtre; que l'air dans lequel brûlait la lumière était infect et avait une odeur nauséabonde. Mais à peine fut-il au milieu de la cave, qu'il fut pris de vertiges : il ressentit des nausées et des envies de vomir qui le forcèrent à s'éloigner sur-le-champ et à regagner l'entrée de la cave et l'escalier qui y conduit. Sorti de la cave, son état s'améliora; cependant il ressentit un malaise pendant le reste de la journée. Étant invité à dîner en ville, il crut cependant se trouver asset biea pour se rendre à ce dîner : il mangea même avec appétit ; mais à peine le dîner était-il terminé, qu'il ressentit des pincements de ventre très douloureux autour du nombril; les pincements se faisaient sentir d'abord par intervalles éloignés, ensuite ils se firent ressentir davantage et d'une manière 'plus rapprochée : OUivier fut forcé de se courber sur lui-même, de s'accroupir. Les pincements devenant plus multiples et étant suivis d'un anéantissement général, il se û( transporter chez lui. Les secousses de la voitui*c n'augmentèrent pas sensiblement la douleur; mais k peine fut-il arrivé, qu'il éprouva un vomissement qui lui fit rejeter une portion des aliments qu'il avait pris. Les vomissements furent suivis de sueurs froides, de déjections liquides^ de syncopes continuelles. De nouveaux vomissements donnèrent lieu à l'expulsion du reste des aliments ; ils furent suivis de nausées, de syncopes, de sueurs froides, d'évacuations liquides très fétides. Les évacuations se succédèrent jusqu'à quinze fois, depuis sa rentrée jusqu'à cinq heures du matin; à cette heure, les sueurs froides devinrent plus abondantes ; il y eut des évacuations sanguines par les selles. Les pincements de ventre, qui n'ont pas cessé de se renouveler par intervalles, sont aussi intenses, mais moins prolongés.

VOIRIES. &t3

Le malade éproave un sentiment de brisure général; les nausées cessent, mais il y a toujours des évacuations fétides, en partie jaunâtres, en partie sanguinolentes. Ces symptômes ont persisté le 6 et le 5, et ce dernier jour il y eut encore hait évacuations alvines sanguinolentes. Dans la soirée du 5, les pincements cessèrent de se faire ressentir; le rétablissement se fit ensuite successivement : il était complet le 10. Cependant, le jeudi, (Olivier, ayant voula sortir, fut saisi d'un accès de fièvre qui le força de rentrer : l'accès dora douze heures. » [Armala d'hygiène, 1832, t. VIU, p. 216.)

On peut dire néanmoins, d'une manière générale, que les voiries d'immondices, lorsqu'elles sont construites suivant certaines règles dans un emplacement convenablement choisi, n'offrent pas d'inconvénients bien sérieux. C'est un fait que les Conseils d'hygiène publique et de salubrité des départements ont eu plus d'une fois l'occasion de constater. Celui des Bouches- du*Rhône a montré à cet égard une grande sollicitude, et celui de la Gironde a signalé, par l'organe de son rapporteur, M. Amozan, l'innocuité du dépôt d'immondices où sont portées les boues de la ville de Bordeaux. La description qu'il en donne et les observations qu'elles lui suggèrent peuvent utilement trouver place ici comme spécimen de ce qui peut se présenter dans un grand nombre d'autres localités.

« La propriété a son entrée sur le chemin de Tivoli ; son étendue est de 3 hectares environ, partagée en trois parallélogrammes à peu près égaux et complètement clos. A gauche est une prairie ; à droite est un terrain consacré en partie à recevoir les boues, et dont le reste est exploité en sdilière ; le centre est l'emplacement destiné à recevoir les tombereaux et les immondices qui n'ont pu être embarquées ; il est traversé dans toute sa longueur par une chaussée pavée, aboutissant aux écuries. Ce local est aussi sur le plateau qui domineie versant du coteau du Bouscat; le sol en est sablonneux, ferme, sec et perméable. U est impossible de percevoir aucune espèce d'odeur; les amas d'immondices ne sont qu'au nombre de deux, presque secs, mesurant à peu près 6 mètres carrés de superficie sur un de hauteur. Les boues, que l'on recueille principalement en hiver, forment dans l'enclos qui leur est affecté des monceaux d'une plus grande étendue; leur surface, comme leur intérieur, n'a offert aucune exhalaison putride ; on y reconnaît seulement, quand on les flaire de près, l'odeur spéciale de la terre. Ces amas n'ont pas tous la même andennelé, quelques-uns sont récents, et cependant nous n'avons aperçu entre eux de différence que dans la quantité d'humidité. Cette observation nous indique que les houes ne contiennent pas de matières putrescibles, si ce n'est en très minime proportion. Lors de la visite, les résultats des rediercbes furent parfaitement les mêmes, et l'on

kiU VOIRIES.

acquU alors, cODinie précédemment, la conviclion que cet établisse* ment n'est pas insalubre. A cette occasion, la commission rechercha si les servitudes, les magasins, les écuries, ne pourraient pas donner lieu à quelques émanations malsaines ; mats ces divers services de l'entreprise sont soumis à une surveillance, k un ordre et à une bonne administration qui en éloignent toute apparence d'incommodité, et qui sont autant de garanties en faveur de cet établissement.

)> L'endroit où Ton réunit ce que les conducteurs de tombereaux ramassent dans les bourbiers de la ville se compose de vieux débris de fer, de verre cassé, de chififons ou guenilles, etc. Tous ces objets, triés k leur arrivée et déposés dans un local situé au fond de l'établissement, sont exempts de mauvaises odeurs, gr&ce aux précautions que l'on a prises 1& comme partout. Ainsi les chiffons, les guenilles, tout ce qui est susceptible d'ôtre décomposé par l'humidité, est étendu sur de vastes treillages et n'est mis en magasin qu'après une entière dessiccation; les os sont immédiatement pesés et transportés chez les industriels qui en font le commerce.

n Quelques protestations accusent cet établissement d'avoir occasionné les maladies putrides dont seraient morts plusieurs animaux dans les environs. La seule inspection des lieux fait repousser une pareille allégation. »

Règles relatives à rétablissement des voiries d'immondices. — > Ces dernières observations de la commission du Conseil de salubrité de la Gironde nous conduisent à résumer les règles pratiques qui doivent être suivies dans l'établissement des voiries d'immondices.

L'insalubrité dépend en grande partie de la nature des immpndices. On a vu en effet que l'infection produite par les voiries était d'autant plus grande que celles-ci oonteuaient des matières plus putrescibles. Le triage des immondices peut, jusqu'à un certain point, remédier à cet inconvénient; mais il ne faut pas perdre de vue que la valeur de celles qui sont consommées à l'engrais tient principalenoieDt aux débris de substances animales qu'elles renferment en abondance et dont l'odeur prédomine dans la gadoue.

Quant aux dépôts en eux-mêmes, ils sont le plus souvent, ils étaient toujours autrefois établis à ciel ouvert, et tonnaient des monceaux ordinairement très considérables. Les anciennes voiries à boue» de Paris étaient disposées de manière à faciliter l'arrivage et le déchargement des tombereaux* Elles présentaient une jetée en pente douce, garnie d'une espèce de parapet, soutenue par des murs solides, et haute quelquefois de plus de 2U pieds sur une longueur d autant plus grande que la voirie devait recevoir plus d'immondices. Le fond était pavé, afin que les voitures chargées pussent s'y mouvoir facilement. Entin l'eau qui sort des immondices devait trouver un écou-

leiueoLfacile.MXhevalUeraproposé, soit l'ilabKMenentdebAtiaients fermés, surinoniés de cheminées d*aérage, dans lesquels les boues seraient déposées et où elles pourraient même ôtre désinfectées, soit l'enfouissement prolongé des immondices qui seraient converties en lerreau.

11 y a lieu de faire remarquer encore que les boues fraîches ou vertes ont été longtemps réputées beaucoup n)oins bonniBs, comme amendement, que celles qui ont subi la fermentation; d'où Tusage de les conserver pendant plusieurs mois avant de les employer. C'est là certainement une des conditions dlnsâiubrité les plus évidentes, et que Ton doit combattre en interdisant Tamoncellement prolongé des matières à Tair libre.

xXous ne pouvons mieux faire, pour compléter cette partie de notre sujet, que de citer l'ordonnance de police qui dans le département de la Seine a réglé ces diverses questions.

OBDORRAIICE GONCBINAMT LIS DÉPÔTS D^ENGRAlS IT D'iMIfOllOlCBS DANS LES

COMMSIIBS RURALES (8 EOTEMBEK 1889).

Nous, etc., considérant quMl est habituellement formé dans les campagnes aux environs de Paris un nombre considérable de dépôts d*engrais. composés de boues» dtmmondices on de débrisde matières animales, qui, sans constituer précisément des tofrlea, répandent cependant des exhalaisons infectes ;

Considérant qu*!! fmporte.de préserver leshabUationsetles routes de Pinflaence inialnbre que peuvent produire de telles eibalalsoos, sans nuire aux avantages que les cultivateurs retirent de remploi de ces engrais;

Va les nombreuses réclamations qui nous ont été adressées à cet égard, etc.;

Ordonnons ce qui suit :

Article i*'. Tous dépôts de boues et immondices, autres que ceux qui« formant des voiries, sont soumis aux formalités prescrites pour les établissements insalubres de première classe, ne pourront être faits dans le ressort de la préfecture de police, sans notre antorlsatlon.

Art. 2. Dans aucun cas, il ne sera accordé d*aulorlsation de (brmer do semblables dépôts dans l'intérieur des cours. Jardins ou autres enclos contigus aux hiUiations, non plus que sur des emplacements qui seraient à une distance ffloiiidre de 300 mètres de toute habitation, et de if^O mètres de routes royales et dépariemenules, ainsi que des chemins vicinaux.

Cette distance ponm être rédnite dans le cas où leschentios vidaaox ne ser* Tiraient qu'à l'agriculture.

Art. 3. Lors dé remploi des boues et immondices à Tengrais des terres, ces matières seront étendues sur le sol dans les vingt-quatre heures qtii suivront leur apport aux champs.

Art. A. Les dépositions prescrites par les articles précédents ne sont point applicables aux dépôts de fumier ordinaire de cheval, de vache et de mouton.

Art. 5. Les contraventions seront constatées et poursuivies devant les tribunaux compétents, conformément aux lois et règlements.

M6 VOIIUES.

VoIrIcM de matlèreii fécale*. — Considérations genèmies et historiques. — Les voiries de matières fécales ont une importance beaucoup plus grande que les précédentes. Elles sont pour ainsi dire dés à présent, et sont destinées à devenir plus tard les seules voiries; les seules surtout qui, malgré des espérances hautement proclamées, ne pourront très probablement jamais être supprimées dans les grands centres de population, en raison de la quantité énorme des produits qu'elles reçoivent et des obstacles que Ton rencontrera sans doute toujours dans l'utilisation immédiate de la totalité de ces produits; ajoutons en raison de la valeur vénale considérable de Tengrais qu'ils fournissent*

Les voiries de matières fécales sont constituées par le dépôt des déjections solides et liquides de l'homme.

Les excréments des animaux domestiques ne sont pas transportés à ces voiries. Ceux des herbivores, qui contiennent une proportion relativement moindre de substances azotées et sulfureuses, ont une odeur très supportable; on attribue même à leurs émanations des propriétés salutaires. Leur consistance, également très différente, est moins visqueuse, et ils sont ordinairement mêlés à une certaine quantité de litière. Par ces raisons, leur conservation temporain' dans les habitations et leur évacuation ne commandent pas l'établissement d'un système spécial. Quant aux carnivores ou omnivores, chiens^ chats, cochons, rats, souris, leurs excréments sont comparables à ceux de l'homme, au moins par leur odeur infecte, mais il n'y a pas lieu de s'en préoccuper en raison de leur quantité insignifiante. De sorte que les excréments des animaux domestiques ne sont pas en général compris dans les voiries de matières fécales, et se confondent avec les diverses immondices.

Les excréments humains sont très azotés, très sulfurés, et par suite très infects. Après avoir été recueillis et concentrés temporairement dans les fosses que Ton cure périodiquement, ils demandent, pour être évacués hors des habitations et conservés en vue de leur emploi agricole, des précautions toutes particulières. Us doivent en outre subir un traitement et une transformation qui s'opèrent en grand ou s'achèvent dans les voiries, soit publiques, soit privées, où l'on doit s'efforcer de neutraliser l'extrême putrescibilité des matières ou d'en effectuer la décomposition dans les conditions les moins incommode^ et les moins insalubres.

Nous avons vu comment les matières fécales, réunies presque partout aux simples immondices dans les voiries, avaient fini à Paris par en être distraites vers la fin du xvir siècle. £n 1726, il y avait dan> celte ville trois voiries pour les matières fécales : celles de Montfaucon, du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint^Marceau, dite

la voirie de l'Enfanl-Jésos, où devaient être portés en outre les bétes mortes, les abats de bestiaux, les os, le sang, etc. Toutes ces matières ne pouvaient ôtre enlevées des fosses pour le fumage des terres qu'après trois ans de dépôt, terme infiniment trop prolongé; et par ordonnance du 31 mai 1 726, il était fait défense expresse aux gens de campagne d'en prendre sans permission de l'autorité. Des trois voiries qui viennent d'être mentionnées, les deux premières ont été supprimées, et depuis 1781 celle de Montfaucon est restée pendant de longues années la seule où l'on ait continué & transporter les matières fécales. A toutes époques, et de ious les côtés» de telles plaintes o.nt retenti contre cet établissement; ce nom est demeuré un type si souvent et si hautement invoqué d'infection et d'insalubrité, que nous croyons utile de reproduire ici la description vraiment frappante qu'en a donnée Thouret.

La voirie Montfaucon est ainsi appelée du nom du lieu où elle est située. Sa position est au nord-est de Paris, à peu de distance au delà des murs de la nouvelle enceinte de la ville. Le terrain sur Ie«* quel elle est située est un monticule formé par des carrières ; les excavations nombreuses qu'on y a faites en les exploitant, en ont bouleversé la surface, mais il n'en est résulté qu'une disposition du local plus convenable au service auquel on l'a destiné. En effet, sa pente, qui se présente à l'ouest, est partagée en différents plateaux, sur lesquels sont creusés les bassins, ce qui permet de foire couler le liquide des uns dans les autres. De ces bassins, deux sont situés au haut du monticule ou butte; ils servent à la décharge des matières tant solides que liquides, que l'on apporte de Paris à la voirie; ils sont placés latéralement dans la direction du nord au midi. Lorsqu'un de ces deux bassins supérieurs est totalement rempli, on y laisse séjourner quelque temps les matières pour que le départ s'en fasse* Les matières solides et pesantes se précipitent au fond où elles forment un sédiment de 8 à 10 pieds de hauteur; au-dessus surnage le liquide» qui forme une couche de 12 à 15 pieds, et qui est bientôt recouverte par une croûte de 2 à 3 pieds d'épaisseur de matières solides. Itères, qui s'élèvent à la surface, où elles se durcissent à l'air. Pen« dant ce séjour des matières dans le bassin entièrement rempli, le deuxième sert à la décharge journalière, et lorsqu'on présume qu'elles sont séparées convenablement, on en fait écouler le liquide ou les vannes au moyen d'un aqueduc construit à l'angle nord-ouest de celui de ces deux bassins qui est placé au nord.

Ce liquide est reçu dans Tun des autres bassins qui sont inférieurs* De ces derniers, deux sont situés sur un plateau qui se rencontre vers la partie moyenne de la pente du monticule ; ils sont placés aussi latéralement dans la direction du nord au midi ; l'un» auquel:

TAIOIEO. — DiCT. D*HT6. T. IT. ^'^

418 yomiES.

communique Taqueduc ci-dessus désigné, est très peu considérable; l'autre Test beaucoup plus.

C'est à ces différents bassins qu'était bornée la voirie de Mont< faucon, à l'époque oii celle de l'Ënfant^Jésus fut supprimée. La nécessité de l'agrandir, pour la rendre susceptible de sufBre seule i tout le service, détermina à y faire quelques nouvelles dispositions. On y ajouta un nouveau bassin, formé par l'excavation d'une carrière, pour recevoir les vannes et les laisser déposer. Ce bassin, qui est placé immédiatement au-dessous du dernier dont nous venons de parler, dans la direction de l'est à l'ouest, et dont l'étendue est très considérable, ainsi que sa plus grande profondeur, a été vidé en entier cette année, par le procédé dont nous parlerons par la ^uite.

Bientôt après, la grande quantité de vannes accumulées dans ces bassins, les ayant remplis au point de faire craindre de les voir s'épancher sur les possessions voisines, on sentit la nécessité de former un nouveau réservoir pour les contenir. Ce fut h cet usage que furent destinés les terrains pris à loyer, et rendus depuis aux propriétaires, étant jugés inutiles. On en creusa la surface d'environ 2 pieds, et les terres provenant de cette excavation furent employées à former une digue ou berge de 5 à 6 pieds d'élévation, qui fut plantée d'une haie vive et d'une lisière d'arbres. On avait donné à ce bassin une grande sur* face, dans le dessein qu'on eut alors, ainsi que nous l'avons dit, d'y faire évaporer les vannes. La berge ou digue devait les retenir et s'opposer à leur écoulement sur les terrains du voisinage.

Le liquide des vannes, en coulant des bassins de décharge dans les bassins inférieurs, entraine une grande quantité de matières qu'il tient suspendues ou dissoutes. Elles coulent sous la forme d'un fluide épais, d'une couleur d'un vert brun ou obscur, la même que celle des matières formant le dépôt des bassins, et elles se couvrent, dans les endroits où elles sont battues avec l'air par un grand mouvement, de masses très considérables d'une mousse épaisse et comme solide, d'un gris jaunâtre, et qui s'élèvent à une très grande hauteur : ces vannes exhalent alors l'odeur la plus infecte, et les ouvriers qui se trouvent exposés sous le vent à leurs vapeurs courent les risques d'être frappés du plomb et de tomber asphyxiés. Quand elles sont parvenues dans un des bassins destinés à les recevoir, elles y forment, par leur séjour, un dépôt très considérable; les matières solides légères s'élèvent à la surface, où elles forment, par ce fait et par l'effet de l'évaporation, une nouvelle croûte solide et très dense, de 2 pieds environ d'épaisseur. Au fond se précipitent les parties les plu> pesantes que le liquide avait entraînées, et qui y forment un dépôt d'une matière homogène, qui se tranche à la bôche, qui a Taspect et U consistance d'une argile molle, colorée en vert bnin» et qui.

dans les exploitations pour le dessé'^hemeDt, parait former la partie la plus productive de Tenlreprise. Ce dépôt est très abondant, et montre de quelle grande quantité de matière le fluide des vannes est chargé lorsqu'on les épanche dans la préparation de la poudrette, ou terre tégéiative, comme Ta qualiflée la Société d'agriculture de Rouen. L'un des rapporteurs a remarqué que la coloration verte de ces matières solides ne se perd totalement que sous TinQuence d'un dessé* chement complet. Il en conclut que cette couleur, qu'il croit due probablement à la bile [altérée par l'action des acides, se perd, soit par un rapprocbement différent des principes, soit par Tévaporation de quelque matière fugace et volatile.

De plus, il a remarqué que l'odeur se perdait également en proportion avec le dessèchement; qu'en général, cette odeur est infiniment moindre que celle de la vanne, dans laquelle paraît spécialement résider la fétidité.

Relativement à la chaleur qui se développe dans les matières amoncelées, on a pu constater cette élévation de température jusqu'à 80, 90, 95 degrés, et môme la combustion s'est produite une fois dans des poutres de l'établissement de Montfaucon.

Les amas considérables avaient une odeur assez analogue à celle de la tourbe et à celle de tan ou de cuir brûlé.

La vapeur qui s'exhale en creusant la surface de ces amas est gmsse et onctueuse, le contact de cette vapeur sur les poutres des murs environnants avait produit un effet semblable à celui qui aurait résulté de la fumée d'une certaine quantité de suie qui aurait brûlé lentement. Enfin, ces résidus ont été avantageusement employés comme engrais à Caen et à Rouen.

Nous ne nous étendrons pas sur les conditions d'insalubrité de Montfaucon, et nous nous abstiendrons de détails qui n'auraient plus aucun intérêt, aujourd'hui que non-seulement cette grande voirie n existe plus, mais que, de plus, des changements en quelque sorte radicaux ont modifié de fond en comble et à la fois les conditions de salubrité de la vidange des fosses d'aisances et celles des voiries de matières fécales. Nous dirons seulement que l'immense cloaque de Montfaucon, dont ne diffèrent pas au point de vue hygiénique les voiries construites sur le même modèle, dans quelque lieu qu'elles existent, après avoir résisté pendant des siècles aux incessantes at* taques que l'agrandissement de Paris avait rendues dans les derniers tenaps de plus en plus ardentes, a enfin disparu complètement en 1849. Quelques années auparavant, une voirie supplémentaire aNait été établie dans la forêt do Bondy. Mais le choix de l'empla* cernent avait suscité, comme cela arrive toujours en pareil cas, drs objections qui ne doivent pas résister à l'expérience et aux perfec-

620 VOIHIES.

tionnemenis qui ont été apportés dans cette partie de la salubrité.

Il faut dire, cependant, que si la voirie actuelle diffère si profondément des anciennes, ce n'est là qu'un progrès très récent, réalisé par un ensemble de moyens que nous allons exposer aussi clairement qu'il nous sera possible de le faire.

État actuel de la voirie des matières fécales de la ville de Paris, — La ville de Paris ne possède aujourd'hui qu'une seule voirie pour les matières fécales, qui se compose actuellement de deux parties: !• d'un dépotoir situé au port d'embarquement de la Villette, et qui sert au déversement et au départ des matières extraites par la vidange des fosses; 2° d'une voirie sise dans la forêt de Bondy, à laquelle sont conduites, d'une part, les matières liquides par un tuyau souterrain; d'une autre part, les matières solides par bateaux naviguant sur le canal. Nous allons décrire rapidement la disposition de ce double établissement, dont le premier surtout peut ùive cité comme un modèle de parfaite exécution et de salubrité, et qui ne peut manquer d'être imité. Déjà à Manchester et dans quelques cités manufacturières de la Grande-Bretagne, on applique le système de l'évacuation des matières liquides mues par la vapeur dans des conduits souterrains.

Dépotoir de la Villette. — L'établissement se compose d'un bâtiment central et de deux pavillons : le bâtiment central conlicul aurez-de-chaussée neuf galeries parallèles de 30 mètres environ de longueur, voûtées, et au-dessous desquelles régnent trois citernes de 3 mètres de profondeur, indépendantes les unes des autres, et correspondant, l'une aux compartiments antérieurs des galeries, Taulre aux compartiments du centre, la troisième aux compartiments do sortie.

Les citernes elles-mêmes sont divisées chacune en neuf cases par les murs qui supportent à la fois les voûtes des citernes et les piedsdroits des galeries. Mais les neuf cases d'une même citerne sont mises en communication entre elles au moyen de portes disposée-» de manière à se contrarier, et à forcer ainsi les matières liquides versées dans une des cases extrêmes à parcourir le plus de tmjt t possible pour arriver dans la case de l'autre extrémité. Ces citerne^ ont un radier général dans lequel est préparé un caniveau dont h pente est en sens inverse de l'écoulement des liquides dans le^ citernes.

Au-dessus de la citerne du milieu et dans les reins de dcniivoûtes en arc de cloître, pratiquées à l'une des extrémités dr> voûtes en berceau qui recouvrent toutes les cases, se trouve luv* galerie d'égoul^ dans laquelle débouchent des conduits pratiqué^^ an milieu du passage dans le compartiment du milieu des galeries, et a

l'orifice de chacun de ces neuf conduits est adapté un boyau ou manchon en forme d'entonnoir.

Trois tuyaux de fonte sont noyés dans les voûtes des citernes et placés dans le sens de leur longueur; des tubulures adaptées à ces tuyaux ont leur orifice ouvert au sommet des voûtes des citernes. Les trois tuyaux aboutissent sous le foyer d'une machine à vapeur placée dans le pavillon du côté du canal. Sou§ les galeries, et à 2 mètres en avant du côté du nord-est, sont placées des bordures de granit destinées à guider les voitures de vidange lorsqu'elles traversent les galeries.

Le pavillon dont nous venons de parler renferme deux machines à vapeur de 10 à 12 chevaux, servant à faire mouvoir chacune trois pompes aspirantes et foulantes, et de plus, au-dessus de la machine, un réservoir d'eau de l'Ourçq. A la suite du pavillon sont placées dans une fosse à ce préparée deux chaudières à vapeur.

L'aspiration des pompes est disposée à quatre branches pour aspi* rer à volonté, soit les liquider contenus dans l'une ou l'autre des trois citernes, soit de l'eau de l'Ourcq prise dans le porL Les aspirations ne débouchent que dans la case la plus voisine de chacune des citernes, et par conséquent à l'extrémité opposée à celle où se fait le versement.

Les machines à vapeur mettent en mouvement un ventilateur qui aspire l'air des compartiments intérieurs des galeries, pour l'envoyer dans les foyers des machines à vapeur et y entretenir la combustion.

Le pavillon sud-ouest contient le logement de l'inspecteur, et de plus, au-dessous du sol, une cave creusée à 2 mètres en contre*bas du radier des citernes, et communiquant, par trois tuyaux munis de robinets, avec le fond des caniveaux pratiqués dans le radier des citernes. Cette cave n'a de communication libre qu'avec le compartiment central des galeries.

L'établissement tel qu'ilvient d'être décrit, est destiné à recevoir les versements des matières liquides enlevées des fosses par le moyen des pompes, et à envoyer les liquides à la voirie de Bondy par une conduite établie sur le revers de la digue du canal de l'Ourcq.

Le travail se divise en travail de jour et travail de nuit. Ce dernier, qui est de beaucoup le plus considérable, s'opère sur les tonnes roulantes de la vidange nocturne. Le premier est exclusivement consacré aux tonneaux des fosses mobiles.

Pour opérer le versement, les voilures, portant les tonnes de 2 mètres cubes de capacité, sont amenées par trois chevaux sur la face nord' est du bâtiment central, et placées dans la direction d'une des galeries. Arrivées 1^, elles sont arrêtées, et l'on dételle les deux

chevaux de devant; dès que cette opération est faite, les deux chevaux font le tour du bâtiment pour revenir sur la face opposée du bâtiment, et le cheval de brancard traîne seul la voiture pour la faire pénétrer dans la galerie vis-à-vis de laquelle on Ta placée. Cette traction est rendue facile par la pente de 0"*,01 par mètre donnée au pavé.

Alors le boyau de cuir dont nous avons parlé précédemment étant adapté à Torifice de vidange de la tonne, on ouvre la bonde, on incline la tonne en arrière, et l'on verse ainsi tout son contenu dans Tégout qui règne au-dessus des reins de la voûte en arc de cloître de la citerne du milieu, et fait arriver les matières dans celle des trois citernes qui a été vidée la nuit précédente. Après que Ton a vidé la tonne, on délachc le boyau de cuir, on lave la bonde, on la replace, et Ton fait sortir la voiture en lui faisant poursuivre son chemin dans la galerie où elle a pénétré.

Malgré les précautions que Pon vient de décrire, il pourrait peut-être encore s'exhaler de l'odeur au dehors de l'établissement; pour prévenir cet inconvénient, dès que la première voiture de vidange arrive, on fait marcher le ventilateur aspirant, qui force Tair extérieur à pénétrer dans l'établissement, pour de là aller se brûler dans le foyer de la chaudière avec les gaz odorants qui ont pu se dégager pendant le versement. Les gaz qui peuvent se dégager des citernes, soit par la fermentation des matières qui y séjournent, soit par l'effet du déplacement d'air produit par le versement des matières, vont également traverser le foyer et s'y brûler.

La machine à vapeur, qui marche pendant toute la durée du versement des matières, met en mouvement les pompes destinées à refouler dans une conduite jusqu'à Bondy les matières liquides contenues dans les citernes. Cette opération faite en vase clos dans un intérieur ne peut produire aucun dégagement de gaz.

Lorsque les liquides d'une des citernes ont été enlevés par les pompes, on descend dans cette citerne, et avec des balais on pousse vers l'extrémité opposée aux pompes les dépôts qui ont pu se former. Ces dépôts, ainsi accumulés dans la case extrême, sont versés ou poussés par un tuyau dans des tonnes placées dans la ca>e à ce disposée, sous le logement de l'inspecteur. A mesure que ces tonnes sont remplies, lavées et désinfectées, on les élève avec un treuil, et on les fait arriver dans la galerie supérieure la plus voisine, pour de là les envoyer par un petit chemin de fer sur le bord du port d'embarquement, où on les prend pour les embarquer et les !ran>porter à Bondy.

Les tonneaux mobiles qui arrivent au dépotoir pendant le jour sont, au fur et à mesure de leur arrivage, directement vidés dans les citernes par les orifices qui ont été indiqués.

VOIRIES. àià

Moyennant c6tte combinaison de moyens simples el certainement très efficaces, tout dégagement sensible d'odeur au dehors^ de l'établissement est impossible, et les habitations du voisinage ont moins à souffrir de ce versen^ent intérieur fait en grande partie la nuit, que du chargement et du déchargement incessant de tonnes jour et nuit en plein air, au moyen de grues, comme on l'avait projeté autrefois, quand on ne prévoyait pas l'accroissement énorme du volume des matières à transporter. En effet, ce volume, qui était en 1815 de A5 000 mètres cubes, en 1828 de 90 000 mètres cubes, en 18/^1 de 180 000 mètres cubes, a pris dans ces derniers temps des proportions bien plus considérables encore.

En 1850, 600/^61 récipients ont apporté au dépotoir 290981 mètres cubes de matières, dont 230869*"-«-,31 liquides ont été chassés par la conduite^ et 26 123 solides emportés par bateaux à la voirie.

En 1851, année où a commencé à être mis en vigueur, à partir du 1*' janvier, le système de désinfection des fosses et de l'emploi des matières solides dans les voiries particulières, le mouvement du dépotoir a été de 583097 récipients^ 266 461 "•«•,21 de matières, dont 218 351">«<^-,59 chassés par la conduite, et 28 028iB'«-,17 emportés par bateaux.

Nous pouvons faire remarquer, dès à présent, combien est minime la différence du volume des matières apportées au dépotoir et déversées à la voirie, depuis l'introduction du nouveau système de vidanges. Aussi il n'est pas sans intérêts de joindre ici quelques chiffres qui indiquent la proportion du liquide écoulé sur la voie publique et des matières solides enlevées. Or, pour les cinq mois de juin, juillet, août, septembre et octobre 1850, il y a eu :

LiqoMe ëcoiiM. MalièrM lolides «DleréM.

Juin. ••*... 2790 mètres cubes. 1607 mèires cubes.

Juillet 67/ie 736

Août 2620 9/i2

Septembre. • . . IkbbS 2155 (1)

Octobre /i8ô9 1966

C'est au dépotoir même que l'un des principaux entrepreneurs de vidange fait opérer la désinfection des tonnes de fosses mobiles, dans lesquelles, après les avoir lavées, on jette le mélange désinfectant^ qui consiste en 1 kilogramme de sulfate de fer et 1 litre d'acide pyroligneux impur; quantité qui doit suffire, non-seulement à la désin-

(1) La proportion considérable des maiières solides, pour ce mois, tient à ce que momentanément certaines voiries particulières avaient été interdites.

fection préalable de la tonne, mais à celle des matières qui doivent y être déposées.

Voirie de Bondy. — Ainsi que nous Tavons dit, le dépotoir de la Villette n'est en quelque sorte que le vestibule de la voirie de Bondy. Ces deux établissements sont unis par le tuyau de conduite de 30 centimètres de diamètre, qui transporte de Tun à l'autre les matières liquides. Ce tuyau lui-môme fait partie intégrante du système, et il n'est pas inutile d'insister sur les dispositions qu'il présente. En effet, parmi les motifs invoqués dans l'enquête, etsurles- .quels se fondait l'opposition aussi ardente qu'injuste qu'a soulevée le projet de construction du dépotoir, l'un des plus spécieux était le danger présumé de la rupture des tuyaux de conduite, l'infiltration des matières dans le soi, et même leur mélange avec les eaux du canal. Or, depuis que le système fonctionne, il n'y a pas eu une seule rupture; mais seulement au début et à deux reprises, un engorgement, et, par suite, un arrêt dans l'écoulement. Encore e>t' il juste de foire remarquer que ces accidents étaient dus à une pratique qui a cessé depuis. Les rachèvements, c'est-à-dire les matières restantes au fond des fosses en réparations et nécessairement mùlée^ de sable, de plâtre et de gravois, étaient déversés au dépotoir, et les débris étrangers qu'ils contenaient ne pouvaient manquer d'engorger le tuyau. Actuellement, ces rachèvements sont directement transportés h Bondy. De plus, pour découvrir plus sûrement le siège de l'engorgement ou l'arrêt d'écoulement, et y remédier avec plus de facilité, un manomètre placé près de la machine indique la marche du liquide; et dos robinets établis de distance en distance sur la longueur de la conduite permettent de trouver exactement le poi»l sur lequel doivent porter les réparations.

Quant à la voirie elle-même, elle est située un peu au-dessus du village de Bondy, sur les bords du can<il et au milieu de la forêt qui l'encadre de toutes parts, formant ainsi une sorte d'abri naturel contre ses émanations. Elle occupe une très vaste surface (i kilom. de longueur environ) , et se compose de plusieurs parties que nou» allons décrire succinctement, sans parler des bfttiments d'habiUtion de l'inspecteur et du garde.

Au milieu s'élève une chaussée construite en débarcadère sur le canal, et munie de grues et de treuils. C'est là que s'opère le débardage des onze à douze cents tonnes de 8 à 12 centimètres cubes (environ 1 hectolitre] qui arrivent chaque jour par trois bateaux dont le premier touche au port vers huit heures du matin. Les matières contenues dans les tonnes sont le plus souvent demi-solides. Cependant, quand elles proviennent de fosses qui, n'étant pas étanchcN sont restées très longtemps sans être vidées, elles sont tout à fait m»-

lides, el offrent méine parfois une telle dureté, que les débardeurs sont forcés de se servir d'une sorte depioehe pour les faire sortir des tonnes. Les matières sont directement versées dans un des bassins dont la surface est presque de niveau avec la chaussée de débarque* ment.

Ces bassins, qui n'ont guère plus de 1 1/2 à 2 mètres de profondeur, s'étendent de chaque côté de la chaussée oii ils forment deux séries distinctes qui sont successivement exploitées. Chacune d'elles se compose de quatre bassins communiquant les uns avec les autres, mais à des niveaux de moins en moins élevés, de manière que le déversement des liquides s'opère par décantation. On ne remarque qu'une petite quantité d'écume à la surface des bassins; circonstance bien différente de ce qui existait à Montfaucon, où une croûte très épaisse recouvrait la couche liquide, et qui est due sans doute à l'utilisation des vannes par les fabriques de produits ammoniacaux, au peu de profondeur des bassins, mais surtout à la désinfection préalable. C'est dans le second bassin que s'ouvre, au moyen d'un double robinet, le canal de conduite qui vient du dépotoir. L'écoulement des matières a lieu chaque jour pendant six heures. Tous les liquides qui arrivent sont conduits dans une fabrique de sels ammoniacaux établie au nord de la voirie, par un canal à ciel ouverL Et ce n'est qu'après avoir été épuisés, ou, pour nous servir de l'expression technique, après avoir été usés, qu'ils sont repris par une conduite de retour qui les entraîne à la Seine, où ils se perdent à la hauteur de la Briche près Saint-Denis. Les eaux contenues dans chaque bassin sont de moins en moins concentrées, et les matières solides qui restent après Tévaporation sont exploitées en poudrelte, c'est-à-dire par l'extraction des bassins, la dessiccation et le tamisage. Elles se concentrent parfois assez dans les bassins pour s'y durcir au point que l'on ne peut les enlever qu'à l'aide de la pioche. On aura une idée de l'importance de ce produit, quand on saura qu'il y avait, au moment de notre visite sur le bord des bassins de Bondy, des masses de poudrette d'une valeur de près de U millions.

Douze ouvriers sont employés au débardage des tonnes et à l'exploitation de la poudrette. Leur journée dure quelquefois plus de quinze heures^ et leur salaire est de 3 fr. 35 cent. Mais il y faut joindre les bénéfices quelquefois considérables que leur procure le produit des objets plus ou moins précieux qu'ils trouvent dans les tonnes. On est frappé de l'énorme quantité de bouchons qui jonchent la surface du premier bassin; et il est assez curieux de voir cette circonstance devenir l'objet d'une industrie toute spéciale. Des individus en grand nombre s'aventurent sur le sol à peine solidifié du bassin pour ramasser ces lièges qui servent ensuite,, nous assure-t-on, à confec-

Û28 . VOIUIES.

Considérant que TétabliBsemeot de la conduite exigera moins de temps qu*il n*en aurait fallu» dans le système du transport total par le canal» pour Tagrandissement du port et pour Taugmentation du matériel des vidangeurs, et qu'ainsi le nouveau projet aura encore Tavantage de permettre plus tôt la suppression de tout versement à Montfoucon ;

Considérant, en ce qui concerne les dispositions du dépotoir projeté, qu'elles sont établies de manière h atténuer, autant que possible, les inconvénients d'onc semblable construction ; que cet établissement ne sera ouvert que pendant la seconde moitié de la nuit ; enûn, qu'il ne pourra pas être un empêchement poar rinduslrie de créer, dans le vobinage, des fabriques ou des usines quelconques;

Considérant, en ce qui touche la conduite qu'il conviendra de suivre, l'avis de la commission spéciale consultée, par M. le préfet ;

Délibère : Le projet de dépotoir annexé au port d'embarquement de la voirie de Bondy, et celui d'une conduite pour le départ de la portion liquide des ma- Itères provenant des vidanges de Paris, sont approuvés conformément i la proposition ci-dessus analysée et dans la limite d'une dépense totale de /lOO.OOO fr.

Là portion liquide des vidanges sera envoyée à la voirie de Bondy par ladite conduite, au moyen d'une machine à vapeur ; Il ne sera transporté par iMteaci, ^ur le canal, que la portion plus dense qui ne pourrait pas coider par la condoiie.

I^s bateaux de transport devront être pontés et construits de façon qu'en aucun cas les eaux ne puissent être rejetées dans le canal.

Pour établir la conduite, on emploiera, à titre d'essai, des tuyaux de grb étirés à la presse hydraulique, et ù leur défaut, pareillement à titre d'essai, des tuyaux de tôle étaniée et bitume, de l'invention du sieur Chameroy. Dan» ce dernier cas, la couche intérieure devra être composée d'asphalte naturel.

M. le préfet de la Seine est invité ù solliciter avec diligence l'approbation do gouvernement, et à mettre promptemcnt à exécution les travaux urgents qui ft>nt l'objet de la présente délibération.

PROCÈS-VERBAL CONTENÂIfT L'âVIS D'ORE COMMISSION SPÉCIALE SDR LES MOTKNS PROPOSÉS PODR LE TRANSPORTA LA VOIRIE DE BONDY DES MATIÈRES PROVERART DES VIDANGES DE PARIS (22 NOVEMBRE 18Û2).

La commission' convoquée par M. le préfet de la Seine est composée de MM. Gay-Lussac, Dumas, d'Ârcei, membres de i' Académie des sciences ; Gavenne, Kermaingani, Devilliers, inspecteurs généraux des ponts et chaussées; Arigu, Siinson Davillier, membres du conseil municipal.

MM. Mary, ingénieur en dief du service municipal, et Trémisot, clief da bureau à la préfecture de la Seine, ont d^abord rappelé les faits suivants. L'administration municipale, dans le but de supprimer le plus tôt possible la voirie de Montfaucon, s'occupe de compléter les moyens de transporter i celle de Bondy toutes les matières provenant de la vidange des fosses d'aLsances h P^fts. £o 1815, le volume de ces matières était, par an, de 65000 mètres cubes; en 1828 il a été de 90 000 mètres, en 18^1 de 180 000; en sorte que dans l'espace de vingt-cinq ans, ce volume a été quadruplé. Le service actuel de chaque jour de travail peut s'élever h 600 mètres cubes.

Cette progression rapide dure encore, sans que Ton puisse exacteoient en prf-

voir le terme. I^usiears causes la déterminent, parmi lesquelles il faut snrtout remarquer : l"" Tobligation où M. le préfet de police met aujourd'hui tous les propriétaires qui font vider leurs fosses de les rendre parfaitement étanches, ce qui n'existe pas dans les anciennes maisons ; 2" le système des lieux d'aisances * avec réservoirs d'^n ; 3" le perfectionnement de Phygiène et de la propreté dooifsiique, Tiisage des bains i domicile, l'abondance d'eau que la distribution générale établie par la ville de Paris permet à chacun d'obtenir chez soi à peu de frais, etc.

L'administration s'est d'abord arrêtée {an transport des vidangies à la voirie de fiondy, par bateaux, sur le canal de l'Ourq.

Ce moyen exige remploi d'environ 450 tonnes de 2 mètres cubes chacune, dont 300 pleines seraient, chaque nuit, conduites sur 16 on 18 bateaux partant du port d'embarquement spécial de la voirie, situé an delà de la Petile-Villette, sur le côté droit du canal. Les tonnes vides seraient ramenées pendant le jour par les mêmes bateaux, et replacées, la nuit suivante, sur les voitures des vidan-> geors, k mesure qu'ils en apporteraient des nouvelles à conduire à la voirie*

Aux époques du chômagi' du canal de l'Ourcq (le terme moyen, par la gelée« en est de dix-neuf jours par an), on serait obligé de transporter par voitures les vidanges jusqu'à la voirie, située à 11 000 mètres environ de la barrière. Au lien de trois et même de quatre voyages par nuit, chaque équipage ne pourrait alors en faire qu'un seul ; mais il faut remarquer, d'un autre cOté, que la vidange est peu active pendant les gelées : on ne fait guère que des allèges aux fosses pleines.

En étudiant les dispositions qui resteraient & prendre pour assurer ce mode de transport, Tingénieur en chef du service municipal, considérant que la plus grande partie du cube des vidanges est de l'eau, et que ce liquide, qui en forme actuellement plus des quatre cinquièmes, ira toujours en augmentant, a conclu et présenté le projet d'établir une conduite de tôle et bitnme de 38 centimètres de diamètre pour y faire couler jusqu'à la voirie de Bondy cette portion liquide dos matières.

Il existe déjà un projet adopté et en cours d'exécution, pour l'établissement d'une semblable conduite, sur 6300 mètres de longueur à partir de la voirie, pour en ramener les eaux vannes à une rigole d'assainissement qui longe le canal Saint-Denis.

lia nouvelle conduite, d'après la première pensée de M. Mary, serait (|iariic de Montfaucon : comme la distance totale est de 11 100 mètres, il aurait fallu^ pour rejoindre la conduite que l'on pose en ce moment, et qui ferait le double service, y ajouter une longueur de â800 mètres.

Dans ce système, les vidangeurs auraient continué de conduire la plus grande partie de leurs chargements h Biontfaucon. Ils auraient versé les matières dans une double fosse voûtée, construite avec des dispositions convenables pour la séparation» par le repos pendant plusieurs jours, de la partie liquide, et son écoulement par la conduite, au moyen d'une pression naturelle de 15 mètres de hauteur de ce point au-dessus de la voirie de Bondy. Le produit de cinq jours, accumulé dans l'une des fosses, se serait écoulé en vingt-quatre heures, et, après chaque écoulement, la conduite aurait été, au moyen d'un réservoir alimenté par les sources des prés Saint*Gervais, remplie d'eau claire.

Pour éviter TexpaMion des exhalaisons aa dehors, ce projet comportait réu« blissemeot de hangars fermés où ies voitares de vidanges aaralent été introdoiies pour le dépotement. Ces hangars auraient été ventilés, ainsi que la fosse, par . rappel d*un foyer de machine à vapeur et d*une haute cheminée. Enfin, cet établissement, entouré de murs élevés et de plantations, n'anrait été ouvert <|oe pendant la seconde moitié de la nuit.

Ce qui produit Tinfectlon actuelle de Monifaucon, les bassins, les séchoirs où les matières séjournent à Tair libre, fermentent cl développent sur 9 arpents de surlace un volume Immense de gaz, sont, par ce projet, comme en tout cas, supprimés ; mais cette localité aurait conservé la servitude du concours des voitures de vidanges, du déversement des matières et de rétablissement des fosses et des hangars de dépotement.

Ce projet n'a point été voté par le conseil municipal, qui a persisté dans Paodcnne intention de faire eiïectuer par le canal le transport de la totalité des matières, et de débarrasser entièrement Monifaucon.

Cependant, en examinant les dispositions proposées par Thigénieur en chef et par Tadministration pour rétablissement définitif de ce transport, la commission du même conseil, frappée des graves inconvénients qu*il présente, a demandé à M, le préfet de faire examiner par une commission spéciale d'ingénieurs pris dans le conseil général des ponts et chaussées, de chimistes membres de TAcadémie des sciences et de denx membres du conseil municipal, la possibilité de Técoulement, par une conduite, de la portion liquide des vidanges.

C'est pour accéder à ce désir que M. le préfet, de Taveu du gouvornemeni, a formé la présente commission. Les questions sur lesquelles il la prie de donner son avis h Tadmlnistration sopt les suivantes :

1" Doit-on persister dans le projet de transporter par le canal, à la voirie de Bondy, la totalité des matières provenant des vidanges de Paris?

2** Le projet d'envoyer par une conduite la portion liquide de ces vidanges est-il admissible ?

3° £n cas d'affirmative, où doit*on fixer le pointde départ 7

/i° Quelles sont les autres dispositions nécessaires pour atténuer les Inconvénients d*un semblable établissement?

Après une longue discussion, à laquelle tous ont pris part, ies membres de la commission, sous la réserve, pour chacun, de Tappréciatiott diverse des motifs et considérations d-dessous développés, ont adopté les avis suivants & Punanimité :

i^ Sur la question du transport total des matières par le canal :

Considérant qu'une navigation extraordinaire, qui serait actuellement de 180 000 tonneaux par an, et dont l'augmentation rapide serait an fait inévitable, deviendrait nécessairement gênante pour le commerce et pour les voyageurs qui fréquentent le canal ;

Qu'un pareil transport de jour el de nuit pourrait, sur toute son ëtendoe. répandre dans l'air, d'une manière presque permanente, l'infection qui s>xhale souvent des tonnes de vidange ;

Qu'il exigerait un service compliqué pour maniement des tonnes, et qu*il serait forcément interrompu par le chômage du canal ;

Qu'enfin ce mode de transport aurait le grave inconvénient de pouvoir noire

V0IRIË8. ASl

aox eaux qui lont distribuées dans Paris et ies discréditer aui yeux du public ; La commission est d*a?is :

Qu'il convient de restreindre autant que possible le transport des matières de la vidange par le canal de l^Ourcq, et d*embarguer les tonnes dont on ne pourra pas envoyer autrement ie contenu à ia voirie dans des bateaux pontés, dont ies eaux ne paissent jamais être rejetées dans le canaU

2* Sur la question de Pefficaeité d*une conduite pour Técouiement de la partie liquide des vidanges :

Considérant que la plus grande partie du volume de ces matières est liquide, que celte portion va continuellement en augmentant, sans que Ton puisse prévoir le terme de cette augmentation ; qu*elie provient, surtout, de la plus grande quantité d'eau jetée dans les fosses d'aisances ; que cette partie est déjà extraite de ces fosses par les vidangeujps, au moyen de pompes et de tuyaux ;

Considérant quMl sera possible de produire par une mactiine à vapeur une force suffisante pour envoyer ces matières h la voirie de Dondy par une conduite comme M. Mary l'a proposé ; que celte conduite aura l'avantage considérable de délMrraaser le canal, d'éviter l'infection sur le trajet et de diminuer considérablement les dépenses de transport ; lia commission est d'avis :

Que le projet d'une conduite pour l'écoulement de la partie liquide des matières est admissible, et que l'administration municipale doit lui donner la préférence sur celui du transport tolal par bateaux. 3"^ Sur la question relative au point de départ de la conduite : «Considérant que, malgré toutes précautions, il ne sera pas possible d'alTrancbir entièrement le voisinage des inconvénients de l'arrivée sur un même point et du dépotement de toutes les tonnes de vidange ;

Considérant que la voirie de Montfaucon est près de Paris, entre les communes de Belleville et de la Viilette, au milieu d*une population nombreuse, qui s'accroît eocore chaque jour, qui souifre depuis longtemps d'un pareil voisinage, et qui doit d'autant plus compter sur l'éloignement complet de tout service de vidange que, par plusieurs délibérations, le conseil municipal de Paris a déjà adopté cette

suppression ;

Considérant que le port d'embarquement a été créé pour servir au départ de toutes lei matières; qu'il est déjà consacré à ce service ; qu'il est à 1500 mètres plus loin de Paris que la voirie de Montfaucon ;

La commission est d^avis qu'il ne faut pas éublir le point de départ de la conduite de Montfaucon, mais en faire une annexe du port d'embarquement, en le plaçant au delà de ce port, du côté des forllAcations, de manière que ie trajet actuel des voitures de vidange ne soit pas changé pour y arriver. à^ Quant aux autres dispositions, en ce qui louche la matière de la conduite : Considérant que la couche intérieure de bitume et l'éiamage de la tôle pour* roui être, avec le temps, attaqués et dissons par le gaz ammoniacal qui se dégagera des matières fécales ;

La commission est d'avis qu'on pourrait essayer les tuyaux de grès fabriqués à la presse hydraulique, et n'employer, aussi comme essai, ies tuyaux de tôle étamée et bitume que s'il n'était pas possible de se procurer des premiers. Le bitume naturel doit être, en ce casf préféré au bitume de gaz«

En ce qui concerne la disposition des hangars pour le déTencment des vidanges :

La commission pense qa*ils devront être remplacés par des galeries vodlées et divisées en trois compartiments fermés, & la suite Tim de l'autre, de manière que, chaque voiture étant entrée dans le premier» on paisse en fermer la poric extérieure avant d'ouvrir celle du compartiment du milieu» où la tonne sera ensuite introduite pour y être vidée dans la fosse, les deux portes de chaque côié étant hermétiquement closes. La sortie devra avoir lieu avec les mêmes précaulions que Tenln^e.

Les galeries et la fosse devront être ventilées, non-aenlement par Tappel do foyer de la machine à vapeur et d*une cheminée très élevée, mais encore au moyen d'un mécanisme spécial de ventilation.

La commission pense, en outre, qu'il serait utile de faire répandre par un semblable mécanisme une poudre désinfectante dans l'intérieur de l'établissemenL

Elle croit aussi qu'il serait nécessaire de faire saupoudrer les tonnes de la même poussière.

Au moyen de ces précautions et des antres précautions du projet de M. Mary, la commission pense que l'établissement qu'il s'agit de créer, qui sera d'ailleun fermé pendant le jour et pendant la première par lie de \à nuit, n'aura pour le voisinage que l'inconvénient inévitable, dans tous les systèmes présentés, da concours de toutes les voitures de vidange sur un même poinL

RAPPORT D£ l'ingénieur EN CHEF DO SERVICE MONICIPAL SOR LES OBSERVATlOM AUXQUELLES A DONNÉ LIEU l'ENQUÊTE SUR LE DÉPOTOIR DE MATIÈRES FÉCALES PROJETÉ A LA VILLETTE (23 JUIN 1843).

L'enquête ouverte à la Villette sur le projet d'établissement d'nn dépotoir pour l'envoi par une conduite à Bondy, des liquides provenant des fosses d'aisances de Paris, a donné lien à plusieurs oppositions et à des adhésions que nous alloBs passer successivement en revue.

Us oppositions les plus vives viennent de M. le maire de la Villette et des habitants de cette commune ; elles sont toutes fondées sur cette hypothèse que rétablissement projeté répandra autant d'exlialaisons insalubres que les bassins actuels de Montfaucon ; que, par conséquent, tous les environs souffriront aniant de son voisinage que de celui de la voirie actuelle.

Une seule des oppositions contient un essai de critique des moyens proposés pour prévenir les inconvénients du transvasement des liquides.

Le rédacteur pose d'abord comme un principe éternel rimpossibililé de détruire une odenr, de brûler de l'hydrogène sulfuré.

Il conclut ensuite de la désapprobation avec laquelle aurait été reçue la prv position faite en 1810 pour brûler les matières fécales, que l'on repoossera également le projet d'écouler les liquides par une conduite.

Enfln, il affirme qu'il sera impossible de réaliser cet écoulement des Mqnides par une conduite, attendu, dit-il, que la conduite posée en 1809 ou 1810, pnur écooler les eaux vannes de Montfoticon dans l'égout du canal Sainl-Martin, reste enfoncée sons le sot après avoir coûté 150000 francs.

Les opposants, et M. le sous-préfet de Saint- Denis avec enx, proposent» pour

VOIRIES. ftâS

remédier aax inconvénieHU qulls signaient, ie transport de tous les récipients» soit par ie canal, soit par un cliemin de fer à établir sur la digue droite de ce canal, soit enûn par la route.

1.6 conseil municipal de la Vlllette rappelle, à ce sujet, les délibérations dans lesquelles le conseil municipal de Paris a successivement discuté les moyens de transport, et en conclut que Ton doit revenir à l'emploi de Tun de ces moyens, ou à tous les trois, si cela est nécessaire.

Les adhésions données au projet soumis à Tenquète sont un peu plusexpli-i cites que les oppositions. Les adhérents estiment que si i*établissement était créé k Montfaucon, comme on Ta proposé, il laudrait reprendre là les matières solides déposées dans les citernes, pour les mener au port d'embarquement * qu'ainsi il y aurait deux lieux distincts affectés à ce service ; que d'aillears les dispositions projetées donnent toute garantie sur les résultats à en attendre * mais que si, par impossibilité, dei dégagements de gaz avaient lieu parla cheminée, il n'en résulterait aucun inconvénient pour la Villette, parce que, élevées beaucoup au-dessus des maisons, les exhalaisons seraient chassées par les venta d'ouest dans une direction opposée a celle de cette commune.

Dans toute cette affaire, les opposants à la mesure proposée raisonnent comme s'ils étaient dans une position ordinaire, c'est-à-dire comme si la commune de la Villette n'était pas grevée d'une servitude, et d'une servitude extrêmement fâcheuse, celle du voisinage des i>assins de Monlfaucon. Us oublient que c'est pour faire cesser les plaintes de cette commune et de toutes les localités environnantes qu'on a cherché les moyens de déplacer le grand foyer d'infection de Montfaucon, et de l'établir sur un point où il ne peut porter préjudice à des propriétés privées.

C'est dans cette vue qu'a été choisi l'emplacement de la voirie de Bondy ; mais ce choix fait, et rétablissement créé, on s'est trouvé arrêté par les diiGcultés que l'on a rencontrées, lorsqu'il s'cj^t agi d'y faire arriver la totalité des matières extraites des fosses d'aisances de Paris.

La première qui s'est fait sentir a été celle des récipients; on en a essayé de plusieurs formes et dimensions, mais on n'a rien trouvé de satisfaisant, parce que les tonneaux de capacité moyenne mis eu expérience auraient nécessité une mam-d*Œnvre inexécutable. Postérieurement, et depuis l'invention des vidanges à la pompe, les entrepreneurs ont employé des tonnes de 2 mètres de capacité, avec lesquelles le service aurait pu se faire il y a quelques années, mais non sans de graves Inconvénients, car les grosses tonnes, incessamment détachées de leurs trains, auraient nécessairement éprouvé de fréquentes avaries dans les rues de Paris.

Nous avions cependant supposé l'emploi de ces tonnes dans les propositions que nous avions foites pour le transport, soit par bateau, soit par chemin de fer. Mais si le transport à l'aide des tonnes de 2 mètres cubes de capacité était exécutable il y a plusieurs années, il ne l'est plus aujourd'hui, à cause de l'accroissement prodigieux du cube des vidanges, accroissement résultant, et de l'établissement des fosses étancbes, et surtout des habitudes de propreté intro* duites dans toutes les classes de )a société. On conçoit, en effet, qu^avec un cube de 65 000 meures, comme en 1815, ou même de 90 000 mètres, comme en 1B28, on pouvait exécuter un transport ou par bateau ou par chemin de fer ;

nSDlEU. — MCI. d'otg. t. If. . 28

(nais ayec les 180000 mètres de i8/ii, et les 350 OOO mèires que l*oa penl pré« voir dans doaze ou quinze ans* il n'y aurait pas de iransfkirt possible. D^aflleon, en existât-il, si Ton songe à la nature de la matière transportée, i rodew qu'exhalent les récipients, à la nécessité de les faire circuler le Jour pour qa'ib rentrent Tldes la nuit, on comprendra que Ton ait recalé devant nne mesure qui substituerai l h la voirie de Montfaucon nne voirie ambulante de trois lieues de longueur; on comprendra également que nous n^ayons pas perstoté dans b proposition que nous avions faite de placer le dépotoir à Montfaucon, c'est«èdire de conserver pour un même service deux établissements éloignés Pira de l'aulre de 1500 mètres ; on comprendra enfin que, pour éviter tous les inconyénlents que noua venons de signaler, nous ayons conçu le projet d*un établissement qui n'offrira aux voisins diantre gène que celle que Ten ne peut éviter dans aucun système, c'est-à-dire le passage nocturne de toutes les voilures de

vidange.

Quant à rétablissement même, si i*on veut bien lire la description qui a été Jointe au projet d'enquête, on verra que toutes les dispositions sont prises pour qu'aucune odeur ne .puisse se répandre au dehors. Nous allons les rappeler sommairement :

Lorsque l'on videra une tonne, elle sera placée dans le compartiment iniérieer du dépotoir, et de doubles portes fermées pendant ceue opération empêcheront toute communication de l'intérieur à l'extérieur.

Afin de diminuer les chances de dégagement de gaz, la bonde de vidange adaptée au fond des tonnes sera munie d'un cercle saillant avec rebord annulaire, au moyen duquel on fixera hermétiquement à ces tonnes un gros boyau de cuir attaché par son autre bout à la galerie qui recevra les 'matières versées. Ce ne sera qu'après la pose de ce boyau que ia bonde d'évacuation et la bonde d'aérage seront ouvertes, de sorte que le dépotage des tonnes ne donnera pas lieu à un dégagement de gaz plus fort que celui résultant de l'ouverture momentanée de la Innetle d'une fosse d'aisances ordinaire.

Cependant, pour qu'aucune accumulation de gaz infectant ne puisse se fiire dans le compartiment intérieur, on y entretiendra constamment en su^iensloo une poussière de noir animal propre à détruire l'odeur, et un ventilateur en aH>irera constamment l'air pour alimenter le foyer de la machine à vapeur qui servira k refouler les liquides à Bondy. De sorte qu'après avoir détruit l'odeur, on produira un courant d'air du dehors en dedans, et que l'établissement, fût-il infecté, ce qii ne peut pas être, aucune odeur ne pourra s'échapper au dehors.

Quant aux gaz aspirés par le ventilateur, ils passeront dans le foyer de ia chine k vapeur : là le gaz hydrogène sulfuré sera brûlé, et les vapeurs ami niacales, déjà naturellement moitié plus légères que l'air, seront ou décomposées ou lancées dans l'atmosphère à une assez grande hauteur pour n'être pas plus incommodes que celles qui s'échappent de l'élabllssement créé par M. Mailtt, an centre de la YiUette.

Les matières solides restées dans les fosses en seront enlevées au mojtm de tuyaux placés ad hoc dans les pointa bas de chacun des compartineats, et seront versées ou poussées directement dans des tonnes disposées dans un emplacement à ce deslhié sous le logement du gardien. Qs sera là une sorte de vidange ordinaire ; mais comme elle sera faite dans un local fenoé» ii>yant

d!f8we que dans le dépotoir, que les gaz qui 8*y formeniieQt monteraleiik daos ce dépoiojr et seraient aspirés par le veniUatear, on volt que cette manipulation se pourra pas plus Incommoder les voisins que le versement des matières dans les fosses.

Les dispositions que nous venons de décrire sont simples ; leur efficacité est palpable ; tous les hommes impariianx qui en ont pris connaissance les ont approuvées, elles permettent de faire la vidange même pendant les gelées; et cependant, au lieu de cela, les opposants à i*établissement projeté demandent que Ton opère le transport, soit par le canal, soit par un chemin de fer» soit par la grande route, car il n*y a pas on quatrième moyen.

Dans Tune ou Feutre de ces trois combinaisons, il faut tripler le matériel dea vidangeurs, .et pour les deux premiers, il faut rendre les tonnes amovibles, c*est« i-dire les disposer de manière qu'elles puissent être détachées des trains et raUachées sans difficulté ; il faut donc tripler un matériel Infect et infectant, et courir les chances de renversement et de rupture des tonnes sur la voie publique ; i) faot pour couvrir ces frais de matériel, de chevaux et de charretiers, augmenter de beaucoup le prix des vidanges; il faut qu'un transport actuellement nocturne se fosse de jour, et que par conséquent les yeux et Todorat aient à souffrir dans tonte l'étendue de l'espace compris entre Paris et Bondy ; il faut suivant l'opinion unanime des entrepreneurs de vidange, que pour les jemps de gelée on ait une voirie à la porte de Paris, ou que l'on cesse alors toute vidange, ce qui est impossible ; il faut enfin que les eaux qui servent aciuellement^tous les besoins d^une grande partie de la population de Paris soient compromises par le transport incessant de tonnes de vidange.

Et tout cela, pourquoi 7 pour porter à Bondy un liquide plus ou moins chargé de matière fécale, mais qui coule parfaitement dans les tuyaux, comme on Ta éprouvé récemment, et que l'on peut par conséquent envoyer è Bondy par ime conduite, sans Inconvénient pour personne, et pour ahisi dire sans aucun frais.

Malgré toutes les considérations que nous avons fait valoir en faveur de l'éta* blisaement projeté, il se rencontrera peut-être encore des personnes timides qui diront : Mais qoe ferles- vous si le dépotoir infectait les propriétés voisines t Noos n'hésitons pas à dire : on l'abandonnerait. Une ville qui a sacrifié plusieurs oullions pour supprimer Montfaucon ne reculerait certainement pas devant la perte qu'elle ferait sur un établissement dont la création ne lui aurait coûté que 232 000 francs, et qui pourrait être utilisé pour une industrie quelconque.

Ce n'est pas ici un spéculateur qui cherche à faire sa fortune sans s'inquiéter du tort qu'il pourra faire à ses voisins; c'est la première ville du monde qui cherche la solution d'une qoenUon difficile, et qui, persuadée de l'efficacité des moyens qu'elle se propose d'employer, demande l'autorisation nécessaire pour les mettre à exécution.

il résulte des détails dans lesquels nous venons d'entrer, que les oppositions ailles contre la création du dépotoir projeté au port d'embarquement ne sont 'ondées que sur des craintes vagues que rien ne justifie ;

Qne cet établissement, présenté par les opposants comme un nouveau Mont- ^ucon, ne ressemble en rien k ce cloaque infect, et n'y ressemblerait même pas quand on n'y prendrait aucune des précautions indiquées pour empêcher le dégagement des gas;

/a 36 VOIRIES.

Qu'enfin le transport par eau, réclamé par les opposants, aurait le quadruple inconvénient de grever de servitude, non-seulement les alentours du port d^embarquemeut, mais encore toutes les localités traversées par les bateaux chargés des tonnes ; d*accro!tre le prix de la vidange en forçant d'augmenter démesurément le matériel ; de rendre la vidange impossible pendant les gelées, et surtout d*étre devenu à peu près inexécutable par suite de l'accroissement énorme du cube des liquides.

Nous espérons donc que la ville de Paris sera autorisée à créer un étaUisseoient dont l'administration municipale n'a adopté le projet qu'après s'être assurée, par l'approbation unanime des savants, des ingénieurs, des membres du conseil des bâtiments civils, que les dispositions projetées permettraient de supprimer Montfaucon de la manière la moins onéreuse pour les populations voisines.

EXTRAIT DU RAPPORT FAIT AU CONSRIL DE SALUBRITÉ, LE 39 SEPTEUBRE 1.8^3, SUR LA DEMArfDE D'ÉTABLIR AU PORT D'EMBARQUEMRMT DE LA VILLETTE Uff DAPOTOIR DES VIDANGES, PAR UNE COMMISSION SPÉCIALE COMPOSÉE DE

MM. d'arcet, ollivier (d'angers), i.ecanu, busst, patew (rapporteur).

Monsieur le préfet, ta commission spéciale chargée de soumettre an Conseil de salubrité le projet de rapport bur la demande précitée que vous avez renvoyée h son examen, s'est assemblée plusieurs fois afin de discuter et d'approfondir toutes les questions qui pouvaient surgir de cette demande des oppositions et des adhésions qu'elle a rencontrées.

Admettant tout d*abord les motifs graves d'utilité publique qui ont décidé le conseil municipal à voter l'éloignement de l'énorme foyer d'Infection dû aux manipulations des poudretles, et regardant comme une nécesèité aujourd'hui indispensable le transport à Bondy de ce dégoûtant travail, la commission a cru devoir examiner s'il convenait que le point de départ du liquide et des solides fût le même, comme la demande l'indique, ou s'il serait préférable de diviser le départ en deux localités, Pun servant i l'embarcation des solides à l'endroit désigné dans la demande, l'autre s'appliquan taux liquides et pouvant être cliotsi au Heu même où la voirie de Montfaucon existe. Cette dernière opinion fut soutenue par la minorité de la commission, et bien qu'en la discutant avec soin durant deux séances la commission soit peut-être allée au delà des limites qui lui étaient tracées, nous avons pensé qu'en un sujet si important 11 valait mieoi étendre que restreindre le champ de nos observations. Nous croyons donc devoir vous rendre compte de l'opinion de la minorité sur cette sorte de question préjudicielle et des motifs qui ont amené le vote définitif de la majorité.

L'établissement du dépotoir, a-t-on dit, quelque précaution que l'on prenne, aura pour le voisinage des inconvénients, et il vaut mieux le fonder M où exisie une servitude beaucoup plus grave : alors on aura amélioré Tétat des chose» en cette localité, et l'embarquement seul des matières solides s'opérant à la petite Villetle où il se fait aujourd'hui pour les produite des fosses mobiles, on aura changé peu de choses dans cette deuxième localité, en sorte que tous les intérêts seront satisfaits et que personne n'aura & se plaindre.

Voici maintenant les motifs qui ont empêché la majorité d'adopter cet avis r

1* En divisant rétablissement de dépotage et d'embarquemenl« on en reo-

drait radminislntion et la sorYeiltoiice plus coûlenaes, plas diflkiles el moins efficaces.

2^ Les inconvénients possibles de quelque odeur, ne fût-ce qa^accidenteUe • ment, seraient légers dans la localité de la petite Vllleite, éloignée des habitations, distante de plus de 1000 mètres au delà de Hontfaocon des murs de Paris, ne reccYant que sur des terres en culture Tinfluence des vents qui régnent près-* que toute Tannée, et qui d'ailleurs ne se dirigeraient que vers des établissements industriels.

3° En de telles circonsunces, le dépotoir doit à la petite VUlette augmenter la valeur des terrains vacants; il diminuerait la valeur des propnétés bAties auprès de la capitale.

6* L'accès des voilures chargées est difficile vers Monlfauoon, surtout dans l'hiver, en raison de la hauteur à laquelle se trouve placé Montfauoon ; il est facile en tout temps dans le trajet direct & la localité choisie.

5^ Toutes les matières solides déposées dans les réservoirs du nouvel établissement devraient être dirigées par un service spédal de voitures qui traverseraient des mes plus ou moins encombrées pour se rendre au port d'embarquémeot, créant ainsi un double transport et une véritable servitude dans tous les quartiers Intermédiaires.

6« La suppression de ia voirie actuelle profilera d'ailleurs évidemment à la commune de la Vllleite, qui est elle-même en ce moment sous l'influence de cette ancienne et si grave servitude.

7* Enfin, et cette raison est décisive, si malgré tontes les précautions qui seront prises dans la construction de la conduite, une cause accidentelle, imprévue, la faisait rompre à une distance quelconque du dépotoir, la réparation serait lacile et n*entralneralt aucun danger sur le point choisi, puisqu'elle suit le talus extérieur de la digue du canal du côté . des champs, tandis que si la conduite part de Montfaucon, sa rupture dans la petite Vlllette aurait les plus graves inconvénients au milieu des quartiers habités que forcément elle devrait traverser pour arriver an canal.

La majorité de la commission regarde donc la localité choisie pour l'établis* sèment du dépotoir comme de beaucoup préférable à celle de Montfaucon.

U commission, après avoir éliminé cette dilficulté première, a soumis k un examen très attentif le projet qu'elle dvait sous les yeux, les plans et pièces diverses à l'appui, les améliorations qu'il serait encore possible d*y ap» porter : sur tous ces points ses membres furent unanimes dans les votes qu'ils ont émis.

liC projet d'établissement de dépotoir conçu, rédigé et dessiné par un de nos collègues, M. Mary, ingénieur en chef, a déjà été l'objet d'un examen au sein d'une commission désignée par M. le préfet de la Seine, sur la demande du conseil municipal.

Cette commission avait indiqué plusieurs précautions qni furent introduites dans le projet et reçurent aussi l'approbation du conseil municipal.

G*est le travail ainsi préparé que nous allons vous faire connaître, en y ajoutant rhidicaliott de quelques améliorations que nous avons concertées entre nous et que notre collègue, M. Mary, admet comme utiles et faciles k réaliser. Après cet exposé des moyens qui doivent être rais en pratique, la discussion des laits ailé»

goéi par lés of^^otanis et les adhéreols aara une base plus eertaliie, et éom vovs soamettrons notre avis à cet égard,

{Ici le rapport r&produit Us projets et la discussion développée par M. Vin^ génieur en chef Mary dans la pièce précédente. Il se termine ensuite par (ei considéraHons suivantes.)

L*établisseiiiieiit projeté ne nous semble en aoctme fa^on jostifler les ippré-» henslons des opposants; il est certain au contraire que sa création et les divenet mesures qui s*y rapportent supprimeront sans retour les graves servltodes qui pèsent-aujourd^hui sur les propriétés de ces opposants eux-mêmes et de tous lo environs de la voirie actuelle.

Sans doute on doit désirer vivement que le déplorable système de tebricatioo des poudrettes dans de vastes empiaoensents lûspandase un jour de la ioeaUté de Bondy où il va être repotissé et de toute autre ; on doit espérer que les amé» Horations de procédés de vidange et de désinfection concourront avec les applications agricoles perfectionnées à faire employer directement et sans potrébc' tion inutile les produits des vidanges» en se coofbrmant aux données de la sdcooe que la pratique a déji sanctionnées.

Mais aujourd'hui rétablissement en question nous semble de nature à délivrer Immédiatement les localités rapprochées de Paris et celles même d*où partent les oppositions, des énormes quantités d^manations infectes du vaste foyer de Montfaucon.

L'emplacement choisi nous parait bien situé; en conséquence, nous proposons dViccorder rautorisation de construire rétablissement projeté, à la condition expresse que toutes les mesures recommandées ici seront réalisées.

La commission s*est préoccupée de la conduite au moyen de laquelle les matières liquides doivent être renvoyées à Bondy, et son rapporteur, pour s'éclairer sur ce sujet, a visité avec le plus grand détail rétablissement où ont été Cibriqués les tuyaux de tôle et bitume de la conduite déjà posée pour Tévacoation dei urines de Bondy, conduite qui doit servir paiement à l'envoi des matières dans cette voirie. Il croit devoir consigner Ici le résumé de ses observations.

Les tuyaux, de 2 mètres 50 centimètres de longueur, sont fabriqués avec des feuilles de tùle d'un seul morceau, et de 3 millimètres d'épaisseur. La première opération h laquelle on procède est le décapage et l'étamage d*une des fiices et des lisières de l'autre face. L'étamage se fait avec un alliage d'éiain, de ploink en forte proportion, d'antioioine, de cuivre et de linc, ce qui donne I ia couche appliquée sur la tôle une épaisseur plus considérable que dans l'étamage ordinaire.

Ces feuilles ainsi préparées sont roulées au moyen de trois cylindres, pub clouées et soudées sur toute la longueur de la suture, de manière à Ibrmer des tuyaux présentant un diamètre un peu plus considérable.

Dans cet état, on passe l'extrémité la plus large dans un bout de laminoir, de manière à former une espèce d'embottement de 0",0ô environ de profondeur. C'est dans cet évasement que Ton coule un pas de vis femelle avec an alliage fort résistant et très adhérent à la tôle étamée. Un pas de vis mâle est cooM avec plus de facilité encore à l'autre extrémité du tuyau. Ces pas de vis se terminent par des ourlets saillants entre lesquelsdoit être comprimée la corde imprégn<^

VOUUES. M

d*tee conpoiitioil onciiiettse d« drt». de plomb ft zinc et d'aioiige, loriqiie Ton met la coodoite en place*

Quand les luyai» sont ainsi préparés^ on les soumet à une pression d'épreuve de 20 atmosphères.

Poar garantir de roxydaiion la paroi extérieure, on la recouvre d'une condie de bitume de 0'°,0'i d'épaisseur dans laquelle on fait pénétrer du gravier. La paroi intérieure est à son tour enduite d'une couche de 3 millimètres environ de bilome parfaitement lisse et brillante.

Ainsi toutes les parties de la t6le sont mises à I*abri de l'oxydation à l*intériear par i*élamage et le vernis de bitume, à l'extérieur par la couche épaisse de tiitame.

Des tuyaux ainsi fabriqués ont été placés dana les bassins de Môntfiiucon et de Boody ; et, retirés après huit et dix mois de séjour, ils n'ont présenté aucune espèce d'altération. Ce bitume était aussi brillant qu'an moment de son appli* cation sur la tôle.

Votre commission juge que ce mode de fabrication et ses épreuves donnent toute garantie sur le succès de la conduite employée comme elle doit Têtre sous une pression d'une atmosphère et demie.

Voiries particulières. — On a vu que l'ordoonnnce de police du 8 novembre 1851 permettait le transport et le dépôt des matières solides désinfectées dans des locaux autorisés, véritables voiries de matières fécales exploitées par Tindustrie privée. Mais cette autorisation n'est accordée qu'à la condition de désinfecter de nouveau les matières, de telle sorte que la désinfection soit permanente. Dans le but de favoriser cette fabrication des engrais animaux, et plus encore d'intéresser les entrepreneurs à la généralisation des procédés et du système de désinfection préalable des vidanges, l'administration de la préfecture de police, suivant l'idée qu'avait suggérée anciennement Pareat-Duch&telet, avait sollicité de l'autorité supérieure le déclassement des dépôts de matières fécales qui, passant de la première dans la deuxième catégorie des établissements insalubres, eussent été aCTrancbis des formalités les plus rigoureuses de rautorisatioii. Mais sur l'avis du comité consultatif des arts et manufactures, ce changement dans le classement des établissements de voiries n'a pas été accordé par le ministre compétent; et ceux-ci restent, quant à présent, placés daits la première classe et souiiiis à la surveillance et aux conditions préalables qu'exigent les formes de l'instruction pour les établissements réputés les plus insalubres ou les plus incommodes.

Néanmoins, tout en approuvant hautement cette sage réserve, nous devons rechercher comment sont constitués ces établissements, dont plusieurs, bien que non encore autorisés définitivement, se sont tondes aux environs de Paris, notamment ceux de M. Richer, dans le parc de Bercy, et de M. Encontre, à la Chapelle.

Les matières les plus solides, recueillfes après Tëcoulenient des liquides sur la voie publique, et désignées sous le nom de batelage, sont transportées à rétablissement où, après avoir été soumises à des procédés de désinfection, qui constituent l'une des principales conditions de salubrité que nous aurons à examiner, elles sont coaverties en poudrcttes ou en compost pour être débitées comme engrais. On a pu voir par les chiffres que nous avons rapportés et qui marquent le mouvement du dépotoir, que, malgré la concession faite à l'industrie privée, la quantité des matières que ceile<i exploite est bien peu considérable, puisque la différence des quantités de matières solides portées à Bondy, en 1850, avant Toi^anisation nouvelle, et, en 1851, après la mise en vigueur de rordonnaoce, n'est guère que de 2000 mètres cubes. 11 faut faire remarquer à cel égard, que l'exploitation par les entrepreneurs de vidange est loin d'avoir encore reçu tout le développement qu'elle doit atteindre. Ainsi la voirie de Bercy n'utilise guère pour la fabrication des engrais que la dixième partie des matières vidangées par la compagnie Hicber. Gela tient en partie à ce que l'enquête administrative n'est pas encore terminée, et que l'autorisation n'est que provisoire. Mais, de plus, il s'en faut de beaucoup, et il en sera toujours tiinsi dans la pratique, que la désinfection dans les fosses d'aisances puisse être assez complète et assez générale pour que toutes les matières solides se trouvent dans les conditions fixées par l'ordonnance de police, en état d'être transportées autre part que dans la voirie publique.

Citernes à engrais, — Dans le nord de la France, comme d'ailleurs dans un grand nombre de pays étrangers, les matières extraites de*^ latrines sont directement portées dans des fosses bien closes où elles séjournent plus ou moins longtemps, pour être ensuite, sans autre préparation, directement enlevées et répandues sur le sol. Ces fosses, qui, dans la Flandre française, sont désignées sous le nom de citernes â engraisj sont assimilées à de véritables voiries de matières fécales, et rangées comme telles dans la première catégorie des établissements insalubres et incommodes. Il n'y a cependant pas une complète analogie entre les dépôts ordinaires de vidanges et les citernes à engrais. Dans les premiers, les matières à l'état demisolide sont accumulées en grande masse pour être réduites, soit spontanément, soit artificiellement, sous forme pulvérulente, et elles exhalent librement pendant toute la durée de cette opération leurs 'principes volatils et gazeux dans l'atmosphère; dans les secondes, les matières, toujours liquides, sont déposées dans des réservoirs clos, souterrains, et proportionnellement de très faible dimension; elles ne subissent pendant leur séjour dans les citei'nes aucun change*

VOIRIES. hUi

ment* et sont jetées fluides sur le sol à fertiliser : le seul inconvénient qu'elles présentent réside dans des émanations fétides qui s'échappent seulement lors du chargement et du déchargement de l'engrais.

Aussi est-ce avec juste raison que le Conseil central de salubrité du département du Nord s'est presque chaque année élevé avec force contre le classement des citernes, en faisant ressortir l'utilité de ces annexes obligées de toute exploitation rurale flamande, et l'importance qu'il y aurait, dans l'intérêt de l'agriculture, à dégager Tin* struction des demandes qui les concernent des longues et dispen* dîeuses formalités qu'elles exigent dans l'état actuel de» choses. Sur un rapport de M. Brigandat, des instances -nouvelles, tendantes à reporter de la première dans la seconde classe les caves à engrais, ont été adressées, sous la date du 3 juillet iSU'6, a M. le préfet, avec prière de les transmettre à l'autorité supérieure. Par lettre en date du 6 décembre 18/i3, M. le ministre de l'agriculture et du commerce a fait connaître que : n Les citernes ou caves, très nombreuses dans le département du Nord, rentrent dans la catégorie des dépôts de matières provenant de la vidange des latrines ou des animaux destinés à servir d'engrais, et doivent être maintenues, avec ceux-ci, dans la première classe, conformément à l'ordonnance royale du 9 février 1825. Tout changement entralnei'ait à sa suite, ajoute M. le ministre, une foule d'abus qu'il vaut mieux prévenir que d'avoir à réprimer. D'ailleurs, cette proposition n'est pas nouvelle, et toutes les fois qu'elle s'est produite, elle a été jugée inadmissible. Setilemeot, lorsqu'il s'agit de citernes à engrais, hermétiquement fermées, telles enfln qu'elles existent dans le Nord, le conseil d'État est disposé à user de tolérance dans les permissions à accorder, comme le prouvent plusieurs ordonnances rendues récemment. Je ne puis donc, monsieur le préfet, que vous inviter à continuer de faire instruire les demandes en autorisation d'établissements de cette nature, dans la forme que prescrivent, pour les ateliers insalubres de première classe, le décret du 45 octobre 1810 et l'ordonnance réglementaire du 14 janvier 1815. »

L'insuccès des sollications du conseil ayant été en partie attribué au peu de développement des motifs péremptoires, suivant lui, qui devaient faire prononcer la réforme réclamée, il fut décidé qu'un rapport plus circonstancié serait encore produit sur ce sujet, afln de faire statuer de nouveau et en plus parfaite connaissance de cause, sur la modification déjà tant de fois proposée/

Cette question est trop neuve et d'un trop grand intérêt pratique, pour que nous ne nous empressions pas de citer un extrait du rapport de M. Loiset.

« Le Conseil central de salubrité s'est, depuis longtemps et dans

hhi vouuËa

diverses circàostances, vivemeùt préoccupé de rinlltténce ttcheue que pouvait exef cer sur les progrès agricoles l'dssiinilalton des d-» ternes à engrais* en usage dans une grande partie du Nord, à la prt' mière classe desétablissefUents incommodes ou insalubres; mais ses réclamatiotiSy quelque pressantes qu'elles aient été, sont restées sans résultat, et l'autorité supérieure, répondant aux dernières obsofs^ tions qui étaient adressées à ce su^fet, déclarait que ces sortes d'é-> tablissements rentrent dans la catégorie des matières provenant de la vidange des latrines ou des animaux destinés à servir d'engrais, et devaient être maintenus avec ceux-ci dans la première classe, conformément à l'ordonnance royale du 9 février 1825; elle ajoutait, que tout changement, sous ce rapport, entraînerait à sa suite une foule d'abus qu'il vaut mieux prévenir que réprimer, et que, d'ailleurs, toutes les fois que cette proposition s'était produite, elle avait été jugée inadmissible.

» Vous n'avez pas cru que cette décision^ déjà plusieurs fois renouvelée, fût pourtant irrévocable, et vous avez pensé qu'il convenait, dans l'inlérôt de la prospérité des campagnes, de reproduire derechef des instances tendantes au déclassement de ces accessoires obligés de nos exploitations rurales flamandes, en appuyant ce> instances de détails circonstanciés, qui pussent mieux faire apprécier que par le passé l'utilité, la justice, el surtout l'importance de la modification sollicitée ; vous avez môme fixé la plus prochaine detnande dont vous seriez saisis pour autorisation de citernes à engrais, comme devant conférer au commissaire qui en serait cbargt^ la mission d'exposer les considérations qui tendraient à ce but : c'cNt pour obéir à cette prescription que je vais avoir Thonneur de vous entretenir de faits qui, pour être très vulgaires dans nos localités* n'en sont pas moins dignes d'être médités dans l'intérêt de la pro!$périté rurale de la France entière.

» Vous savez, messieurs, que si l'ancienne ch&tellenie de Lille a tant de célébrité dans les fastes de ragricuiture, si elle est justement considérée par les agronomes comme le berceau et la source de?» assolements perfectionnés, elle le doit surtout à l'art, qui, dès le^ époques les plus reculées, a toujours distingué ses cultivateurs pour eréer, multiplier et faire un emploi habile des agents de fertilisation ; les ressources immenses qu'ils ont su tirer des engrais liquide^»*, et notamment du produit des vidanges, ont été l'objet de l'admiratioa de tous les auteurs qui ont décrit les secrets de leurs belles et productives cultures.'

M Désignés sous les noms de courtes gmi8$€$, de gadoue^ ou simplement de tonneaux^ ces engrais liquides sont précieusement recueillie dans les campagnes comme dans les villes qui entourent Lille. A cet

VOIRIES. idi

effet, les écuries ei les étables sont pourvues de réservoirs de maçonnerie destinés à recevoir les. urines; les fosses d'aisances sont également citemées avec soin, de manière à prévenir l'infiltration des parties liquides et à maintenir les vidanges dans an état de fluidité complète. L'extraction de ces matières est fréquemment opérée; elles sont transportées dans des caVes de maçonnerie situées à des distances variables des fermes et sur les bords dVine* route ordinairement pavée, à l'extrémité du plus grand champ de l'exploitation. Le fond de la cave ^t pavé de grès, # et les quatre murs et la voûte cylindrique qu'ils portent sont faits de briques, puis enduits d'une couche épaisse de chaux hydraulique qui les rend imperméables. On laisse à ces caves deux ouvertures, l'une dans Té^ paisseur de la voûte et dans le milieu^ l'autre dans le mur du nord : la première sert à introduire et à enlever les substances; elle se ferme avec un volet épais de chêne, portant cadenas ; la seconde, plus petite, dirigée au nord, donne accès à l'air.

0 Le transport des matières ne peut avoir lieu dans les villes qu'aux heures fixées par des règlements de police locale ; il se fait à l'aide de chariots ordinairement chargés d'une dizaine de tonneaux, et ceux-ci ont une contenance d'environ 2 hectolitres : arrivés sur les lieux, les tonneaux sont vidés dans les citernes, où on laissé Teng^is liquide séjourner souvent plusieurs mois et fermenter lentement avant de le répandre sur les terres.

» Les fosses contiennent moyeûnement de 600- à 700 tonneaux; les plus grandes vont jusqu'à 4100 ou 1200, et ne dépassent conséquemment pas 2MÙ hectolitres, ou 260 mètres cubes ; parfois il en existe deux ou trois adossées les unes aux autres. D'après des relevés officiels faits en 1M3 par radministration municipale de Lille, la quantité d'engrais liquide, fournie annuellement à l'agriculture par cette ville, s'élèverait à 558 228 tonneaux (1); ce qui ferait supposer, pour la totalité de l'arrondissement, une quantité au moins égale à 2292197 tonneaux de cmtrteê graines : or, d'après l'estimation de nos cultivateurs, 10 tonneaux étant l'équivalent d'une voiture ;de fu^ mier, cette masse énorme de matière fertilisante représenterait 230000 voitures de fumier, ce qui donnerait, pour nos 80000 hectares productifs de l'arrondissement de Lille, deux voitures 9/10*' par hectare, c'estrànlire près de moitié en sus de la fumure moyenne par hectare fournie par la population animale de toute la France.

(1) Ce nombre paraîtrait exaj^ré, si l'on ne satalt pas qne les serfantes. dans te bat d'aeenrttre les proSts qoi résultent pour elles de Tabandon qu'on leur M de la vente des vidanges, sont dans rus«ge de les allonger en y ajoutant beaucoup d*eaoi et Biéaw de l'eau pure.

4/ift VOIKIES.

» On se tromperait beaucoup, si Ton admettait que le système flamand d'opérer les vidanges n'est, sous le rapport agricole, que d'une faible économie, comparativement au système généralement employé en France pour la môme opération* A Paris et ailleurs, sauf les ingénieux perfectionnements introduits récemment dans leur érection et dans leur exploitation, les fosses d'aisances sont encore généralement construites de manière, soit à perdre complètement les produits, soit au moins à laisser filtrer la partie la plus liquide des matières qu'elles sont destinées à recevoir; de là une première source de diminution dans la quantité de cet engrais; d'un autre côté, les produits gazeux de la fermentation n'étant plus retenus par la masse fluide, se dégagent dans ^'atmosphère, y deviennent une cause d'incommodité et d'insalubrité pour l'homme et les animaux, et constituent, pour la culture, une nouvelle perte à ajouter à la première; enfin, après leur extraction, ces résidus, par\'enus à un élat de demi-solidité, sont exposés en masse considérable à une évaporation plus ou moins prolongée, et subissent ensuite le traitement qui doit les réduire à l'état pulvérulent, sous lequel ils sont désignés par le nom de poudrelle; mais cela ne peut se faire sans que les émanations ammoniacales, agents puissants de stimulation et de nutrition pour les végétaux, soient encore perdues dans l'atmosphère, à laquelle elles transmettent, dans un rayon d'une grande étendue, des propriétés, sinon toujours délétères, du moins aussi désagréables que repoussantes.

» L'infatigable activité de l'habitant du Nord a su prévenir l'immense déperdition de ce principe fertilisant. Dans ses pratiques, il a précédé les théories récentes de nos plus habiles chimistes sur les engrais; il a compris qu'en retenant et dissolvant les produits >olatils de la décomposition des matières animales, il pouvait fournir au végétal les éléments les plus immédiatement assimilables, ceux doitl l'absorption importait le plus à l'abondance et à la perfection dts récoltes. L'observation et l'expérience, devançant pour lui la science, lui ont donc permis d'utiliser complètement une force de production agricole d'une grande énergie, mais presque inconnue parlcml «ailleurs, et dont le judicieux emploi serait de nature à changer Ij lace de l'agriculture française.

u Sous le rapport hygiénique, la méthode flamande de traiter le> idanges, sans être exempte de tout inconvénient, n'en présente pa^ moins une grande supériorité sur le mode employé dans le reste do la France et dans les États limitrophes : on en trouvera la démoni»tni* tion par la comparaison des divers procédés propres à chaque s}>* tème.

M Dans l'arrondissement de Lille, la fluidité des vidanges permet

leur extraction des latrines, sans descendre dans les fosses, ce qui écarte tout danger d'asphyxie; tandis que partout ailleurs, et hors le cas des perfectionnements mentionnés plus haut, cet accident frappe trop fréquemment et parfois mortellement les ouvriers chargés de co travail.

» Quant au transport de ces matières, il est analogue dans Tun et Tautre mode, et il est soumis à des prescriptions réglementaires presque semblables dans toutes les communes urbaines.

)> Mais c'est surtout quant au dépôt des vidanges qu'il existe, suivant les lieux et au point de vue de la salubrité, des diiférences con^ sidérables. Disséminées ici dans des milliers de sortes de vases clos souterrains, où elles sont abandonnées au repos et à une basse température qui ralentit leur fermentation, elles n'y occasionnent pas plus d'incommodité que les latrines ordinaires de nos habitations; tandis que là où ces matières sont accumulées par masses considérables, en plein air, exposées à toutes les influences météorologiques et soumises à des manipulations diverses, circonstances qui concourent à donner à leurs émanations une grande intensité, elles produisent cette horrible infection qui se résume dans le nom si connu de Montfauam.

» Comme témoignage du peu de gravité des inconvénients attachés aux citernes à engrais, telles qu'elles sont construites dans le Nord, il suffit d'analyser les nombres repris dans le tableau suivant :

1 ABLEAU des dematules en autorisation pmtr la eottstruction de caves à engrais soimiises au conseil central de salubrité du département du Nord, depuis sa création.

Report. • . 7

7 Total. . . 26

j> Ces demandes se répartissent par arrondissements comme suit :

Arrondissement de Ulle • • 22

Arrondissemeol 4'Uazebroack. .•••••••• 4

ft/i6 VOIRIES.

» Malgré les soleauités de l'enquête de première classe, sur ces vingt-six demandes, il n'en est que trois qui aient soulevé des oppo* sitions. Dans la première, on réclamait que la citerne fût portée à 30 mètres d'un cabaret voisin ; dans la seconde, on se bornait k solliciter un éloignement de 16 mètres; enfin dans la dernière, iU'agi^ sait d'une cave à engrais qui devait être construite au-dessous d'une habitation contiguê à une autre maison , construction qui fat pourtant régulièrement approuvée.

0 Ces appareils des exploitations rurales flamandes ne sont pa^ également répandus dans tout le département du Nord; les arrondissements de Douai, Cambrai, Valenciennes et Avesnes en sont généralement dépourvus ; ceux de Dunkerque et Hazebrouck en possèdent un grand nombre; mais c'est particulièrement dans l'arrondissement de Lille qu'ils sont tellement multipliés, que chaque manoir en possède plusieurs. C'est ce qui a fait dire à un agronome, à la fois homme d'État et poète, François de NeufchÂteau, que le dieu Sterculius y avait plus d'autels que d'habitations et autant de desservants que d'habitants.

» Cependant, par l'effet des progrès de l'art agricole, la pratique des engrais liquides ne reste pas stationnaire ; elle se propage de proche en proche, et permet d'exercer la plus heureuse influence sur le développement des richesses rurales du nord de la France^ si la routine et les préjugés n'apportent pas d'obstacles à son adoption.

» C'est particulièrement l'assimilation des citernes à engrais à k première classe des établissements incommodes ou insalubres, qu est de nature à retarder ce mouvement améliorateur; non-seulement les longues et dispendieuses formalités que les affaires de cette catégorie ont à subir sont onéreuses et fatigantes pour les cultivateur, mais elles ont de plus le grave inconvénient de faire surgir de nombreuses oppositions partout où ces sortes d'établissements ne sont pas anciennement connus et n'y ont pas acquis, pour ainsi dire, un droit de cité. 11 en résulte que pour la création d'une simple annexe d'exploitation, on a à. triompher des ménxc^ difficultés que s'il s'agissait de la translation du clos si célèbre qui sert.de réceptacle aux vidanges de Paris.

» Vainement objeoterait-on que les citernes à engrais rentrent nécessairement, d'après la législation en vigueur, dans les dép<)tb provenant des vidanges. Nous avons démontré que les principales conditions de leur existence ne présentent aucune similitude avec ces derniers ; que, dans un cas, les substances, tout à fait liquides sont retenues en repos et en petites quantités dans des espaces clo> et frais, d'où elles ne laissent exhaler que peu d'odeur et à une faible distance; tandis que, dans l'autre cas, réunies k l'état demi-solide.

en plein air et par masses considérables, subissant d'ailleurs diverses manipulationsi elles répandent au loin des émanations fétides insup* portables.

» La crainte des abus qu'on semble redouter du déclassement des caves à engrais n'est pas mieux fondée ; car si certaines industries. * ont vu s'abaisser les barrières cle leur classification primitive, moyennant Taccom plissement de conditions déterminées, il a bien pu arriver que celles-ci ne fussent pas de nature à passer fructueu*' sèment dans la pratique, ou qu'elles aient été impunément écartées par les fabricants, de manière à laisser les inconvénients de leur& usines dans toute l'intensité qui les avait de prime abord fait ranger dans une autre catégorie; mais il n'en saurait évidemment être de môme ici; car, d'une part, rexpérience de plusieurs siècles s'est prononcée sur l'inanité des citernes à engrais, et les différcoices qui les séparent des dépôts des matières provenant des vidangés sont aussi fiiciles à exprimer qu'à constater.

» Sans donc vous arrêter au rejet de la proposition que vous avea; plusieurs fois réitérée, et que les faits relatés ci-dessus élèvent à la hauteur d'une grave et importante question, tout à la fois agricole et hygiénique, vous persisterez dans les vues d'utilité publique qui vous ont déterminés à réclamer de l'autorité compé-* tente que les citernes à engrais, telles qu'elles sont construites dans le déparlement du Nord, soient enfin portées de la première dans la deuxième catégorie des établissements dangereux et iqsalubres* )>

Ce remarquable rapport n'eut pas, près de l'autorité supérieure, plus de succès que lés précédentes réclamations; et, par une lettre ministérielle du 5 octobre 1846, le classement des citernes à engniis dans la première catégorie fut maintenu. Cependant le* Conseil d^ salubrité, fermement convaincu qu'il s'agissait, dans cette questioui des plus graves intérêts, a renouvelé à plusieurs reprises ses démar* ches près de l'administration, et a de nouveau, en 1850, appelé l'attention du ministère sur les demandes qu'il avait précédemment formées.

Nous ne terminerons pas sur ce point sans signaler l'analogie qui existe entre ces citernes à engrais de nos départements du Nord et les fosses qui existent dans certaines parties de la Belgique, en Ecosse* dans d'autres lieux encore, voire.méme en Chine. Nous citerons enfin, comme une particularité curieuse, ce qui se passe eu Irlande. lÀ, o^ la tourbe est tellement abondante qu'elle recpuvre une surface de troi^ millions d'acres* on l'utilise pour construire de g^randes fosses destinées à recevoir les matières. fécales^ Cette tourbe, préalablomept calcinée, les désinfecte complètement, et constitue,

ainsi mélangée, un compost dont la ^-aleur comme eiigiais est Irè;» considérable. 11 y a là, à la fois réunis, le système des citernes k engrais et celui de la désinfection des matières, dont nous aurons plus loin à examiner Tinfluence dans l'assainissement des voiries de matières fécales.

Conditions d'insalubrité des voiries de matières fécales. — Les différentes espèces de voiries de matières fécales que nous venons de décrire présentent des conditions communes d'insalubrité qu'il nous reste à indiquer. Nous devons toutefois faire observer que nous entendons parler seulement de l'insalubrité relative qui résulte des émanations plus ou moins putrides qu'exhalent ces cloaques. Sou:^ cette réserve, les conditions que nous avons à examiner se rapportent l"* à la topographie des voiries, 2" à la nature des matières, 3° au système de vidanges, 4® au mode d'exploitation des voiries.

1^ L'emplacement sur lequel est établie la voirie est une condiliou capitale. Outre qu'elle ne doit être ni trop distante ni trop rapprochée du centre de population dont elle dépend^ on cooiprend que les vents habituellement régnants dans la localité puissent exenrcr une influence considérable sur la dissémination et les eflets des émanations putrides qui s'en échappent. Lors de la longue et intéressante enquête à laquelle a donné lieu l'établissement du dépotoir de U Villette, le conseil municipal de Paris, qui comptait dans son stin Arago, réfutant les objections du comité consultatif des arts i-l manufactures, fait ressortir l'importance de cette considération et rappelle que la grande Villette recevrait en plein les émanations de Montfaucon, par les vents du sud, qui régnent soixante-trois jour> par an, et la petite Villette par les vents du sud-ouest, qui soufflent soixante-sept jours ; tandis que le dépotoir, en lui attribuant tous ie^ inconvénients imaginaires prédits par les opposants, et dontrespérience a démontré l'inanité, n'enverrait guère ses émanations au centre de la grande Villette que par les vents d'est et de nord-est, q»ne régnent respectivement à Paris que vingt-trois et quarante jour> par an ; et que la petite Villette ne ressentirait ces mômes effets qu* par les vents du nord et du nord-est, qui ne soufflent respectivement que quarante et quarante-cinq jours.

Le sol sur lequel sont répandues les matières peut, suivant qu:* est perméable ou non perméable, sec ou humide, modifier de U manière la plus directe les conditions hygiéniques et écoDomiqutr> des voiries. La principale objection, et la plus fondée qui ait ete faite au choix de l'emplacement de la voirie de Bondy, était tiit^ de la nature extrêmement humide du sol, dont les eaux menaçaient d^ venir se mêler aux vannes des bassins, qui, loin de diminuer p^' l'évaporation spontanée, auraient au contraire augmenté. Du resU

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ces inconvénients ont été notablement atténués par les travaux de condlûte qui ont été exécutés depuis l'origine* La perméabilité du sol aurait cette grave conséquence de faciliter les infiltrations qui, même au point de vue de rassainissement des voiries, offrent, ainsi que nous le verrons, des dangers réels. A Montfaucon, par exemple, les eaux vannes filtraient à travers les fissures et les crevasses des bancs de plâtre où étaient creusés les puisards ; arrivées à la eoucbe de glaise qui soutient ces bancs, elles se répandaient dans tous les puits du faubourg du Temple et en infectaient les eaux.

2*" La nature des matières et Tétat dans lequel elles arrivent aux voiries influent d'une manière extrêmement marquée sur la putridité et la violence des émanations. Lorsqu'elles sont directement apportées au dépôt, au sortir des fosses, et sans avoir subi ni séparation ni désinfection, ainsi que cela se pratiquait dans les anciennes voiries, il y a encore peu d'années, on conçoit que la putridité acquière cette effroyable intensité que Montfaucon présentait à un si haut degré.

Mais il est une particularité très curieuse qui, encore aujourd'hui, peut faire comprendre l'influence de la nature des matières sur l'insalubrité des voiries : c'est la diOérence qui existe dans la consistance et dans l'odeur des matières fécales, suivant leur provenance. Les vidangeurs et les ouvriers employés au débardage de la voirie ont fait, à cet égard, les remarques les plus singulières : ainsi, on reconnaît parfaitement à Bondy les vidanges qui viennent de certains établissements hospitaliers, et les jours où ces produits arrivent à la voirie sont marqués par un redoublement d'infection insupportable^ Il y a des quartiers de la ville dont les matières sont parfaitement reconnaissables à leur consistance et à leur puanteur. Celles des faubourgs et des lieux habités par les classes inférieures présentent une épaisseur considérable due à l'absence presque complète d'eau de lavage versée dans les latrines. Nous tenons de M. Richer, qu'il ne lui a jamais été possible d'obtenir la désinfection des fosses d'ai-* sances dans les quartiers de cavalerie, tandis qu'il y arrivait facile-* ment dans les casernes d'infanterie. Faut-il admettre,, ainsi que cela est de notoriété dans les ateliers de vidange et de voirie, que les déjections des hommes de la cavalerie sont rendues plus ammo* aiacales par la plus grande consommation d'eau-de-vie que leurs moyens pécuniaires leur permettent? Le séjour dans les écuries et les émanations des fumiers n'expliqueraient-ils pas d'une manière plus satisfaisante la putridité particulière des latrines dont il s'agit? Je serais d'autant plus porté à adopter cette opinion, que, suivant la remarque de M. Hicher, les latrines de certains corps d'infanterie d'élite qui partagent les quartiers de la cavalerie sont également réfractaires à la désinfection,

TAUNBU. — MOT. D*BTO, T* !T*

3° Les voiries ont été modifiées encore dans leurs conditions principales par les changements survenus dans les systèmes de vidanges. La séparation préalable des matières, l'arrivage isolé des solides et des liquidées, et surtout la désinfection préalable, ont ponr effet nécessaire de diminuer Tinfeetion qne les modes contraires suivis jusqu'à ces derniers temps ne pouvaient manquer de rendre cxceséive. Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les conséquences directes des nouveaux procédés de vidange; mais il suffit d'avoir indiqué la part qui leur revient dans l'état actuel des voiries. Ainsi, sans anticiper sur ce que nous dirons dés procédés de désinfection et de leurs effets, nous rappellerons que la séparation préalable des matières diminue considérablement la masse à évaporer et abrège le travail de dessiccation des produits contenus dans les bassins de la voirie. On ne peut omettre, pour être complet sur ce point, de signaler ce que le mode de transport par le tuyau souterrain pour les liquides, par les bateaux pour les matières solides, par la vidange-poste oa pÉT les tonnes mobiles, a apporté de simplification dans le serfice des voiries.

ft" Enfin, nous devons signaler comme plus importante encore Fînflùence qu'exerce sur la salubrité le mode d'exploitation des voiries, c'est-à-dire remploi que l'on y fait des matières, soit solide^, nt)ii liquides. Il n'est rien, certainement, de plus essentiel, et c'est de ce côté qu'ont porté tous les perfectionnements qui se sont accomplis récemment dans cette branche importante des établissements publics. Si Ton se reporte à l'état des voiries avant l'application des procédés de désinfection et d'utilisation des produits, on trouve réunies les causes d'insalubrité les plus actives. Les matières solide^, abandonnées à elles-mêmes, subissaient lentement toutes les phases de la fermentation putride décrite par Thouret, et répandaient dans fair des torrents de vapeurs infectes avec lesquelles s'échappaient les principes les plus utiles à l'engrais. Quant aux liquides que n'entraînait pas l'évaporation, ou bien ils se perdaient dans des puisards absorbants, ou bien ils étaient emportés jusqu'à la rivière. Ainsi, avant 1823, les eaiix vannes se rendaient, par l'égout de ceinture, rn aval de Paris; mais, par un déplorable renversement des principe^ les plus simples, lorsque le canal Saint-Martin eut été ouvert, les liquides furent reportés au raid! et conduits, par un égout latéral se jetant dans la Seine, en amont de Paris, de façon à traverser la ville dans toute son étendue. Les inconvénients de la perte des eaux vannes dans les puisards ont été signalés avec une grande énei^ie par U commission de la Société royale de médecine. Nous les avons dr|ii rappelés.

Dans les voiries actuelles encore exploitées d'après le»*ancienne<

vumiES. isi

méthodes, les circonstances générales que nous tenons d'èxposér n'ont pas changé, et nous pouvons les retracer en peu de mots.

Les matières extraites "des fosses sont quotidiennement déversée^ dans de vastes bassins à ciel ouvert et d'une profondeur moyenne d« t mètre 50 centimètres. Une fois pleins, ces bassins ne se vident plus, le trop-plein seul s'écoule au fur et à mesure, jusqu'à l'époque à laquelle commence la fabrication. Du terreau usé, de la tourbe, des cendres de tourbe, et d'autres matières inertes, sont jetés dans ces bassins à mesure qu'ils s'emplissent. Celte opération a pour but d'augmenter la quantité d'engrais, ce qui a toujotifs lieu aux dépens de leur qualité.

La fabrication, qui commence en avril pour finir en août, époque de l'année pendant laquelle la dessiccation peut s'opérer, cette fjtbrication, disons-nous, consiste à épuiser le liquide d'un bassin et k extraire, du fond, les matières épaisses qui s'y trouvent; puis à les étaler sur les terrains voisins des bassins, et à les diviser nu moyen de la herse. Quand ces matières sont sèches, elles sont écrasées, passées à ia claie, et enfin amoncelées en véritables montagnes jusqu'à ce qu'elles soient vendues à l'agriculture.

H résulte de ces dispositions que les bassins à ciel ouvert répandent leurs exhalaisons à une distance plus ou moins grande, suivant la direction et la violence des vents, la présence ou le défaut d'abris, la sécheresse où l'humidité de l'air pendant l'époque à laquelle se hil îe séchage ; la surface de terrain couverte de tes matières est plus que triplée, ce qui explique l'augmentation d'insalubrité de cei établissements pendant les quatre mois d'été.

Les matières pulvérisées et mises en tas s'échauffent, la fermentation s'y développe, les gaz s'évaporent, et l'engrais perd considérablement et de sa qualité et de sa quantité.

Quant aux matières inertes qui se trouvent mêlées dans les bassin<î aux matières fécales, elles réduisent la puissance fécondante de l'engrais; il y a telles petites voiries de la banlieue où l'on fabriqué des poudrettes dans lesquelles il n'entre pas plus de 5 pour 100 de matières fécales.

L'analyse des poudrettes de plusieurs de ces établissements a donné un dosage d'azote à peine appréciable.

Ces détails suffiront pour faire apprécier les principales causes d'insalubrité des voiries de matières fécales.

Influence des émanations des voiries de matières fécales sur ta santé. — Toute voirie de matières fécales constitue un foyer des plus actifs d'émanations putrides qui souvent se répandent dans l'air, dont elles allèrent jusqu'à un certain point la pureté, et qui sembleraient devoir exercer l'influence la plus marquée sur les végétaux cl les

hbt VOIRIES.

animaux qui y sont exposés. Nous nous sommes expliqué déjà k plusieurs reprises sur les diflicultés et les incertitudes que présente l'étude de ces influences. Cependant nous ne pouvons nous dispenser d'examiner, autant que cela est possible, quelle est leur nature, quel est leur degré d'activité lorsqu'elles ont leur orig^ine dans les dépôts de matières fécales.

En ce qui touche l'altération de l'air, bien qu'il n'existe pas encore de démonstration bien nette du rôle que jouent dans la salubrité d'une localité les variations de certains principes qui se trouvent dans l'atmosphère en très faible proportion, mais d'une Daçon pres< que constante, il était très intéressant de rechercher si quelques faits analytiques n'étaient point enregistrés dans les annales de la science relativement à la composition de l'air dans les voiries. Aucune analyse n'a été publiée sur ce sujet qui, néanmoins, nous parait avoir un intérêt réel. Il est évident que si l'on voulait entre* prendre des recherches sur ce point, il serait nécessaire d'avoir recours, non aux procédés eudiométriques même les plus perfectionnés, mais à la méthode de Bruuner, qui a été employée avec tant de succès, dans ces dernières années, par ce chimiste et par M. Boussingault. On comprend qu'il faudrait agir sur des masses très considérables de gaz atmosphérique pour saisir et noter d'une façon exacte les variations en plus ou en moins de l'hydrogène sulfuré, des hydrogènes carbonés, de l'ammoniaque. On aurait nécessairement à se préoccuper de l'espace dans lequel les modifications de la composition de l'air sont sensibles; de la variation des altérations suivant les différentes conditions météorologiques de la saison.

Nous nous bornons à ces indications sur un point de la seJ !ncc complètement inexploré, et qui se rattache si étroitement à une autre question non moins intéressante et encore controversée, à savoir, l'innocuité ou l'influence nuisible de 'acidejsulfhydrique dans l'air de certaines localités.

Quel que soit en somme le degré d'altération de l'atmosphère au voisin«ige des voiries de matières fécales, celle^i se manifeste-t-eilr par quelques phénomènes appréciables dans l'état des êtres qui vivent au sein de cette atmosphère? Nous n'hésitons pas à poser en fait que les émanations qui s'exhalent de ces voiries n'exercent aucuuc action fâcheuse sur la santé des hommes non plus que sur la végétation. Les principes de Parcnt-Ducbàtelet sont bien exactement vrais sur ce point.

Nous avons décrit la situation de la voirie de Bondy au milieu de la forêt. Les arbres qui l'entourent, et notamment un magnifique rideau de peupliers qui s'étend du côté de l'occident, sont dans If meilleur étaL Q laat à rh?rbe Aa talus qui borde les bassins et qui

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est bftignée par les matières liquides, elle est jaane, flétrie, détruite* L'ietioo des émanations des voiries sur l'homme n'est certainement

pas nuisible. Les ouvriers débardeurs ne présentent absolument aucune trace de maladies ou d'infirmités qui puissent être rapportées à l'influence des exhalaisons. C'était l'opinion formelle de Parent- DuchAtelet, et M. Pâtissier dit n'avoir pas observé que les fabricants d'iirate et de poudrette fussent affectés de maladies particulières. Deux espèces d'accidents seulement paraissent les atteindre ass^ fréquemment D'une part, ils sont fort exposés à se blesser avec les tessons, les fragments de verre, ou les objets acérés qui sont plongés au milieu des matières. Et les coupures qui en résultent se cicatrisent très difficîleinent et sont même très sujettes à s'enflammer, pour peu que les hommes continuent à travailler. On a vu de ces blessures durer plus de trois mois. Ces complications sont dues sans doute av contact irritant de matières très ammoniacales.

Il leur arrive encore assez fréquemment, lorsqu'ils sont occupés à vider le premier bassin, celui où sont déposées les matières les plus concentrées et les plus denses, d'être frappés par la mite ou du moins par une fluxion très aiguë sur les yeux. Mais celle-ci disparaît en général dans l'espace de vingt-quatre heures, sous la simple influence de lotions d'eau fraîche. Cependant nous avons remarqué que les ouvriers les plus anciens ont les yeux très rouges et le bord ciiiaire des paupières rouge et dépouillé de cils. Il ne parait pas d'ailleurs que la désinfection préalable des vidanges ait rien changé à cet état de choses.

Un fait extrêmement remarquable et propre à montrer ce que l'on doit penser de l'action des émanations des matières fécales nous a ^té rapporté par M. Chevreux, inspecteur de la ville à Bondy, qui l'a observé sur lui-même. Lorsqu'il est venu prendre possession de l'emploi qu'il occupe aujourd'hui, sa santé était complètement détruite. Il avait rapporté de la Sologne^ od il avait conduit d'împor* tants travaux, des fièvres qui avaient miné sa constitution; et une attaque très grave de choléra avait achevé de lui enlever toutes ses forces. Il songeait à quitter définitivement son service, depuis longtemps interrompu, lorsqu'il vint à Bondy. 11 n'y était pas depuis quinze jours, que sa santé se remettait. Un prompt et entier rétablissement, qui ne s'est jamais démenti, lui a donné la conviction que le séjour de la voirie, loin de lui avoir nui, lui avait été extrêmement salutaire. Nous sommes, pour notre part, très disposé ii admettre la probabilité du fait.

A un point de vue plus restreint, les matières contenues dans les bassins des voiries ne pourraient*elles pas produire quelques résul* tats avantji^eu.t sur certains états morbides dont les préparations

^mipoidiac^le^ geii¥ent favoriser la résolutioti7 On ne doit pas oublier l'ob^çryation 4^ Tboaret, relative à Teffet salutaire que produiraient les' eaux de lavage des tinettes de MontfaAicon sur le javart des che* vaux.

. As$ainisseniefU des voiries de matières fécales, — Nous sommes main^ tenant en mesure de poser quelques principes relativement à Tassaioissement des voiries de matières fécales. Mais hàtons-oou» de faire remarquer que rbjrgiène est moins intéressée dans cette question qu'il pouvait le sembler au premier abord, et qu'il s'agit plutôt peut- 6tre d'une incommodité à flaire disparaître que d'une cause active d'insalubrité à combattre. L'obscurité qui règne encore sur la véritable influence que peuvent exercer ces cloaques ue permet pas cependant de négliger tout ce qui tient au moyen d'atténuer ou de détruire les inconvénients qu'ils présentent.

Si nous faisons aux voiries des matières fécales l'application des principes que nous énoncions dans notre étude générale des voiries. Mops, reconnaîtrons que les règles relatives à leur bonne instailation concernent : 1* la disposition générale de l'établissement; 2^ la désinfection des matières et leur transformation en produits utiles, li fout ajouter que le but que l'on doit en dernier lieu s'efforcer d'atteindre à l'aide de ces divers moyens, est la suppression presque complète, sinon absolue, des voiries de matik^s fécales.

Nous ne reviendrons pas sur les principes relatifs à la disposition générale de l'établissement. Nous avons décrit le dépotoir de la Viilette et la voirie de Bondy, qui réalisent, quoi qu'on en ait dit, an système mixte assez satisfaisant, et qui pendant longtemps encore devra ôtre forcément maintenu. Nous avons indiqué les conditions d'insalubrité résultant de l'emplacement, de la nature du sol, et d'autres circonstances diverses : c'est dire que ces conditions devront être l'objet d'une étude très approfondie et être étudiées avec la plus grande attention. Mais il convient d'insister ici sur la nécessité d'une surveillance incessante de toutes les parties de l'établissement, et surtout d'une propreté excessive. Nous tenons de M. Duval, directeur du dépotoir de la ville de Paris, que depuis que les eaux du canal y sont arrivées en abondance, et que les lavages ont pu être multiplié» avec un véritable luxe, un changement très appréciable s'est opéré dans les conditions générales de l'établissement. Par les mêmes motifs, l'aération devra être rendue aussi facile que possible, et même augmentée au besoin à l'aide de moteurs mécaniques.

Mais la condition capitale de l'assainissement des voiries est la désinfection des matières fécales, qui constitue sans contredit un des points les plus importants de la question qui nous occupe. Un le comprend facilement, si l'on vent noter que les principaux iiirun-

VOIBIBS. AfiS

vénieoi$ qi^i résulUal^efa fermealalion putride 4^s matjéres fécales sont dus aux g^ fétides qui se développant p^n^faDt toute sa durée. Mais à la désinfectioa doit se jpindre t'utilisatio)» plus ou moins prompte, plus ou moins complète, des combinaisons azotées qui résultent de raltéralipa des matières fécales, et qui sont surtout précieu;ses pour l'agri^alture, à laquelle elles fournissent les plus riches engrais ; aussi ne ser^-t-on pas étonné de voir marcber concurrem* fnenty dans une foule de cas, la désinfection et le perfectionnement dp la prépai*ation des engrais humains.

Nous devons nous i^ttacher à donner au moins une idée de Tem** ploi utile qui peut être fait de ces matières, soit pour la prépamtim (tes sels ammoniacaux^ soit pour la fabrication des engrais^ soit enfin, comme cela a él|ê tenté, pour la production d'un gai pour l'éclairage^

On a vu que, d'après l'état actuel des voiries, il existe une cause d'iQsalubrité ou d'incommodité, ^ont les procédés actuels de désinfection diminuent sans doute les effets, mais qu'ils ne peu« vent annuler complètement : nous voulons parler des eaux vomies. Ces liquides, jusque dans les dernières années, étaient, après la séparation complète des matières solides, écoulés dans les grands égouts qui vont se perdre dans la Seine. Nous n'avons pas ici à nous occuper de l'influence possible de leur mélange sur la qualité des eaux du fleuve employées comme boisson. 11 est néanmoins facile de concevoir que, pour quelques localités, ce déversement immonde devait ne pas être sans inconvénients. On sait que l'eau de la Seine prise en aval de la ville, et plus encore sur les points du rivage où aboutissent les égouts, est loin d'offrir une aussi grande pureté, et contient une grande quantité de bicarbonate et de sulfate de chaux, d'azotates alcalins, et surtout de matières organiques notablement plus considérables que celles qui ont été puisées en amont.

Et d'ailleurs, comme l'a fort bien dit Thouret dans un rapport sur la question même qui nous occupe : «Des principes d'infection qui échappent aux analyses peuvent cependant exister. L'art n'embrasse point encore dans toute son étendue les opérations de la nature, et, sur l'un des premiers objets de salubrité qui intéressent les hommes, il faut d'autres certitudes que des preuves négatives de ce genre pour bannir les doutes et mettre à portée de prononcer. D'après ces réflexions, le versement des eaux infectes de la vidange des fosses à la Seine ne peut être regardé que comme devant avoir des suites au moins douteuses. »

La richesse de ces eaux vannes en produits ammoniacaux, en fournissant un appAt à l'industrie, est devenue l'origine d'une fabri* cation importante en même temps qu'une cause nouvelle d'assainisseiuent. Déjà Thouret avait exprimé le v(bu qu'on pût les employer |

kiê VOIRIES.

quelques usages économiques, teh qu'à la formation du salpêtre oa auxnitrières artificielles. Quelque temps ayant la suppression de la voirie de Mont faticon, une fabrique s'était établie où se préparaient, an moyen des eaux vannes, des quantités considérables de sels ammoniacaux. Les urines impures, traitées par la chaux dans des appa* reils distillatoires, fournissaient de l'ammoniaque employée à neutraliser directement de l'acide sulfurique ou à décomposer du sulfate de fer. Le résidu calcaire des cornues, chargé des chlorures et des phosphates de l'urine, pouvait être utilisé dans l'agricultare pour l'arrosage des prairies artificielles. Le sulfate d'ammoniaque et les autres sels ammoniacaux étaient livrés au commerce après purification plus ou moins complète, suivant les besoins de l'industrie. A Montfaucon, l'utilisation des urines putréfiées n'a jamûs M complète, et une fraction considérable de ces liquides a constamment été versée par les égouts dans la Seine avec les eaux mères de la fabrique.

A Bondy, grÂce au progrès de l'exploitation, aucune portion ie^ matières liquides n'est perdue ; toutes celles qui arrivent par la conduite du dépotoir, encore très chargées de matières, sont dirigées par un canal à ciel ouvert, et usées dans la fabrique voisine de produits ammoniacaux. Les eaux mèr)es sont seules ramenées dans la Seine par un conduit de retour qui débouche près de Labriche. " Il nous a paru intéressant de connaître exactement la composition de ces eaux, qui sont, en dernière analyse, le seul résidu liquide des matières fécales portées à la voirie, afin d'apprécier, autant que cela peut être possible, quels sont les produits qui sont versés dans la Seine. Une bouteille de ces cnux mères puisée par nous au sortir de l'usine a été examinée par notre sa^-ant collègue M. le professeur J. Regnauld.

Les eaux qui s'écoulent de la fabrique de sels ammoniacaux, et qui sont versées dans la Seine, exhalent encore, mais faiblement, l'odeur désagréable des eaox vannes des voiries. Leur coloration est ocreuse; au contact de l'air, ces eaux deviennent d'un brun noirfttre tr^> foncé. Par l'ébullition, elles ne se troublent pas, mais leur odeur désagréable s'exalte singulièrement. En se concentrant, elles dégagent évidemment ces principes odorants fétides que l'on observe par l'évaporation des urines même récentes. Ces matériaux ne paraissent donc pas se détruire dans la fermentation putride que l'urine a subie. On les retrouve encore de la façon la plus nette en versant dans le liquide quelques gouttes d'acide sulfurique^ et en élevant légèrement la température. 500 grammes de liquide nous ont donné un résidu extractif noirAtre pesant 15*%50. Ce résidu est composé d'une proportion de chlorure d'ammonium (sel ammoniac) notable,

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de traces de chlorure de ealciam et des principes extractifs colorés. Noos avons acquis par l'analyse qnalitatiTe la certitude que ces eaux ne contiennent aucune trace de phosphates, ni de sulfotes. CkHnme nous l'avons déjà dit, en fait de composés minéraux, les seuls que nous ayons rencontrés, sont le sel ammoniac et le chlorure de calcium. Nous pensons, quoique les renseignements nous aient manqué sur ce point, que les liquides que nous avons rapportés de Bondy provenaient de la fabrication du sel ammoniac. Il est prohahie que ces derniers détritus de la curieuse exploitation des matières versées dans les voiries varient dans leur composition, suivant les sels que l'on prépare dans la fabrique annexée à rétablissement.

Les matières solides destinées à la fabrication des engrais sont transportées dans des dépôts 06 elles doivent être désinfectées de nouveau et transformées en engrais. Ces établissements, dont la bonne tenue intéresse à un si haut point l'hygiène publique, sent pour l'administration une source intarissable de difficultés. Les localités où Ton établit les voiries les repoussent avec une persévérance, quelquefois même avec une violence qui témoignent assez des nom* breux inconvénients qui les accompagnent. Cependant le Conseil de salubrité du département de la Seine a autorisé plusieurs établissements de voirie, de dépôt de matière fécale, d'engrais factice, à la condition que ces matières seraient dûment désinfectées par des mélanges convenables ; mais, dans la presque totalité des cas, on a négligé la condition imposée en raison du temps, du soin qu'exige le mélange, en raison également d'une circonstance qui n'avait pas pu être prévue, c'est la dépréciation que présente la matière désinfectée lorsqu'on la vend comme engrais.

Cette dépréciation elle-même peut bien n'être que l'effet d'un pré*' jugé; mais elle peut aussi être fondée dans beaucoup de cas, car on conçoit très bien qu'une addition trop considérable de matière inerte doive nuire à la qualité de l'engrais, et il est à présumer que quel* ques fabricants d'engrais ont pu abuser de la recommandation de faire des mélanges au point d'altérer considérablement la valeur de leur produit : quoi qu'il en soit, l'éloignement des acheteurs pour les engrais désinfectés, le soin qu'exige cette désinfection, font que cette condition expresse est rarement ou incomplètement observée. Les établissements dont il s'agit donnent lieu à des plaintes d'autant plus vives, d'autant plus fondées, qu'ils ont été, sur la foi d'un procédé bon en lui-même, mais qu'on ne pratique pas convenablement, auto* risés dans des localités où l'on n'aurait certainement pas toléré les voiries ordinaires, et cependant ils en offrent, pour la plupart, totis les inconvénients.

Il faut cependant faire une exception en faveur des procédés sio«

4$8 VOIRiË^;

glilièremeat pei^fectioQaés qm oi^t é(é appliqua loot réceqfunenl dans Iji voirie (le Berpy aous la direction intellig^ote de M. Eicher. XjLL moment Ofi le botelage, c'^st-i^-dire les loatières deiai-sulides provenant immédialieipfsnt de la vidaqgjs» arrive à r^tablissmenl, pu jes mélange avec un^ certaine espAc^ de schiste carbonifère et UQC terre ferrugineuse à laquelle on ajoute de Tapide pyroligneux, La désinfection et la solidifipa^OQ sont aips^ complétées. Oa place alors la- p&te dans des moules, de manière à obtenir des briquettes que l'pn praline en tes saupoudrant, de charbon dç bois très divisé, dans le but de retenir les gaz et les produits ammoniacaux, qui, dans la préparation ordinaire de la poudrette, s'éphappent au grand détri* meut des propriétés de Tengrais. Ces procédés très . heureusement combinés doivent être enpore améliorés, et la fabrication, prenant plus d'extension, ^'opérera de la manière suivante.

Les voitures contenant les matières déjà désinfectées entreront spus les h^ugars, ^u fur et k aiesuf*e 4<s i^ur arrivée; elles y seroul débardées sur des gâchoirs o^ des ouvriers les mêleront iauuédiatemeut aux ingrédients que nous venons d'indiquer ou è des engrais déjà secs, jusqu'à un certain degré de solidiilpation. Arrivées à cet état, elles seront immédiatement ponverties en briquettes ou toarteaux tubulaires au fnoyen de moules spéciaux et de presses. De là ces briquettes ou tourteaux seront déposés dans une étuve où leur dessiccation s'opérerait très rapidement sous l'influence d'une ventilation puissante d'air chaud. Ces briquettes ou tourteaux, une fois sèches, seront empilés, et les intervalles tubulaires ménagés dans chacun d'eux, après avoir puissamment aidé à leur dessiccation eu multipliant leur surface, contribueront encore à leur conservation tant en qualité qu'en quantité, pai' la possibilité que l'air y trouve à circuler dans toute leur masse. L'étuve sera chauffée par un calorifère, qui servira en même temps à la ventilation du grand hangar de fabrication.

La suppression des voiries de matières fécales, qui, à tant d'égards, est désirable, n'est peut-être pas d'une manière absolue impossible à réaliser. Mais elle suscite tant de difficultés pratiques, que l'on doit regarder au moins comme très éloignée la réalisation complète de cette grande réforme. Nous avons déjà laissé entrevoir quelques-unes des principales raisons qui s'y opposeront : d'une part, la difficaltt* de désinfecter partout et assez complètement pour couler les liquides sur la voie publique, difficulté dès à présent démontrée par l'expérience de chaque jour; la nécessité qui en résulte de coosener une voirie où {'administration puisse faire transporter les matière:» que l'entrepreneur n'aura pas utilisées; enfin, à P^ris, U condition, peut-être trop onéreuse pour ce dernier, du ontrat qui l'oblige à

VOmtBS. 199

IMiyer le tarif de 1 fr. 35 a par mièUiB eube de nufiAres, ooii pas seu^ lelBeat «n raison àe laquaniUô versée sur la voie publique, mais aur la totalMé do eontenu de la fosse, cireonstanee qui peut Men ralentir lesèle des iodustrtels, que Ton a voulu au eontraire stimuler. Il y a donc, on le voit dans la pratique,^ des difficultés de plus d'un genre, qui rendent très problématique, sinon à jamais impossible, la suppression totale des voiries de matières fécales.

VsIriMP A'anlnsflMi» m$mrtm. — Les voiries d'animaux morts sont destinées à recevoir les cadavres des animaux domestiques non comestibles, qui sont, dans nos climats, les chevaux, les ânes, les chiens et les diats, et auxquels il faut joindre, au point de vue qui nous occupe, les animaux comestibles qui, par suite de quelque cause particulière, ne peuvent être admis dans la consommation de la boucherie.

Lorsque les forces de ces animaux sont épuisées par l'âge ou la maladie, on doit les abattre; et les plus simples considérations d'écowmÏBy de salubrité, et Ton peut dire aussi de morale, indiquent que cette opération doit être faite dans des établissements spéciaux: 1* pour utiliser leurs débris sans perte; 2^ pour éviter la dissémi-» nation des miasmes putrides, auxquels donne lieu toute opération »ar des animaux morts, et empêcher même la production de ces miasmes par des méthodes de traitement systématiques applicables seulement à des masses de prodoits; 3* pour éloigner des yeux de la population des spectacles toujours dégoûtants. De là la création des ateliers d'équarrissage dans les villes civilisées. Mais comme cette création a dû précéder, et a précédé en effet de beaucoup Tinvention des méthodes de traitement les plus ccmvenables pour éviter le eoocanrs naturel de la putréfaction, on a été conduit à annexer en quelque sorte les ateliers d'équarrissage aux voiries on réceptacles des matières fécales et des cbapogoes, en raison de leur insalubrité eommone. Bien que cette réunion n'ait plus lieu actuellement, et que les procédés employés pour l'utilisation des cadavres aient diminué beaucoup l'importance des voiries d'animaux mortsy celles-ci méritent encore de fixer l'attention comme annexes néces^ saires des ateliers d'équarrissage.

Il y aura lieu par conséquent d'examiner quels sont les produits retirés de ces ateliers, et quels sont ceux de ces produits quil est nécessaire ou convenable d'élaborer sur place, Nous aurons donc k examiner sommairement les différentes industries de première trans* formation des résidus animaux*

Parent-Duchàtelet, qui a fait de cette question le sujet d'une de ses plus belles études, a consigné dans son travail tous les documents relatifs à l'histoire de l'équarrissagn. Nous en extrayons las

détails qui ODt princtpalement trait aux voiries d'animaux morts.

Nous avoDS vu déjà, dans l'histoire générale des voiries, que, dès les premiers temps où ees dépôts furent établis, les charognes, c'està-dire les cadavres d'animaux abandonnés, étaient confondues avec les autres immondices. Mais les animmix non comestibles et destinés à être abattus ont dû^ dès le principe, être envoyés aux écorcheries dont il est fait mention à la fin du xiv*' siècle, dans la grande ordoDnaace de Charles VI, et il est bien certain que ces écorcheries étaient tout à fait distinctes des tueries de bestiaux. Le règlement de police élaboré par le chancelier L'Hospital, et rendu exécutoire par lettres patentes du 21 novembre 1577, permit aux écorcheurs de s'établir hors des villes et près de l'eau. Il est fait mention, dans nn brevet royal de 16^5, des voiries où devaient être transportés les chevaux et botes mortes écorchées. Le privilège accordé par ce brevet ne fat pas renouvelé, et l'équarrissage, devenu libre, donna lieu à des abus sans nombre ; les animaux ftirerit écorchés et conservés morts dans une foule de locaux particuliers. Des ordonnances répétées, qui datent des premières années du xvin* siècle, enjmgnent de U manière la plus formelle à tous les équarrisseurs et antres de porter toutes les carcasses d'animaux dans les décharges ordinaires, c'està-dire à Montfaucon. Malgré ces prescriptions, des voiries particu* lièrea subsistèrent dans différents quartiers^ jusqu'à ce qu'un nouveau privilège vint pour un temps concentrer les dépôts d'animaux morts à Javelle. Mais ceux-ci ne tardèrent pas à être réunis aux voiries de matières fécales.

Celui de Montfaucon a été l'objet de plusieurs rapports fort intéressants, et qui font connaître d'une manière très exacte l'étal véritablement repoussant qu'offraient ces établissements. Nous en citerons quelques passages.

(( Auprès du bassin de décharge de la voirie, il existe un établissement destiné à l'équarrissage des chevaux morts. I^ nature de ce travail, la hauteur du lieu qui rend difficile de se procurer de l'eau, causent une malpropreté inévitable. Ce travail devrait peut-être se suspendre pendant les temps très chauds; mais ces corps récemment morts sont rapidement dépouillés en plein air, et les débris de cadavres sont enfouis.

n Les hommes chargés de ces travaux dissèquent exactement les animaux, tous les muscles sont enlevés. Cette chair doit servir exclusivement, dit-on, à la nourriture des chiens?

» Le principal abus de cet établissement est celui d'exposeï ddiors les entrailles des animaux pour y attirer les mouches, et dire naître cette espèce de vers qu'on nomme a»iieot$y et qu'on vend aux pêcheurs.

VOIRIES. Ml

Il Getle pMifébctiou ejJiale une odeur infecte. Si cet usage n'est pas défendu» il serait pradent d'éloigner le lieu où ce travail serait permis de tout endroit fréquenté pour le service public.

0 Sur les iM)rds de l'eau des bassins supérieurs de la voirie, et comme pour réunir en ce Ken tous les genres posûbles d'infection, il esste une fosse particulière ob Ton vient jeter toutes les semaines les boyaux provenant des tueries et des boucheries de Paris. Ces parties les plus putrescibles du corps des animaux restent ainsi exposées à l'air, et l'infection intolérable qu'elles répandent dans l'été, empêchant d'en approcher, il en résulte que les nouvelles voitures sont déchargées le plus loin possible, ce qui augmente l'étendue de ce cloaque. On ne peut se former une idée de l'odeur affreuse qui s'en exhaie. On peut assurer que celle de tous les bassins de la voirie n>st rien en comparaison. C'est li| principale source d'infection de ce lieu. Comment est-il arrivé qu'on n'ait pas empêché cet abus lorsque le remède était si facile? Et pourquoi n'enibuit-on pas chaque jour les boyaux apportés, ainsi qu'on le pratique à l'équarris^ sage pour les cadavres de chevaux? Cet objet mérite toute l'attention du magistrat qui préside à la polices En y mettant ordre, on diminuera considérablement l'infection répandue par la voirie et les dan* gers qui peuvent en résulter. »

Vingt ans plus tard, au rapport de M. Huzard, il était impossible de rien voir de plus dégoAtant, de plus infect, de plus insalubre que le local particulièrement affecté à l'équarrissage des chevaux morts ou destinés à être abattus ; les ossements et les intestins restaient épare sur le terrain; on ne les enterrait pas et les carcasses seules étaient brûlées tous les huit jours au nombre de i&O à 150 à la fois« Plus anciennement, on ne prenait même pas ce soin aussi souvent. On attendait qu'il y en eût 700 ou 800 disponibles; on en formait alors d'immenses bûchers dans lesquels le feu trouvait un aliment pour plus de quinze jours. Cet état de choses ne présenta pas de grands changements jusqu'en 1812, année où. la chimie industrielle, réalisant un de ses admirables progrès, trouva les moyens d'employer et d'assainir les matières animales provenant des chevaux et autres animaux. Les recherches de Parent-DuchAtelet, qui marquent une époque dans llûstoire de la salubrité, datent de l'année 1825.

Nous ne nous étendrons pas sur la description des chantiers d'équarrissage ni sur les pratiques anciennes, qui ne rentrent pas, à vrai dire, dans notre sujet, et dont les précédentes citations donnent une idée suffisante. Nous préférons suivre les améliorations apportées dans les voiries d'animaux morts, à mesure que l'emploi de leurs produits s'est perfectionné, et, dans ce but, nous indique* rons, avant d'arriver à l'exposé de l'état actuel, les procédés mis

m VomiKs.

en pratique, il y a une vingtaine d'années, par MM. Salmon el Payen.

a Dans leurs ateliers, disait lA commission chargée de donner an avis sur l'autorisation, le sang des animaux est recueilli avec soin; et lorsque lit peau et tous les produits utiles aux arts ont été enlevés, le cadavre, coupé en morceaut, est porté dans une caisse de fer, ainsi que le sang et toutes les issues; cette caisse, assez grande pour contenir quatre chevaux, est mise en communifcatioh avec une chaudière à vapeur dont la tension est portée k un degré Mnvenable. On con- (}Ott aisément ce qui doit arriver ànns cette opération. D'après !a théorie deâ auteurs, la vapeur, élevée à une hante température, agit àiir les chairs, les détache des os et blanchit ceux-ci en leur enlevant une -pHtiiè dé la graisse qu'ils contiennent. Dans l'espace d'une heure et demie à deux heures, l'opération est terminée, et l'on a pour résidu, d'un côté, des os parfaitement décharnés, et, de l'autre, des chairs dont les parties n'ont plus de consistance et dont on peut donner une idée en disant qu'elles sont réduites h l'état de h&ehis. Ces chaire, soumises, coinmè le sont les graisses oléagineuses, à Taotion de lei presse hydraulique, sont entièrement privées des parties liquides qu'elles contiennent, et l'on obtient par te moyen des tourteaux semblables à ceux de noix ou de cotea, et un liquide au-dessus duquel surnage toute l'huile que renfermaient les chairs et les os. u

Plus loin, les commissaires ajoutaient : « La rapidité avec laquelle se pratique cette opération n'est pas be qui la fait le plus nemarqaer; elle se recommande surtout par l'état dans lequel elle laisse les chairs, qui ne répandent plus d'odeur, et qui, mises de cette manière à l'abri de la putréfaction, peuvent être conservées pendant nn temps illimité et transportées facilement à dés distances immenses. Cet exposé rapide^ disaient les commissaires en terminant leur rapport, sufnt pour faire connaître combien ce nouveau procédé Remporte sur l'ancien; les commissaires chargés de l'examiner ne craignent pas de dire que, parcemo^en, les chantiers d'équarrissage deviendraient peut-être moins désagréables pour le voisinage que beaucoup d'autres fabriques, et que, par conséquent, il fera passer dans la seconde classe des établissements insalubres et désagréables le plus infect et le plus désagréable des établissements, n

De l'état actuel des voiries d'animaux morts,,»^ Les animaux destinés à la voirie sont en partie transportés hors de Paris après leur mort ; mais^ le plus souvent, lorsque l'ftge et la maladie les rendent impropres au service, on les vend vivants aux équarrisseurs, qui profitent du reste de leurs forces pour les conduire à l'abattoir.

Les chiens et les chats, produits de la chasse exécutée quotidiennement par la police, fbnt seuls exception : on les pend toujours au dépôt, pour les expédier ensuite par charretées.

Le commerce des équarrlsseurs, qui a paut objet principal les chevaux, pWsertle dfes taridtiôns assez considérables, (iorreèpondantes aux variations dti commerce dés chenaux en état de service. On comprend en effet que, lorsque le prix dès chevaux diminue, leur utilisation soit moins prolongée, et qu'on les livre rabiris ruinée à réquarrissage.

Mais, quelle que soit la qualité moyenne des vieux chevaux vendiis pour Tabatage, les équarris^eurs les divisent toujours en deux catégories, suivant leur état d'embonpoint. Les chevaui gra* sont dirigés sur l'établissenient fondé par la vHle de Paris dans la plaine des Vertus, où Ton peut extraire la graisse qu'ils contiennent. Lés chevaux maigres sont expédiés à dés abalteUrs particuliers établis 9, Saint-Denis et à Argenteuil. Les chiens, les chats et lès ai^imaux rejetés par les abattoirs de boucherie sont toujours envoyés à l*ëta» blissement de la plaine des Vertus. *

En dehors de ces trois établissements, qui ont recueiHrlIïéritîige de l'ancienne voirie en ce qui concerne les débris d'atïimaux, il ^'exécute quelques abatages permis ou tolérés dans c^rtai^es usinei spéciales. Mais l'accumulation des débris organiques putrescibles n'y est jamais assez importante pour faire rattacher ces iisines à là riasse des voiries.

Nous donneroiis d'abord la description de l'àteller de la plaine des^ Vertus, qui eôt te plus important, et par la quantité des matières traitées, et par le genre de procédé suivi pour la transformation de^ débris putrescibles en produits utiles.

Cet abattoir est situé prèsd'AtlbervilIiers, à égale distance de Paris à Saint-Denis et à environ une lieue et demie du centre de la capitale, dans la direction N.-N.-E. Il est isolé au milieu des chaibps. Drie tannerie, placée plus au nord, est le seul lieu d'habitation que Poil découvre dans un rayon de lOOO mètres. L'établissement présenté un carré d'environ 60 mètres de eôté enceint de murs, avec deui portes opposées, une pour l'entrée, îa seconde servant à cbmmunî* ffùer avec tin bfttiftient annexe disposé pour la dessiccation et le dép<yt des engrais^ li'^^ncdritef est occupée principalement par des consIruoHèns symétriques, qui présentent de chaque côté de l'une de» portés : 1^ un bfttiïnênt oblong destiné h l'élaboration des débris; î^ nn hafngar pamilôlë couvrant les stalles d'abatage; 3* un hangaf attenant au mur de cl<(Hure pour le dépôt momentané des bètes vivantes et des produits divers à livrer au commerce. La partie nord suffit aux travaux actuels; la partie sud est inoccupée, oti sert de tarfgasins; A droite et il gauehe delà portef d'ehtrée s'élèvent les bâtiments d'habitation du contre-maître, concierge,|et de l'inspecteur dé police résidant. A l'extrémité opposée sont placés, d'un côté) un

bâ.tiin^nl coateiiaot un générateur de vapeur de la force de trenlc chevaux, et six réservoirs d'eau d'environ 1700 mètres cubes chacun, alimentés par une petite machine à vapeur; de l'autre côté» un magasin sur les parois duquel on fait sécher les peaux de chien. Le bâtiment aune:i^e est séparé de Tenceintepar un chemin de ronde. Les appareils spéciaux seront décrits au fur et à mesure qu'ils se présenteront dans la description des opérations.

Les animaux sont contrôlés à l'entrée, et les équarrisseurs payent un droit de U francs par tète de cheval. Moyennant celte remise, le fermier de rétablissement met à leur disposition tes appareils nécessaires pour le traitement et leur fournit l'eau et la vapeur d'eau. Les équarrisseurs restent chargés de toutes les opérations jusqu'à la dessiccation des matières putrescibles exclusivement. Il entre moyennement 500 à 500 chevaux par mois, ^oit 6000 à 8000 par an. Le nombre des chiens et des chats s'élève à 1200 ou 1500 par mois, soit 15 000 à 18 000 par an.

Les animaux amenés vivants sont abattus ordinairement le soir pour être dépecés le lendemain matin. On les tue en enfonçant un couteau dans la poitrine. Leur sang, coulant sur les dalles inclinées, est recueilli dans de petites auges de pierre qui forment égout. On Le dessèche dans des chaudières de fonte, et après la dessiccation il donne un produit inodore qui est vendu aux fabricants de produit> chimiques. Les animaux apportés morts sont déposés directement dans les stalles, et l'on s'occupe immédiatement de les dépecer. La peau est d*abord enlevée et mise de côté pour être expédiée aux tanneries aussitôt qu'on en a accumulé un chargement de charrette:>. Les pieds, avec le tarse et le métatarse, sont séparés. On enlève la chair et on la met de côté pour une opération spéciale. Les intestin;» sont crevés pour en extraire le crottin, qui est imélangé ultérieurement avec les engrais fabriqués. Enfin, tout le corps, chair, us, viscères, est réduit en quartiers, que Ton transporte sur des brouette» aux chaudières de cuisson.

Ces chaudières sont de grands cylindres de fonte verticaux muni> d'un double fond intérieur de tôle percé de trous ou de deux larges» tubulures, l'une supérieure, l'autre latérale, débouchant un peu audessus du double fond. Ces chaudières sont construites pour contenir les débris de neuf chevaux ; mais on a reconnu que la cuisson ne s'opérait bien que sur trois ou quatre : on ne les charge donc que dans cette proportion. Or, le chargement s'opère par la tubulure inférieure, en introduisant et refoulant les quartiers avec des fourches La tubulure est fermée par un obturateur avec une vis de pression. La tubulure d'un larmier est aussi hermétiquement close, et Ton met alors la cavité inférieure du double fond en communicatioD avec k

générateur de Tapeur. La vapeur passe par les trous du diaphragme et vient traverser tout le chargement, pour aller se condenser dans la partie supérieure des cylindres, après avoir cuit les parties charnues. La cuisson complète exige de huit à neuf heures. Au bout de ce temps, on interrompt la communication du générateur avec la partie inférieure du cylindre, pour l'établir au contraire avec la partie supérieure. Le bouillon résultant de la condensation de la vapeur, redescend alors dans le double fond avec la graisse liquéfiée. Après un temps de repos, on ouvre un robinet tout à fait inférieur, et on laisse écouler le bouillon dans une rigole qui le conduit à la rivière. Or, lorsque la graisse apparail à la surface, on la recueille dans des vases de tôle, d'où on la transvase dans des barils pour l'expédier aux usines spéciales, où l'on élabore les matières grasses. La rigole présente, avant la sortie de l'établissement, un petit bassin de retenue, avec un orifice de dégagement inférieur, où Ton recueille la graisse qui a pu être entraînée par le bouillon au moment de l'écoulement. Quand la graisse a été recueillie, on débouche la grande tubulure inférieure, et Ton &it sortir les résidus, qui présentent la viande cuite, dégraissée et détachée des os. Ceux-ci sont triés à la main et réunis pour être livrés aux fabriques de noir animal ou de produits ammoniacaux. Ils sont assez bien nettoyés ; cependant on y voit adhérer encore des parties charnues que Ton ne dédaigne pas d'utiliser dans ces usines pour la nourriture de quelques cochons. I^s parties de chair cuite, mélangées avec les fragments d'os qui échappent au triage, sont portées sous une presse dont l'action chasse encore une certaine quantité de graisse de qualité inférieure. •

Ici cesse l'intervention des équarrisseurs; leurs ouvriers sont aii nombre de quatre ou cinq : un bon ouvrier peut débiter jusqu'à quinze chevaux dans sa journée.

Les animaux de boucherie sont traités avec les chevaux ; mais les chiens et les chats sont ordinairement traités à part, à cause de la qualité différente des produits. Leurs peaux sont étendues et séchées sur les murs de l'établissement, puis mises en ballot pour l'expédition.

Les pieds des chevaux sont, comme nous l'avons dit, l'objet d'une opération spéciale. On commence par les échauder avec du bouillon, pour détacher la corne employée par les tabletiers, et les tendons que l'on fait sécher pour les livrer aux fabriques de matières gélatineuses. Les os sont ensuite soumis à une faible cuisson pour en extraire l'huile, qui est d'une qualité supérieure. Ils sont ensuite livrés avec la corne aux tabletiers.

L'atelier de cuisson contient six grandes chaudières comme celle que nous avons décrite, et une autre chaudière d'une forme un peu

TARDIIU. — OICT. D*BT6. T. IV. 30

4M VOIHIËS.

différente, divisée en quatre compartiments, pour des cuisscos à opérer séparément sur de moins grandes quantités de matières.

Le mélange de rbair cuite et de petits os, en sortant de la presse, est passé dans une machine à hacher, pour diviser les matières et les préparer à la dessiccation; les débris hachés sont ensuite mélao* gés avec le crottin extrait des intestins des animaux abattus, puis étendus sur des claies que Ton dispose les unes au*dessus des autres dans de vastes étuves traversées par un courant d'air chauffé au générateur. Lorsque la dessiccation est complète, la matière ne présente plus aucune odeur. Elle constitue un engrais puissant et d*un emploi 1res commode. On en pulvérise une partie dans un moulin pour satisfaire aux demandes de certains consommateurs. Le pro* duit annuel est d'environ 200 000 kilogr. Le prix de vente, de 18 fr. les 100 kilogr. dans Torigine, est descendu actuellement à 9 fr. 50. c.

Telle est la série d'opérations par lesquelles on trausforme en produits éminemment utiles presque toutes les parties des animaux morts. Nous devrions dire toutes les parties, car les bouillons destinés régulièrement à être perdus sont en partie consommés par des cochons que Ton entretient à portée de l'établissement. Mais un tel mode d'alimentation produit chez ces animaux une graisse de qualité inférieure, et cette industrie tend à disparaître.

Nous avons encore à ajouter un détail relatif à la consommation alimentaire de quelques produits de l'équarrissage. Indépendamment des quartiers de viande délivrés pour les ménageries, on nous a afGrmé que certains ouvriers se nourrissaient exclusivement des morceaux choisis. dans le dépècement, soit des animaux de boucherie, soit même des chevaux, dont certaines parties sont d'ailleurs, à ce qu'il parait, d'un excellent goût. On le conçoit sans peine, d'après l'alimentation de ces animaux.

D'après les renseignements que nous avons recueillis sur les éLiblissemcnts de Saint-Denis et d'Argonteuil, les animaux abattus el dépecés sont enfouis dans le sol. Le sang seul est recueilli immédiatement, et quand la putréfaction a été terminée dans les fosses, on retire le terreau produit pour le livrer à l'agriculture comme engrais.

Ce système de transformation pratiqué sur les animaux qui, par suite de leur maigreur extrême, ne seraient pas d'une exploitation profitable à l'usine de la plaine des Vertus, ne semble pas mériter que nous nous y arrêtions autrement que pour le signaler. Les règles qui doivent diriger dans son application découlent immédiatemenl des règles d'aménagement des citernes à engrais.

Des conditions d'insalubrité et de rinfiuenee kygiéniqtte des voiriez (ianiffu^ux mon». — Examinons maintenant le procédé qui \ienl

V0IUIE8. &67

d'être décrit au point de vue de la salubrité et de rincommodité. Malgré le progrès immense réalisé par son application, il s'en faut beaucoup que les phénomènes de putréfaction soient complètement supprimés dans les voiries d'animaux morts; Topération du dépècement est toujours accompagnée du développement de miasmes putrides, surtout lorsqu'elle a pour objet des animaux morts de maladies ou morts depuis un certain temps. Ces odeurs dégagées deviennent surtout infectes au moment ob l'on crève les viscères. Le dépôt nécessairement plus ou moins prolongé des animaux morts, la dessiccation des peaux et des tendons, donnent lieu aux mêmes inconvénients, qui sont en quelque sorte inévitables à un certain degré; on peut seulement tendre à les atténuer par des mesures d'ordre et de propreté.

La cuisson en vase clos ne laisse rien à désirer. L'écoulement des bouillons, malgré l'odeur assez désagréable qu'ils dégagent, parait aussi dépourvu d'inconvénients notables. Mais il est une période des opérations où l'on doit regretter de ne pas voir appliquer les procédés de désinfection : c'est la manipulation des résidus charnus revenus de la presse. Ces résidus entrent immédiatement en décomposition, et pendant le faible intervalle de temps nécessaire pour les préparer à la dessiccation, ils dégagent des émanations ammoniacales de l'odeur la plus pénétrante. Sans doute la nature ammonia* cale très reconnaissable de ces émanations indique qu'elles ne doivent pas ôtre très malfaisantes. Néanmoins il serait utile de les prévenir, par exemple, au moyen d'un faible mélange d'une quantité de noir, qui présenterait d'ailleurs l'avantage de condenser une quantité notable de produits azotés dégagés en pure perte.

Nous ne pouvons oqaettre, parmi les causes d'incommodités des

voiries d'animaux morts, le nombre incalculable de rats qu'attire la

présence des débris d'animaux, et qui exercent leurs ravages sur les

localités voisines. Parent-DuchAtelet a donné des détails fort curieux

sur cette plaie, qui vient s'ajouter à toutes les autres. Il faut recon»

naître cependant que ces hôtes voraces contribuent à assainir la

▼oirie en consommant une grande quantité de matières animales.

Nous signalerons au même titre les asticots, que l'on fait* naître à

dessein en offrant pour appât à la mouche à viande, qui vient y

déposer ses œufs, des débris, et particulièrement des intestins. La

production de ces vers constitue une véritable industrie, mais elle a

le très grave inconvénient de prolonger le séjour à l'air des débris

putrides, et d'augmenter ainsi d'une manière notable l'infection des

voiries.

Quant aux effets des émanations provenant des voiries d'animaux morts sur la sauté des ouvriers et des populations voisines, on peut

A6B VOlKlïiS.

dire sans hésiter que, d'une manière générale, elles ne sont pas nuisibles. Parent-Duchâteiet a insisté longuement sur ce fait, si favorable à sa doctrine de prédilection. Ce qu'il y a de certain, c'est que les ouvriers équarrrsseurs jouissent, en général, d'une très bonne santé, et atteignent, le plus souvent, une vieillesse avancée. Les observations concordantes de Deyeux, Parmentier et Pariset, faites, en 1810, au clos de Téquai^rissage, ne laissent pas de doute à cel égard. Les familles qui habitent l'enceinte môme des ateliers offrent toutes les apparences d'une bonne constitution, et tout le monde connaît ce trait, indiqué par Parent, de la carcasse de cheval transformée en berceau pour l'enfant à la mamelle d'une des femmes employées à l'équarrissage; les ouvriers ont trop souvent l'occasion de se faire des coupures qui n'offrent aucun caractère spécial de gravité, et qu'ils guérissent d'ailleurs en très peu de temps par l'application d'un lambeau de chair fraîche.

Un autre point bien plus important est celui des maladies contagieuses, qui, des animaux morts, peuvent encore se communiquer à l'homme, et menacent ainsi d'une manière particulière les équarris* seurs. Parent-Duchâteiet se faisait un puissant argument, pour nier cette transmissibilité, de l'insouciance que manifestent les ouvriers à regard des provenances de la béte qu'ils débitent; mais nous n'avons eu que trop d'exemples des conséquences funestes que peuvent avoir l'ignorance et l'incurie. La pustule maligne, les maladies charbonneuses, et surtout la morve et le farcin, peuvent atteindre, par contagion, les ouvriers des voiries d'animaux morts. Les exemples concernant les deux premières espèces morbides sont rares ; quant à la morve et au farcin, bien des faits de cette nature ont dû être méconnus. Mais, sans s'arrêter à cette hypothèse, des faits positifs, aujourd'hui trop nombreux, ont démontré de la manière la plus formelle que l'inoculation du virus morieux peut avoir lieu de l'individu mort à l'individu vivant. Médecins, vétérinaires, équarrisseurs, cardeurs de crins, ont fourni plus d'une victime à cette inexorable maladie. Ce que l'on peut dire, pourtant, de plus favorable dans la circonstance qui nous occupe, c'est que, d'une part, l'habileté des dépeceurs les préserve souvent de toute blessure qui ouvrirait une voie au virus, et que, de l'autre, ce mode de contagion détermine, le plus souvent, la forme la plus bénigne du mal, c'est-à-dire l'angioleucite farcineuse ou le farcin chronique. Aussi les équarrisseurs sont-ils atteints par la morve en bien moins grand nombre que les palefreniers et les charretiers, chez lesquels la contagion s'opère par infection, lorsqu'ils séjournent longtemps dans les écuries de chevaux morveux.

Auainissement den voiries d'animaux morU, — En décrivant les pro-

cédés actuellemenl en usage pour utiliser la dépouille des animaux morts, nous avons indiqué la principale condition d'assainissement des voiries où on les dépose, c'est-à-dire la destruction de toutes les parties qui auraient subi la décomposition putride.

Il nous reste à signaler quelques modes particuliers qui peuvent concourir au même but Ainsi, la chair de cheval sert, coomie nous l'avons dit, à l'alimentation des animaux de nos ménageries, qui, à Paris, en soustraient ainsi une bonne part à la voirie. Nous n'avons pas à rechercher si cet usage ne pourrait pas s'étendre avec avantage à une partie de la population qui n'a pas les moyens de se procurer de la viande de boucherie : il suffira de dire que, dans les pays septentrionaux, et môme dans le nord de la France, il a produit d'excellents résultats.

Nous ne voulons non plus, avant d'abandonner le sujet des débris animaux, omettre de mentionner la tentative faite par M. Séguin pour établir un nouveau système d'utilisation qui s'applique en môme temps aux matières fécales et aux restes des animaux. M. Séguin décompose les débris d'équarrissage et aussi les matières fécales dans des cornnes de fer analogues à celles que l'on emploie pour la fabrication du gaz de houille. II obtenait comme résidu du charbon animal et dégageait un gaz d'un pouvoir éclairant considérable. Pour faire la distillation d'une manière économique, il était convenable de dessécher, autant que possible, les matières premières. C'était une première difficulté dont la solution rentrait dans le domaine des questions de salubrité. Une autre difficulté était celle qu'on éprovivait à purger complètement les gaz des produits sulfurés qu'ils contenaient en proportion assez considérable. Néanmoins le projet de M. Séguin était certainement digne de la plus sérieuse attention, <et Ton doit regretter que les essais, exécutés déjà dans des proportions importantes, n'aient pas atteint le degré de développement nécessaire pour que l'on pût porter un jugement définitif sur la valeur du procédé au double point de vue de l'économie et de la salubrité.

Enfin, dans la disposition môme des voiries établies d'après l'ancienne méthode et des dépôts de cadavres d'animaux annexés aux ateliers modernes d'équarrissage, il y a à suivre certaines règles de salubrité, parmi lesquelles la première est la propreté, qui dépend, avant toutes choses, d'une distribution d'eau surabondante. Parent- Duchâtelet a posé d'ailleurs à l'établissement des voiries certaines conditions qui sont très bonnes à citer. Il veut :

i** Que les industriels ne fassent dans leur établissement ni le travail des boyaux ni celui de la colle;

2* Qu'ils n'y fa»sent ni composts ni asticots;

3*" Que tous les animaux abattus ou amenés morts soient traités

Û70 VrtfRlKS.

asaet fdpidenient pour qu'à la fin du jour il n'en reste aucun Aèhm, afin que les abattoirs puissent être lavés à grande eau;

4* Que les substances qu'on met en magasin soient telles qu'elles puissent être à l'abri de toute altération spontanée;

5* Que les constructions projetées de l'établissement soient surveillées par un architecte commis par l'administration pour présider à l'exécution des conditions suivantes, imposées aux entrepreneurs;

G* Que les abattoirs soient dallés de pierres dures, et ces pierres imbibées de mastic hydrofuge jusqu'à refus;

7* Que les ateliers où seront transportées et préparées les différentes parties des animaux reçoivent un dallage semblable, ou au moins un pavé avec bain de ciment et chaux hydraulique;

8* Que des robinets partant d'un réservoir facilitent les moyens de lavage dans tous les lieux où ils seraient reconnus nécessaires;

9* Que toutes les eaux provenant de l'établissement soient reçues dans un bassin construite la manière des fosses d'aisances; que ce bassin soit assez grand pour contenir toutes les eaux provenant des opérations d'une journée; qu'il ne se vide pas par sa partie supérieure, mais seulement par sa partie inférieure ;

iO" Que tout ce qui sortirait de ce bassin soit conduit h la Seine par un tuyau souterrain, lequel tuyau serait prolongé d'une longueur suffisante dans le lit de la rivière pour gagner le grand courant;

il'' Que ces eaux ne soient lâchées qu'à la fin du jour et dans le courant de la nuit;

12* Que dans la construction des chaudières, de la cheminée et des fourneaux, on se conforme à tous les règlements qui régissent la matière, et que les foyers soient surtout disposés pour y brûler facilement et complètement toutes les vapeurs et toutes les émanations qu'on pourrait y diriger ;

19*" Que des murs, suffisamment élevés, empêchent qu'on ne puisse voir du dehors ce qui se passe dans l'établissement;

iti'' Qu'une double rangée de peupliers^ ou de tous autres arbres de futaie, plantés assez près les uns des autres, entourent de tonte part la fabrique;

15* Que les ouvriers ne puissent jamais franchir la porte de rétablissement avec leurs vêtements de travail ;

16* Que les voitures destinées à enlever les chevaux morts dans les écuries ou sur la voie publique soient couvertes exactement, le fond garni de zinc ou d'une matière étamée, et en tout temps lavées et tenues avec une telle propreté qu'elles ne répandent aucune odeur.

M* Enfin (et par excès de prudence), on proposerait, en accordant la demande, do faire une réserve pour toutes les causes d'insalubrité et d'inconvénients non prévues.

tt est une Oonsidérntron plus générale qui ne Saurait éfre laissée de edié: c'est que rétnblissetnent de voiries d'animaux morls et de»tioés à l'équarrissage, en enlevant les animaux de toute espèce qui meurent dans une grande ville et les empêchant ainsi de se cor* rompre, offre une très grande importance et des avantages considérables au {loint de vue de la salubrité publique. C'est là ce qu'avait parfaitement compris le Conseil de salubrité des Bouches -du-Rhône qui, insistant sur l'utilité d'un tel établissement, calculait qu'à Mar* seilie cette industrie s'exercerait sur tous les animaux morts, tels que chiens et chats jetés sur la voie publique, et sur quatre à cinq cents chevaux, vingt ou trente bœufs et deux cents moutons qui y meurent annuellement.

Du reste, la plupart des grandes villes de France sont pourvues de semblables établissements qui méritent de fixer toute l'attention des Conseils d'hygiène publique et de salubrité. Ceux des départements du Nord, de la Gironde et des Bouches-du-Khône, dont nous avons eu tant de fois à mettre à profit les excellents travaux ont formulé sur les conditions d'établissement des voiries d'animaux et ateliers d'équarrissage des règles évidemment inspirées des préceptes de Parent^Duchàtelet. Noos citerons celles du Conseil de Marseille en 1848, qui seront très utilement placées à la fin de cet exposé des moyens d'assainissement des voiries d'animaux morts.

1" La partie de l'établissement où se trouvent les hangars sera entourée d'un mur de clôture, pour que les animaux encore en vie ne puissent s'échapper.

2"* Le lieu où sont abattus les animaux sera dallé de larges pierres posées au ciment, et repiquées de manière que la moindre quantité de liqueur puisse s'écouler vers les rigoles latérales, en suivant la pente générale du sol ; des lavages fréquents y seront opérés pour y entretenir une constante propreté.

3^ Les animaux encore en vie seront abattus et équarris dans la journée; dans aucun cas, on ne pourra renvoyer au lendemain l'équar** rissage des animaux morts transportés dans le chantier.

U? Les matières provenant des animaux équarris seront, dans les vingt-quatre heures, converties en produits non putrescibles ou enlevées le même jour de l'établissement. Les issues et autres débris non utilisables seront enfouis immédiatement à 2 mètres de profondeur.

h" Les voitures servant à transporter les animaux seront couvertes ; leur fond sera disposé de manière que les liquides rendus par ceuxci ne puissent s'écouler sur la voie publique.

6* La cheminée placée au->dessus de la chaudière aura au moins 20 mètres de hauteur.

i72 VOIRIES.

7"* Le tube qui surmonle actuellement la chaudière devra fitrejeté dans un deuxième foyer ou poêle chauffé au rouge , communiquant lui-môme avec le grand foyer, afin que les vapeurs y soient décomposées avant de passer dans Tair par la grande cheminée.

8° Le robinet placé au bas de la chaudière ne pourra plus déverser sur le sol du hangar les bouillons chauds ou dégager» dansée lieu de la vapeur d'eau imprégnée de matières organiques. Pour renlèvement des bouillons avec ou sans corps gras^ pour le lavage des chairs à grand courant de vapeur, au commencement de Topénh tion, l'industriel devra opérer à couvert.

A cet effet, un double manchon fera communiquer le robinet, d'une part, avec le conduit souterrain actuellement existant et coih duisant aux égouts, et, d'autre part, avec des récipients couverts, inférieurs au sol du hangar. De cette manière, il pourra, sans incommoder les voisins, se débarrasser des bouillons dépourvus de graisse, opérer le lavage des chairs et recueillir les produits huileux et graisseux.

9° Les viandes cuites ne seront retirées de la chaudière que quand elles cesseront d'être fumantes. Ces viandes, transformées ou non en tourteaux par une presse, devront être, dans tous les cas, desséchées dans une étuve chauffée à 60 degrés, jamais à l'air libre, par l'action des rayons solaires ou la ventilation.

Si l'on jugeait convenable de se servir d'une presse, il faudrait prendre, pour les liquides écoulés, les précautions de l'article 8.

10* Tous les vases récipients destinés à recueillir l'huile et la graisse devront être de métal.

il"* Les peaux des animaux écorchés seront enlevées, dans la journée, de l'établissement, ou desséchées après leur immersion dans le pyrolignite de fer.

12* Le contenu des intestins pourra seul être jeté dans le cloaque destiné au fumier; ni le sang ni aucun débris organique n'y seront déposés.

13* Aucun liquide provenant de l'établissement ne pourra avoir sou écoulement dans le ruisseau.

ik^ Les joints et communications de la chaudière avec les autres parties de l'appareil devront être constamment entretenus étanches, afin que les liquides en ébullition ne puissent, poussés par la force de la vapeur, en sortir et s'évaporer en se décomposant sur la surface extérieure des parois métalliques du récipient, chauffé à une très haute température.

15* Deux nK)is après avoir été autorisé, le demandeur sera tenu de fonctionner selon les prescriptions de l'ordonnance d'autorisation.

VOLAILLES. kn

\ous rappellerons, en terminant, que les dépôts d'animatix morts, comme du reste toutes les autres espèces de voiries, sont rangés, par ordonnance du 9 février 1825, dans la première classe des établissements réputés dangereux, insalubres ou incommodes.

Voy. Boues, Égouts, engrais, Équarrissags, Fosses o'aisangks, Putrides (Ébianations), Vidanges. «

BibKographie. — Rapport êur la voirie de Montfaueom, au nom d*une oommitsion composée de Debome, Halle, de Kourcroy et Thoiiret {Hhtoire de la Société royale de médeeiae, on 1786, p. 498). — Da dépiaeememt de la voirie de MomifoMCon^ par M. Girard {Ànm. d'hffg, publ, et de méi. lég., K IX, p. 59). ^ Urne vitite d la voirie de Matit faucon, eoneidérée aov$ le point de vue de la êamtépuMpu^ par M. J. Ganiier. Paris, 18&S. — Ueê ckantierê d^équarriesage de la ville de Paris^ par Parent-Duthâtelet {Ahh, d'hyg. et de méd, leg., t. VIII, p. %), — De l'enUvemeut dee boue* et de» m* momdieet de Parit, couiidéré fous le double rapport de tu talubri é et de l'économie diin» lee dépemei, par Huzard fi^s. Parts, 1826. — Notice hittorique $ur le nettoie' ment de la ville de Paria, por A. CbeTalller {Ann, d'hgg. et de méd. lég., t. XLIÎ, p. 26S). — Bulletin de la SodHé d'encouragement. Paria, 18C5» — InêttiuîUm pour le peuple, Iraité n* 37, SâLDaaiTi pdbliqdb, par M. TrébuçbeL Paris, 18A7.

— Lettre de A. Chevallier {Ann, d'hyg, et de méd, lég., U VII, p. 216). — • Agriculture de la Flandre^ par Van Aebroeclc, 4830. — Mémoire êur Ui vrtnrj, le$ moyens de U$ recueillir et de Ut utiliier, par A. Cbevallier (Ann. d'hyg, et de mid, lég , 185S, t. XLVII, p. 68). — Rapport sur le» omiliorationê à introduire dane lee fotêe» d'aisancee^ leur mode de vidange et les voiries de la ville de Paris, par Labirraque. Chevallier et Pareai DucbAteiet {Ann, d'hyg. et de méd. lég., L XIV, p. 958). ^ Des procédés de désinfection {Bulletin de la Société d'encouragement, 18A8, p. 8Si).

— First report of the commissioners for inquiring into state of large towns and populous district», London, 18&&, t. Il, passim. — Collecfion des rapport» généraux tur les travaux du Conseil de salubrité de la ville de Paris^ par F. de Moléon. Paris, 1880 el 1848. -^ Rapport général sur le» travaux du Conseil de salubrité du départe^ wunt des Bouches-du" Rhône, Marseille, 1840. — Rapport sur les dépôts d'immondices de la vilU de Bordeaux, par M. Arnoiao {Travauec du Conseil d'hygiène fublique et de salubrité du département de la Gironde, Bordeuui, 1851, p. 67). — Rapport sur Us travaux du Conseil de sidubrité du département du Nord, Lille, 48à5, p. &9. — De la morre et du furcin chroniques chez Vhomme et ch't U» tolipèdes^ par A. Tardieu. Paris, i8A3l« — Voirit» et cimetière», par A. Tardieu. Paris, 1853. — Collection of» cielle de» ordonnance» de police. — Compte rendu du Congres d'hygiène de Bruaselie»^ 1S53. — Rapport du Conseil de salubrité {Ann,,%' série, t.Vll, p. 919, Paris, 1861). — Essai sur la possibilité de recueillir les matières féeaUi, te* eaux vannes, les urines de Paris, avecutiliié pour la salubrité et avantage pour la pilU et pour l'agriculture^ par A. Chevallier {Ann,, 2* série, (. Ml, p. 97).

YOIiAlIiliEfi^. — La place considérable qu'occupent dans Talimentation de notre pays les oiseaux de basse-coui*, ainsi que nous l'avon» indiqué déjà d'une manière générale en parlant des subsistances, fera lire avec intérêt quelques détails succincts sur les conditions de rélève, de Tengraissement et de la vente do la volaille dans

m VOUILLKS.

les départements de la France ou cette industrie est portée âu plus haut degré de perfection.

La consommation comparée de Paris et de Londres donne, pour Paris, eni853t 10 365 103 kilogr. de volailles, tandis qu'à Londres on n'évalue l'importance des apports de volailles et de gibiers qu'à 8 200 000 kilogr.; ce qui donne une consommation en volailles d'à peu près 3 kilogr. Les deux espèces de volailles dont il est le plus consommé, à Londres, sont les oies et les poulets.

L'engraissement de la volaille est une spécialité de la Bresse, qui se livre à cette industrie depuis un temps immémorial. L'excelleDU* qualité des poulardes qui viennent de ce pays est un fait trop généralement connu pour qu'il soit nécessaire d'insister sur ce sajeU Mais la manière dont on s'y prend pour les amener à tel état ayanl été souvent l'occasion de fables ridicules, il est intéressant d'indiquer les véritables procédés qui sont suivis, aûn de faire disparaître le^ erreurs et les préjugés.

Voici à cet égard les renseignements curieux qu'on trouve dans les Mémoires de la Société impétnale et centrale de médecine vétérinaire. Les sujets qui produisent les poulardes et les chapons de la Bresse sont de race indigène, et les bonnes ménagères les conservent précieusement sans aucun mélange. L'observation des faits les a amenées à prendre le soin de renouveler les coqs tous les deux ans, car les poussins qui proviennent de jeunes reproducteurs ont plus de dispositions à prendre la graisse et sont plus délicats. On a quelquefois cherché à grandir la taille de ces volailles par Tinlroduction de coqs dits russes ou anglais, très hauts sur jambes; mais ces essai» n'ont pas été couronnés de succès. Les métis qui provenaient de ces croisements coûtaient plus à nourrir, et il manquait à leur chair cet aspect blanc et brillant qui est un des caractères les plus distinclifs des poulardes de Bresse.

Le chaponnage, qui se pratique en grand dans le pays, a lieu ordi* nairement sur les coqs de trois mois. Si quelquefois on cherche k rendre les poulettes (pilletes) infécondes aussi, c'est par l'extracliun ou l'écrasement des ovaires; mais le plus souvent il n'y a que \e< coqs qui subissent cette mutilation.

Quant à rengraissemenl, il commence au mois de juillet et d'aoùl sur les sujets précoces ; mais les moments les plus favorables sont le> mois d'octobre, de novembre et de décembre. On se sert principalement, pour engraisser ces volailles, d'un mélange de farine de sarrasin et de maïs blanc; on en fait des boulettes qu'on fait avaler matin et soir, puis on fait boire un peu de lait étendu d'eau qu'on introduit dans le bec. Quelquefois les houlettes sont trempées dan< du lait afin qu'elles puissent couler plus facilemenL Tous les engrai^-

VOLAILLES. ft7S

semenU île poulardes ou de chapons ont lieu dans dèft cages dispo*> i^ées de telle façon que les animaux' restent dans une obscurité et une immobilité complètes; parfois même on leur crève les yeux, mais toujours on les entretient dans un grand élat de propreté. Ces derniers soins sont indispensables à la réussite de l'entreprise. Quant aa terme de Tengraissemeot, c'est l'habitude qui le fait reconnaître. Le mode d'alimentation des volailles à l'aide de viandes de rebut, d'asticots ou de chrysalides doit être rejeté. Cette queAion a été l'objet d'une étude spéciale de la part de plusieurs hygiànistel.

En 1857, le Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine fut chargé d'examiner les plaintes auxquelles donnait lieu un établissement formé à Plaisance^ pour la nourriture des volailles avec des matières animales. Les plaintes étaient fondées sur la mauvaise odeur provenant de cet établissement. Le Conseil reconnut qu'en effet» le sol était imprégné de liquides infects, et cotlvert de chairs en putréfaction destinées à la nourriture des volailles; il émit, en conséquence, l'avis qu'il y avait lieu d'interdire au sieur L... de continuer à nourrir ses volailles avec des matières répandant une odeur insalubre et iticommode pour le voisinage.

Quant à la qualité des volailles élevées par ces procédés, il fut reconnu, à la suite de plusieurs expériences faîtes par M. fiuchesne, que ces volailles étaient, comme toutes celles qui sont nourries en totalité ou en partie avec des viandes putréfiées, d'une qualité inférieure à celle des volailles nourries par les procédés ordinaires, et qu'en outre elles se putréfiaient pcomptement.

Si des volailles engraissées avec des matières animales peuvent n'avoir aucun inconvénient pour l'alimentation, dn doit reconnaître au&si que, dans certaines circonstances, ce mode d'alimentation donne aux volailles iln goût particulier et désagréable. Ainsi, dans le Gard, suivant les observations de M. Combes, à l'époque ob l'on jette les chrysalides de vers à soie, les poules qui les mangent font rfes œuf» qu'on ne peut consommer. Le Conseil de la Seine s'est également prononcé Contre la nourriture des volailles avec des asticots.

Je m'associe complètement, pour ma part, à ces avis prohibitifs, quels que puissent être les résultats d'expériences contr2(dictoires.

Les fermières de la Bresse mettent un soin extrême à tuer la volaille proprement, en la saignant au palais, afin qu'elle ne porte aucune marque. Elles les plument en ayant grand soin de ne leu^ faife aucune écorchure, car la moindre blessure leur ôterait de la valelir. Quand elles sont ainsi tuées et plumées, on les enveloppe, tontes chaudes encore, dans un linge fin trempé dans du lait; on coud aussitôt, en serrant nn peu, de façon & donner h la volaille une

forme ovale-allongée flatteuse à l'œil, avantageuse k la vente, et qui sert de guide aux amateurs qui tiennent à être sArs des provenances.

Le poids d'un chapon gras varie de 2 à 6 et même 7 kilogrammes les prix vont de 5 francs jusqu'à 18 francs» Le poids d'une poularde esl de 1^,500 à 4 kilogrammes ; les prix de vente varient de 2 fr. 50 cent jusqu'à 11 et 12 francs.

Parmi les volailles qui entrent à Paris pour une somme qui, joinle à celle du gibier, s'est élevée en 1852 à plus de ik millions, la Bresse et le Mans ont certainement fourni une des plus laides parts. Depuis que ces observations ont été consignées dans les mémoires qui viennent d'être cités, la race cochinchinpise s'est con* sidérablement répandue en France, et il est probable que la Bresse l'adoptera, car elle n'a pas les inconvénients des russes et des anglaises, et elle en a au contraire tous les avantages pour la taille et la précocité surtout.

BîblMgrapbMw — Renault (d*Alfori), NotUê tur nmê ipitootU qui règtte nr lu oiêeoMxdê bMêê-eour (BulUtin de l'AcadémU demédeâne^ t. XVI, 1851, p. l%à et mît.;. — De l'imêaMrité de§ polaille$ nonrriei de viamdee en état de^ jmtréfmetiam^ fÊt Duchesne (iijm.. S* série, t. XI, p. 63).

IVABKCH. ~ Foy. So(JD£.

^CYIiOIMNE. — Koy« COTON-TOUDRI.

XIIVC. — L'extension chaque jour croissante que prend l'exploitation du zinc et de quelques-uns des ses composés n'intéresse pas moins rhygiéne que l'industrie; et Ton peut compter parmi les plus éminents services rendus à la santé publique les applications neuves et nombreuses qui en ont été faites dans ces derniers temps. Ea effet, et pour donner d'un seul mol la mesure de leur importance, le zinc et l'oxyde de zinc sont, de toutes les substances métalliques, celles qui peuvent le mieux et le plus complètement remplacer daos le plus grand nombre de leurs usages le plomb et les préparation^ qui en dérivent, substitution salutaire qui met à la disposition de l'homme, sans faire défaut à iiucun de ses besoins, une matière exempte de tout danger, au lieu d'un poison d'autant plus redoutable, qu'il est plus subtil et plus lent dans son action.

C'est à ce double point de vue qu'il convient d'étudier la question dont nous allons nous occuper, en ayant soin d'avoir toujours pre sents à la pensée les usages des composés de plomb et leur influencr sur la santé. Ce n'est pas cependant, disons*le dès le début, q^

toutes les préparations de zioc soient cgalenient iouoeenles : il en est de nuisibles, de vénéneuses même; mais leur emploi Iknîfé, leurs propriétés bien connues, ne diminuent en rien l'applicalioD si étendue et si utile que Ton peut foire des autres, et principalement de l'oxyde ou blanc de zinc, dont Tinnocuité est compièle et absolue.

Aussi serait-il sans objet de rechercher ici quelle est l'action physiologique qu'exercent sur la santé les composés de zinc employés comme médicaments ou absorbés comme poisons. Cette étude si nécessaire pour le plomb n'aurait pas seulement pour le zinc l'incon* Ténient d'ôlre inutile, elle donnerait encore, ce qui est plus grave, l'idée la plus fausse de ses effets hygiéniques. Il suffit, pour poser les limites de ses applications, de signaler les cas où, de son contact avec certaines substances, peuvent résulter des combinaisons vénéneuses, telles que les chlorures, sulfates et autres sels de zinc. La question à cet égard nous parait très nettement tranchée, aujourd'hui que l'expérience singulièrement agrandie des dernières années est venue dissiper les obscurités qui avaient arrêté les premiers observateurs. On peut dire hautement, et sans crainte d'être démenti par les faits, que s'il y a des empoisonnements produits par Tingeslion accidentelle ou volontaire de certains sels de zinc, il n'y a pas, comme pour le plomb, d'empoisonnement professionnel produit par la fabrication et l'emploi du zinc et de ses principaux composés.

Nous suivrons dans cette étude l'ordre que nous avons précédemment adopté, en passant successivement en revue les faits qui touchent à l'influence hygiénique : 1* de la fabrication ; 2* de l'emploi daosles arts, dans l'industrie et dans l'économie domestique, du zinc et de ses composés.

L'extraction du zinc, les préparations qu'on lui fait subir pour le rendre propre aux divers usages, la fabrication de l'oxyde et des principaux sels, constituent actuellement des industries immenses concentrées dans les mains d'une compagnie qui consacre à leur progrès autant d'intelligence que de richesses. Nous croyons utile d'en donner un aperçu et de montrer dans quelles conditions hygiéniques elles s'exercent. Qu'il nous soit permis d'ajouter que nous avons puisé nos renseignements aux sources mêmes, et que nous pouvons les donner comme tout h fait conformes à l'état actael des choses.

fl* métmUmvm%e ém mîmm. — Le principal minerai de zinc est la calamine; on l'extrait aussi, mais moins abondamment et moins pur, de la blende, où il est mélangé avec le plomb et le soufre. La calamine est disséminée principalement en Prusse, en Belgique et sur quelques points de l'.^ngleterre; elle est exploitée dans les deux pre*

un ZINC.

miers pay^^ où sont établies les magnifiques mines de la Vieille- Montagne; Moresnet, qui date de 1835; Rafootraedt, Valkenraedt; Angleur, fondé en 18S8 ; Saint-Léonard, existant déjà du temps de Tempire ; TilfT, Valentin, Cocq, etc. Le minerai que l'on y traite est composé d'oxyde et de carbonate de zinc silicifére, mélangé d'argile, de chaux carbonatée, d*oxyde de fer et de manganèse. La mine colorée par le fer est dite mine rouge, par opposition à la mine blanche, plus riche en zinc. Le minerai reste exposé à l'air pendant plusieurs mois pour Uisser déliter l'argile ; il est ensuite lavé et calciné dans des fours coniques analogues aux fours à chaux, de manière à perdre son acide carbonique et son eau et à devenir friable ; puis, réduit en poudre sous des meules verticales, tamisé, mélangé avec moitié de son poids de houille sèche préalablement pulvérisée, et introduit dans des espèces de cornues de terre, qui sont chauffées à blanc dans des fours de réduction.

Ces fours, dits fours à une, constituent les principales usines. comme les opérations de la réduction forment le travail le plus important de la métallurgie du zinc. Nous ne chercherons pas à en donner la description détaillée; nous dirons seulement qu'ils consistent en un vaste fourneau voûté, divisé en compartiments dans lesquels sont engagés de grands tuyaux cylindriques ou cornues de terre, fermés à une extrémité, et recevant par l'autre un double ajutage conique construit en fonte et en tôle, faisant l'office de condensateurs.

Les fours doivent être préalablement et graduellement chauffés pendant quatre jours avant l'introduction des cornues que l'on afiiil rougir séparément Lorsque celles-ci sont convenablement disposées et lavées, on les charge du mélange, et l'opération de la réduction commence : le chauffage des fours a lieu d'une manière continue pendant deux mois, au bout desquels on est ordinairement obligé d'arrêter pour réparer les fours.

Le travail des fours à zinc, outre la direction du feu, se compose de trois opérations distinctes, qui exposent toutes également les ouvriers à l'action d'une très haute température, mais qui exigent de leur part plus ou moins d'attention : le chargement des creusets qui se fait à l'aide d'une longue pelle demi-cylindrique de tôle ; le tirage du métal pour lequel l'ouvrier détache d'abord des allonges de tôle, les secoue pour en faire sortir une poussière de zinc et d'oxyde de sine appelée eadmicy puis recueille dans une grande cuiller de tôle, appelée poêlon^ le zinc distillé qu'il fait sortir des condensateurs de fonte, k l'aide d'un long racloir de fer; enfin le nettoyage des creuset> et le remplacement de ceux qui sont détériorés, et que l'on rajuste tout rougis au feu, au moyen de longues pinces de fer.

Etat des ouvriers des fours à zinr. — Ces difl'érente travaux, quelque pénibles qu'ik puissent paraître, n'ont sur la santé des ouvriers aucune influence fâcheuse. Ils travaillent pour la plupart demi-nus, et malgré l'état de transpiration dans lequel ils se trouvent, ils ne craignent pas de sortir dans les cours et de se soumettre à des ablutions d'eau froide» rendus moins sensibles à l'action de l'air extérieur, précisément par l'excès de chaleur auquel ils sont habitués. Ils partagent du reste ce privilège avec tous les ouvriers qui sont exposés à de hautes températures, comme dans les forges, les raffi* neries, les verreries. Quant aux effets que pourraient produire sur enx les vapeurs propres de zinc, ils sont absolument nuls.

Les renseignements que nous avons recueillis sont, en tous points, d'accord avec ceux qu'avait déjà cités M. Chevallier, lorsqu'il consi* gnait dans son rapport qu'à la Vieille-Montagne et à Angleur, \m accidents, attribués aux émanations de zinc, étaient entièrement inconnus. Nous pouvons affirmer que dans les grands établissements belges et prussiens, hommes, femmes, enfants, sont dans les meilleures conditions de santé, bien que leur corps soit entièrement recouvert de la même poussière de zinc que celle qui s'échappe des cheminées et se dépose au dehors. Plusieurs ouvriers, entrés à l'âge de dix ans dans ces usines, sont aujourd'hui des hommes faits et bien portants; bon nombre d'autres y travaillent depuis 180â; quelquesuns, enfin, ont atteint l'âge de soixante-dix à quatre-vingts ans. En résumé, il n'existe pas pour eux d'affection professionnelle. M. Pétry, dans un travail présenté à l'Académie des sciences de Belgique, et que nous aurons plus d'une occasion de citer, fait seulement remarquer que quelques ouvriers, des plus âgés, et en petit nombre, sont atteints d'asthme.

De rétat du bétail et de la végétaiion dam les localités voisines des fours à zinc, — Des plaintes^ plus intéressées que justes, ont été élevées à plusieurs reprises par les voisins des usines de zinc, qui se sont fait allouer des indemnités pour le préjudice que causaient, à leur bétail et aux arbres de leurs jardins, les émanations et les poussières provenant des fours à zinc. Une enquête a été ouverte et une expertise a eu lieu en Belgique pour les prétendues pertes d'arbres, aux environs de Moresnet. Il n'est pas sans intérêt de rechercher sur quels faits pouvaient s'appuyer ces prétentions, qu'a peutrétre encouragées la libéralité trop facile de l'administration des usines à zinc. C'est une opinion tellement répandue dans le vulgaire que le gros bétail peut souffrir du voisinage de ces établissements, qu'on adonné le nom de maladie calaminaire aux accidents, d'ailleurs fort mal définis, qu'on dit avoir observés dans cette circonstance. L'Académie royale de médecine belge a été saisie de la question par les recher-

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