DES URINOIRS
Nous, représentant du peuple, préfet,
Vu les lois et règlements sur la voierie de Paris et sur les travaux d’assainissement des rues ;
Vu nos instructions sur les inconvénients du grillage des cuvettes d’urinoirs;
Vu les rapports des ingénieurs du service municipal, et notamment celui de l’ingénieur en chef directeur, du 10 janvier dernier, sur la construction des urinoirs ;
Considérant que le grand nombre des lieux infectés par la projection des peines sont une cause grave d’insalubrité, et qu’en attendant la création, dans toute la ville, d’urinoirs définitifs qui puissent changer les habitudes du public, il convient d’assainir par des travaux appropriés à chaque localité les points insalubres et de régler les voies et moyens d’exécution par rapport aux propriétés privés;
Arrêtons :
Art. 1er. Des urinoirs contre les murs des établissements publics ou des maisons particulières ne pourront être établis qu’après l’autorisation des administrations spéciales pour les premiers, et le consentement par écrit des propriétaires pour les maisons.
Art. '2. A moins de dispositions particulières, dont les ingénieurs nous soumettront les projets, les urinoirs seront formés de laves émaillées appliquées contre les murs et formant dans les encoignures le même angle que ceux-ci.
La cuvette sera établie à ciel ouvert et sans grille, au moyen d’une simple dépression qui ramène les liquides dans la gargouille.
Une rainure d’un demi-centimètre de profondeur à 0 mètre 50 centimètres au moins de l’angle sera creusée pour ramener pareillement les eaux qui sortiraient de la cuvette.
Les gargouilles de fonledes urinoirs devront être posées un peu au-dessous des dalles voisines, et avoir dans les bords de leur rainure des entailles pour recevoir les eaux latérales et éviter leur écoulement sur l’aire des trottoirs.
Art. 3. Les gargouilles particulières des maisons seront fondues et posées avec les mêmes dispositions.
Au bas des tuyaux de descente des chêneaux, la pente de l’aire, sur environ 20 centimètres de chaque côté, sera légèrement inclinée vers la gargouille pour y ramener les eaux.
Art. h. Les anciens travaux qui n’auront pas les dispositions ci-dessus indiquées les recevront successivement au fur et à mesure des reconstructions.
Berger.
USTENSILES. . — Voy. Cuivre, Plomb, Zinc.
VACCINATION. — Entre toutes les questions importantes qui constituent l’hygiène publique, la vaccine est sans contredit une de celles qui méritent le plus l’attention en raison de la révolution qu’a opérée dans les conditions de la santé et de la vie
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dos peuples modernes la bienfaisante et immortelle découverte do Jenner. Et cependant, quoiqu’un demi-siècle d’expériences pratiquées sur des millions d’individus attestent sa puissance merveilleuse, il est utile, dans l’intérêt de la vaccine elle-même, d’en contrôler, de temps en temps, les résultats, afin de conserver au vaccin ses propriétés natives , et aux générations nouvelles la confiance dans scs bienfaits.
Avant la découverte de la vaccine, la variole se manifestait presque tou jours d’une manière épidémique , et alors ses ravages étaient si grands, qu’ils glaçaient d’effroi les populations sur lesquelles ils sévissaient. En présence d’un fléau si redoutable, la médecine alla au devant de la variole, en pratiquant l’inoculation. Elle espérait, par ce procédé hardi, éteindre les épidémies de variole, en ramenant cette maladie à l’état sporadique. De plus, choisissant la variole discrète, toujours si bénigne, pour en introduire le produit dans l’économie, elle espérait encore prévenir les varioles confluentes presque toujours mortelles. Elle s’attendait ainsi à réaliser par cette méthode une des grandes vues contenues dans les belles pages de Sydenham sur la variole. Si les prévisions de la médecine ne furent pas toujours réalisées, si la malignité inhérente au virus varioleux trompa souvent son attente , les résultats de l’inoculation furent néanmoins assez avantageux pour convertir à cette méthode les médecins instruits du xvme siècle.
Jenner était un de ses partisans; depuis bien longtemps, sans doute, les personnes occupées à traire les vaches atteintes de cowpox étaient exemptes du tribut varioleux. Mais Jenner eut seul le génie de féconder les faits que l’observation révélait, en remontant a leur principe et d’en déduire les conséquences. En effet, il vit dans le cowpox, le préservatif, l’antidote de la petite vérole de 1 homme , dans 1 action de traire, le mode d’inoculation, et ses effets dans l’innocuité varioleuse des personnes occupées à ce genre de travail.
Transporté de la vache à l’homme, le cowpox dépassa toutes les espérances que la médecine avait en vain attendues de l’inoculation même de la variole a l’homme. Le vaccin , en un mot si innocent, si bénin, fut substitué à la variole qui décimait notre espece. Le cowpox n’est pas, à proprement parler, une maladie de homme, ce n’est pas une semence humaine, c’est une semence bovine que l’on transporte sur l’homme, e’est-à-dire sur un terrain
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qui n’csl pas h' siei i ; aussi il lui arrive ce qu’on voit arriver aux piaules qui ne sont pas sur leur sol naturel, il dégénère.
Pour pratiquer la vaccination, il suflit de prendre du virus-vaccin au bras d un enlant, et on le transporte, a l’aide de la lancette, sur le bras de l’individu qu’on veut vacciner. On pratique ainsi trois, quatre, cinq , six piqûres à chaque bras. Pendant les trois premiers jours qui suivent, lorsque les conditions sont bonnes du côté du virus et du sujet, rien ne se manifeste sauf une petite rougeur, qui se montre le premier jour au lieu de la piqûre, et s'efface le jour même. Au quatrième jour seulement, on voit apparaître une petite papule rouge, qui, le cinquième jour, devient un peu plus acuminée, s’élargit le sixième sans s’entourer d’une auréole, s’élargit encore, et s’ombilique au septième jour. C’est le huitième seulement que commence à se dessiner l’aréole inllammatoire, qui va s’agrandissant le neuvième jour, acquiert 2, 3, /t et 5 centimètres d’étendue. Au dixième jour, elle commence à décroître, la pustule se sèche vers le onzième jour, et, du quinzième au vingtième, la croûte tombe, laissant à sa place une cicatrice semblable à celle d’une pustule d’ecthyma. Voilà la vaccine telle qu’on la voit tous les jours, déterminant des Symptômes locaux que nous venons d’indiquer, mais le cowpox inoculé, lorsqu’il n’a rien perdu de sa violence, après trois, quatre, cinq générations par exemple, agit d’une manière plus énergique. La pustule est plus large, le liquide plus opalin , l’aréole plus étendue ; la chute de la croûte n’arrive que du vingtième au vingt-deuxième jour, en sorte qu’il existe une très grande différence entre le cowpox de la troisième génération, ou de la centième par exemple.
Dès le cinquième jour de l’inoculation vaccinale, lorsqu’on fait une attention sérieuse à l’enfant, on remarque quelques troubles dans sa santé, troubles caractérisés tantôt par de la diarrhée et de l’abattement, tantôt seulement par de la mauvaise humeur ; ils durent une demi-journée à une journée tout au plus. Pendant les sixième, septième et huitièmejours, on n’aperçoit rien de notable, mais vers la lin du huitième, lorsque les ganglions de l'aisselle commencent à s’engorger et que l’aréole se dessine et s’étend, éclate un mouvement fébrile, que les vaccinateurs ont appelé fièvre vaccinale , et auquel ils attachent une très grande importance; cette lièvre dure deux ou trois jours, plus intense chez lesenfants inoculés avec le vaccin régénéré que chez ceux qui 1 ont été avec le vieux vaccin ; elle est proportionnée a 1 âge du vaccin
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ct.au nombre des pustules. Elle est en raison inverse de luge du vaccin et en raison directe du nombre des pustules. Lorsqu il n’existe qu’une seule pustule, le mouvement fébrile est nul ou a peu près nul ; s’il y en a six, sept, huit, dix, la fièvre devient de plus en plus intense. Il survient dans le cours de la vaccine un accident qui acquiert quelquefois une certaine importance. C’est une éruption générale, appelée exanthème vaccinal, rare 1 hiver, commune au contraire l’été. Cette éruption survient de môme du neuvième au onzième jour de la vaccine, elle est morbilliforme, quelquefois scarlatiniforme, quelquefois, mais très rarement, pustuleuse. Il est probable que cette dernière forme n’est que le résultat d’inoculations opérées par l’enfant lui-même en se grattant.
Les cicatrices, qui succèdent aux pustules d inoculation, ont soulevé bien des discussions. En Angleterre, on avait établi que, pour que le virus-vaccin fût bon, il devait laisser une cicatrice étroite, de 1 centimètre au plus , ronde, régulière, représentant une plaque gaufrée, analogue à une plaque de Peyer normale. Quand, au contraire, on trouvait une cicatrice vaccinale irrégulière dans sa forme, allongée, au lieu d’être ronde, ou à peine marquée, comme la cicatrice d’une bulle de pompholix ou de pemphigus, on disait que le virus, qui avait produit une pareille cicatrice, était mauvais, que c’était un vaccin non préservatif. Toutefois, pendant les épidémies de variole, observées tant en France qu’à l’étranger, dans les revaccinations qui furent faites en Allemagne sur les troupes wurtembergeoises, les médecins portèrent toute leur attention sur cette question des cicatrices vaccinales. On croyait qu’il ne fallait revacciner que les individus portant des cicatrices irrégulières, et l’on agissait en conséquence. Les épidémies de variole démontrèrent que la maladie ne respectait pas plus les individus à cicatrices régulières que les autres, et comme contre-épreuve, dans les vaccinations, il fut prouvé que le vaccin prenait tout aussi bien sur les premiers que sur les seconds. Dès lors la question des cicatrices vaccinales perdit de son importance.
Les épidémies de variole ayant presque disparu pendant un quart de siècle dans l’Europe, après la propagation de la découverte de Jenner, on fut tenté de nier la merveilleuse puissance de ce moyen prophylactique, lorsqu’on vit de toutes parts de nouvelles épidémies varioliques se montrer, et quoiqu’elles soient moins meurtrières qu’avant la découverte de la vaccine. Néanmoins, ni. 3à
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comme un très grand nombre de personnes vaccinées en étaient atteintes, on a dû se demander quelle était la préservation du vaccin. On comprend quelle importance, pour les populations, une pareille question pouvait avoir.
l)e 1799 à 1816, la préservation de la variole par la vaccine ne pouvait pas même être mise en doute un seul instant. De l’avis de tous , la vaccine préservait aussi sûrement que la variole ellemême. En 1816, on reconnut que les cas de variole, après le vaccin, n’étaient pas des cas rares, exceptionnels, mais qu’ils se multipliaient en assez grand nombre. Puis vinrent les épidémies de 1819 à 1824, qui firent de si nombreuses victimes. A Marseille seulement, on compta jusqu’à 30,000 varioleux. Alors on fut obligé de reconnaître que la vaccine ne préservait plus d’une manière absolue, mais seulement d’une manière relative. La Société Jennérienne elle-même dut accepter cette conclusion déduite de l’observation des faits. On se demanda même, si cette immunité relative existait réellement. Cette question fut résolue aflirmativement par les épidémies qui éclatèrent en France, en Angleterre et en Allemagne. On croyait que, lorsque la variole venait à sévir sur une population, elle frappait en varioloïde les individus vaccinés, et en variole ceux qui ne l’étaient pas. On vit alors des vaccinés pris de variole, mais en nombre beaucoup moins considérable que les individus non vaccinés. Ceux-ci furent frappés en masse, et, tandis que l’épidémie faisait parmi eux d’effroyables ravages, elle se montrait bénigne aux premiers. Du côté des vaccinés, on comptait un mort sur cinquante, tandis que du côté des autres, on en comptait un sur quatre ou cinq. Il résultait de là évidemment que la vaccine donnait une immunité relative.
On avait voulu établir que l’immunité apportée par la vaccine était la même que celle qui était acquise par une variole antérieure, mais on vit dans l’épidémie de Marseille, que les anciens variolés n’entraient que pour un 1/69 dans le nombre des malades, tandis que les vaccinés entraient pour 1/7, d’où il résultait que la vaccine avait un pouvoir préservatif beaucoup moindre que celui de la variole.
Si nous considérons quelles sont les causes de cette moindre préservation, nous devons voir ce qui se passe dans 1 inoculation du faux vaccin ; nous trouvons que l’individu ainsi inocule n est pas plus préservé que si on lui avait inoculé une simple pustule d’eethyma. La production de la fausse vaccine tient, soit à une
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altération du vaccin, soit à une mauvaise disposition du sujet. Déjà Jenner, Grégory et d’autres vaccinateurs avaient été frappés des anomalies que le vaccin présentait chez certains individus, et ils avaient attribué ce phénomène à une mauvaise disposition des sujets. Voilà déjà une cause de non-préservation inhérente à l’individu et dépendante d’une disposition anomale et inconnue de son économie. Aussi l’observation paraît avoir démontré d’une façon péremptoire, que l’intensité de la vertu préservatrice du vaccin dépend de deux conditions principales, qui sont : 1° l’âge du vaccin employé ; 2° le temps écoulé depuis la vaccination. On a observé, en Angleterre, que les individus vaccinés les premiers dans la période de 1799 à 1802, 1803, 180/i, alors que le vaccin n’avait pas encore passé par de trop nombreuses générations, avaient été généralement à l’abri des atteintes de la variole. De même, en France, les personnes, qui furent vaccinées vers la même époque , ont été, dans les épidémies subséquentes, plus à l’abri de l’influence variolique que les vaccinés de 1815, 1816, 1820, etc. On a remarqué aussi que les individus vaccinés avec le cowpox nouveau avaient été beaucoup mieux préservés que les personnes vaccinées avec le vieux cowpox déjà transmis par plusieurs centaines de générations successives d’enfants à enfants. L'àge du vaccin est donc une cause réelle de dégénération qui diminue sa vertu préservatrice. Le temps écoulé depuis la vaccination est une condition encore de moindre préservation du vaccin. Dans les expériences faites en Angleterre, au moment où l’on parlait beaucoup de la non-immunité de la vaccine, on inocula un certain nombre d’enfants vaccinés depuis quelques années seulement, et l’on ne put leur donner la variole, l’inoculation ne prit pas. Pendant les épidémies de variole qui ont désolé l’Europe , des médecins instruits ont remarqué que des enfants vaccinés depuis deux, trois, quatre, six, huit, dix ans, prenaient la varioloïde, mais ils ont noté aussi que le nombre des enfants atteints était d’autant, plus considérable que la date de la vaccination était plus éloignée.
Ils en ont conclu avec raison, que plus il y avait de temps qu’on était vacciné, moins on ressentait les bienfaits de l’immunité; si bien qu’il y a plus de chance de contracter la variole après quinze ansqu’après dix, plus après dix qu’après cinq, et ainsi de suite, toutes choses égales d’ailleurs, c’est-à-dire le nombre des pustules d inoculation et les autres circonstances ayant été les mêmes. Ces laits conduisent naturellement à la question de la dégénération
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du vaccin, question très grave pour la médecine et l’hygiène publique. Jenner ne s’était jamais laissé aveugler par sa brillante découverte. Sans doute il en comprit bien toute l’importance, mais longtemps avant sa mort, il pressentit qu’autant par la faute des vaccinateurs que par lé vaccin lui-même, il se produirait des altérations considérables dans l’énergie préservatrice de la vaccine; il ne se trompait pas. Si l’on compare l’ancien cowpox au nouveau, le vaccin de 182/i à celui de 1801 ou à celui que Steinbauer a régénéré en Alsace, en 18à5, nous les voyons produire des effets bien différents. Si l’on compare , en effet, sur les dessins, qui nous ont été conservés, les inoculations vaccinales de 1799, 1801, 1802 à celles de 182ZI, ce n’est plus la même chose. Ces dernières ont moins de largeur, l’aréole inflammatoire est moins étendue, la dessiccation s’opère plus rapidement; tandis que les pustules des inoculations de 182Zi se sont séchées et sont déjà tombées au bout de quatorze ou quinze jours, celles de 1799, de 1801, 1802 persistent encore après trois semaines. D’autre part, les résultats produits avec le vaccin régénéré sont conformes à ceux obtenus avec le vaccin primitif, alors qu’il n’avait encore passé que par un très petit nombre de générations. Mais il est d’autres causes de l’affaiblissement du virus, et qui semblent tenir à leur transmission même. Jenner disait : C’est au sixième ou au septième jour que le vaccin a le plus d’énergie. Si vous prenez de la sérosité vaccinale au sixième jour, vous en aurez peu, mais elle sera très énergique. Cette sérosité aura moins d’énergie au huitième jour, quoiqu’elle en conserve beaucoup. Puis la virulence ira en diminuant les jours suivants, de telle sorte qu’au dixième jour, elle sera complètement perdue. Voilà donc un virus, qui, probablement, à cause de sa dilution, perd en vieillissant sa propriété virulente. Aussi Jenner recommandait de prendre le vaccin au sixième jour, ou au plus tard le septième, afin d’avoir un vaccin de première virulence. Mais il est arrivé, ce qui avait été prévu par cet illustre observateur, c’est que, par suite d’une habitude invétérée non seulement dans la pratique privée, mais dans les établissements publics, nous ne prenons le vaccin que le huitième jour, à une époque où sa virulence est affaiblie.
En présence de ces faits, qui montrent avec évidence l'affaiblissement du pouvoir prophylactique du vaccin, à mesure qu’il vieillit et à mesure qu’on s’éloigne du moment de l’inoculation de ce virus, l’idée dut venir aux médecins de chercher à placer les indi-
\ A CCI N AT ION
viclus dans les conditions où l'influence d une vaccination récente inet l'économie humaine. C’est ce qui lut fait dans plusieurs pays. Le gouvernement wurtembergeois ordonna dans ses armées de nombreuses vaccinations, dans lesquelles on vil le vaccin réussir d’autant mieux, que la date de la première vaccination était plus éloignée. Le docteur Heim, médecin des années wurtembergeoises, recueillit AO, 000 cas de revaccination. Sur ce nombre, il se trouva 20,000 vaccines régulières. Les individus de cette catégorie étaient des jeunes recrues de vingt à vingt et un ans, qui, par conséquent, dans un pays où la vaccine est officiellement organisée, avaient été vaccinés à peu près vingt ans auparavant. Ces recrues prirent une vaccine légitime dans sa marche et dans ses formes, et capable d’être transmise avec succès à des enfants non vaccinés. Sur ces A0, 000 cas, il y eut encore 5000 vaccinoïdes ou fausses vaccines, ce qui indiquait une perte presque absolue, mais non complète de l’immunité. Enfin , on trouva 15,000 individus complètement réfractaires à la vaccination, ayant par conséquent conservé leur immunité. Il y eut donc, sur un nombre de A0, 000 hommes déjà vaccinés, 20,000 individus aptes à reprendre la vaccine, et par conséquent la variole.
Du moment où le gouvernement wurtembergeois eut ordonné la vaccination , on vit diminuer considérablement parmi les troupes le chiffre des varioleux. Ainsi en 1S2A, on comptait dans l’armée 619 varioleux ; en 1835, il y en avait 250 ; 159 en 1836, et 9A en 1837. Ainsi, en quelques années, le chiffre des varioleux était descendu de 619 à 9A , c’est-à-dire que la revaccination avait épargné la variole à plus de 500 individus sur 600.
Dans une épidémie de variole qui régna en Bretagne, M. le docteur Guillot parvint, dans les localités de son ressort, à éteindre l’épidémie par la revaccinalion générale de la population.
En Prusse, en Bavière, dans le duché de Bade, des épidémies furent arrêtées par des revaccinations pratiquées en masse sur les populations, tandis que dans les pays voisins, où les médecins, se fiant à l’immunité de la vaccination première, crurent devoir négliger cette précaution, la mortalité fut considérable, ou du moins un grand nombre d’individus prirent la variole. La revaccination est donc, dans ces épidémies, d’une immense utilité, puisqu’elle empêche la maladie de s’étendre, en donnant aux populations une immunité nouvelle.
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Mais si l’immunité concédée par le vaccin se perd au bout d’un certain temps, après combien de temps se perd-elle? En d'autres termes, à quels intervalles faut-il revacciner? C’est là une question de la plus haute importance. Or, nous avons déjà vu que, dans les revaccinations pratiquées sur 40,000 hommes de l’armée* wurtem-
bergeoise, 20,000 reprirent la vaccine légitime après vingt ans écoulés depuis une première vaccination. Nous pouvons raisonnablement eoncluie de ce fait qu apres vingt ans la moitié d’une population a complètement perdu l’immunité vaccinale. Mais si la moitié des individus, qui composent une population, a certainement perdu cette immunité au bout de vingt ans, il est extrêmement probable que beaucoup d’entre eux l’avaient déjà perdue plus ou moins longtemps auparavant : au bout de quinze, dix, huit, cinq ans, etc.
Si l’on étudie attentivement ce qui se passe dans les épidémies de variole, on voit un grand nombre d’individus prendre la varioloïde, après cinq, huit, dix ans écoulés depuis la première vaccination. Il semble donc utile de revacciner au bout de cinq ans, puisque l’expérience démontre qu’après ce laps de temps l’immunité peut être complètement perdue. Or, comme on ne peut prévoir à priori où en est l’immunité, il vaut mieux pratiquer des revaccinations un certain nombre de fois pendant la vie, que de laisser les individus exposés aux dangers plus ou moins sérieux d’une varioloïde ou d’une variole. On doit, pour ces vaccinations nouvelles, comme pour la première fois, avoir la même attention eu égard au nombre des piqûres. Il est important, en effet, quand on inocule le vaccin, quel que soit le nombre des vaccinations antérieures, de multiplier les piqûres. Dans le relevé des vaccinations faites par Eichorn, il est démontré que plus le nombre des pustules développées dans la première vaccination avait été grand, moins la revaccination avait de chance de réussir. De son travail statistique, il résulte que les individus vaccinés, chez lesquels on détermine la formation d’un grand nombre de pustules, reprennent moins facilement la vaccine que ceux dont les pustules vaccinales ont été moins nombreuses.
Malgré les bienfaits éclatants du vaccin, ce moyen prophylactique par excellence a été attaqué avec persistance par M. Hector Carnot, ancien officier d’artillerie. Ce mathématicien croit pouvoir prouver mathématiquement que la mort prélève aujourd’hui sur la jeunesse , sous des noms inconnus au xvme siècle, le tribut
vaccination. 535
que la petite vérole imposait alors à l’enfance, et que la découverte de la vaccine n’a pas été étrangère à ce résultat déplorable. M. le baron Ch. Dupin a fait justice , il y a plus de quatre ans, de l’erreur évidente de raisonnement commise à cet égard par M. Carnot. Mais cette opinion isolée et en opposition avec tout ce que l’étude et l’observation démontrent n’a eu aucun retentissement, et de toutes parts les gouvernements persévèrent avec raison dans les encouragements qui assurent la diffusion de la vaccine, car ce précieux moyen prophylactique, indépendamment du nombre considérable de vies qu’il a épargnées , a rendu aux populations l’immense service de diminuer la proportion des aveugles, des sourds et des infirmes de toute espèce que la variole produisait chaque année.
Il nous reste à faire connaître le rôle actif qu’a joué l’administration supérieure et la bienfaisante initiative dont elle a fait preuve pour encourager et propager dans notre pays les progrès de la vaccination. Depuis cinquante ans, le gouvernement n’a pas cessé d’exercer sur ce point une action tutélaire, qui, confiée successivement au Comité central de vaccine, à la Société centrale de vaccine , et enfin à Y Académie de médecine , a tant contribué à répandre les bienfaits de l’utile découverte. Nous allons donc citer ici quelques documents olliciels, qui n’ont pas seulement un intérêt historique, mais qui contiennent l’exposé des règles à suivre encore actuellement, tant par les autorités locales que par les honorables médecins qui continuent avec tant de zèle et de louable persévérance l’œuvre des premiers propagateurs de la vaccine.
CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE DU 26 MAI \ 803 RELATIVE A LA PROPAGATION I)E LA VACCINE.
De toutes les maladies qui alïligent l’espèce humaine , il n’en est peut-être point de plus meurtrière que la petite vérole ; des calculs certains prouvent qu’elle enlève, année commune, le sixième ou le septième des sujets qui en sont attaqués, et que dans les épidémies elle en moissonne souvent le tiers. L’inoculation était la seule ressource que la médecine pût opposer à ce redoutable fléau. Cette méthode, introduite, en France, depuis plus de cinquante ans, était, avec raison, considérée comme un bienfait pour l’humanité, puisqu’elle diminuait de beaucoup la mortalité ; mais comme elle est encore accompagnée de quelques dangers, on ne la pratiquait avec une certaine étendue que dans les villes, et l’on ne serait parvenu qu’avec une peine extrême à la faire adopter généralement.
Lne découverte bien supérieure à l’inoculation est offerte aujourd’hui à la
VACCINATION
société ; je veux parler de la vaccine. Les grandes espérances, que ses partisans fondèrent sur ce nouveau préservatif, fixèrent l’attention du gouvernement*, et l’engagèrent à encourager les expériences propres à en constater les avantages ou les inconvénients. Il devait, dans une affaire d’un si liant intérêt , se tenir également en garde contre l’enthousiasme qui accueille avidement toutes les découvertes nouvelles, et contre les déclamations passionnées des hommes, qui regardent généralement avec défaveur tout ce qui s’écarte de la routine, et qui porte avec soi l’idée d’une innovation. Il fallait à cet égard s’en rapporter uniquement aux faits et à l’observation.
C’est dans ces circonstances, et pour favoriser les vues du gouvernement, qu’il se forma à Paris, sous ses auspices, un comité central de vaccine. Cette association, composée d’hommes instruits et dégagés de toute espèce de préjugés , s’est occupée sans relâche , et avec un zèle digne des plus grands éloges, de l’examen de cette précieuse découverte. Elle vient enfin, après trois années de travaux et d’observations , de publier le résultat de ses recherches et de ses expériences. Le rapport, dont elle a fait hommage au gouvernement, prouve de la manière la plus convaincante, que la vaccine réunit tous les avantages de la petite vérole inoculée , sans présenter aucun de ses inconvénients ; qu’on peut la pratiquer sans courir le risque de la répandre, en multipliant les foyers de contagion ; en un mot, que c’est une maladie extrêmement bénigne, exemple de toute autre éruption que celle des piqûres, sans danger pour celui qui en es1 atteint, et qui le préserve pour toujours de prendre la petite vérole.
Depuis trois ans que le comité pratique l’inoculation de la vaccine, elle lui a constamment offert des résultats satisfaisants, et jamais aucun accident n’a déposé contre cette méthode. Il a reconnu, d’ailleurs, qu’elle n’avait aucune suite fâcheuse qui lui fût propre, et qu’elle ne pouvait exciter aucune autre maladie.
Des avantages aussi précieux, constatés avec la plus grande authenticité par des hommes de l’art investis de la confiance publique, fixent irrévocablement l’opinion sur la vaccine.
Je m’empresse, en conséquence, de vous recommander de faire jouir le département qui vous est confié , du bienfait de ce nouveau système, qui est déjà adopté avec succès dans tous les États de l’Europe. Je vous adresse ci-joint deux exemplaires du rapport du comité , auquel l’Institut national a donné ses suffrages, dans la séance du 28 ventôse dernier (19 mars 1803). Ce rapport ne laisse plus de doute sur l’utilité réelle de la vaccine, et indique en même temps les moyens de la propager.
Vous introduirez d’abord cette pratique dans les hospices d’enfants et dans les autres établissements publics placés sous votre surveillance ; vous ferez ensuite disposer, dans l’un des hospices de chaque chef-lieu de sous-préfecture et de chaque ville qui vous en paraîtra susceptible, une salle particulière, et séparée de celles qui sont affectées au service ordinaire, où les familles pauvres pourraient faire vacciner gratuitement leurs enfants. Vous pourvoirez au remboursement des dépenses extraordinaires qui en résulteront pour les hospices, sur les fonds affectés aux dépenses variables, si ceux des hospices ou' de la commune sont insuffisants.
Il n’importe pas seulement que la vaccine soit adoptée dans les classes aisées de la société, il faut surtout qu’elle devienne une pratique générale parmi le
peuple, où la petite vérole est
VACCINATION
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rôle est
c’est là qu’est toujours le foyer de cette contagion.
Quoique la nouvelle méthode soit d’une application facile et simple, elle exige cependant quelques précautions et un certain exercice, pour assurer enlièicment son efficacité et prévenir tous les accidents.
Il faut donc, pour éviter au moins la répétition d’essais infructueux, que la vaccine soit pratiquée ou dirigée par des personnes qui 1 aient observée, et qui la connaissent assez bien, pour ne pas confondre la vraie vaccine avec la fausse vaccine, ou bien avec la petite vérole ; erreurs dans lesquelles on est tombé quelquefois. Vous pourrez en garantir vos administrés , en répandant le plus possible le rapport ci-joint, et en invitant les médecins qui voudraient faire usage de cette pratique, de se concerter avec le comité central de Paris, qui leur procurera tous les renseignements nécessaires, et les facilités qui seront à sa disposition.
Vous engagerez aussi, pour le perfectionnement delà nouvelle méthode, les comités de vaccine, les sociétés savantes de votre département , et tous les médecins et chirurgiens, qui s’en sont occupés, à entretenir une correspondance suivie avec le comité de Paris, et à lui faire connaître les résultats des vaccinations qu'ils auraient pratiquées.
Enfin, vous recommanderez aux ministres du culte , aux comités de bienfaisance et aux membres des autorités publiques, d’user de toute l’influence que leur donnent leurs fonctions, pour faire connaître dans le sein des familles les avantages de la vaccine, et éclairer lesjncertitudes de ceux qui balancent encore à l’adopter.
Je vous serai obligé de me rendre compte du résultat de vos soins à cet égard.
Votre amour pour l’humanité me fait espérer que vous ne négligerez rien pour les rendre eflücaces. Il me suffirait, pour exciter tout votre zèle et diriger tous vos sentiments vers cet objet, de. vous rappeler que, si la vaccination est enfin généralement pratiquée en France, on parviendra bientôt à faire complètement disparaître la petite vérole , et à éteindre un des fléaux les plus cruels qui pèsent sur l’humanité.
Un arrêté du 31 octobre 1814 avait fondé des prix destinés à encourager la propagation de la vaccine. Ils consistaient en tin premier prix de 3000 francs , deux seconds prix de 2000 francs , et trois autres prix de 1000 francs, à décerner à ceux qui auraient fait le plus de vaccinations et obtenu le plus de succès dans la propagation de la vaccine. Le principe a survécu, mais le système a été modifié par les dispositions que l’on va lire, et qui régissent encore l’état actuel des choses.
CIRCULAI UE DU 24 JANVIER 1824 SUR LES ÉTATS ANNUELS DES VACCINATIONS ET LES RÉCOMPENSES A DÉCERNER.
D’après diverses circulaires, les préfets doivent adresser au ministre de l’in-
VACCINATION
térieur, dans 1«* cours du premier trimestre de chaque année, le tableau des vaccinations pratiquées pendant l’année précédente.
L’ordonnance du roi du 20 décembre 1820, portant institution de l’Académie royale de médecine, a classé la propagation de la vaccine au nombre des objets qui doivent faire partie des travaux de cette Académie.
La suppression de la société et du comité central de vaccine , créés en 1801, était une conséquence naturelle de celle disposition. En les supprimant par un arrêté du 16 juillet 1823, le ministre a décidé que les états de vaccinations pratiquées dans les départements, et tous les documents transmis par les préfets, relativement à la vaccine, seraient, à l’avenir communiqués à l’Académie royale de médecine, qui soumettra annuellement à Son Excellence un rapport sur les travaux entrepris pour la propagation de la vaccine. Les récompenses, qui devront être accordées aux plus zélés vaccinateurs, seront décernées sur la proposition de l’Académie, et cette société est d’ailleurs chargée de faire pour tous les départements les envois de vaccins qui lui seront demandés.
Le besoin de pourvoir aux dépenses de l’Académie royale de médecine a nécessité une nouvelle fixation des prix et médailles accordés chaque année pour la vaccine, et, par une décision du 10 décembre dernier, le roi a réglé, qu’à dater de 1824, il serait accordé chaque année aux plus zélés vaccinateurs, savoir :
1" Un prix de 1500 francs;
2° Quatre médailles en or ;
3* Cent médailles d’argent.
Ces récompenses auront un nouveau lustre étant décernées sur les propositions d’un corps aussi distingué que l’Académie royale de médecine; et jointes aux encouragements accordés dans les départements, elles seront sans doute suffisantes pour répandre de plus en plus une méthode qui se recommande tellement elle-mcme par l’intérêt de la population entière et par l’évidence de ses bienfaits.
Vous ne perdrez pas de vue que votre correspondance relative à la vaccine, et les tableaux qui y sont annexés, doivent continuer à cire adressés en double expédition, pour qu’il en puisse être transmis une à l’Académie royale de médecine. Baron Gapelle.