CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE DU 25 SEPTEMBRE !S/|3 SUR LE SERVICE
DES VACCINATIONS.
Monsieur le préfet, je viens de vous envoyer le rapport de l’Académie royale de médecine sur les vaccinations pratiquées en France pendant 1 année 1841.
J’appelle surtout votre attention sur le premier et sur le sixième paragraphe de ce rapport, lesquels s’adressent particulièrement à l’administration.
Dans le premier de ces paragraphes , l’Académie signale les omissions que présentent une partie des documents qui lui ont été transmis; elle se plaint de ce qu’un certain nombre de ces documents lui soit parvenu tardivement , elle se plaint aussi de ce qu’au lieu de lui envoyer des rapports motivés, des résumés exacts, plusieurs départements lui envoient des registres de vaccination mal tenus, des listes informes, dont il est presque impossible de tirer un îésultat satisfaisant.
Au sixième paragraphe, l’Académie applaudit au zèle que les autorités civiles
VACCINATION
et ecclésiastiques ne cessent tle montrer, dans la plupart des départements, pour encourager la propagation de la vaccine ; mais elle sc rend l’organe des plaintes formées par beaucoup de vaccinateurs sur le peu d’appui qu’ils obtiennent de la part des maires des communes rurales : trop souvent, disent-ils, leur arrivée n’est pas annoncée aux habitants; ils ne trouvent pas les enfants réunis à la maison commune. On reproche même à quelques maires d’avoir été jusqu a conseiller aux familles de leurs administrés de ne pas répondre à l’appel des vaccinateurs.
L’Académie considère comme l’un des principaux moyens de favoriser la propagation de la vaccine l’érection d’un comité de vaccine, composé, de médecins et d’habitants notables, pour chaque département. A cette institution se lierait l’établissement d’un dépôt permanent de virus-vaccin au chef-lieu du département. L’Académie recommande d’entretenir les dépôts de vaccin par des vaccinations hebdomadaires; c’est un devoir pour les administrations hospitalières de contribuer à l’entretien de ces dépôts, en laissant prendre du vaccin sur les enfants confiés à leurs soins.
Plusieurs conseils généraux ont refusé de voter les allocations demandées pour encourager la pratique de la vaccine; un pareil refus peut avoir de graves conséquences. L’Académie renouvelle les observations qu’elle a déjà faites à ce sujet, dans son rapport sur les vaccinations de 18Z|0. Lisez avec soin, monsieur le préfet, les deux passages que je viens de vous indiquer, et, si le conseil général de votre département est du nombre de ceux qui ont refusé toute allocation pour la vaccine, ne manquez pas, je vous prie, de lui soumettre, dans sa prochaine session, les considérations, présentées avec autant de force que de raison par l’Académie royale de médecine , sur la responsabilité morale qu’entraîne une économie de cette nature.
Il ne suffit pas d’affecter quelques fonds à l’encouragement de la vaccine, il faut que ces fonds soient bien employés. Dans plusieurs départements, les vaccinateurs ont un traitement fixe ; dans d’autres, les vaccinateurs nommés d’avance reçoivent des indemnités proportionnelles au nombre de vaccinations qu’ils opèrent ; ailleurs, tous les médecins sont appelés à concourir, sur la production de leurs états de vaccinations, aux primes décernées par le préfet. Chacun de ces systèmes a ses avantages et ses inconvénients ; mais il importe de bien se rendre compte des effets que produit celui qui est adopté dans chaque département, et d’examiner s’il est susceptible de quelque modification.
Dans plusieurs départements, on a institué des médecins cantonaux, qui sont chargés non seulement du service de la vaccine, mais encore du traitement gratuit, sur la désignation des maires ou des bureaux de bienfaisance, des malades indigents, de l’inspection des enfants trouvés, et des premiers soins à donner partout où il se manifeste des maladies épidémiques, en attendant l’arrivée du médecin des épidémies , etc. Dans deux ou trois départements , ces médecins sont rétribués par les communes; ailleurs ils exercent leurs fonctions sans aucune autre rémunération que celle qu’ils peuvent recevoir, comme vaccinateurs, sur les fonds votés à cet effet par les conseils généraux.
On a souvent demandé que l’institution des médecins cantonaux fût adoptée dans toute l’étendue du royaume ; il s’est présenté , à cet égard , des difficultés qui ne pourraient être résolues que par une loi générale sur l’exercice de la médecine en France. Mais, si le service des vaccinations était bien organisé, il
vaccination.
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pourrait, mieux que tout autre moyen, préparer et faciliter l'institution des médecins cantonaux, ou la suppléer là où les circonstances locales s’opposeraient à ce qu’elle fût prochainement réalisée.
Pour bien apprécier l’état actuel des choses, je désire, monsieur le préfet, que vous me fassiez parvenir, avec le tableau qui doit présenter le résultat des vaccinations opérées en 18A3, un rapport général et détaillé sur l’organisation du service de la vaccine dans votre département. Vous rappellerez les dates et les principales dispositions des arrêtés qui ont été pris à ce sujet ; vous me ferez connaître comment ces dispositions sont exécutées , et quelles sont les modifications dont elles peuvent vous paraître susceptibles.
Quant aux états annuels de vaccinations, je vous recommande de nouveau de me les adresser aux époques indiquées par la circulaire du 6 février 1835, et de vous conformer, dans la rédaction de ces états, aux modèles qui vous ont été envoyés. Ne perdez pas de vue non plus que ces documents doivent m’être transmis en double expédition.
Il serait fort à désirer qu’ainsi que le demande l’Académie, les états partiels fournis par les vaccinateurs fussent soumis à l’examen et au contrôle d’un comité central de vaccine, ou d’un conseil de salubrité, qui pût exprimer une opinion motivée sur les titres de ces vaccinateurs et sur la valeur réelle de leurs travaux. Ce n’est pas, en effet, le chiffre brut des vaccinations qui doit servir à fixer le rang des concurrents aux récompenses instituées par le gouvernement ; il faut tenir compte des difficultés vaincues, des sacrifices qu’il a fallu faire, du plus au moins d’encouragement qu’on a obtenu des communes ou du département : or, c’est là un travail qui ne peut être fait qu’au chef-lieu du département, et qui donnerait aux propositions de l’Académie royale de médecine les bases les plus sûres et les plus équitables.
L’Académie insiste, dans ses derniers rapports , pour que le gouvernement augmente le nombre et la valeur des récompenses qu’il distribue annuellement aux plus zélés vaccinateurs. Elle exprime particulièrement le vœu qu’il soit décerné au moins une médaille d’argent par arrondissement de sous-préfecture. Comme ces médailles ne sont qu’un encouragement purement honorifique, je ne sais si, en augmenter le nombre, ce ne serait pas en diminuer le prix. Peutêtre aussi est-il permis de penser qu’assigner une médaille à chaque arrondissement, ce serait égaler tel arrondissement, où l’on fait très peu d efforts pour propager la vaccine , à tel autre , où plusieurs vaccinateurs se livrent a\ec dévouement à cette pratique salutaire. Toutefois, avant de porter un jugement définitif sur cette question, je serai bien aise de connaître l’opinion de MM. les préfets sur l’utilité que la mesure sollicitée par l’Académie royale de médecine pourrait avoir comme moyen de redoubler le zèle des vaccinateurs.
Veuillez m’accuser réception de cette circulaire.
Kecevez, monsieur le préfet, l’assurance de ma considération très distinguée.
Cünin-Gridaine.
Nous terminerons en citant un document d une impôt tance capitale, la statistique la plus récente des vaccinations faites dans toute la France pendant l’année 1851. On pourra juger ainsi des immenses résultats obtenus par cette salutaire pratique, et en même temps de l’inégalité qui existe encore à cet égard dans les
vaccination. 3,11
différents départements. C’est là un point très curieux à constater, et qui touche aux conditions les plus essentielles de la santé publique et à la civilisation même de notre pays.
TABLEAU DES VACCINATIONS PRATIQUÉES EN 1851 DANS LES DIVERS DÉPARTEMENTS DE LA FRANCE.
DÉPARTEMENTS, j
(les
naissances.
NO
dos
vaccina-
tions.
MRRF,
des
sujets
atteints
de
la petite vérole.
des
défigurés
ou
infirmes.
des
morts
de
la petite vérole.
rapport
des
vaccina-
tions
aux
naissances.
Ain
8 sur 9
Aisne
Allier
Alpes (Basses-)- • . •
Alpes (Hautes-). . . .j
Ardèche
Ardennes
Ariége
Aube
1 Aude
Aveyron
Bouches-du-Rhône. .
Calvados
Cantal
! Charente
Charente-Inférieure. .
Cher
Corrèze
Corse
Côte-d’Or
Côtes-du-Nord ....
Creuze
Dordogne
Doubs
Drôme
Eure
Eure-et-Loir
Finistère
Gard
Garonne (Haute-) . .
Gers
Gironde
Hérault
Ille-et-Vilaine
Indre
Indre-et-Loire . . . .
Isère
Jura
Landes
Loir-et-Cher
Loire
VACCINATION
DÉPARTEMENTS