‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 104 sur 130 · DEGRÉS · texte numérisé non relu

DEGRÉS

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Quant à la quantité d’air nécessaire au renouvellement de l’atmosphère des espaces confinés, elle varie suivant les conditions dans lesquelles se trouvent placés les individus qui occupent chaque localité. Nous voyons que pour un même ordre d’étahlissement, la proportion d’air exigée a singulièrement varié; de 20 mètres cubes par malade et par heure dans les hôpitaux de Paris, elle était portée dans le cahier des charges de l’hôpital Necker en 1851 à 60 mètres cubes; et seulement à âO dans le programme que nous citerons du nouvel Hôtel-Dieu. Or M. boudin dans ses persévérantes études sur le système de M. Léon Duvoir, a constaté qu’une ventilation de 60 mètres n’était pas toujours suffisante dans certaines salles d’hôpital. On comprend ([lie ce

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chilVre pourrait être réduit pour les cellules des prisons, les chambrées des casernes où 20 mètres cubes doivent être considérés comme parfaitement suffisants, et pour les classes d’une école d’enfants où 0 à 10 mètres sont reconnus convenables par M. Péclet.

De la ventilation en général. — La ventilation est généralement divisée en ventilation naturelle et ventilation artificielle ou forcée.

A. La première consiste simplement dans le renouvellement de l’air par les ouvertures naturelles des habitations à travers lesquelles s’établissent des courants plus ou moins actifs, suivant les différences qui existent entre la température extérieure et celle de l’intérieur. On comprend, sans qu’il soit besoin de longs développements, qu’elle soit le plus souvent insuffisante et ne puisse s’appliquer qu’à des lieux où ne se rencontrent ni un grand nombre d’individus, ni un grand nombre de causes de viciation réunis. Certaines règles très simples de construction peuvent, du reste, donner à la ventilation naturelle une direction qui en augmente et en assure la puissance. Nous nous bornerons, sur ce point, à renvoyer aux principes très nettement formulés dans la délibération du congrès de Bruxelles.

B. La ventilation forcée exige des méthodes et des procédés plus compliqués que nous ne pouvons ici passer tous en revue, mais qui peuvent être rapportés à deux groupes très distincts. Dans l’un, l’appel d’air neuf a lieu par la chaleur d’un foyer ; dans l’autre, par différents appareils mécaniques agissant, soit par aspiration, soit par refoulement.

Le premier groupe est divisé, par M. Grouvclle, en quatre systèmes principaux, dont les applications sont trop nombreuses et trop variées pour que nous puissions même les énumérer.

1° Appel par un combustible brûlé directement dans le bas de la cheminée; 2° appel par un combustible brûlé directement à la partie supérieure, ou près de la partie supérieure de la cheminée; 3° appel par des appareils intermédiaires de transmission de chaleur, recevant leur chauffage d’un foyer placé à distance; lx° appel par la vapeur envoyée directement dans la cheminée.

Dans le second groupe se confondent : 1° les machines aspirantes; 2° les diverses espèces de ventilateurs; 3° les moteurs mécaniques agissant par refoulement.

Nous n’insisterons ici que sur les procédés les plus pratiques

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en disant quelques mots : 1° des ventilateurs; 2° des systèmes d’appel par les appareils de chauffage; 3° des machines à propulsion d air. Mais nous voulons préalablement rappeler un principe posé par Darcet et qui doit dominer tout système de ventilation destiné à l’assainissement. C’est que , lorsqu’il s’agit de purilier une atmosphère viciée par des gaz ou des vapeurs, il convient de faire l’appel d’air par la partie supérieure de la pièce; tandis qu’il faut, au contraire, diriger le courant par la partie inférieure quand il s’agit d’entraîner, par le renouvellement de l’air, des poussières plus ou moins lourdes. Ce principe trouvera dans l’hygiène des diverses industries de très nombreuses applications.

1° Ventilateurs. — Il y a des ventilateurs de deux systèmes principaux, le ventilateur à palettes droites, et celui à ailes courbées de M. Combes. Le ventilateur est composé d’un axe tournant sur des supports, et recevant par une poulie le mouvement d’un moteur : sur cet axe sont ajustées un certain nombre de palettes à air. Le système tourne dans un tambour percé à son centre d’une ou de deux ouvertures, et ayant à la circonférence un tuyau de départ établi suivant la tangente au tambour, et à travers lequel s’échappe, à la circonférence, l’air qui a été aspiré par les ouvertures des centres, sous l’action du mouvement centrifuge de l’appareil qui tourne. En effet, pour bien fonctionner, cet appareil doit avoir une très grande vitesse.

Pour aspirer l’air contenu dans une capacité, on met le centre du tambour en communication avec cette capacité par un tuyau d’un diamètre au moins égal à celui de l’ouverture du tambour. Le mouvement de rotation que reçoivent l’axe et les palettes du ventilateur, imprime à l’air contenu dans le tambour une vitesse et par suite une force centrifuge très grande qui le forcent a s’échapper par l’ouverture tangentielle pratiquée à sa circonférence extérieure; il se fait ainsi un vide dans le système, et pour remplir ce vide, l’air à enlever s’y précipite à travers les ouvertures pratiquées au centre.

Les ventilateurs ont depuis longtemps les emplois les plus importants, tantôt comme machines aspirantes, tantôt comme machines soufflantes. C’est avec ces ventilateurs de 0,25 de largeur et de 1,20 de diamètre, et faisant 1000 à 1200 tours, que l’on souffle les cubilots à fondre la fonte destinée aux pièces mécaniques ou à d’autres objets. Les tarares à nettoyer les blés sont

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munis de ventilateurs ; on les emploie dans les poudreries pour faire traverser aux couches de poudre l’air chaud qui doit les dessécher. Ils ont été beaucoup employés dans les magnaneries, soit comme aspiration, soit comme refoulement, pour renouveler l’air vicié.

Les ventilateurs ont un avantage : ils sont simples et économiques d’établissement, coûtent peu d’entretien ; mais leurs conditions normales de construction, leurs produits, la puissance qu’ils exigent, et surtout le rapport du volume théorique au volume réel d’air débité à diverses vitesses, ne sont pas encore bien constatés. M. Morin a commencé des séries d’expériences sur cette question importante. On doit désirer vivement qu’il les complète.

2° Les grands systèmes de ventilation, quel que soit le principe sur lequel ils reposent, sont désormais reconnus indispensables dans les édifices , les palais , et dans tous les établissements publics, tels que les hôpitaux, les prisons, les casernes. Et l’on peut considérer comme un des progrès les plus importants qui se soient opérés dans l’hygiène publique, l’importance que l’on attache actuellement à une large et bienfaisante aération.

Pour choisir un exemple , qui peut en même temps être proposé comme un modèle , nous citerons un extrait du programme du nouvel Hôtel-Dieu, rédigé, avec autant de sagacité que de précision , par M. Blondel, inspecteur général de l’assistance publique. Ce passage , qui s’applique particulièrement à un établissement hospitalier, fera, cependant, bien comprendre le but que, dans tous les cas, on doit se proposer d’atteindre dans la pratique, en laissant aux hommes spéciaux le soin d’apprécier les meilleurs modes d’exécution , et de les approprier aux diverses espèces de localités.

« L’application d’une ventilation forcée n’est point encore générale dans les établissements de l’administration de l’assistance publique , et, comme pour le chauffage, l’administration ne saurait indiquer quel est le meilleur système à employer. Une ventilation forcée demande une force motrice qui est utilisée, ou à aspirer l’air vicié des salles, ou aie chasser, en faisant entrer de l’air pur qui pousse l’autre au dehors ; c’est la ventilation par aspiration et la ventilation par propulsion. Dans la première, on peut employer la différence de température entre l’air ambiant des salles et le conduit par lequel on veut l’aspirer ; ou bien recourir a un moyen mécanique d’aspiration. Dans la seconde, les

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moyens mécaniques seuls sont applicables ; on les utilise» sous toutes les formes, machines hydrauliques ou à vapeur, machines à bras, à manège et contre-poids, etc.

» La ventilation doit, en tous les cas, renouveler l’air d’une localité, sans établir de courant d’air sensible, et sans laisser aucune partie de l’air en stagnation. Le renouvellement de l’air dans les salles de malades, à en juger d’après les résultats obtenus jusqu’ici, doit être de /|0 mètres cubes par personne et par heure. En été, elle est inutile; les malades préfèrent ouvrir les fenêtres, plutôt que de voir renouveler l’air par un moyen accidentel. Elle doit s’appliquer spécialement aux salles de malades , aux cabinets d’aisances ; elle peut s’étendre aux salles d’attente et aux amphithéâtres. Elle ne doit nécessiter aucun appareil d’un entretien ou d’une direction difficile, et doit s’obtenir à un prix modéré.

» La ventilation par aspiration a l’inconvénient de provoquer l’entrée de l’air extérieur par toutes les ouvertures et fissures des portes et des fenêtres. Il faut que les bouches d’aération fournissent largement l’air nécessaire. Celle par propulsion, au contraire, fait obstacle à l’arrivée de l’air du dehors.

» Les moyens mécaniques semblent préférables aux appels qu’on obtient par les différences de température , parce qu’on en règle plus facilement l’action, et qu’on peut en étendre ou en diminuer l’effet à volonté, suivant les besoins de chaque moment. »

Ces principes généraux une fois posés, nous allons exposer les systèmes, qui, en ce moment, se disputent la préférence des hommes les plus compétents : D’une part, la ventilation liée au système de chauffage ; de l’autre , la ventilation mécanique , et dans l’un et l’autre ordre des procédés divers. En ce moment même, une vaste expérience se prépare, à Paris, dans le magnifique hôpital Lariboisière, dont la moitié doit être ventilée par le système d’aspiration, au moyen des appareils de chauffage à circulation d’eau chaude, et l’autre moitié par un moteur mécanique à propulsion se reliant à la machine à vapeur destinée au chauffage. Médecin de ce grand établissement, nous serons à même de suivre cette expérience si digne d’intérêt, dont nous regrettons de ne pouvoir faire connaître ici les résultats.

Les deux systèmes, dont nous voulons donner un aperçu, et qui ont été d’une manière trop systématique, et, disons-le, trop passionnée, mis en opposition, sont ceux de Léon Duvoir et de

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PI,. Grouvelle. Nous en avons pu juger par nous-mème les ellets, et sans vouloir contester le mérite du premier ni la puissance de ventilation qu’il peut atteindre, nous devons dire, cependant, que nous ne lui avons pas toujours trouvé cette supériorité que préconisent si haut quelques hygiénistes. Au Palais-de-Justice notamment, où nos fonctions de médecin expert nous appellent chaque jour, la température excessive d’une part, et, d’autre part, le défaut d’aération des latrines, ainsi que l’odeur trop souvent

détestable des cellules du dépôt, que M. Boudin signale comme ventilées à 80 mètres cubes d’air par heure, sont de nature a faire douter, sinon de la réalité, du moins de la constance des résultats attribués à ce système. Ajoutons que nous avons pu , par les mêmes raisons, et non moins souvent, comparer ces résultats a ceux qui sont actuellement obtenus a Mazas, et que, introduit a toute heure dans les cellules de cette vaste prison, nous avons

constaté que leur aération ne laisse rien a désirer , et que rien n’est fondé dans les plaintes intéressées, qui ont pu être formulées contre ce système de ventilation.

Nous allons succinctement faire connaître chacun de ccs procédés, d’après la description, en quelque sorte officielle, qui en a

été faite.

Ventilation par le procédé de Léon Duvoir. — Considéré dans son ensemble, l’appareil de M. Léon Duvoir se compose d’une cloche à doubles parois, communiquant au moyen d’un tube vertical avec un réservoir supérieur, de la partie inférieure duquel partent autant de tubes descendants qu’il y a d’étages à chauffer. Les tubes aboutissent à des poêles, et de la partie inférieure de ces derniers partent des tubes de retour qui rejoignent la cloche. Tout cet appareil est rempli d’eau plus ou moins saturée d’un sel destiné à augmenter la capacité de l’eau pour le calorique; en d’autres termes, à retarder son ébullition , à ralentir son refroidissement, et à prévenir l’encrassement des tuyaux de conduite. Dans diverses circonstances. M. Léon Duvoir a substitué l’huile à l’eau, ce qui lui a permis de diminuer le calibre des tubes. La cloche, ayant la forme d’une bouteille , est placée à la cave et entourée d’une construction de briques pour prévenir toute déperdition de calorique. Elle surmonte le foyer. Le réservoir supérieur est placé dans le comble. L’eau de la cloche échauffée s’élève en vertu de sa moindre densité, et se trouve immédiatement remplacée par de l’eau froide arrivant par le tube de retour.

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Voilà pour la circulation de l’eau. — Passons à la ventilation qui, dans le système de M. Léon Duvoir, devient un puissant adjuvant du chauffage en hiver, de la réfrigération en été. Le réservoir supérieur est placé dans le comble , dans une espèce de chambre chaude , à laquelle aboutissent des tubes horizontaux, communiquant eux -mêmes avec d’autres tubes verticaux, ayant dans chaque pièce qu’il s’agit de ventiler : 1° une ouverture inférieure au niveau du sol, opérant en hiver Y extraction de l’air froid; 2° une ouverture supérieure près du plafond, opérant, en été, Y extraction de l’air le plus chaud. L’extraction de l’air froid en hiver offre l’avantage, non seulement de diminuer les éléments de réfrigération, mais encore d’obliger l’air chaud à descendre d’une manière non interrompue pour se placer au niveau des organes respirateurs. L’extraction de l’air froid opérée, il ne reste qu’à introduire de l’air neuf au degré de température exigé. A cette fin, des prises d’air sont pratiquées à l’extérieur du bâtiment; ces prises d’air constituent l’orifice extérieur des gaines enveloppant les tuyaux d’eau chaude, et destinées à introduire dans l’intérieur l’air neuf, échauffé au contact des tuyaux d’eau chaude. L’air chaud pénètre dans l’intérieur, d’une part par des ouvertures pratiquées au niveau du sol, de l’autre par la partie supérieure et centrale des poêles.

Ainsi, circulation d’eau chaude; extraction de l’air lroid et vicié au niveau du sol ; introduction de l’air chaud dans des canaux qui enveloppent les tuyaux d’eau chaude et qui débouchent, soit à la partie supérieure des poêles, soit au niveau du sol , mais toujours à une certaine distance des bouches d’extraction : tel est, en résumé, le système en hiver. Veut-on chauffer un seul étage, les tubes qui, partant du réservoir supérieur, communiquent avec les autres étages, sont fermés au moyen de clapets. De la sorte , tout le calorique est utilisé en faveur des seuls locaux qu il s agit de chauffer.

En été, on doit se proposer d’extraire des locaux 1 air le plus chaud et de le remplacer par de l’air frais. A cette fin, on chauffe l’eau du réservoir supérieur, mais en ayant soin de feimer les tubes qui conduisent aux poêles à eau. L’eau du réservoii revient alors à la cloche au moyen d’un tube spécial, établi poui les be soins de l’été. On ferme les bouches d’extraction, situées au niveau du sol et servant en hiver à aspirer l’air lroid, et 1 on ouvre d autres bouches pratiquées au niveau du plaiond, afm d extiaiic au

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le plus chaud. Lorsque la température n’est pas trop élevée, la portion d’air neuf qui pénètre dans l’intérieur, après avoir été en contact avec les tubes et les poêles remplis d’eau froide, sulïit ordinairement pour produire la réfrigération désirée. Mais, dans les temps très chauds et dans divers pays , ce moyen serait insuffisant; dans ces circonstances, M. Leon Duvoir se sert d un grand cvlindre tubulaire rempli d’eau sortant du puits, et communiquant supérieurement avec l air extérieur, et intérieurement avec le local qu’il s’agit de rafraîchir. L’air extérieur s’engouffre dans l’ouverture supérieure, se refroidit au contact du cylindre, et se précipite dans l’appartement, sous la double pression de son poids et de l’appel provoqué par l’extraction de l’air intérieur. Ainsi, extraction de l’air chaud et introduction d’air frais; ce dernier pénétrant à la partie inférieure du sol, après avoir parcouru de haut en bas un cylindre tubulaire rempli d’eau de puits ; tel est, en résumé, le procédé de ventilation d’été employé par M. Léon Duvoir.

Ventilalioîi par le procédé de Ph. Grouvelle. — Nous empruntons en partie et sauf quelques rectifications, la description des procédés de M. Grouvelle au Rapport rédigé à la date du Si mai 1852, par M. le docteur Guérard au nom d’une commission chargée par M. le préfet de police d’étudier toutes les questions relatives à la situation physique et morale des détenus de ia prison Mazas.

Voici en quels termes le système adopté pour le renouvellement de l’air était décrit dans notre rapport du 20 juillet 1850, époque à laquelle les fenêtres des cellules restaient constamment closes :

« L’air neuf s’introduit dans chaque cellule par trois orifices garnis d’une grille , et placés à des hauteurs différentes. Ces trois orifices communiquent avec une seule et même prise d’air ouverte dans le mur extérieur. L’air vicié s’engouffre dans le tuyau de la chute du siège d’aisance, dont le couvercle, lors même qu’il est abaissé, est maintenu à une distance convenable de la lunette, afin de ne pas gêner le passage de l’air qui doit s’y engager. Tous les tuyaux de chute, correspondant chacun à un tonneau distinct, sont placés sur une même ligne des deux côtés d’une cave, qui règne dans toute la longueur du bâtiment qu’elle dessert. Les six caves, comme les six corps de bâtiment, convergent vers un centre commun : elles sont fermées â leur bout de ce côté par un mur plein , si ce n’est dans la partie supérieure où l’on a réservé une ouverture qu’on peut rétrécir â volonté, au moyen de

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