‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 109 sur 130 · VINAIGRE · texte numérisé non relu

VINAIGRE

VIWAIGIIE. — Le vinaigre est obtenu par la fermentation acide des liquides alcooliques , tels que vins de toute nature, eaux-de-vie de mélasse, de pomme de terre, de grains, mélasses, glucoses ou sirops de fécules, moût de malt d’orge, de froment ou de seigle , bière , cidre , poiré , eaux de lavage des formes à sucre dites eaux de bac , lies de vin , baquetures recueillies sur les comptoirs des marchands de vin. Les vinaigres varient dans leurs propriétés en raison du liquide qui a servi à les préparer. Ils contiennent tous une plus ou moins grande quantité d’acide acétique formé aux dépens de l’alcool qui existait dans le liquide avant la fermentation. Le meilleur vinaigre est celui que l’on tire du vin; pour le distinguer des autres, on le désigne sous le nom de vinaigre devin. Il est blanc jaunâtre, ou rouge, suivant qu’il a été produit par du vin blanc ou par du vin rouge. Ces vinaigres de vin sont principalement fabriqués à Orléans ; il en vient aussi de l’Ailier, du Gâtinais , de la Bourgogne et du Bordelais. Dans le Nord, on fait plus particulièrement usage de vinaigres provenant de la fermentation acétique de la bière, du cidre et du poiré. Ces vinaigres portent le nom du liquide d’où ils tirent leur origine. Ils sont peu riches en acide acétique , et par conséquent d’une conservation plus difficile. Il y a deux manières de préparer le vinaigre au moyen des vins ; la plus ancienne consiste à mettre le vin en contact avec du vinaigre déjà formé, et à laisser la fermentation s’opérer lentement au contact de l’air, à une température de 70 à 75 degrés : l’acide déjà existant, et souvent un ferment spécial, 1/1000 de moût d’orge germée par exemple, activent la transformation du liquide alcoolique. L’atelier où s’opère la fermentation acétique est ordinairement un cellier à murs épais, où la température peut se maintenir sans exiger trop de combustible; l’air y est lentement renouvelé par des ouvertures que l’on ferme à volonté. On emploie, pour exposer le liquide à l’acétification, des futailles ordinaires à vin, contenant 230 litres environ et solidement cerclées en fer ; elles sont percées dans leur fond, aux deux tiers de leur diamètre, d’un large trou de bonde servant au renouvellement de l’air. On remplit ces tonneaux au tiers de leur capacité avec du vinaigre, auquel on ajoute 10 litres de vin qu on veut acidifier; puis on laisse réagir pendant huit jours et Ion ajoute encore 10 litres de vin, addition qu’on répète deux fois aux mêmes intervalles de temps. Levin blanc, plus riche en substance azotée, s’acidifie plus facilement. Les vins, récemment fabriqués,

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s’acétifient plus dilticilement que les vins vieux ; ils retiennent trop de matière sucrée. Les vins pauvres en alcool fermentent plus rapidement, mais ils donnent des vinaigres faibles.

D’après M. Chevallier, les acides acétiques du commerce sont altérés quelquefois par la présence de sels de chaux, d’acétate et sulfate de soude, de l’acide sulfureux, de matières empyreumaliques, du caramel, du plomb, du zinc, du cuivre et l’arsenic.

Les sels de chaux contenus dans les vinaigres proviennent de ce qu’ils ont été décolorés par du charbon animal non lavé ou mal lavé ; ils ont en outre perdu une partie de leur force, une partie de l’acide servant à dissoudre le carbonate et le phosphate de chaux contenus dans le charbon animal non lavé. La présence de l’acide sulfureux dans le vinaigre est importante à constater, à cause de son avidité pour l’oxygène et de sa transformation assez prompte en acide sulfurique, corps très délétère. L’acide sulfureux se rencontre surtout dans l’acide acétique produit par la décomposition d’un acétate au moyen de l’acide sulfurique. 11 est, au reste, chassé par une faible chaleur, ou bien en colorant d’avance l’acide par quelques gouttes de sulfate d’indigo, et y ajoutant un hypochlorite qui ne produit une décoction qu’ après la transformation probable de l’acide sulfureux en acide sulfurique. On reconnaît facilement la présence des sels de plomb , de cuivre , de zinc, par les divers réactifs que décèlent ces métaux. M. Chevallier rapporte que, lors des visites faites en 1848 dans les ollicines des pharmaciens de Paris, il a été trouvé, dans l’une d’elles, du vinaigre distillé qui était fortement chargé d’un sel de plomb. Ce vinaigre avait été distillé dans une cornue de verre, dont le col s’adaptait à un serpentin que l’on croyait être d’étain fin, tandis qu’il était fait avec un alliage de plomb et d’étain. Il en est de même du vinaigre des baquelures, où l’on a quelquefois constaté aussi la présence d’un sel de cuivre.

L’arsenic qui peut se rencontrer dans l’acide acétique provient de l’acide sulfurique employé pour décomposer l’acétate de soude. Ce fait est important à connaître, attendu qu’ assez souvent les marchands en détail , pour dissimuler la faiblesse de leurs vinaigres, en rehaussent l’acidité à l’aide de vinaigre de bois.

D’après M. Chevallier, les principales falsifications du vinaigre sont les suivantes : on le coupe avec de l'eau, on rehausse les vinaigres faibles par l’acide sulfurique, l’acide chlorhydrique, l’acide nitrique, l’acide tartrique, l’acide œnolique. On donne plus «»• 38

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de montant au vinaigre en y faisant macérer des substances acres (semence de moutarde, poivre long, pyrèlhre, graines de paradis, piment de la Jamaïque). On le coupe avec des vinaigres inférieurs, tels que les vinaigres de glucose, de bière, de cidre, de poiré, le vinaigre de bois ou acide pyroligneux. Enfin on a cherché à augmenter sa densité par l’addition de chlorure de sodium ou d’acétate de chaux. Certains falsificateurs aussi ignorants que crédules ont acheté des secrets, des recettes pour donner plus de force au vinaigre, quelques uns môme croient ainsi perfectionner leur marchandise.

Bibliographie. — Essai sur le vinaigre , ses falsifications , les moyens de les reconnaître, d’apprécier sa valeur , par MM. Chevallier et Gobley ( Annales d’hygiène , t. XXIX, p. 55). — Dictionnaire des falsifications , par Chevallier.

VISITES PRÉVENTIVES. — Nous croyons tout à fait utile et opportun de donner ici une idée exacte d’une mesure qui, appliquée à la prophylaxie du choléra épidémique, nous paraît appelée à rendre d’immenses services aux populations sur lesquelles pourrait fondre, à l’avenir, le redoutable fléau. Nous voulons ; parler des visites médicales préventives qui ont pour objet de rechercher et de traiter, dès l’origine, les premiers troubles qui annoncent d’ordinaire, et qui, dans tous les cas, favorisent certainement l’explosion du choléra.

Le principe sur lequel est fondée cette mesure ne saurait être contesté; il consiste en un fait d’observation signalé dès 1832, avec une grande perspicacité par le docteur Jules Guérin, c’est-à-dire l’existence plus ou moins prolongée de la diarrhée chez les individus qui doivent être atteints par l’épidémie. C’est cette diarrhée qui a reçu, en Angleterre, le nom de prémonitoire, sous lequel on s’accorde à la désigner aujourd’hui. L’expérience de plusieurs épidémies dans tous les pays du monde a aujourd'hui donné à ce fait une immense consécration. Pour ne citer que l’exemple le plus rapproché de nous elle plus récent, nous dirons que dans la courte apparition que le choléra vient de faire, à Paris, des premiers jours de novembre 1853 au 22 janvier 1S5ZI, sur 974 cholériques admis dans les hôpitaux de la capitale, 740 avaient été atteints de la diarrhée prémonitoire et 166 seule-

ce point aucun renseignement. On trouvera dans le rapport, remarquable à tous égards, que nous allons citer, des faits bien

VISITES PREVENTIVES.

propres à démontrer l’importance capitale de cette donnée palhologiquesur laquelle, nous l’ayons dit. repose touL entier le système des visites médicales préventives.

Mais ce ne serait pas assez d’un intérêt purement scientifique pour justifier cette grande mesure, si elle n’avait pour but l’intérêt même du salut des peuples, et pour sanction une diminution considérable des ravages du choléra épidémique. Il ne lui manque qu’une seule chose aujourd’hui, c’est l’épreuve du temps et d’uîie invasion du fléau dans un grand centre de population. Aussi importe-t-il que tout soit prêt pour que cette épreuve soit à l’occasion complète et décisive. On verra par les documents qui vont suivre que l’administration française a compris, à cet égard, comme dans toutes les circonstances, l’étendue de ses devoirs, et que, grâce à l’initiative infatigable autant qu’éclairée de M.Mêlier et au concours du Comité consultatif d’hygiène publique, un système complet des visites médicales préventives a été organisé de manière à pouvoir fonctionner du jour au lendemain sur le point du territoire que frapperait le choléra. Ce n’est pas ici le lieu de répondre à quelques objections de détail qui ont. été faites à cette i mesure, et qui se réduisent, après tout, aux charges financières (fu’elle imposerait au gouvernement et aux communes. Si pourtant on veut réfléchir seulement aux dépenses énormes que pendant des siècles la France a consacrées à un système de protection quarantainaire reconnu aujourd’hui complètement inutile; si, d’un autre côté, on compare les frais des visites préventives aux charges bien autrement lourdes et regrettables que font peser sur la charité publique et privée les ravages d’une grande épidémie et ses irréparables désastres, on restera certainement convaincu qu’une mesure si humainp est en même temps un calcul plein de sagesse.

Une remarque plus importante et que nous ne saurions omettre, est celle qui a trait au mode d’exécution de ces visites. Leur caractère a été très nettement et très judicieusement indiqué par notre éminent collègue M. Mêlier, dans l’instruction que nous allons citer. Mais nous devons insister sur un point qui ne paraît pas avoir été suffisamment compris : nous voulons parler de la nécessité de conserver aux visites préventives leur forme et leur sens exclusivement médical, seule et absolue condition de succès là où il s’agit de surprendre un symptôme négligé, et d’appliquer suivant l’indication, avec autant de décision que de prudence, un

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traitement énergitj ue cl direct. C’est là ce qui donne* *’i la mesure sa véritable portée; c est là ce qui permet d’en espérer des effets considérables et tout a lait indépendant des autres moyens de secours et des diverses prescriptions hygiéniques et administratives que réclameront toujours et partout les grandes épidémies.

Ajoutons, cependant, avant d’exposer le système lui-même, que s’il a été conçu et appliqué jusqu’ici seulement en vue du choléra, il Contient en germe le principe d’une prophylaxie toute nouvelle et singulièrement efficace des maladies pestilentielles en général.

Nous ne saurions trop vivement appeler l’attention sur les documents à la lois si neufs et si complets que nous allons reproduire. Us contiennent l’exposé le plus exact que l’on puisse désirer de cette intéressante question.

EXTRAIT DU RAPPORT FAIT AU NOM DU COMITÉ CONSULTATIF D’HYGIÈNE PUBLIQUE PAR M. LAFFONT-LADÉBAT SUR LES VISITES MÉDICALES PRÉVENTIVES DIRIGÉES CONTRE LE CHOLÉRA ÉPIDÉMIQUE (NOVEM- BRE 1853).

11 est une mesure sur laquelle votre attention a déjà été appelée , monsieur le ministre, et qui, si elle tenait tout ce qu’on s’en est promis , aurait pour résultat d’arrêter le choléra dans la première phase de son développement: nous voulons parler des visites à domicile, et du traitement préventif auquel on attache maintenant tant d’importance en Angleterre. Vous avez été frappé de ce qui a été dit et publié à ce sujet, et , reconnaissant qu’il était impossible de se faire une juste idée du mode d’exécution de la méthode ainsi préconisée d’après les documents dont nous pouvions disposer, vous avez autorisé l’un de nous, M. le docteur Mêlier, à se rendre en Angleterre, pour observer comment les visites dont il s’agit étaient pratiquées, et quels en étaient réellement les effets.

M. Mêlier a fait connaître verbalement à M. le directeur général de l’agriculture et du commerce ce qu’il a vu sur le théâtre même de l’épidémie ; il en a également entretenu le comité ; et d’après les explications qu’il nous a données, d’après les documents officiels qu’il a recueillis, et ceux que nous possédions déjà, nous croyons pouvoir maintenant soumettre à Votre Excellence un avis et des propositions suffisamment motivés, en ce qui touche la double question de savoir si les visites à domicile , telles qu’elles sont pratiquées en Angleterre , sont vraiment utiles, et comment, en cas d’affirmative, une pareille mesure pourrait être réalisée dans notre pays.

Sur le premier point, nous croyons que le doute n’est pas permis : ce n’est pas que le comité adopte entièrement l’opinion qu’on s’est faite en Angleterre, de l’efficacité absolue du traitement préventif qui est le but des visites à domicile : l’expérience est là, malheureusement, pour prouver ce qu’il y a d’exagéré dans cette opinion, car il est certain que le choléra a sévi avec violence à Newcastle, malgré les visites à domicile, qui, à la vérité, n’ont pas été organisées au début de l’épidémie. On doit faire la part des difficultés inséparables d’une

VISITES l’UE VENT IV ES.

première organisa lion, et surtout du conflit d'autorités, si fréquent dans les institutions municipales de la Grande-Bretagne ; il n’en reste pas moins établi que les visites, quoique faites avec un soin et un dévouement auxquels M. le docteur Méfier se plaît à rendre hommage, n’ont pas empôché l’épidémie d’exercer de grands ravages, mais bien moindres, évidemment, que si les malades eussent été abandonnés à eux-mêmes au moment où ils commençaient à ressentir l’influence de la maladie.

Ici, monsieur le ministre, qu’il nous soit permis de vous présenter quelques observations.

Depuis que le choléra a fait son apparition en Europe, on a signalé comme un fait, sinon général, au moins extrêmement fréquent, la présence d’une diarrhée, qu’on a qualifiée de symptôme avant-coureur de celte épidémie ; on a observé que, sous l’influence épidémique, une foule de personnes éprouvent un dérangement intestinal plus ou moins marqué ; que dans le plus grand nombre des cas, ce dérangement ne devient pas le choléra, mais qu’on a rarement le choléra sans qu’il ait été précédé de cette diarrhée que les Anglais appellent ‘prémonitoire.

Les observations qui ont été faites à cet égard ne nous paraissent pas avoir toute la rigueur nécessaire pour établir une loi véritablement scientifique; mais il nous paraît impossible de ne pas admettre qu’elles reposent sur des faits réels, au moins dans leur généralité : car il faudrait autrement arguer de faux un nombre immense de publications dont plusieurs sont dues à des médecins éminents.

De ce que le choléra commence ordinairement par une diarrhée simple, on a conclu qu il fallait, avant tout, s’attacher à combattre le symptôme précurseur, et qu en l’arrêtant, on préviendrait le développement de la maladie. C’est ce qui a été dit en f rance, d’une manière plus ou moins explicite, par une foule de médecins dans les journaux médicaux, dans diverses instructions émanées des corps savants ou de l’autorité.

En Angleterre , on est allé plus loin ; s’emparant du fait d’observation déjà pioclamé en 1* rance, le General boarcl of Health , qui est investi de pouvoirs considérables en temps d’épidémie , en a fait la base d’un système de traitement préventif dont nous avons maintenant à nous occuper.

Lors de l’épidémie de choléra de 1848 à 1849, ce système a reçu son application dans la plupart des villes qui ont été atlligées parle fléau, et les résultats qu’on lui attribue ont été exposés avec beaucoup de développement dans le rapport sur le choléra publié en 1850 par le General board of Health.

En quoi consiste cette méthode, Votre Excellence le sait déjà. Pour qui connaît 1 impi e voyance naturelle de la plupart des hommes, surtout dans les classes peu éclairées, il est aisé de comprendre que des avis, des publications imprimées, sur ce qui touche à la conservation de la santé, n’ont pas une grande influence. Outre que beaucoup de gens ne les lisent pas, beaucoup les négligent ou ne savent pas se les appliquer. On ne met aucune importance à un dérangement qui ne cause aucune douleur, et qui souvent n’empêche pas de vaquer à ses affaires; on répugne à aller consulter un médecin, à acheter ou même .i demander des médicaments pour une indisposition qui paraît légère

C’est afin de prévenir les suites de cette négligence, de celte apathie, mal! heureusement si commune, qu’on a imaginé, en Angleterre, d’aller au-devant

VISITES PRÉVENTIVES

des malades, (|iii 11e seraient pas venus d’cux-liiêmes aux dispensaires, de les chercher de maison en maison, d’épier les premiers symptômes du mal, pour le combattre et I étouffer à sa naissance. Tel est le but des visites qui se font chaque jour de maison en maison dans les localités infectées du choléra : nous dirons plus loin comment ces visites sont organisées, voyons d’abord quels en ont été les effets.

Ces eilcls, nous l’avons dit, ont été exposés avec détail dans le rapport sur le choléra de 18/18 à 18/19, et dans des publications ultérieures du General buard of health . Remonter des faits à la cause n’est jamais chose facile, et il est incontestable qu’un certain nombre de cas ou la décroissance plus ou moins rapide de l’épidémie a été attribuée à l’institution des visites pourraient être dus à d’autres causes, puisque le même phénomène d été souvent remarqué dans les localités où les visites n’avaieiit pas lieu. Toutefois il y a, dans le rapport que nous venons de citer, un ensemble de faits 01'i l’esprit lé plus sceptique pourrait difficilement méconnaître l’influence de la mesure que nous cherchons à apprécier ici.

Pour 11e citer qu’un très petit nombre d’exemples, nous voyons qu’à Dumfries, en Écosse, ville de 10,000 âmes, 250 habitants avaient déjà succombé avant que le nouveau système fût complètement élabli; on mit trois jours à l’organiser, et dans ces trois jours le nombre des attaques fut successivement de 37, de 30, de 23, celui des morts de 7, 5, fl. Les trois jours suivants, le système était en pleine activité, le nombre des attaques descendit à 8, Zi, 2, celui des morts à 6, Zi, 5; trois jours plus tard, l’épidémie était éteinte.

Des observations analogdes furent faites à Paisley, à Inverness ; à Glascow, on traita 13,139 cas de diarihëe prodromique; et sur ce nombre 1,000 présentaient déjà l’apparence d’eaii de riz, ce qui est, comme chacun sait, un des signes qui annoncent l’imminence du choléra, ou qui caractérisent le choléra lui-même : de ces cas si nombreux, 27 seulement sè terminèrent par le choléra déclaré.

A Londres, dans l'espace de trois semaines, du 1er septembre au 27 octobre 18Zi9, les visiteurs constatèrent Zi3,737 cas de diarrhée, 978 de diarrhée ayant l’apparence de l’ëâii de riz ; sur ce nombre considérable de diarrhées, 58 seulement résistèrent au traitement et passèrent au choiera.

En résumé , dans les quinze villes principales de l’Angleterre où la méthode préventive fut appliquée d’une manière plus ou moins complète, sur 1 30,000 personnes qui furent traitées, comme nous venons de le dire, 250 seulement eurent le choléra, ijuoiquè 6,000, ait moins, parussent déjà toucher à la période où celte cruelle maladie présente les symptômes les plus caractéristiques.

Ce n’est pas seulement ëii Angleterre qu’on a eu à s’applaudir du résultat des visites préventives : un système analogue avait été organisé à Munich, dès l’année 18Û7, d’après le rapport de M. le docteur Lasègue, et l’on attribua à son intluence l’immunité presque complète dont jouit alors la capitale de la Bavière au milieu de localités plus ou moins infectées.

Enfin, l’un de nos collègues, M. Michel Lévy, nous a fourni des renseignements pleins d’intérêt sur l’organisation et les effets du service sanitaire de l’afniéê dans son application au choléra au Val-de-farâcè, qu’il dirigeait pendant l’épldérhie dë 18/i9. Dans cet hôpital, qui présentait les meilleures conditions d’uné ôbSeHdtion aussi étendue que variée, notre collègue a pii reconnaître

VISITES lui: VENT IMS.

combien une surveillance continue sur les premiers symptômes, sur les accidents précurseurs du choléra , avait d’empire pour enrayer la maladie , et pour diminuer la mortalité. '

La même méthode a été suivie cette année eh Angleterre dans le petit nombre de localités où l’épidémie s’est déclarée. On n’ose pas dire que les résultats aient été complètement satisfaisants, puisque, à Newcastle le choléra A été infiniment plus meurtrier qu’il ne l’avait été en 1831! niais cet insuccès , qu’on attribue en partie aux retards apportés dans l'organisation des visites, n’a pas ébranlé la confiance des Anglais dans l’efiicacité du systèfhe. Un fait notable qui a été observé à Newcastle même semble, jusqu’à un certain point , justifier cette confiance : sur 626 hommes qui étaient en garnison dans celte ville, Ù59 furent atteints de diarrhée pendant l’épidémie; mais ils reçurent les soins nécessaires, et un seul eut le choléra.

Laissant de côté tous ces faits, personne ne peut nier que dans toute maladie, et particulièrement en temps d’épidémie, l’axioine vulgaire : PrtH'cipiis obsta, ne soit le conseil de la prudence même; qu’il y à certainement beaucoup plus de chance de guérir le choléra en l’attaquant à son début, qu’en lui laissant le temps de se développer avec tout le cortège de ses affreux symptômes, et que puisque les visites à domicile sont incontestablement le meilleur moyen d’arriver à ce but, s’il n'est pas au-deSsus des ressbiirces actuelles de la science, la mesure est bonne en elle-même et doit être approuvée, quelque opinion qu’on puisse avoir sur le plus ou le moins de généralité en fait d’observations qui lui a servi de base.

Reste la question d’application, et c’est ici réellement qu’est toute la difficulté. Notre collègue, RL Méfier, nous a donné les renseignements les plus étchdus el

les plus précieux sur la manière dont les visites à domicile sont organisées en Angleterre. Il ne s’est pas contenté des documents écrits qu’il a pu recueillir, des informations qui lui ont été fournies par le General board of Jïeàlth et par plusieurs médecins de Londres; il a voulu voir fonctionner le système, èt a suivi les visiteurs dans leurs opérations à Newcastle, qui était encore alors le principal foyer de l’épidémie.

Nous ne produirons pas ici les détails consignés dans un procès-verbal qui a peut-être été mis sous les yeux de Votre Excellence (il est ci-joint) ; quelques mots nous suffiront pour rappeler comment le système des visites préventives a pu être installé et mis en pratique chez nos voisins.

Nous nous dispenserons d’entrer dans aucun détail sur l’administration de la santé publique en Angleterre, nous rappellerons seulement un corps. Le General board of health , qui n’a en temps ordinaire que des moyens d’action assez lesti oints, est, en temps d’épidémie, chargé de pourvoira toutes les mesures que peut réclamer l’intérêt de la santé publique.

C’est ainsi que par un arrêt du Conseil du 25 septembre dernier, les pouvoirs du General board of health s’étendront maintenant sur toute l’Angleterre armé de ces pouvoirs extraordinaires. Le General board of health dispose non seulement de tous les médecins des boards locaux dans les villes qui étaient déjà placées sous son autorité, mais encore de ce qu’on appelle, en Angleterre les gardiens, les surveillants et les officiers médicaux des pauvres, fonctionnaires qui forment, dans chaque union composée de plusieurs paroisses, un personnel assez nombreux, et en rapport immédiat avec la population la plus pauvre.

VISITES l'tlÉYEN l IV ES.

Le General bcarcl u/ health adresse ses règlements à tous ces agents qui sont tenus de les exécuter; partout où il le croit nécessaire, il envoie l’un de ses inspecteurs pour organiser le service préventif, et, sur la demande de col inspecteur, on envoie immédiatement de Londres un renfort de médecins et d’élèves, si les besoins l’exigent.

Les embarras d’une première organisation une fois surmontés, les visites se. font avec facilité, et les visiteurs sont partout bien reçus; les actes officiels ne ' font aucune distinction et présentent les visites d’une manière générale ; mais ; dans la pratique, on ne visite que les familles pauvres ou peu aisées, et l’on ne va guère au delà de la classe des petits marchands. On suppose que toutesles personnes d’une position plus élevée sont suffisamment éclairées par tout ce qui se publie chaque jour, en Angleterre, sur les diarrhées prémonitoires, pour faire attention à ce symptôme, et recourir à temps d’elles-mèmes aux secours de la médecine. Les visites se font très vile : l'un des médecins inspecteurs du General board of health affirme , dans une communication faite à un comité scientifique de Berlin, qu’un seul visiteur peut voir cinq cents familles par

Quoi qu’il en soit de cette assertion, il est certain que le système fonctionne avec activité dans toutes les villes où il est établi, et qu’il n’exige pas, en gêné- -j ral, un nombre de médecins très considérable; nous disons de médecins, parce qu’en Angleterre, après avoir essayé d’employer pour les visites à domicile des personnes zélées, mais étrangères à la médecine, on a vu dans l’emploi de ces auxiliaires quelques inconvénients, et il paraît que les visites ne sont plus faites maintenant que par des médecins ou des élèves en médecine avancés dans leurs études.

Votre Excellence nous permettra de nous référer aux procès-verbaux des séances du comité, pour de plus amples détails sur ce mécanisme des visites en Angleterre.

fl s’agit maintenant de voir comment, adoptant le principe des visites à domicile, en présence du choléra, nous pourrions l’appliquer sans trop de difficulté ; comment nous pourrions l’approprier à nos ressources, à nos institutions, à nos mœurs.

Nous avons formulé dans une série d’articles le plan que nous avons l'honneur de soumettre à Votre Excellence.

Nous nous permettrons, à celte occasion, de demander que si le système est adopté en France, les médecins et les élèves visiteurs reçoivent des honoraires suffisants pour soutenir leur zèle dans le service pénible qui leur sera confié.

Nous pensons qu’il ne devrait pas être accordé moins de 20 francs par jour à chaque médecin, et moins de 10 francs à chaque élève, non compris le remboursement de leurs frais de voyage, s’ils sont employés hors de leur domicile.

Au reste, nous ne croyons pas, monsieur le ministre, que des considérations d’argent puissent arrêter un gouvernement si justement préoccupé des plus chers intérêts du peuple quand il s’agit de combattre une épidémie telleque le choléra.

Ce qui pourrait seulement le faire hésiter, c’est la crainte de ne pouvoir concilier le système des visites préventives avec la nécessité de conserver, de fortifier même, s’il est possible, l’ensemble des moyens de secours qui ont été employés dans les précédentes épidémies pour le traitement des véritables malades.

Nous pensons que ces deux ordres de secours se lient étroitement, que l’un

VISITES PRÉVENTIVES

no. doit pas nuire à l’autre; mais nous reconnaissons parfaitement qu'il y a là une expérience à faire. Il ne sera pas nécessaire que celte expérience soit poussée jusqu’au bout, pour qu’on puisse en apprécier les effets.

Si elle est réalisée avec intelligence et avec énergie dans les premières localités un peu considérables que l’épidémie viendrait à frapper, on sera bientôt fixé sur ce qu’on peut en attendre, et l’administration pourra alors, en connaissance de cause, ou en continuer ou en restreindre l’application, selon que l’extension de l’épidémie et les moyens d’action dont on pourra disposer commanderont l’une ou l’autre résolution.

Il importe, cependant, que la mesure soit d’abord présentée comme générale, comme devant être exécutée partout d’après les mêmes bases.

Car, puisqu’il s’agit d’une grande expérience, il faut que cette expérience, pour prouver quelque chose, soit faite dans les meilleures conditions de succès et avec toute la généralité qu’elle comporte.

La législation actuelle, en ce qui touche les épidémies et les grandes mesures de salubrité publique, est malheureusement fort insuffisante ; elle est muette sur les droits du pouvoir central, en dehors des circonstances exceptionnelles qui sont prévues par la loi du 3 mars 1822, relative aux mesures à prendre contre les maladies pestilentielles. Quelques personnes avaient pensé qu’il pourrait être utile de s’appuyer sur cette loi pour rendre obligatoires, par un décret, toutes les dispositions nouvelles que nous croyons devoir consulter.

La légalité d’un pareil décret ne serait pas douteuse; mais il ne nous appartient pas de nous prononcer sur la question d’opportunité. Nous sommes profondément convaincus que si le gouvernement accepte le système que nous avons l’honneur de lui soumettre, il exprimera la volonté que ce système soit partout exécuté.

RÈGLEMENT POUR L’ORGANISATION DES SECOURS MÉDICAUX EN CAS D’INVASION DU CHOLÉRA.

§ Ier- — Division du territoire en circonscriptions médicales.

Article l*r. Les conseils d’hygiène et de salubrité sont chargés, sans aucun délai , de préparer l’organisation des secours médicaux , et particulièrement des visites préventives , dans leurs arrondissements respectifs.

Art. 2. Les conseils proposeront d’abord la division de l’arrondissement en circonscriptions médicales assez multipliées pour que de prompts secours soient assurés a toute la population , en cas d’épidémie.

Ait. 3. Les cii conscriptions médicales devront être plus rapprochées et plus nombreuses dans les localités où la population est composée principalement d’ouvriers habitant des maisons humides et mal aérées, et dans les quartiers où la mortalité est habituellement au-dessus de la moyenne de la mortalité générale.

Art. U. Dans chacune de ces circonscriptions il y aura , pour le traitement de l’épidémie, si elle vient à se déclarer, un ou plusieurs médecins, une pharmacie au moins, ou un dépôt de médicaments qui sera confié à la garde du bureau de bienfaisance, ou, s il n y a pas de bureau de bienfaisance , au maire, ou au curé.

Dans les départements où il existe déjà des médecins cantonaux, ces médecins seront chargés d’une circonscription médicale.

Art. 5. La division de l’arrondissement en circonscriptions médicales sera

VISITES PREVENTIVES.

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arrêtée par le préfet, sur la proposition des conseils d’hygiène, et d'après l’avi» des maires et des sous-préfets.

§ II. — Organisation des visites préventives dans les villes.

Art. (i. Pour préparer l’organisation des visites à domicile dans les villes où siègent les conseils d’hygiène et de salubrité , il sera procédé ainsi qu’il suit :

A. Le conseil d’hygiène de l’arrondissement déterminera, dans chaque circonscription médicale, le nombre de rues et de maisons qui devra être assigné à chaque visiteur.

Ces sous-divisions devront être plus ou moins étendues, suivant le degré d’agglomération et les conditions sociales de la population qui les habite. Le travail de répartition , ainsi préparé , devra être arrêté par le maire.

A Paris, la répartition des différents quartiers eu circonscriptions médicales, et la délimitation des divisions qui devront être affectées aux différents visiteurs sera faite parle préfet de police, sur l’avis du conseil de salubrité et d’hygiène publique du département , les commissions d’arrondissements entendues.

B. Pour opérer la division dont il vient d’être question, on partira du principe que le médecin visiteur devra se présenter au moins une fois par jour dans chacune des maisons qui lui auront été assignées, mais qu’il n’aura ordinairement à visiter que les familles pauvres ou peu aisées qui manqueraient de médecin.

C. Pour qu’on puisse faire le dénombrement de ces familles , le maire fera remettre au conseil d’hygiène la liste de tous les indigents inscrits au bureau de bienfaisance. Avec l’aide des commissaires de police, des associations ouvrières, et par tout autre moyen d’information , on cherchera à connaître les noms et la demeure de tous les ouvriers, de toutes les personnes qui, sans être précisément dans l’indigence, ont , par leur position , des droits particuliers à la sollicitude et à l’assistance de l’administration.

On évaluera approximativement, d’après ces éléments, le nombre de lamilles que chaque visiteur aura à visiter régulièrement dans la division qui lui aura été assignée.

Les sociétés de médecine et les associations médicales existant dans certaines villes pourront être utilement consultées clans cette circonstance par les autorités locales.

D. Les médecins des bureaux de bienfaisance , appelés par leurs fonctions à veiller à là santé de la population indigente, seront d’abord invités ù faire connaître s’ils peuvent se charger de faire les visites préventives dans la totalité ou dans une partie de la circonscription médicale où ils résident : il leur sera alloué, pour cette mission spéciale, une rémunération supplémentaire.

E. Le nombre des médecins des bureaux de bienfaisance devant se trouvée probablement insuffisant pour qu’ils puissent faire seuls toutes les visites piéventives, l’organisation du personnel médical nécessaire a ce service seia complétée par tel nombre de médecins ou d’élèves en médecine qui sera juge indispensable.

F. A cet effet , le conseil d’hygiène et de salubrité s’assurera d avance du concours des médecins de la ville ou de l’arrondissement qui pointaient îemplir, au besoin, les fonctions de médecin-visiteur; ces médecins seiont invités à se faire inscrire à la mairie , en indiquant s’ils consentiraient a se mettie a la

VISITES PRÉVENTIVES. 603

disposition de l’autorittî , dans le cas où leurs services pourraient être requis en dehors de la ville ou de l’arrondissement où ils résident.

Un extrait de cette liste sera adressé au préfet, qui dressera la liste générale des médecins inscrits qu’on pourrait employer dans toute l’étendue du département , ou même diriger, s’il y avait lieu, sur les départements voisins.

G. Dans les villes où il existe, soit des facultés de médecine , soit des écoles préparatoires de médecine et de pharmacie , les élèves en médecine ayant au moins deux années d’étude pourront , s’ils sont munis d’un certificat du doyen ou du directeur desdites écoles, constatant qu’ils remplissent les conditions exigées , se faire inscrire, soit à la mairie, soit à la préfecture, pour être employés comme visiteurs, ou pour concourir au traitement de l’épidémie, sous la direction du médecin, partout où l’on pourrait avoir besoin de leurs services.

JL Des copies des listes arrêtées d’après les dispositions contenues dans les divers articles précédents seront adressées au ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics.

A Paris, une pareille liste sera ouverte à la préfecture de police et au ministère (bureau sanitaire), pour les médecins et élèves qui voudraient être employés comme visiteurs , soit dans le département de la Seine , soit dans tout autre I département où l’administration jugerait à propos de les envoyer.

/. Si le conseil d’hygiène et de salubrité ne trouve pas dans la ville où il siège i assez de médecins ou d’élèves pour assurer complètement, le service des visites, il fera connaître au préfet le nombre de médecins ou d’élèves qui serait néces- ! saire pour compléter cette organisation. L’épidémie venant à se déclarer , le ; préfet fera diriger, sans délai, sur la ville pour laquelle ce concours serait rél clamé, les médecins ou les élèves qu’il saurait être disponibles, d’après la liste i tenue à la préfecture.

Si le nombre des médecins est insuffisant dans le département, le préfet s’adressera au ministre, qui enverra sur les lieux des médecins ou des élèves i choisis sur le registre tenu au bureau sanitaire.

J. Les médecins et les élèves employés dans la localité où ils résident seront i commissionnés par le maire ; ceux qui seront employés hors du lieu de leur i résidence , mais dans leur département, seront commissionnés par le préfet; I ceiix qui seront envoyés d’un département dans un autre seront commissionnés par le ministre.

La commission sera présentée au conseil d’hygiène , qui assignera a chaque t médecin ou élève sa division particulière , dans la répartition générale des i visites à domicile.

Art. 7. Dans les villes où il a été institué des commissions cantonales d’hy- B b'iène publique, en vertu de l’arrêté du pouvoir exécutif du 18 décembre 1848, [ l’organisation préparatoire des visites à domicile sera faite par ces commissions, I conformément aux régies établies par l’article précédent.

Dans les villes où il n’existe ni conseil , ni commission cantonale d’hygiène < publique, le maire , avec le concours du bureau de bienfaisance, arrêtera l’orb ganisalion des visites préventives, d’après les indications du conseil d’hygiène ! de l’arrondissement.

| § III. De la manière dont jl devra être procédé aux visites préventives dans les villes et dans les établissements publics.

Art. 8. Dès que l’influence épidémique commencera à se révéler par quel-

\ M l'KS l’iu; Vh.N IIYI.S.

ques cas de choléra ou par quelques symptômes généraux, le maire décidera, d’après l’avis du conseil d’hygiène, s’il y a lieu d’ordonner la mise à exécution, totale ou partielle, des visites préventives : le préfet pourra ordonner d’office ces visites, si l’autorité municipale tardait trop à les mettre en pratique.

En évitant de commencer trop tôt , on n’oubliera pas que la mesure, étant essentiellement préventive, doit être appliquée avant que l’épidémie se soit complètement développée.

Art. 9. Un avis publié par le maire fera connaître au public le but éminemment populaire et charitable de celte mesure.

Une instruction , rédigée spécialement pour les médecins visiteurs par le comité consultatif d’hygiène publique , indique comment il devra être procédé aux visites pour éviter toute perte de temps. (Voyez appendice A.)

Art. 10. Dans les villes où il existe des manufactures, des usines, chantiers ou ateliers réunissant un nombre plus ou moins grand d’ouvriers, le médecin visiteur se rendra dans ces ateliers, aux heures du travail , et , avec le concours du chef de l’établissement, il donnera aux ouvriers les conseils et les prescriptions qui seront jugées nécessaires. Les ouvriers absents pour cause de maladie seront visités sur-le-champ s’ils résident dans la circonscription du médecin visiteur.

Art. 11. Chaque visiteur consignera sur une feuille qui lui sera remise le nombre de familles qu’il aura visitées , le nombre de diarrhées ou de cas de choléra déclaré qu’il aura constaté , et il joindra à ces indications le résumé des observations qu’il aura pu faire sur les causes d’insalubrité existantes dans chaque logement. (Voyez le modèle annexé à l’instruction destinée aux visiteurs.)

Ces feuilles de visite seront remises , jour par jour, au comité d’hygiène.

Art. 12. Les visiteurs des diverses circonscriptions médicales se réuniront le plus souvent possible , soit à la mairie, soit, si la ville est trop étendue, dans un local formant le centre de plusieurs circonscriptions : ces réunions seront présidées par un des membres du conseil d’hygiène , ou par l’un des médecins du

bureau de bienfaisance. Les médecins visiteurs y rendront compte des observations qui n’auraient pu trouver place dans leurs feuilles de visite, chercheront réciproquement il s’éclairer sur les meilleurs moyens à employer pour combattre les accidents précurseurs du choléra , et recevront les instructions que le conseil d’hygiène jugerait convenable de leur donner.

Art. 13. Les médecins des établissements hospitaliers et les médecins des prisons seront tenus de s’assurer, par une inspection journalière , de 1 existence ou de la non-existence de la diarrhée ou de tout autre symptôme avant-coureur du choléra, dans le service qui lui est confié; ils devront remettre, chaque jour, au conseil d’hygiène , par l’intermédiaire de leurs administrations respectives, le résultat de leurs observations à cet égard.

Art. 1/t. 11 sera recommandé aux chefs ou directeurs des divers établissements d’instruction publique, aux supérieurs des séminaires et des congrégations religieuses des deux sexes, de veiller avec le plus giand soin , f ans intei leur des établissements qu’ils dirigent, à la première appaiition des s>mpl mes ; pr

curseurs dont il vient d’être question , et de faire appclei le mccecin (i ta

blissement , dès que ce symptôme aura été reconnu.

Art. 15. Les médecins de ces établissements, ainsi que tous ceux qui se livre

Y1SITKS IMlHYMNTlVüS.

à la pratique civile, recevront des feuilles imprimées, où ils voudront bien inscrire tous les cas de diarrhée ou de choléra qu’ils auront eu à traiter, et où ils indiqueront l'issue heureuse ou fatale de chacun de ces cas. Les questions scientifiques qui se rattachent aux mesures antisporadiques sont signalées d’une manière toute particulière aux sociétés ou associations médicales.

Art. 16. Le résumé des renseignements recueillis par les conseils d’hygiène, en vertu des dispositions qui précèdent, sera communiqué, chaque jour, au préfet , qui en enverra une copie au ministre.

Art. 17. MM. les ministres de la guerre, de la marine et des finances, seront invités à concourir à la généralisation du système des visites préventives, en faisant exercer, dans les casernes, dans les campements, dans les hôpitaux militaires, dans les prisons ou autres établissements pénitentiaires, dans les arsenaux, à bord des bâtiments de l’État, des établissements et casernes des douanes, placés sous l’inûuence de l’épidémie cholérique, une inspection journalière , portant sur l’existence ou la non-existence de la diarrhée et sur les rapports de ce symptôme aux cas de choléra déclarés parmi les troupes de terre ou de mer, les infirmeries , etc.

Ils seront priés également de communiquer les résultats de ces visites au ministre de l’agriculture , du commerce et des travaux publics, pour qu’ils soient mis sous les yeux du comité consultatif d’hygiène publique.

Art. 18. Les bâtiments du commerce seront également l’objet , dans les ports de France, des mesures préventives.

Art. 19. MM. les ministres de l’intérieur, de l’instruction publique et des ! cultes, seront invités à concourir à l’exécution des mesures préventives dans tous les établissements placés sous leur direction ou leur surveillance.

§ IV . — Organisation des secours médicaux dans les communes rurales.

Art. 20. Dans les communes rurales, où l’on manque souvent de médecins, il sera procédé comme il suit :

A. Dès que l’influence épidémique se fera sentir, le médecin chargé particulièrement du traitement préventif dans la circonscription médicale déterminée comme il a été dit à l’article 4, s’assurera, dans les tournées qu’il fera le plus < souvent possible, de l’existence ou de la non-existence de la diarrhée, ou de tous autres accidents précurseurs du choléra, parmi la population des localités qui font partie de sa circonscription.

U. 11 sera recommandé au maire de chaque commune, au curé de chaque paroisse et aux ministres des autres cultes reconnus par l’État, d’appeler souvent l’attention de leurs administrés et de leurs paroissiens sur le danger qu’il peut y j avoir à négliger, en temps d’épidémie, la diarrhée, même légère ou non douloureuse. Si ces accidents sont fréquents dans la commune, lors même qu’ils ne sei raient accompagnés ou suivis d’aucun cas de choléra, le maire en avertira sur-Ie n champ le médecin de la circonscription. Des remèdes seront fournis gratuitement I sur la prescription du médecin, à toutes personnes pauvres, pour combattre les indispositions dont il s’agit.

C. Si, dans une commune ou dans un village qui manque de médecins l’éni démie prend un certain degré d’intensité, le maire en donnera avis au préfet ou au sous-préfet, et il sera envoyé un médecin ou un élève, qui s’établira tenmorai rement dans la localité, et qui consacrera tous ses soins, tant à traiter les nia-

()Ofi VISITES PHÉVBNT1VES.

Jades gravement atteinls, qu’à rechercher ou à combattre tons les accidents précurseurs de l’épidémie.

I). Le médecin des épidémies pourra recevoir du préfet un mandat permanent, pour toute la durée de l’épidémie dans son arrondissement.

Muni de ce mandat, il visitera fréquemment les divers cantons de son arrondissement, et particulièrement ceux où l’épidémie se sera manifestée. Il se concertera avec les médecins cantonaux, ou avec les médecins préposés aux diverses circonscriptions médicales, sur les moyens à employer pour combattre l’épidémie, ou pour en prévenir le développement; il examinera comment le service préventif est organisé et pratiqué dans chaque localité, et il recherchera toutes les causes d’insalubrité qui pourraient favoriser les progrès de la maladie mien aggraver les effets. Il adressera au préfet ou au sous-préfet de fréquents rapports sur les faits qu’il aura constatés, et ses propositions sur les mesures à prendre, s’il y a lieu. Dans le cas où le médecin des épidémies ne pourrait consacrer tout son temps à celte mission, il sera suppléé par un autre médecin, que le préfet aura désigné à cet effet.

Tous les rapports relatifs aux visites préventives et au traitement du choléra dans les campagnes seront mis sous les yeux du conseil d’hygiène, qui en fera faire jour par jour, ou au moins à des intervalles très rapprochés, le dépouillement, et en communiquera les résultats au préfet ou au sous-préfet : une copie de ce travail sera adressée, sans délai, au ministre.

Observations générales.

Art. ‘21. Le ministre déterminera, par une instruction particulière, sur quelles bases devront être réglées les rémunérations qui seront dues aux médecins ou aux élèves chargés des visites préventives ou du traitement des cholériques à domicile; aux médecins des épidémies appelés à remplir la mission extraordinaire dont il a été fait mention dans l’article 20.

Art. 22. Les efforts que l’on doit faire pour chercher à prévenir le développement de l’épidémie par les visites à domicile ne doivent préjudicier en rien à l’organisation ni à l’administration des secours médicaux qui ont déjà été employés dans les épidémies précédentes. Dans les grandes villes, il y aura pour chaque quartier un ou plusieurs bureaux de secours, où l’on sera toujours assuré de trouver un médecin et tout ce qui est nécessaire pour le traitement des cas graves qui viendraient à se déclarer dans l’intervalle des visites, ou pour le transport des malades à l’hôpital.

Art. 23. Les visites ne devront non plus apporter aucune restriction à la distribution des secours de toute nature, ni aux précautions qui ont été justement recommandées à l’occasion des précédentes épidémies. Il importe essentiellement, au contraire, que le traitement médical par lequel on cherche à arrêter la marche du choléra soit secondé par tous les moyens que l’hygiène indique, et qui feraient trop souvent défaut aux classes pauvres, sans le double concours de la charité publique et de la charité privée.

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