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PHOSI’HOUE, PATE PHOSPHOUÉE.
dans lequel la vie de plusieurs personnes a été mise en danger, et dont nous devons la connaissance à Al. le docteur Monlandon. Nous le rapportons avec tous les détails qui ont été donnés par celui-là même qui a failli être victime de 1 empoisonnement, sans omettre aucune des circonstances qui s’y rapportent. Il montrera jusqu’où peut s’étendre l’influence du poison à l’insu et contre 1 intention meme des personnes qui s’en servent dans des intentions qui sont loin d’être criminelles.
C’est un cultivateur âgé d’environ quarante ans, et demeurant en la commune du Haut-Farsac (Corrèze). « Il vint, dit M. Monlandon, me consulter dans la matinée du 15 avril dernier, et me dit que lui et sa famille, composée de sa femme et de deux enfants, l’un âgé de dix à douze ans et l’autre de quatorze, avaient, dans la nuit précédente, après avoir fait leur repas d’une poule, été atteints de fièvre, de coliques et de douleurs extrêmement violentes dans tous les membres ; qu’ils étaient tous en bonne santé avant d’avoir mangé cette poule, et qu’il craignait, ainsi que tous les siens, d’avoir été empoisonné.
» Je l’engageai alors à me raconter ce qui s’était passé et voici ce qu’il me dit:
« Hier matin, j’étais occupé à travailler dans ma grange, lorsque ma femme vint me trouver en me disant qu’on avait blessé une de ses poules ; je l’engageai à la saigner tout de suite et à la préparer pour le repas du soir, ce qui fut fait à l’instant. Ma femme me dit alors que bien certainement la poule n’était pas atteinte de maladie , car le sang qui s’échappait de la blessure qu’elle lui avait faite était vif et très rouge.
» Cependant un voisin qui passa lorsqu’on plumait cette poule, donna le conseil de ne pas la manger ; il insista vivement sur ce conseil dont il ne fut pas tenu compte.
» Dans la soirée, la poule fut dépecée et mise dans la poêle pour la faire cuire ; mais alors ma femme fut effrayée en voyant que, toutes les fois qu’elle agitait les morceaux de cette poule, une lumière blanchâtre paraissait sur toute la surface du ragoût, et que la fourchette qui lui servait à le remuer était, après avoir été retirée de la poêle, toute couverte de flammes; elle me le fit remarquer à plusieurs reprises, mais j’attribuai ceci au feu qui, probablement, s’était communiqué à la graisse.
» Je me moquai des frayeurs de ma femme et la poule fut apportée sur la table. Elle fut mangée en presque totalité; pour ma part je pris les deux ailes et une des cuisses, elles ne présentèrent rien d’extraordinaire au goût, et nous allâmes nous coucher bien portants ; mais deux ou trois heures après, j’éprouvai une agitation extraordinaire, j’eus de la soif, des coliques et des douleurs dans tous les membres. Ma femme et mes enfants éprouvèrent les mêmes accidents; nous eûmes des inquiétudes, et, craignant d’être empoisonnés, nous bûmes du lait. En de mes enfants fut pris de dévoiement et alla plusieurs fois à la selle ; les coliques se calmèrent un peu, et je me levai de bon malin, mais j’étais brisé et fatigué comme si j’avais fait une longue maladie. Mes craintes cependant commençaient à se dissiper, lorsque, en entrant dans ma grange, je trouvai mon chat crevé. Cet animal, qui la veille se portait bien, avait mangé une partie des intestins de la poule, l’autre partie avait été réservée pour le lendemain.
» Je fus alors vivement affligé en pensant que la poide qui la veille avait servi à notre repas avait été probablement empoisonnée. Pour m’en assurer, je rentrai chez moi, je fermai la porte, et lis cuire ce qui restait du repas du soir avec
rnosrnoRE, pâte phosphorée. 109
la portion d’intestins qui avait été conservée. J'en lis de la soupe que je donnai à un chien. Toutes les fois que j’agitais le bouillon et les débris de viande, la môme lumière que j'avais observée dans la poôle paraissait et formait comme des serpents de feu. Le bâton dont je me servais pour agiter le bouillon devenait également luisant, même après avoir été retiré de l’écuelle. Une heure après avoir mangé sa soupe, le chien est devenu triste, il a commencé à se plaindre et est allé se coucher dans son étable ; alors j’ai été clfrayé, et sans en rien dire à personne je suis venu vous consulter, mais j’ai eu beaucoup de peine à me conduire jusqu’ici. »
» Cet homme, quoique fort et robuste, ajoute M. le docteur Montandon, était en effet extrêmement abattu ; sa figure exprimait l’anxiété, son pouls était fort et fréquent, il y avait un peu de moiteur à la peau; je le rassurai et lui prescrivis ainsi qu’à sa femme et à ses enfants, qui furent encore plus malades que lui, des boissons adoucissantes, des bains de siège, des lavements avec une décoction de racines de guimauve, etc. Tous se rétablirent, mais pendant longtemps ils ont été d’une faiblesse excessive.
» Des renseignements furent pris, et il fut bientôt démontré que la poule avait été empoisonnée dans le champ du voisin qui avait donné le conseil de ne pas la manger, et que le poison n'était autre que la pâte phosphorée, préparation spécialement employée maintenant contre les rats et les taupes, et qui avait été, comme cela se pratique journellement, semée dans le champ où la poule avait été chercher sa nourriture (1). »
11 est une sorte d’accident auquel peut donner lieu l’emploi de la pâte phosphorée et qui n’est pas moins à redouter pour la société que ceux dont nous venons d’entretenir le conseil, nous voulons parler des incendies que pourrait occasionner cette préparation.
file lettie adiessée à AI. le ministre de l’agriculture et du commerce par M. Thorel, pharmacien à Avallon , signale en elTet la possibilité d’incendie au moyen de cette pâte, lorsque n’ayant pas été convenablement préparée, elle renlerme le phosphore en fragments d’une certaine grosseur.
(1) Aux faits qui viennent d’être cités, on peut joindre le suivant, qui s’est passé dans le département de la Haute-Marne, et qui doit être manifestement attribué à la même cause.
Le 11 novembre 1850 , vers les deux heures de l’après-midi , le nommé Lancelin, de Louze, après avoir préparé des pommes de terre et un pied de porc qu’il mit dans la marmite pour le souper du soir, sortit de chez lui et alla remplacer sa femme qui gardait du bétail a quelque distance du village. Celte dernière revint à la maison ; en rentrant, elle est frappée d’une odeur étrange qui s’exhale de la marmite ; elle s’approche, remue le contenu, et voit, à sa grande surprise , une lueur phosphorescente courirsur la surface des aliments. Elle tire le pied de porc, le coupe, et de l’intérieur des chairs s échappe cette même lueur. La femme Lancelin ne comprend rien à ce singulier phénomène, et se promet bien d’en demander l’explication à son mari lorsqu’il sera rentré.
A peu de temps de là, ce dernier arrive; sa femme n’a rien de plus pressé que de le conduire à la marmite, et, en lui faisant observer l’odeur et la couleur des aliments, elle du : a Quelle drôle de cuisine lu nous a faite là ! » Lancelin reste stupéfait et ne comprend pas plus que sa femme cet étrange mystère. Néanmoins , devant le danger e\ nient, il s’abstient de toucher aux aliments et les met de côté, de concert avec sa temroe. Pour tenter une expérience, il se contenta d’en donner à un chat, qui creva le lendemain, avec tous les symptômes de l’empoisonnement.
PHOSPHORE , PATE PHOSPHOREE.
Dans ce cas, la pâte, se desséchant à l’air, peut donner lieu à la couibustiou vive du phosphore, combustion qui se communique aux corps environnants.
La lettre de M. I Iiorel a été transmise à l’école de pharmacie de Paris, afin que dos expériences lussent faites pour savoir jusqu’à quel point étaient fondées les craintes exprimées par ce pharmacien.
Bien que ces expériences n’aient pas confirmé complètement les inquiétudes que l’on pouvait concevoir à priori, elles ont démontré cependant que dans certaines circonstances et dans le cas d’une mauvaise préparation, comme nous l’avons indiqué plus haut , il pouvait y avoir quelques inconvénients dans son usage.
Il y aurait donc intérêt à ce que la préparation et la vente de ce produit ne se fissent pas en dehors de toute surveillance de l’autorité , et qu’il ne fût pas colporté partout , et surtout dans les campagnes, par des personnes qui , sous Je rapport de la moralité et des connaissances, n’oll'rent pas toujours les garanties suffisantes.
il suffirait, pour assurer cette surveillance, de placer la pâte phosphorée sous le régime de l’ordonnance du 29 octobre 18/t6; l’administration y serait parfaitement autorisée. En effet, le phosphore est une substance vénéneuse, elle a été maintenue dans le tableau annexé à ladite ordonnance : or, la pâte phospborée n’est autre chose, en réalité , que du phosphore en nature très divisé ; elle tombe donc, par la nature même de sa composition, sous le régime de l’ordonnance, quoiqu’elle ne s’y trouve pas nominalement désignée. Ce classement par assimilation que nous proposons pour la pâte phospborée rentrera parfaitement dans l’esprit de la loi.
En conséquence, nous avons l’honneur de vous proposer de répondre à M. le ministre, que le comité consultatif d’hygiène publique partage entièrement l’opinion émise par M. le maire de Saint-Christoly, par le conseil d’hygicne de la Gironde et par M. le préfet de ce département ; que la pâte phosphorée, qui jouit des mêmes propriétés et présente les mêmes dangers que le phosphore luimême , doit , au point de vue des garanties que réclame la société, être soumise, pour sa vente, aux mêmes mesures de précaution ; qu’il y aurait lieu de l’inscrire à côté du phosphore dans le tableau annexé à l’ordonnance du 29 octobre, mais que l’on peut, dès à présent et par une assimilation qui ressort de la nature même des choses, appliquer dès aujourd’hui à la pâte phosphorée les dispositions de l’ordonnance citée , et qu’il convient d’adresser des instructions dans ce sens aux différents agents de l’autorité chargés de l’exécution de ladite ordonnance.
Le rapport entendu, le comité a été d’avis qu’indépendamment des mesures indiquées plus haut, il pourrait être utile de publier une instruction qui éclairât sur les dangers de la pâte phosphorée, et sur la nécessité de prendre des précautions pour son emploi.
RAPPORT FAIT PAR M. BUSSY AU COMITÉ CONSULTATIF D’HYGIÈNE PUBLIQUE SUR LA PATE PHOSPHORÉE (LE 29 AVRIL 1851).
M. le ministre a renvoyé à l’examen du comité d’hygiène un rapport de M. le préfet d’ Ille-et-Vilaine, qui appelle l’attention de l’autorité supérieure sur les dangers de la pâte phosphorée, au point de vue des incendies auxquels elle pourrait donner lieu.