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ment. (Test là, nous ne craignons pas de le dire, une face nouvelle du sujet. Mais il en résulte une extrême difficulté, due principalement aux différences capitales qui existent dans les diverses localités, et à la multiplicité des détails dans lesquels nous serons forcé d’entrer pour donner seulement un aperçu de ce qu’ont été les voiries, de ce qu’elles sont actuellement, et de ce qu’elles seront demain peut-être.
Avant de parler des diverses espèces de voiries, il convient d’appeler l’attention sur deux points essentiels, qui se rattachent à la partie historique de là question. C’est , d’une part, l’absence totale de voiries dans certains pays et à certaines époques; et, d’une autre part, le défaut de triage et le mélange, dans un même lieu, de tous les produits. L’importance capitale de ces circonstances, au point de vue de la salubrité générale des villes, ressortira de l’exposé que nous allons faire des origines et des modes divers de constitution des voiries.
Il est très difficile, d’après le petit nombre de renseignements qui nous sont parvenus, de se faire une idée exacte de ce que devenaient les immondices dans les cités antiques et même à Rome. On ne saurait douter cependant du soin apporté à la salubrité de la ville dans les temps les plus reculés et jusque sous les rois. Tite Live signale, parmi les travaux que le second Tarquin fit exécuter, le Grand cloaque, réceptacle de toutes les immondices de la ville : « Foros in circo faciendos, cloacamque maximam, re- » ceptacUlum omnium purgamentorum urbis, sub terram agen- » dam : quibus duobus operibus vix nova hæc magnificentia quid- » quam adæquare potuit. » Il est souvent question dans les auteurs qui ont traité de l’édilité romaine et dans les inscriptions des curatores viarum , curatores cloacarum urbis. Il semble même que les immondices fussent parfois enlevées et déposées en monceaux; car Cicéron parle d’individus qui « luta et limum aggere- » bant. » Mais ce qui paraît beaucoup plus certain, c’est que tous les débris immondes de la ville étaient entraînés dans le fleuve, comme on le voit encore dans tant de localités modernes.
Il n’est pas sans intérêt de rapprocher sur-le-champ de ce fait les conditions actuelles de la salubrité dans une foule de villes qui, soit en France, soit à l’étranger, n’ont pas de voiries et qui écoulent directement les immondices dans les eaux des rivières ou dans la mer. Nous citerons notamment dans notre pays Nantes, où, jusqu’à ces derniers temps et avant la réforme qui est actuel-
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le ment en voie de réalisation , les matières étaient conduites a la Loire par des canaux appelés tories. L’eau manquait souvent pour faciliter l’écoulement, aussi était-il fort irrégulier, et lors des fortes averses, il régnait dans plusieurs quartiers une odeur infecte. Il en est de même dans la plupart des ports de l’Océan. A Avignon , à Marseille, et presque dans tout le Midi , les matières fécales et les urines reçues dans des tonneaux, qui parcourent la ville deux fois par jour, sont transportées à la mer. À Londres, et dans un grand nombre de villes d’Angleterre, à Bruxelles également, les voiries sont remplacées par un système général de drainage qui passe sous chaque maison. Les communs, cuisines, offices, etc., se trouvent toujours en contre-bas du sol, et toutes les eaux ménagères , de même que les vidanges , se rendent de suite dans des tuyaux garnis d’écluses que l’on ouvre a certaines heures, et qui aboutissent à la Tamise, pour Londies, à la Senne, pour la capitale de la Belgique et à d autres lieux de décharge pour d’autres villes. La grande quantité d’eau jetée dans les lieux d’aisances facilite l’écoulement. Ce système, qui simplifie beaucoup le nettoiement des villes, a le grand inconvénient de perdre des matières d’une grande valeur pour 1 agriculture. Il est extrêmement probable que les mœurs anglaises ont été longtemps un obstacle considérable à l’utilisation des matières fécales ; mais dans ces derniers temps les plus grands efforts ont été faits, surtout en Écosse et en Irlande, pour en tirer parti.
Dans les pays chauds, où l’on produit, en général, moins de matières fécales, et où la sécheresse et les insectes les réduisent plus promptement à l’état de matières inodores, le mode d’écoulement est néanmoins pratiqué dans des localités très importantes. A Trébisonde, où le terrain est très incliné, les matières des cloaques s’écoulent naturellement par le milieu des rues, qui présentent une espèce de canal découvert formant à la fois le ruisseau et l’égout. Il faut, certainement, rapprocher de ces systèmes dans lesquels on fait disparaître les immondices, la perte des matières des fosses d’aisances dans les puits absorbants. Ainsi , à Paris, dans le faubourg Saint-Jacques , les conduits de certaines maisons se rendent à d’anciennes carrières où l’on ne pénètre pas et dont on ne connaît même pas la position. Nous n’avons pas à nous occuper de ces différents procédés d’évacuation des débris organiques qui ont été conseillés jusqu’à ces derniers temps pour Paris même, et qui sont précisément l’opposé des voiries.
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Mais là où, soit par incurie, soit par économie, soit par toute autre cause, les immondices n’étaient pas entraînées ou perdues, il a fallu pourvoir à leur enlèvement. Telle est l’origine des voiries, que nous allons suivre jusqu’au moment où la séparation fut prescrite entre les diverses espèces de matières immondes.
La fétidité des Loues qui couvraient le sol a été la cause du premier acte public qui a eu en vue la salubrité de Paris, nous voulons parler du pavage ordonné par Philippe Auguste en 118/i. On lit dans Rigord : « Philippus rex Parisiis aliquantulum moram » faciens, dum sollicitus pro negotiis regni agendis in aulam re- » giam (le Palais en la Cité) deambularet, veniens ad palatii fencs- » tras unde fluvium Sequanæ pro recreatione animi quandoque » inspicere consueverat, rhedæ equis trahentibus per civitalem » transeuntes fœtores intolerabiles lutum revolvendo procreave- » runt. Quodrex in aula deambulans ferre non sustinens, arduum » opus sed valde necessarium excogitavit , quod omnes prædeces- » sores sui , ex nimia gravitate et operis impensa , aggredi non » præsumpserant. Convocatis autem burgensibus cum præposito » ipsius civitatis, regia auctoritate præcepit quod omnes vici et » viæ totius civitatis Parisii duris et fortibus lapidibus sterneren- » tur. » Mais si la fétidité des boues a donné, dès le xne siècle, l’idée du pavage, il n’était pas encore question des voiries.
Dans le principe, les habitants de chaque rue , obligés au balayage du devant de leurs maisons, louaient en commun un tombereau qui conduisait les ordures aux champs. C’est en 13Zi8, qu’une ordonnance du prévôt de Paris prononça pour la première fois des amendes contre le défaut de nettoiement. En 1318 et en 1356 , le roi Jean confirma l’ordonnance du prévôt : Nul ne doit nourrir pourceaux chez soi, à découvert ou en lieu caché, ni laisser pareilles bêtes errer par les rues, à peine de 60 sous d’amende et d’occision des porcs. Sont seuls exceptés, les religieux de Saint- Antoine, à cause du cochon attribut de leur patron. En temps de pluie , défense d’arrêter ou de détourner l’eau , ou de balayer avant que la pluie soit passée. Défense aux maçons de Aiire amas de gravois et décombres dans les rues, et aux habitants de faire amas de matières puantes, à peine de 60 sous d’amende. En 1395, l’inobservation des ordonnances fit ajouter contre les contrevenants, à l’amende de 60 sous, la prison au pain et à l’eau. Malgré la sévérité des ordonnances, les voituriers, au lieu de conduire les ordures aux champs, dans la plaine Saint-Denis
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ou dans la plaine de Genlilly, avaient pris l’habitude de vider leurs tombereaux dans l’intérieur de la ville, au milieu des places un peu vastes. A la fin du xive siècle, la place Maubert était tellement encombrée et infectée que les marchands de la halle, qui occupaient le milieu de la place, cessèrent d’y venir, chassés par la puanteur. Plusieurs maisons étaient inhabitées ; dans d’autres régnaient des maladies pestilentielles. C’est en 1389 seulement que la place fut purifiée, et la dépense couverte au moyen d’une taxe imposée aux voisins et aux marchands. En 1392, défense de porter sur la place de Grève, pendant la nuit, et d’y amasser les fentes des latrines et les boues des égouts, à peine de ZiO sous d’amende. En 1396, institution d’un corps de voituriers chargés d’enlever dans des tombereaux les immondices de la ville et de les conduire, moyennant 10 deniers parisis par tombereau, aux différentes voiries placées hors des portes de la ville. Le lieu le plus communément affecté à cet usage , depuis l’origine, était Montfaucon. En 1399, Charles VI ordonna que toutes personnes, même les princes du sang, les écoliers, gens d’église ou dérobé, doivent faire nettoyer à leurs frais le devant de leurs hôtels, enlever les immondices, charognes, etc., les faire conduire hors la ville, et ce, sous peine de grosses amendes ou de saisie des biens. Ces ordonnances sont renouvelées pendant tout le cours du xv° siècle. En 1506, le parlement impose pour la première fois une taxe générale et permanente sur les bourgeois pour les frais d’enlèvement des boues et de nettoiement des rues de Paris. En 1539, François Ier publie une grande ordonnance sur la police des rues , où il met en ordre et développe les prescriptions des temps antérieurs. Une ordonnance de Henri IV, en 1608, renouvela et compléta celle de François Ier.
Un arrêt du conseil de 1639 donne la liste des voiries de Paris existant à cette époque. Il y en avait sept, situées : à la porte Saint-Antoine, à la porte du Temple, à la porte Saint-Lazare, à la porte Montmartre, à la porte de la Conférence (quai de Billy), à la porte Saint-Victor, et pour le faubourg Saint-Germain, dans le Pré-aux-Clercs. Il est fait défense formelle de conduire les immondices partout ailleurs que dans ces voiries, et tous les propriétaires sont tenus de construire immédiatement des fosses et des égouts dans leurs maisons. Lorsque le prévôt Hugues Aubriot eut terminé, en 1383, la deuxième enceinte fortifiée, les habitants formèrent un dépôt de décombres et d’immondices, à droite,
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en dehors de la porte du Temple; ce dépôt devint si considérable par la suite, qu’il finit par dominer le rempart. En 1070 et 1671, les remparts ayant été démolis et leur emplacement converti en boulevard, on fit des plantations d’arbres sur cette ligne et l’on y établit une chaussée pavée, en laissant enfouies sous le sol les immondices qui s’y trouvaient. Un grand nombre d’autres points furent successivement convertis en voiries dans différentes parties de la ville. Avant 167Zi, à Paris, les seigneurs hauts justiciers étaient obligés de fournir des voiries suffisantes pour contenir les vidanges de l’étendue de leurs justices, et s’ils n’avaient pas d’emplacement suffisant, on les contraignait d’en acheter. En 167 h, toutes les justices particulières furent réunies à celle du Châtelet.
L’édit du mois de mars de cette année, qui met à la charge du roi l’entretien des voiries, fixe les règles d’établissement de celles-ci. On distingue alors deux sortes de voiries : celles pour les boues, et celles pour les matières fécales et charognes; elles doivent être placées loin des maisons de la ville et des faubourgs et des grands chemins.
Mais ces amas d’immondices et de gravois nommés buttes, voiries, monceaux, mottes, placés d’abord à l’extérieur des murs, se trouvèrent ensuite, par incurie, maintenus dans l’intérieur même de la ville, et, comme bn sait, cette circonstance peut expliquer, jusqu’à un certain point, l’inégalité du sol dans les anciens quartiers de Paris.
Cette séparation des voiries d’immondices et des voiries de matières fécales est inconnue dans un grand nombre de villes modernes et presque dans toutes nos campagnes.
Nous empruntons à M. le docteur Willemin , comme médecin sanitaire , le tableau hideux que durant son séjour en Égypte il traçait du Caire. « Ce qui frappe , avant tout , les yeux du médecin qui recherche les vices hygiéniques de cette grande et insalubre cité, c’est l’extrême malpropreté qui règne dans les rues comme dans l’intérieur des édifices. Les immondices, les débris de toute sorte, sont parsemés dans les rues et surtout dans ces nombreuses impasses où elles aboutissent. Le sol, qui n’est ni pavé ni macadamisé, est revêtu d’une épaisse couche de matières végétales et animale:» en décomposition. Cette espèce de limon formé d’ordures et de terre pétris ensemble augmente incessamment d’ épaisseur. Aussi le terrain s’exluiusse-t-il insensiblement; à ce point que, dans un grand nombre de rues, les portes
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des maisons sont en partie enterrées; il n’est pas rare que le sol de quelques pauvres boutiques soit de quelques pieds plus bas que celui de la rue, ce qui donne à ces étroites loges 1 apparence de l’entrée d’un caveau. Sur un sol de cette nature, on compren aisément quel peut être l'effet de l’arrosage prescrit pendant les chaleurs de l’été deux fois par jour, mais qu’on execute , il est
vrai, assez irrégulièrement. ,
» L’eau qu’on y répand ne sert qu’à cimenter ces débris ou l’élément fécal prédomine. Au moment de la première évapoiation, il s’élève de cette glaise des miasmes d’une extrême fétidité. C’est également ce qui arrive, lorsqu’une de ces pluies, rares dans le pavs, vient à humecter les rues, les terrasses, les anciens cimetières. (Il est un de ces cimetières, situé au N.-E. de la place, dont, chaque fois que par un temps de pluie j’ai traversé ce lieu, qui est devenu un passage, j’ai été frappé de la fétidité des exhalaisons qui en émanent.) D’autres emplacements où l’infection est en quelque sorte permanente, ce sont les impasses, les petites places qui servent ou de marché ou de lieu de station pour ces milliers d’ânes et de chameaux, tenus à la disposition du public. L'urine de ces animaux, imprégnant continuellement le sol tout couvert de matières fécales, y forme de véritables cloaques, dont l’odeur est des plus fétides. Un médecin distingué avait regardé depuis longtemps l’urine des ânes et des chameaux si nombreux au Caire et dont le sol est sans cesse humecté, comme une cause du développement de la peste.
» Les immondices s’élèvent au bord même du lleuve dont elles forment la berge; si on les jetait deux pas plus avant, le Nil les entraînerait et l’on éviterait ainsi ce foyer d’infection. Au reste, la ville est entourée en tous sens, d’amas d’ordures semblables. C’est surtout au côté sud que l’on rencontre une véritable colline formée de ces débris amoncelés. C’est là en Égypte la plaie de presque tous les lieux habités. »
Malheureusement cette plaie s’étend dans bien d’autres pays, et nous aurons à la signaler dans le cours de ce travail.
I. Voiries d’immondices. — Sous la dénomination commune d 'immondices, on comprend généralement les résidus organiques et minéraux qui couvrent la voie publique, c’est-à-dire les boues, les débris des balles et marchés, des cuisines, et d’une foule de petites industries qui ne sauraient être énumérées.
On comprend par ce seul énoncé qu’il soit absolument impos-
siblc d’indiquer la composition exacte des immondices que peut produire une grande ville. Ce qu’il est permis de dire seulement, c’est (pie l’on y trouve môles des excréments d’animaux et des débris de charognes, des végétaux dont quelques uns sont très sulfurés et très azotés, comme les choux et les haricots, des lambeaux de tissus, des tessons de verre et de poterie, des cendres et enfin des fragments de fer provenant de l’usure des fers de chevaux et des roues de voitures.
Ces matières ont été pendant longtemps, à Paris, déposées soit dans les voiries générales, soit dans des lieux spéciaux dont on retrouve encore des traces nombreuses. M. Trébuchet fait remarquer qu’à mesure que la ville s’est agrandie, la quantité de boue à enlever s’est accrue; et que cet accroissement a obligé de multiplier les lieux destinés à les recevoir en dépôt; ces lieux se sont trouvés peu à peu au milieu des habitations et il a fallu successivement en choisir d’autres plus éloignés. Il y a vingt ans on comptait encore en service les voiries de la barrière de Montreuil, de la rue de Ménilmontant, de la rue Château-Landon, de la rue de la Voirie, de la barrière des Fourneaux, de la barrière d’Enfer, de l’ancienne barrière des Deux-Moulins. Ces voiries furent peu à peu supprimées et remplacées il y a peu d’années par trois grands dépôts d’immondices formés à l’entrée de Vincennes, à Montrouge et à Clichy ; ces établissements, qui soulevaient à juste titre les plus vives réclamations des localités environnantes , ont euxmêmes disparu ; et depuis le nouveau cahier des charges de l’entreprise du nettoiement, il n’y a plus de voiries à boue. Les immondices enlevées de Paris par les cultivateurs des environs qui ont sous-traité avec l’entrepreneur sont presque immédiatement employées à l’engrais de leurs terres. On enlève chaque jour de Paris de /|00 à 500 mètres cubes de boues.
L’article 21 du cahier des charges que nous venons de mentionner, et qui remonte au mois de juin 1831, est ainsi conçu : « Toutes voiries existantes sont supprimées. Les produits du nettoiement doivent être transportés à 2,000 mètres des barrières sur des terrains dont l’entrepreneur doit se pourvoir à ses frais, risques et périls, en se conformant aux lois et règlements relatifs aux établissements insalubres. »
Toutes ces immondices, emportées soit par bateaux, soit dans des tombereaux, vont directement dans les campagnes qui environnent la ville et où, sous le nom de gadoues, elles sont employées
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comme engrais. Les anciennes voiries urbaines cl publiques sont donc actuellement transformées en dépôts privés, disséminés dans les champs et dans les communes rurales où leurs émanations sc répandent en liberté. C’est là d’ailleurs le système usité dans la plupart des départements agricoles en France, et dans les principales villes d’Europe, en Belgique notamment. Mais les immondices sont ordinairement soumises, avant d’être enlevées, à un triage qui est admirablement opéré par les chiffonniers , dont les magasins constituent secondairement de véritables dépôts d’immondices dont les effets doivent être rapprochés de ceux des voiries.
Des conditions d’ insalubrité des voiries d'immondices. — Les immondices réunies en masses considérables subissent une vérii table fermentation putride dont les produits présentent au plus i haut degré les caractères des émanations infectes réputées insalubres; ces inconvénients ont pu, dans certains cas, acquérir une I telle gravité que les populations ont fait entendre les plaintes les i plus énergiques, et que les conseils de salubrité ont eu maintes i fois à se prononcer sur des réclamations relatives à de semblables dépôts. Elles se sont produites notamment contre les dépôts de boues , d’immondices et de fumiers , formés dans les communes rurales du département de la Seine, sur des champs avoii sinant la voie publique, aux environs des habitations et même jusque dans les cours des fermes et des maisons des villages, et le conseil de salubrité a constaté qu’elles étaient justes et fondées, i surtout pour certaines localités, telles que les communes d’Asnières et Gcnevilliers. Ces dépôts d’immondices en fermentation exhalaient une odeur infecte, des flaques d’eau croupissantes baignaient la base de ces tas de boues et d’immondices, ramassées dans la ville. Ces engrais restaient souvent plusieurs mois dans un i;mème lieu avant d’être employés, attendu qu’il est de l’intérêt •des cultivateurs de ne les jeter sur la terre que lorsqu’ils ont dsubi une fermentation suffisante, et qu’ils sont faits , suivant leur expression. « Les réflexions sont inutiles pour démontrer jusqu’à quel point un tel état de choses pouvait compromettre la : salubrité des communes où, la culture exigeant une quantité notable de ces engrais, l’air était vicié par ses émanations, et l’habitation de certaines localités était devenue intolérable. »
En 1825 l’administration fut pour ainsi dire forcée par les habitants de la rue de Ménilmontant de supprimer la voirie qui
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existait dans cette rue. Une véritable émeute eut lieu dans ce quartier : les nombreux habitants des environs de la voirie, las de ne pas voir leurs plaintes écoutées, avaient pris le parti de se faire justice eux-mêmes. Ils fermèrent la voirie et en expulsèrent les tombereaux. Les motifs singulièrement exagérés de ces violences reposaient sur l’insalubrité des émanations de la voirie qui, disait-on, auraient donné la mort à un grand nombre de personnes, qui corrompaient tous les aliments et empêchaient môme les boulangers de donner à leur pain toutes les qualités désirables. Les boues, ne pouvant plus être portées dans la voirie de Ménilmontant, dont je viens de parler, furent dirigées sur celles de Montreuil, qui, continuant toujours à recevoir celles du quartier, pour lequel elle était destinée, ne tarda pas à être à un tel point encombrée, que les immondices s’élevèrent de h à 5 mètres au-dessus du niveau de la route. On se trouvait alors en été, la chaleur était intense, et les orages se succédaient à peu de jours d’intervalle, ce qui détermina une fermentation très active dans cette masse d’immondices; il s’ensuivit un dégagement abondant d’effluves putrides et infectes qui se répandirent dans les habitations voisines. Nous ne saurions omettre que Parent-Duchâtelet s’est livré sur ces faits à une enquête, dans laquelle il s’est efforcé d’en atténuer considérablement la portée.
A une autre époque, les fouilles de l’église Bonne-Nouvelle, qui se creusaient pendant les grandes chaleurs de l’été, ont donné naissance au développement de miasmes très dangereux pour les ouvriers, et même pour le voisinage. Cela provenait de ce que l’emplacement sur lequel a été bâti le quartier Bonne-Nouvelle était fort anciennement celui d’une voirie, dont le sol se composait des immondices infectes que l’on enlevait des rues de la ville. Des lotions et des fumigations appropriées ont été prescrites, et le danger a disparu.
Il n’est pas douteux que ces dépôts d’immondices récents ou anciens ne puissent donner lieu à ces émanations putrides dont nous avons cherché à apprécier l’action sur la santé.
Les effets ne sont pas moins marqués dans les magasins de chiffons qui, nous l’avons dit, sont des espèces de voiries particulières. En effet, parmi les objets recueillis par les chiffonniers, il n’en est aucun dontl’accumulation donne lieu, autant que les chiffons sales et les os, à une odeur fétide et insupportable pour le voisi-
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nage. De là la prescription imposée constamment par les conseils d’hygiène, de recevoir ces derniers bien secs, de les placer à la cave dans un tonneau fermé d’un couvercle à charnière, et de les enlever deux fois par semaine. Quant aux chiffons, ils doivent être lavés au fur et à mesure des livraisons, et séchés, autant que possible, hors des magasins. Il est défendu d’effectuer ce lavage dans le ruisseau de la rue. Quelquefois même, lorsque la position du dépôt l’exige, on a soin de préciser que l’établissement ne recevra que des chiffons blancs. Enfin, les locaux consacrés à l’industrie dont il s’agit doivent toujours être vastes et percés d’un nombre d’ouvertures suffisant, pour que l’air s’y renouvelle avec facilité. Le conseil de salubrité de la ville de Paris n’approuve guère la formation de semblables dépôts, que dans les quartiers où les habitudes des voisins, les industries qu’ils exercent, etc., en éprouvent le moins de gêne possible. Malgré toutes ces restrictions, il peut encore se faire que l’incommodité résultant de leur présence soit telle, que le conseil en demande la clôture, c’est ce qui est arrivé pour un établissement de ce genre situé rue du Champ-del’ Alouette, quartier Saint-Marcel, contre lequel s’élevaient les réclamations de plus de vingt-cinq propriétaires du voisinage. Leurs maisons étaient envahies jour et nuit par les émanations infectes de ce dépôt, et plusieurs locataires avaient pris le parti d’aller demeurer ailleurs, n’ayant pas d’autre moyen de s’y soustraire.
Les effets que peuvent produire les émanations infectes de ces dépôts sont parfois extrêmement redoutables lorsqu’ils ne sont pas tenus avec soin et entourés des précautions qui viennent d’être l rappelées. On en trouve un exemple bien remarquable dans le récit des accidents formidables dont a failli être victime l’un des hommes qui ont le plus fait pour la médecine publique dans notre pays.
« Ollivier (d’Angers) étant allé pour visiter un magasin de chiffons tenu par le sieur Maurice, rue Saint-Germain-l’Auxerrois, demanda à voir une cave voûtée, sans communication avec l’air extérieur, si ce n’est par la porte d’entrée, qui est ordinairement fermée, cave dans laquelle le locataire renferme les os qui lui sont apportés par les chiffonniers. On le conduisit dans ce lieu. Il remarqua que le sol et la voûte étaient humides, et que les murs étaient d’un noir verdâtre; que l’air dans lequel brûlait la lumière était infect et avait une odeur nauséabonde. Mais à peine fut-il
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au milieu do la cave, qu’il fui pris de vertiges : il ressentit des nausées et des envies de vomir qui le forcèrent à s’éloigner surle-champ et à regagner l’entrée de la cave et l’escalier qui y conduit. Sorti de la cave, son état s’améliora; cependant il ressentit un malaise pendant le reste de la journée. Étant invité à dîner en ville, il crut cependant se trouver assez bien pour se rendre à ce dîner : il mangea même avec appétit; mais à peine le dîner était-il terminé, qu’il ressentit des pincements de ventre très douloureux autour du nombril ; les pincements se faisaient sentir d’abord par intervalles éloignés, ensuite ils se firent ressentir davantage et d’une manière plus rapprochée : M. Ollivier fut forcé de se courber sur lui-même, de s’accroupir. Les pincements devenant plus multipliés et étant suivis d’un anéantissement général, il se fit transporter chez lui. Les secousses de la voiture n’augmentèrent pas sensiblement la douleur; mais à peine fut-il arrivé qu’il éprouva un vomissement qui lui fit rejeter une portion des aliments qu’il avait pris. Les vomissements furent suivis de sueurs froides, de déjections liquides, de syncopes continuelles. De nouveaux vomissements donnèrent lieu à l’expulsion du reste des aliments; ils furent suivis de nausées, de syncopes, de sueurs froides, d’évacuations liquides très fétides. Les évacuations se succédèrent jusqu’à quinze fois, depuis sa rentrée jusqu’à cinq heures du matin; à cette heure, les sueurs froides devinrent plus abondantes; il y eut des évacuations sanguines par les selles. Les pincements de ventre qui n’ont pas cessé de se renouveler par intervalles, sont aussi intenses, mais moins prolongés. Le malade éprouve un sentiment de brisure général ; les nausées cessent, mais il y a toujours des évacuations fétides, en partie jaunâtres, en partie sanguinolentes. Ces symptômes ont persisté le h et le 5, et ce dernier jour il y eut encore huit évacuations alvines sanguinolentes. Dans la soirée du 5, les pincements cessèrent de se faire ressentir; le rétablissement se fit ensuite successivement : il était complet le 10. Cependant, le jeudi, M. Ollivier, ayant voulu sortir, fut saisi d’un accès de fièvre qui le força de rentrer : l’accès dura douze heures. »
On peut dire néanmoins d’une manière générale que les voiries d’immondices, lorsqu’elles sont construites suivant certaines règles dans un emplacement convenablement choisi, n’offrent pas d’inconvénients bien sérieux. C’est un fait que les conseils d’hygiène publique et de salubrité des départements ont eu plus d’une fois
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l’occasion de constater. Celui des Bouches-du-Rhône a montré à cet égard une grande sollicitude, et celui de la Gironde a signalé, par l’organe de son rapporteur, M. Arnozan, l’innocuité du dépôt d’immondices où sont portées les boues de la ville de Bordeaux. La description qu’il en donne et les observations qu’elles lui suggèrent peuvent utilement trouver place ici comme spécimen de ce qui peut se présenter dans un grand nombre d’autres localités.
« La propriété a son entrée sur le chemin de Tivoli]; son étendue est de 3 hectares environ, partagée en trois parallélogrammes à peu près égaux et complètement clos ; à gauche est une prairie ; à droite est un terrain consacré en partie à recevoir les boues, et dont le reste est exploité en sablière ; le centre est l’emplacement destiné à recevoir les tombereaux et les immondices qui n’ont pu •être embarquées; il est traversé dans toute sa longueur par une chaussée pavée, aboutissant aux écuries. Ce local est aussi sur le plateau qui domine le versant du coteau du Bouscat; le sol en est sablonneux, ferme, sec et perméable. Il est impossible de percevoir aucune espèce d’odeur; les amas d’immondices ne sont qu’au nombre de deux, presque secs, mesurant à peu près 6 mètres carrés de superficie sur .1 de hauteur; les boues, que l’on recueille principalement en hiver, forment dans l’enclos qui leur est affecté, des monceaux d’une plus grande étendue; leur surface, comme leur intérieur, n’a offert aucune exhalaison putride; on y reconnaît seulement, quand on les flaire de près, l’odeur spéciale de la terre; ces amas n’ont pas tous la même ancienneté, quelques uns sont récents, et cependant nous n’avons aperçu entre :eux de différence que dans la quantité d’humidité. Cette observation nous indique que les boues ne contiennent pas de matières putrescibles, si ce n’est en très minime proportion. Lors de la I visite, les résultats des recherches furent parfaitement les mêmes, et l’on acquit alors, comme précédemment, la conviction que cet établissement n’est pas insalubre. A cette occasion, la commission rechercha si les servitudes, les magasins, les écuries, ne pourraient pas donner lieu à quelques émanations malsaines ; mais ces divers (services de l’entreprise sont soumis à une surveillance, à un or- . Ire, et à une bonne administration qui en éloignent toute apparence d’incommodité, et qui sont autant de garanties en faveur ' le cet établissement.
» L’endroit où l’on réunit ce que les conducteurs de tombereaux •amassent dans les bourbiers de la ville se compose de vieux déni. kO
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bris de fer, de verre cassé, de chiffons ou guenilles, etc. Tous ees objets, triés à leur arrivée et déposés dans un local situé au fond de l’établissement, sont exempts de mauvaises odeurs, grâce aux précautions que l’on a prises là comme partout. Ainsi les chiffons, les guenilles, tout ce qui est susceptible d’être décomposé par l’humidité, est étendu sur de vastes treillages et n’est mis en magasin qu’a près une entière dessiccation; les os sont immédiatement pesés et transportés chez les industriels qui en font le commerce.
» Quelques protestations accusent cet établissement d’avoir occasionné les maladies putrides dont seraient morts plusieurs animaux dans les environs. La seule inspection des lieux fait repousser une pareille allégation. »
Règles relatives à V établissement des voiries d’immondices. — Ces dernières observations de la commission du conseil de salubrité de la Gironde nous conduisent à résumer les règles pratiques qui doivent être suivies dans l’établissement des voiries d’immondices.
L’insalubrité dépend en grande partie delà nature des immondices. On a vu en effet que l’infection produite par les voiries était d’autant plus grande que celles-ci contenaient des matières plus putrescibles. Le triage des immondices peut, jusqu’à un certain point, remédier à cet inconvénient ; mais il ne faut pas perdre de vue que la valeur de celles qui sont consommées à l’engrais tient principalement aux débris de substances animales qu’elles renferment en abondance et dont l’odeur prédomine dans la gadoue.
Quant aux dépôts en eux-mêmes, ils sont le plus souvent, ils étaient toujours autrefois, établis à ciel ouvert et formaient des monceaux ordinairement très considérables. Les anciennes voiries à boucs de Paris étaient disposées de manière à faciliter l’arrivage et le déchargement des tombereaux. Elles présentaient une jetée en pente douce, garnies d’une espèce de parapet, soutenues par des murs solides, et liantes quelquefois de plus de 20 pieds sur une longueur d’autant plus grande que la voirie devait recevoir plus d’immondices. Le fond était pavé, afin que les voitures chargées pussent s’y mouvoir facilement. Enfin l’eau qui sort des immondices devait trouver un écoulement facile. M. Chevalier a proposé soit l’établissement de bâtiments fermés, surmontés de cheminées d’aérage dans lesquels les boues seraient déposées et
VOIRIES
où olles pourraient même être désinfectées, soit l’enfouissement prolongé des immondices qui seraient converties en terreau.
11 y a lieu de faire remarquer encore que les boues fraîches ou vertes ont été longtemps réputées beaucoup moins bonnes, comme amendement, que celles qui ont subi la fermentation; d’où l’usage de les conserver pendant plusieurs mois avant de les employer. C’est là certainement une des conditions d’insalubrité les plus évidentes, et que l’on doit combattre en interdisant l’amoncellement prolongé des matières à l’air libre.
Nous ne pouvons mieux faire , pour compléter cette partie de notre sujet, que de citer l’ordonnance de police qui dans le département de la Seine a réglé ces diverses questions.
ORDONNANCE CONCERNANT LES DEPOTS D’ENGRAIS ET D’iMMONDICES DANS LES COMMUNES RURALES (8 NOVEMBRE 1839).
Nous, etc., considérant qu'il est habituellement formé dans les campagnes aux environs de Paris, un nombre considérable de dépôts d’engrais, composés de boues, d’immondices ou de débris de matières animales, qui, sans constituer précisément des voiries, répandent cependant des exhalaisons infectes;
Considérant qu’il importe de préserver les habitations et les roules de l’influence insalubre que peuvent produire de telles exhalaisons, sans nuire aux avantages que les cultivateurs retirent de l’emploi de ces engrais;
Vu les nombreuses réclamations qui nous ont été adressées à cet égard, etc. ;
Ordonnons ce qui suit :
Article 1er. Tous dépôts de boues et immondices, autres que ceux qui, formant des voiries, sont soumis aux formalités prescrites pour les établissements insalubi es de première classe, ne pourront être faits dans le ressort de la préfecture de police, sans notre autorisation.
Art. 2. Dans aucun cas, il ne sera accordé d’autorisation de former de semblables dépôts dans l’intérieur des cours, jardins ou autres enclos contigus aux habitations, non plus que sur des emplacements qui seraient à une distance moindre de 200 mètres de toute habitation, et de 100 mètres des routes royales et départementales, ainsi que des chemins vicinaux.
Cette distance pourra être réduite dans le cas où les chemins vicinaux ne serviraient qu’à l’agriculture.
Art. 3. Lors de l’emploi des boues et immondices à l’engrais des terres, ces matières seront étendues sur le sol, dans les vingt-quatre heures qui suivront leur apport aux champs.
Art. U- Les dispositions prescrites par les articles précédents ne sont point applicables aux dépôts de fumier ordinaire de chevai, de vache et de mouton.
Art. 5. Les contraventions seront constatées et poursuivies devant les tribunaux compétents, conformément aux lois et règlements.
II. Voiries de matières fécales. — Considérations générales et historiques. — Les voiries de matières fécales ont une importance