‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 114 sur 130 · V 01 H I ES · texte numérisé non relu

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beaucoup plus grande que les précédentes. Elles sont pour ainsi dire dès à présent, et sont destinées à devenir plus tard les seules voiries ; les seules surtout qui, malgré des espérances hautement proclamées, ne pourront très probablement jamais être supprimées dans les grands centres de population , en raison de la quantité énorme des produits quelles reçoivent et des obstacles que l’on rencontrera sans doute toujours dans l’utilisation immédiate de la totalité de ces produits; ajoutons en raison de la valeur vénale considérable de l’engrais qu’ils fournissent.

Les voiries de matières fécales sont constituées par le dépôt des déjections solides et liquides de l’homme.

Les excréments des animaux domestiques ne sont pas transportés à ces voiries. Ceux des herbivores, qui contiennent une proportion relativement moindre de substances azotées et sulfureuses ont une odeur très supportable; on attribue même à leurs émanations des propriétés salutaires. Leur consistance, également très différente, est moins visqueuse ; et ils sont ordinairement mêlés à une certaine quantité de litière. Par ces raisons, leur conservation temporaire dans les habitations et leur évacuation ne commandent pas l’établissement d’un système spécial. Quant aux carnivores ou omnivores, chiens, chats, cochons, rats, souris, leurs excréments sont comparables à ceux de l’homme, au moins par leur odeur infecte, mais il n’y a pas lieu de s’en préoccuper en raison de leur quantité insignifiante. De sorte que les excréments des animaux domestiques ne sont pas en général compris dans les voiries de matières fécales , et se confondent avec les diverses immondices.

Les excréments humains sont très azotés, très sulfurés et par suite très infects; après avoir été recueillis et concentrés temporairement dans des fosses que l’on cure périodiquement, ils demandent, pour être évacués hors des habitations et conservés en vue de leur emploi agricole, des précautions toutes particulières. Ils doivent en outre subir un traitement et une transformation qui s’opèrent en grand ou s’achèvent dans les voiries, soit publiques, soit privées; où l’on doit s’efforcer de neutraliser l’extrême putrescibilité des matières ou d’en effectuer la décomposition dans les conditions les moins incommodes et les moins insalubres.

Nous avons vu comment les matières fécales réunies presque partout aux simples immondices dans les voiries avaient fini à Paris par en être distraites vers la fin du xvn* siècle. En 1726, il

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y avait dans cette ville trois voiries pour les matières fécales : celles de Montfaucon, du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint- Marceau, dite la voirie de l’Enfant-Jésus, ou devaient être portés en outre les bêtes mortes, les abats de bestiaux, les os, le sang, etc. Toutes ces matières ne pouvaient être enlevées des fosses pour le fumage des terres qu après trois ans de dépôt, terme infiniment trop prolongé ; et par ordonnance du 31 mai 1726, il était fait défense expresse aux gens de campagne d’en prendre sans permission de l’autorité. Des trois voiries qui viennent d’être mentionnées, les deux premières ont été supprimées, et depuis 1781, celle de Monl faucon est restée pendant de longues années la seule où l’on ait continué à transporter les matières fécales. A toutes époques, et de tous les côtés, de telles plaintes ont retenti contre cet établissement ; ce nom est demeuré un type si souvent et si hautement invoqué d’infection et d’insalubrité, que nous croyons utile de reproduire ici la description vraiment frappante qu’en a donnée Thouret.

La voirie de Montfaucon est ainsi appelée du nom du lieu où elle est située. Sa position est au nord-est de Paris, à peu de distance au delà des murs de, la nouvelle enceinte de la ville. Le terrain sur lequel elle est située est un monticule formé par des carrières ; les excavations nombreuses qu’on y a faites, en les exploitant, en ont bouleversé la surface, mais il n’en est résulté qu’une disposition du local plus convenable au service auquel on l’a destiné. En effet, sa pente, qui se présente à l’ouest, est partagée en différents plateaux, sur lesquels sont creusés les bassins, ce qui permet de faire couler le liquide des uns dans les autres. De ces bassins, deux sont situés au haut du monticule ou butte; ils servent à la décharge des matières tant solides que liquides, que l’on apporte de Paris à la voirie ; ils sont placés latéralement dans la direction du nord au midi. Lorsqu’un de ces deux bassins supérieurs est totalement rempli, on y laisse séjourner quelque temps les matières pour que le départ s’en fasse. Les matières solides et pesantes se précipitent au fond où elles forment un sédiment de huit à dix pieds de hauteur ; au-dessus surnage le liquide, qui forme une couche de douze à quinze pieds, et qui est bientôt recouverte par une croûte, de deux à trois pieds d’épaisseur, de matières solides , légères , qui s’élèvent à la surface , où elles se durcissent à l’air. Pendant ce séjour des matières dans le bassin entièrement rempli, le deuxième sert à la décharge journalière,

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et lorsqu’on présume qu’elles sont séparées convenablement, on en fait écouler le liquide ou les vannes au moyen d’un aqueduc construit à l’angle nord-ouest de celui de ces deux bassins qui est placé au nord.

Ce liquide est reçu dans l’un des autres bassins qui sont inférieurs. De ces derniers, deux sont situés sur un plateau qui se rencontre vers la partie moyenne delà pente du monticule; ils sont placés aussi latéralement dans la direction du nord au midi; l’un, auquel communique l’aqueduc ci-dessus désigné, est très peu considérable, l’autre l’est beaucoup davantage.

C’est à ces différents bassins qu’était bornée la voirie de Montfaucon, à l’époque où celle de l’Enfant-Jésus fut supprimée. La nécessité de l’agrandir, pour la rendre susceptible de suffire seule à tout le service, détermina à y faire quelques nouvelles dispositions. On y ajouta un nouveau bassin, formé par l’excavation d’une carrière, pour recevoir les vannes et les laisser déposer. Ce bassin, qui est placé immédiatement au-dessous du dernier dont nous venons de parler, dans la direction de l’est à l’ouest, et dont l’étendue est très considérable, ainsi que sa plus grande profondeur, a été vidé en entier cette année, par le procédé dont nous parlerons par la suite.*

Bientôt après, la grande quantité de vannes accumulées dans ces bassins, les ayant remplis au point de faire craindre de les voir s’épancher sur les possessions voisines, on sentit la nécessité de former un nouveau réservoir pour les contenir. Ce fut à cet usage que furent destinés les terrains pris à loyer, et rendus depuis aux propriétaires, étant jugés inutiles. On en creusa la surface d’environ deux pieds, et les terres provenant de cette excavation furent employées à former une digue ou berge de cinq à six pieds d’élévation, qui fut plantée d’une haie vive et d’une lisière d’arbres. On avait donné à ce bassin une grande surface, dans le dessein qu’on eut alors, ainsi que nous l’avons dit, d’y faire évaporer les vannes. La berge ou digue devait les retenir et s’opposer à leur écoulement sur les terrains du voisinage.

Le liquide des vannes, en coulant des bassins de décharge dans les bassins inférieurs, entraîne une grande quantité de matières qu’il tient suspendues ou dissoutes. Elles coulent sous la forme d’un fluide épais, d’une couleur d’un vert brun ou obscure, la môme que celle des matières formant le dépôt des bassins, et elles se couvrent, dans les endroits où elles sont battues avec l’air par

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„„ grand mouvement, de masses très considérables d une mousse épaisse et comme solide, d’un gris jaunâtre, et qui s élèvent a très grande hauteur : ces vannes exhalent alors l odeur la pli s fecte, elles ouvriers, qui se trouvent exposes sous ^ vent à leurs vapeurs courent les risques d'être trappes du plomb et de tomber asphyxiés. Quand elles sont parvenues dans un des bassins destines à es recevoir elles y forment, par leur séjour, un dépôt très considérable; les matières solides légères s'élèvent a la surface, où elles forment, conjointement avec l’effet de 1 évaporation, un nouvelle croûte solide et très dense, de deux pieds environ d épaisseur Au fond se précipitent les parties les plus pesantes que le liquide avait entraînées, et qui y forment un depot d une matière homogène, qui se tranche à la bêche , qui a 1 aspect et la consistance d’u.ie argile molle, colorée en vert brun, et qui, dans les Soitations pour le dessèchement, parait former la partie a plus productive de l’entreprise. Ce dépôt est très abondant et montre de quelle grande quantité de matière le flu.de des vannes est chargé lorsqu’on les épanche dans la préparation de la poulette ou terre végétative , comme 1 a qualifiée la Société d a0ri culture de Rouen. L’un des rapporteurs a remarqué que la coloration verte de ces matières solides ne se perd totalement que sous l’influence d’un dessèchement complet. Il en conclut que cette couleur, qu’il croit due probablement «à la bile al ter ce par l’action des acides, se perd, soit par un rapprochement difteren des principes, soit par l’évaporation de quelque matière lugace (d

volatile. , . . . .

De plus, il a remarqué que l’odeur se perdait egalement en

proportion avec le dessèchement; qu’en général, cette odeur est infiniment moindre que celle de la vanne dans laquelle paraît spécialement résider la fétidité.

Relativement à la chaleur qui se développe dans les matières amoncelées, on a pu constater celte élévation de température jusqu’à 80, 90, 95 degrés, et même la combustion s’est produite une fois dans des poutres de l’établissement de Monlfaueon.

Los amas considérables avaient une odeur assez analogue à celle de la tourbe et à colle de tan ou de cuir brûlé.

La vapeur qui s’exhale en creusant la surface de ces amas est n-rasse et onctueuse, le contact de cette vapeur sur les poutres des murs environnants avait produit un eflet semblable à celui qui aurait résulté de la fumée d’une certaine quantité de suie qui

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