CONSEIL MUNICIPAL DE LA VILLE DE PARIS. (SÉANCE DU 23 DÉCEMRRE
Le conseil, vu le mémoire, en date du l\ novembre 18Zi2, par lequel M. le préfet de la Seine lui soumet les mesures à prendre et les travaux à exécuter pour le transport, par le canal de l’Ourcq, de la totalité du produit des vidanges de Paris; ensemble, les rapport et estimation de l’ingénieur en chef du service municipal ;
Vu le nouveau mémoire du 9 décembre courant, par lequel M. le préfet de la Seine, de l’avis unanime d’une commission spéciale qu’il a consultée d’après le désir de la commission du conseil chargée d’examiner la proposition ci-dessus
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visée, propose la création d’un dépotoir comme annexe du port d’embarquement des vidanges, et d’une conduite pour envoyer la portion liquide des matières, au moyen d’une machine à vapeur, i'i ia voirie de Bondy ;
Considérant, en ce qui concerne le canal, que le transport total des tonnes établirait une navigation extraordinaire qui serait actuellement de plus de 200,000 tonneaux par an, qui s’accroîtrait chaque année, et qui serait nécessairement gênante pour le commerce et pour les voyageurs qui fréquentent le canal ;
Qu’un pareil transport de jour et de nuit pourrait, sur toute son étendue, répandre dans l’air l’infection des tonnes de vidange ;
Qu’il exigerait un service très difficile pour le maniement de 600 tonnes par nuit; qu’il serait forcément interrompu pendant les chômages du canal, et qu’il en résulterait une dépense considérable pour la ville, pour les vidangeurs et pour les propriétaires de maisons ;
Qu’enfm quelque précaution que l’on prît, il pourrait avoir le grave inconvénient de discréditer dans le public les eaux du canal, par leur contact permanent de jour et de nuit avec un pareil service;
Considérant, en ce qui concerne l’établissement d’une conduite, que la commission spéciale a été unanimement d’avis que ce projet était admissible et qu’on devait lui donner la préférence sur le transport total par bateaux, attendu que la plus grande partie du volume des matières est liquide; que ce volume était, en 1815, de 45,000 mètres cubes par an, en 1828, de 90,000, et en 1841 de 180,000, et s’est ainsi quadruplé en vingt-cinq ans par l’augmentation du volume des eaux jetées dans les fosses d’aisances; que cette portion de liquide s’accroît continuellement, sans que l’on puisse prévoir le terme de cet accroissement; que cette partie liquide est extraite des fosses par les vidangeurs au moyen de pompes et de tuyaux ; qu’enfm une conduite souterraine aura l’avantage de débarrasser le canal, d’éviter l’infection permanente sur le trajet et de diminuer considérablement les dépenses ;
Considérant, au sujet du point de départ de cette conduite et du dépoloir à créer, que la voirie de Montfaucon est près de Paris, entre les communes de Belleville et de la Villette, et dans une orientation telle que les vents dominants en répandent l’infection sur les populations voisines ; que ces populations souffrent depuis longtemps d’un pareil voisinage, et doivent d’autant plus compter sur l’éloignement complet de tout service de vidange, que, par plusieurs délibérations antérieures, le conseil municipal a adopté cette suppression ;
Considérant que l’établissement du dépotoir à Montfaucon aurait l’inconvénient de rendre nécessaire un nouveau transport des matières non liquides, après la séparation pour leur embarquement ;
Considérant que le port d’embarquement est consacré au départ de toutes les matières; qu’il est situé à 1500 mètres plus loin de Paris que la voirie de Montfaucon, dans une orientation qui, par les vents les plus fréquents n’en portera pas les exhalations sur les populations voisines ; que d’ailleurs, au moyen des précautions indiquées dans le projet, l’établissement qu’il s’agit de créer aura infiniment moins d’inconvénients que le service actuel et même que rembarquement de toutes les tonnes;
Considérant que le nouveau mode proposé n’est qu’un perfectionnement notable apporté au système d’embarquement, ù cause de l’augmentation toujours
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croissante de la partie liquide des vidanges, et qu’en conséquence le dépotoir est une annexe, un complément indispensable du port, et sans lequel le service du transport des vidanges deviendrait impossible dans quelques années;
Considérant qu’en reportant ce dépotoir sur un autre point, ce serait créer de nouvelles difficultés pour son établissement, augmenter les inconvénients du trajet des voitures et des tonnes, charger leur direction déjà établie, l’étendre sur des parties de la commune de la Yillctte qui en sont affranchies, et se donner la difficulté nouvelle, soit de créer un nouveau port d’embarquement, soit de ramener au port actuel la portion des matières à embarquer après la séparation des liquides ;
Considérant que l’établissement de la conduite exigera moins de temps qu’il n’en aurait fallu, dans le système du transport total par le canal, pour l’agrandissement du port et pour l’augmentation du matériel des vidangeurs, et qu’ainsi le nouveau projet aura encore l’avantage de permettre plus tôt la suppression de tout versement à Montfaucon ;
Considérant, en ce qui concerne les dispositions du dépotoir projeté, qu’elles sont établies de manière à atténuer, autant que possible, les inconvénients d’une semblable construction ; que cet établissement ne sera ouvert que pendant la seconde moitié de la nuit; enfin, qu’il ne pourra pas être un empêchement pour l’industrie de créer, dans le voisinage, des fabriques ou des usines quelconques ;
Considérant, en ce qui touche la conduite qu’il conviendra de suivre, l’avis de la commission spéciale consultée par M. le préfet ,
Délibère : Le projet de dépotoir annexé au port d’embarquement de la voirie de Bondy, et celui d’une conduite pour le départ de la portion liquide des matières provenant des vidanges de Paris, sont approuvés conformément à la proposition ci-dessus analysée et dans la limite d’une dépense totale de A00,000 fr.
La portion liquide des vidanges sera envoyée à la voirie de Bondy par ladite conduite, au moyen d’une machine à vapeur; il ne sera transporté par bateaux, sur le canal, que la portion plus dense qui ne pourrait pas couler par la conduite.
Les bateaux de transport devront être pontés et construits de façon qu’en au- ( cun cas les eaux ne puissent être rejetées dans le canal.
Pour établir la conduite, on emploiera, à titre d'essai, des tuyaux de grès étirés à la presse hydraulique, et à leur défaut, pareillement à titre d’essai, des tuyaux de tôle étamée en bitume, de l’invention du sieur Chameroy. Dans ce dernier cas, la couche intérieure devra être composée d’asphalte naturel.
M. le préfet de la Seine est invité à solliciter avec diligence l’approbation du Gouvernement, et à mettre promptement à exécution les travaux urgents qui font ■ l’objet de la présente délibération.
PROCÈS -VERBAL CONTENANT l’aVIS D’UNE COMMISSION SPÉCIALE SL'lt LES