‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 117 sur 130 · MATIÈRES PROVENANT DES VIDANGES DE PARIS (22 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

MATIÈRES PROVENANT DES VIDANGES DE PARIS (22 NOVEMBRE

La commission convoquée par 1\1. le préfet de la Seine est composée ne MM. Gay-Lussac, Dumas, d’Arcet, membres de l’Académie des sciences; Cavenne, Kermaingant, Devilliers, inspecteurs généraux des ponts et chaussées; Arago, Sanson Davillier, membres du conseil municipal.

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642 VOIRIRS.

MM. Mary, ingénieur en chef du service municipal, et Trérnisot, chef de bureau à la préfecture de la Seine, ont d’abord rappelé les faits suivants : L’administration municipale, dans le but de supprimer le plus tôt possible la voirie de Montfaucon, s'occupe de compléter les moyens de transporter à celle de Bondy toutes les matières provenant de la vidange des fosses d’aisances à Paris. En 1815,1e volume de ces matières était, par an, de 45,000 mètres cubes; en 1828, il a été de 90,000 mètres, en 1841, de 180,000; en sorte que, dans l’es- ! pace de vingt-cinq ans, ce volume a été quadruplé. Le service actuel de chaque jour de travail peut s’élever à 600 mètres cubes.

Cette progression rapide dure encore, sans que l’on puisse exactement en prévoir le terme. Plusieurs causes la déterminent, parmi lesquelles il faut surtout remarquer : 1° l’obligation où M. le préfet de police met aujourd’hui tous les propriétaires qui font vider leurs fosses de les rendre parfaitement étanches, ce qui n’existe pas dans les anciennes maisons; 2° le système des lieux d’aisances avec réservoirs d’eau ; 3° le perfectionnement de l’hygiène et de la propreté domestique, l’usage des bains à domicile, l’abondance d’eau que la distribution générale établie par la ville de Paris permet à chacun d’obtenir chez soi à peu de frais, etc.

L’administration s’est d’abord arrêtée au transport des vidanges à la voirie de Bondy, par bateaux, sur le canal de l’Ourcq.

Ce moyen exige l’emploi d’environ 450 tonnes de 2 mètres cubes chacune, dont 300 pleines seraient, chaque nuit, conduites sur 16 ou 18 bateaux partant du port d’embarquement spécial de la voirie, situé au delà de la Petite-Villette, sur le côté droit du canal. Les tonnes vides seraient ramenées pendant le jour par les mêmes bateaux, et replacées, la nuit suivante, sur les voitures des vidangeurs, à mesure qu’ils en apporteraient de nouvelles à conduire à la voirie.

Aux époques du chômage du canal de l’Ourcq (le terme moyen, par la gelée, en est de dix-neuf jours par an), on serait obligé de transporter par voitures les vidanges jusqu’à la voirie, située à 11,000 mètres environ de la barrière. Au lieu de trois et même de quatre voyages par nuit, chaque équipage ne pourrait alors en faire qu’un seul ; mais il faut remarquer, d’un autre côté, que la vidange est peu active pendant les gelées : on ne fait guère que des allèges aux fosses pleines.

En étudiant les dispositions qui resteraient à prendre pour assurer ce mode de transport, l’ingénieur en chef du service municipal, considérant que la plus grande partie du cube des vidanges est de l’eau , et que ce liquide , qui en forme actuellement plus des quatre cinquièmes, ira toujours en augmentant , a conçu et présenté le projet d’établir une conduite de tôle et bitume de 28 centimètres de diamètre pour y faire couler, jusqu’à la voirie de Bondy, cette portion liquide des matières.

11 existe déjà un projet adopté et en cours d’exécution , pour l’établissement d’une semblable conduite, sur 6,300 mètres de longueur à partir de la voirie, pour en ramener les eaux vannes à une rigole d’assainissement qui longe le canal Saint-Denis.

La nouvelle conduite, d’après la première pensée de M. Mary, serait partie de Montfaucon : comme la distance totale est de 11,100 mètres, il aurait fallu, pour rejoindre la conduite que l’on pose en ce moment, et qui ferait le double service, y ajouter une longueur de 4,800 mètres.

VOIRIES. uu,î

Dans ce système, les vidangeurs auraient continué de conduire la plus grande partie de leurs chargements à Montfaucon. Ils auraient versé les matières dans une double fosse voûtée , construite avec des dispositions convenables pour la séparation, par le repos pendant plusieurs jours , de la partie liquide, et son écoulement par la conduite, au moyen d’une pression naturelle de lo înètics de hauteur de ce point au-dessus de la voirie de Bondy. Le produit de cinq jours , accumulé dans l’une des fosses, se serait écoulé en vingt-quatre lieuies, et, après chaque écoulement, la conduite aurait été , au moyen d un iesei\oii alimenté par les sources des prés Saint-Gervais, remplie d eau claire.

Pour éviter l’expansion des exhalaisons au dehors, ce projet comportait 1 établissement de hangars fermés où les voitures de vidanges auraient été introduites pour le dépotement. Ces hangars auraient été ventilés, ainsi que la fosse, par l’appel d’un foyer de machine à vapeur et d’une haute cheminée. Enfin, cet établissement, entouré de murs élevés et de plantations, n’aurait été ouvert que pendant la seconde moitié de la nuit.

Ce qui produit l’infection actuelle de Montfaucon, les bassins, les séchoirs où les matières séjournent à l’air libre, fermentent et développent sur 9 arpents de surface un volume immense de gaz, sont, parce projet, comme en tout cas, supprimés; mais cette localité aurait conservé la servitude du concours des voitures de vidanges , du déversement des matières et de l’établissement des fosses et des hangars de dépotement.

Ce projet n’a point été voté par le conseil municipal, qui a persisté dans l’ancienne intention de faire effectuer par le canal le transport de la totalité des matières, et de débarrasser entièrement Montfaucon.

Cependant, en examinant les dispositions proposées par l'ingénieur en chef et par l’administration pour l’établissement définitif de ce transport, la commission du même conseil, frappée des graves inconvénients qu’il présente, a demandé à M. le préfet de faire examiner par une commission spéciale d’ingénieurs pris dans le conseil général des ponts et chaussées, de chimistes membres de l’Académie des sciences et de deux membres du conseil municipal, la possibilité de l’écoulement, par une conduite, de la portion liquide des vidanges.

C’est pour accéder à ce désir que M. le préfet , de l’aveu du gouvernement , a formé la présente commission. Les questions sur lesquelles il la prie de donner son avis à l’administration sont les suivantes :

1" Doit-on persister dans le projet de transporter par le canal, à la voirie de Bondy, la totalité des matières provenant des vidanges de Paris?

2“ Le projet d’envoyer, par une conduite , la portion liquide de ces vidanges est-il admissible ?

3" En cas d’affirmative, où doit-on fixer le point de départ?

ù“ Quelles sont les autres dispositions nécessaires pour atténuer les inconvénients d’un semblable établissement?

Après une longue discussion , à laquelle tous ont pris part , les membres de la commission , sous la réserve , pour chacun , de l’appréciation diverse des motifs et considérations ci-dessous développés , ont adopté les avis suivants à l’unanimité :

1" Sur la question du transport total des matières par le canal :

Considérant qu’une navigation extraordinaire , qui serait actuellement de 180,000 tonneaux par an , et dont l’augmentation rapide serait un fait inc vi-

YOIUIF.S.

labié, de viendrait nécessairement gênante pour le commerce et pour lis voyageurs qui fréquentent le canal ;

Qu’un pareil transport de jour et de nuit pourrait , sur toute son étendue, répandre dans l’air, d’une manière presque permanente, l’infection qui s’exhale

souvent des tonnes de vidange ;

Qu’il exigerait un service compliqué pour le maniement des tonnes, et qu’il serait forcément interrompu par le chômage du canal ;

Qu’enfin ce mode de transport aurait le grave inconvénient de pouvoir nuire aux eaux. qui sont distribuées dans Paris et les discréditer aux yeux du public;

La commission est d’avis :

Qu’il convient de restreindre autant que possible le transport des matières de ’ la vidange par le canal de l’Ourcq , et d’embarquer les tonnes dont on ne pourra pas envoyer autrement le contenu à la voirie dans des bateaux pontés, dont les eaux ne puissent jamais être rejetées dans le canal.

2° Sur la question de l’elficacilé d’une conduite pour l’écoulement de la partie liquide des vidanges:

Considérant que la plus grande partie du volume de ces matières est liquide; que cette portion va continuellement en augmentant, sans que l’on puisse prévoir le terme de cette augmentation ; qu’elle provient, surtout, de la plus grande quantité d’eau jetée dans les fosses d’aisances ; que cette partie est déjà extraite de ces fosses par les vidangeurs, au moyen de pompes et de tuyaux;

Considérant qu’il sera possible de produire par une machine à vapeur une 1 force suffisante pour envoyer ces matières à la voirie de Bondy par une conduite, comme M. Mary l’a proposé ; que cette conduite aura l’avantage considérable de débarrasser le canal , d’éviter l’infection sur le trajet et de diminuer considérablement les dépenses de transport ;

La commission est d’avis :

Que le projet d’une conduite pour l’écoulement de la partie liquide des matières est admissible , et que l’administration municipale doit lui donner la préférence sur celui du transport total par bateaux.

3° Sur la question relative au point de départ de la conduite :

Considérant que, malgré toutes précautions , il ne sera pas possible d’affranchir entièrement le voisinage des inconvénients de l’arrivée sur un même point et du dépotement de toutes les tonnes de vidange;

Considérant que la voirie de Monlfaucon est près de Paris, entre les communes de Belleville et de la Villette, au milieu d’une population nombreuse, qui s’ac- ] croît encore chaque jour, qui souffre depuis longtemps d’un pareil voisinage, et qui doit d’autant plus compter sur l’éloignement complet de tout service de 1 vidange que, par plusieurs délibérations, le conseil municipal de Paris a déjà adopté cette suppression ;

Considérant que le port d’embarquement a été créé pour servir au départ de i toutes les matières ; qu’il est déjà consacré à ce service; qu’il est à 1500 mètres plus loin de Paris que la voirie de Montfaucon ;

La commission est d’avis qu’il ne faut pas établir le point de départ de la conduite de Monlfaucon, mais en faire une annexe du port d’embarquement, en le plaçant au delà de ce port , du côté des fortifications , de manière que le trajet actuel des voiliu'es de vidange ne soit pas changé pour y arriver.

Y 01 lll ES.

U" Quant aux autres dispositions , en ce qui touche la matière de la conduite: Considérant que la couche inférieure de bitume et l’étamage de la tô e poui roni être , avec le temps , attaqués et dissous par le gaz ammoniacal qui se dégagera des matières fécales,

' La commission est d’avis qu’on pourrait essayer les tuyaux de grès fabriques à la presse hydraulique , et n’employer, aussi comme essai, les tuyaux c c tee étamée et bitume, que s’il n’était pas possible de se procurer des premiers. Le bitume naturel doit être , en ce cas, préféré au bitume de gaz.

En ce qui concerne la disposition des hangars pour le déversement des

vidanges:

La commission pense qu’ils devront être remplacés par des galeries voutees et divisées en trois compartiments fermés , à la suite l'im de l’autre , de manière que, chaque voiture étant entrée dans le premier, on puisse en fermer la porte extérieure avant d’ouvrir celle du compartiment du milieu , où la tonne sera ensuite introduite pour y être vidée dans la fosse, les deux portes de chaque coté étant hermétiquement closes. La sortie devra avoir lieu avec les memes pié-

cautions que l’entrée.

Les galeries et la fosse devront être ventilées, non seulement par l’appel du foyer de la machine à vapeur et d’une cheminée très élevée , mais encore au moyen d’un mécanisme spécial de ventilation.

La commission pense, en outre, qu’il serait utile de faire répandie pai un semblable mécanisme une poudre désinfectante dans 1 intérieur de 1 établis-

sement.

Elle croit aussi qu’il serait nécessaire de faire saupoudrer les tonnes de la même poussière.

Au moyen de ces précautions et des autres précautions du projet de M. Mary, la commission pense que l’établissement qu’il s'agit de créer, qui sera d’ailleurs fermé pendant le jour et pendant la première partie de la nuit, n’aura pour le voisinage que l’inconvénient inévitable , dans tous les systèmes présentés , du concours de toutes les voitures de vidange sur un même point.

H APPORT DE L'INGÉNIEUR EN CHEF DU SERVICE MUNICIPAL SUR LES OBSERVATIONS AUXQUELLES A DONNÉ LIEU L’ENQUÊTE SUR LE DÉPOTOIR DE MATIÈRES FÉCALES PROJETÉ A LA VIOLETTE (23 JUIN 18/13).

L’enquête ouverte à la Villelle sur le projet d’établissement d’un dépotoir pour l'envoi par une conduite à Bondy, des liquides provenant des fosses d’aisances de Paris, a donné lieu à plusieurs oppositions et à des adhésions que nous allons passer successivement en revue.

Les oppositions les plus vives viennent de M. le maire de la Villettc et des habitants de cette commune; elles sont toutes fondées sur cette hypothèse (pie l’établissement projeté répandra autant d’exhalaisons insalubres que les bassins actuels de Montfaucon ; que, par conséquent, tous les environs souffriront autant de son voisinage que de celui de la voirie actuelle.

Une seule des oppositions contient un essai de critique des moyens proposés pour prévenir les inconvénients du transvasement des liquides.

VOIRIES

Le rédacteur pose d’abord comme un principe éternel l’impossibilité de détruire une odeur, de brûler de l’hydrogène sulfuré.

Il conclut ensuite de la désapprobation avec laquelle aurait été reçue la proposition faite en 1810 pour brûleries matières fécales, que l’on repoussera également le projet d’écouler les liquides par une conduite.

Enfin, il affirme qu’il sera impossible de réaliser cet écoulement des liquides par une conduite, attendu, dit-il, que la conduite posée en 1809 ou 1810, pour écouler les eaux vannes de Montfaucon dans l’égout du canal Saint-Martin, reste enfoncée sous le sol après avoir coûté 150,000 francs.

Les opposants, et M. le sous-préfet de Saint-Denis avec eux, proposent, pour remédier aux inconvénients qu’ils signalent, le transport de tous les récipients, soit par le canal, soit par un chemin de fer à établir sur la digue droite de ce canal, soit enfin par la route.

Le conseil municipal de la Villetle rappelle, à ce sujet, les délibérations dans lesquelles le conseil municipal de Paris a successivement discuté les moyens de transport, et en conclut que l’on doit revenir à l’emploi de l’un de ces moyens, ou à tous les trois, si cela est nécessaire.

Les adhésions données au projet soumis à l'enquête, sont un peu plus explicites que les oppositions. Les adhérents estiment que si l’établissement était créé à Montfaucon, comme on l’a proposé, il faudrait reprendre là les matières solides déposées dans les citernes, pour les mener au port d’embarquement ; qu’ainsi il y aurait deux lieux distincts affectés à ce service ; que d’ailleurs, les dispositions projetées donnent toute garantie sur les résultats à en attendre ; mais que si, par impossibilité, des dégagements de gaz avaient lieu par la cheminée, il n’en résulterait aucun inconvénient pour la Villette, parce que, élevées beaucoup au-dessus des maisons, les exhalaisons seraient chassées par les vents d’ouest dans une direction opposée à celle de cette commune.

Dans toute cette affaire, les opposants à la mesure proposée raisonnent comme s’ils étaient dans une position ordinaire, c’est-à-dire comme si la commune de la Villette n’était pas grevée d’une servitude, et d’une servitude extrêmement fâcheuse, celle du voisinage des bassins de Montfaucon. Ils oublient que c’est pour faire cesser les plaintes de cette commune et de toutes les localités environnantes qu’on a cherché les moyens de déplacer le grand foyer d’infection de Montfaucon , et de l’établir sur un point où il ne peut porter préjudice à des propriétés privées.

C’est dans cette vue qu’a été choisi remplacement de la voirie de Bondy ; mais ce choix fait, et l’établissement créé, on s’est trouvé arrêté par les difficultés que l’on a rencontrées, lorsqu’il s’est agi d’y faire arriver la totalité des matières extraites des fosses d’aisances de Paris.

La première qui s’est fait sentir a été celle des récipients; on en a essayé de. plusieurs formes et dimensions, mais on a rien trouvé de satisfaisant, parce que les tonneaux de capacité moyenne mis en expérience auraient nécessité une main d’œuvre inexécutable. Postérieurement, et depuis l’invention des vidanges à la pompe, les entrepreneurs ont employé des tonnes de 2“‘,00 de capacité, avec lesquelles le service aurait pu se faire il y a quelques années, mais non sans de graves inconvénients, car les grosses tonnes , incessamment détachées de leurs trains, auraient nécessairement éprouvé de fréquentes avaries dans les rues de Paris.

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