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Nous avions cependant supposé l’emploi de ces tonnes dans les propositions que nous avions faites pour le transport, soit par bateau* soit par chemin (le fer. Mais si le transport, à l’aide des tonnes de 2 mètres cubes de capacité, éta exécutable il y a plusieurs années, il ne l’est plus aujourdhui, a cause de 1 accroissement prodigieux du cube des vidanges, accroissement résultant et de l’établissement des fosses étanches , et surtout des habitudes de propieté intio duites dans toutes les classes de. la société. On conçoit, en effet qu avec un cube de A5,000 mètres, comme en 1815, ou même de 90,000 mètres, comme en 1828 on pouvait exécuter un transport ou par bateau ou par chemin de fer, mais avec les 180,000 mètres de 18A1, et les 350,000 mètres que 1 on peut prévoir dans douze ou quinze ans, il n’y aurait pas de transport possible, bailleurs en existât-il , si l’on songe à la nature de la matière transportée, a 1 odeur qu’exhalent les récipients, à la nécessité de les taire circuler le jour pour qu ils rentrent vides la nuit, on comprendra que l’on ait reculé devant une mesure qui substituerait à la voirie de Montfaucon une voirie ambulante de trois lieues de longueur ; on comprendra également que nous n’ayons pas persisté dans la proposition que nous avions faite de placer le dépotoir à Montfaucon, ccst-adire de conserver pour un même service deux établissements éloignés 1 un de l’autre de 1,500 mètres; on comprendra enfin que, pour éviter tous les inconvénients que nous venons de signaler, nous ayons conçu le projet d un établissement qui n’offrira aux voisins d’autre gène que celle que 1 on ne peut éviter dans aucun système, c’est-à-dire le passage nocturne de toutes les voi-
tures de vidange. t .
Quant à l’établissement même, si l’on veut bien lire la description qui a été jointe au projet d’enquête, on verra que toutes les dispositions sont prises pont qu’aucune odeur ne puisse se répandre au dehors. Nous allons les rappeler sommairement :
Lorsque l’on videra une tonne, elle sera placée dans le compartiment intérieur du dépotoir, et de doubles portes fermées pendant cette opération empêcheront toute communication de l’intérieur à l’extérieur.
Afin de diminuer les chances de dégagement de gaz, la bonde de vidange adaptée au fond des tonnes sera munie d’un cercle saillant avec rebord annulaire, au moyen duquel on fixera hermétiquement à ces tonnes un gros boyau de cuir attaché par son autre bout a la galerie qui îecevia lesmalicies icrsécs. Ce ne sera qu’après la pose de ce boyau que la bonde d’évacuation et la bonde d'aérage seront ouvertes, de sorte que le dépotage des tonnes ne donnera pas lieu à un dégagement de gaz plus fort que celui résultant de l’ouverture momentanée de la lunette d’une fosse d’aisances ordinaire.
Cependant pour qu’aucune accumulation de gaz infectant ne puisse sefaire dans le compartiment intérieur, on y entretiendra constamment en suspension une poussière de noir animal propre à détruire l’odeur, et un ventilateur en aspirera constamment l’air pour alimenter le foyer de la machine à vapeur qui servira à refouler les liquides à Bondy. De sorte qu’après avoir détruit l’odeur, on produira un courant d’air du dehors en dedans, et que l’établissement, filt-il infecté, ce qui ne peut pas être, aucune odeur ne pourra s’échapper au dehors.
Quant au gaz aspirés par le ventilateur, ils passeront dans le foyer de la machine à vapeur : là le gaz hydrogène sulfuré sera brillé, et les vapeurs ammoniacales, déjà naturellement moitié plus légères que l’air, seront ou décomposées
vomies.
ou lancées dans l’atmosphère à une assez grande hauteur pour n’êlre pas plus incommodes que celles qui s’échappent de l’établissement créé par AI. Mallet, au centre de la Villette.
Les matières solides restées dans les fosses en seront enlevées au moyen de tuyaux placés ad hoc dans les points bas de chacun des compartiments, et seront versées ou poussées directement dans des tonnes disposées dans un emplacement à ce destiné sous le logement du gardien. Ce sera là une sorte de vidange ordinaire ; mais comme elle sera faite dans un local fermé, n’ayant d’issue que dans le dépotoir, que les gaz qui s’y formeraient monteraient dans ce dépotoir et seraient aspirés par le ventilateur, on voit que cette manipulation ne pourra pas plus incommoder les voisins que le versement des matières dans les fosses.
Les dispositions que nous venons de décrire sont simples ; leur elhcacité est palpable ; tous les hommes impartiaux qui en ont pris connaissance les ont approuvées , elles permettent de faire la vidange même pendant les gelées , et cependant, au lieu de cela, les opposants à l’établissement projeté demandent que l’on opère le transport, soit par le canal, soit par un chemin de fer, soit par la grande route, car il n’y a pas un quatrième moyen.
Dans l’une ou l’autre de ces trois combinaisons, il faut tripler le matériel des vidangeurs, et pour les deux premiers, il faut rendre les tonnes amovibles, c’està-dire les disposer de manière qu’elles puissent cire détachées des trains et rattachées sans difficulté ; il faut donc tripler un matériel infect et infectant, et courir les chances de renversement et de rupture des tonnes sur la voie publique ; il faut pour couvrir ces frais de matériel, de chevaux et de charretiers, augmenter de beaucoup le prix des vidanges ; il faut qu’un transport actuellement nocturne se fasse de jour, et que par.conséquent les yeux et l’odorat aient à souffrir dans toute l’étendue de l’espace compris entre Paris et Bondy; il faut, suivant l’opinion unanime des entrepreneurs de vidange, que pour les temps de gelée on ait une voirie à la porte de Paris, ou que l’on cesse alors toute vidange, ce qui est impossible ; il faut enfin que les eaux qui servent actuellement à tous les besoins d’une grande partie de la population de Paris soient compromises par le transport incessant de tonnes de vidange.
Et tout cela, pourquoi? pour porter à Bondy un liquide plus ou moins chargé de matière fécale, mais qui coule parfaitement dans les tuyaux, comme on l’a éprouvé récemment, et que l’on peut par conséquent envoyer à Bondy par une conduite, sans inconvénient pour personne, et pour ainsi dire sans aucun frais.
Malgré toutes les considérations que nous avons fait valoir en faveur de l’établissement projeté, il se rencontrera peut-être encore des personnes timides qui diront : Mais que feriez-vous si le dépotoir infectait les propriétés voisines? Nous n’hésitons pas à dire : on l’abandonnerait. Une ville qui a sacrifié plusieurs millions pour supprimer Monifaucon ne reculerait certainement pas devant la perte qu’elle ferait sur un établissement dont la création ne lui aurait coûté que 232,000 francs, et qui pourrait être utilisé pour une industrie quelconque.
Ce n’est pas ici un spéculateur qui cherche à faire sa fortune sans s inquiéter du tort qu’il pourra faire à ses voisins; c’est la première ville du monde qui cherche la solution d’une question difficile, et qui, persuadée de l’efficacité des moyens qu’elle se propose d’employer, demande l’autorisation nécessaire pour les mettre à exécution.
[I résulte des détails dans lesquels nous venons d'entrer, que les oppositions faites contre la création du dépotoir projeté au port d’embarquement 11e sont fondées que sur des craintes vagues que rien ne justifie;
Que cet établissement, présenté par les opposants comme un nouveau Montfaucon, 11e ressemble en rien à c.e cloaque infect, et n’y ressemblerait même pas quand on n’y prendrait aucune des précautions indiquées pour empêcher le dégagement des gaz ;
Qu’enlin le transport par eau, réclamé parles opposants, aurait le quadruple inconvénient de grever de servitude, non seulement les alentours du port d’embarquement, mais encore toutes les localités traversées par les bateaux chargés de tonnes; d’accroître le prix de la vidange en forçant d’augmenter démesurément le matériel; de rendre la vidange impossible pendant les gelées, et surtout d’être devenu à peu près inexécutable par suite de l’accroissement énorme du cube des liquides.
Nous espérons donc que la ville de Paris sera autorisée à créer un établissement dont l’administration municipale n’a adopté le projet qu'après s’ètre assurée, par l’approbation unanime des savants, des ingénieurs, des membres du conseil des bâtiments civils, que les dispositions projetées permettraient de supprimer Montfaucon de la manière la moins onéreuse pour les populations voisines.