BUSSY, PAYEN (RAPPORTEUR
Monsieur le préfet , la commission spéciale chargée de soumettre au conseil de salubrité le projet de rapport sur la demande précitée que vous avez renvoyée à son examen s’est assemblée plusieurs fois afin de discuter et d’approfondir toutes les questions qui pouvaient surgir de cette demande des oppositions et des adhésions qu’elle a rencontrées.
Admettant tout d’abord les motifs graves d’utilité publique qui ont décidé le conseil municipal à voter l’éloignement de l’énorme foyer d’infection dû aux manipulations des poudrettes, et regardant comme une nécessité aujourd’hui indispensable le transporta Bondy de ce dégoûtant travail, la commission a cru devoir examiner s'il convenait que le point de départ du liquide et des solides fût le même, comme la demande l’indique, ou s’il serait préférable de diviser le départ en deux localités, l’un servant à l’embarcation des solides à l’endroit désigné dans la demande, l’autre s’appliquant aux liquides et pouvant être choisi au lieu même où la voirie de Montfaucon existe. Cette dernière opinion fut soutenue par la minorité de la commission , et bien qu’en la discutant avec soin durant deux séances la commission soit peut-être allée au delà des limites qui lui étaient tracées, nous avons pensé qu’en un sujet si important il valait mieux étendre que restreindre le champ de nos observations. Nous croyons donc devoir vous rendre compte de l’opinion de la minorité sur cette sorte de question préjudicielle et des motifs qui ont amené le vote définitif de la majorité.
VOlillHS.
L'établissement du dépotoir, a-t-on dit, quelque précaution que l’on prenne, aura pour le. voisinage des inconvénients, et il vaut mieux le fonder là où existe une servitude beaucoup plus grave : alors on aura amélioré l’état des choses en celte localité , et rembarquement seul des matières solides s’opérant à la petite Villetlc où il se fait aujourd’hui pour les produits des fosses mobiles, on aura changé peu de choses dans celte deuxième localité, en sorte que tous les intérêts seront satisfaits et que personne n’aura à se plaindre.
Voici maintenant les motifs (pii ont empêché la majorité d’adopter cet avis:
1" En divisant l’établissement de dépotage et d’embarquement , on en rendrait l’administration et la surveillance plus coûteuses, plus difficiles et moins efficaces.
2° Les inconvénients possibles de quelque odeur, ne fût-ce qu’aceidentelleinent, seraient légers dans la localité de la petite Villetlc, éloignée des habitations, distante de plus de 1000 mètres au delà de Monlfaucon des murs de Paris, ne recevant que sur des terres en culture l’influence des vents qui régnent presque toute l’année, et qui d’ailleurs ne se dirigeraient que vers des établissements industriels.
3° En de telles circonstances, le dépotoir doit à la petite Villette augmenter la valeur des terrains vacants ; il diminuerait la valeur des propriétés bâties auprès de la capitale.
!X " L’accès des voitures chargées est difficile vers Montfaucon , surtout dans l’hiver, en raison de la hauteur à laquelle se trouve placé Montfaucon; il est facile en tous temps dans le trajet direct à la localité choisie.
5° 'l'outes les matières solides déposées dans les réservoirs du nouvel établissement devraient être dirigées par un service spécial de voitures qui traverseraient des rues plus ou moins encombrées pour se rendre au port d’embarquement, créant ainsi un double transport et une véritable servitude dans tous les quartiers intermédiaires.
6° La suppression de la voirie actuelle profitera d’ailleurs évidemment à la commune de la Villette, qui est elle- même en ce moment sous l’influence de cette ancienne et si grave servitude.
7" Enfin , et celle raison est décisive , si malgré toutes les précautions qui seront prises dans la construction de la conduite, une cause accidentelle, imprévue, la faisait rompre à une distance quelconque du dépotoir, la réparation serait facile et n’entraînerait aucun danger sur le point choisi , puisqu’elle suit le talus extérieur de la digue du canal du côté des champs, tandis que si la conduite part de Montfaucon, sa rupture dans la petite Villette aurait les plus graves inconvénients au milieu des quartiers habités que forcément elle devrait traverser pour arriver au canal.
La majorité delà commission regarde donc la localité choisie pour rétablissement du dépotoir comme de beaucoup préférable à celle de Montfaucon.
La commission , après avoir éliminé cette difficulté première, a soumis à un examen très attentif le projet qu’elle avait sous les yeux, les plans et pièces diverses à l’appui, les améliorations qu’il serait encore possible d'y apporter: sur tous ces points scs membres furent unanimes dans les votes qu’ils ont émis.
Le projet d’établissement du dépotoir conçu, rédigé et dessiné par un de nos collègues, M. Mary, ingénieur en chef, a déjà été l’objet d’un examen au sein
VOtlllKS. U<1
d'une commission désignée par M. le préfet de la Seine , sur la demande du
conseil municipal. , ,
Cette commission avait indiqué plusieurs précautions qui lurent introduites
dans le projet et reçurent aussi l’approbation du conseil municipal.
C’est le travail ainsi préparé que nous allons vous faire connaître , en y ajoutant l’indication de quelques améliorations que nous avons concertées entre nous et que notre collègue , M. Mary, admet comme utiles et faciles à réaliser. Après cet exposé des moyens qui doivent être mis en pratique , la discussion des faits allégués par les opposants et les adhérents aura une base plus certaine, et nous vous soumettrons notre avis à cet égard.
(Ici le rapport reproduit les projets et la discussion développée par M. l’ingénieur en chef Mary dans la pièce précédente. Il se termine ensuite par les considérations suivantes. )
L’établissement projeté ne nous semble en aucune façon justifier les appréhensions des opposants, il est certain au contraire que sa création et les diverses mesures qui s’y rapportent supprimeront sans retour les graves servitudes qui pèsent aujourd’hui sur les propriétés de ces opposants eux-mêmes et de tous les environs de la voirie actuelle.
Sans doute on doit désirer vivement que le déplorable système de fabrication des poudrettes dans de vastes emplacements disparaisse un jour de la localité deBondy où il va être repoussé et de toute autre ; on doit espérer que les améliorations de procédés de vidange et de désinfection concourront avec les applications agricoles perfectionnées à faire employer directement et sans putréfaction inutile les produits des vidanges, en se conformant aux données de la science que la pratique a déjà sanctionnées.
Mais aujourd’hui l’établissement en question nous semble de nature à délivrer immédiatement les localités rapprochées de Paris et celles même d’où partent les oppositions, des énormes quantités d’émanations infectes du vaste foyer de Montfaucon.
L’emplacement choisi nous paraît bien situé ; en conséquence , nous proposons d’accorder l’autorisation de construire l’établissement projeté , à la condition expresse que toutes les mesures recommandées ici seront réalisées.
La commission s’est préoccupée de la conduite au moyen de laquelle les matières liquides doivent être renvoyées à Bondy, et son rapporteur, pour s’éclairer sur ce sujet, a visité avec le plus grand détail l’établissement où ont été fabriqués les tuyaux de tôle et bitume de la conduite déjà posée pour l’évacuation des urines de Bondy, conduite qui doit servir également à l’envoi des matières dans cette voirie. Il croit devoir consigner ici le résumé de ses observations.
Les tuyaux, de 2 mètres 50 centimètres de longueur, sont fabriqués avec des feuilles de tôle d’un seul morceau, et de 2 millimètres d’épaisseur. La première opération à laquelle on procède est le décapage et l’étamage d’une des faces et des lisières de l’autre face. L’étamage se fait avec un alliage d’étain, de plomb en forte proportion, d’antimoine, de cuivre et de zinc, ce qui donne à la couche appliquée sur la tôle une épaisseur plus considérable que dans l’étamage ordinaire.
Ces feuilles ainsi préparées sont roulées au moyen de trois cylindres, puis clouées et soudées sur toute la longueur de la suture , de manière à former des tuyaux p> ésentant un diamètre un peu plus considérable.
vont lus.
Dans cd «Hat , on passe l’extrémité la plus large dans un bout de laminoir, de manière à former une espèce d’emboîtement de (r,0fj environ de profondeur, C’est dans cet évasement que l’on coule un pas de vis femelle avec un alliage fort résistant et très adhérent à la tôle étamée. Un pas de vis mâle est coulé avec plus de facilité encore à l’autre extrémité du tuyau. Ces pas de vis se terminent par des ourlets saillants entre lesquels doit être comprimée la corde imprégnée d’une composition onctueuse de cire , de plomb à zinc et d’axonge, lorsque l’on met la conduite en place.
Quand les tuyaux sont ainsi préparés, on les soumet à une pression d’épreuve de vingt atmosphères.
Pour garantir de l’oxydation la paroi extérieure, on la recouvre d’une couche de bitume de 0m,02 d’épaisseur dans laquelle on fait pénétrer du gravier. La paroi intérieure est à son tour enduite d’une couche de 3 millimètres environ de bitume parfaitement lisse et brillante.
Ainsi toutes les parties de la tôle sont mises à l’abri de l’oxydation à l’intérieur par l’étamage et le vernis de bitume , à l’extérieur par la couche épaisse de bitume.
Des tuyaux ainsi fabriqués ont été placés dans les bassins de Montfaucon et de Bondy; et, retirés après huit et dix mois de séjour, ils n’ont présenté aucune espèce d’altération. Ce bitume était aussi brillant qu’au moment de son application sur la tôle.
Votre commission juge que ce mode de fabrication et ces épreuves donnent toute garantie sur le succès de la conduite employée comme elle doit l’être sous une pression d’une atmosphère et demie.
Voiries particulières. — On a vu que l’ordonnance de police du 8 novembre 1851 permettait le transport et le dépôt des matières solides désinfectées dans des locaux autorisés, véritables voiries de matières fécales exploitées par l’industrie privée. Mais cette autorisation n’est accordée qu’à la condition de désinfecter de nouveau les matières , de telle sorte que la désinfection soit permanente. Dans le but de favoriser cette fabrication des engrais animaux et plus encore d’intéresser les entrepreneurs à la généralisation des procédés et du système de désinfection préalable des vidanges, l’administration de la préfecture de police, suivant l'idée qu’avait suggérée anciennement Parent-Duchatelet , avait sollicité de l’autorité supérieure le déclassement des dépôts de matières fécales qui, passant de la première dans la deuxième catégorie des établissements insalubres, eussent été affranchis des formalités les plus rigoureuses de l’autorisation. Mais sur l’avis du Comité consultatif des arts et manufactures, ce changement dans le classement des établissements de voiries n’a pas été accordé par le ministre compétent; et ceux-ci restent, quant a présent, placés dans la première classe et soumis à la surveillance et aux conditions préalables qu’exigent les formes de l’instruction
VOIRIES
pour les établissements réputés les plus insalubres ou les plus incommodes.
Néanmoins, tout en approuvant hautement cette sage résolve, nous devons rechercher comment sont constitués ces etablissements, dont plusieurs, bien que non encore autorisés définitivement, se sont fondés aux environs de Paris, notamment ceux de M. Richer, dans le parc de Bercy, et de M. Encontre, à la Chapelle.
Les matières les plus solides, recueillies après 1 écoulement des liquides sur la voie publique, et désignées sous le nom de botelage , sont transportées à l’établissement ou, après avoir été soumises a des procédés de désinfection, qui constituent l’une des principales conditions de salubrité que nous aurons à examiner, elles sont converties en poudrettes ou en compost pour être débitées comme engrais. On a pu voir par les chiffres que nous avons rapportés et qui marquent le mouvement du dépotoir, que, malgré la concession faite à l’industrie privée, la quantité des matières que celle-ci exploite est bien peu considérable, puisque la différence des quantités de matières solides portées à Bondy, en 1850, avant l’organisation nouvelle, et, en 1851, après la mise en vigueur de l’ ordonnance, n’est guère que de 2,000 mètres cubes. Il laut faire remarquer à cet égard, que l’exploitation par les entrepreneurs de vidanges est loin d’avoir encore reçu tout le développement
qu’elle doit atteindre. Ainsi la voirie de Bercy n’utilise guère pour la fabrication des engrais que la dixième partie des matières vidangées par la compagnie Richer. Cela tient en partie a ce que l’enquête administrative n’est pas encore terminée, et que l’autorisation n’est que provisoire. Mais , de plus, il s’en laut de beaucoup, et il en sera toujours ainsi dans la pratique, que la désinfection dans les fosses d’aisances puisse être assez complète et assez générale pour que toutes les matières solides se trouvent dans les conditions fixées par l’ordonnance de police, en état d’être transportées autre part que dans la voirie publique.
Citernes à engrais. — Dans le nord de la France, comme d’ailleurs dans un grand nombre de pays étrangers , les matières extraites des latrines sont directement portées dans des fosses bien closes où elles séjournent plus ou moins longtemps, pour être ensuite, sans autre préparation, directement enlevées et répandues sur le sol. Ces fosses, qui, dans la Flandre française, sont désignées sous le nom de citernes à engrais , sont assimilées à de véritables voiries de matières fécales, et rangées comme telles dans