‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 120 sur 130 · VOMIES · texte numérisé non relu

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la première catégorie des établissements insalubres et incommodes. Il n’y a cependant pas une complète analogie entre les dépôts ordinaires de vidanges et les citernes à engrais. Dans les premiers, les matières à l’état demi-solide sont accumulées en grande masse pour être réduites, soit spontanément, soit artificiellement, sous forme pulvérulente, et elles exhalent librement pendant toute la durée de cette opération leurs principes volatils et gazeux dans l’atmosphère; dans les secondes, les matières toujours liquides sont déposées dans des réservoirs clos souterrains et proportionnellement de très faible dimension ; elles ne subissent pendant leur séjour dans les citernes aucun changement, et sont jetées fluides sur le sol à fertiliser : le seul inconvénient qu’elles présentent réside dans des émanations fétides qui s’échappent seulement lors du chargement et du déchargement de l’engrais.

Aussi est-ce avec juste raison que le conseil central de salubrité du département du Nord s’est presque chaque année élevé avec force contre le classement des citernes, en faisant ressortir l’utilité de ces annexes obligées de toute exploitation rurale llamande, et l’importance qu’il y aurait, dans l’intérêt de l’agriculture, à dégager l’instruction des demandes qui les concernent des longues et dispendieuses formalités qu’elles exigent dans l’état actuel des choses. Sur un rapport de M. Brigandat, des instances nouvelles, tendantes à reporter de la première dans la seconde classe les caves à engrais, ont été adressées , sous la date du 3 juillet 1SZ|3, à M. le préfet, avec prière de les transmettre à l’autorité supérieure. Par lettre en date du h décembre 18Zi3, M. le ministre de l’agriculture et du commerce a fait connaître que : « Les citernes ou caves, très nombreuses dans le département du Nord, rentrent dans la catégorie des dépôts de matières provenant de la vidange des latrines ou des animaux destinés à servir d’engrais, et doivent être maintenues, avec ceux-ci, dans la première classe, conformément à l’ordonnance royale du 9 février 1825. Tout changement entraînerait à sa suite, ajoute 31. le ministre, une loule d’abus qu’il vaut mieux prévenir que d’avoir à réprimer. D’ailleurs, cette proposition n’est pas nouvelle, et toutes les fois qu’elle s’est produite, elle a été jugée inadmissible. Seulement, lorsqu’il s agit de citernes aux engrais, hermétiquement fermées, telles enfin qu elles existent dans le Nord, le conseil d’État est disposé à user de tolérance dans les permissions à accorder, comme le prouvent plusieurs ordonnances rendues récemment. Je ne puis donc, mon-

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sieur le préfet, que vous inviter à continuer de faire instruire les demandes en autorisation d’établissements de cette nature, dans la forme que prescrivent, pour les ateliers insalubres de première classe, le décret du 15 octobre 1810 et l’ordonnance réglementaire du là janvier 1815. »

L’insuccès des sollicitations du conseil ayant été en partie attribué au peu de développement des motifs péremptoires, suivant lui, qui devaient faire prononcer la réforme réclamée, il fut décidé qu’un rapport plus circonstancié serait encore produit sur ce sujet, afin de faire statuer de nouveau et en plus parfaite connaissance de cause, sur la modification déjà tant de fois proposée.

Cette question est trop neuve et d’un trop grand intérêt pratique, pour que nous ne nous empressions pas de citer un extrait du rapport de M. Loiset.

« Le conseil central de salubrité s’est, depuis longtemps et dans diverses circonstances , vivement préoccupé de l’influence fâcheuse que pouvait exercer sur les'progrès agricoles l’assimilation des citernes à engrais en usage dans une grande partie du Nord, à la première classe des établissements incommodes ou insalubres ; mais ses réclamations, quelque pressantes qu’elles aient été, sont restées sans résultat, et l’autorité supérieure, répondant aux dernières observations qui lui étaient adressées à ce sujet, déclarait que ces sortes d’établissements rentrent dans la catégorie des matières provenant de la vidange des latrines ou des animaux destinés à servir d’engrais, et devaient être maintenus avec ceux-ci dans la première classe, conformément à l’ordonnance royale du 9 février 1825; elle ajoutait : Que tout changement, sous ce rapport, entraînerait à sa suite une foule d’abus qu’il vaut mieux prévenir que réprimer, et que, d’ailleurs, toutes les fois que cette proposition s’était produite, elle avait été jugée inadmissible.

» Vous n’avez pas cru que cette décision, déjà plusieurs fois renouvelée, fût pourtant irrévocable, et vous avez pensé qu’il convenait, dans l’intérêt de la prospérité des campagnes, de reproduire derechef des instances tendantes au déclassement de ces accessoires obligés de nos exploitations rurales flamandes, en appuyant ces instances de détails circonstanciés, qui pussent mieux faire apprécier que par le passé l’utilité, la justice, et surtout l’importance de la modification sollicitée ; vous avez même fixé la plus prochaine demande dont vous seriez saisis pour autorisa-

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lion de citernes à engrais, comme devant conférer au commissaire qui en serait chargé la mission d’exposer les considérations qui tendraient à ce but : c’est pour obéir à cette prescription que je vais avoir l’honneur de vous entretenir de faits qui, pour être très vulgaires dans nos localités, n’en sont pas moins dignes d’être médités dans l’intérêt de la prospérité rurale de la France entière.

» Vous savez, messieurs, que si l’ancienne châtellenie de Lille a tant de célébrité dans les fastes de l’agriculture, si elle est justement considérée par les agronomes comme le berceau et la source des assolements perfectionnés, elle le doit surtout à l’art, qui, dès les époques les plus reculées, a toujours distingué ses cultivateurs pour créer, multiplier et faire un emploi habile des agents de fertilisation; les ressources immenses qu’ils ont su tirer des engrais liquides , et notamment du produit des vidanges, ont été l’objet de l’admiration de tous les auteurs qui ont décrit les secrets de leurs belles et productives cultures.

» Désignés sous les noms de courtes graisses , de gadoue, ou simplement de tonneaux, ces engrais liquides sont précieusement recueillis dans les campagnes comme dans les villes qui entourent Lille. A cet effet, les écuries et les étables sont pourvues de réservoirs de maçonnerie destinés à recevoir les urines ; les fosses d’aisances sont également citernées avec soin, de manière à prévenir l’infiltration des parties liquides et à maintenir les vidanges dans un état de lluidité complète. L’extraction de ces matières est fréquemment opérée ; elles sont transportées dans des caves de maçonnerie situées à des distances variables des fermes et sur les bords d’une route ordinairement pavée, à l’extrémité du plus grand champ de l’exploitation. Le fond de la cave est pavé de grès, et les quatre murs et la voûte cylindrique qu’ils portent sont faits de briques, puis enduits d’une couche épaisse de chaux hydraulique qui les rend imperméables. On laisse à ces caves deux ouvertures, l’une dans l’épaisseur de la voûte et dans le milieu, l’autre dans le mur du nord : la première sert à introduire et à enlever les substances ; elle se ferme avec un volet épais de chêne, portant cadenas; la seconde, plus petite, dirigée au nord, donne accès à l’air.

» Le transport des matières ne peut avoir lieu dans les villes qu aux heures lixées par des règlements de police locale ; il se fait a l’aide de chariots ordinairement chargés d’une dizaine de tonneaux, et ceux-ci ont une contenance environ de 2 hectolitres :

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arrivés sur 1rs lu on laisse l’engra

monter lentement avant de le répandre sur les terres.

» Les fosses contiennent moyennement de 600 à /00 tonneaux , les plus grandes vont jusqu'à 1100 ou 1200, et ne dépassent conséquemment pas 2400 hectolitres , ou 240 mètres cubes; parfois il en existe deux ou trois adossées les unes aux auties. D’après des relevés officiels faits en 1843 par l’administration municipale de Lille, la quantité d’engrais liquide, fournie annuellement à l'agriculture par cette ville, s’élèverait «à 558,228 tonneaux (1) ; ce qui ferait supposer, pour la totalité de 1 arrondissement, une quantité au moins égale à 2,292,197 tonneaux de courtes graisses : or, d’après l’estimation de nos cultivateurs, 10 tonneaux étant l’équivalent d’une voiture de fumier, cette masse énorme de matière fertilisante représenterait 230,000 voitures de fumier, ce qui donnerait, pour nos 80,000 hectares productifs de l’arrondissement de Lille, 2 voitures 9/10 par hectare, c’est-à-dire près de moitié en sus de la fumure moyenne par hectare fournie par la population animale de toute la France.

» On se tromperait beaucoup, si Ion admettait que le système flamand d’opérer les vidanges n’est, sous le rapport agricole, que d’une faible économie, comparativement au système généralement employé en France pour la même opération. A Paris et ailleurs, sauf les ingénieux perfectionnements introduits récemment dans leur érection et dans leur exploitation, les fosses d aisances sont encore généralement construites de manière, soit à perdre complètement les produits , soit au moins à laisser filtrer la partie la plus liquide des matières qu’elles sont destinées à recevoir; de là une première source de diminution dans la quantité de cet engrais; d’un autre côté, les produits gazeux de la fermentation n’étant plus retenus par la masse fluide, se dégagent dans l’atmosphère, y deviennent une cause d’incommodité et d’insalubrité ■ pour l’homme et les animaux, et constituent, pour la culture, une nouvelle perte à ajouter à la première; enfin , après leur extraction , ces résidus, parvenus à un état de demi-solidité, sont exposés en masse considérable à une évaporation plus ou moins

(1) Ce nombre paraîtrait exagéré, si l’on ne savait pas que les servantes, dans la vue d’accroître les profils qui résultent pour elles de l’abandon qu’on leur fait de la ! vente des vidanges, sont dans l’usage do les allonger on y ajoutant beaucoup d’eaux ménagères et mémo de l’eau pure.

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prolongée, et subissent ensuite le traitement <jm doit les réduire à l’état pulvérulent, sous lequel ils sont désignés par le nom de poudrette; mais cela ne peut se faire sans que les émanations ammoniacales, agents puissants de stimulation et de nutrition pour les végétaux , ne soient encore perdues dans l'atmosphère, à laquelle elles transmettent, dans un rayon d’une grande étendue, des propriétés, sinon toujours délétères, du moins aussi désagréables que repoussantes.

» L’infatigable activité de l’habitant du Nord a su prévenir l’immense déperdition de ce principe fertilisant. Dans ses pratiques, il a précédé les théories récentes de nos plus habiles chimistes sur les engrais; il a compris qu’en retenant et dissolvant les produits volatils de la décomposition des matières animales, il pouvait fournir au végétal les éléments les plus immédiatement assimilables, ceux dont l’absorption importait le plus à l’abondance et à la perfection des récoltes. L’observation et l’expérience, devançant pour lui la science, lui ont donc permis d’utiliser complètement une force de production agricole d’une grande énergie, mais presque inconnue partout ailleurs, et dont le judicieux emploi serait de nature à changer la face de l’agriculture française.

» Sous le rapport hygiénique, la méthode llamande de traiter les vidanges , sans être exempte de tout inconvénient, n’en présente pas moins une grande supériorité sur le mode employé dans le reste de la France et dans les Etats limitrophes : on en trouvera la démonstration par la comparaison des divers procédés propres à chaque système.

» Dans l’arrondissement de Lille, la lluidité des vidanges permet leur extraction des latrines, sans descendre dans les fosses, ce qui écarte tout danger d’asphyxie ; tandis que partout ailleurs, et hors le cas des perfectionnements mentionnés plus haut, cet accident frappe trop fréquemment et parfois mortellement les ouvriers chargés de ce travail.

» Quant au transport de ces matières, il est analogue dans l'un et l’autre mode, et il est soumis à des prescriptions réglementaires presque semblables dans toutes les communes urbaines.

» Mais c’est surtout quant au dépôt des vidanges qu’il existe, suivant les lieux et au point de vue de la salubrité, des différences considérables. Disséminées ici dans des milliers de sortes de vases clos souterrains, où elles sont abandonnées au repos et à une basse température qui ralentit leur fermentation, elles n’y occasionnent

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pas plus d’incommodité que les latrines ordinaires de nos habitations ; tandis que là où ees matières sont accumulées par masses considérables, en plein air, exposées a toutes les iniluenccs météorologiques et soumises à des manipulations diverses, circonstances qui concourent à donner a leurs émanations une grande intensité, elles produisent cette horrible infection qui se résume dans le nom si connu de Monl faucon.

» Comme témoignage du peu de gravité des inconvénients attachés aux citernes à engrais, telles qu’elles sont construites dans le Nord, il suffit d’analyser les nombres repris dans le tableau suivant :

TABLEAU DES DEMANDES EN AUTORISATION POUR LA CONSTRUCTION DE CAVES A ENGRAIS SOUMISES AU CONSEIL CENTRAL DE SALUBRITÉ DU DÉPARTEMENT DU NORD, DEPUIS SA CRÉATION.

Report.

Total.

» Ces demandes se répartissent par arrondissement comme suit :

Arrondissement de Lille 22

Arrondissement dTIazebrouck 4

» Malgré les solennités de l’enquête de première classe, sur ces vingt-six demandes, il n’en est que trois qui aient soulevé des oppositions. Dans la première, on réclamait que la citerne fût portée à 30 mètres d’un cabaret voisin; dans la seconde, on se bornait à solliciter un éloignement de 16 mètres; enfin dans la dernière, il s’agissait d’une cave à engrais qui devait être construite au-dessous d’une habitation contiguë à une autre maison ; construction qui fut pourtant régulièrement approuvée.

» Ces appareils des exploitations rurales flamandes ne sont pas également répandus dans tout le département du Nord; les arrondissements de Douai, Cambrai, Valenciennes et Avesnes en sont généralement dépourvus; ceux de Dunkerque et Hazebrouck en

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possèdent un grand nombre-; mais c’est particulièrement dans l’arrondissement de Lille qu'ils sont tellement multipliés, que chaque manoir en possède plusieurs. L’est ce qui a l'ait dire à un agronome, à la lois homme d’Etat et poète, François de Neufchâteau, <[ue le dieu Sterculiusy avait plus d’autels que d’habitations et autant de desservants que d’habitants.

» Cependant, par l’effet des progrès de l’art agricole, la pratique des engrais liquides ne reste pas stationnaire ; elle se propage de proche en proche et permet d’exercer la plus heureuse influence sur le développement des richesses rurales du nord de la France, si la routine et les préjugés n’apportent pas d’obstacles à son adoption.

» L’est particulièrement l’assimilation des citernes à engrais à la première classe des établissements incommodes ou insalubres, qui est de nature à retarder ce mouvement améliorateur ; non seulement les longues et dispendieuses formalités que les affaires de cette catégorie ont à subir sont onéreuses et fatigantes poulies cultivateurs, mais elles ont de pins -le-grave- inconvénient de faire surgir de nombreuses oppositions partoutoù ces sortes d’établissements ne sont pas anciennement connus et n’y ont pas acquis, pour ainsi dire, un droit de cité. Il en résulte que pour la création d’une simple annexe d’exploitation, on a à triompher des mêmes difficultés que s’il s’agissait delà translation du clos si célèbre qui sert de réceptacle aux vidanges de Paris.

» Vainement objecterait-on que les citernes à engrais rentrent nécessairement, d’après la législation en vigueur, dans les dépôts provenant des vidanges. Nous avons démontré que les principales conditions de leur existence ne présentent aucune similitude avec ces derniers; que, dans un cas, les substances tout à fait liquides sont retenues en repos et en petites quantités dans des espaces clos et frais, d’où elles ne laissent exhaler que peu d’odeur et à une faible distance ; tandis que, dans l’autre cas, réunies à l’état demi-solide, en plein air et par masses considérables, subissant d’ailleurs diverses manipulations, elles répandent au loin des émanations fétides insupportables.

» La crainte des abus qu’on semble redouter du déclassement des caves à engrais n’est pas mieux fondée ; car si certaines industries ont vu s’abaisser les barrières de leur classification primitive, moyennant l’accomplissement de conditions déterminées , il a bien pu arriver que celles-ei ne fussent pas de nature à passer

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fructueusement dans la pratique, ou quelles aient ete impunément écartées par les fabricants, de manière à laisser les inconvénients de leurs usines dans toute l’intensité qui les avait de prune abord fait ranger dans une autre catégorie; mais il n en saurait évidemment être de même ici; car, d’une part, 1 expérience de plusieurs siècles s’est prononcée sur l’inanité des citernes à engrais, et les différences qui les séparent des dépôts des matières provenant des vidanges sont aussi faciles à exprimer qu’à constater.

» Sans donc vous arrêter au rejet de la proposition que vous avez plusieurs fois réitérée, et que les faits relatés ci-dessus élèvent à la hauteur d’une grave et importante question, tout à la lois agricole et hygiénique, vous persisterez dans les vues d’utilité publique qui vous ont déterminés à réclamer de l’autorité compétente, que les citernes à engrais, telles quelles sont construites dans le département du Nord, soient enfin portées de la première dans la deuxième catégorie des établissements dangereux et insalubres. » , .

Ce remarquable rapport n’eut pas, près de 1 autorité supérieure,

plus de succès que les précédentes réclamations; et, par une lettre ministérielle du 5 octobre 1846, le classement des citernes à engrais dans la première catégorie lut maintenu. Cependant le conseil de salubrité, fermement convaincu qu’il s’agissait, dans cette question , des plus graves intérêts, a renouvelé jusque dans ces derniers temps ses démarches près de l’administration, et a de nouveau, en 1850, appelé 1 attention du ministère sur les demandes qu’il avait précédemment formées.

Nous ne terminerons pas sur ce point sans signaler 1 analogie (jui existe entre ces citernes à engrais de nos départements du Nord et les fosses qui existent dans certaines parties de la Belgique, en Écosse, dans d’autres lieux encore, voire même en Chine. Nous citerons enfin, comme une particularité curieuse, ce

qui se passe en Irlande. Là où la tourbe est tellement abondante qu’elle recouvre une surface de trois millions d’acres, on l’utilise pour construire de grandes fosses destinées à recevoir les matières fécales. Cette tourbe, préalablement calcinée, les désinfecte complètement et constitue , ainsi mélangée , un compost dont la valeur comme engrais est très considérable. 11 y a là, à la fois réunis, le système des citernes à engrais et celui de la désinfection des matières dont nous aurons plus loin à examiner l’inlluenee dans l’assainissement des voiries de matières fécales.

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Conditions d’insalubrité des voiries de matières fécales. — Les différentes espèces de voiries de matières fécales que nous venons de décrire présentent des conditions communes d’insalubrité qu’il nous reste à indiquer. Nous devons toutefois faire observer que nous entendons parler seulement de l’insalubrité relative qui résulte des émanations plus ou moins putrides qu’exbalent ces cloaques. Sous celte réserve, les conditions que nous avons à examiner se rapportent 1° à la topographie des voiries, 2° à la nature des matières , 3° au système de vidanges , h° au mode d’exploitation des voiries.

1° L’emplacement sur lequel est établie la voirie est une condition capitale. Outre qu’elle ne doit être ni trop distante ni trop rapprochée du centre de population dont elle dépend, on comprend que les vents habituellement régnants dans la localité puissent exercer une influence considérable sur la dissémination et les effets des émanations putrides qui s’en échappent. Lors de la longue et intéressante enquête à laquelle a donné lieu l’établissement du dépotoir de la Villette, le conseil municipal de Paris, qui comptait dans son sein M. Arago, réfutant les objections du comité consultatif des arts et manufactures, fait ressortir l’importance de cette considération et rappelle que la Grande-Villette recevrait en plein les émanations de Montfaucon, parles vents du sud, qui régnent soixante-trois jours par an, et la Peti te-Villette par les vents de sud-ouest, qui souillent soixante-sept jours; tandis que le dépotoir, en lui attribuant tous les inconvénients imaginaires prédits par les opposants, et dont l’expérience a démontré l’inanité, n’enverrait guère ses émanations au centre de la Grande- Villette que par les vents d’est et de nord-est, qui ne régnent respectivement à Paris que vingt-trois et quarante jours par an; et que la Petite— Villette ne ressentirait ces mêmes effets que par les vents du nord et du nord-est, qui ne souillent respectivement que quarante et quarante-cinq jours.

Le sol sur lequel sont répandues les matières peut, suivant qu’il est perméable ou non perméable, sec ou humide, modifier de la manière la plus directe les conditions hygiéniques et économiques des voiries. La principale objection, et la plus fondée qui ait été laite au choix de l’emplacement de la voirie de Bondy, était tirée de la nature extrêmement humide du sol, dont les eaux menaçaient de venir se mêler aux vannes des bassins, qui, loin de diminuer par l’évaporation spontanée, auraient au contraire augmenté. Pu

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les tra-

reste, ces inconvénients ont été notablement atténués par le: vaux de conduite qui ont été exécutés depms 1 origine. La perméabilité du sol aurait cette grave conséquence de faciliter e

infiltrations qui, même au point de vue de assaimssem voiries, offrent, ainsi que nous le verrons , des . to*

Montfaucon, par exemple, les eaux vannes li li ai , .

fissures et les crevasses des bancs de plâtre ou étaient cieuses es puisards; arrivées à la couche de glaise qui soutier ces ba elles se répandaient dans tous les puits du faubourg du Ter |

on infectaient les eaux. . .

•2» La nature des matières et l'état dans lequel elles arrivent

aux voiries influent d'une manière extrêmement marquée sur la putridité et la violence des émanations. Lorsqu elles sont directement apportées au dépôt, au sortir des fosses, et sans avoir subi ni séparation ni désinfection, ainsi que cela se pratiquait dans anciennes voiries il y a encore peu d’années, on conçoit que la putridité acquière cette effroyable intensité que Montfaucon piesentait cà un si haut degré.

Mais il est une particularité très curieuse qui, encore aujouid’hui, peut faire comprendre l’influence de la nature des matières sur l’insalubrité des voiries : c’est la différence qui existe dans la

consistance et dans l’odeur des matières fécales, suivant leur provenance. Les vidangeurs et les ouvriers employés au debardage de la voirie ont fait, à cet égard, les remarques les plus singulières : ainsi, on reconnaît parfaitement à Bondy les vidanges qui viennent de certains établissements hospitaliers, et les jours ou ces produits arrivent à la voirie sont marqués par un redoublement d’infection insupportable. H y a des quartiers de la ville dont les matières sont parfaitement reconnaissables à leur consistance et cà leur puanteur. Celles des faubourgs et des lieux habités par les classes inférieures présentent une épaisseur considérable due à l’absence presque complète d’eau de lavage versée dans les la ti i— nés. Nous tenons de M. Bicher, qui occupe aujourd’hui, à Paris, la première place parmi les entrepreneurs de vidange, qu’il ne lui a jamais été possible d obtenir la desiulection des fosses d aisances dans les quartiers de cavalerie, tandis qu’il y arrivait tacitement dans les casernes d infanterie, faut-il admettie, ainsi que cela est de notoriété dans les ateliers de vidange et de voirie, que les déjections de cavalerie sont rendues plus ammoniacales par la plus grande consommation d’eau-de-vie que leurs moyens pécu-

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GM

maires leur penne lient'!' Le séjour dans les écuries et les émanations des lumiers n’expliqueraient-ils pas d’une manière plus satisfaisante la putridité particulière des latrines dont il s’agit? Je serais d’autant plus porté à adopter cette opinion, que, suivant la remarque de M. liicher, les latrines de l'infanterie d’élite, telle (pie gendarmerie mobile et garde républicaine, qui partagent les quartiers de la cavalerie, sont également réfractaires à la désinfection.

3° Les voiries ont été modifiées encore dans leurs conditions principales par les changements survenus dans les systèmes de vidanges. La séparation préalable des matières, l’arrivage isolé des solides et des liquides, etsurlouLla désinfection préalable, ont pour effet necessaire de diminuer l’infection que les modes contraires suivis jusqu’à ces derniers temps ne pouvaient manquer de rendre excessive. Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur les conséquences directes des nouveaux procédés de vidange; mais il suffit d’avoir indiqué la part qui leur revient dans l’état actuel des voiries. Ainsi, sans anticiper sur ce que nous dirons des procédés de désinfection et de leurs effets, nous rappellerons que la séparation préalable des matières diminue considérablement la masse à évaporer et abrège le travail de dessiccation des produits contenus dans les bassins de la voirie. On ne peut omettre, pour être complet sur ce point, de signaler ce que le mode de transport par le tuyau souterrain, pour les liquides; par les bateaux, pour les matières solides; par la vidange-poste ou par les tonnes mobiles, a apporté de simplification dans le service des voiries.

k° Enfin, nous devons signaler comme plus importante encore l’inHuence qu’exerce sur la salubrité le mode d’exploitation des voiries, c’est-à-dire l’emploi que l’on y fait des matières soit solides, soit liquides. Il n’est rien, certainement, de plus essentiel, et c’est de ce côté qu’ont porté tous les perfectionnements qui se sont accomplis récemment dans cette branche importante des établissements publics. Si fou se reporte à l’état des voiries avant l’application des procédés de désinfection et d’utilisation des produits, on trouve réunies les causes d’insalubrité les plus actives. Les matières solides, abandonnées à elles-mêmes, subissaient lentement toutes les phases de la fermentation putride décrite par Thouret, et répandaient dans l’air des torrents de vapeurs infectes avec lesquelles s’échappaient les principes les plus utiles à l’engrais. Quant aux liquides que n’entraînait pas l’éva-

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punition, ou bien ils se perdaient dans des puisards absorbants, ou bien ils étaient emportés jusqua la rivière. Ainsi, avant 1823, les eaux vannes se rendaient, par l’égout de ceinture, en aval < < Paris; mais, par un déplorable renversement des principes les plus simples, lorsque le canal Saint-Martin eut été ouvert, les liquides lurent reportés au midi et conduits, par un égout latéial se jetant dans la Seine, en amont de Paris, de façon à traverser la ville dans toute son étendue. Les inconvénients de la perte des eaux vannes dans les puisards ont été signalés avec une grande énergie par la commission de la Société royale de médecine. Nous les avons déjà rappelés.

Dans les voiries actuelles encore exploitées d’après les anciennes méthodes , les circonstances générales que nous venons d’exposer n’ont pas changé, et nous pouvons les retracer en peu

de mots.

Les matières extraites des fosses sont quotidiennement déversées dans de vastes bassins a ciel ouvert et d une profondeur moyenne de 1 mètre 50 centimètres. Une fois pleins, ces bassins ne se vident plus, le trop-plein seul s’écoule au fur et à mesure, jusqu’à l’époque à laquelle commence la fabrication. Du terreau usé, de la tourbe, des cendres de tourbe et d’autres matières inertes sont jetées dans ces bassins à mesure qu’ils s’emplissent. Cette opération a pour but d’augmenter la quantité d’engrais, ce qui a toujours lieu aux dépens de leur qualité.

La fabrication, qui commence en avril pour linir en août, époque de l’année pendant laquelle la dessiccation peut s’opérer, cette fabrication, disons -nous, consiste à épuiser le liquide d’un bassin et à extraire, du fond, les matières épaisses qui s’y trouvent; puis à les étaler sur les terrains voisins des bassins, et à les diviser au moyen de la herse. Quand ces matières sont sèches elles sont écrasées, passées à la claie, et enün amoncelées en véritables montagnes jusqu’à ce qu’elles soient vendues à l’agriculture.

Il résulte de ces dispositions que les bassins à ciel ouvert répandent leursexlmlaisons à une distance plus ou moins grande suivant la direction et la violence des vents, la présence ou le défaut d’abris, la sécheresse ou l’humidité de l’air pendant l’époque à laquelle, se fait le séchage; la surface de terrain couverte de ces matières est plus que triplée, ce qui explique l’augmentation d’insalubrité de ces établissements pendant les quatre mois d’été.

Les matières pulvérisées et mises en tas s’échauffent, la fermen-

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tation s’y développe, les gaz s’évaporent et l’engrais perd considérablement et de sa qualité et de sa quantité.

Quant aux matières inertes qui se trouvent mêlées dans les bassins aux matières fécales, elles réduisent la puissance fécondante de l’engrais; il y a telles petites voiries de la banlieue où l’on fabrique des poudrettes dans lesquelles ils n’entre pas plus de 5 pour 100 de matières fécales.

L’analyse des poudrettes de plusieurs de ces établissements a donné un dosage d’azote à peine appréciable.

Ces détails suffiront pour faire apprécier les principales causes d’insalubrité des voiries de matières fécales.

Influence des émanations des voiries de matières fécales sur la santé. — Toute voirie de matières fécales constitue un foyer des plus actifs d’émanations putrides qui souvent se répandent dans l’air, dont elles altèrent jusqu’à un certain point la pureté, et qui sembleraient devoir exercer l’influence la plus marquée sur les végétaux et les animaux qui y sont exposés. Nous nous sommes expliqué déjà à plusieurs reprises sur les difficultés et les incertitudes que présente l’étude de ces influences. Cependant nous ne pouvons nous dispenser d’examiner, autant q. e cela est possible, quelle est leur nature, quel est leur degré d’activité lorsqu’elles ont leur origine dans les dépôts de matières fécales.

En ce qui touche l’altération de l’air, bien qu’il n’existe pas encore de démonstration bien nette du rôle que jouent dans la salubrité d’une localité les variations de certains principes qui se trouvent dans l’atmosphère en très faible proportion, mais d’une façon presque constante, il était très intéressant de rechercher si quelques faits analytiques n’étaient point enregistrés dans les annales de la science relativement à la composition de l’air dans les voiries. Aucune analyse n’a été publiée sur ce sujet qui, néanmoins, nous paraît avoir un intérêt réel. Il est évident que si l’on voulait entreprendre des recherches sur ce point, il serait nécessaire d’avoir recours, non aux procédés eudiométriques même les plus perfectionnés, mais à la méthode de Brunner qui a été employée avec tant de succès dans ces dernières années, par ce chimiste et par M. Boussingault. On comprend qu’il faudrait agir sur des masses très considérables de gaz atmosphérique pour saisir et noter d’une façon exacte les variations en plus ou en moins de 1 hydrogène sulfuré , des hydrogènes carbonés, de l’ammoniaque. On aurait nécessairement à se préoccuper de l’espace dans le-

quel les modifications de la composition de l’air sont sensibles ; de la variation des altérations suivant les différentes conditions météorologiques de la saison.

Nous nous bornons à ces indications sur un point de la science complètement inexploré et qui se rattache si étroitement à une autre question non moins intéressante et encore controversée, a savoir l’innocuité ou l’influence nuisible de l’acide sulfhydrique

dans l’air de certaines localités.

Quel que soit en somme le degré d’altération de 1 atmosphère au voisinage des voiries de matières fécales , celle-ci se mani testet-elle par quelques phénomènes appréciables dans 1 état des êtres qui vivent au sein de cette atmosphère? Nous n’hésitons pas à poser en fait que les émanations qui s’exhalent de ces voiries n’exercent aucune action fâcheuse sur la santé des hommes non plus que sur la végétation. Les principes de Parent-Duchâtelet sont bien exactement vrais sur ce point.

Nous avons décrit la situation de la voirie de Bondy au milieu de la forêt. Les arbres qui l’entourent, et notamment un magnifique rideau de peupliers qui s’étend du côté de l’occident, sont dans le meilleur état. Quant à l herbe des talus qui borde les bassins et qui est baignée par les matières liquides, elle est jaune, flétrie, détruite.

L’action des émanations des voiries sur l’homme n’est certainement pas nuisible. Les ouvriers débardeurs ne présentent absolument aucune trace de maladies ou d’infirmités qui puissent être rapportées à l’influence des exhalaisons. C’était l’opinion formelle de Parent-Duchâtelet, et M. Pâtissier dit n’avoir pas observé que les fabricants d’urate et de poudrette fussent aflectés de maladies particulières. Deux espèces d’accidents seulement paraissent les atteindre assez fréquemment. D’une part ils sont fort exposés à se blesser avec les tessons, les fragments de verre, ou les objets acérés qui sont plongés au milieu des matières. Et les coupures qui en résultent se cicatrisent très difficilement et sont même très sujettes à s’enflammer pour peu que les hommes continuent à travailler. On a vu de ces blessures durer plus de trois mois. Ces complications sont dues sans doute au contact irritant de matières très ammoniacales.

Il leur arrive encore assez fréquemment, lorsqu’ils sont occupés à vider le premier bassin, celui où sont déposées les matières les plus concentrées et les plus denses, d’être frappés par la mite ou du

vouons.

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moins par une iluxion très aiguë sur les yeux. Mais celle-ci disparaît en général dans l’espace de vingt-quatre heures, sous la simple influence de lotions d’eau fraîche. Cependant nous avons remarqué que les ouvriers les plus anciens ont les yeux très rouges et le bord ciliaire des paupières rouge et dépouillé de cils. Il ne parait pas d’ailleurs que la désinfection préalable des vidanges ait rien changé à cet état de choses.

Un fait extrêmement remarquable et propre à montrer ce que l’on doit penser de l’action des émanations des matières fécales, nous a été rapporté par M. Chevreux, inspecteur de la ville à Bondy, homme très intelligent, qui l’a observé sur lui-même. Lorsqu’il est venu prendre possession de l’emploi qu’il occupe aujourd’hui, sa santé était complètement détruite. Il avait rapporté de la Sologne, où il avait conduit d’importants travaux, des fièvres qui avaient miné sa constitution; et une attaque très grave de choléra avait achevé de lui enlever toutes ses forces. Il songeait à quitter définitivement son service, depuis longtemps interrompu, lorsqu’il vint à Bondy. Il n’y était pas depuis quinze jours, que sa santé se remettait. Un prompt et entier rétablissement, qui ne s’est jamais démenti, lui a donné la conviction que le séjour de la voirie, loin de lui avoir nui, lui avait été extrêmement salutaire. Nous sommes, pour notre part, très disposé à admettre la probabilité du fait.

A un point de vue plus restreint, les matières contenues dans les bassins des voiries ne pourraient-elles pas produire quelques résultats avantageux sur certains états morbides dont les préparations ammoniacales peuvent favoriser la résolution? On ne doit pas oublier l’observation de Thouret, relative à l’effet salutaire que produiraient les eaux de lavage des tinettes de Montlaucon sur le javar des chevaux.

Assainissement des voiries de matières fccales. ■ — Nous sommes

maintenant en mesure de poser quelques principes relativement à l’assainissement des voiries de matières fécales. Mais hâtons-nous de faire remarquer que l’hygiène est moins intéressée dans cette question qu’il pouvait le sembler au premier abord, et qu il s agit plutôt peut-être d’une incommodité à faire disparaître, que d une cause active d’insalubrité à combattre. L’obscurité qui règne encore sur la véritable influence que peuvent exercer ces cloaques, ne permet pas cependant de négliger tout ce qui tient au moyen d’atténuer ou de détruire les inconvénients qu’ils présentent.

VOIK.ES. 669

Si nous faisons aux voiries .les matières fécales l’applicalioii des principes que nous énoncions dans notre étude généra S, nous reconnaîtrons que les règles relatives a m b onne installation, concernent : 1" la disposition generale de etabliss meut- 2” la désinfection des matières et leur transformation en produits utiles. Il faut ajouter que le but que 1 on doit en dernier lieu s'efforcer d’atteindre à l’aide de ces divers moyens est la suppression presque complète, sinon absolue , des voiries de ma-

tières fécales. . . , ,.r , ,

1° Nous ne reviendrons pas sur les principes relatils a la disposition générale de l’établissement. Nous avons décrit le dépotoir de la Villette et la voirie de Bondy, qui réalisent, quoi qu on en ait dit, un système mixte assez satisfaisant, et qui pendant ongtemps encore devra être forcément maintenu. Nous avons indique les conditions d’insalubrité résultant de l’emplacement, de la nature du sol, et d’autres circonstances diverses : c’est dire que ces conditions devront être l’objet d’une étude très approfondie et être étudiées avec la plus grande attention. Niais il convient d’insister ici sur la nécessité d’une surveillance incessante de toutes les parties de l’établissement, et surtout dune propreté excessive. Nous tenons de M. Duval, directeur du dépotoir de là ville de Paris, que depuis que les eaux du canal y sont arrivées en abondance, et que les lavages ont pu être multipliés avec un véritable luxe, un changement très appréciable s’est opéré dans les conditions generales de 1 etablissement. Par les mêmes motifs, l’aération devra être rendue aussi facile que possible, et même augmentée au besoin a 1 aide de moteurs mécaniques.

2° Mais la condition capitale de l’assainissement des voiries est la désinfection des matières fécales, qui constitue sans contredit un des points les plus importants de la question qui nous occupe. On le comprend facilement, si l’on veut noter que les principaux inconvénients, qui résultent de la fermentation putride des matières fécales, sont dus aux gaz fétides qui se développent pendant toute sa durée. Mais à la désinfection doit se joindre l’ulilisation plus ou moins prompte , plus ou moins complète des combinaisons azotées, qui résultent de l’altération des matières fécales, et qui sont surtout précieuses pour l’agriculture, à laquelle ils fournissent les plus riches engrais ; aussi ne sera-t-on pas étonné de voir marcher concurremment dans une foule de cas la désinfection et le perfectionnement de la* préparation des engrais humains.

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Nous devons nous attacher à donner au moins une idée de l'emploi utile qui peut être fait de ces matières, soit pour la préparation des sels ammoniacaux , soit pour la fabrication des engrais , soit enfin, comme cela a été tenté, pour la production d'un gaz pour l'éclairage. On a vu que, d’après l’état actuel des voiries, il existe une cause d’insalubrité ou d’incommodité, dont les procédés actuels de désinfection diminuent sans doute les effets, mais qu’ils ne peuvent annuler complètement ; nous voulons parler des eaux vannes.

Ces liquides, jusque dans les dernières années, étaient, après la séparation complète des matières solides , écoulés dans les grands égouts qui vont se perdre dans la Seine. Nous n’avons pas ici à nous occuper de l’influence possible de leur mélange sur la qualité des eaux du fleuve employées comme boisson. Il est néanmoins facile de concevoir que , pour quelques localités , ce déversement immonde devait ne pas être sans inconvénients. On sait que l’eau de la Seine, prise en aval de la ville, et plus encore sur les points du rivage où aboutissent les égouts, est loin d’offrir une aussi grande pureté et contient une grande quantité de bicarbonate et de sulfate de chaux, d’azotate alcalin, et surtout de matières organiques notablement plus considérables que celles qui ont été puisées en amont.

Et d’ailleurs, comme l’a fort bien dit Thouret dans un rapport sur la question même qui nous occupe : « Des principes d’infection qui échappent aux analyses peuvent cependant exister. L’art n’embrasse point encore dans toute son étendue les opérations de la nature, et, sur l’un des premiers objets de salubrité qui intéressent les hommes, il faut d’autres certitudes que des preuves négatives de ce genre pour bannir les doutes et mettre à portée de prononcer. D’après ces réflexions , le versement des eaux infectes de la vidange des fosses à la Seine ne peut être regardé que comme devant avoir des suites au moins douteuses. »

La richesse de ces eaux vannes en produits ammoniacaux, en fournissant un appât à l’industrie, est devenue l’origine d’une fabrication importante en même temps qu’une cause nouvelle d assainissement. Déjà Thouret avait exprimé le vœu qu on pût les employer à quelques usages économiques , tels qu’à la formation du salpêtre ou aux nitrières artificielles. Quelque temps avant la suppression de la voirie de Montfaucon, une fabrique s’était établie oii se préparaient, au moyen des eaux vannes, des quantités con-

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sidérables de sels ammoniacaux. Les urines impures, traitées par la chaux dans des appareils distillatoires , fournissaient de 1 ammoniaque employée à neutraliser directement de l’acide sulfurique ou à décomposer du sullate de fer. Le résidu calcaire des coi nues, chargé des chlorures et des phosphates de 1 urine, pouvait ètie utilisé dans l’agriculture pour l’arrosage des prairies artificielles. Le sulfate d’ammoniaque et les autres sels ammoniacaux étaient livrés au commerce après purification plus ou moins complète , suivant les besoins de l industrie. A Montfaucon , T utilisation des urines putréfiées n’a jamais été complète, et une fraction considérable de ces liquides a constamment été versée par les égouts dans la Seine avec les eaux-mères de la fabrique.

A Bondy, grâce au progrès de l’exploitation, aucune portion des matières liquides n’est perdue; toutes celles qui arrivent par la conduite du dépotoir, encore très chargées de matières, sont dirigées par un canal à ciel ouvert, et usees dans la labrique voisine de produits ammoniacaux. Les eaux-mères sont seules ramenées dans la Seine par un conduit de retour qui débouche près de Labriche.

Il nous a paru intéressant de connaître exactement la composition de ces eaux qui sont, en dernière analyse, le seul résidu liquide des matières fécales portées à la voirie , afin d’apprécier, autant que cela peut être possible, quels sont les produits qui sont versés dans la Seine. Une bouteille de ces eaux-mères puisée par nous au sortir de l’usine a été examinée par notre collègue M. le docteur Régnault, agrégé à la Faculté de médecine.

Les eaux qui s’écoulent de la fabrique de sels ammoniacaux et qui sont versées dans la Seine exhalent encore, mais faiblement, l’odeur désagréable des eaux vannes des voiries. Leur coloration est ocreuse ; au contact de l’air, ces eaux deviennent d’un brun noirâtre très foncé. Par l’ébullition, elles ne se troublent pas, mais leur odeur désagréable s’exalte singulièrement. En se concentrant, elles dégagent évidemment ces principes odorants fétides que l’on observe par l’évaporation des urines même récentes. Ces matériaux ne paraissent donc pas se détruire dans la fermentation putride que l’urine a subie. On les retrouve encore de la façon la plus nette en versant dans le liquide quelques gouttes d’acide sulfurique, et en élevant légèrement la température. 500 grammes de liquide nous ont donné un résidu extractif noirâtre pesant ! 3sr-}50. Ce résidu est composé d’une proportion de chlorure d’ammonium

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