CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE SUR LA VENTE DE LA PATE PHOSPHORÉE
(9 avril 1852).
M. le préfet, l’usage s’est introduit, dans ces dernières années , d’employer, pour la destruction des rats et des souris, une préparation connue sous le nom de pâte phosphorée. Cette préparation n’est, en effet , que du phosphore très divisé, que l’on mélange mécaniquement et en petite quantité avec de la pâte de farine, à laquelle on ajoute des matières grasses, du sucre et d’autres substances recherchées par les animaux que l’on veut détruire.
La pâte phosphorée est également mortelle pour les autres animaux et même pour l’homme, et, à ce titre seul, son emploi aurait besoin d’être surveillé ; mais il est un autre intérêt qui commande encore l’attention.
Le phosphore est une substance très combustible et qui peut prendre feu spontanément. La pâte phosphorée contenant le phosphore en trop grande quantité, ou mal divisé, produit les mêmes effets. De graves accidents de ce genre ont été signalés.
Ces circonstances, dont l’administration ne doit entretenir le public qu’avec la plus grande réserve, ont dû cependant éveiller toute sa sollicitude.
Après avoir pris l’avis du comité consultatif d’hygiène publique, j’ai décidé que la pâle phosphorée , substance dangereuse à double titre , serait assimilée, en ce qui concerne les formalités à observer pour sa vente et son emploi, aux substances vénéneuses dont la nomenclature est annexée à l’ordonnance du 29 octobre I8/16, nomenclature reproduite avec des modifications dans le décret du 8 juillet 1850, et dans laquelle le phosphore se trouve compris. Celte assimilation n’entraîne aucun changement ni aucune addition, soit â l’ordonnance dont il s’agit, soit au tableau qui l’accompagne. La pâte phosphorée n étant, comme nous l’avons dit plus haut, que du phosphore en nature, simplement divisé et mélangé avec des substances alimentaires, il suffira de lui appliquer le régime auquel est soumis le phosphore lui-même en vertu de l’ordonnance précitée.
En conséquence, Monsieur le préfet, je vous invite à prendre les mesures nécessaires pour qu’à l’avenir la pâte phosphorée ne soit plus vendue par les marchands forains dans les rues et sur les places publiques.
PISCICULTURE
Les personnes qui font le commerce de ce produit devront, dorénavant, ne le délivrer que sur une demande écrite et signée de l’acheteur; toutes les ventes seront inscrites sur un registre coté et parafé parle maire ou le commissaire de police, conformément aux articles 2, 3 et 9 de l’ordonnance du 29 octobre 18/jG.
Vous aurez donc à donner des instructions en ce. sens aux autorités locales, et surtout aux membres des jurys médicaux, chargés de la visite des pharmacies et des établissements de drogueries. Ils devront veiller avec le plus grand soin à ce que les pharmaciens et les différents débitants de pâte phosphorée se conforment exactement, pour la tenue et la vente de ce produit, aux prescriptions de la législation existante sur les substances vénéneuses.
Je recevrai avec intérêt la communication de tous les faits nouveaux qui pourraient se rattacher à l’objet des présentes instructions, sur lesquelles j’appelle votre plus sérieuse attention.
Voy. Allumettes, Poisons.
PIEKKE A FUSIL. — Voy. CailLOUTEURS.
PU» OU Eli k ES. — Voy. Goudron.
pipes (FABRIQUES DE). — Le seul inconvénient qui résulte de la fabrication des pipes à fumer consiste dans la fumée qui se répand au commencement des fournées, comme dans les fabriques de faïence. Celte industrie a , pour cette seule raison , élé rangée dans la deuxième classe des établissements incommodes, et assujettie aux conditions de cette catégorie.
PISCICULTURE. — Rien de ce qui peut contribuer à au»-menter les ressources alimentaires des hommes, et à donner surtout aux populations pauvres une nourriture animale plus abondante et moins coûteuse, ne saurait être étranger à l’hygiène; rien , en effet , ne peut exercer une influence plus directe sur la santé publique, et par suite sur les conditions mêmes de la vie. A ce titre, nous ne pouvions passer sous silence l’admirable découverte de deux hommes obscurs qui ont imaginé et pratiqué la fécondation artificielle des œufs de poisson , et les efforts des savanls qui ont agrandi et complété leur œuvre , et dont le nom restera attaché à la pisciculture. Sur un sujet si spécial et si neuf, nous nous contenterons de reproduire deux pièces officielles qui <*n résument les principaux éléments.
mi.
PISCICULTURE
RAPPORT A M. LK M I N I ST R K RE l’iNTÜKIEUR , DE l/AGRICULTURE ET DU COMMERCE , SUR LES MOYENS DE REPEUPLER TOUTES LES EAUX L)E LA FRANCE PAR L’ÉCLOSION ARTIFICIELLE DES OEUFS DE POISSON.
Monsieur le ministre,
Deux pêcheurs des Vosges , Gehin et llemy , ont eu le mérite de découvrir, par un remarquable esprit d’observation , un mode de fécondation artificielle des œufs de poisson, jusqu’à eux resté, depuis près d’un siècle, dans le domaine de la science. Us ont su lui donner, pour la première fois en France, une application heureuse et de la plus haute utilité.
Ce n’est qu’en 1850 que le gouvernement fut éclairé sur la véritable portée des expériences poursuivies par eux. Un savant naturaliste, M. Milne Edwards, membre de l’Institut, put constater sur les lieux mêmes les résultats obtenus; et depuis lors, sous la direction d’une commission spéciale, des essais de fécondation, de repeuplement, d’acclimatation même, ont été entrepris dans les eaux de Versailles, dans l’Isère, l’Eure et plusieurs autres départements du midi et du centre de la France.
L’ingénieur en chef du canal du Rhône au Rhin , M. Berthot , parfaitement secondé par M. Detzem, ingénieur placé sous ses ordres, conçut la pensée d’utiliser la vaste étendue d’eau mise à sa disposition, pour appliquer sur une grande échelle la découverte des pêcheurs des Vosges. Malgré l’insuffisance de ses ressources, un million de truites, de saumons, de métis de ces deux espèces ont été disséminés dans le canal. Afin d’agir plus sûrement , les opérations ont été centralisées sur un point favorable aux éclosions, dans le voisinage du canal d’Huningue, où se trouvent des eaux très limpides et faciles à aménager.
Là, par le zèle le plus louable, dès cette année, et dans l’espace de six mois, ils ont pu, ainsi que le constatent des procès-verbaux réguliers, féconder 3,302,000 œufs d’espèces diverses qui ont donné 1,083,200 poissons vivants. Préoccupé de ces faits signalés à l’administration de l’agriculture, vous avez pensé, monsieur le ministre, qu’il importait de connaître d’une manière exacte le caractère et l’importance des expériences poursuivies avec tant de dévouement par MM. Berthot et Detzem. Dans ce but, et sur l’invitation que vous lui en avez adressée, M. Coste, membre de l’Institut et de la commission spéciale près de votre ministère, savant qui, depuis plusieurs années, se livre à des recherches du plus haut intérêt, qui ont fait faire à l’ichthyologie des progrès considérables, se rendit dans le département du Haut-Rhin.
Frappé des merveilleux résultats déjà obtenus et qu’il est facile d’accroître, M. Coste, avant de continuer le voyage scientifique qu’il a entrepris dans l’est et le midi de la France , s’est empressé de revenir à Paris et vous a présenté un rapport complet que j’ai l’honneur de placer sous vos yeux. 11 rend compte des travaux importants accomplis par MM. Berthot et Detzem, et signale le parti qu’il y aurait lieu de tirer de la situation d’Huningue pour créer un vaste appareil d’éclosion d’où l’on dirigerait ensuite, dans nos tleuves et dans nos rivières, les œufs de poisson fécondés ou à l'étal d’alevin.
Pour réaliser ce vaste projet du repeuplement de toutes les eaux de la France, une somme relativement peu considérable vous est demandée : 22,000 francs suffiront pour les constructions et achats nécessaires ; 8,000 francs serviront aux frais d’exploitation.
PISCICULTURE
Quand on compare ce que MM. Berthot et Detzem , livrés à leurs propres forces, ont déjà fait, il est impossible de douter qu’au moyen de ce crédit de 30,000 francs, que vous consentirez, je pense, à leur accorder, le gouvernement n’obtienne, au point de vue de l’alimentation publique, d’immenses résultats. Le but à atteindre est digne de toute la sollicitude du gouvernement du prince président. Sur nos marchés , le poisson est déjà un des approvisionnements les plus recherchés; c’est un aliment sain et substantiel, dont l’accroissement dans une large proportion, serait considéré comme un véritable bienfait par nos populations. A ce point de vue , on peut affirmer que le difficile problème des subsistances sera résolu en partie , et que la disette de céréales n 'effrayera plus autant les esprits qui se préoccupent de questions économiques.
Mais en ne s’appliquant qu’à la fécondation artificielle des poissons d’eau douce, la question ne me paraîtrait qu’incomplétcment résolue. Il n’importe pas moins, en effet, d’étendre l’application de cette découverte aux poissons de mer. Aujourd’hui surtout que nos grandes lignes de chemins de fer ont fait disparaître, en quelque sorte , les distances, les poissons de mer pourront facilement être transportés dans presque toutes les villes, même les plus éloignées Pour quelques unes seulement, mais en petit nombre, ils n’y arriveront que conservés. 11 serait donc également utile, tout en cherchant à multiplier les poissons de mer, les crustacés et les mollusques, de s’enquérir des meilleurs moyens de préparation et de conservation. Déjà, en 1851, M. Valenciennes membre de l'Institut, a rapporté de sa mission en Prusse de précieux renseignements sur ce dernier point : vous jugerez sans doute convenable, monsieur le ministre, de les compléter.
M. Coste, qui va, sous peu de jours, poursuivre sa tournée scientifique dans 1 Isère, ou il constatera les résultats de la mission accomplie par Geliin, à la fin de 1 automne dernier et au commencement de cette année, pourrait, en descen dant le Rhône qu’il doit explorer, visiter les étangs ou lagunes si fréquents sur une pâme du littoral de la Provence, du bas Languedoc et du Roussillon et plus panicuhèrement l’étang de Berre, les lagunes de la Camargue, les étangs de
u et de Leucale. Ces eaux pour la plupart salées, mais qui se trouvent parfois
mes :,V'°rC’ «“"dalio"s « » d« acclima Jls taï
essantes, et se changeraient, si les prévisions de la science se réalisent en ri elles réservoirs de poissons de toute sorte. ’ n
De là, ce naturaliste, afin d’étudier les modes de conservation des poissons p»
es ‘Zi’!1 T” f °" leUr f3it SUbi1' Gn Itil,ie’ P°-ait
es de Adriatique voisines des embouchures du Pô, de l’Adige et de la Brenta
SOMo'r™ Pr“Cn'’ aH<iC'C'' Sm' ,C b',d*<’1 dc ‘’exercice de 1853 un crédit de
ire, les propositions M," ' ,cl,« “”»• "'»»™er le minisl
Le directeur général, Heurtier.
PISCICULTURE
RAPPORT SUR LES MOYENS DE REPEUPLER TOUTES LES EAUX DE LA FRANCE, ADRESSÉ A M. LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, DE l’aGRI- CULTURE ET DU COMMERCE, PAR M. COSTE , MEMBRE DE i/lNSTITUT.
Monsieur le ministre,
Paris, 12 juillet 1852.
Par votre lettre, en date du 30 juin dernier, vous avez bien voulu m’inviter à me rendre à Mulhouse pour visiter l’établissement de pisciculture fondé près d’Huningue par MM. Berthol et Detzem , ingénieurs du canal du Rhône au Rhin, et pour vous proposer les meilleures mesures à prendre, afin que cet établissement puisse suffire au repeuplement de toutes les eaux de la France. Je viens aujourd’hui, monsieur le ministre, vous faire connaître le résultat de cette mission.
Depuis que la découverte de la fécondation artificielle, longtemps renfermée dans les laboratoires de la science où elle restait exclusivement consacrée aux expériences de physiologie, a été transportée dans le domaine de l’application où les heureux essais du comte de Golstein, de Boccius, et surtout des deux pécheurs de la Bresse l’ont accréditée, des études sérieuses ont été entreprises pour donner aux procédés qui se rattachent à cette nouvelle industrie, toute la précision que l’on doit attendre des méthodes les mieux éprouvées.
J’ai démontré, pour ma part, avec le concours de MM. Berthot et Detzem, que non seulement des œufs de poisson, transportés hors de l’eau aux plus grandes distances, conservent toutes les propriétés que la conception leur a données, mais qu’on peut, au moyen d’un appareil d’une extrême simplicité, les faire éclore beaucoup plus promptement, beaucoup plus sûrement que dans les conditions où les femelles les déposent ; en sorte que, dans le même laps de temps, au lieu d’une seule récolte, on en obtient deux.
Ce double résultat, celui du transport des œufs à de grandes distances sans qu’ils s’altèrent, celui qui en assure la rapide éclosion; ce double résultat, dis-je, conduit à la possibilité de repeupler toutes les eaux de la France, en une seule saison, sans qu’il en coûte rien à l’État que les avances nécessaires pour organiser un établissement où le frai, accumulé de tous les points où il est facile de s’en procurer, soit confié aux soins du personnel attaché à l’entretien de nos canaux , personnel dont les attributions s’étendront désormais à ce service nouveau. Je dis sans qu’il en coûte rien à l’État, car ses avances pourront lui être facilement et surabondamment remboursées par une contribution que s’imposeront volontiers les propriétaires, en échange des espèces précieuses qu’on mettra à leur disposition, soit sous forme d’œufs fécondés, soit sous forme d’alevin.
Plus je réfléchis aux moyens de réaliser cette utile entreprise, plus je considère comme un devoir d’insister pour que la France en prenne l’initiative et donne l’exemple de ces grandes applications de la science, qui doivent augmenter la richesse publique en créant une source inépuisable de production. C’est un vœu que j’exprime avec d’autant plus de confiance, qu’il m’a été permis de voir de plus près les lieux où ce projet a déjà reçu un commencement d’exécution sous les auspices des deux ingénieurs qui , malgré l’insuffisance de leurs ressources, n’en ont pas moins élevé, cette année, un million de truites, de saumons, de métis de ces deux espèces, dont ils m’ont montré la plus grande
PISCICULTURE. 117
partie disséminée dans les viviers qu’ils ont creusés Je long du canal du Rhône au Rhin .
11 ne s agit donc plus maintenant que de mettre à prolit l’expérience et le dévouement dont ils ont, depuis deux ans, donné tant de preuves et que de leur accorder un crédit suffisant pour transformer l’établissement précaire que l’on do.t à leur persévérance en une véritable fabrique où , comme dans les manuel ta tion °rdonnéeS’ Se trouvent r(îunis tous les éléments d’une facile
La localité qu’ils ont choisie se prête merveilleusement à ce dessein • une source d eau vive, transparente comme du cristal, y coule, du pied d’un coteau qui 1 abrite, sur un terrain communal de plusieurs hectares d’étendue, situé nrès de recluse „• 4 de la branche d’Huningue, et s'y divise en plusieud ÎÏÏÜS seconda' res, dont je parlera, tout à l'heure, et qui seront d'une grande utilité Cette source s, émmemment propre au développement des œufs de poisson et particulièrement de ceux de la truite et du saumon, pourra être facilement con vertie en un vaste appareil à éclosion. Il suffira pour cela de subsdtuer aux boues de toile métallique dont on a été obligé de se servir jusqu’ici , mais qui ont le double inconvénient de s’obstruer et «le devenir moins perméables- il suffira s-je, de leur substituer de simples planches, disposées longitudinalement en cloi’ sons parallèles, qui encaisseront la source tout entière dans Ze série 1? moins nombreuse d'étroites rigoles, à travers chacune desquelles l’eau se nrécioi era avec une certaine rapidité. Ces rigoles, destinées à recevoir les œufs eH in
l’aération du liquide, à l’entretenir di,7£ coûtas | s 2ZT’ î,°P<!rCr résultats qu’on veut atteindre. Puis chacune de ces rionles «„ i °rab,es aux
«te "dK. «ÆlSr qU’e"e "" fail ~
"" vaste appareil, conçu
vitré, semblable à une serre, qui permettrai TaTu'iiiiè CCt "ppa, ei1 d’,m >>angar de pièces mobiles , tournant sur ïem axe a „ 7 mr V P^“r’ et f°m,é le jugera opportun un accès f-u-iio n • ’ ° 1 e ménaSer à 1 air, quand on
veuablemenli disposée0 pour^briter ?, “ l“n»r une
nisera un l.boraWre qu7e„tml , 6 ' * 'CS ia«én'K"™> « où l’on orga-
ratoire où sera ouvert 17 7' * '°US les d’exploitation ; labo-
jours. L’histoire naturelle des poissons v observalio1s de Ions les
peut difficilement espérer de rencontrer aflleure.3 " P documenls
procurer des ^ T’ 1? P'°blème se réduira alors è se
l’appareil et donner à celte exploita is' i,,J0"dance Pour «■> remplir tout pler toutes les eaux de la France ' S ,llopo,Ilons suffisantes pour repeu- Ce problème ne sera pas difficile à résoudre...
,ms cn rappori a~ - p.'ci.curs æs
PISCICULTURE
vent les espaces les plus estimées. Des pêcheurs ont pris l'engagement de leur li\tei les œufs de tous leurs poissons, moyennant une rétribution de beaucoup Intérieure aux prix qu’il aurait fallu leur donner si l’on avait été obligé d’acheter ces poissons eux-mêmes. Nos deux ingénieurs n’auront donc, aux époques des pontes, qu à envoyer sur les bords du Rhin, du lac de Constance, de Zurich, du l'édcrsée, des employés de leur canal chargés de vider ces poissons, de pratiquer la fécondation artificielle, d’expédier ensuite les œufs à leur établissement dans des boites préparées d’avance pour cet usage.
En puisant à une pareille source, ils ne tarderont pas à faire une récolte assez abondante pour que l’appareil d’éclosion, si étendu qu’on le suppose, en soit encombré tout entier. Les espèces que nous ne possédons pas en !•’ rance pourront être ainsi introduites par myriades et avec la plus grande facilité. Leur séjour dans les viviers de notre frontière sera un premier pas vers leur acclimatation.
Déjà MM. Berthot et Detzem ont obtenu un beau résultat dans cette direction. Non seulement, à l’exemple de NI. Valenciennes, qui a doté la France du silure, ils en ont transporté du lac Fédersée, où ils vivent en très grand nombre, trentesix individus gigantesques que j’ai vus dans leurs bassins, mais ils attendent un convoi d’alevin de cette espèce qui, dans le jeune âge, supporte si aisément le voyage, que j’ai pu en faire arriver trois individus au collège de France, en les confiant simplement aux soins du conducteur d’une diligence, qui les a gardés deux jours et une nuit, sous sa bâche, dans un vase peu spacieux. Ce poisson pullule jusque dans les tourbières; en sorte que l’on pourra facilement le propager dans celles de la Picardie et dans nos plus mauvaises eaux. Son importation sera donc un service rendu à la pisciculture par M. Valenciennes, qui vient d’être secondé dans cette entreprise par les deux ingénieurs du canal du Rhône au Rhin.
C’est surtout lorsqu’on aura le soin de faire éclore les poissons dans les eaux où l’on voudra les habituer, que les tentatives d’acclimatation seront opérées avec succès. J’en puis donner aujourd’hui un exemple frappant en citant une expérience que je poursuis au collège de France, au milieu de conditions où je devais le moins espérer de réussir. Des jeunes saumons nés dans mon laboratoire et placés ensuite dans un ruisseau artificiel, alimenté par un simple filet d’eau d’Arcueil, y prospèrent aussi bien que ceux qui vivent dans le Rhin, comme j’ai pu m’en convaincre en les comparant à ceux que j’en ai rapportés. Ils ont à peine quatre mois d’existence, et déjà leur longueur est de 60 millimètres, sur lesquels ils en ont gagné 12 pendant les derniers vingt-cinq jours qui viennent de s’écouler ; accroissement remarquable, qu’il faut attribuer sans doute à la nourriture particulière qu’on leur distribue, et dont ils se montrent avides. Mais revenons à notre appareil d’éclosion et aux œufs qui y sont en voie de développement.
Ici, un second problème se présente : Que deviendront, immédiatement après leur naissance, tous ces jeunes poissons éclos par millions dans les rigoles étroites où ils auront été déposés à l’état d’œufs fécondés?
Ce second problème ne sera pas plus difficile à résoudre que le premier. La merveilleuse disposition de la localité suffira encore à toutes les exigences. Dès que les nouveau-nés seront assez agiles pour se mettre en mouvement, ils suivront le courant qui les entraînera vers la prairie par l’extrémité du hangar sous laquelle ce courant passera, et les conduira au bassin spécial auquel aboutit,
PISCICULTUUE.
à l’extérieur, la rigole où ils seront éclos. Là ils grandiront un peu plus; mais leur nombre s’y accroissant tous les jours, par suite des naissances qui se multiplieront sous le hangar, ils ne pourront bientôt plus tenir dans ce vivier, devenu trop étroit, il faudra leur trouver alors des bassins plus étendus, où une nourriture particulière leur permettra de se transformer promptement en alevin.
Les dépendances du canal du Rhône au Rhin rempliront cet office, et sur une si vaste échelle, qu il n y aura pas de récolte, si abondante qu’on la suppose, qui ne puisse y trouver place. Voici comment :
L’administration possède sur les bords de ce canal, à droite et à gauche, sur une longueur de 117,730 mètres, une bande de terrain de 15 mètres de large Déjà, sur chacune de ces bandes, elle a creusé un certain nombre de longs viviers, alimentés par d’abondantes prises d’eau. Ces viviers, placés bout à bout, pourront être multipliés à l’infini, et liés entre eux par des communications assez finement grillées pour que les espèces ne se mêlent pas ensemble, et interrompus, a certaines époques seulement , par des barrages hermétiques qui permettront de les vider séparément, afin d’en extraire sans difficulté l’alevin qu’ils renfei moi ont. Or, comme les viviers déjà creusés sur un des côtés du canal se trouvent placés sur la limite même de la prairie où sont les bassins d'entrepôt, dans chacun desquels les rigoles de l’éclosion amèneront une espèce particulière, il en îésulte que pour transborder les jeunes de ces espèces de l’établissement où ils seiont éclos dans les longs viviers où ils doivent se convertir en alevin, il n’y aura presque rien à faire. L’opération s’accomplira, pour ainsidire, d elle-ineme , et par le seul lait d une heureuse distribution des eaux de nature diverse qui coulent à côté les unes des autres.
Lorsque les poissons seront parvenus à l’état d’alevin , le canal du Rhône au Rhin, qui coule entre ces deux longues lignes de piscines où l’on tiendra ces poissons en réserve , sera lui-même le véhicule naturel qui les conduira dans toutes les eaux de la France, à travers les voies de communication qui les relient ensemble. Pour atteindre ce but, on construira, au moyen de traverses de bois, un radeau articulé dont on pourra , à volonté , détacher les anneaux et dans les interstices duquel on enclavera autant de tonneaux qu’il en faudra pour recevoir toute la récolte. Ces tonneaux, que des grillages convenablement ménages rendront perméables, seront remplis d’herbes aquatiques, afin que les jeunes animaux ne s’y trouvent pas pressés de manière à se nuire.
Le convoi ainsi organisé se présentera successivement devant chaque vivier et, de droite et de gauche, les ouvriers attachés au service ordinaire du canal y verseront I alevin qu’ils puiseront dans ces viviers taris ; puis, quand la cargaison sera terminée , le radeau se mettra en marche, et les tonneaux, défoncés de distance en distance , sèmeront le poisson , comme la charrue qui ensemence son sillon à mesure qu’elle le trace.
Lorsque le convoi passera au point de jonction d’un autre cours d’eau, on en
et o“n le?- "n anneaU ’ C°mme °n détache un waS°n du train dont il fait partie t on le livrera aux ingénieurs de la contrée que ce cours d’eau traverse - ces
ingénieurs I amèneront pour le vider dans les localités qui leur paraîtront les
p us convenaffies ou qu’on leur désignera d’avance, le rendront ensuite au lieu
d- r/’ q"’à SOn rel0ur ,e g,and convoi réunisse tous ses fragments détachés et puisse rentrer à l’établissement pour y reprendre un nouveau charge-
PISCICULTURE
ment si le premier n’a pas suffi , on y attendre qu’une seconde récolte l’appelle à se remettre en marche.
Le repeuplement de toutes les eaux de la France s’accomplira donc à l’aide de moyens très peu dispendieux, puisque, d’une part, le personnel des ponts et chaussées sufiira aux besoins du service, et que, de l’autre, l’organisation de. l’établissement tout entier n’exigera qu’une première mise de fonds de 22,000 francs nécessaire pour la construction du hangar, de la maison du garde, pour le creusement des viviers, l’achat des outils et de huit hectares d’un terrain enclavé dans la prairie communale déjà concédée par le conseil municipal ou qui est attenant à cette prairie.
Cette première dépense faite, un crédit annuel de 8,000 francs suffira pour entretenir l’exploitation, se procurer les espèces étrangères les plus estimées, faire face aux frais quotidiens de manipulation et donner à la production une extension indéfinie.
Vous trouverez sans doute, monsieur le ministre, que cette somme est bien minime si on la compare aux richesses qu’elle permettra de créer, car il ne s’agit de rien moins que d’élever les moyens d’alimentation au niveau des besoins dont l’accroissement continu de la population impose aux gouvernements le devoir de se préoccuper d’une manière efficace ; l’hésitation ne serait permise que dans le cas où l’insuffisance des procédés pourrait faire craindre de ne pas réussir ; mais ici l’expérience a déjà fourni des résultats si positifs, qu’il ne saurait y avoir le moindre doute sur le succès de l’opération.
Le temps presse, monsieur le ministre ; il ne reste plus que trois mois pour arriver à l’époque des premières pontes du saumon et de la truite. Si , d’ici là , les constructions ne sont pas faites , la partie la plus intéressante de l’exploitation sera manquée.
J’ose donc espérer, que vous voudrez bien donner des ordres pour qu’un crédit de 30,000 francs soit immédiatement ouvert aux deux ingénieurs du canal du Rhône au Rhin, et je m’empresse de vous offrir mon concours pour veiller à l’organisation de l’établissement que vous allez fonder, trop heureux de prendre ma part de responsabilité dans une entreprise qui fera le plus grand honneur à l’administration.
Je ne terminerai pas ce rapport, M. le ministre, sans vous parler d’une expérience relative à la propagation des crustacés d’eau douce ; expérience que j’avais instituée avec la pensée d’en faire l’application aux crustacés marins dont la multiplication ne sera pas plus difficile à obtenir. Voici en quoi consiste cette expérience :
J’ai mis, au collège de France, dans un ruisseau artificiel semblable à celui où vivent mes jeunes saumons, entretenu par un filet de la même eau, un certain nombre d’écrevisses femelles, portant toutes sous la queue leurs œufs fécondés. Au bout de vingt à vingt-cinq jours, tous ces œufs sont éclos et mon ruisseau s’est trouvé envahi par une myriade de ces jeunes crustacés , qui y grandissent visiblement. Ce résultat prouve combien il serait facile d’en peupler toutes les eaux courantes qu’un abus de la pèche dévaste, ou même celles qui n’en ont jamais nourri. La question se réduirait simplement à entreposer, aux époques des pontes, dans des réservoirs en forme de ruisseaux communiquant avec les fleuves ou les rivières, toutes les femelles qui ont alors leurs œufs attachés aux appendices de la queue et de ne les livrer à la consommation qu’après l’éclosion