‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 16 sur 130 · PLATRE · texte numérisé non relu

PLATRE

Voy. Chaux (four a).

PLOMB. - En abordant l’étude si complexe et si importante des questions hygiéniques qui se rattachent aux effets du plomb sur la santé des hommes, il est un point dominant que nous voudrions ne jamais perdre de vue, car il nous paraît devoir être ^ans cesse rappelé comme le meilleur encouragement au progrès <■ e meilleur conseil à donner aux médecins, aux industriels et aux administrateurs eux-mêmes. C’est que le plomb, sous toutes

12Û l'LUMIl .

les i ormes el dans toutes les conditions, est un poison : un poison d autant plus terrible que son action est plus insidieuse et plus lente. Et, cependant, a côté de celait, il en est un non moins constant, c’est la multiplicité des usages auxquels sont appliquées, dans les arts, dans l’industrie, dans l’économie domestique, les différentes préparations de plomb. Peu de substances en ont reçu de plus variées, et l’on comprend que, dans l’état actuel des choses, quelques uns des composés de plomb soient considérés comme impossibles à remplacer. Mais il ne s’ensuit pas, ne craignons pas de le dire, dés le principe, que l’on ne doive, par tous les moyens, chercher à substituer à des substances éminemment dangereuses d’autres matières qui soient sans action nuisible sur la santé; et qu’il ne faille accueillir comme un véritable service rendu à l’humanité tout progrès accompli dans ce sens.

En attendant un résultat que la science et l’activité humaines ne peuvent manquer d’atteindre, nous devons indiquer d’une manière aussi complète que possible toutes les circonstances dans lesquelles peut s’exercer l’action délétère du plomb et passer en revue les nombreuses professions qui y sont exposées. Il importe toutefois de faire remarquer que des améliorations nombreuses ont été obtenues dans ces derniers temps sur plusieurs points importants, et que les victimes de l’empoisonnement saturnin sont loin d’être aussi nombreuses qu’elles l’ont été à d’autres époques encore assez voisines de nous. A cet égard, il est nécessaire de faire une distinction entre la fabrication des matières plombiques et leur emploi. Mais avant tout, nous croyons utile de donner un aperçu des accidents caractéristiques et de la marche de cet empoisonnement.

Nous diviserons donc cette étude en trois parties : 1° Influence du plomb sur la santé; *2° fabrication; 3“ emploi des préparations saturnines.

I. Influence du plomb sur la santé. • — L’action des préparations de plomb sur l’économie s’exerce d’une manière plus ou moins rapide. Quelques jours suffisent parfois pour que les accidents se manifestent, mais le plus souvent c’est après deux ou plusieurs mois de séjour habituel dans une atmosphère viciée par les émanations saturnines que paraissent les premiers signes de l’intoxication. Ceux-ci sont précédés de prodromes caractéristiques des affections saturnines. En effet, la plupart du temps on observe pendant une période plus ou moins longue certains plie-

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nomènes qui indiquent que le plomb agit peu ù peu sur l'organisme.

Ainsi quelquefois, au l)out de deux ou trois semaines au plus, les individus placés dans les conditions où l’absorption des émanations saturnines est la plus active commencent à pâlir et à maigrir. Leurs chairs deviennent llasques; la peau, surtout celle de la face, prend une teinte d’un jaune pâle, subiclérique, à laquelle participe la sclérotique, et qui coïncide avec une coloration jaune foncé des urines. Tous les tissus se décolorent sous l’inlluence d’une véritable anémie; les forces diminuent. Beaucoup de malades éprouvent une saveur sucrée ou styptique; leur haleine exhale une odeur d’une fétidité particulière et comme saburrale. En général, les gencives restent fermes, cependant quelquefois elles sont saignantes et il y a un peu de ptyalisme. La sertissure des gencives offre une coloration d’un gris bleuâtre qui s’étend presque constamment sur les dents. Ces phénomènes persistent pendant un temps plus ou moins long sans troubler gravement la santé jusqu’à ce que, soit pendant que la cause toxique agit encore, soit après que les malades ont cessé d’y être exposés, on voie éclater l’une désaffections symptomatiques de l’intoxication saturnine.

Le plus souvent c’est par la colique que débutent les accidents. Cependant, quelquefois, c’est par des douleurs névralgiques dans la continuité des membres ou même par des accidents cérébraux, et notamment par des convulsions épileptiformes, par un affaissement comateux ou par du délire, que l’invasion du mal est caiactérisée. Enfin , dans des cas très rares , il survient avant tout autre phénomène une amaurose qui débute brusquement, ou des vertiges et une céphalalgie persistante. Mais il est d’observation que dans presque tous les cas d’intoxication saturnine on rencontre dès le début une anesthésie bornée le plus souvent à l’abolition du sentiment de la douleur, tantôt générale, tantôt partielle, et occupant spécialement les bras et les avant-bras.

Les malades atteints de coliques saturnines (colique de plomb, des peintres, etc.), après quelques jours de malaise, d’inappétence et de resserrement du ventre, sont pris d'une douleur plus ou moins vive siégeant à l’ombilic et s’irradiant vers les lombes et les parties génitales, tantôt obtuse et conlusive, tantôt aiguë et déchirante. Elle est continue, mais sujette à des exacerbations irrégulières pendant lesquelles les malades, en proie à l’anxiété

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la plus cruelle, poussent d(‘s cris, se roulent dans leur lit, et se pressent le ventre avec les contorsions les plus violentes, alin (I obtenir un peu de soulagement. Le pouls reste naturel, mais le visage est grippé, les yeux caves, U* ventre souvent rétracté. La constipation est opiniâtre; il y a des nausées, des éructations presque toujours suivies de vomissements bilieux ou porracés, parfois un véritable ictère. La langue est nette ou blanchâtre, la soif variable, l’inappétence complète, l’urine rare et rendue avec dif-

ticulté. En même temps il existe très souvent dos douleurs, tantôt bornées aux articulations (arthralgie saturnine), tantôt s’étendant dans la continuité des membres inférieurs et même au tronc, dans les parois thoraciques, fixes, exacerbantes, diminuant par la pression, parfois accompagnées de crampes et coïncidant quelquefois avec la paralysie des muscles, qui est cependant plus rare que l’anesthésie.

Ordinairement une première attaque d’intoxication saturnine est bornée aux accidents que nous venons de décrire, et qui cèdent après un temps assez court, un ou deux septénaires, quelquefois plus pour la paralysie musculaire. Mais il est très fréquent de voir les mêmes phénomènes reparaître à plusieurs reprises chez les individus qui, ne changeant pas de profession, continuent à rester exposés aux émanations saturnines, ou qui n'ont pas été traités la première fois avec assez de persévérance.

C’est, en général, dans le cours d’une de ces attaques répétées, avec ou sans apparition des coliques, que l’on voit survenir les accidents nerveux les plus graves (encéphalopathie saturnine), débutant brusquement ou après quelques jours de céphalalgie, de vertige, de somnolence, d’hébétude, de tristesse vague, d’engourdissements et de fourmillements dans les membres. Ces accidents consistent le plus souvent en convulsions épileptiformes avec perte de connaissance, parfois irrégulières, durant de quatre à dix minutes, laissant l’intelligence obtuse, fréquemment suivies et plus rarement précédées de délire tantôt calme, tantôt furieux, ou au contraire d’un véritable coma. Après des alternatives variables, ces troubles nerveux, qui se prolongent au plus pendant un ou deux septénaires, peuvent se dissiper; mais quelquefois ils sont assez violents pour amener rapidement une terminaison funeste, soit par asphyxie, soit par une sorte d’apoplexie parfois subite.

L’intoxication saturnine amène encore très fréquemment, soil à la suite de simples coliques, soit après les accidents nerveux que

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nous venons de décrire, une paralysie presque toujours partielle et souvent très circonscrite, offrant ce caractère très remarquable d’affecter spécialement les muscles extenseurs et surtout ceux du poignet et des doigts (paralysie saturnine). En même temps on observe souvent une abolition complète ou incomplète de la sensibilité tactile (anesthésie), ou même une paralysie d’un des organes des sens, notamment une amaurose qui affecte simultanément les deux yeux, et qui, ordinairement passagère, peut cependant persister indéfiniment. Il en est d’ailleurs de même de ces différentes affections secondaires de l’intoxication saturnine oui se montrent ordinairement très rebelles.

Les accidents causés par les émanations de plomb, et nui se montrent tantôt isolés, tantôt réunis, se reproduisent, comme nous l’avons dit, à des intervalles très variables, tantôt éloignés seulement de quelques mois, tantôt, au contraire, de plusieurs années. Le développement de la cachexie saturnine ne dépend nas toujours du nombre et de la violence des récidives; mais il est presque inévitable, et peut être porté à un degré tel que les ma lades épuisés, plongés dans un état anémique déplorable atteints de paralysie, parfois d’bydropisie et d'albuminurie, l'intelligence obscurcie, finissent par succomber lentement lorsque la niorUi’ar me pas d une manière plus rapide, comme conséquence directe dis accidents cérébraux. Cette terminaison est malheureusement trop commune; elle est surtout à redouter lorsque l'action nro hmgee de la même cause renouvelle et aggrave les accidents

ansd autres conditions, ceux-ci disparaissentsousl’inlluenced'un traitement convenable. "mencea un

fabrication des matières plombiques agit sur la santé des ouvriers qu, y sont employés. Nous devons faire remarquer que c'est P point qui a surtout fixé l’attention, et que uendaJ i ? cest exclusivement sur la préparation de la cérusè et la n oT" juon de cerusier qu’ont porté les observations des sâva i - présentions de l’autorité. C’est pour loutmênTe u„ d ! ? d insister sur ce sujet. Nous nous bornerons à y joindre- .1

de’plond “étal,.“r«i® du PIomb . la revivification des Cendres le plomb et la préparation du plomb de chasse.

1 JtlrtallMi'jrie «lu ulnmb c„

* au plomb. — Sans entrer dans des dé-

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veloppemcnts qui seraient déplacés ici, nous rappellerons que I on trouve dans la nature un grand nombre de minéraux renlermant du plomb, mais que les minerais exploitables sont le sulfure et le carbonate, le premier surtout, connu sous le nom de galène. Plusieurs usines à plomb existent en France, notamment à Poullaouen en Bretagne, et à Pontgibaud en Auvergne. Le traitement auquel les minerais sont soumis, et la nécessité

d’agiter le bain de plomb en fusion, exposent les ouvriers aux vapeurs qui engendrent la colique saturnine. 11 ne paraît pas cependant qu’elles soient très communes dans les usines que nous venons de citer. Sur quatre-vingt-cinq ouvriers employés aux fonderies de Poullaouen, M. le docteur Testard, en 1836, en notait seulement dix au plus atteints en deux ans. Il est vrai que les excès de boissons sont inconnus dans cette population, et que de plus, habitant presque tous à de grandes distances dans la campagne où ils cultivent leur champ, ils prennent un grand exercice et ne travaillent à la fonderie que douze heures sur trente-six. Les vapeurs d’acide sulfureux qui se dégagent n’ont pas non plus sur eux d’effets fâcheux. L’habitude, à cet égard, suffit pour neutraliser l’action irritante du gaz. La fonte et le laminage du plomb sont placés dans la deuxième classe des établissements insalubres.

2° Revivification des cendres de plomb. — La réduc-

tion des oxydes contenus dans les cendres et les déchets de plomb s’opère dans des établissements spéciaux qui appellent la surveillance de l’autorité, et qui sont rangés dans la première classe. Le conseil de salubrité du département du Nord a eu souvent à s’occuper de ces sortes d’ateliers. L’un de ses membres les plus éminents, M. Kuhlmann, a proposé d’imposer au fabricant les conditions suivantes, dans le but d’empêcher que des parcelles d’oxyde, emportées par la fumée, ne se répandissent dans le voisinage : « l°On ne pourra dépasser, dans la construction des fourneaux à manches, les dimensions ci-dessous : hauteur, 1 mètre; diamètre intérieur vers la base, 0m,20. 2° Le fourneau devra déboucher dans un chenal de maçonnerie de 30 centimètres de largeur et lu,,20 de hauteur, sur une longueur de h mètres. 3° Le chenal communiquera, par la base, à son autre extrémité, avec une cheminée de poterie ayant 8 mètres de hauteur a partir du sol. 4° On n’opérera que la nuit. »

30 Préparation «In plomb «le chasse. — On emploie

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pour fabriquer le plomb de chasse du plomb auquel on allie de 0,3 à 0,8 pour 100 d’arsenic. L’addition de cette petite quantité d’arsenic donne au plomb la propriété de former des gouttelettes parfaitement sphériques. L’alliage fondu est versé dans une sorte de cuiller percée de trous , et tapissée de crasse de plomb ; il filtre à travers la crasse et tombe par gouttes d’une très grande hauteur, afin qu’elles puissent se solidifier dans leur chute. Cette opération se fait ordinairement dans de vieilles tours en ruine ou dans des puits. Ces établissements sont classés, mais dans la troisième classe seulement. Ils exigent néanmoins une assez grande attention, eu égard à la disposition des localités, et pour éviter le danger d’incendie. Le fourneau de la chaudière destinée à la formation de l’alliage, doit être établi sous une voûte en maçonnerie, de manière à ce que les vapeurs sulfureuses arsenicales ne puissent se répandre dans le local, mais s’échappent par un tuyau correspondant à la cheminée du fourneau; en outre la bouche de la partie du fourneau où doit reposer la chaudière doit être garnie d’une porte de tôle, pouvant être fermée aussitôt après la projection de la matière servant d’alliage au plomb. A l’aide de ces précautions et d’une aération, facile en général a obtenir, on évitera les inconvénients de vapeurs qui ne seraient pas sans danger.

V Fabrication fie la céruse. Nous l’avons dit déjà,

< est la fabrication de la céruse qui a été considérée comme la principale cause de l’empoisonnement saturnin. Il n’en existerait pas en effet de plus apparente sinon de plus active. Aussi estce contre cette industrie qu’ont été dirigées toutes les plaintes toutes les menaces de prohibition qui ont abouti en réalité aux plus heureux perfectionnements. Les améliorations déjà obtenues ne tarderont sans doute pas à s’accroître sous l’influence de 1 initiative de M. le ministre, aidé des lumières des Comités consultatifs des arts et manufactures et d’hygiène publique, qui en ce moment même préparent un règlement nouveau sur la fabrication du blanc de plomb. Si l’on n’arrive pas à faire disparaître complètement les funestes effets de cette dangereuse industrie il est permis d’espérer que l’on arrivera à les atténuer considérablement II est bon cependant de faire remarquer encore une fois que I on n’aura pas tout fait pour détruire le danger des pré-

Zrrri,n" qUan<? °n aura assaini la fabrication de la («use. D ailleurs, le nombre d’ouvriers quelle emploie n’a ja-

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mais été très grand et devrait l'être encore moins, si la population des cérusiers n’était pas si mobile. En 1836, M. Chevallier comptait pour toute la France, un effectif d’environ 450 hommes employés à la labrication de la céruse. Mais il importe de noter que c’est là le chiffre des travailleurs occupés chaque jour. Outre les procédés de fabrication, il faut encore améliorer au point de vue hygiénique la forme sous laquelle la céruse se débite dans le commerce : nous examinerons la question sous ces diverses faces.

Nous ne pouvons passer en revue les différentes fabriques de céruse qui existent. Nous avons visité celles du département de la Seine et des environs de Lille; d’autres sont établies encore à Strasbourg et dans différentes villes de France. Mais nous résumerons exactement les procédés perfectionnés , mis en usage par M. Th. Lefèvre, à Lille, et par M. Besançon, à Ivry près Paris, en signalant les modifications dont ils pourraient encore être l’objet.

Fonderie. ■ — • A chaque usine est annexée une fonderie dans laquelle le plomb destiné à la carbonatation est coulé, soit en lames pleines, soit en grilles, comme à Ivry. Cette dernière forme aurait pour objet de faciliter une transformation plus complète du plomb en céruse ; mais elle n’atteint pas ce but de manière à dispenser de l’épluchage que nous indiquerons plus bas. La fonderie se compose d’une hotte de tôle.

Carbonatation. — La formation du carbonate a lieu partout maintenant, on peut le dire, par le procédé hollandais. A Clichy même, le procédé qui portait le nom de procédé français, est abandonné et nous y avons vu employer la méthode hollandaise que nous allons exposer succinctement.

Dans un certain nombre de loges, sont disposés en couches alternatives séparées par du fumier ou de la tannée , des pots de grès sur lesquels reposent à plat les lames ou les grilles de plomb, et qui contiennent au fond environ un demi-litre de vinaigre de mélasse ou de bois très faible, l’acide ne devant servir qu’à l’oxydation du métal. Lorsqu’on emploie les lames pleines, on en roule une dans chaque pot, où elle est soutenue par deux espèces d’oreilles intérieures. Sur les lames on dispose des madriers de 6 à 8 centimètres d’équarrissage, laissant entre eux des carrés de 1 mètre environ: le tout est recouvert de planches jointoyées sur lesquelles on étend une couche de. fumier épaisse de 40 centi-

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mètres environ. On ménage quelquefois des cheminées aux quatre angles de la couche. Le plomb reste en loge de six semaines à deux mois dans le fumier, et trois mois environ dans la tannée. Chaque loge, de celles qui sont composées comme chez M. Lefèvre, à Lille, coûte de 90 à 100 francs. Elle donne 8,000 kilo«r. de blanc pour 10,000 kilogr. de plomb employé ; ’il en reste Zi , 500 kilogr. non carbonaté. Le fumier qui a servi perd les trois quarts de sa valeur.

Lorsque les couches sont défaites, les lames déroulées à la main sont transportées dans des bacs, puis soumises à un premier triage, après lequel elles sont jetées sur une toile sans fin qui les conduit entre des rouleaux cannelés où se fait la séparation du carbonate et du plomb métallique. L’un et l’autre sont recueillis dans des appareils fermés, contenant des caisses à roulettes qui lorsqu’elles sont pleines, peuvent être roulées dans les autres parties de l’atelier. Les écailles sont traitées comme les lames sur un système de cylindres qui les triturent et en séparent les dernières portions de plomb. On les jette dans une trémie et la céruse tombe dans un grand cuvier à double couvercle. L’appareil tout entier est enfermé dans une espèce de grande armoire à double et triple porte; il en existe une semblable à chaque ano-le de l’atelier. Il ne se produit d’ailleurs dans cette pièce d'autre ventila lion que la ventilation naturelle. Les cinq ouvriers employés au triage qui précède l’écaillage, travaillent avec de gros gants de peau. Il se dégage une poussière assez considérable mais cependant moindre qu’à Ivry ; les cloisons des appareils surtout sont beaucoup moins imprégnées extérieurement de céruse que les parois de papier de l’usine Besançon. *

Les lames de plomb décarbonatées sont, ou directement remi ses en pots ou reportées à la fonderie. Quant à la céruse lorsqu on veut la retirer du cuvier, on interrompt le travail pendant un certain temps pour éviter la poussière , ou l’on jette dans la masse une certaine quantité d’eau par une espèce de pomme d arrosoir et on enlève la céruse à l’état de pâte.

horizontales ; la céruse métn'géë'avec ïwêftSJSeînS*

La ceruse en pâte est enlevée dans des espèces de truelles et montée, a 1 aide d'une poulie mue par la vapeur, dans le séchoir

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placé à l’étage supérieur. Ce séchoir est à air libre et chauffé, 'dans certaines parties, par des poêles et un courant d’air chaud. On met la pâte dans les pots avec une main de cuivre, et chaque jour on apporte au séchoir environ 3,300 pots qui doivent contenir chacun 1 kilogr. 1/2. Ces pots sont extérieurement tout imprégnés de céruse : les ouvriers les transportent à la main; de sorte qu’ils ont les mains habituellement couvertes de céruse.

La dessiccation ne doit pas être trop prompte : on laisse la céruse en pots de huit à dix jours. On la dépote ensuite sur les planches mêmes du séchoir où on laisse le pain de céruse encore quatre ou cinq jours; après quoi les pains sont transportés dans des auges qui descendent mécaniquement dans une étuve à air chaud.

L’étuvage est indispensable ; la céruse non étuvée ne se broierait pas bien. Elle reste à l’étuve de quinze jours à trois semaines. Celle-ci est chauffée de 60 à 80 degrés; il y a douze étuves pouvant contenir 12,000 pains, soit 18,000 kilogr. de céruse.

Une partie de la céruse est vendue en pain et ne reçoit pas d’autre préparation que celle dont nous venons de parler, mais la plus grande partie est moulue à l’état de poudre. La pulvérisation s’opère dans un moulin à noix ; la poudre tombe dans des bacs enfermés dans de doubles portes.

La céruse en pain est enveloppée dans du papier peint et les pains sont entassés dans des barils.

La céruse en poudre est mise dans des tonneaux au moyen d’une poche en cuivre ; un disque de bois sur lequel agit une presse avis sert à tasser la poudre.

Une autre partie de céruse délayée à l’eau est cylindrée, puis broyée dans un pétrin à huile. On emploie 8 ou 10 pour 100 d’un mélange de 2/3 d’huile d’œillette et 1/3 d’huile de lin; l’huile d’œillette a la propriété de séparer l’eau par son seul mélange avec la céruse (300 kilogrammes de céruse en pâte rendent en général 60 kilogrammes d’eau). La céruse à l’huile se conserve parfaitement pendant un an. Ce n’est qu’au bout de ce temps que la dessiccation commence et seulement à la surface.

De la vente de la céruse. — 11 ne sort pas de l’usine Lefèvre le dixième de céruse broyée. Quant aux mélanges destinés à abaisser la qualité, et notamment le mélange de sulfate de baryte, du 1er janvier au 1er mai de l’année 1853, M. Lctèvre a livré 115,000 kilogrammes de céruse pure et seulement 5,000 des

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qualités inférieures. Chez M. Faure, de Lille, la céruse se débite à peu près dans la proportion suivante : en poudre, 8/10*‘; en pains, 1/10°; broyée à l’huile 1/10° au moins.

Cette condition du débit de la céruse, sous telle ou telle forme, en influant directement sur le mode d’emploi ultérieur, présente, au point de vue hygiénique, une importance qui avait été sentie depuis longtemps. C est cette légitime préoccupation qui inspira, à diverses époques, des ordonnances relatives à cet objet et qui explique les alternatives qu’a eu à subir le commerce de la céruse. En effet, le 5 novembre 1823, deux ordonnances royales interdirent d’une part la vente, et de l’autre l’importation dans toute l’étendue du royaume, de la céruse en pains et en trochisque, par le motif que la mise en pain et l’emballage, sous cette forme, du blanc de plomb, présentent des dangers pour la santé des ouvriers employés à ces opérations ; mais, sur les réclamations des fabricants du Nord, des Ardennes et du Loiret, et pour la raison que par la différence des usages et procédés, la mesure ordonnée ne se trouvait pas également utile ou suffisante dans toutes h s manulactui es et qu elle pourrait même induire en une erreur dangereuse les fabricants qui se croiraient tenus de pulvériser la céruse après la dessiccation , deux ordonnances, des 13 juillet et 10 août 1825, rapportèrent les deux précédentes. Sans vouloir apporter aucune entrave aux convenances et à la liberté du commerce, il serait tort a desirer que l’on pût généraliser, autant que possible, la vente de la céruse en pâte broyée, soit à l’huile soit à l’eau. C’est, du reste, ce qui tend à s’établir naturellement et ce qui explique les mélangés qu’opèrent dans les fabriques mêmes certains industriels qui débitent des céruses mélangées de sulfate de baryte a des titres divers.

Etal des ouvriers et précautions individuelles. - - L’usine de M Lefevre emploie, par jour, Je 85 à 1 10 ouvriers qui demeurent a la campagne, ou sont disséminés pendant la semaine chez des logeurs voisins de la fabrique et ne retournent dans leur famille que le samedi L usine de M . Besançon emploie de 20 à 30 ouvriers • celle de M. l.oard , a Clicliy, en emploie de 80 à 65 environ La population, qui se recrutait autrefois parmi les repris de justice el au milieu du rebut des plus basses classes, est aujourd’hui m^^

comP°see. Mais il y a toujours cette particularité que à inrl quelques ouvriers attachés à chaque fabrinue dennk . ,P

assez long, le plus grand nombre se compose d’individus déclassés

el sans ouvrage qui viennent chercher un asile et des ressources momentanées dans les ateliers de blanc de plomb. Dans quelques usines du département du Nord, notamment dans celle de M. Faure, qui occupe 50 ou (30 ouvriers, ceux-ci sont divisés en deux ateliers, 1 un d’hiver, composé d’ouvriers des campagnes; l’autre d’été forme de betteraviers. On comprend l’avantage que présente cette condition au point de vue de l’hygiène.

Il est assez difficile de se rendre un compte exact delà proportion dans laquelle les ouvriers sontatleints. Il demeure cependant bien démontré que grâce aux perfectionnements des procédés, et aux habitudes, ainsi qu’à la nature des ouvriers employés, on n’a presque plus d’accidents à déplorer dans les fabriques des environs de Lille. Les témoignages sont unanimes sur ce point et M. Lefèvre nous a dit pouvoir se passer actuellement de médecin. Il n’en est pas de même à Paris. En admettant que la fraude et l’erreur grossissent les statistiques des cérusiers qui se font admettre dans les hôpitaux , ainsi que l’honorable et savant M. Roard n’a pas eu de peine à nous le démontrer, il n’en faut pas moins reconnaître que si la mortalité a heureusement diminué d’une manière très notable , il reste encore un assez grand nombre d’ouvriers atteints par l’empoisonnement. Et, chose remarquable, c’est précisément dans les usines de Clichy et d’Ivry où sont employés les moyens réputés prophylactiques, notamment les bains sulfureux, les lotions de même nature et le changement de travail. Rien de semblable n’est pratiqué actuellement à Lille, et chez M. Lefèvre , quoi qu’on en ait pu dire , les ouvriers ne sont ni surveillés régulièrement par un médecin, ni astreints aux bains, aux lotions ou à l’usage de breuvages particuliers. Tout au plus sont-ils munis de blouses de travail et de gants dont ils négligent le plus souvent l’emploi. Il n’y a même pas de roulement entre les ouvriers occupés aux diverses opérations de la fabrique. Les prix de journée sont de 2 fr., 1 fr. 75 et 1 fr. 50. Un fait qui ne pourrait être passé sous silence, c’est le renouvellement presque continuel des ateliers des environs de Paris, tel que pour une centaine d’ouvriers employés par jour, il en passera quinze cents par année dans la fabrique, tandis que dans le Nord, pour une fabrique secondaire, celle de M. Lecroart, par exemple, qui emploie 18 ouvriers, il n’en passe guère plus du double dans le cours de l’année.

Nous donnons ici un relevé des malades et des morts par suite

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d’atlections saturnines, pris dans les hôpitaux de Paris, pour les quatorze dernières années, en distinguant les cérusiers des deux fabriques, celle de Clichy, où n’ont pas été introduits les procédés récents et celle d’Ivry , qui est établie sur un système très perfectionné. Ce tableau comprend également les peintres et les autres professions parmi lesquelles on a compté quelques victimes de l'empoisonnement par le plomb.

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