‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 31 sur 130 · PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

PUSTULE MALIGNE

Si l’égout présente quelque danger, il ne faut employer (pie des hommes eu bonne santé, et ne pas permettre à ceux qui seraient all'aiblis ou qui relèveraient de maladie de s'occuper de ce travail.

L’entrée de ces égouts devra être interdite à tout ouvrier en état d’ivresse.

Voy. Asphyxie, Assainissement, Eau, Égouts.

Bibliographie. — Des puits forés ou artésiens employés à l’évacuation des eaux sales et infectes et à l'assainissement de quelques fabriques , par Girard et Parent- Duchâtelet (.4/i/i. d'hyg. et de méd. lég., t. X , p. 317).

PC K IX. — Voy. Fumier, Hygiène rurale, Voiries.

PISTILE MALi&XE. — Lti pustule maligne est une affection produite chez l’homme par la contagion des maladies charbonneuses des animaux , et caractérisée par une tumeur gangréneuse, qui se développe exclusivement sur les parties du corps habituellement découvertes ou accidentellement exposées au contact extérieur, notamment au visage, aux mains, aux bras.

Le mode de contagion unique qui engendre la pustule maligne, est le contact immédiat ou médiat des animaux affectés de i charbon ou de leurs dépouilles. Le virus charbonneux peut être transporté, d’ailleurs, par différents véhicules et en particulier par des insectes ailes. Mais il ne paraît pas que l’ingestion dans l’estomac de viandes provenant d’animaux morts d’affections charbonneuses, ait jamais produit la pustule maligne.

Aussi, est-ce spécialement sur certaines professions, dans les lieux et dans les saisons où règne le charbon, que sévit cette grave affection. Les bergers, les bouviers, les maréchaux, les vétérinaires les bouchers, les tanneurs, les mégissiers y sont surtout exposes. Le principe virulent du charbon résiste non seulement à a mort de 1 animal, mais encore au temps ; les peaux, les poils les crins même, soumis à certains procédés de fabrication, paraissent retenir, après plusieurs années, la pernicieuse faculté de reproduire le mal ; c’est ainsi qu’on l’a vu se développer chez des chamoiseurs, des criniers et des matelassiers.

On ne pourrait trop insister, en conséquence, sur la nécessité isoiue qu il y a a surveiller les animaux atteints de charbon et i les faire enfouir dès qu’ils ont succombé, sans permettre usage d aucune des parties de leur corps. Les personnes qui ‘dlenl obl,g(;es de les approcher ou de les toucher, devraient en mme temps prendre toutes les précautions convenables pour v toi I«* contact cl 1 absorption des matières virulentes. La eau-

222 putrides (émanations).

térisation serait le meilleur moyen d'arrêter le développement du

mal, si la pustule apparaissait.

l’IJTit (ÉMANATIONS). — Quelles que soient les données de la science sur les effets généraux des émanations putrides, et notamment sur leur innocuité, il est incontestable que, dans l’opinion du plus grand nombre, les foyers d’où elles se dégagent demeurent, à tort ou à raison, comme le type de l’insalubrité. Il serait bien difficile qu’il en fût autrement, car ce n’est pas seulement par leur composition, par leur nature intime qu’elles agissent: elles frappent les sens, et produisent sur les organes les moins délicats une impression pénible et repoussante qui se trahit par une répugnance instinctive et semble l’avertissement d’un danger réel. Ce serait s’exposer presque certainement à l’erreur que de méconnaître ce fait capital dans l’interprétation des phénomènes que péuvent produire les émanations putrides. En effet, si les matières organiques, et, en particulier, les matières animales, donnent lieu, en se décomposant, à des produits gazeux ou volatils que la chimie peut, pour la plupart, caractériser de la manière la plus certaine, elles fournissent encore certains principes confondus sous la dénomination commune de miasmes , et cependant fort distincts dans leurs eflets, comme aussi, sans doute, dans leur nature, principes dans lesquels semblent se cacher les propriétés essentielles, et, pour ainsi dire, la vertu secrète des émanations putrides.

Les gaz qui naissent de la décomposition des matières animales sont tous , à divers degrés , irrespirables ou toxiques ; et il est évident que, s’ils sont assez concentrés, ils agissent d’une manière nuisible sur la santé et sur la vie des animaux. Mais, ainsi (jue l’ont admirablement compris Fourcroy et Berzelius, les combinaisons fétides dont l’énergie délétère el terrible est malheureusement trop prouvée, « appartiennent à un autre ordre de corps que les produits connus de la putréfaction, et contiennent une matière plus divisée, plus fugace, qui échappe aux physiciens et constitue la matière active de ces lluides dangereux. » Le docteur Biecke, de Stuttgart, admet qu’en dehors des produits de décomposition que la chimie découvre, l'odeur putride témoigne de l’existence d’un principe particulier rentrant plutôt dans les lois de la nature organique, et que ses effets rapprochent des poisons organiques. 11 est curieux de voir ces données théo-

puthides (émanations). 223

tiques recevoir une confirmation singulière de cerlains procédés qui ont passé dans la pratique de la désinfection.

L'action des vapeurs putrides diffère, suivant M. Riecke de celle des gaz irrespirables et délétères, et semble s’exercer plutôt sur les organes de l’odorat, puis média tement sur le système neneux , ou s introduire dans le sang a la manière d’un ferment putride, se rapprochant ainsi des miasmes et des conta°-ium Riecke regarde donc comme affectées primitivement (atria morbi ) les branches des nerfs de l’odorat qui sont en rapport si intime avec le cerveau et les organes respiratoires, où les vapeurs putrides sont mises en contact avec la masse du sang et absorbées, hes deux modes ne sont pas nécessairement liés l’un à l’autre. Bans le premier, l’acte est dynamique, et il faut tenir grand compte des susceptibilités individuelles, en raison de la sensi bdite plus ou moins grande de l’odorat; dans le second cas il existe une sorte de combinaison chimique, et l’action, quoique souvent très lente, a toujours lieu, si le principe délétère est en quantité sud, santé. Ces différences d’action, auxquelles il convient d ajouter 1 influence de l’habitude, pourraient servir peut-être a expliquer les divergences d’opinions.

Ce qui est hors de doute à cet égard, c’est le fait de l’absorpüon des principes putrides, soit à l’état d’émanations aériformes soit sous forme de matières liquides. Les recherches de Gaspard ont fait connaître les effets extrêmement funestes* qui suivent 1 introduction des matières putrides dans le système circulatoire L -1. le professeur P. Bérard a tracé avec une rare i é i ' tableau tout à fait neuf de la résorption cl dp rVS? 1 Indes, très distinctes de l’infection purulente. Il est également impossible de nier l’introduction, soit par les vq£ reÏX! CS) solt par la peau, comme l’a démontré Birlni i • ' *•

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lanls toutes les sécrétions se charger du principe otooiT* tenstique des émanations putrides. Ce n’est ,s d II Seu que se borne leur action, e s acc d “

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22A ruTRiDES (émanations).

sang, (lotte altération elle-même a quelque chose de caractéris-

tique. Kilt* consiste dans cet état de dissolution du sang qui, d’après les recherches si neuves et si fécondes de MM. Amiral et Gavarret sur ce point, tient à la diminution de la fibrine et à l’augmentation de la quantité d’alcali libre, et reproduit cet ensemble de phénomènes qui constituaient la putridité des auteurs, si bien décrite parles grands épidémiographes du dernier siècle.

Cependant, indépendamment de l’opinion que l’on peut se faire de la composition, de la nature intime et du mode d’action des émanations putrides, il existe, relativement aux effets qu’elles peuvent produire sur la santé et sur la vie des êtres vivants, une sorte d’incertitude dans la doctrine et une apparente contradiction entre les faits. Il en résulte une confusion véritablement déplorable, qui se fait sentir surtout dans l’hygiène. Nous n’avons ni la prétention ni l’espoir de la faire cesser. Mais, après avoir exposé les principales observations qui peuvent servir à éclairer ce problème obscur, nous nous efforcerons de faire ressortir quelques points qui pourront fournir l’occasion de remarques utiles, et expliquer, au moins en partie, certaines divergences.

Les occasions dans lesquelles des accidents très graves et même mortels ont pu être attribués aux émanations putrides, sont nécessairement très variées. Nous choisirons de préférence les cas qui se rattachent à la salubrité.

Un premier fait qui n’a pas besoin d’être longuement développé, c’est le danger incontestable des émanations putrides, lorsqu’elles sont concentrées dans un espace comprimé, comme dans une fosse d’aisances, ou dans un caveau mortuaire. L’empoisonnement spécial désigné sous le nom de plomb, et l’asphyxie qui ont frappé trop souvent les ouvriers en vidange ou les fossoyeurs, ne peuvent être contestés par personne, et il serait superflu de s’y arrêter. Un autre point de vue plus important est celui qui a trait à la dissémination des émanations putrides et à l’extension de leurs effets, soit d’une manière soudaine sur de grandes masses d’hommes, soit sur ceux qui s’v trouvent exposés pendant un temps plus ou moins long. Il 11e manque pas d’exemples à cet égard, auxquels leur authenticité et leur gravité donnent une véritable valeur scientifique.

Les maladies pestilentielles dont l’histoire des temps antiques nous a conservé le récit ont presque toujours été expliquées par l’insalubrité des villes ou par la formation de foyers de corrup-

put h i des (émanations). *225

lion. Thucydide, Diodore de Sicile, Tite-Live, dans leurs tableaux immortels, ont dépeint ces sources de mort sous les couleurs les plus frappantes. Galien, parmi les causes qu’il assigne aux fièvres pestilentielles, signale l’état putride de l’air occasionné par un grand nombre de corps morts laissés sur les champs de bataille. Saint Augustin rapporte qu’une grande quantité de sauterelles noyées dans la mer et rejetées sur les côtes, où elles se pourrirent, occasionnèrent une peste des plus cruelles.

Dans des temps plus modernes, Forestus a été témoin oculaire d’une peste causée également par l’amoncellement des cadavres. Il parle aussi d’une fièvre maligne qui parut à Egmont, dans la Hollande septentrionale, par suite de la putréfaction d’une baleine abandonnée sur le rivage, ainsi que l’a vu Ambroise Paré sur les côtes de la Toscane; et d’une lièvre pestilentielle qui fit, de son temps, beaucoup de ravages à Venise, et avait été produite par une espèce de petit poisson qui se putréfia dans cette partie de l’Adriatique : observation répétée par Jean Wolf, dans la relation de la fièvre maligne épidémique, arrivée en J 731 à Cork en Irlande, où l’on tuait tous les ans, pour l’usage de la Hotte, plus de 120,000 hôtes. Rogers n’hésite pas à mettre au nombre des causes les plus actives l’infection provenant d’une grande quantité de tueries et les restes qu’on laissait corrompre dans les lues. 1 1 ingle, dont les observations revelent un esprit si sagace et un sens si éminemment pratique, indique hautement et presque à chaque pas les pernicieux effets de la putréfaction des substances animales.

Les ouvrages d’Ambroise Paré offrent des faits non moins concluants su i les effets des exhalaisons animales. On y lit que dans l’Agenois, en 1562, il régna une fièvre pestilentielle qui porta ses ravages dans un rayon de dix lieues, et qui avait été occasionnée Par des vapeurs putrides animales élevées d’un puits du château de Pem, dans lequel on avait jeté, deux mois auparavant, beaucoup de corps morts. «On creusait des souterrains, à* Paris dans l’église de Saint-Eustache, ce qui obligea de déplacer quelques cadavres et de mettre ceux qui survinrent dans une cave lermée depuis longtemps. Des enfants qui allaient au catéchisme dans le heu dont nous parlons, en furent incommodés; les mêmes symptômes se montrèrent aussi chez plusieurs adultes. 31. Ferrel docteur-régent de la Faculté de Paris, fut chargé d’en faire un rapport. Il trouva que la respiration était très gênée chez ces 111 ‘ 15

putrides (émanations).

malades, que 1 action du cerveau était, troublée, que le cœur battait. irrégulièrement, et que quelques uns éprouvaient des mouvements convulsifs clans les bras et dans les jambes. »

L’abbé Rosier dit qu'un particulier de Marseille fit, vers l’année 1760, ouvrir des losses pour planter des arbres dans un endroit où, en 1720, lors de la peste, on avait enterré un grand nombre de cadavres. A peine eut-on donné quelques coups de bêche que trois des ouvriers furent subitement suffoqués, sans qu’on pût les rappeler à la vie. Ramazzini raconte qu’un porteur étant descendu, pendant la nuit, dans un charnier, pour dépouiller le cadavre d’un jeune homme qui y avait été déposé avec tous ses habits, y fut suffoqué, et tomba mort sur le cadavre dont il violait la sépulture.

Mais des faits beaucoup plus importants en raison de la notoriété qu’ils ont acquise, beaucoup plus importants surtout au point de vue où nous nous sommes placé, ont été rapportés par plusieurs auteurs du siècle dernier dont les noms resteront attachés à la réforme hygiénique des sépultures, par Ilaguenot, Maret, Navier, Vicq d’Azyr. Cette réforme était d’ailleurs ardemment sollicitée par tous les organes de l’opinion publique. Voltaire, par exemple, s’écriait, dans une de ses boutades où la verve domine, sinon la raison : «Les maladies contagieuses produites par les vapeurs sont innombrables. Vous en ôtes les victimes, malheureux Welches, habitants de Paris! Je parle au pauvre peuple qui loge auprès des cimetières. Les exhalaisons des morts remplissent continuellement l’Hôtel-Dieu ; et cet Hôtel-Dieu, devenu l’hôtel de la Mort, infecte le bras de la rivière sur lequel il est situé. O Welches, vous n’y faites nulle attention, et la dixième partie du petit peuple est sacrifiée chaque année, et cette barbarie subsiste dans la ville des jansénistes, des financiers, des spectacles, des bals,) des brochures et des filles de joie ! »

Haguenot rapporte le fait suivant : « Le 17 août 1744, vers les six heures du soir, on fit l’inhumation du sieur Guillaume Boudou, pénitent blanc, dans une des caves communes de l’église paroissiale de Notre-Dame, à Montpellier. Pierre Balfagette, porte-faix, qui n’avait jamais servi dans cette église, fut employé ce jour-là par l’enterreur de la confrérie des pénitents. A peine fut-il descendu dans la cave, qu’on le vit agité par des mouvements convulsifs et bientôt étendu sans mouvement. Alors un frère pénitent, nommé Joseph Sarrau, eut la générosité de

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s’offrir pour retirer ce misérable. Il se lit tenir, en descendant, par Ip bout do son sae et de son cordon qu il donna à un frère pénitent. A peine eut-il saisi l’babil du porte-faix qu’il perdit la icspiialion. On le letua a demi mort) bientôt il reprit ses sens, mais il lui resta une espèce de vertige et des défaillances qui se manifestèrent un quart d’heure après. Il éprouva pendant toute la nuit des faiblesses, des tremblements dans tout le corps, et des palpitations qui disparurent par le moyen d'une saignée et de quelques cordiaux. Il fut longtemps pâle et défiguré, et il porta, dans toute la ville, le nom de Ressuscité. Ce triste événement n’empêcha pas Jean Mobilier, pénitent de la même confrérie, de s’exposer avec le même zèle pour sauver le porte-faix; mais à peine fut-il à l’entrée de la cave, que, se sentant suffoqué, il fit signe qu’on le retirât et qu’on lui donnât la main. Il en sortit si faible et si défait, qu’un instant de délai lui aurait certainement coûté la vie. Robert Molinier, frère de celui-ci, plus robuste et plus vigoureux, se fiant sur sa force, crut pouvoir braver le danger et suivre le mouvement que la charité lui inspirait; mais il en fut la victime, et il mourut presque aussitôt qu’il fut descendu au tond de la cave. Cette scène tragique fut terminée par la mort de Charles Balfagette, frère du porte-faix qui était resté dans la cave. Comme il fut obligé de ranger le corps de Robert Molinier d resta plus longtemps qu’il n’aurait dû, et l’impression qu’il sentit le força de se retirer et de sortir. II crut qu’à la faveur d un mouchoir imbibé d’eau de la reine de Hongrie et mis entre es dents, il se garantirait du danger en descendant une seconde ois Cette précaution fut inutile ; on le vit bientôt gagner echelle en chancelant, faire des efforts pour remonter, et au i oisieme échelon tomber a la renversé sans donner aucun signe de Me. Tout le monde comprit alors que c’était s’exposer à une mort certaine que de descendre dans celte cave, et maWê les exhortations les plus pressantes faites par les prêtres à ceux qui assistaient au convoi, il n’y eut personne, ni parmi eux, ni parmi ' ceux qui étaient présents, qui osât faire de nouvelles tentatives ,se semt (l(' crochets pour retirer les trois cadavres Leurs

!, exha,aieht une Planteur horrible, et ils étaient couverts d une matière verte jaune et semblable à de la rouille »

•< Un homme très gros fut enterré, dit ltlaret, il y' a environ lente-emq ans, dans l’église paroissiale deTalant, ancienne ville é<> “ lr°,s de lleup du Dijon. On ,,’avait pas lionne

228 putrides (émanations).

l'évasement du fond de la fosse au volume du cadavre, et Ion ne put Inire descendre le cercueil qu’à un pied au-dessous du niveau du sol, de sorte qu’on ne le recouvrit que d’un pied de terre et delà tombe, qui avait sept à huit pouces d’épaisseur. Quelques jours après, la putréfaction étant devenue considérable, des émanations cadavéreuses infectèrent l’air, et trois semaines s’étaient à peine écoulées que l’infection obligea de déserter l’église. Pour y remédier, on résolut d’exhumer le cadavre et de l’enterrer dans une fosse plus profondément creusée, à peu de distance de celle où il avait été déposé. Trois fossoyeurs entreprirent cette translation ; deux d’entre eux ne purent résister à la fétidité des vapeurs, eurent des nausées suivies de vomissements, considérables, et, étant sortis de l’église, refusèrent d’y rentrer. L’espoir du gain soutint le courage du troisième, qui acheva l’ouvrage ; mais à peine eut-il assez de force pour se rendre chez lui ; il vomit à plusieurs reprises, prit la fièvre, se mit au lit et mourut au bout de dix jours. »

« Le 15 janvier 1773, dit encore Maret, au rapport du père Cosse, prêtre de l’oratoire, un fossoyeur, creusant une fosse dans le cimetière de Montmorency , donna un coup de bêche sur un cadavre enterré un an auparavant ; il en sortit une vapeur infecte qui le fit frissonner , et lui fit dresser les cheveux sur la tète. Comme il s’appuyait sur sa bêche pour fermer l’ouverture qu’il venait de faire, il tomba mort, et les secours qu’on lui donna furent inutiles. »

« M. Hecquet, médecin à, Dunkerque, s’étant chargé, en 1783, de diriger les exhumations dans l’église Saint-Eloi de cette ville, J rapporte, dans son journal sur les opérations à cet effet, l’événement suivant : 18, 19, 20 mars. J’ai fait procéder pendant ces trois jours à l’enlèvement de nouveaux cadavres dans la grande fouille dont j’ai parlé ci-dessus. Je me bornerai à dire que l’on en a exhumé cent trente-trois, dont dix-neuf entiers, vingt-sept en lambeaux, et quatre-vingt-sept en ossements plus ou moins desséchés ; les cercueils toujours accumulés les uns sur les autres depuis cinq jusqu’à huit rangées. Pendant le cours de ce travail, deux jeunes gens, attirés par la curiosité, vinrent voir l’enlèvement des cadavres. L’un d’eux fut tout à coup frappé d’une douleur violente de tète; trois à quatre jours après, la petite vérole se déclara, et il mourut. Je ue veux rien conclure ; mais il est a observer que, parmi le nombre de ces cadavres, une partie avaient

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été enlevés par des lièvres putrides, malignes, des dvssenteries et des petites véroles confluentes, maladies contagieuses qui , en dilïerents temps, ont fait des ravages à Dunkerque ; et si l’on se donnait la peine de lire l’histoire de cette ville, on verrait qu’elle a été maltraitée par des épidémies qui y ont régné à différentes époques, circonstances qui rendaient nos précautions particulièrement indispensables. »

« Le seigneur d’un village situé à deux lieues de Nantes mourut d’une lièvre putride, le 5 décembre 1773. On voulut lui préparer une fosse distinguée dans l’église. Pour cet effet on remua plusieurs cadavres, et l’on déplaça le cercueil d’une de ses parentes enterrée au mois de février précédent. L’infection se répandit aussitôt dans l’église; ce qui n’empêcha pas de continuer la cérémonie.... Quinze de ceux qui assistèrent à ces obsèques moururent, en huit jours de temps. De ce nombre sont quatre malheureux paysans qui avaient levé la tombe , préparé la fosse et remué les cercueils. Six curés assistant à cette révoltante cérémonie ont aussi manqué de périr. »

Un exemple plus frappant encore est cité par Maret , sous les veux duquel il venait, pour ainsi dire, de se passer. « La petite ville de Saulieu vient d’essuyer une épidémie, sur les événements de laquelle des émanations cadavéreuses ont sensiblement influé.

U régnait dans cette ville, depuis la fin de février, une fièvre catarrhale épidémique , principalement du genre putride-bilieux, dont les symptômes n’étaient point alarmants, et dont l'issue était rarement fâcheuse. Mais on avait inhumé le 3 mars, dans egbse paroissiale, qui est sous le vocable de Saint-Saturnin le cadavre d’un homme d’une grosse corpulence, et qui était mort de la fievre désignée. On fut dans le cas d’y enterrer le 20 avril une emme morte en couches, et attaquée de la même maladie. On ouvrit bi lusse près de celle du mort qui avait été inhumé le mars. Le lut dans la matinée que se fit cette ouverture, et la losse resta ouverte pendant plus de dix heures. Le curé, qui disposait. ( eut dix-sep t enlants à laire leur première communion le dimanche suivant, les rassemblait dans cette église le matin et le ^n’ ot ^es y retenait deux à trois heures chaque fois Us s’v trouvèrent Je matin dans le temps de l’ouverture de la fosse, et le ;0'I- lors de I enterrement. Plusieurs de ces enlants se plaignirent

a ïé,W hV CU7 !T"tS C'e fe 'lue ''O" sentait très mauvais

P , et leurs plaintes continuèrent les jours suivants. Cette

230 putiudks (émanations).

odeur lélide était surtout très sensible le mutin, quoique la lusse

eut été lermée. Ce qui avait encore contribué à rendre cette in lection plus considérable, c’est qu’en descendant le cercueil dans la nouvelle losse, une corde avait glissé ; ce qui avait donné une secousse au cadavre, et déterminé un écoulement de sanie qui avait répandu une odeur nitreuse, dont tous les assistants lurent vivement affectés. On avait fait le môme jour, dans l’église Saint- Saturnin, deux mariages, l’un dans le moment où la tombe venait d’être levée, l’autre pendant qu’on creusait la fosse. Ainsi en réunissant aux cent dix-sept enfants instruits par le curé le nombre des assistants aux deux mariages et à l’enterrement, on peut compter que le jour de l’ouverture de cette funeste fosse, il y eut cent soixante-dix-neuf personnes exposées à respirer et à avaler les miasmes qui s’exhalaient dans l’église; et de ce nombre, cent quarante-neuf ont été attaquées d une lièvre nerveuse putride maligne, qui participait de la qualité de la lièvre catarrhale régnante, mais qui en différait par l’intensité des accidents et par la nature des éruptions qui avaient enfin le caractère de la fièvre hongroise, de la fièvre d’hôpital, maladie qui est reconnue avoir pour cause l’infection animale putride. Le curé, le vicaire, un des chantres, les deux fossoyeurs, cent treize communiants, trois assistants au premier mariage, dix-sept de ceux qui étaient présents au second, deux des personnes qui entendirent la messe qu’on dit lors de cette cérémonie, et neuf de celles | qui assistèrent au convoi, ont eu cette maladie, ce qui prouve sensiblement que les émanations cadavéreuses contribuèrent à la répandre. Une autre preuve non moins sensible, c’est qu’au 6 mai on ne comptait parmi les malades que quinze personnes qui ne se fussent pas trouvées à l’église le 20 avril ; qu’il n’est mort aucun de ceux-ci, et que leur maladie ne différait pas de celle qui régnait avant l’infection de l’église. Malgré la grandeur du mal et la durée du règne de la maladie, qui, le 2/i juin, n’avait pas encore cesse, il n était mort a cette date que \ingicinq malades. De ce nombre était le curé de la paroisse. M. Bonnet se plaignit d’un mal-être dès le soir du 20 avril, et le 25, faisant ses adieux à ses élèves, il leur dit : « Mes chers enfants, j’ai fait tout mon possible pour vous instruire ; je n’ai pas craint d’altérer ma santé ; je l’ai lait en vue de Dieu, dont j attends ma récompense, et ma situation actuelle me fait espeiei que je la recevrai bientôt. Je vous demande, pour toute reconnaissance,

putrides (émanation^). 231

de prier pour moi si Dieu m’appelle à lui. » Il se mit au lit le lendemain, et mourut treize jours après. Avec lui succombèrent encore M. Soleau, vicaire, un chantre, un fossoyeur, et un des enfants qui ont fait leur première communion. Le curé est mort le 3 mai. Dans le courant de ce mois, il y a eu quinze morts et dix en juin. A la date du 3 juillet, dit le docteur Bauxon, la maladie continuait; et comme l’église Saint-Saturnin, surtout aux environs de la tombe qui recouvre la fosse cause de l’infection, était remplie d’insectes ailés de l’espèce de ceux que produit la corruption des cadavres, le bailliage a rendu une ordonnance qui défend de faire aucun office dans l’église infectée, et aucune inhumation dans les autres églises de la même ville pendant le cours de l’été. A la fin de juillet, le nombre des morts était de trente. » Jamais les craintes légitimes que peuvent inspirer les fovers de décomposition putride à la population d’une grande cité ne lurent plus hautement manifestées qu’à l’occasion du cimetière des Saints-Innocents ? dont la destruction n’eut lieu qu’après des sollicitations continuées durant un très grand nombre d’années. Ces craintes trouvèrent un appui considérable dans l’opinion de quelques savants, touchant le danger des émanations putrides. Ainsi, 31. Cadet de Vaux, cité par Thouret, dans son excellent Rapport, comparait aux poisons les plus subtils, à ceux dont les •sauvages imprègnent leurs flèches meurtrières, la terrible activité des émanations qui, des losses du cimetière, avaient infecté toutes les caves voisines. Les murs, baignés de l’humidité dont elles les pénétraient, pouvaient communiquer, disait-on, par le simple attouchement, les accidents les plus redoutables.

De Lassone donne des détails d'une épidémie de fièvres malignes acompagnées de coliques violentes, de ténesme, de flux dysentérique, etc., qui sévit en 1749, dans la maison de l’Enfant- .Ions. Cf* médecin attribuait cotte affection aux émanations d’un gland nombre de vaches qui avaient été enterrées à peu de profondcm dans un champ voisin de l’établissement,

« Je n en eus plus de doute, dit-il, quand il fut reconnu et con- >’ slaté que tous ces maux étaient bornés aux seuls endroits qui » a\ oîsinaifïn t l’espace de terre où pourrissaient les corps des « vaches mortes de l’épizootie régnante. « Quoi qu’il en soit de cette opinion, il est certain que la maladie cessa en même temps qm oc eur infecte, après que les fosses eurent été couvertes de f'iiaux et d une grande quantité de terre. »

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Desgenetles a lait connaître l’observation suivante, qui n ‘offre pas moins d intérêt : « Vaidy, en 1796, près de Nuremberg, avait été chargé de diriger l’inhumation des cadavres laissés sur le champ de bataille après une affaire très chaude ; le nombre de ceux-ci s élevait à quatre cents hommes et près de deux cents chevaux ; il fallut plus de deux heures pour terminer l’opération, pour laquelle les villageois des environs avaientété mis en réquisition. Vaidy resta à cheval tout le temps que dura sa mission. Il ne cessa d’éprouver des nausées et de fortes coliques, et le cheval jeune et vigoureux qu’il montait donnait en même temps des preuves évidentes d’une vive souffrance. De retour au quartier général, le cheval se courba et mourut promptement de la colique connue des vétérinaires sous le nom de tranchées ; dès le soir même le médecin éprouva une lientérie, et, bientôt après, un llux dyssentérique qui, en peu de jours, céda à un régime convenable. Deux des quatre gendarmes qui avaient accompagné Vaidy éprouvèrent les mêmes accidents , et un palefrenier qui était resté loin du foyer de la putréfaction ne ressentit aucune incommodité, non plus que son cheval. Il esta regretter que l’on manque de renseignements sur ce qui arriva aux paysans chargés de creuser les fosses et d’v transporter les cadavres. »

Dans un autre ordre de faits qui touche à l’influence des professions , il est intéressant de voir à quelles observations ont donné lieu celles qui exigent un contact habituel et prolongé avec, des cadavres. Ramazzini déplore le sort des fossoyeurs : il signale leur face livide, leur aspect triste , et affirme n’en avoir vu aucun devenir vieux ; et Fourcroy, son traducteur, ajoute que « quand on a observé sur un grand nombre de ces hommes la pâleur du visage et tous les symptômes qui annoncent l’action d’un poison lent, on doit penser qu’il serait dangereux de nier entièrement l’effet de l’air des cimetières sur les habitants voisins. » Si ces observations ont perdu de leur vérité aujourd’hui, elles n’en conservent pas moins une signification très importante pour montrer le mal que pouvaient faire les émanations putrides lorsqu’elles n’étaient pas corrigées par une plus saine entente des lois de l’hygiène. C’est. , du reste , ce qui arrive pour un grand nombre de professions, et il y a quelque légèreté à reprocher, comme on le fait souvent, au savant et consciencieux Ramazzini, des allégations qni n’ont cessé d’être fondées que par les progrès accomplis dans les mœurs et dans la salubrité générale.

putrides (émanations). 233

La fréquentation «les amphithéâtres de dissection, aujourd’hui assainis, était loin d’ètre toujours exempte de dangers à l’époque où les procédés salutaires de désinfection des cadavres n’étaient pas en usage. Il n'est presque aucun de nous qui n’ait eu l’occasion de voir quelqu’un de ses premiers condisciples obligé de renoncer aux études qu’exige la profession médicale pour n’avoir pu résister à la pernicieuse inlluence des émanations putrides. Qui oserait affirmer aussi, maigre la réserve que doivent imposer les opinions de Parent-Duchâtelet et de M. le professeur Andral, qu’aucun étudiant ne paie de sa vie le rude apprentissage de la science? Louis, l’illustre secrétaire de l’Académie de chirurgie, regarde comme certain que le principe vital est altéré par les vapeurs corrompues qui s’élèvent des cadavres. M. le professeur Requin n’hésite pas à proclamer la réalité des influences nuisibles que peuvent exercer les émanations putrides des amphithéâtres , et M. Guérard en cite un exemple curieux à plus d’un titre. Nous ajouterons, comme complément sur ce point, la mention des accidents très graves éprouvés par l’un des membres du conseil de salubrité, M. Chevallier, qui, à la suite de la désinfection des cadavres des victimes de juillet 1830, lut atteint, pendant trois mois, d’une ophthalmie, puis d’un phlegmon charbonneux à la nuque. Je l’ai entendu bien des fois s’élever, avec toute l’autorité de sa vaste expérience , contre l’innocuité des émanations putrides.

De même que nous avons vu l’opinion commune attribuer une action éminemment délétère aux exhalaisons des cimetières et des cadavres humains, de même des plaintes n’ont cessé de se bure entendre à toutes les époques contre les voiries de diverses especes. Nous n en donnerons à ce moment qu’un aperçu, qui doit trouver place dans ces généralités préliminaires.

Quelque temps avant 1 épidémie cholérique de 1832 une commission aux soins de laquelle était confié le quartier de Paris oui se rapproche le plus de Montfaucon, s’exprimait ainsi - « Bien que cette double cause d’insalubrité (dépôts de matières fécales el clos d équarrissage) ait été depuis longtemps l’objet de justes el vaines réclamations, la commission croit devoir' néanmoins la mentionner ici comme l’une des plus importantes et des plus capables de compromettre la santé publique ; que si I’adminis'-

™ on r v,COre méconnai,re »ous le prétexte

son innocuité ou même de ses effets salutaires, nous lui di-

234 i* ut iu des (émanations).

rions avec une profonde conviction, (|iio jamais des émanations putrides et des loyers d’infection ne peuvent être des causes de santé, quels que soient à cet égard le préjugé populaire et même l’opinion des hygiénistes.

» Il est bien vrai (pie l’on vit, par nécessité d’abord, puis par habitude, dans une atmosphère en putréfaction, mais l’influence d une telle cause n’en est pas moins constante, et quand elle se surajoute à celle d’une épidémie quelconque, elle n’en devient que plus redoutable et plus meurtrière ; c’est toujours un ennemi qui cache sa puissance et qui en attend un autre pour la faire éclater avec plus de violence. Nous proposons donc à l’administration de hâter le plus possible l’exécution du projet d’éloignement de cette cause d’insalubrité. »

Vers le même temps, la commission sanitaire du canton de Paulin écrivait au préfet de police : « Nous avons dû apporter (disent les commissaires) d’autant plus de sévérité et d’exactitude dans nos investigations, que le canton de Pantin est le plus infect et le plus malsain, non seulement du département de la Seine, mais peut-être de la France entière. Nous nous efforcerons d’en développer les causes et de les signaler à l’attention de l’autorité, persuadés que nous sommes que si quelques maladies épidémiques venaient à frapper la population de nos contrées, cette maladie trouverait, dans les foyers d’infection que renferment plusieurs communes du canton, un fécond aliment à la contagion, et que ses ravages pourraient être d’autant plus funestes que les communes les plus insalubres sont voisines des barrières — » Après quelques considérations sur les bassins des vidanges et sur les dangers qui doivent résulter des émanations stercorales , lournies par une superficie de plus de dix arpents , la commission décrit en ces termes les clos d’équarrissage. « Qu’on se figure un espace de plusieurs arpents couvert de milliers de cadavres en décomposition : ici des boyaux pourris , des ossements encore garnis de parties charnues en putréfaction ; la des amas immondes de chair et de débris qu on laisse putréfiei pour la production des asticots? Partout une horrible saleté, partout le sang des animaux, mélangé a tous les résidus qui proviennent des intestins , est foulé aux pieds et rend, dans tous les temps humides, l’approché de ces lieux impraticable: il semblerait qu’on eût voulu rassembler dans un même endroit tout ce qui pouvait porter au loin l’infection et charger 1 almosphèio

PUTHIDES (ÉMANATIONS). 23f>

(Ir miasmes putrides ; on (lirait, enlin, un cimetière à découvert, établi à dessein pour éloigner l'homme de ces lieux'empoisonnés. Nous avons, disent les commissaires, tout vu, tout examiné avec soin, et nous avons trouvé des causes d’insalubrité partout; des moyens d’assainissement, nulle part. Nous croyons inutile de prolonger ces détails repoussants, qui ne peuvent offrir qu’une idée bien imparfaite de la réalité : ces matières animales exposées a l’action de l’humidité et du soleil développent, dans cet endroit, une immense quantité de gaz délétères qui font de ce lieu le cloaque le plus méphitique qu’on puisse imaginer. Il n’aurait d'autre inconvénient que la mauvaise odeur qu’il répand dans le voisinage, qu’il faudrait se hâter de le faire disparaître ; à plus forte raison , le faut-il lorsqu’il y a péril pour la santé publique. Quant à nous, malgré tous les renseignements des gens de l’art et toute la logique de la science, notre esprit se refuse à croire que des établissements aussi infects que ceux de Montfaucon n’offrent aucune cause d’insalubrité. Se peut-il, en effet, que des chairs en décomposition, qui développent des animalcules et qui chargent l’air atmosphérique de miasmes putrides, ne soient, en aucune manière, nuisibles à la santé? S’il en était ainsi, pourquoi tant de mesures sanitaires présentées pour les inhumations parles ordonnances et règlements? Pourquoi six pieds de terre aux cadavres humains, si ceux des animaux peuvent, sans danger, pourrir en plein air ? Les uns sont-ils donc seuls pestilentiels, tandis que les autres ne le seraient pas? »

Si l’événement n’a pas justifié ces sinistres prévisions, il n’est personne qui puisse rester absolument sourd à de telles doléances et qui, jusqu a un certain point, ne les comprenne. Elles se sont pi oduites non moins vives, non moins ardentes et presque sous la même forme dans une foule d’autres circonstances, notamment à l’occasion des enquêtes pour l’établissement d’un usine d’équarrissage perfectionné à Clicliy et à Grenelle, et plus tard pour la fondation du dépotoir de vidanges a la Villette. Dans la première de ces affaires, la seule dont nous voulions dire un mot en ce moment, les opposants, parmi lesquels figurait notre excellent et regrettable maître Marjolin, qui, il est permis de le penser, agissait la plutôt en horticulteur passionné qu’en hygiéniste convaincu, s’écriaient que l’établissement allait faire naître des maladies pestilentielles ; qu’il s’en dégagerait des odeurs infectes, insalubres, qui deviendraient pour les communes populeuses et.

236 PUTIUDES (émanations).

voisines de Paris un véritable loyer d’infection , (“1 \ développeraient les germes de maladies graves, peut-être contagieuses, du genre des typhus. « 11 ne faut être, disait-on, ni chimiste, ni médecin pour savoir que l’air atmosphérique chargé de matières animales devient pernicieux pour ceux (pii le respirent. En 181 /i, nous avons vu des lièvres nombreuses et le typhus après la lâcheuse bataille de Paris. » Ce sont ces récriminations très exagérées, sans doute, qui motivèrent de la part de Parent-Duchâtelet une réfutation dans laquelle l’ardeur de la conviction l’entraîna jusqu’à l’acrimonie et à la violence, et dont le titre seul indique suffisamment l’esprit et le ton.

C est qu’en effet il y avait là, pour cet homme qui avait voué sa vie à la recherche des vérités utiles et au progrès de l’hygiène publique, toute une question de doctrine, et comme une thèse favorite sur laquelle il semble avoir tenu à épuiser toutes ses facultés d’observation et de dialectique, sur laquelle aussi il a, pour la seule fois peut-être, compromis sa réserve et sa circonspection habituelles. On pourrait croire, après tous les faits que nous avons rapportés, et dont quelques uns surtout portent avec eux un caractère d’irrécusable authenticité, que pas une voix ne s’élèverait pour soutenir que les exhalaisons infectes des corps d’animaux décomposés n’ont, en général, sur la santé et sur la vie des hommes aucune action fâcheuse. Cependant il est des faits qui, ingénieusement observés et habituellement groupés plutôt qu’interprétés sérieusement par Warren en Amérique , et Parent- Duchâtelet en France, pourraient paraître de nature à contredire l’opinion commune en rendant pour le moins douteuse la nocuité prétendue des émanations putrides. Avant eux Wurzer s’était fait l’apologiste des cimetières intérieurs, comme plus récemment Eisenrnann, qui prétend que le préjugé seul conseille d’éloigner des villes les cimetières, les abattoirs et les voiries.

Les principaux arguments sur lesquels s’appuient les deux premiers observateurs que nous venons de citer, ceux qui conservent une valeur réelle, sont tirés des conditions de santé parfaite que leur ont présentées les individus livrés aux professions réputées les plus insalubres en raison de leur exposition aux émanations putrides. H est certain que les vidangeurs, les équarrisseurs, les fossoyeurs, les garçons d’amphithéâtres, etc., ne paraissent pas, ainsique l’a établi Parent-Duchâtelet, ressentir d’une manière lâcheuse les effets de leur travail repoussant. Les exemples analogues cites par

putrides (émanations). Tô 7

Wanvn, lois que la lionne constitution du gardien de l'amphithéâtre de l'hôpital Saint-Barthélemy, et de sa famille logée andessous des salles de dissection; l’absence de maladies spéciales (die/ les ouvriers employés dans une fabrique de gras de cadavre près de bristol ; l’emploi inoffensif pour les laboureurs d’engrais composés de poissons pourris dont la décomposition charge l’air d’émanations infectes : ces exemples présentent le plus grand intérêt et doivent profondément modifier l’opinion que l’on serait tenté de se faire touchant l'influence de ces exhalaisons. 11 en est de même des remarques de Guersant et Labarraque sur la belle santé des boyaudiers. Enfin on peut citer comme fait très extraordinaire ce prodigieux entassement de chevaux morts qui, laissés sur le champ de bataille de Paris, en 1 814, au nombre de quatre mille, furent dépouillés parles chiffonniers et les équarrisseurs, et brûlés sous la surveillance de D’Arcet, sans que, pendant les douze jours qui précédèrent l’opération et malgré une température moyenne de 15 degrés Réaumur, l’état sanitaire des nombreux ouvriers qui y prirent part, et des habitants des communes voisines, parût le moins du monde altéré.

Mais si ces observations portent en elles-mêmes un enseignement très positif et peuvent fournir des arguments sérieux, il n’en est pas tout à fait ainsi de ceux qui, invoqués au même titre par Warren et Parent-Duchâtelet, sont tirés delà résistance qu’ont présentée, dans certaines épidémies, les ouvriers des professions précédemment indiquées. A ceux qui signalaient les engrais de matières fécales comme devant servir de foyer pendant l’épidémie, Parent pouvait répondre que les habitants les plus voisins des lieux où sont déposés ces engrais n’ont pas été atteints; que les habitants des maisons les plus rapprochées du dépôt, et qui sont quelquefois tourmentés par des fièvres, n’ont éprouvé aut uni, indisposition ; qu un vieillard, qui lait métier de vendre aux cultivateurs des engrais animaux, et vit continuellement au milieu des tas en fermentation, n'a pas ressenti le plus léger dérangement; que les habitants de quelques maisons dans les cours desquelles on avait déposé clandestinement de ces engrais n’en ont pas été incommodés, et que, loin de croire que ces fumiers soient insalubres, les paysans se sont persuadé, depuis nombre d’années, que les matières qu’ils contiennent en fermentation purifient l’air! U pouvait invoquer, contre ceux qui accusaient par avance Monllaucon, la mortalité, relativement très faible, qui avait atteint les

238 putrides (émanations),

équarrisseurs, les ouvriers qui préparent la poudrette, les boynudiers, et en général, tous les habitants du voisinage. Mais il est, a, ce sujet, une remarque très importante à (aire et très propre à diminuer la portée dos conclusions de Parent-Duchâtelet : e’ost que les maladies épidémiques ont en elles-mêmes quelque chose de trop spécial pour que les causes ordinaires puissent influer sur leur marche et sur leurs effets; c’est que le choléra en particulier, et plus qu’aucune autre peut-être, se joue de toutes les circonstances de salubrité et d’insalubrité qui paraissent le plus capables d’augmenter ou de diminuer ses ravages, et qu’il est, par conséquent, impossible de conclure rationnellement du chiffre de la mortalité relative à l’innocuité ou au danger de telle ou telle profession, à la salubrité ou à l’insalubrité de telle ou telle localité. Nous n’avons pas besoin d’insister pour faire voir que ces objections sont également applicables aux observations de Rush, de Clarke, de Warren et d’autres encore touchant l’immunité des fossoyeurs à l’égard de la fièvre jaune et des autres maladies pestilentielles.

Il est encore un point auquel Pàrent-Duehàtelet nous semble avoir attaché une importance tout à fait exagérée : c’est la démonstration qu’il a prétendu faire, par une série de faits et d’expériences compendieusement réunis, du peu de fondement de l’opinion qui attribue aux émanations putrides la propriété d’accélérer la putréfaction des substances alimentaires avec lesquelles on les met en contact. Sans vouloir examiner en détail ces expériences, qui n’ont trait à notre sujet que d’une façon très indirecte, nous pouvons dire avec assurance qu’elles ne reproduisent nullement les conditions d’action des émanations putrides sur les êtres vivants, et ne peuvent, par conséquent, servir à démontrer leur innocuité sur la santé et sur la vie.

En 1828, eut lieu à l’Académie de médecine une discussion singulièrement propre à montrer combien les meilleurs esprits sont divisés sur les effets produits par les exhalaisons putrides, et nous ne résistons pas au désir d’en donner un aperçu.

A l’occasion de l’influence exercée sur la salubrité de Narbonne par la rivière dite du Rempart, le rapporteur, M. Villermé, posait en fait : que les émanations animales ne sont pas celles qui occasionnent les fièvres intermittentes, et que ces émanations sont, en général, sans danger. MM. Chomel et Bricheteau contestent, cette dernière assertion. S’il est vrai, disent-ils, que les matières animales ne soient pas nuisibles, quand elles ne sont pas encore

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en putréfaction, et qu’elles ne donnent lieu qu’à de mauvaises odeurs, il n’en est plus ainsi quand leur putréfaction est en pleine activité. 31. Amiral exprime la même opinion : en vain on a argué de l’innocuité de la voirie de Montfaucon et de celle des amas de poudrette, dont les vents balayent les émanations à mesure qu’elles se produisent. M. Parent-Duchâtelet, dont on a sur ceci invoqué l’autorité, a cité lui-même des faits qui prouvent le danger des émanations animales; il a parlé de bateaux chargés de poudrette, et envoyés de Paris au Havre, de Bordeaux en Amérique, et qui ont donné lieu a des typhus aussitôt que la matière a été mise en contact avec l’air. M. Chomel répète qu’il faut distinguer ce qui est de la putréfaction, qui se fait en plein air, de celle qui se fait dans des conditions telles que ses produits ne peuvent se dissiper; dans ce (ternir cas, le danger est fort grand, et comme preuve il ; en appelle aux influences exercées par les égouts dans les grandes villes: il cite l’autorité de Senac, qui a vu un troupeau de bœufs être atteint en entier d’une affection gangréneuse épidémique à la suite de semblables émanations. M. Moreau appuie l’assertion de M. Chomel, de tout ce qui a été observé jadis à l’occasion du cimetière des Innocents à Paris, et des caveaux de sépulture dans les églises. M. Gérardin conteste que la maladie (pii s’est développée dans les navires qui transportaient au Havre et en Amérique de la poudrette, et dont vient de parler 31. Andral, ait été due au dégagement d’émanations putrides; elle tient, selon lui, à ce qu’il se développa sur les navires une chaleur telle qu’on ne pouvait plus y respirer ; et en effet, la maladie qu’eurent les équipages n’est pas encore déterminée. 31. Bally, enfin, cite deux laits en laveur de l’innocuité des émanations de la poudrette :

I un est relatif aux habitants du quartier du Temple à Paris, lesquels, ayant à supporter pendant les mois les plus chauds de l’année les émanations infectes de cette substance, n’en éprouvent pas de maladies; l’autre a traita un individu qui, déblayant près lu Mont-Parnasse un terrain, y a trouvé line mine de poudrette si riche, qu’il en envoie jusqu’en Amérique, et cependant l’exploitation de cette mine n’a donné lieu à aucune maladie.

En présence de ces opinions contraires, de ces faits si diversement interprétés, dans l’impossibilité de fixer ses idées, n’est-on »as en droit de s’écrier avec Pariset : « Sur les produits de cette lécomposition putride, que nos lumières sont bornées! Peutfre "’^t-il pas jdeux espèces dans les animaux, deux ani-

-40 rUTKIDES (ÉMANATIONS).

niaiiN dans la mémo espèce, deux parties dans le même animal, ipii, toutes choses égalés d’ailleurs, se décomposent de la même manière, et donnent exactement les mêmes produits. Les conditions originelles de l’organisation, l’âge, la nourriture, les maladies, l’accès ou l’exclusion de l’air, les degrés si diversement associés entre eux de la chaleur, de l’humidité, de la pression; les diverses qualités des terres où l’objet qui se décompose est enseveli : toutes ces données, toutes ces causes font prodigieusement varier la nature de ces produits. Et c’est à la faveur de ces variétés sans limites, que l'on peut comprendre comment de la décomposition des corps, partielle, générale, ralentie, précipitée, naissent des émanations indifférentes, pernicieuses, mortelles; comment, lorsqu’une mauvaise police peuplait de cadavres l’intérieur de nos villes et de nos églises, après une épidémie meurtrière, des années s’écoulaient sans accidents manifestes; comment un abus tolérable dans les contrées du Midi, et comment, enfin, la faute commise à Home et à Constantinople ne lit éclore aucune maladie nouvelle, tandis qu’en Egypte cette même faute tira du néant la plus redoutable des calamités. »

Cependant, malgré cette confusion réelle dans les opinions et dans les faits, on peut, sans prétendre la dissiper, poser quelques principes touchant les effets généraux des émanations putrides.

Leur influence nuisible est démontrée d’une manière évidente; mais cette influence n’est pas constante, elle dépend de circonstances mal connues, parmi lesquelles on doit ranger, en première lio-ne, le mode de putréfaction, la nature des émanations, leur degré de concentration, et la résistance plus ou moins grande que leur oppose l’organisme en raison de la force individuelle ou de l’habitude acquise.

En résumé, les corps organisés sont principalement formés de combinaisons d’un petit nombre d’éléments : l'oxygène, l'hydro- <»ène, le carbone, l’azote, le soufre et le phosphore. Aussitôt que fa vie a cessé, l’équilibre mobile qu’elle maintenait est rompu, et ces combinaisons, très complexes au point de vue des proportions chimiques, tendent, en se métamorphosant, en se réduisant successivement, à former des composés de plus en plus simples des

éléments intégrants.

La décomposition générale de ces corps consiste en une sene d’actions identiques dans leurs principes, mais diverses à la fois dans leur marche et dans leurs effets. La fermentation, qui con-

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