DEUXIÈME CATÉGORIE
Matières difficilement putrescibles.
Gaz acide carbonique.
— hydrogène carboné.
— azote , traces.
Eau.
Acide acétique.
Substance huileuse.
Résidu noir dans lequel le charbon pré domine.
On doit remarquer dans ce tableau la division des produits en matières gazeuses ou volatiles et en matières fixes.
Les proportions de ces deux classes de produits varient beaucoup avec les circonstances delà putréfaction ; les résidus solides portent le nom vulgaire de terreau , et constituent les engrais naturels, qui sont susceptibles de s’oxygéner complètement, mais sont ordinairement utilisés pour la végétation avant l’accomplissement de cette dernière période de destruction.
Quant à la putréfaction en elle-même, elle se modifie suivant les circonstances, et particulièrement suivant le degré de la température, la quantité d’humidité, la lumière, l’électricité, l’accès plus ou moins facile de l’air, et la nature du milieu où s’accomplit la décomposition. Toutes ces conditions diverses sont suffisamment connues pour que nous ne nous y arrêtions pas longuement; nous avons d’ailleurs développé celles qui se rapportent spécialement à l’installation des cimetières.
Pour les voiries, c’est surtout à la nature et au caractère particulier des matières putrescibles que tiennent les dillérences. U
puTitiDEs (émanations). 2G3
osl certain, en effet, que plus les phénomènes d’oxygénation seront avancés et la transformation de la matière organisée complète, moins les émanations putrides seront actives; de même que leur fétidité tiendra principalement à la proportion de soufre et peutêtre de phosphore qu’elles contiendront. Ce fait ressort bien manifestement des différences considérables que l’on rencontre dans les exhalaisons des immondices dont la composition est toujours si complexe et si variée. On peut également comparer, sous ce rapport, le caractère essentiellement distinct des émanations cadavéreuses, qui sont principalement duesà la fermentation putride, et celles des matières fécales qui appartiennent à une période plus avancée de la décomposition.
Ce sont là des faits d’observation presque vulgaires qui ne sont d’ailleurs pas sans analogie avec les remarques que Parent- Duchâtelet exposait très nettement dans les lignes suivantes .. « Deux éléments distincts concourent, parleur réunion, à fournir les émanations qui sortent de la voirie de Montfaucon. Ces deux éléments sont, d’une part, les bassins qui reçoivent toutes les matières fécales de Paris, et de l’autre les chantiers d'équarrissage. Quels que soient l’intensité et le désagrément des émanations fournies par ces deux sources distinctes, il est essentiel d’observer qu'elles présentent des différences notables, suivant qu’elles proviennent de l’une ou de l’autre de ces sources : ainsi, ceux qui ont fréquenté Montfaucon et qui ont fait de cette localité une étude spéciale, ont reconnu, par une suite d’observations, que si les monceaux de matières animales en putréfaction répandent sur le lieu même une odeur bien plus repoussante que les matières fécales, cette odeur putride se dissémine et se fond, pour ainsi dire, plus facilement dans l’air que celle qui provient des matières fécales réunies en très grande quantité, Ainsi, l’odeur particulière a ces dernières matières sera encore reconnaissable à plusieurs kilomètres de distance, tandis que l’odeur des premières cessera d’être sensible à quelques centaines de pas; c est, du reste, ce qui s explique aisément par l’ammoniaque que les matières fécales lournissent en bien plus grande quantité que les autres matières animales. On sait, en effet, que l’ammoniaque est, en quelque sorte, le véhicule des odeurs, qu’il les développe et leur donne, pour ainsi dire, des ailes. »
Ces différences dans la nature des mauèies putrescibles et dans le mode de décomposition auquel elles sont soumises ne peuvent-
îhk PUTRIDES (ÉMANATIONS).
elles pas, jusqu’à un certain point, déterminer ou du moins expli-
quer les différences qui paraissent exister dans leur mode d’action el dans 1 influence qu’elles exercent sur la santé et sur la vie.
Nous ne reviendrons pas sur les effets généraux que l’on attribue aux émanation putrides; nous ajouterons seulement quelques remarques.
Une première distinction très importante à établir est celle qui existe entre les actions des matières animales et celle des matières végétales. Mais l’une et l’autre se composent de deux éléments qu’il faut ne pas confondre : d’une part, les gaz toxiques et asphyxiants qui donnent lieu au méphitisme, et d’une autre part, le miasme animal ou végétal. Personne n’ignore, en effet, que là où se trouvent réunies les conditions qui donnent naissance aux eflluves palustres et à la production de l’hydrogène sulfuré, la fièvre résulte des unes et non de l’autre. De même le plomb des fosses d’aisances, qui tue comme un poison, diffère complètement dans son action de ces émanations infectes qui ont produit parfois, tantôt ces accidents si graves, du côté des fonctions digestives et du système nerveux, tantôt ces fièvres épidémiques dont nous avons cité des exemples.
Considérée dans sa nature intime, cette action des émanations miasmatiques offre encore des caractères tout à fait spéciaux, suivant qu’elle a sa source dans un foyer de matières végétales ou animales. La putridité qui résulte des dernières est surtout marquée par la dissolution du sang, c’est-à-dire la diminution de la fibrine et la tendance aux hémorrhagies ; les premières, au contraire, agiraient sur l’élément globulaire et l’albumine du sang, en déterminant la tendance aux hydropisies.
Ces vues, très générales et sans doute encore très confuses, ne sont cependant pas étrangères à l’influence que peuvent exercer sur la santé des populations et des individus les émanations putrides qu’élaborent et que versent incessamment dans l’atmosphère les grands foyers de décomposition organique, parmi lesquels les voiries et les cimetières occupent une si grande place.
Quel que soit d’ailleurs le degré de nocuité des émanations • des corps organisés en décomposition, que leur funeste énergie réside dans les produits de constitution minérale de la combustion lente ou dans des miasmes résultant, soit immédiatement de la fermentation putride , soit de l’acte plus compliqué de la putréfaction ; enfin, que les effets de ces émanations soient seu-
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lement du même ordre que les effets des odeurs fortes en général , il n’en est pas moins évident que l’on doit chercher à masquer, à abréger, à modifier, ou enfin à supprimer les phénomènes de la putréfaction dans le voisinage des habitations, surtout pour les grandes accumulations forcées de matières putrescibles.
Les procédés les meilleurs à suivre pour arriver à ce but ne sauraient être indiqués d’une manière tout à fait rationnelle, dans chaque cas, que par une étude approfondie des différentes ! conditions d’insalubrité de la putréfaction, et de leur développement relatif dans les différentes périodes du phénomène, ainsi que des variations qu’il présente sous l’influence de circonstances bien déterminées. Mais on vient de voir que les progrès les plus récents des sciences chimiques et physiologiques permettent à peine de tracer le programme raisonné d’une telle étude.
Nous devons donc, pour l’application actuelle, nous borner à résumer les principes des méthodes fournies et consacrées par l expérience, en indiquant les rapports de ces principes avec les considérations théoriques précédemment exposées.
Ces principes se réduisent à quatre , actuellement appliqués, i savoir:
1° L’ enfouissement sous terre , dans les terrains meubles et humides. On ramène ainsi principalement la putréfaction à la fermentation , et l’on dissémine les produits gazeux et les miasmes dans le sol, d’où ils s’échappent ensuite insensiblement en se brûlant à la surface, ou en alimentant directement la végétation. Ce procédé s’applique également aux débris animaux et végétaux. Le seul produit utile est le résidu solide ou terreux qui sert d’engrais. Suivant l’expression hardie de M. Lewis, le but de l’en- ' terrement est de permettre au corps humain, après qu’il a rempli sa destination, de retourner aussi rapidement que possible à ses éléments.
2° La cuisson dans Veau bouillante avec perte du bouillon
dans les eaux courantes et dessiccation rapide des résidus solides.
L’eau chaude dissout les parties les plus putrescibles, fond et séparé les graisses; enfin coagule et dégage le reste des matières ot les prépare, par conséquent, à la dessiccation. Ce procédé n’a etc appliqué et n’est guère applicable, en grand, que pour les ' ebris animaux ; il n’évite qu’incomplétement la putréfaction et exiSe des précautions particulières pour la perte du bouillon.
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PUTRIDES (EMANATIONS).
Les produits utiles sont les graisses séparées, et les résidus desséchés, qui constituent un engrais.
3° Le mélange avec les antiseptiques , principalement l’acide pyroligneux brut et les sels métalliques, notamment le vitriol ou sullate de 1er et le sulfate de zinc.
Par ce procédé on peut à la lois désinfecter et arrêter la putréfaction, car les oxydes métalliques détruisent les composés complexes sulfurés pour former des sulfures ; les acides se combinent avec l’ammoniaque, et le sel ldi-môme en quantité sullisante se combinerait avec les matières non encore altérées. Ce rôle des antiseptiques n’est pas bien défini ; mais dans l’applica- ! tion qui se fait pour les matières fécales, on n’ajoute ordinairement que la quantité de sel métallique nécessaire pour la désinfection momentanée par des raisons économiques, et aussi, sans ; doute, pour ne pas nuire à l’emploi des résidus comme engrais. : Quand l’opération se fait sur des matières solides et liquides mélangées, il y a toujours précipitation de la partie solide, qui est utilisée pour engrais ; la partie liquide, qui contient les sels solubles, est utilisée dans les fabriques de produits chimiques ou perdue.
4° La désinfection par les corps poreux , principalement le ■? charbon.
Ce dernier procédé repose seulement sur l’absorption des gaz et matières volatiles, ou l’absorption de l’eau qui amène une dessiccation plus ou moins complète. C’est seulement lorsque la dessiccation est produite complètement que la putréfaction peut être considérée comme définitivement arrêtée. Mais ordinairement le procédé n’est appliqué que pour la désinfection momentanée des matières fécales et se combine avec le précédent.
Nous pourrions ajouter à ces principes les trois méthodes
suivantes :
1° La combustion vive, qui remplace complètement la putrélaction, mais n’est plus appliquée de nos jours.
2° La distillation sèche, avec condensation des matières volatiles et combustion des gaz. Dans ce procédé, proposé pour tous les débris et produits animaux , on supprime aussi complètement la putréfaction. Le résidu est du noir animal ; les produits condensés sont utilisés en grande partie pour les industries chimiques. Les gaz sont utilisés pour l’éclairage, auquel ils sont très
propres.