K AGE
lion. La cicatrice qui s’est tonnée d’une manière régulière dès les premiers temps qui ont suivi la blessure peut devenir le siège d un gonflement plus ou moins considérable, prendre une teinte livide, se rompre même, et la plaie donner issue à une sérosité roussâtre. Mais, nous le répétons, il n’est pas rare que ces phénomènes locaux manquent complètement. Cette période d’invasion peut durer de deux à trois, quatre ou six jours.
Elle est bientôt suivie d’accidents plus graves : l’agitation va croissant, il s’y joint un sentiment d’angoisse extrêmement pénible; les organes des sens acquièrent une sensibilité exagérée; le moindre bruit, la lumière, causent une impression presque insupportable ; la vue des objets brillants, et particulièrement celle des liquides, détermine des spasmes violents; l’hydrophobie arrive, dans le plus grand nombre de cas, à un degré tel que les malades repoussent toute espèce de boisson, éprouvent de véritables convulsions lorsqu’ils sentent le contact d’une goutte dp liquide, ou qu’on veut les mettre dans le bain. Ce symptôme est cependant loin d’être constant, et certains malades peuvent boire pendant tout le cours de leur maladie, alors même qu’une vive lumière, un bruit de pas ou de voix, même léger, les jette dans les plus horribles convulsions. Ces paroxysmes, qui reviennent sous l’influence de la moindre cause, se présentent avec une intensité vraiment effrayante; le corps tout entier se roidit pendant quelques secondes et est bientôt agité de secousses assez fortes pour rompre les liens les mieux assurés; la tête et les membres se heurtent contre les murs. Dans les intervalles, on observe une sputation continuelle, qui peut tenir autant au spasme qui empêche la salive d’être avalée, qu’à l’augmentation et à l’altéra* tion de la sécrétion salivaire qui peut devenir une véritable bave. La pupille est très dilatée, l’œil hagard et brillant, le sommeil nul ou incessamment troublé. Quelques malades éprouvent une excitation vénérienne très considérable. Il est extrêmement rare de les voir manifester cette fureur de mordre, qui aux yeux du vulgaire rend si redoutable l’approche des malheureux atteints de la rage : eux-mêmes ne s’en défendent .qu’en obéissant, en quelque sorte, au même préjugé. Sombre et inquiet, ne parlant qu’à de rares intervalles et d’un ton bref, ils deviennent parfois en proie à des terreurs continuelles, à une véritable panophobie, dont il faut peut-être chercher la source dans cette déplorable erreur, malheureusement trop répandue, qui leur fait croire que