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ceux dont ils reçoivent les soins n’ont pour mission que de hâter leur mort. D’autres lois, au contraire, les sentiments d’affection persistent et se manifestent avec une grande expansion. A mesure que la maladie fait des progrès, les accès convulsifs se répètent avec une violence croissante, et d’autant plus cruelle que l’intelligence reste le plus souvent intacte presque jusqu’au dernier moment. Cependant la continuité des paroxysmes ne tarde pas à épuiser les forces, les idées se troublent, l’anxiété augmente, le Corps se couvre d’une sueur visqueuse; et si les malades ne sont pas enlevés au milieu d’un accès, à une époque plus rapprochée du début, ils s’éteignent vers le troisième ou le quatrième jour de la seconde période. La mort est la terminaison constante.
Les altérations anatomiques que l’on peut rencontrer à l’autopsie des individus qui ont succombé à la rage, et notamment la congestion inflammatoire de la muqueuse pharyngienne ou des voies respiratoires, ne sont que les effets secondaires des paroxysmes convulsifs.
La rage ne reconnaît d’autres causes chez l’homme que la contagion; et celle-ci s’exerce par une seule voie directe et immédiate : l’inoculation du virus rabique développé chez les animaux domestiques ou sauvages que nous avons indiqués, et dont l’unique véhicule est la bave ou la salive qu’ils déposent dans leurs morsures. Il est parfaitement démontré que ni le lait ni la chair d’un animal enragé n’exercent d’action contagieuse. Bien que la rage puisse être transmise des animaux carnivores aux herbivores et de ceux-ci aux individus du même genre, il ne paraît pas que ces dernières espèces aient le pouvoir de communiquer la maladie à l’homme. La faculté de transmission semble même s’épuiser chez les chiens, sinon après la première, du moins après plusieurs transmissions successives. La rage ne se communique pas de l’homme à l’homme; la cohabitation d’un homme atteint de la rage avec une femme n’est pas contagieuse. Enfin, il n’a jamais été possible d’inoculer la rage d’un homme aux animaux; un seul exemple de ce genre ne saurait constituer qu’une véritable exception. Du reste, la contagion directe de la rage dans les conditions que nous avons signalées ne s’exerce pas d’une manière absolue sur toutes les personnes mordues. Le virus n’agit aussi que sur les surlaces dénudées; il n’est pas certain qu’il soit absorbé par les membranes muqueuses, c’est là pourtant un fait que l’on doit
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regarder comme possible. Enlin, quoique la contagion soit la seule < anse icelle de la rage chez l’homme, il est impossible de nier que, nulle une prédisposition plus ou moins marquée et que nous avons rappelée, 1 imagination peut encore jouer un rôle dans le développement de la maladie; le défaut de sécurité de l’esprit en rend l’explosion plus inévitable.
RAPPORT FAIT AU COMITÉ CONSULTATIF D’HYGIÈNE PUBLIQUE SUR LES CAS DE RAGE OBSERVÉS EN FRANCE PENDANT LES ANNÉES 1850 ET 1851, PAR M. AMBROISE TARDIEU.
Parmi les questions qui intéressent la santé publique , il n’en est pas qui soit de nature à préoccuper plus vivement les populations que celle des maladies contagieuses, et parmi celles-ci , aucune n’excite une plus juste émotion et ne mérite à un plus haut degré d’éveiller la sollicitude des administrateurs et des savants que la rage. Bien des fois déjà le Comité a eu à examiner, soit les relations de faits particuliers , soit des recettes nouvelles de prétendus spécifiques , soit même des doctrines et des théories dont les bonnes intentions des auteurs ne détruisaient pas le danger ; et , dans tous ces cas , le Comité n’a pu que déplorer, au double point de vue de la science et de l’humanité, non seulement l’impuissance des moyens curatifs proposés contre la rage , mais encore la singulière persistance dès préjugés les plus funestes répandus sur cette cruelle maladie, et l’incertitude qui en résulte dans l’emploi des moyens les plus énergiques que l’on puisse lui opposer. Cependant, par cela même que l’action de l’art est plus bornée sur ce point , il importe davantage de fixer autant que possible , d’une manière précise et sûre , la voie qui doit être suivie pour l’éclairer, de la circonscrire nettement, et d’y concentrer la lumière que peuvent y répandre l’observation et l’expérience. Ce sont là les principes qui ont constam- j ment dirigé le Comité dans cette question , et qu’il doit se féliciter d’avoir vu adopter par l’administration. En effet , sur son initiative , une circulaire minis- • térielle, en date du 17 juin 1850 , prescrivait une enquête générale sur la rage. Nous croyons utile d’en reproduire ici les termes :
« Monsieur le préfet , mon département attacherait le plus grand intérêt à réunir dans un travail d’ensemble les cas d’hydrophobie qui ont pu , chaque année , se produire sur les divers points de la France. Ces renseignements, pour le passé , manqueront sans doute de quelque précision ; mais on pourrait, dès aujourd’hui et pour l’avenir, inviter les directeurs des hôpitaux , les maires et les conseils d’hygiène et de salubrité , à consigner avec le plus grand soin tous les renseignements qui sont de nature à éclairer l’administration sur un sujet de cette importance.
» Le tableau qu’il conviendrait de dresser à cet effet indiquerait : 1° Le sexe de la personne atteinte , 2° son âge , 3° sa résidence , lx" les circonstances qui auront occasionné l’accident , 5° la durée du mal , 6° sa terminaison , 7° les moyens qui auront été employés pour le combattre, 8° les observations particulières que chaque cas d’hydrophobie pourrait susciter.
» Je vous serai très obligé de faire dresser et de me transmettre , le plus tôt possible , un semblable tableau pour les cas d’hydrophobie qui auraient eu lieu
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depuis le commencement de L’année, et de m'adresser à l’avenir, pour les nouveaux cas qui seraient observés, un bulletin individuel contenant les mômes indications. »>
Tel était le programme de l’enquête dont les premiers résultats ont été transmis au Comité, et dont , au nom d’une commission composée de MM. Magendie, A. Latour et Tardieu, j’ai l’honneur de venir vous rendre compte.
Avant d’exposer les faits, très intéressants déjà qui ont été recueillis, qu’il nous soit permis de vous soumettre une remarque préliminaire dont il est impossible de méconnaître la portée. L’enquête, entreprise d’après une vue excellente , n’a peut-être pas été dirigée aussi bien qu’elle aurait pu l’être , et de manière à porter tous ses fruits. Le programme que nous avons rappelé est loin de répondre aux exigences de la science , et laisse de côté les questions les plus importantes pour l’histoire de la contagion , de la marche et du traitement de la rage. Il est regrettable qu’aucune instruction émanée, soit du Comité, soit d’un autre corps savant, n’ait posé les bases de cette vaste et importante enquête.
En elfet , s’il était permis d’en attendre quelque résultat, si l’étude d’un grand nombre de faits, recueillis dans les circonstances les plus élevées, pouvait servir un jour à dissiper, au moins sur quelques points, les ténèbres qui enveloppent c encore l’histoire de la rage, c’était à la condition que ces faits eux-mêmes fussent ( entourés de toutes les garanties nécessaires, et observés dans leurs moindres 1 détails avec toute l’attention possible en suivant les données de la science. Votre ! commission a cru utile de les rappeler. Le tableau indiqué dans la circulaire ministérielle ne contient rien qui ait trait à la saison dans laquelle se sont montrés les cas de rage ; à la durée de l’incubation , circonstance capitale dans la pathogénie de la rage , et beaucoup plus essentielle que la durée du mal luimême ; l’origine de la contagion , son mode d’action si divers suivant la résistance individuelle ; enfin les effets des moyens préventifs, et notamment de la cautérisation comparée avec l’époque à laquelle elle a été pratiquée. Ces questions, dont les travaux modernes, et, entre tous, les savantes recherches de notre illustre président , ont démontré l’importance, votre commission en a en vain cherché la solution dans la plupart des observations qui lui ont été communiquées. Elle croit , dans tous les cas , devoir insister sur la nécessité de compléter en ce sens le programme de l’enquête, et elle aura à vous proposer pour l’avenir les moyens de combler cette lacune. En attendant , elle a dil s’efforcer de chercher dans les faits déjà recueillis non seulement les renseignenents demandés par la circulaire , mais encore les éléments propres à éclairer lans toutes ses parties l’histoire de la rage. Et l’analyse que nous allons avoir ’honneur de vous soumettre aura pour but de faire sortir de cette première
mquête tout ce que la science peut en tirer d’utile dans l’intérêt de la santé mblique.
L’enquête provoquée par la circulaire ministérielle du 17 juin 1850 a été , îous devons le reconnaître , accueillie avec le plus louable empressement. Sur 1 es 86 départements , 11 seulement n’ont pas répondu à l’appel de l’admiîistration. Parmi les autres, hl i n’ont eu à signaler aucun cas de rage. Il en est jïnfin 31 dans lesquels des faits observés à différentes époques ont été recueillis ivec plus ou moins de détails, et ont fait l’objet de notre examen. Us sont au i ombre de 90 ; mais tous, il faut le dire, n’ont pas une égale valeur, et n’ont »as été puisés à une source aussi pure que l’on serait en droit de le désirer dans