RIZ, RIZIÈRES
pieusement réfutées par le docteur Boileau-Castelnau. Cet auteur a montré par des faits combien les effluves des rizières ont de dangers pour les travailleurs et les habitants du voisinage. Depuis la rédaction de son mémoire, M. Boileau nous faisait, en 1852, l’honneur de nous écrire que l’établissement du château d’Avignon a été tellement décimé par la maladie paludéenne, que les administrateurs n’ont pu éviter des désastres considérables dans leur situation financière.
Le décret du 15 octobre 1810, relatif au classement des établissements insalubres ou incommodes, a laissé dans l’oubli les établissements agricoles qui présentent ces caractères. L’excellent observateur que nous venons de citer avait émis un vœu auquel on ne saurait trop hautement se rallier : il demandait que les principes du décret de 1810 fussent étendus aux établissements agricoles, et qu’un tableau établi par les soins de l’autorité donnât le classement des industries agricoles qui sont insalubres ou incommodes en totalité ou en partie. L’importation assez récente de la culture du riz dans les landes du sud-ouest de la France, où elle prend chaque année du développement, a dû fixer l’attention du préfet et celle du conseil d’hygiène et de salubrité de la Gironde. Une commission a élé nommée pour faire un rapport sur ce sujet; elle s’est transportée sur les lieux où sont établies les rizières, et nous ne pouvons mieux montrer le sage esprit de la commission qu’en citant textuellement une partie de son rapport et ses conclusions.
« A otre commission a pu se convaincre, en visitant cette partie des landes où sont établies les rizières, que ces lieux, naguère couverts de bruyères, et qui, durant des siècles, ont été regardés comme stériles ou comme trop improductifs pour mériter des soins, sont maintenant, grâce aux progrès de l’agriculture, couverts d’une abondante récolte de riz. On doit se féliciter de ces heureux résultats dans l’intérêt de la Société. Mais malheureusement il laul reconnaître que cette culture fait payer cher les avantages qu’elle présente, et que, si elle peut faire la prospérité des propriétaires, c’est au détriment de la santé des travailleurs. Toutefois, messieurs, votre commission pense que les rizières qu’elle a visitées ne présentent pas tous les inconvénients déjà signalés , et qu’elles doivent cet heureux privilège à la nature du sol sablonneux et a la qualité de l’eau dont on se sert pour les irrigations Distantes, de 6 à 6 kilomètres , de la Teste et de tout centre
33Zi RIZ, RIZIÈRES.
de population, elles sont établies à l’est du canal qui fait communiquer l’estier de Cazeau avec le bassin d’Arcacbon. Les eaux qui servent a leur exploitation sont prises sur un des points de ce canal, non loin de son origine; elles coulent, dans une direction (pii lui est presque parallèle, dans un autre canal creusé à cet effet. Des fossés convenablement disposés les distribuent dans les rizières où elles pénètrent par un courant continu. Cette circonstance, jointe à leur limpidité ainsi qu’à une ventilation large et facile, est fort avantageuse; il en est de môme de la nature du sol, qui est sablonneux et qui contient peu d’humus, ce qui le rend d’une grande perméabilité, au point que, lorsque le moment de la récolte est arrivé et qu’on fait écouler les eaux, la dessiccation, après quatre ou cinq jours, est quelquefois telle, qu’on peut se livrer sur place aux travaux que nécessite le dépiquage du riz. Ces conditions, il faut le reconnaître, sont favorables et propres à atténuer les elfets fâcheux de cette culture; la commission ne croit cependant pas qu’elles soient suflisantes pour les faire entièrement disparaître, surtout si elle est appelée à prendre une grande extension.
» D’après les détails que M. Ferry, directeur des travaux, a eu l’obligeance de nous donner, il y a maintenant 70 hectares de cultivés, et la compagnie qu’il représente se propose de les porter successivement à 2,â00 hectares. Ainsi l’humidité et la viciation de l’air, inhérentes à une vaste étendue de terrain qui est submergée une grande partie de l’année, surtout pendant l’époque des chaleurs, et où s’opère une végétation active, doivent nécessairement augmenter d’une manière proportionnelle; il y a lieu de présumer aussi que la nature du sol subira, avec le temps, et par suite de cette espèce de culture ainsi que des engrais qu’on y emploie, des modifications et des changements qu’il est difficile de déterminer à priori d’une manière exacte. Votre commission ne saurait donc, messieurs, se montrer trop réservée dans ses appréciations sur cette matière; elle est convaincue que les terrains producteurs de riz doivent être l’objet d’une surveillance constante de la part de l’administration, qu’il y a nécessité urgente de réglementer cette industrie agricole, et d’indiquer les mesures hygiéniques les plus efficaces pour préserver la santé des travailleurs et des populations voisines.
» L’alios qui forme la base du sous-sol de nos landes étant imperméable, il faut, pour que l’eau d’infiltration ne soit jamais nui-
K 17. , IUZ1KKES.
sible , (lue le sol <j ni le recouvre ait au moins hO centimètres; il convient de pratiquer de larges fossés d’écoulement destinés à recevoir les eaux qui sortent des rizières, et à les porter dans un grand cours d’eau; elles ne doivent point servir à d’autres irrigations : autrement, déjà saturées de principes solubles et putrescibles, elles se chargeraient d’une plus grande quantité de ces matières qui rendraient ces eaux dangereuses. Dans l’Inde, où la culture du riz est générale, on assure qu’elle ne donne pas lieu aux maladies observées dans nos contrées, et que cela tient surtout à leur système d’irrigation. Dans ce pays, on ne manque jamais, dit M. Legoux-Detlaux, de déverser l’eau des rizières dès que la (leur de la plante est passée et que son paniculo commence à jaunir; chaque jour, depuis celte époque, on diminue l’eau progressivement, et on la renouvelle aussitôt que le grain esi formé, de telle sorte, que les eaux stagnantes puissent s’écouler avant que la plante soit entièrement desséchée; on empêche, par ce moyen, le chaume de se corrompre, et par suite, l’eau des rizières. 11 est à désirer qu’on se rapproche de cette méthode dans nos
landes, où existent déjà plusieurs causes qui favorisent le développement des fièvres intermittentes.
» L’homme, pas plus que les animaux, n’échappe à Faction des causes naturelles; pour s’en convaincre, il suffit de parcourir certaines parties des landes et d’observer la constitution faible, rabougrie, de leurs habitants, et leur état presque habituel de souffrance. Cela ne s’explique-t-il pas par la nature du sol et par leur nourriture qui se compose presque exclusivement de pain de seigle, de galette de sarrasin et de pommes de terre, sans que l usage d’une boisson fermentée vienne corriger la fadeur de ces aliments? Nul doute qu’une alimentation plus tonique et moins dépourvue de principes annualises ne soit la condition hygiénique appropriée à cette population; elle l’est à plus forte raison aux ouvriers des rizières, qui ne peuvent pas être assimilés aux autres travailleurs de la terre, et qui, se trouvant exposés à des causes spéciales d insalubrité, doivent, pour s’en préserver, s’astreindre a quelques précautions hygiéniques. Ainsi, il convient qu’ils ne commencent leurs travaux qu’après le lever du soleil, et jamais à jeun et qu’ils ne les prolongent pas après son coucher. On leur ai cordera le temps de repos nécessaire pour réparer leurs forces ; leurs vêtements seropt suffisants pour les préserver de l’humidité et leur nourriture devra être saine, tonique et réparatrice; il faut
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surtout que l’eau qui sert à leur boisson, et qui, dans les landes, est de mauvaise qualité, soit filtrée au charbon; leurs logements seront élevés de 30 centimètres au moins au-dessus du sol et autant que possible éloignés des rizières, ("est par de pareilles mesures qu’on peut espérer, sinon de faire disparaître entièrement, au moins d’atténuer autant que possible les effets fâcheux de la culture du riz, et de concilier avec elle la santé des personnes soumises à l’influence des rizières.
» Comme conclusions générales, la commission propose de demander :
» 1° Que l’industrie rizicole soit classée dans la première classe des établissements insalubres;
» 2° Que les rizières ne puissent jamais être autorisées qu’à 3 kilomètres au moins de tout centre de population;
» 3° Qu’elles ne puissent être établies que dans des terrains analogues à ceux de nos landes et qu’avec des eaux courantes ;
» Zj°Que les conditions hygiéniques relatives aux ouvriers soient obligatoires pour l’industriel;
» 5° Enfin, que l’administration soit invitée à réglementer tous les travaux relatifs à la culture du riz.»
» Cette question des rizières est loin d’être encore complètement élucidée, et appelle de nouvelles études. Nous sommes heureux de pouvoir annoncer qu’elle fait en ce moment même l’objet des recherches d’un des hommes qui ont le plus fait pour l’hygiène publique, M. le docteur Mêlier. Nous aurions aimé pouvoir donner ici un résumé de ce travail destiné à former le pendant du beau mémoire sur les marais salants. Nous devons nous contenter d’en annoncer la prochaine publication.
Voij. Marais.
Bibliographie. — De l'insalubrité des rizières , par le docteur Boileau-Castelnau, de Nîmes (Ann. d’hyg. publ. et de méd. lég ., t. XLIII , p. 327). — Rapport sur les rizières de la Teste , par M. Soulé ( Travaux du conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Gironde, Bordeaux, 1851, p. 364).
ROUISSAGE, IIO 11 TOI K S . — Le mot rouissage exprime l’action de faire rouir le lin et le chanvre, c’est-à-dire de l’exposer dans un ruisseau ou à la rosée, pour le faire macérer, et séparer le liber ou la filasse de la partie ligneuse. On a donné le nom de vouloirs ou roussoirs , rotours , roussières , aux lieux destines à l’opération du rouissage.
H OU ISS AG K, ROUTOIRS. 337
|i0 i-oui'saue du lin et du chanvre se pratique dilîéreunnenl., suivant les localités. Dans le voisinage des rivières, c’est dans le lit même qu’on le place; dans les pays où se trouvent des mares et des étangs, on les choisit de préférence; enfin, dans la plupart dos cas, ou creuse sur le bord des rivières ou des ruisseaux des fosses de trois pieds de profondeur, sur une largeur et une longueur indéterminées ; on emplit les fosses de chanvre, que l’on charge de pierres pour le tenir sans cesse immergé , et l’on y fait arriver l’eau par une rigole : c’est cette fosse qui porte le nom de routoir. Les plus estimés sont ceux qui reçoivent l’eau par la partie supérieure et peuvent s’en débarrasser par leur partie inférieure.
Les eaux les plus favorables au rouissage sont celles qui sont à la température de l’atmosphère et même un peu plus chaudes; aussi celles des routoirs sont préférables à celles des étangs, celles des étangs aux eaux des rivières, et ces dernières à celles des fontaines et des puits. Ceci doit s’entendre de la promptitude avec laquelle s’opère le rouissage, et non pas de la qualité du chanvre: car pour avoir du chanvre de bonne qualité, ce sont les eaux qui ne sont ni ferrugineuses, ni chargées de sels calcaires qu’il faut choisir de préférence, attendu que le fer qui se trouve dans certaines eaux colore la filasse; et quant aux eaux calcaires , elles sont décomposées par l’ammoniaque qui se forme pendant le rouissage, ce qui permet au carbonate de chaux de se précipiter sur la filasse et de s’y combiner, ce qui la rend sèche, cassante et moins propre au tissage ainsi qu’au filage. L’ancienne législation et les coutumes des différents pays montrent assez les opinions que l’on a toujours eues sur l’influence délétère des routoirs. On a pensé, en effet, pendant des siècles, que l’eau dans laquelle on faisait rouir le chanvre contractait des propriétés vénéneuses; mais en supposant même qu’il se dissolve pendant l’opération du rouissage quelque principe vénéneux , il se trouve étendu dans une trop grande quantité d’eau pour qu’il puisse exercer une action nuisible. Aussi est-il constant que les bestiaux boivent impunément de l’eau dans les routoirs et, qu’elle n’a pas les propriétés délétères qu’on lui attribuait autrefois.
Ce n’est donc pas dans la mauvaise qualité de l’eau, considérée comme boisson, qu’il faut rechercher l’insalubrité des routoirs, mais plutôt dans les substances gazeuses qui en émanent et qui sont dues à un commencement de fermentation putride à laquelle m. 22
338 ItÜUISSAGK , ROUTOIRS.
on e\[iose le lin el le chanvre. Celte iernienlalion ne <ioil être que commençante, car si elle était portée trop loin, elle nuirait à la solidité de la libre textile de ces végétaux. On voit, par ce qui précède, que, pour peu que l’eau des couloirs puisse se renouveler, bien que lentement, ils ne sauraient exercer une action sensible sur la santé publique, surtout si l’on a soin de propager sur leurs bords des plantes herbacées dont les racines, pendant l acte de la végétation, assimilent leurs particules organiques contenues dans l’eau et contribuent ainsi à l’assainir.
C’est par cette même raison qu’il faut bien se garder de détruire les plantes aquatiques qui végètent à sa surface, et notamment la lentille d’eau ( Lemma rninor), lorsqu’elle couvre les mares dans lesquelles le rouissage s’opère. Ce serait donc seulement aux eaux absolument stagnantes et dans lesquelles on ferait rouir une trop grande quantité de chanvre ou de lin relativement à leur volume, que l’on pourrait attribuer une influence fâcheuse sur Ja santé; encore l'expérience ne confirme-t-elle pas cette supposition, puisque dans les contrées mêmes où les routoirs présentent ces conditions défavorables , il n’existe pas de maladies épidémiques, ci moins que d’autres circonstances locales ne les y produisent.
Parent-Duchâtelet, qui a étudié la question du rouissage et des routoirs pendant deux années en multipliant les expériences sur les animaux d’abord, puis sur lui-même et sur toute sa famille, était arrivé à des conclusions entièrement opposées aux opinions qui régnaient exclusivement dans la science avant la publication de ses nombreuses recherches. Il restait démontré pour lui que l’on avait attribué aux routoirs et au chanvre des influences fâcheuses, qui sont dues aux localités dans lesquelles on faille plus communément rouir le chanvre. En effet, cette opération du rouissage s’opère dans les marais, dans les fossés, dans les petites rivières qui coulent au milieu des prairies; or, on ne peut révoquer en doute l’action de ces localités, elles sont à peu près les mêmes dans tous les pays et sous toutes les latitudes, elles agissent partout dans l’arrière-saison , justement au moment où s’opère le rouissage.
Si les émanations des marais avaient été odorantes et désagréables par leur fétidité, nul doute qu’on ne leur eut attribué les maladies qu’elles produisent dans l’arrière-saison; mais elles n ont ni couleur ni odeur, rien n’indique leur présence, elles sont insaisissables. Celles du chanvre, au contraire, sont d’une fétidité
ROUISSAGE, ROUTOIRS.
repoussante : est-il surprenant qu’on se soit trompé sur leur action respective et qu'on ait attribué aux unes ce qui était dû aux autres? Les émanations du chanvre ajoutent peut-être à celles des marais, mais jusqu’ici rien n’appuie celte opinion. «Si l’on avait fait des recherches spéciales, dit Parent-Duchâtelet, dans les localités diverses, pour connaître la vérité, je ne doute pas qu’on ne lut parvenu aisément à sa découverte. Le peu que j’ai vu dans ma jeunesse et mon enfance et les renseignements que j’ai pris m’en donnent la certitude. Mais ces recherches n’ont pas été faites d'une manière suivie. Si, dans le cours de mes recherches, je n’ai pas été induit en erreur, si j’ai vu la vérité , si le chanvre, par son rouissage, ne nuit pas à la santé, que penser de tant d’autres opinions sur les émanations fétides et odorantes? Sous ce rapports, mes expériences ont une portée plus grande que celle qu’elles paraissent avoir.
Dans une consultation sur des questions de salubrité relative au rouissage, Marc prétend également que c’est à tort qu’on attribuait autrefois à l’eau des routoirs des propriétés vénéneuses qu’elle n’a pas. Cetteopinion sur la presque innocuité des émanations se trouve réfutée dans un rapport fait à l’Académie royale de médecine par une commission composée de MM. Duméril , Pelletier, Villermé , etc. «On ne saurait douter, d’après cette commission , que l’opération du rouissage ne soit souvent funeste à ceux qui s’en occupent , et cela tient bien moins aux principes particuliers du chanvre qu’aux émanations qui proviennent de l'espèce de fermentation putride qu’on lui fait subir. Cette plante, comme la plupart des matières organiques, donne pour produit de sa décomposition des miasmes fétides dont on ignore la nature, mais dont on ne connaît que trop les dangereux effets, lorsqu’une atmosphère chaude et. humide vient leur prêter sa fâcheuse influence. » Il est vrai que cette commission ne parle ici de danger que pour ceux qui s’occupent du rouissage, mais on sait aussi qu’à deux lieues et même plus des routoirs, l’eau conserve encore et sa couleur noirâtre et sa fétidité. Or, comme on l’a dit avec raison, pour qu’une eau ne soit pas insalubre, il ne sulïit pas qu elle ne soit pas vénéneuse ; il a été démontré, en effet, qu’ori pouvait boire impunément de ces eaux chargées de principes organiques. Les eaux bourbeuses, en général, ne sont pas des poisons, mais néanmoins il n’est pas toujours sans inconvénient de s’en servir , et si cela est vrai des eaux bour-
360 ROUISSAGE, ROUTOIRS.
lieuses en general, cela est bien plus vrai de l’eau noire et fétide des rouloirs. Cette commission de l’Académie royale de médecine, tout en partageant presque l’opinion du docteur Marc sur la qualité non vénéneuse de l’eau des routoirs, ne pensait pas, comme lui, que cette eau pût être bue impunément; elle dit, au contraire, que l’eau sera d’autant moins salubre qu’elle contiendra une plus grande quantité de principes délétères du chanvre. Et même dans le cas où les fontaines publiques seraient alimentées avec de l’eau qui baigne le long de son cours divers routoirs, malgré les probabilités qui annoncent que le danger est nul ou presque nul, la prudence doit exiger l’emploi de certaines précautions qui ne peuvent que donner une sécurité plus complète, comme par exemple : de laisser à l’eau un cours libre d’environ 2 ou 300 mètres depuis les derniers routoirs jusqu’au lieu de son introduction dans les tuyaux de conduite, afin quelle puisse, dans ce trajet, se débarrasser des gaz nuisibles qu’elle peut contenir, et reprendre la portion d’air qu’il est nécessaire qu’elle contienne; de propager le long des deux rives, et dans tout cet intervalle, des plantes herbacées; enfin, pour plus de sécurité encore , de ne donner issue définitive à l’eau des fontaines qu’après l’avoir forcée à s’infiltrer au travers de plusieurs couches successives de sable et de charbon. Quant au moyen proposé par cette commission, qui était consultée à propos des eaux de la ville du Mans, et qui consiste à propager le long des deux rives, et dans tout, l’intervalle qui sépare le dernier routoir de l’embouchure de tuyaux , des plantes herbacées, par le motif que ces plantes, dans l’acte de la végétation , auraient la propriété de s’assimiler les molécules organiques contenues dans l’eau, Barruel le critique sévèrement. Il lui semble que cette pratique, loin de remplir le but pour lequel il est conseillé, aurait un effet tout opposé, car l’eau des mares et des petits marais, qui sont dans les forêts, quoique couverte de grands et beaux joncs, quiy croissent à l’envi, a toujours une couleur particulière et une saveur détestable, depuis la fin du printemps jusqu’à la fin de l’automne ; celle des étangs, où croissent plusieurs variétés de joncs, a également, et pendant la même époque, une saveur marécageuse insupportable, quoique les étangs ne reçoivent dans leur sein que des eaux de bonne qualité. S’il en était autrement, l’eau de la rivière d’Essonnes serait une des meilleures que l’on put boire, et l’on sait que, quoiqu’elle soit une des plus pures en matière minérale, c’est une des
rouissage, nouions; S/if
plus riches en principes organiques, et une des plus désagréables en goût. D’ailleurs, en admettant, dit llarruel , la supposition que l’acte de la végétation sulTit pour purifier l’eau des matières organiques qu’elle tient en dissolution, le moyen proposé ne saurait réussir, attendu que le rouissage du lin, et surtout celui du chanvre, ne s’exécutent que dans le cours de septembre, époque de l’année où les végétaux, loin de croître, périssent. Ils augmenteront, par l'effet de la décomposition des plantes, qui sont arrivées au terme de la période qu’elles doivent parcourir, la saveur déjà désagréable de l’eau des rou loirs.
Pour donner satisfaction à un vœu exprimé par le Conseil général du département du Nord, M. le préfet avait réclamé du Conseil de salubrité des renseignements sur l’influence hygiénique des vouloirs. M. Loisct fut chargé de ce travail ; nous sommes heureux de pouvoir reproduire en partie ce mémoire dont le moindre mérite est l’actuali té. Kn effet, dans la session de 18à7, le Conseil général de ce département avait demandé que des mesures de salubrité fussent prises relativement aux émanations dangereuses provenant des vouloirs. Une première enquête du préfet auprès de toutes les Sociétés d’agriculture du département avait eu pour résultat de faire proposer et adopter l’interdiction d’opérer le rouissage à une distance moindre de 200 mètres de l’agglomération des habitations et des principales voies de communication. La mesure réglementaire dont il s’agit est l’une des plus graves; elle touche à l’existence même des plus anciens et des plus considérables intérêts agricoles du pays. Déjà la culture linièreest frappée, en France, d’un dépérissement évident, puisque, depuis une période de vingt années, on peut dire que la production linière a éprouvé une réduction des deux tiers. Une seule et bien faible compensation reste à certaines de nos campagnes amoindries dans la plus riche de leurs branches de production , c’est d’avoir réduit considérablement l’étendue et les dangers du rouissage. Sous ce rapport, les mesures provoquées par le Conseil général sont loin d’être aussi urgentes que par le passé, et nous verrons par les considérations suivantes, qu’elles ne sont susceptibles que d’une application beaucoup plus restreinte qu’on ne le pense.
Le rouissage est une opération bien plus agricole qu’industrielle, léguée traditionnellement et dans sa simplicité primitive aux générations actuelles. La pratique du rouissage consiste à provoquer
362 ROUISSAGE , ROUTOIRS.
une réaction chimique destinée à détruire la matière glutineuse qui enveloppe et agglomère les fibres textiles des tiges du lin ; elle embrasse une série de procédés très nombreux et très variés qui peuvent se résumer, soit dans la condensation de l’humidité atmosphérique sur la matière brute à préparer, soit dans l’immersion de celle-ci, au milieu des eaux courantes ou stagnantes. Quelques détails sur chacune de ces catégories opératoires sont indispensables pour faire comprendre leur inégale insalubrité.
Rouissage à la rosée, dit rorage ou encore sereinage. — C’est dans le cours des mois d’août et de septembre qu’on pratique cette méthode de rouissage en apposant le lin delà dernière récolte en couches minces ou ondins sur l’herbe courte des prairies, vergers ou jeunes trèfles de l’année , de manière à lui faire subir pendant quatre à cinq semaines l’action alternative ou simultanée de la rosée, de la pluie, de l’air et du soleil : ce sont les lins de médiocre ou de basse qualité qui sont traités ainsi, et il est généralement reconnu que ce procédé porte une plus grande atteinte à la ténacité de la (liasse que les autres moyens de rouissage; cependant il est adopté universellement, mais non exclusivement sur tous les points de l’Europe, et particulièrement dans tous les cantons de notre département, pour les produits textiles de faible valeur, et nulle part ses effets n’ont été signalés comme malfaisants.
Dans l’arrondissement d’Avesnes, on expose encore, comme en Russie, les liges de lin destinées au rouissage sur la neige en février et mars, et. cette pratique donne une belle couleur jaunâtre et plus de solidité aux fibres textiles désagrégées. Au point de vue sanitaire, l’opération rentre dans les conditions précédentes.
Rouissage proprement dit, ou rouissage à l’eau. — Il s’exécute par immersion, soit dans les eaux stagnantes, soit dans les eaux courantes : de là, la distinction très naturelle en deux catégories.
1° Rouissage à l’eau stagnante. — Ce sontordinairement les marais qui avoisinent les cours de l’Escaut, de la Scarpe, delà Deuleet de la Lys, que les cultivateurs du département du Nord choisissent pour l’établissement de leurs routoirs : ils préfèrent les parties désignées sous le nom de clairs, où l’extraction de la tourbe a donné plus de profondeur, et ils estiment que le lin y conserve plus de poids : dans l’arrondissement de Dunkerque et dans une portion de celui de Hazebrouck , il sulïit de s’enfoncer de quelques pieds dans le sol, pour que des bassins naturels se présentent propres au rouis-
ROUISSAGE, ROUTOIRS.
MS
sage; leurs eaux dormantes n’en sont que [dus favorables pour cette opération, et quoique la présence du lin tende à la corrompre, elles sont facilement ravivées par les eaux de fond ou purifiées par les gelées : ces deux modes de rouissage ne sont applicables qu’aux lins dits de gros, c’est-à-dire de basse ou de moyenne finesse; ils se pratiquent le plus communément en août et septembre sur la récolte de l’année, ou bien au printemps suivant. Sur quelques points, les tiges textiles sont plongées, aussitôt la récolte et avant leur dessiccation, dans des fossés où elles séjournent dix à douze jours; on a remarqué que la présence de mauvaises herbes, crues spontanément dans le fond de ces sortes de routoirs, donnait plus de qualité à la filasse et lui procurait une belle couleur bleue argentée qui la fait rechercher. Tous ces systèmes comportent des manipulations tendant à rassembler, à lier par masses plus ou moins considérables les bottes de lin brut, à en opérer l’immersion, de manière, soit à les rendre mobiles pour en varier les surfaces, soit à les assujettir de façon qu’elles restent fixes pendant toute la durée de l’opération.
2° Rouissage à l’eau courante. — Les meilleures qualités de lin sont seules soumises à ce genre de préparation qui ne se pratique que dans la Lys, entre Armentières et Menin, et surtout aux environs de Boushecques, où sont transportés de sept à huit lieues à la ronde les produits de la culture linière du pays. Divers procédés y sont en usage ; nous ne saurions mieux faire, pour les préciser, que d’extraire les passages suivants de ce que l’un de nous a consigné d’après les renseignements d’un agriculteur distingué, M. Lecat, de Bondues, dans le compte rendu de l’exposition agricole faite à Lille en 1850.
Premier procédé, dit Petit tour. — Le lin, rentré bien sec dans la grange depuis une huitaine de jours, est battu, puis conduit immédiatement à la rivière, afin d’y être roui et ensuite curé, c’est-à-dire etendu sur la prairie pour le faire blanchir. L’immersion du lin se fait par fortes masses nommées ballons. Le ballon
contient environ 200 bongeaux, ou hOO gerbes, pesant en totalité environ 1 ,Û00 kilogrammes.
Deuxième procédé, dit Demi-tour. — On fait rouir comme dans la méthode précédente, d’août à septembre; on diffère alors jusqu à la fin de mars de l’année suivante pour faire curer.
Troisième procédé, dit Grand tour. — On ne bat le lin que vers la lin de l’hiver, on le fait rouir dans le courant de juin ou juillet;
&l\t\ ROUISSAGE, ROUTOIHS.
une lois roui, on le remet de nouveau en grange jusque vers la lin de mars ou le commencement d’avril de I année suivante, époque où on l’étend sur la prairie pour le faire curer.
Il y a encore un quatrième procédé (moins usité), qui consiste a ne laisser le lin étendu sur la prairie que vingt-quatre heures d’un côté et vingt-quatre heures de l’autre. Cette méthode s’appelle curer à la minute.
Enfin, une dernière modification a été introduite depuis peu : elle consiste à doubler le rouissage en laissant entre les deux opérations un intervalle égal à une année.
Relativement à la durée du rouissage et du curage, elle dépend delà température qui exerce une grande influence sur la plus ou moins grande promptitude de dissolution de la matière glulineuse qui unit les fibres textiles du lin. On reconnaît que le lin est assez roui, quand, prenant une tige parle bout, la filasse s’en détache tout entière et sans effort; de même , quand le lin est étendu sur la prairie, on essaie de temps en temps une poignée, afin de s’assurer s’il se trouve dans des conditions propres à être teillé: il convient toujours, pour ces sortes d’appréciations, de prendre l’avis d’hommes expérimentés et bien entendus.
A des degrés divers, tous ces systèmes de rouissage à l’eau entraînent des causes graves d’insalubrité : les principes délétères développés par la fermentation du lin brut et dissous dans le liquide d’immersion, portent au loin la mort parmi les poissons et les crustacés qui peuplent les cours d’eaux et les réservoirs en communication avec les routoirs ; de là naissent des plaintes fondées et parfois des actions judiciaires de la part des intéressés. Quelques personnes pensent même que cette influence funeste s’étend sur les bestiaux qui s’abreuvent des eaux altérées par le rouissage du chanvre ou du lin , mais cette accusation ne semble pas justifiée , si l’on s’en réfère du moins aux déclarations de nos cultivateurs et à l'enquête ouverte en Belgique par M. Mareau pour y constater l’état de l’industrie linière. L’air reçoit et se charge aussi d’infectes exhalaisons gazeuses qui s’échappent des routoirs durant l’opération du rouissage, et quoiqu’on en ait exagéré probablement l’action malfaisante, il demeure bien constant qu’elles sont insalubres et que l’hygiène publique est intéressée à ce qu’elles deviennent l’objet de précautions sanitaires.
Les inconvénients qu’on peut si justement reprocher au rouissage à l’eau ont depuis longtemps provoqué des recherches dans
ROUISSAGE, UOUTOIUS.
le but d’y substituer un autre mode de désagrégation des libres textiles qui n’expose pas la santé des populations.
L’abbé Rosier avait proposé et l’on a essayé, sur ses avis, dans quelques localités, d’enfouir le chanvre et le lin dans des fosses recouvertes de terre, pour leur faire subir le rouissage; mais ce moyen fut promptement abandonné. Vers le commencement de ce siècle, le procédé de M. Bralle fut préconisé comme devant atteindre le but : il consistait à exposer pendant deux heures le chanvre ou le lin à une température de 62 degrés Réaumur, dans une dissolution de savon noir contenue en un vaste cylindre de cuivre enveloppé par un fourneau de maçonnerie. Les premiers essais qui furent tentés relativement à l’invention Brade, devant une commission scientifique présidée par Berthodet, promettaient un succès que l’avenir n’a pas réalisé. Plus tard, M. Christian, directeur du Conservatoire des arts et métiers, fit construire un ingénieux appareil à l’aide duquel il prétendait désunir les fibres textiles du lin sans macération préalable, et en soumettant les tiges à la simple pression de cylindres cannelés; ce moyen n’a pas pu prévaloir dans la pratique industrielle. Sur divers points de l’Europe, l’idée de Brade et celle de Christian , plus ou moins modifiées, ont été essayées sans plus de succès; on peut citer de ce nombre les tentatives faites, il y a quelque dix ans, en Belgique, par MM. Sheidweller, de Cureghem , et Mertens, de Gand.
Suivant M. Mareau, un nouveau système de rouissage se serait répandu en Irlande : il consisterait à opérer avec l’eau chaude. Le travail se fait en soixante heures , après lesquelles on pratique l’étendage et l’on retourne cinq ou six fois. Enfin, dans un rapport inséré au Moniteur du l\ octobre 1830, et adressé au ministre de l’agriculture et du commerce, M. Payen , membre de l’Institut, fait connaître un procédé de rouissage américain, ainsi appelé parce que son inventeur, Chenck, l’a créé et répandu aux Etats- Unis, procédé qui est devenu tout à fait usuel dans les grands établissements liniers des îles Britanniques, et particulièrement
dans les environs de Belfast. Voici succinctement en quoi il consiste : Le lin est d’abord égrené à l’aide d’un ustensile fort simple composé de deux rouleaux creux de fonte, disposés horizontalement; il sulïit de passer une ou deux fois entre ces deux cylindres tournant en sens inverse la portion chargée de graine de chaque poignée de lin , pour en détacher la graine qui tombe avec ses enveloppes. Les tiges sont ensuite portées aux cuves de
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KOUISSACJL , IIOUTOIHS.
rouissage, rangées sur (I<mi x lignes parallèles; elles y sont immergées a l’aide d’un faux fond percé à jour, et soumises par un courant de vapeur à une température de 3*2 degrés centigrades pendant environ quatre-vingt-dix heures; après quoi on fait écouler l’eau, et le lin est porté au séchoir, où il séjourne en moyenne a peu près trois jours ; le hrovage et le teillage sont opérés par des machines spéciales.
Dive rses causes ont concouru à multiplier ce genre d’établissement dans les îles Britanniques : au premier rang figure la propagation de la culture du lin , naguère de faible importance au delà du détroit ; puis viennent l’inexpérience ou l’inhabileté des cultivateurs dans la pratique du rouissage ordinaire, et enfin le manque des conditions nécessaires pour l’accomplissement de cette opération. A s'en rapportera l’appréciation déjugés très compétents, MM. Six frères, de Wazemmes, qui viennent de faire une excursion en Irlande, dans le seul et unique but d’y étudier la question linière sous toutes ses faces, les avantages du système américain de rouissage seraient très contestables au point de vue du prix de revient comparatif avec le rouissage à l’eau.
Après avoir constaté les difficultés matérielles et surtout financières de la création de ces vastes établissements , nos investigateurs se demandent d’abord si les produits en sont supérieurs, ou au moins égaux à ceux obtenus des routoirs vulgaires. Et ils répondent négativement, en déclarant que la filasse qui en provient est plus sèche au toucher et que son aspect offre moins d’éclat et de soyeux.
En même temps que MM. Six frères, ou plus récemment encore M. Clausen, horticulteur-botaniste belge, partant de la révélation que ses études microscopiques lui avaient faite, que le filament utile du lin n’était qu’un long et frêle tuyau semblable à un tube de verre, pouvant s’isoler des cellules et des vaisseaux de la plante sans putréfaction préalable, substitua à toute espèce de rouissage l’action chimique de la soude caustique. Dans une. lessive composée de 2 parties de cette substance dans 100 parties d’eau , le lin , par une ébullition de trois à quatre heures, est dépouillé de toutes les parties qui ne sont pas la fibre ligneuse ou filamenteuse ; alors on neutralise 1 alcali par une addition au liquide de l’acide sulfurique dans la proportion de 1 pour 500 , puis on lave, on sèche, on bat. Ensuite on soumet de nom eau les Liges textiles, préalablement coupées en courte longueur pai
ROUISSAGE, ROUTOIRS. 347
une machine spéciale, au traitement d’une autre liqueur alcaline composée de 10 parties de carbonate de soude ordinaire sur 100 parties d’eau ; puis on les plonge dans une dissolution composée : d’acide sulfurique , 1 partie ; eau , 200. En ce moment, il s’établit une vive effervescence qui gonllo et transforme la matière textile en une masse souple, expansive, ayant la texture du coton, et désignée pour cette raison par l’inventeur sous le nom tle lin-coton : elle peut être employée écrue, et, dans ce cas, sa préparation chimique est arrivée à son terme. D’autres fois , on la blanchit par le sous-chlorate de magnésie, et l’on obtient finalement une matière brillante, soyeuse, semblable à de la belle ouate , et qui, sans teillage ultérieur, peut être transformée en fil et en tissu. Un grand établissement où les procédés de M. Clausen sont appliqués vient d’être mis en activité : il ne tardera pas à nous faire connaître par ses résultats ce qu’on est en droit d’espérer de la nouvelle invention.
L'industrie linière, qui a pris un développement si considérable dans nos localités, ne pouvait rester indifférente à ces grandes innovations, et l’une de nos plus habiles maisons manufacturières, celle de MM. Scrive, s’est empressée d’importer le rouissage américain dans son établissement de Marcq. Dans l’intention de déterminer ce qu’on devait attendre de l’introduction en grand de la nouvelle méthode de préparation du lin brut, relativement à la future suppression totale ou partielle de l’incommode et insalubre rouissage à l’eau et en plein air, nous avons visité, notre collègue M. Brigandatet moi, l’usine de ces honorables industriels, où l’accueil le plus bienveillant et le plus empressé nous a été fait par l’associé particulièrement chargé de sa direction.
Là, nous avons pu constater que les opérations décrites par M. Payen y étaient pratiquées avec succès, mais non sans quelques modifications plus ou moins importantes. C’est ainsi que les cylindres éyreneurs , ne remplissant pas avantageusement leur destination, y sont presque abandonnés, et qu’on est à la recherche d’autres moyens plus fructueux pour atteindre le but qu’on s’éiait proposé en les adoptant. Les cuves-routoirs sont plus grandes qu’à Belfast, et de la contenance de 800 kilogrammes de lin brut. Nous les avons vues fonctionner à divers degrés de fermenlaj l*on ; dès le début, la température n’y est que d’environ 1 5 degrés; de rares bulles gazeuses crèvent à la surface; successivement et par des courants de vapeur, la température du liquide est élevée
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ROUISSACK, ROUTOIRS.
(*t maintenue a 32 degres. Alors l’action cliimicjue est dans toute son activité, et se inanilestepar une sorte d’ébullition tumultueuse résultant du dégagement des produits gazeux de la décomposition. Ces émanations sont très abondantes et ont une odeur putride analogue a celle des matières animales pourrissantes; aussi croyonsnous dès a présent que, pour le cas probable où la nouvelle industrie
se naturaliserait parmi nous, il y aurait lieu de la soumettre à un classement, et de pourvoir ensuite par des précautions sanitaires aux dangers que ces émanations pourraient faire naître pour le voisinage, et surtout pour les ouvriers travaillant dans le local des cuves. L’opération a une durée variable : certaines qualités de lin n’exigent que soixante heures de rouissage; d’autres en réclament soixante-douze, sans que toutefois on puisse jusqu’ici reconnaître à l’avance celles qui doivent se montrer hâtives ou retardataires. Lorsque le travail est arrivé à un certain degré, la surface du liquide se couvre d’une écume composée en grande partie de llocons fauves en tout semblables à la levure de bière et qu’on enlève périodiquement avec un instrument qui fonctionne comme une écumoire : on s’assure que le rouissage est achevé lorsque les fibres corticales se détachent complètement du ligneux et (ju’elles s’isolent aisément les unes des autres. C’est le moment de faire écouler l’eau de macération dans le réservoir citerné disposé à cet usage , et de faire sécher la plante textile, l’été, sous des hangars, en plein vent, et l’hiver, dans des étuves, afin de remplacer Yétendage sur les prairies du rouissage ordinaire. Dans cette période de la préparation linière, il s’exhale une odeur désagréable de fermentation alcoolique et de fermentation acide qui devra aussi fixer l’attention des corps consultatifs chargés d’émettre des avis sur les demandes ultérieures en autorisation de semblables établissements. Parvenu à celte période du traitement de la matière textile, le dépôt du lin au grenier, pendant un laps de temps de plusieurs semaines, paraît indispensable pour arrêter, semble-t-il, les restes latents des réactions chimiques qu’il vient de subir : là, aucun inconvénient ne se révèle, en dehors des dangers d’incendie si multipliés dans la plupart des locaux industriels. Suffisamment sec et reposé, le lin ainsi roui est soumis à une série d’opérations mécaniques. On a renoncé, dans rétablissement de Marcq, à l'emploi de l’appareil de broyage de MM. Adam Brothers et compagnie, composé, comme celui de M. Christian, de cylindres cannelés, et en attendant l’essai du système de